Shizuo n'était plus du tout d'humeur romantique. Izaya l'avait sorti hors de ses gonds avec ses remarques à la con, et puis cette putain de tronçonneuse n'était pas assez rapide ! Il la jeta à terre avec un cri de rage.
-Je vais m'en charger moi-même, salope !, l'insulta-il.
Il saisit la hache qui pendouillait à sa hanche et découpa le pauvre arbre en quelques minutes tout en poussant des grognements bestiaux. Ses collègues le regardaient, apeurées. Ils ne distinguaient plus le petit gamin au sourire si bienveillant et jovial. Ce monstre l'avait remplacé, ce n'était pas une si mauvaise chose finalement, ils n'avaient plus rien à faire, eux.
Enervé le blond se grilla une clope tout en tranchant encore et encore. Fumer était une seconde nature chez lui, il pouvait faire n'importe quoi avec une clope entre les lèvres. Sa douce nicotine l'avait maintes fois bercé vers des sentiments plus sereins jusqu'à aujourd'hui. Sa fureur ne pouvait plus se contenir. Il avait été si proche du but, il avait été si proche de le tuer, enfin !
-Putain !, gueula-t-il en s'attaquant au pied d'un arbre avec sa hache.
Ses collègues reculèrent d'un pas. Il était devenu fou, c'était la seule explication possible.
Il avait une morale, lui ! Et si ce connard n'était pas capable de le comprendre, il pouvait au moins respecter ça ! Sa faiblesse n'avait aucun rapport avec lui et pourtant il avait osé lui cracher sa suffisance au visage ! Shizuo respectait la vie, il ne se prenait pas pour un dieu comme le faisait ce virus. Il ne l'avait pas tué parce que son subconscient avait compris que le meurtre le rapprocherait du monstre et l'éloignerai définitivement de l'humain. Il donna un violent coup de pied à sa victime végétale qui tomba dans un bruit sourd. Les bûcherons firent un grand « Olala ! » pour manifester leur étonnement et leur admiration face à cette force.
Malheureusement, l'heure était venue de rentrer au camp et notre monstre n'était en rien calmé. Il écrasa son paquet de Philip Morris et entama le suivant. Un no-man land c'était formé autour de lui. Personne n'osait l'approcher. Des taches de sciure et de poussière coloraient sa peau, ses yeux d'habitude si sereins étaient devenus brûlant et il était étonnant qu'ils n'aient pas encore pris feu. Il avançait à pas lourd et son T-shirt avait été troué par des blanches par endroit. La fumée de sa cigarette sortait de ses lèvres et de son nez dans un épais nuage laiteux. Il semblait tout droit sorti de l'apocalypse.
Izaya contempla cette vision de l'enfer avec un grand sourire. Il se félicita. Il avait vraiment réussi à le pousser à bout. Le protozoaire se dirigeait droit sur lui.
-Mauvaise journée, Shizu-chan ?, se moqua-t-il avec un air faussement concerné.
Il se fit empoigné par le col et plaqué contre le chalet. Tout le monde avait les yeux rivés sur lui. Tant mieux, une fois le visage angélique du blondinet brisé il avait la possibilité de la salir. Mais chaque chose en son temps. Il soutient le regard du monstre avec un petit sourire qui disparut quand de la cendre tomba sur son cou. C'était loin d'être agréable.
-Tu me brûles, imbécile. Je te demanderai un peu civisme, si possible. Je ne veux pas mourir d'un cancer des poumons, contrairement à toi, j'ai d'autres choses à faire.
-Petit con, répondit Shizuo d'une voix éraillée par la nicotine. Tu crois vraiment que tu es le plus fort ?
-Non, de toute évidence, ria-t-il en remuant ses pieds dans le vide
Cet abrutit le tenait à quelques centimètres du sol.
-Fait pas genre tu comprends pas !
Sa main libre vint saisir la mâchoire d'Izaya dans une pression douloureuse.
-Je respecte la vie, moi, affirma Shizuo en appuyant plus fort.
Le brun émit un gloussement étranglé. Cette manière que cet imbécile avait de se décrédibilisé était hilarante. Le pire c'est qu'il ne s'en rendait même pas compte. Malheureusement, il n'avait plus assez d'air pour rire et il commença à chercher son oxygène.
-P..erm...ets, m…moi d…d'émet…tre un…agr…léger doute, articula-il.
Shizuo sortit soudainement de son état second et il relâcha sa prise, le petit brun s'écroula par terre en toussotant. Il ne chercha pas à se défendre, il était une victime aux yeux des autres et cette position lui offrait l'opportunité d'amplifier son pouvoir de manipulation. Il retrouva son souffle :
-Je ne pense pas que tu respectes les êtres humains, la preuve en est, déclara-t-il en montrant les marques sur son cou.
Les autres bûcherons regardèrent la bête horrifiés. Il vit le blond fermer les yeux pour se ressaisir, ses mains fermées en deux poings, puis il partit sans un mot dans sa chambre. Izaya resta avec les autres et continua ses mains d'œuvres avec un air traumatisé et un regard innocent.
Toutefois, notre petit manipulateur n'alla pas se coucher au couvre-feu, instauré pour que les hommes puisent être en forme le lendemain. Il passa dans la chambre du blond avant. Ce dernier dormait recroqueviller sur lui-même ses cheveux étaient mouillés. Il avait dû prendre une douche froide pour reprendre le contrôle de lui-même. Même dans son sommeil il avait gardé les sourcils froncés, lui donnant un air adorablement boudeur. Dans le silence et le calme de la nuit, le jeune homme, à la réputation de télépathe, ne paraissait plus aussi sordide. Si un inconnu avait regardé par curiosité par la fenêtre il aurait vu un mince garçon sourire tendrement en regardant dormir un jeune de son âge dont seule une tignasse claire dépassée de la couette.
Izaya n'avait pas envie de le tuer, il s'en était rendu compte lors de sa première visite. A vrai dire, ce petit monstre donnait du piment à sa vie et vivre sans lui serait d'un ennui mortel. C'était le seul être que le physionomiste n'arrivait pas à comprendre. Il avait pourtant essayé mais ses échecs incessants l'avait conduit à la haine froide. Cette prise de conscience n'avait en rien diminué ce sentiment, ce protozoaire était méprisable, cependant il était tout aussi fascinant. Quand il l'observait dormir et grogner dans sa couette, il n'arrivait plus à discerné l'être qu'il haïssait. Il y avait un Shizu-chan jour et un Shizu-chan nuit, peut-être. Un, attisant sa haine, l'autre, la réduisant. Cette double face de sa victime le rendait dubitatif. La journée il avait envie de le voir se réduit à l'état d'animal misérable et la nuit il avait envie de se lover contre lui pour passer son insomnie.
Shinra, médecin de la ville, lui avait pourtant conseillé de faire de la médiation. Il avait essayé mais ne penser à rien «en iiisnpiraaant et en expiiiraaant » n'était vraiment pas vraiment son truc. Il commençait à penser à tout ce qu'il lui restait à faire au lieu de tomber dans un état de demi-sommeil. Finalement, il passait ses soirées sur l'ordinateur à magouiller et à s'amuser.
Le sommeil de la marmotte lui piqua les yeux.
-Je me donne une heure et je repars avant qu'il se réveille, s'autorisa-t-il.
Il n'arrivait pas à dormir plus de quatre heures d'affiler et même avec les somnifères il ne dépassait pas les cinq heures. Ce manque récurrent de sommeil expliqua peut-être pourquoi ce brunet s'allongea contre son pire ennemi et s'endormit en quelques seconde, enveloppé par la chaleur agréable de ce dernier.
