Merci beaucoup à Roselia001 et Aliete pour leurs reviews. Ça m'a fait bien plaisir ! J'espère que la suite vous plaira autant.
Bonne lecture !
°o0o°
Chapitre 3 : La rencontre
La marche fut fatigante à cause de l'irrégularité du terrain. Plusieurs fois, Mélusine se tordit le pied sur une grosse pierre et, pour la première fois, elle maugréa contre ses belles chaussures.
- Elles sont vraiment pas pratiques ! dit-elle.
- Sans blague, ironisai-je gentiment.
- T'as pas envie d'échanger, par hasard… ? demanda-t-elle sans réel espoir.
- Même sur un terrain plat sans aucun obstacle, je ne saurai pas marcher avec tes talons de 20 centimètres. Donc tu penses bien qu'ici, c'est la chute assurée.
- Bah, je pouvais toujours espéré…
Il y eut un silence.
Les doigts de ma jumelle se resserrèrent autour des miens.
- Au fait, je ne t'ai pas dit merci…
- Pour ?
- De m'avoir protégée contre ses brutes… Tu t'es vraiment battue comme une lionne !
Je souris.
- Je t'avais bien dit qu'il fallait que tu continues les cours de karaté ! dis-je.
- Non, dit Mélusine. Quand bien même j'aurais été dixième dan de karaté que j'aurais pas eu le courage de m'attaquer à ces armoires à glace couverte de peaux de bêtes sauvages.
Elle se tut un moment.
- Tu es tellement plus courageuse que moi…
Je m'arrêtai et me tournai vers elle.
- Je n'ai eu ce courage que parce que c'était toi ! lui dis-je. Je ne pouvais pas les laisser te faire du mal ! Pour toi, je me serai battue plus que je ne me serais battue pour ma propre vie !
Je vis l'émotion se peindre sur le visage de ma sœur.
- Continuons, dis-je. Je ne sais pas où nous allons, mais je préfère ne pas rester sur place…
Elle hocha la tête et nous reprîmes la route. Je ne sais pas durant combien de temps nous marchâmes sans un bruit, mais je pense que le stress dut prendre le dessus sur ma sœur. Quand elle était stressée, ma sœur se met à parler de tout… mais surtout de rien. Elle me parla de ses projets une fois que nous serions rentrées à la maison. Elle me parla d'une ligne de vêtements qu'elle voulait lancer. Elle voulait se faire un nom dans le milieu de la mode. Elle me parla aussi de sacs à mains, ne m'épargnant pas les détails.
J'entendis alors un bruit et m'arrêtai.
- Tais-toi, dis-je doucement.
- Pourquoi ? me demanda-t-elle.
Je ne répondis pas et écoutai les bruits alentours.
- Qu'est-ce qui se passe ?
- Chut !
Plus rien. Avais-je rêvé ?
Je repris ma marche sur la pointe des pieds.
- Il faut que tu te taises, dis-je.
- Pourquoi ?
- Nous sommes dans une forêt où y a ptet encore des barbares du même type que ceux qu'on a rencontrés plus tôt ! dis-je. On ne sait pas sur qui on peut tom…
Je venais d'écarter un buisson pour passer et me stoppai net en voyant un dizaine d'hommes regroupés autour d'un feu. Des hommes qui, malheureusement, avaient le même look que le roux et barbe noire…
- … ber…
Ma sœur se figea et les hommes portèrent tous leur regard sur nous.
Je n'attendis pas une seconde et, tenant fermement Mélusine par la main, je me mis à courir entre les arbres. Ma sœur réussit à me suivre sans mal et je fus impressionnée par sa capacité à courir avec ses Prada hauts que dix centimètres. À croire que la peur lui donnait des ailes.
J'entendis alors des cris sauvages et des bruits de course qui auraient réveillé les morts. Je tentai un regard derrière moi mais ne les vis pas encore à travers les arbres. Je savais que ce n'était qu'une question de minute avant qu'ils ne nous rattrapent. Ils avaient de plus grandes jambes que nous…
Je reportai mon attention devant moi et vis, non loin devant nous, la fin de la forêt. Mince alors ! Dans quelques minutes, nous serions toutes les deux totalement à découvert ! Mais ce n'est pas comme si on avait le temps de faire demi-tour pour trouver un autre chemin, n'est-ce pas ?
- Aëlys ! souffla Mélusine.
- Courage ! lui criai-je. Tiens bon, surtout !
Elle ne répondit rien mais je la sentis accélérer légèrement et je priai pour que ce soit suffisant.
Finalement, nous débouchâmes sur une grande prairie. Nous ne nous arrêtâmes pas et accélérâmes même notre cadence, plus facile en terrain plat.
- Mélusine ! Passe devant ! hurlai-je en continuant de courir.
- Je… ne… je ne saurai pas… haleta-t-elle.
Je tirai alors sur mon bras pour la faire venir à ma hauteur et la mit devant moi. Ainsi, je me trouvai entre elle et les barbares.
- Cours ! criai-je. Ne t'arrête surtout pas !
Elle m'obéit et je lui lâchai la main sans m'arrêter de courir. J'avais envie d'abandonner mon sac et l'épée qui paraissaient peser une tonne mais ne lâchai ni l'un ni l'autre.
Je regardai derrière moi et vit les hommes apparaître en poussant des cris sauvages, dignes d'hommes préhistoriques.
- Nom de Dieu ! jurai-je en reportant mon attention devant moi.
Ma sœur courait toujours et je la suivais de près. Quand, tout à coup, je sentis quelque chose m'entraver les jambes, me faisant tomber lourdement sur le sol. Le choc me coupa le souffle. Je lâchai l'épée.
- Aëlys !
Je relevai la tête et vis Mélusine me regarder, apeurée.
- Cours ! hurlai-je. Dépêche-toi ! Va-t'en !
Les larmes aux yeux, elle m'obéit tandis que je m'asseyais pour ôter ce qui me liait les pieds. C'était une de ces cordes avec des poids aux extrémités qu'on lançait et qui s'enroulait autour des jambes aussi sûrement qu'un boa autour de sa proie.
En jurant comme une jarretière, je défis la corde et me redressai au moment où un barbare m'attrapa le bras sans délicatesse aucune, m'arrachant malgré moi un cri de douleur. J'en vis alors continuer à courir et je tournai la tête, priant pour que Mélusine ait pris assez d'avance. C'est alors qu'un deuxième barbare me saisit l'autre bras. Ils me redressèrent brusquement.
- Nous manquions justement de distraction… dit un troisième en s'approchant.
Un hurlement me figea et je vis, avec horreur, qu'ils avaient réussi à rattraper ma sœur. Ils la tiraient dans notre direction tandis qu'elle se débattait en hurlant.
- Lâchez-la ! criai-je en me débattant.
En réponse, j'eus droit à une gifle retentissante et cuisante sur ma joue. Ma tête bascula et je restai sonnée quelques secondes avant de reprendre mes esprits. Je redressai la tête au moment où un autre barbare ramassait mon épée.
- Tiens donc, ricana-t-il. Que comptais-tu faire avec cette épée, petite ?
- Ce n'est pas un jouet pour les femmes, dit un autre.
Les barbares qui retenaient ma sœur nous avaient rejoins. L'homme qui avait mon épée la sortit du fourreau. Tenant le fourreau, il fit tourner l'arme entre ses mains.
- Humm… Je vois que tu t'en es déjà servi…
Je ne répondis pas et le fusillai du regard.
- Je peux m'amuser avec celle-ci ?
Je me tournai vers l'homme qui venait de parler. C'était un des deux hommes qui tenaient ma sœur. Je compris alors où il voulait en venir. Mélusine aussi car lorsque je rencontrai ses yeux, ceux-ci étaient emplis d'effroi.
- Vas-y, répondit un autre avec un rire gras.
- Non ! hurlai-je. Laissez-la, bandes de brutes malodorantes !
Un des hommes me prit le menton et me redressa le visage.
- Tu vas aussi profiter du spectacle, dit-il. Et ensuite, tu subiras le même sort !
- Allez en enfer ! dis-je.
Et aussitôt, je levai mon pied pour qu'il l'atteigne à l'estomac. Il en eut le souffle coupé et fit quelques pas en arrière. Celui qui voulait abuser de ma jumelle la jeta alors sur le sol et se coucha sur elle. Je crus mourir d'indignation et me mit à me débattre.
L'un des deux hommes qui me tenaient prit alors mes cheveux à pleine poignée et tira vers l'arrière, m'arrachant un cri de surprise et de douleur alors qu'il pointa une lame pointue sur ma gorge ainsi mise à découvert.
- J'ai bien envie de voir la couleur de ton sang ! dit-il en ricanant.
Le regard que je lui jetai le fit encore plus rire. Il appuya alors la lame sur le côté de ma gorge, faisant perler une larme de sang. Il jubila de la grimace de douleur qui se peignit sur mon visage et élargit la coupure. Alors que je croyais qu'il allait m'égorger vive, une flèche sortie de nulle part se planta dans sa tempe, traversant sa tête. Il tomba en me lâchant les cheveux.
Je me tournai alors vers l'autre qui me tenait et, levant mon genoux, l'atteignit dans le bas ventre. Il se courba mais ne me lâcha pas pour autant. Aussi, je recommençai en visant cette fois-ci son visage. Cette fois, il me lâcha et je m'éloignai de lui. Je courus alors vers le barbare qui maintenait ma sœur au sol et sautai sur son dos, entourant son cou de mes bras. Je serrai. Il se redressa et ma sœur recula en hâte.
J'entendis alors un hennissement. Je relevai la tête et vit, au loin, plusieurs cavaliers. Venaient-ils à notre secours ? Je l'ignorais, mais le temps qu'ils arrivent, malheureusement, les barbares auront tout le temps de nous tuer, Mélusine et moi…
Le barbare que je tenais me fit alors passer par-dessus son épaule et je m'écrasai sur le sol, sur le dos. Je le vis alors brandir une hache. Je roulai sur le côté alors qu'il l'abattait sur moi. L'arme se planta dans le sol.
Je me remis debout, face à lui. Alors qu'il se redressait pour donner un coup de hache vers moi, j'esquivai et lui pris le poignet que je tordis de toutes mes forces. Il lâcha son arme et j'en profitai pour lui donner un coup de pied puissant dans les parties sensibles de ce monsieur.
Je le lâchai alors qu'il tombait à genoux et eus un sourire satisfait.
Ça, c'était avant que quelqu'un me pousse dans le dos et que je me retrouve au sol. Là, je peux vous garantir que mon sourire, je l'ai perdu en une fraction de seconde.
Je me mis à quatre pattes et regardai autour de moi. Les archers barbares s'étaient regroupés et lançaient des flèches vers les cavaliers.
Je tournai brusquement la tête en entendant un cri de ma sœur derrière moi. J'allais me relever pour la rejoindre quand une douleur atroce se fit sentir dans ma main droite. Je poussai un hurlement de douleur.
Je regardai devant moi et vis l'homme qui avait ramassé mon épée, à genoux devant moi. Il tenait mon épée et… l'avait plantée dans ma main.
L'enfoiré.
Son sourire me donna la nausée. Sans plus réfléchir, je lui donnai un puissant coup de poing dans le nez. Il lâcha l'épée et recula, toujours à genoux. Alors, puisant le courage au fond de moi-même, je me saisis du pommeau de l'épée et l'enlevai de ma main. M'en servant comme appuie, je me remis debout.
Le barbare qui m'avait charcuté la main était toujours à genoux. Alors, levant l'arme de ma main gauche, je fis un large mouvement du bras et sa tête vola à plusieurs mètres de nous. Je crus que j'allais vomir en voyant le sang couler du cou de l'homme. Mais je n'eus pas le temps de réfléchir plus avant qu'un autre homme me saisit par derrière, m'emprisonnant dans ses bras. Il me souleva et me serra fort. Je regardai autour de moi tout en donnant des coups de pied à tout va. Beaucoup d'hommes étaient au sol, tués par des flèches.
Instinctivement, je cherchai ma sœur et la vis non loin, prostrée sur le sol, à côté du corps d'un des hommes.
L'homme qui me tenait me serra encore davantage et le souffle me manqua. Soudainement, je vis une flèche arriver sur nous… et se planter au-dessus de moi, entre les deux yeux du barbare. Il tomba en arrière, m'entrainant dans la chute.
Je me relevai prestement et allai rejoindra ma sœur, devant laquelle je me mis pour la protéger en levant maladroitement l'épée que je tenais toujours.
Les cavaliers étaient arrivés.
Un homme avec une cape rouge descendit de son cheval et commença à se battre avec une épée. Deux autres hommes descendirent également. Un qui se battait avec une hache et qui devait mesurer deux têtes et demie en plus que moi. Et un autre qui se battait avec deux épées. Deux autres donnait des coups de leurs armes en restant sur leurs montures tandis que les deux dernières, eux aussi à cheval, lançait des flèches à tour de bras.
- Aëlys ! cria ma sœur en me prenant le bras.
Je me tournai et vis un autre barbare marcher vers nous, grimace sur le visage. Je levai l'épée vers lui à deux mains, malgré ma main blessée, ce qui le fit rire. Il s'approchait de nous. Je reculais, faisait reculer ma sœur.
Il poussa alors un cri sauvage et se mit à courir vers nous en brandissant sa hache. J'ai vraiment cru qu'il allait me tuer quand une flèche se planta dans son œil. Il tomba en arrière, mort.
Je me tournai et vit un des archers à cheval. Il nous regardait en plissant les yeux. De là où j'étais, je pouvais voir qu'il avait des yeux noirs, qu'il avait comme des tatouages sur les pommettes et qu'il avait les cheveux mi-longs dans lesquels il y avait de petites tresses.
Il se détourna de nous et encocha une nouvelle flèche qu'il réussit à planter entre les deux yeux d'un autre homme.
Nom de Dieu, comment faisait-il pour viser ainsi ? Surtout que sa monture bougeait, ainsi que les cibles.
- Aëlys… murmura Mélusine.
- Ne t'inquiète pas… dis-je.
- Mais…
- Ils vont gagner.
De cela, j'en étais sûre, malgré le surnombre des barbares par rapport aux cavaliers. Car, oui, je m'étais trompée dans mes comptes. Alors que je pensais avoir vu une dizaine de barbares, il y en avait maintenant plus d'une trentaine… On était sûrement tombée que sur une partie de la bande…
- Comment sais-tu…
- Je sais pas… dis-je en suivant le combat des yeux.
Les cavaliers avaient l'avantage, ça se voyait comme le nez au milieu de la figure. Et j'espérais leur victoire.
- Je sais juste que les barbares vont perdre.
C'était une conviction qui était ancrée en moi de façon définitive.
- Et si les autres nous veulent aussi du mal… ? couina Mélusine.
Je fronçais les sourcils et me détournai du macabre spectacle. Je n'avais pas pensé à ça… Mais d'un autre côté, ils auraient pu simplement nous laisser entre les mains des barbares ou bien nous tuer d'une flèche bien plantée. Après tous, ils visaient bien et avec moi qui suis en vert (pomme, je précise) et ma sœur avec ses paillettes, on ne devait pas représenter des cibles trop difficiles…
Mais bon, qui sait ce que pensent les gens à cette époque…
Je fronçais de nouveau les sourcils sur cette pensée. À cette époque ? D'où la conviction d'avoir changé d'époque m'est-elle venue ? Après tout, j'étais peut-être bien dans un monde parallèle et horrible…
Pourtant, j'avais l'intime conviction que nous étions… dans le passé.
Je fus ramenée à la dure réalité (et ce, quelle que soit l'époque dans laquelle je me trouve) lorsqu'un corps tomba à mes pieds, raide mort. Je fis un petit saut en arrière tandis que ma sœur poussa un petit cri apeuré.
Je relevai la tête et vis que c'était terminé. Les barbares étaient tous morts. Et les cavaliers nous regardaient bizarrement. Je vis, non loin, la tête du barbare que j'avais décapité. Et je me rendis alors soudain compte de l'horreur de la situation…
J'avais tué. Par trois fois. En même pas une après-midi. J'avais ôté la vie, moi qui mettais toujours les araignées dehors plutôt que les tuer quand Mélusine en croisait une…
- Aëlys…
- Quoi ? fis-je en me retournant.
- Je… me sens… vraiment pas bien…
Tu m'étonnes… Avec ce spectacle, il y avait bien de quoi relever n'importe quel cœur…
Elle se détourna soudainement, se plia en deux et vomit. Je la regardai quelques secondes avant de me détourner, un peu dégoûtée. Je vis alors que l'homme à la cape rouge s'approchait de nous.
- Est-ce que ça va ?
Je le regardai, un peu hébétée.
- Euh… ouais… ça va…
Enfin, je crois…
- Dit-elle avec une main en sang et une compagne vomissant tripes et boyaux.
C'était un des cavaliers qui venait de parler, d'un ton on ne peut plus ironique. Mon regard passa alors par chacun des cavaliers. Celui qui venait de parler semblait être le plus jeune.
Je me tournai alors vers Mélusine qui était à genoux, sur le sol, un peu plus loin de ce qu'elle avait remis. Elle pleurait et tremblait.
- Je veux rentrer à la maison ! dit-elle.
Moi aussi, je veux rentrer. Mais comment… ? Je me demandai alors si les épées des cavaliers étaient magiques. Genre, je leur demande "Dites, euh, je peux pas toucher vos épée ? Y en a ptet une qui va briller et nous ramener chez nous. Vous voulez bien, dites ?"
- Votre main, ça va ?
Je reportai mon attention sur la cape rouge (surnom affectueux).
Ma main ?
Je levai alors ma main droite et fis la grimace. Non, elle n'allait pas bien. Je venais de me rappeler que j'avais mal. Oui, car j'avais oublié. Quand vous voyez des barbares voulant vous tuer à coups de hache, vous oubliez vite les petits tracas de la vie (ton hyper ironique, pour info).
La plaie saignait abondamment et était sale. Avec ça, je risquais une infection du sang qui me tuerait…
La cape rouge s'approcha et prit délicatement ma main entre les siennes.
- Hum… Tristan ?
Et il se détourna de moi.
Quoi, c'est tout ? faillis-je demander.
Mais je ravalai ma phrase en voyant un des hommes descendre de cheval. Il s'approcha de moi et je reconnus en lui celui qui nous avait sauvés la vie en plantant une de ses flèches dans l'œil d'un barbare.
Une fois tout près de moi, il prit lui aussi ma main entre les siennes. Tout en douceur. Ses yeux étaient fixés sur ma plaie et je relevai un peu le regard. Je dois dire que, de près, il est pas mal du tout, cet homme. Il avait un certain charme.
Ne voulant pas paraître impolie en le fixant ainsi, je reportai mon attention sur ma main.
- L'épée n'a touché aucun os.
Le jeune siffla.
- Et bien, si ce n'est pas de la chance !
- Mais oui, quelle chance ! maugréai-je.
- Mais il faut nettoyer la plaie avant qu'elle ne s'infecte, continua… Tristan, c'est ça ?
- Fait vite, dit la cape rouge. J'aimerais que nous soyons partis avant la nuit.
Partis ? Comment ça, partis ? Ils allaient quand même pas nous abandonner là, toutes seules, à la merci des premiers barbares que nous n'allions sûrement pas manquer de croiser.
- Venez, dit celui qui me soignait.
Je le suivis alors qu'il se dirigeait vers sa monture. Je sentais ma sœur derrière moi. Elle s'était relevée et me suivait, à présent.
L'homme, qui répondait donc au nom de Tristan, comme je l'avais compris, prit une espèce de gourde remplie de liquide qui était attachée à la selle de son cheval. Il reprit ma main et y versa, comme je m'y attendais, de l'eau. Je grimaçai de douleur. Il prit alors un tissu propre et frotta la blessure. Il l'examina de plus près.
- Vous avez de la chance, je ne pense pas qu'il faille recoudre.
- Recoudre ? répéta Mélusine d'une voix suraiguë.
- T'inquiète, intervins-je en lui jetant un regard. Il ne va justement pas recoudre.
Mélusine sembla rassurée. Moi, pas trop en voyant la pâleur de son visage.
Tristan prit alors une autre gourde.
- Ce sont des herbes. Ça risque de piquer.
Génial, que du bonheur.
J'hochai la tête pour dire que j'avais compris et serrai les dents.
Il versa le liquide sur ma main…
Ça risque de piquer… ? Mon œil, oui ! Ça m'arrache la main, plutôt ! Je l'aurais bien serrée contre moi mais Tristan me tenait fermement par le poignet pour éviter que je me défile.
Sadique, le type ?
Il allait voir ! J'essayais de délivrer mon poignet de sa main.
- Cessez de gigoter ! râla-t-il.
- Nom de Dieu ! Mais ça fait un mal de chien, je vous signale !
Il me lança un regard rapide et surpris avant de reporter son attention sur ma main.
- Nom de Dieu ? répéta un homme.
Il était assez rond, mais quelque chose me dit qu'il était plutôt fait de muscles que de graisse. Je pus voir, sur ses bras, des cicatrices.
- Aurions-nous à faire à une chrétienne ? poursuivit-il.
- J'ai été baptisée à l'insu de mon plein gré, dis-je en regardant ma main.
J'avais l'impression qu'elle était en feu tellement les herbes me faisaient mal.
- À l'insu de votre gré ? répéta cape rouge en fronçant les sourcils. Comment peut-on être baptisé contre son gré ?
- J'étais un bébé, expliquai-je. Je ne savais pas encore les envoyer promener.
- Tu t'es rattrapée, depuis ce temps-là, dit ma sœur.
Je lui jetai un rapide coup d'œil. Son visage était aussi fermé que le jour où nous avions appris la mort de notre grand-mère. Elle avait revêtu sa carapace. Je poussai un soupir intérieur et refis face à Tristan.
- Merci, dis-je à cape rouge. De nous avoir sauvées.
Il me répondit par un signe de tête.
- Je ne m'attendais pas à voir les Saxons aussi près du mur d'Hadrien, dit alors le jeune.
- Moi non plus, dit cape rouge. Surtout qu'ils ne sont pas nombreux, ce qui est bizarre.
- Des Saxons ? répétai-je, ahurie.
- Oui, madame, des Saxons, dit cape rouge.
- Des Saxons en Angleterre… murmurai-je. Ça remonte au… Vème ou VIème siècle…
Nom de Dieu !
Tristan, qui semblait m'avoir entendue, me jeta un regard incrédule tandis que j'avais les yeux perdus dans le vide, essayant en vain de me rappeler ce que j'avais appris sur les invasions saxonnes dans mes cours d'histoire…
- Au fait, qui êtes-vous ? demanda cape rouge. Et que faisiez-vous, seules, au milieu des bois ?
Je le regardais.
J'hésitai à répondre. Mais bon, ils nous avaient quand même sauvées la vie…
- Je m'appelle Aëlys Winds, dis-je. Et ma sœur s'appelle Mélusine. Aïe !
Une pression plus forte sur ma main me fit me tourner vers mon "médecin".
- Vous êtes douillette, remarqua-t-il simplement.
- Alors vous, je ne vous aime pas du tout ! dis-je en grimaçant de douleur. Ça vous amuse, ou quoi ?
Il ne répondit pas. Un cavalier aux longs cheveux vint se placer près de cape rouge avec son cheval. Il jeta, à mes pieds, un fourreau et mon sac.
- C'est à vous, je pense, dit-il.
Et je reconnus en effet le fourreau de l'épée que je tenais toujours en main. Je relâchai alors brusquement les doigts et l'épée tomba au sol.
- Vous feriez mieux de prendre soin de votre épée, dit le balafré de partout.
- C'est pas mon épée, dis-je en suivant Tristan des yeux tandis qu'il prenait un tissu propre dans ses affaires.
Il commença alors à panser ma main.
- Je me disais aussi que vous utilisiez votre épée bien trop maladroitement.
Celui qui venait de parler était un homme bouclé. Celui qui se battait avec deux épées.
Je le fusillai du regard.
- Vous trouvez ? dis-je. J'étais justement en train de me dire que, pour une première fois, je ne m'étais pas trop mal débrouillée… Aïe !
Le sadique venait de serrer brusquement le bandage autour de ma blessure.
- Vous savez que ça fait mal ?
Il ne dit rien et rangea les gourdes sur sa selle.
- Je suis Arthur, dit alors cape rouge en s'approchant.
- Arthur ? répétai-je.
- C'est cela. Artorius Castus.
- Artorius Castus… répétai-je en faisant jouer ma mémoire.
- Vous comptez répéter tout ce qu'il dit inlassablement ? demanda bouclettes.
Je lui jetai un regard noir.
- Non. Mais il se trouve que son nom ne m'est pas inconnu et que j'essaie de me souvenir où je l'ai entendu ou lu !
- Oh, désolé, répondit-il. C'est que je n'ai pas l'habitude de voir une femme penser.
- C'est normal. On ne trouve pas des femmes de pensées dans les bordels !
Le balafré éclata de rire tandis que bouclettes en restait coi.
Je reportai mon attention sur Arthur.
- Et bien, Arthur, je vous remercie de nous avoir sauvées, ma sœur et moi, dis-je humblement.
Il sourit.
- Je suis officier romain, dit-il. Et voici mes chevaliers Sarmates.
D'un même mouvement, Mélusine et moi levâmes les yeux vers Arthur.
- Sarmates ? répéta Mélusine.
- C'est cela, madame, dit poliment Arthur.
Mélusine s'empara de mon bras et le serra.
- Sarmates, dit-elle. C'est pas ce que ton prof bizarre nous a lâché avant qu'on se retrouve ici ? Arthur et les Sarmates ?
Je la regardai et hochai la tête.
- C'est quoi ce bordel… ? me demanda-t-elle.
- Si seulement je le savais… soupirai-je.
- Permettez-moi de vous présenter mes hommes, dit Arthur en ignorant ce qu'on venait de dire. Lancelot.
Bouclettes s'appelait donc Lancelot ? Tiens donc. Et elle était où, Guenièvre ? Elle est pas censée être là à batifoler avec les deux hommes ?
- Gauvain.
Celui qui avait ramené mes affaires.
- Galahad.
Le jeune moqueur.
Tiens, maintenant que j'y pense, Galahad, c'est pas le fils à Lancelot ? Avec l'autre femme, là… Ellain, c'est ça ? Enfin, dans la légende arthurienne car là, seules quelques années semblaient les séparer…
- Bors.
Le balafré.
- Dagonet.
Tiens, je l'avais pas remarqué lui. Faut dire aussi qu'il avait rien dit depuis le début des échanges.
- Et vous connaissez déjà Tristan.
Le médecin.
Je vais avoir du mal à retenir tous les noms, mais on allait essayer de faire avec.
- Alors ? demanda Arthur. Que faisiez-vous là, seules ?
- Je…
"J'ai été transportée du XXIème siècle au VIème siècle en touchant une épée…"
- On est perdues… dis-je alors.
Ce qui était vrai.
- Et d'où venez-vous ?
- De loin d'ici, répondis-je.
Ben oui, c'est vrai. Le XXIème siècle est loin d'ici.
- Et avant que vous ne posiez la question, on ne sait pas ce qu'on fait ici. On ne sait pas où on est. On ne sait pas où on va.
- Humm.
Il semblait réfléchir.
- Vous allez nous accompagner jusqu'au mur et ensuite, nous aviserons.
- Le mur ? demanda Mélusine.
- Le mur d'Hadrien, dis-je.
- Un truc romain ? demanda-t-elle.
- Evidemment.
Je me tournai vers Arthur.
- Nous sommes loin de ce mur.
- Assez, quand même, répondit-il.
Chouette, beau voyage en perspective…
°o0o°
