Flashback, Empire de Partevia

-Qu'est ce que vous faites ?

Yunan sursauta et se retourna au son de la voix douce et lente de Sheherazade. Occupé à scruter la foule, il n'avait guère entendu l'autre magi se rapprocher ni fait attention à l'affolement des rukhs autour de lui.

-Ah ! Shehe !

-C'est « dame Sheherazade » pour vous.

Il soupira et reposa sa tête contre sa main. Assis en tailleur il avait visiblement l'air de s'ennuyer et ne pris pas la peine de répondre à Sheherazade, ce qui lui fit perdre patience.

-Et donc ?

-Et donc quoi ?

Elle indiqua la haute tour à côté de laquelle ils se trouvaient avec agacement.

-Qu'est ce que c'est ?

Il tourna enfin la tête vers elle en souriant.

-Une chance pour quelqu'un de se faire une place dans ce monde.

Fermant les yeux et se concentrant sur le donjon, la magi sentit l'extraordinaire quantité de magoi qui s'en dégageait, et en particulier de ce qu'elle reconnu comme un djinn.

-Vous laissez de simples humains affronter cela et prendre le risque qu'ils obtiennent un pouvoir si démesuré ?

-Nous sommes censés avoir été envoyés pour choisir un roi, non ? J'aimerais les soumettre à une épreuve suffisamment difficile pour qu'ils puissent faire leurs preuves. Les djinns choisissent d'eux-mêmes qui leur convient, après tout.

-Allons, vous n'avez jamais choisi quelqu'un. Je pensais que vous n'y portiez guère d'attention.

Il plongea ses yeux dans les siens.

-J'ai choisi quelqu'un, il y a une dizaine d'année.

Elle le fixa avec étonnement.

-Vraiment ?

Il soupira d'ennui une nouvelle fois, reportant son regard sur la foule qui était pressée à l'entrée du donjon.

-Mais personne n'est revenu encore. Personne ne s'est encore montré digne de conquérir Baal.

La magi n'eût pas besoin de poser la question pour sentir qu'un échec n'était pas pardonnable dans un tel lieu. Si les personnes qui étaient rentré dans ce donjon n'en n'étaient pas ressorties c'est qu'elles le feraient probablement jamais.

Un mouvement venant de la foule attira son attention et Yunan se redressa immédiatement, un grand sourire sur le visage.

-Il semblerait que les choses vont enfin devenir intéressantes.

Les rukhs s'emballèrent, une sensation qu'elle avait déjà ressentie une dizaine d'années plutôt quand un jeune garçon était né dans ce même pays. Alarmée, elle attrapa le bras de l'autre magi quand le son de la foule s'amplifia, commentant la venue d'un adolescent qui se dirigeait d'un pas déterminé vers l'entrée du donjon, suivi de près par un garçon de son âge.

-C'est votre candidat ?

-Tout à fait, il s'appelle Sinbad !

-Je sais comment il s'appelle, merci. Mais cet enfant est dangereux. L'ignorez-vous donc ? Les présages ne…

Il reporta son regard sur le jeune garçon.

-Je n'en n'ai pas perçus de tels. Ce que je sais c'est que je suis vraiment curieux de voir… Ce que cet enfant va devenir. Ce qu'il va être amené à faire.

Sans un regard pour la magi, il sauta du rebord sur lequel il était assis et se fraya un chemin dans la foule, ne prêtant guère attention aux remarques acerbes que formulaient les hommes et femmes qui se trouvaient sur son chemin à propos des deux garçons. Il vit Sinbad monter sur un rocher et dégainer le petit couteau qu'il portait, arborant une expression fière et confiante.

-Mon nom est Sinbad ! Je serais celui qui conquerra ce donjon, quelque soit le temps que ça prendra !

L'autre garçon fit de même, poussant un peu Sinbad.

-Je serais le premier à conquérir ce donjon, au nom de l'armée de notre Empire, je réussirais, moi Drakon !

Les deux rivaux se toisèrent férocement, ignorant la foule qui les dédaignait, affirmant le fait que des enfants ne pourraient réussir là où des guerriers avaient échoué. Ceux qui prenaient les paris penchaient cependant plus du côté de Drakon, fils de soldats et lui-même membre de l'armée de Partevia malgré son jeune âge. Avec sa maturité, son air plus âge et sa force il était apprécié de tous et représentait un candidat nettement plus idéal qu'un jeune rêveur maintenant orphelin qui avait passé son enfance pendu aux lèvres des marins et aventuriers qui mouillaient au port.
Fronçant les sourcils, énervé que tant de gens se moquent de ses capacités, il scruta la foule quand il se figea. Souriant, il sauta du rocher et couru rejoindre le magi qu'il avait aperçu dans la foule.

-Eh ! Vous êtes venus ! Comment vous avez su ?

Le magi s'accroupit pour être à hauteur du jeune garçon.

-J'ai simplement attendu. Alors ainsi tu t'es décidé ?

Sinbad acquiesça avec ferveur, une flamme brillant dans ses yeux d'enfant.

-Tu vas y aller avec lui ? demanda Yunan en indiquant Drakon qui parlait toujours à la foule. C'est toujours mieux d'avoir un ami pour aider en cas de besoin.

-Hein ? Non ! Je serais contre lui ! Il a insisté pour venir en même temps, il doit avoir peur que je gagne ! Je vais lui prouver, prouver à tout le monde de quoi je suis capable !

-Si tu en es sûr…

Il regarda le sol.

-Et montrer également à ce groupe que je ne les crains pas.

Yunan posa sa main sur la tête de Sinbad, lui souriant avec douceur.

-Tu en es capable… Ne laisse personne te prouver du contraire. Ne perds plus de temps, les rukhs te guideront.

Sinbad releva la tête, observant avec hésitation les lumières qui voletaient autour d'eux.

-Ces petits oiseaux ?

-Oui c'est cela, ces oiseaux.

Sinbad serra les poings, regardant le ciel avant de reporter son regard déterminé sur le magi.

-J'y vais ! Souhaitez-moi bonne chance !

Il couru en direction du donjon et en passa l'entrée sans se retourner, talonné de près par Drakon. Les deux garçons disparurent d'un coup, sans laisser aucune trace. Ils étaient seuls désormais.

-Vas, Sinbad. Vas franchir la première étape de ton destin.

-Ainsi vous l'avez choisi.

Yunan ne se retourna pas malgré le ton acerbe et résolu de la magi.

-Très bien, mais je doute qu'un fils de marchand puisse représenter une quelquonque menace pour mon Empereur.

-Ce n'est pas mon intention. Je veux vraiment savoir quel genre d'homme il sera amené à devenir. De quelle manière cet enfant sera amené… A changer le monde. Les préoccupations de votre Empire ne me concernent aucunement.

Sheherazade disparu sans un mot, se volatilisant littéralement.

- Une projection ? Je trouvais aussi étrange qu'elle se déplace ici… Il n'y a plus qu'à attendre maintenant.

Allant s'asseoir sur un rocher en hauteur proche du donjon, il se concentra, repérant au passage plusieurs figures indésirables postées tout autour de la tour. Il fit jouer au-dessus de sa main un rukh noir qui lui était parvenu, ne le faisant cependant pas disparaître mais le laissant voleter jusqu'à l'entrée du donjon où se tenait un homme et un très jeune enfant. L'adulte était vêtue de longues toges coupées dans un tissu chaud et lourd, témoignant d'un certain statut malgré la branche de ronces qui renseignait sur son allégeance.
Son visage, quant à lui, était dissimulé par un masque aux décorations compliquées et aux reflets dorés qui ne parvenait cependant pas à cacher le regard supérieur avec lequel il regardait l'enfant. Celui-ci était petit, surement à peine âgé d'une dizaine d'années et était vêtu d'une superposition de capes sales, fatigués et trouées. Son short n'était pas assez long pour cacher les longues cicatrices qui courraient le long de ses jambes trop fines pour sa taille. Son visage était en partie recouvert de bandages, tout comme une grande partie de son corps, empêchant de savoir avec exactitude son âge. S'étant rapproché avec discrétion, le magi pu voir l'expression d'extrême froideur et d'inhumanité qu'arborait le garçon alors qu'il écoutait l'adulte lui parler.

-J'ai passé un accord avec ton maître. Il m'a assuré que tu étais l'un de leurs plus fiables assassins alors tu n'as pas le droit à l'erreur. Si tu échoues j'ordonnerais qu'on t'exécute, est-ce clair ?

Le garçon hocha la tête en signe de compréhension avant de disparaître rapidement à travers l'ouverture du donjon, courant et sautant avec aisance, comme s'il volait, entre les rochers qui barraient le passage.

Yunan plissa les yeux et surveilla les gestes de l'homme qui alla rejoindre deux autres personnes qui se trouvaient dans la foule. Les fermant, le magi se concentra pour se focaliser sur lui, ignorant les voix de toutes les autres personnes présentes, se laissant guider par les rukhs qui faisaient écho aux paroles de l'homme.

-Je veux que vous le suiviez. S'il ne réussit pas je veux que l'un de vous complète sa mission, quoiqu'il advienne.

Les deux jeunes hommes acquiescèrent. L'un deux sembla cependant hésiter.

-Et si c'est nous qui réussissons et qu'il est en vie ?

-Tuez-le. J'ai payé son propriétaire, je peux en disposer si je le veux. Tuez aussi l'autre garçon. Ce donjon est réputé pour connaître des destins tragiques, personne ne s'en souciera.

-Bien monsieur.

Ils s'inclinèrent et rejoignirent l'entrée du donjon avec discrétion pendant que l'homme s'éloignait déjà du reste de la foule. Dissimulant ses rukhs, Yunan le suivit jusqu'à ce que plus aucun civil ne puisse les voir et lâcha une bourrasque de magoi dans la direction de l'homme qui se retourna vivement, perdant presque l'équilibre.

-Que… ?

-Je peux savoir ce que vous faites avec ces enfants ?

-Vous !

Il exécuta un large mouvement du bras, faisant léviter des rochers et les lançant en direction du magi qui créa aussitôt une sphère de protection. Il n'avait pas de temps à perdre avec des tours de passe-passe et transforma son bâton en liane qui s'enroula autour de lui. Il pointa la pierre rouge qui sertissait l'une des extrémités vers le sol puis vers l'homme en murmurant des mots inaudibles.

-Je le répète : qu'est ce que vous faites avec ces enfants ?

-Qu'est ce que ça peut vous faire ?

Yunan soupira, agacé, et tendit sa main en direction de son adversaire, fermant le poing.

-Si cela vous amuse…

Des bruits de racines se firent entendre alors qu'elles s'enroulaient autour et à la place des jambes de l'homme masqué qui jetaient sorts après sorts, tous ricochant contre la sphère.

-Vous tenez tant que ça à voir ce que font Sinbad et son ami ? Je puis vous permettre d'observer ce donjon pour l'éternité, si vous le désirez.

La moitié du corps était maintenant devenu végétal, racines et branchages remplaçant peu à peu la moindre parcelle de peau.

-Pourquoi vous souciez-vous de lui ? Pourquoi vous dressez contre nous ? Qu'est ce qu'un magi et un enfant auraient à voir ?

-Vous n'êtes pas très futé pour un membre de votre ordre. Ils ont beaucoup à voir. Il s'avère que je l'ai choisi pour un destin bien supérieur à celui que vous vouliez lui offrir. Et je ne permettrais pas que quelqu'un d'autre mette la main sur mon candidat.

Les racines avaient désormais presque atteint le cou de l'homme qui se débattait toujours.

-Je vous conseille donc de cesser vos agissements, sans quoi je me verrais contraint de continuer ce petit jeu avec vous.

L'autre homme ria alors que son visage commençait à être recouvert à son tour.

-Pendant que vous perdez votre temps avec moi quelqu'un est déjà à ses trousses. Il est même peut-être déjà mort.

Yunan bougea la main afin d'accélérer le processus.

-Non, il ne l'est pas et ne le sera pas. Je puis vous l'assurer. Par ailleurs… Je trouve que vous ne faites vraiment pas un très bel arbre.

Il lui tourna le dos et lança un dernier sort par-dessus son épaule.

-Brûle.

L'arbre s'embrasa pendant Yunan s'envolait, ayant retransformé la liane en bâton sur lequel il pouvait s'assoir. Il s'arrêta à bonne hauteur afin d'avoir une vue dégagée sur le donjon et sur les habitants qui s'activaient pour éteindre le soudain incendie qui était survenu. Il n'y avait rien qu'il puisse faire d'autre pour le moment, de toute manière. Et même s'il aurait été tout à fait capable de rentrer dans son propre donjon et de rejoindre la salle de Baal directement il n'en fit rien, préférant observer à l'écart.
Il doit affronter ses propres épreuves seuls…

Sindria, temps présent.

Aucun bruit ne se faisait entendre dans le palais. Cela faisait plusieurs heures que la cité s'était endormie, bercée par la lumière d'une lune éclatante. Pourtant, malgré le calme qui y régnait, le premier conseiller de Sinbad ne parvenait pas à trouver le sommeil. Il dormait d'ordinaire peu, finissant bien souvent son travail quand le soleil était déjà couché et se réveillant aux aurores. Il y était habitué et n'avait jamais réellement connu de sommeil profond, sa conscience toujours alerte pour se tenir prêt à réagir si quelque chose se passait pendant la nuit. Un vieux réflexe qui ne s'était jamais tari. Préoccupé, il s'assit et commença à nettoyer les deux couteaux qui ne le quittaient jamais, les cordes rouges toujours enroulées autour de ses bras.
Une dizaine minutes passèrent ainsi et il se résolu finalement à s'allonger pour attendre que le sommeil ne le prenne quand ses sens s'éveillèrent totalement d'un seul coup. Aucun bruit, aucune odeur ni ombres n'étaient décelables mais son instinct lui criait de sortir de sa chambre. Enroulant prestement ses cordages, il ouvrit doucement la porte et vérifia qu'il n'y avait personne avant de s'engouffrer dans le couloir, se dirigeant d'instinct vers la partie du palais allouée au roi, courant sans bruit. Presque rendu à l'entrée, il aperçu une ombre se mouvoir dans la ruelle adjacente et sauta sur les hauts murets avec aisance pour la pister. L'ombre sauta et atterrit sur la mezzanine située sous le balcon de la chambre du roi. Se stoppant quelques secondes, elle sembla se mettre sur ses gardes, tournant plusieurs fois la tête. Quand aucune anormalité ne lui parvint, elle sauta en direction du balcon mais fut stoppée par des fils qui s'enroulèrent autour de ses jambes. Alors qu'il quittait la colonne derrière laquelle il était dissimulé, Ja'far tira violemment sur ses fils et fit tomber lourdement l'intrus devant lui. Il s'agenouilla auprès de lui et lui attrapa le col pour le forcer à le regarder, s'apprêtant à enlever la capuche qui recouvrait le visage de l'intrus quand il s'écarta subitement, une lame frappant l'endroit où il se trouvait une seconde plus tôt. Pivotant, il détacha une de ses lames, écorchant profondément la jambe de l'assassin à terre et la lança d'instinct derrière lui. Elle rencontra une épée dans un tintement de métal et sauta en arrière avec légèreté, rappelant les deux lames jumelles dans ses mains.

-Valalark Sei !

Une lumière blanche les recouvrit quand il les lança une nouvelle fois tout en courant sur le côté pour éviter la large épée que le deuxième assaillant abattait. Elles allèrent s'enrouler autour des deux hommes alors que la forte décharge d'électricité qui avait pris la forme de deux énormes serpents fit hurler celui qui se trouvait déjà à terre et qui s'était, entre temps, pratiquement relevé. Arrivé près d'eux, il posa une de ses lames contre la gorge de l'homme à l'épée, le toisant d'un regard qui avait désormais pris une teinte jaune flamboyante.

-C'est ça ? C'est ça les assassins envoyés pour tuer le roi de Sindria ?

Aucun d'eux ne répondit et le général enfonça davantage le côté de sa lame dans le cou de son adversaire. Le sang coula avec rapidité jusqu'à son bras mais il n'en avait cure. Le lâchant, il se releva et les regarda de haut. L'homme à l'épée se tint la gorge et sourit avec difficulté.

-Il y'en aura d'autres, il y'en a déjà d'autres.

Sans un mot, sans émotion autre qu'une grande colère, sans pensée autre que la seule et irrépressible, inextinguible, envie d'ôter la vie, il tira avec force sur les fils qui lacérèrent en profondeur chaque parcelle de peau qu'elles avaient touché. Elles sectionnèrent avec netteté certains de leurs membres alors qu'une pluie rougeâtre s'en échappait. Serrant ses lames et ignorant la teinte rougeoyante que le bas de sa jupe avait désormais prit, il se prépara à les achever quand une main se posa avec douceur sur sa tête.

-Ja'far. Arrête.

Il cligna des yeux au son de la voix de Sinbad et réalisa ce qui se passait alors que ses yeux retrouvaient leur teinte gris-bleu. Perdu, il vit son roi s'agenouiller auprès des deux intrus, les questionnant sur leur employeur mais aucun des deux ne répondit, ayant déjà totalement et pour toujours, perdu connaissance. Sinbad ôta la capuche du plus petit assassin et dévoila un garçon d'à peine une douzaine d'année. Ja'far sentit ses bras trembler quand il se rendit compte que ce n'était rien d'autre qu'un enfant et vit alors, baissant la tête et réalisant soudain, les tâches aussi rouges que les cordes de son arme qui parsemaient sa jupe d'ordinaire immaculée.

-Sin… Je suis désolé… J'ai oublié, pendant un instant…

Sinbad se releva et le regarda avec douceur, posant ses mains sur les siennes pour qu'elles arrêtent de trembler.

-C'est bon, ce n'est rien.

Il en était toujours ainsi. Sinbad ne lui tenait jamais rigueur des fautes qu'il faisait, pour les moments où, sans s'en rendre compte, il laissait son ancienne nature l'aveugler. Sinbad s'était même blessé quand Ja'far avait voulu faire taire le voleur qui accompagnait Alibaba à Balbadd et qu'il avait saisi son couteau de sa main nu en souriant avec bonté. Le général se maudissait pour cela.

-Mais on ignore qui… !

Le roi secoua la tête, reportant son regard sur les assassins.

-Non, ce n'est pas toi, ils se sont coupés la langue avant que je puisse finir ma question.

Il soupira, contrarié.

-Mais, plus important, tu n'as rien eu ? … Ja'far ?

Devant le silence prolongé de son conseiller, il se tourna vers lui et vit l'absence l'émotion qui avait à nouveau recouvert son visage et le changement d'expression que ses yeux affichaient, ses pupilles se rétrécissant à nouveau. Le regard dans le vide, il ne semblait plus voir Sinbad alors que ce-dernier plissait les yeux, portant déjà la main à son épée avant que le général ne confirme ce qu'il pensait à la vue de son attitude.

-Il y'en a d'autres. Au moins six.

Une explosion retentit à quelques mètres de là, des morceaux de pierres volant en éclat alors que le corps d'un homme vola presque jusqu'à eux, retombant au sol tel une poupée de chiffon.

Sinbad se gratta l'arrière de la tête avec un petit rire.

-Il a dû rencontrer Marsur.

Le Fanalis apparu au détour du couloir et leur adressa un signe de tête avant de courir dans la direction opposé, attiré par une nouvelle explosion. Sinbad afficha un sourire fier.

-Les généraux s'occupent de ça, ça ne devrait pas prendre longtemps.

Il échangea un regard avec Ja'far qui fit un mouvement de tête vers l'extérieur de la mezzanine. Il couru et sauta du balcon, Sinbad sur les talons. Ils atterrirent tous deux avec facilité et se mirent dos au mur qui les séparait de leur cible.

-J'ai envoyé une dizaine d'entre eux monseigneur, aucun n'est revenu. Laissez-moi encore essayer.

-Vous les avez surestimés, encore une fois. Je croyais que vos assassins étaient réputés pour être les meilleurs.

-Ils le sont, mais ces généraux… Ce sont des monstres.

-Nous avons pu attirer trois d'entre eux hors d'ici, pourtant, et vous m'aviez assuré de pouvoir vous occupez d'un en particulier. Mais il semblerait que vous n'avez pas su saisir votre chance. Assurez-vous qu'ils ne parlent pas, dans votre intérêt.

-Ils se sont d'ores et déjà donnés la mort, monseigneur, ils n'ont pas le loisir de penser à faire autre chose, soyez-en assurés. Nous les dressons bien.

-Alors qu'ils accomplissent leur mission ou vous n'aurez bientôt plus de tête pour penser. Est-ce clair ?

-Oui… Parfaitement clair.

La lumière émanant de la petite pierre que l'homme tenait dans sa main se tarit et il la rangea avec soin dans une de ses poches. Sinbad choisi ce moment sortir de leur cachette, se jetant avec rapidité sur sa cible. A peine l'autre eu t-il le temps de dégainer qu'ils se retrouvaient déjà dos au mur, une épée pointée sur lui. Sinbad lui sourit d'un air fier et supérieur alors qu'il appuyait davantage sa main contre l'épaule de l'homme pour le maintenir en place.

-On dirait que nous avons des choses à nous dire ?

-Vous ! Vous avez tout détruit… Tout est à cause de vous !

-J'en suis navré. Mais je ne suis pas celui qui a conclu un marché avec Al Sarmen en premier lieu. Ceci est votre erreur.

Avec rage l'homme le repoussa et dégaina son épée à son retour.

-Comment vous… Tch, tuez-moi, cela vaudra mieux. Cela sera mon sort, de toute manière.

Sinbad haussa les épaules.

-Je n'ai pas envie. Par contre je peux vous enfermer pour vous questionner. Nos geôles sont très confortables et vous seriez en vie.

-Il n'y a rien d'autre à savoir que ce que vous savez déjà… J'ai toujours, toujours travaillé avec cette organisation. Elle m'a tout apporté, elle me fournissait du travail, des richesses ! Jusqu'à ce qu'ils vous prennent comme cible…

Sinbad haussa une nouvelle fois les épaules en souriant.

-Je suis difficile à tuer, je n'y peux rien.

Son adversaire leva soudainement son épée et s'apprêta à frapper quand son bras fut retenu par un cordon rouge qui se détacha à la seconde ou Sinbad saisit à nouveau le col de l'homme, le poussant avec violence contre le mur.

-Non, ce que je voudrais savoir maintenant est d'un tout autre ressort. Quels liens avez-vous avec ces hommes et enfants qui nous ont attaqués ?

-Vous devriez pourtant le savoir, répliqua l'autre en riant.

Ja'far ferma les yeux et quitta finalement sa cachette, allant rejoindre Sinbad.

-Il est leur propriétaire, Sin.

-Oh, je savais que la corde de tout à l'heure ne pouvait appartenir à personne d'autre… Je n'ai jamais vu personne utilisant une arme similaire.

Il adressa un sourire malsain à Ja'far qui le regardait sans vraiment le voir, des dizaines et des dizaines de souvenirs teintés de rouge et jusque là enfouis, oubliés, se bousculant d'un seul coup dans sa mémoire.

-J'ai élevé des centaines de jeunes enfants, j'ai offert une chance à tous ces gamins sans avenir de survivre.

Ja'far serra avec force son couteau, l'empoignant si fort qu'il commençait à se couper l'intérieur de la main.
Elevé ? Vous appelez élevé le fait d'acheter des enfants, de les garder dans des geôles en ne les nourrissant qu'après avoir accompli leurs ordres ?

-Je ne me rappelle pas de tous bien sûr mais… Il est difficile d'oublier un assassin aussi talentueux. Les habitants des régions du nord avec une peau et des cheveux aussi pâles sont de toutes manières rares et difficiles à oublier. Mais les résultats ont vite remboursé le prix que je t'ai payé, numéro trente-sept, et j'aimerais vraiment…

Des images se bousculèrent dans l'esprit du jeune homme. Des souvenirs de son interlocuteur, de son sourire de dément, des entraînements, des coups de bâtons et de fouets donnés à ceux qui s'écroulaient de fatigue, de la pièce sombre et humide qui avait représenté son univers pendant une dizaine d'années, des bandages imprégnée du sang de ses cibles, des cris, des hurlements et des pleurs quand, lorsqu'il n'était pas assez rapide, ses cibles imploraient la pitié, d'un garçon qui s'était caché sous la table, trop en évidence pour pouvoir être épargné…
Ja'far eu un mouvement de recul inconscient alors qu'il serrait de plus en plus fortement les armes qu'il avait détesté pendant des années mais qui avaient représenté son seul moyen de survivre.

-Reviens, retourne à la place où tu dois être… Un assassin restera toujours un assassin qu'importe le nombre de fois où tu essayeras de te laver les mains. Ce n'est pas quelque chose qui peut être effacé... Ou changé.

Sinbad frappa soudainement avec violence l'homme avant que Ja'far ne puisse faire quoique ce soit. Il écarquilla les yeux alors que son roi, son ami, relevait plusieurs fois de suite l'homme pour le frapper encore et encore, ses yeux brillant d'une haine que même Ja'far avait peu vu.
La bouche en sang, affalé sur le sol, leur ennemi leur lança un regard noir, essayant vainement d'atteindre Sinbad avec son épée.

-C'est à cause de vous deux… Que j'ai perdu ça, dit-il en indiqua l'endroit où devait se trouver son oreille droite. Ce jour… Au donjon de Partevia quand Al Sarmen nous a demandé de vous tuer et que j'ai envoyé celui dans lequel j'avais le plus d'espoir… Vous êtes la seule cible que je n'ai pas pu atteindre, ô Roi Sinbad… Et toi, tu l'as suivi. N'avais-tu pas tout ce que tu désirais ? Tu aurais pu devenir…

Sinbad le frappa une nouvelle fois, incapable de le laisser parler à son plus proche général ainsi. Une rage non contenue menaçait d'exploser et il se faisait violence du mieux qu'il pouvait pour retenir la main qui tenait son épée. Combien de fois, étant plus jeune, il avait désiré détruire cette parodie d'orphelinat, combien de fois, malgré sa nature joyeuse et optimiste, il avait voulu réduire le responsable en cendres. Combien de fois, face aux réactions semblables à celles d'une bête sauvage du jeune enfant que Ja'far était, il avait voulu le soulager de ses maux, le libérer des cauchemars qui le hantait chaque nuit, de soigner ses jambes qui, mal soignées, arborait des cicatrices profondes et douloureuses. Et maintenant il le tenait, il l'avait devant lui, des années plus tard. Il ressentait une colère qu'il avait peu éprouvé hormis face aux hommes d'Al Sarmen, une colère qui lui avait lui-même permis de se venger. Se préparant à le frapper une nouvelle fois il se figea quand il vit les longues cordes rouges de Valalark Sei se déroulant devant ses yeux, les deux lames entourées des deux serpents blancs se logeant directement dans la poitrine de l'homme. La lumière semblable à la foudre les parcouru et empira l'état de sa cible qui s'effondra à terre hurlant encore et encore jusqu'à ce qu'il n'ait plus aucune réserve d'air. Ja'far ne le lâcha pas, continuant à utiliser le pouvoir de Baal plusieurs minutes après que son bourreau ait rendu son dernier souffle.
Sinbad se posta devant lui, le prenant dans ses bras, une main posée sur la tête de Ja'far, geste qui avait toujours réussi à le calmer quand il perdait le contrôle de lui-même, et l'autre sur ses mains, les forçant à se baisser. Appelant silencieusement Baal, il le somma d'arrêter de nourrir l'arme de son général et les serpents disparurent aussitôt.

-Eh. C'est terminé.

Il sentit les bras de Ja'far s'abaisser alors qu'un tintement témoignait que les lames étaient tombées à terre.

-Sin, je suis…

Sinbad s'écarta pour voir le visage du jeune homme qui affichait l'expression de douleur, de peur et de regrets qu'il avait souhaité ne plus jamais revoir.

-Ne sois pas désolé d'avoir été plus rapide que moi. Si tu ne l'avais pas fait je l'aurais exécuté moi-même, et d'une manière plus lente. Il a eu ce qu'il méritait. Maintenant il ne pourra plus nuire.

Ja'far regarda le sol, enroulant machinalement son arme autour de ses bras.

-Je le savais… Ce garçon là haut, il avait des cicatrices mal recousues comme…

Il secoua la tête, regardant sur le côté.

-J'aurais dû le savoir.

-Eh.

Il posa une main sur épaule, lui souriant.

-Allons voir où en sont les autres. Et il faut que tu ailles laver ça sinon ça ne partira pas, ajouta t-il en indiquant les vêtements tachetés ça et là de marques maintenant brunies.

Sinbad afficha cependant une expression de remord qui n'échappa pas à l'œil de son intendant.

-Ja'far. Si quelqu'un est désolé ici… C'est moi. Je t'ai forcé à continuer dans ce chemin en sachant que…

Le général changea subitement d'expression, se redressant et lançant un regard déterminé et réprobateur à son roi.

-Vous ne m'avez forcé en rien. C'est la voie que j'ai choisi. Et je la suivrais jusqu'à ce que vous atteigniez votre objectif ou que je meure. … Malgré tout il a dit la vérité.

Il soupira.

-Je suis plutôt doué à ça… Mais vous m'avez donné une raison de le faire. Alors si par ma vie ou ma mort je puis vous protéger ainsi que le royaume, de quelques manières que ce soit, peu importe les moyens que j'aurais à utiliser, quelque soit ce que je dois redevenir alors je le ferais. Je vous l'ai dit, déjà, non ?

Sinbad sourit, s'avouant vaincu.

-Et je le sais… Cela fait plus de dix que je le sais. Même si le garçon que tu as rencontré n'est plus vraiment là. (Il le regarda dans les yeux.) Enfin… ça ira ?

Ja'far jeta un dernier coup d'œil à la silhouette à terre.

-Oui… Oui ça va. Mais… On ne peut pas le laisser là.

Sinbad le poussa, l'incitant à sortir de la ruelle pour remonter au palais.

-Je vais appeler des gardes pour nous en débarrasser. Maintenant allons-y, ils doivent tous nous attendre !

Il regarda le corps de l'homme avec mépris, indiquant d'un mouvement de têtes aux gardes qui étaient restés à proximité de l'emmener.

-Ce qu'il a dit est problématique.

-Ils essayent de séparer les généraux ainsi que notre l'armée.

-Et je m'attends à ce qu'un nouveau conflit, devrais-je dire un semblant de conflit, apparaisse dans un autre pays de l'Alliance. Ils essayent de vider Sindria de sa force et d'empêcher quiquonque de nous rejoindre.

-Il faut que nous contactions Yamuraiha, ils ne vont peut-être pas essayer d'attaquer Heliohapt de front mais établir un siège pour occuper suffisamment longtemps les nôtres et ceux d'Heliohapt qui pourrait nous venir en aide.

Sinbad marqua une pause.

-Ja'far, va envoyer des hommes à la rencontre de chacun de nos pays alliés, ils sont peut-être déjà en place sans que nous le sachions.

-Bien.

-Et après tu laves ça et tu vas te reposer jusqu'à ce que je te rappelle.

-Quoi ? Mais Sin je n'ai pas de temps à perdre à me…

-C'est un ordre.

Les épaules de Ja'far s'affaissèrent. Il n'obéissait pas toujours à ce que Sinbad lui disait mais il ne pouvait ignorer le regard qu'il lui adressait maintenant.

-N'utilisez pas votre aura de roi contre moi.

Sinbad afficha un grand sourire, prenant déjà la direction du palais alors qu'il laissait Ja'far rejoindre ses hommes.

-Un roi fait ce qu'il souhaite ! Il faut bien qu'il y ait des avantages !

Ja'far s'apprêtait à rétorquer qu'il en profitait déjà bien assez mais il était déjà trop loin. Il soupira avec une grimace d'exaspération mais laissa échapper un sourire quand il serra le tissu de sa jupe dans sa main.

-Certaines choses changent mais d'autres restent et resteront immuablement intactes. Même si vous avez changé, vous êtes toujours le même. Et cela, au moins, ne changera pas.

C'est un avec un sourire rassuré qu'il tourna les talons et s'éloigna, sans un regard, du lieu du conflit, s'apprêtant à donner des ordres aux hommes qui l'avaient maintenant rejoint.
Mais je vous suis au moins reconnaissant de m'avoir donné cet ordre, ce jour à Partevia.

Flashback. Donjon de Baal, Partevia

-Et donc, quel est ton nom ?

Le jeune garçon ne répondit pas, lançant un regard furtif à Sinbad avant de reporter son attention sur le mur. Il sentit néanmoins la désagréable sensation qu'il avait quand quelqu'un le fixait et c'était tout à fait ce que ce garçon turbulent aux cheveux violets était en train de faire.

-Hum… Ca va être compliqué si tu ne me dis pas ton nom.

Drakon soupira, exaspéré.

-Sin, son statut est à peu près le même que celui d'un esclave, c'est possible qu'il n'en n'ait pas ou qu'il ne s'en souvienne plus. Et pourquoi ça t'intéresses de toute façon ?

Sinbad se releva avec un grand sourire.

-Parce qu'il va venir avec nous !

-Pardon ?! s'exclama Drakon, lâchant les bouts de bois qu'il avait dans les bras et tirant Sinbad à l'écart. Enfin, tu n'es pas sérieux, il a essayé de te tuer !

Sinbad avait l'air particulièrement fier de lui, ce qui ne rassurait guère son compagnon de fortune.

-Et alors ? Il n'a pas réussi ! Si ça te plaît pas t'as qu'à partir devant.

-Aurais-tu oublié que j'ai promis à tes parents de te pro… SINBAD !

L'autre garçon était déjà retourné auprès de l'enfant qui ne bougeait pas d'iota.

-Je te l'ai déjà demandé non ? Et on s'est occupé des deux personnes qui te suivaient, tu n'as plus personne à qui obéir maintenant. Tu peux choisir !

Il prit les mains de l'enfant sous le regard dépité de Drakon qui ne prit pas la peine de le prévenir que c'était une mauvaise idée. Le garçon aux cheveux gris avait en effet sortis ses deux couteaux avec rapidité et menaçait à nouveau Sinbad qui avait paré en riant.

-Ce qui est sûr c'est qu'il est plutôt fort !

Il rangea son épée et attrapa un des couteaux à main nue, la faisant saigner au passage, et la baissa doucement. Ce geste perturba le garçon qui ne comprit pas pourquoi l'autre se blessait volontairement et laissa Sinbad attraper la seconde lame de la même manière.

-Tu vois, tu n'as absolument rien à craindre avec nous. Si tu ne veux pas nous suivre alors restes-ici, nous ne te forcerons pas. Mais si tu veux venir…

Une étincelle passa dans le regard de Sinbad.

-Tu sais, mon rêve est d'être le plus grand des explorateurs, de découvrir toutes les richesses que ce monde recèle, de parcourir et de vaincre d'autres donjons comme celui-ci! Pour moi, un marin est la personne avec le plus de liberté en ce monde. Aucune frontière, aucune limite, aucun obstacle, seulement un avenir ! Je veux vraiment goûter à cela ! Et ce ne serait pas assez amusant si je le faisais seul !

Il se releva avec un grand sourire, tendant la main vers le garçon qui le regardait maintenant avec un peu plus d'attention.

-Si ça te dis, viens ! Tu veux vivre, n'est pas ce pas ?

Il capta le léger changement qui apparu dans le regard du garçon.

-J'ai besoin de quelqu'un qui soit assez fort pour être mon égal et assurer mes arrières ! Drakon dit que j'ai besoin d'être protégé.

-Je n'ai pas dit ça.

-Alors pourquoi je n'aurais qu'une seule personne pour le faire ?

Il réfléchit quelques instants avant de visiblement trouver une nouvelle idée et sauter sur ses pieds.

-J'ai trouvé ! Ja'far !

Drakon le regarda avec interrogation alors qu'il s'agenouillait une nouvelle fois devant le garçon.

-C'est joli, non ? Ca signifie l'indépendance, la force et la responsabilité mais aussi la vulnérabilité et la bonté. On ne se connaît pas encore mais je sens en quelque sorte que ce prénom te conviendra… Je le sais !

Il se releva et se dirigea vers la pièce suivante, accompagné de Drakon qui avait déjà rassemblé leurs bagages et affuté leurs armes. L'enfant ne bougea pas et regarda ses deux petits bras pratiquement entièrement recouvert de cordes rouges et fixa ses couteaux pendant plusieurs longues minutes. Les serrant enfin, il jeta un dernier regard aux hommes qui avaient été envoyés pour tuer Sinbad en cas d'échec et secoua la tête. C'était la première fois, la toute première fois dans sa courte vie que quelqu'un lui parlait ainsi. Bien sûr, la nature joviale et exubérante du garçon l'avait quelque peu agacé quand il avait voulu se rapprocher de lui mais il ne pouvait s'empêcher de retourner ses paroles dans sa tête, de sentir que, malgré son âge à peine plus vieux, il détenait quelque chose qui rendait ses paroles réalisables. Il pouvait toujours accomplir sa mission plus tard après tout mais, pour le moment, il avait simplement envie de suivre ce garçon au sourire communicatif. C'est avec une émotion jusque là inconnue dans son cœur qu'il commença à marcher doucement puis courir enfin en direction de la salle suivante, suivant facilement les voix des deux autres enfants. Courant vers, il ne le savait pas encore, l'homme qu'il allait pour toujours suivre et servir. Vers son avenir.
Ja'far… Je pense pouvoir m'y habituer.

Heliohapt, palais royal

-… Ces hommes seront à vos frontières dans quelques jours. Au nom de notre roi Sinbad et de l'alliance des sept mers, nous sommes venus vous offrir notre aide.

Le roi dévisagea le jeune homme qui se trouvait devant lui en contrebas des marches qui séparaient le trône des visiteurs et serviteurs qui venaient s'agenouiller devant lui.

-Sinbad est toujours aussi prompt à réagir. Fort bien, je vous laisse le loisir de vous occuper de ces envahisseurs. Si certains d'entre eux arrivent néanmoins à passer, nous serons prêts. Drakon, auriez-vous l'obligeance de renseigner nos tacticiens sur les mouvements de notre ennemi ?

Il inclina la tête.

-Sans aucun problème, sire.

-Vous semblez le plus avisé, je me référerais donc à vous pour toute décision concernant ce problème.

Drakon indiqua le garçon à la peau bronzée qui était toujours agenouillé et qui n'avait pas osé relever la tête. Yamuraiha, quant à elle, s'était éclipsée avec respect quand une communication lui était parvenue à travers l'œil des rukhs qu'elle gardait avec elle.

-Excusez moi sire mais je ne suis qu'un conseiller militaire, notre roi à nommé Sharrkan ici présent comme responsable de l'opération.

Le roi lança un regard dénué de toute sympathie envers Sharrkan, ne se souciant guère de Yamuraiha qui était revenue entre temps.

-Il me faudra une preuve de son efficacité avant cela, je ne veux pas d'un lâche comme défenseur de notre pays.

Sharrkan ferma les yeux mais ne répondit pas, pas même quand Titi, autre membre de la royauté d'Heliohapt qui avait souvent rencontré Sinbad s'avança auprès du roi, indigné.

-Père !

-Mon plus jeune fils est en train de se former et suit la route que tu n'as pas voulu prendre. J'attends beaucoup de lui. Bien plus que je n'ai jamais pu attendre de son aîné.

Yamu vit Sharrkan serrer les dents et se positionna devant lui, s'inclinant légèrement.

-Monsieur, une communication nous est parvenue de Sindria. Ils ont été attaqués pendant la nuit et notre roi a appris que cette opération ici n'était qu'une ruse pour tenir éloignée une partie des forces du royaume. Il se peut, d'après lui, que l'armée de Kou n'établisse qu'un blocus ici et fasse de même dans d'autres pays de l'alliance. Des hommes ont été envoyés dans chaque pays pour établir un relevé de la situation, dans le cas où un blackout des communications aurait été monté.

Le roi marqua une pause mais ne changea guère d'expression.

-Notre problème ne change guère, je ne veux pas de ces gens aux portes de mon royaume. Nous avons besoin des échanges commerciaux avec les autres pays avoisinants et, s'ils restent, ils auront peur et ne nous fournirons plus. Ce serait une catastrophe pour l'économie de ce pays. Nous avons déjà fort à faire avec les Empires de Laem et de Partevia sans que nous ayons besoin d'autres ennemis. J'ai une forte confiance en Sinbad, tâchez de ne pas l'éroder.

Les trois généraux s'inclinèrent une nouvelle fois, s'apprêtant à quitter le palais.

-Drakon, mon garçon, restez ici. J'ai besoin de vos conseils avisés.

-Bien, monsieur.

Le roi jeta un coup d'œil à Sharrkan qui s'était figé et qui était maintenant tourné vers le roi, une expression de fausse assurance sur le visage.

-Père si je dois revenir devant vous après cette mission, ayez meilleure opinion de moi.

Le roi ne répondit pas alors que leurs regards se croisèrent et que les deux jeunes généraux quittèrent finalement les lieux.

-Cela dépendra de la manière dont tu reviendras.