Titre : Himitsu

Auteur : Nandra-chan

Disclaimer : Rien n'est à moi, sauf Gaita.

Note : Euh… bon, finalement, j'ai du mal à publier à un rythme aussi régulier qu'avant. Je m'en excuse. Je crois que je suis un peu fatiguée, je n'arrive pas à rester concentrée sur mes corrections. Vous avez le droit de me fouetter, ça me réveillera. Tiens, je viens de me rendre compte qu'il y a un décalage dans les avis de publication de mes chapitres... je rectifierai ça dès le prochain.


La review des reviews :

Niacy : je me suis munie d'une petite aiguille, tu me fais plus peur avec ton marteau en plastoc !

Soren : mais non, personne n'a abandonné les nours ! c'est juste que Kuro a le sens des priorités : d'abord, serrer Fye dans ses bras, ensuite ce sera le tour de ses peluches. On ne peut pas lui en vouloir pour ça quand même.

Kuroxfyechan : héhé, oué j'ai fait ma sadique, encore une fois, mais n'oublie pas une chose : si tu m'assassines, qui publiera la suite ? hein ? hein ? pour ta question sur le nombre de chapitres, désolée mais c'est top secret… si je te le disais, je serais obligée de te tuer. Et ça ne me plairait pas tellement, vu que tu n'es pas un magicien blond (enfin je crois. T'es un magicien blond ?).

Aelin : Merci ! Et pour répondre à ta question (et un peu à celle de kuroxfyechan aussi), oui, cette fic va durer un peu, Kuro et Fye ne sont pas au bout de leurs peines.

Arona : ben quoi ? il n'est pas mort Fye, finalement. Ok, il est un peu tout cassé, mais que veux-tu, on en fait pas d'omelette sans casser des blonds.

Alicia : Eh bien oui, j'avoue, j'aime torturer les gens. Les mages, les lecteurs, tout le monde... c'est dû à un traumatisme dans mon enfance. Un jour une de mes peluches s'est suicidée en sautant de mon lit. C'est moi qui ai trouvé le corps, gisant sur la moquette, et depuis… je suis comme ça. C'est grave docteur ?

Pour les menaces, les lettres anonymes, les poulets morts et les poupées vaudou, c'est en bas, au centre.


Chapitre 4 - Crapaud

Kurogane poussa la porte du manoir et entra. Il avait calé le mage contre sa hanche. Sa tête reposait dans le creux de son épaule, le front contre son cou. Un front trop chaud, humide. Fye tremblait, et parfois, quand il faisait un geste un peu brusque, il l'entendait manquer une respiration. Mais il ne se plaignait pas.

Il régnait une odeur atroce dans le vestibule, et le ninja n'eut pas de mal à en identifier l'origine. Ils n'avaient pas fait le ménage avant de partir, la dernière fois, et les deux cadavres qu'ils avaient laissés devaient être dans un état de décomposition plus qu'avancée.

Il ne perdit pas de temps à s'en assurer, et porta directement le magicien dans les étages, là où il se souvenait d'avoir trouvé des chambres, lors de leur dernier passage. Il en choisit une au hasard, poussa la porte, entra et déposa le malade sur le lit, avant d'aller ouvrir les fenêtres et les rideaux pour laisser entrer de l'air pur et de la lumière.

La pièce n'était pas très grande, et elle était meublée simplement, d'un lit aux montants de bois, d'une commode servant de chevet, d'un fauteuil profond et d'une vieille armoire massive qui contenait tout le linge de maison nécessaire pour installer confortablement son compagnon.

Fye, épuisé mais conscient, le regardait faire sans rien dire. Il souffrait terriblement, pourtant, il se sentait serein, plus qu'il ne l'avait jamais été. Son état d'extrême faiblesse n'avait pas que des inconvénients, pensait-il en regardant le ninja aller et venir dans la chambre. Grâce à cette fatigue qui lui paralysait le cerveau, l'empêchait de trop réfléchir et de s'encombrait la tête avec toutes sortes de questions et d'inquiétudes somme toute inutiles, il avait découvert un nouvel aspect de la vie et de son compagnon.

Avant le Grand Mal, avant cette peur atroce qu'il avait eue de finir son existence en pourrissant lentement, sans aucun moyen de se défendre, jamais il ne se serait cru capable de baisser à ce point sa garde, d'abandonner totalement son sort à une autre personne. Jamais il n'aurait pensé trouver un jour une personne qui le comprendrait aussi bien, sur qui il pourrait se reposer en toute confiance.

Mais Kurogane était là, il ne le quittait pas d'une semelle, et chacun de ses gestes renforçaient cet agréable sentiment de sécurité. Le guerrier veillerait sur lui, quoi qu'il advienne. Il le comprenait, et il était assez fort, assez volontaire, pour être capable de faire face à la situation. S'il y avait un moyen d'enrayer la maladie, il le trouverait. Et s'il n'y en avait pas, il tiendrait la promesse qu'il avait faite à Rozamova, et lui donnerait une mort propre.

Le mage n'avait qu'une seule chose à faire : attendre, attendre et résister, le plus longtemps possible. Pour la première fois de sa vie, il se sentait autorisé à faire ce qu'il avait souvent conseillé aux autres mais qu'il n'avait jamais été capable d'appliquer à lui-même : laisser quelqu'un prendre soin de lui. Et ce qui l'étonnait le plus, c'était que, loin de le mettre mal à l'aise, de le faire culpabiliser, le fait de se laisser aller de cette manière le rendait heureux.

Il avait été profondément touché par le geste du ninja quand il avait refusé de l'abandonner à son sort et pris un risque mortel en décidant de l'accompagner à Argaï. Mais il n'y avait pas que ça. Il avait aimé l'expression bouleversée de son visage, quand il était revenu à la vie, un moment plus tôt, dans le jardin. Quelqu'un avait eu peur pour lui, très peur même, et c'était réconfortant. Ensuite, il s'était laissé porter jusqu'à la maison et, le nez niché dans le col de la tunique de son compagnon, il avait souri. Ce devait être ainsi que des parents s'occupaient de leurs enfants, du moins le supposait-il. Sans le savoir, Kurogane était en train de lui rendre une chose à laquelle il aurait dû avoir droit, mais qui lui avait été volée, une part d'enfance.

Grâce à lui, il réalisait qu'il avait toujours eu une perception distordue de la manière dont une existence humaine normale devait se dérouler. Les enfants ne vivaient pas dans des prisons, ne se faisaient pas piéger par les adultes, les amis n'étaient pas tous des traîtres, et les erreurs que l'on commettait pouvaient être pardonnées. Il ne savait pas tout ça avant de rencontrer ses compagnons de voyage, la princesse, Shaolan, et le brun. Mais il avait appris, et même si les deux gamins n'étaient plus là, il lui restait quelqu'un à qui se raccrocher pour continuer cet apprentissage. Il voulait savoir s'il serait capable d'aller jusqu'au bout de ce chemin, si, un jour, il arriverait à être heureux.

Le guerrier avait terminé son inspection des lieux et revint vers lui. Il le souleva, l'installa sur le fauteuil le temps de défaire le lit et d'en changer les draps poussiéreux, puis il le recoucha.

- Je peux te laisser seul un moment ? Je vais aller faire le tour de la maison, voir si je trouve de l'eau, déjà, et puis tout ce qui pourra nous être utile.

- Je crois qu'il doit y avoir quelques provisions dans le sac de Paya, et peut-être une outre.

- Il est resté dans le jardin. Je vais le chercher. J'en profiterai pour ramener les petits. Ça ira ?

- Oui. Je vais essayer de dormir un peu.

- D'accord.

- Kuro-chan ?

- Mmm ?

- Avant de partir, tu veux bien m'aider à retirer mes vêtements ? Je ne pense pas que je vais y arriver tout seul.

Le brun l'aida à s'asseoir et à ôter son manteau, sa tunique, et ses bottes, avant de s'attaquer à son pantalon, ce qui ne fut pas une mince affaire, car le moindre frottement le faisait se crisper sous la douleur. Il n'émettait pas une plainte, mais il était clair qu'il souffrait le martyre.

Quand il découvrit l'étendue des dégâts, l'immense tache qui recouvrait son corps, des pieds jusqu'aux clavicules, y compris ses bras, Kurogane s'abstint de faire le moindre commentaire, mais son regard exprimait clairement son sentiment lorsqu'il croisa celui du mage. Il était en colère. Pas contre Fye, non, mais contre la maladie. Au moment où il se redressait pour quitter la chambre, le magicien le retint par la manche.

- Merci, dit-il avec un petit sourire.

- Si tu as besoin de quelque chose…

- Je ne parlais pas de ça, Kuro-chan.

Le ninja le considéra pendant quelques secondes, et la lueur courroucée de ses yeux disparut, remplacée par une autre, presque heureuse.

- Tu n'as pas à me remercier, je ne le fais pas que pour toi. Je le fais aussi pour moi.

- Mais j'y tiens quand même. Je ne sais pas combien de temps je pourrai encore supporter ça, mais si je devais mourir, je ne voudrais pas partir sans t'avoir dit à quel point ce que tu fais est important pour moi. Alors… merci.

- Allez, repose-toi, répondit le brun, un peu embarrassé par le sérieux du mage. Je vais chercher ce sac et je reviens. N'en profite pas pour faire des bêtises…

- Oui, Kuro-sama.

Au moment où il quitta la pièce, Fye était dans le lit, enfoui sous une montagne de couvertures qui sentaient un peu la poussière, et fermait déjà les yeux. Il ne vit donc rien du pli soucieux qui s'était marqué entre les sourcils du guerrier, ni de ses poings serrés.

Le brun descendit dans le jardin récupérer leurs affaires et rassembler les quatre nours qu'il conduisit à l'intérieur. Il passa toute la maison au peigne fin, en profitant pour ouvrir toutes les fenêtres et aérer pour chasser l'affreux relent de mort qui descendait du dernier étage. Non seulement c'était malsain, mais en plus, ça lui rappelait une autre odeur, accompagnée d'un bruit de feuilles séchées, et une vague brune répugnante, qui lui donnait la nausée et des frissons dans le dos rien que d'y penser.

Il trouva les cuisines et leurs placards vides, mais lorsqu'il tourna le robinet de l'évier, il fut heureux de constater que de l'eau coulait. Au moins, ils ne mourraient pas de soif. Et mieux, il y avait même de l'eau chaude ! C'était une véritable chance, plus qu'il n'avait osé espérer.

Maintenant, il restait une dernière question à résoudre : où allait-il loger les petits poilus ? Ils auraient sûrement envie d'avoir une pièce proche des jardins, ça leur rappellerait un peu la prairie d'où ils venaient. Mais s'il les installait au rez-de-chaussée, ils seraient bien loin de la chambre du mage.

- Elle est trop grande pour nous, cette maison, vous ne croyez pas ? leur demanda-t-il en se grattant la tête.

Ils répondirent par de petits sifflements et vinrent se frotter affectueusement contre ses jambes.

- Kuuuro ? dit l'un d'entre eux d'une toute petite voix.

- Hé ! Mais… tu parles !

- Kuuuro ?

- C'est Kurogane.

- Kuuurooogaaaane ?

- Ouais. Kurogane.

- Kurogane ! Kurogane ! Kurogane !

- Je vais t'emmener voir le mage toi, tu pourras lui donner des leçons.

- Kurogane !

- Bon, je vais vous installer dans une chambre à côté de la sienne pour l'instant. Ça vous va ?

- Kurogane !

- Je vais prendre ça pour un oui.

- Kurogane !

- Pffff… finalement, je me demande si je préfère pas l'autre crétin. Il va falloir enrichir ton vocabulaire, hein.

- Kurogane !

Il souleva les petites créatures et les emporta au quatrième étage, puis leur attribua la pièce voisine à celle de Fye, ainsi qu'il l'avait prévu. Le mobilier n'était pas adapté à leur taille, il dut procéder quelques aménagements. Il poussa le lit contre un mur et en retira le matelas qu'il déposa sur le sol. Puis leur donna des couvertures, des draps, partit à la recherche d'une salle de bain et revint avec une vasque remplie d'eau qu'il leur laissa, et, trouva même des petits verres à liqueur dans un salon, qu'il leur laissa pour qu'ils puissent boire de façon civilisée.

Il fouilla dans la besace examiner les provisions. Paya s'était montrée généreuse, il y avait une provision de fruits secs et de tubercules qui leur permettraient de tenir quelques jours. Après ça, il devrait se débrouiller pour trouver une nouvelle source de nourriture.

Il prit un ballotin de riz et le brisa, puis en tendit aux petits et les regarda avec anxiété le renifler. S'ils n'étaient pas assez grands pour se nourrir comme des adultes, il allait avoir un problème. Il n'était pas sûr de pouvoir trouver du lait dans cette dimension vide. Et d'ailleurs, quelle sorte de lait leur fallait-il ?

Heureusement, les petites créatures semblèrent apprécier et commencèrent à manger. Il leur laissa une autre part, en prit une pour lui et après s'être assuré qu'ils ne manquaient de rien, quitta la pièce en calant la porte en position ouverte avec une chaise. Il ne voulait pas qu'ils se retrouvent prisonniers.

Quand il entra dans la chambre du magicien, celui-ci était profondément endormi, et calme, pour une fois. Seule sa tête coiffée de blond dépassait sous l'amoncellement de couvertures. Sa respiration était paisible, et quand le ninja posa une main sur son front, il le trouva moins chaud. Fye ouvrit les yeux, lui sourit, peut-être sans le voir, car à la seconde suivante, il avait déjà replongé dans les abîmes du sommeil.

Kurogane se posta à la fenêtre et regarda dehors. La pièce était orientée vers l'arrière du manoir, une partie qu'ils n'avaient pas eu le loisir d'explorer la dernière fois qu'ils étaient venus dans ce monde. Deux dépendances s'alignaient perpendiculairement au corps de logis, de part et d'autre d'une cour qui était, naturellement, déserte. L'après-midi était bien entamé et la lumière du jour avait pris une teinte dorée, annonçant déjà le déclin du soleil.

Le brun resta quelques minutes à contempler le paysage, bien que la vue soit bouchée par le versant de la colline sur laquelle était bâtie la maison, puis il se détourna, jeta un dernier coup d'œil à son partenaire qui dormait toujours et se dirigea vers le couloir. Il avait beaucoup de travail.

Selon les dires du blond, il ne leur restait qu'un ou deux jours avant que la maladie qui rongeait son corps ne passe au stade suivant de son évolution et qu'il ne se mette à se putréfier. Cette idée révulsait le guerrier. Pourrir en étant encore vivant… c'était vraiment atroce. D'autant qu'à partir de ce moment, Fye ne voudrait plus qu'on l'approche, et encore moins qu'on le touche, par peur de la contagion.

Et il avait promis de ne pas le laisser dans cet état. Si, dans deux jours, il n'avait rien trouvé, le mage lui demanderait de tenir son engagement. Il le ferait, s'il le fallait, mais il ne voulait pas en arriver là. Il refusait que tout le chemin qu'ils avaient parcouru l'ait été en vain. Et il se sentait encore très mal au souvenir de la peur qu'il avait eue, un moment plus tôt, quand il avait cru le perdre. Et cet atroce sentiment de solitude… il ne voulait plus jamais ressentir une chose pareille. Il était bien obligé de le reconnaître, cet idiot comptait, à ses yeux, il tenait à lui. Trop, sans doute.

Et puis, il n'y avait pas que ça. Que deviendraient les petits, si l'abomination qui rongeait le corps de son compagnon venait à se répandre dans cette dimension ? Si Fye mourrait, le Grand Mal chercherait à se nourrir à nouveau, et les noursons, si jeunes, si fragile, feraient une cible de choix.

Et il devait penser aussi à lui. Que ferait-il, s'il perdait le blond ? Vivre sans lui, il trouvait cette idée insupportable, mais il lui faudrait s'en accommoder, au moins pendant quelques temps. Le temps de s'assurer que les petits poilus seraient en sécurité, et le temps de terminer quelques petites choses qui lui tenaient à cœur, comme de faire avaler son acte de naissance à la pourriture qui avait tué sa mère, de retrouver le gamin et de le mettre hors d'état de nuire… et aussi, si c'était possible, de revoir une dernière fois le visage de Tomoyo. Ensuite… peu lui importait ce qui lui arriverait.

Seulement, pour ça, il avait besoin du mage. Sinon, il ne pourrait jamais quitter Argaï. Personne d'autre que lui ne pouvait le faire sortir de cette dimension. La Sorcière ? Inutile d'y penser. Même si elle avait sûrement fini par comprendre où ils étaient, elle ne pourrait sans doute pas les aider dans cette dimension artificielle. Et elle n'en avait peut-être pas envie, après leur dernière conversation. Il n'avait pas le choix, il devait sauver le magicien.

Heureusement, ici, il avait une petite chance d'y parvenir. Il monta au cinquième étage. L'odeur de chair en décomposition y était si atroce qu'il dut s'arrêter sur le palier. Pris de haut-le-cœur, il s'appuya contre un mur et vomit le maigre contenu de son estomac. Il inspecta rapidement les lieux, redescendit au rez-de-chaussée, passa à l'arrière de la maison, trouva du matériel dans un appentis et prit son courage à deux mains pour remonter et nettoyer les restes du difficile combat qu'ils avaient mené dans la pièce ronde au bout du couloir, contre la fausse Sakura et son propre double.

Cette tâche plus qu'ingrate l'occupa une grande partie de la soirée. Il transpirait et il avait la nausée, forcé de respirer l'air vicié qui stagnait dans tout l'étage dépourvu de fenêtres. Quand il eut enfin terminé et que les restes des deux dépouilles furent évacuées à l'extérieur du manoir et brûlées, il lava le sol à grande eau, et put enfin s'accorder un peu de repos.

Il retourna voir le mage, qui dormait encore, ne s'arrêta que quelques secondes auprès de lui, puis se rendit à la salle d'eau, prit un bain pour se débarrasser de l'odeur qui collait à sa peau et à ses vêtements, et se changea avec des habits qu'il trouva sur place. Le pantalon ne lui allait pas très bien, il était trop court, mais il dénicha une tunique convenable pour sa carrure. La lessive, il verrait ça plus tard. Il y avait bien plus urgent.

Il revint dans la chambre de Fye. Il faisait nuit, mais il ne faisait pas froid, et il décida de laisser la fenêtre ouverte. Il savait que le blond aimait pouvoir respirer librement. Et puis une mauvaise odeur flottait encore dans l'air, il faudrait sans doute quelques jours pour l'évacuer totalement. Ou la remplacer par une autre, pensa-t-il en s'asseyant sur le bord du lit et en regardant le bras taché du magicien, qui dépassait des couvertures.

- Qu'est-ce que je dois faire maintenant, Fye ? demanda-t-il doucement, en écartant une mèche dorée qui tombait sur l'œil fermé de son compagnon.

- Te reposer, Kuro-chan, répondit celui-ci, d'une voix ensommeillée, sans desserrer les paupières.

- Pardon, je t'ai réveillé.

- Non, non. Je dors encore là.

- Oh. Bien.

- Dors un peu, toi aussi. Tu as eu une longue journée.

- Plus tard. J'ai encore quelque chose à faire.

- Sois prudent, d'accord ? Il y a des choses dangereuses là-haut.

- Oui. Repose-toi. Je reviendrai plus tard.

Il abandonna le malade, et repartit en direction de la salle circulaire. Il s'arrêta à l'entrée pour regarder autour de lui, un brin découragé tout de même. Il avait retiré les deux cadavres, mais il restait de nombreuses traces de la bataille qui s'était déroulée là quelques mois plus tôt.

Le sol de marbre était jonché de débris de bois et d'objets qui s'étaient brisés quand, dans sa fureur dévastatrice, la fausse princesse avait fait valser dans les airs quelques-uns des tiroirs qui s'alignaient par centaines le long des murs. Des ouvrages aux couvertures ornées de runes étranges traînaient à terre, les pages déchirées, à côté d'objets divers, pas tous identifiables. Une partie du plafond s'était effondrée et formait un tas de gravats qui avait projeté de la poussière de plâtre partout, recouvrant tout d'une fine pellicule blanche, qui s'était transformée en une pâte gluante là où le ninja avait lavé.

Kurogane, les poings sur les hanches, observait ce chantier avec un œil à la fois dubitatif et plein d'espoir. S'il existait un moyen de sauver Fye, il était sûrement là, quelque part, dans cette collection d'objets magiques. Il ne pouvait pas en être autrement. Il était impossible que l'un de ces tiroirs ne contienne pas quelque chose qui puisse l'aider, peut-être pas le guérir mais au moins ralentir le Mal, leur donner du temps.

Mais par où commencer ? se demandait-il en regardant les innombrables tiroirs alignés sur les murs et le fourbi entassé sur le sol. Il regarda autour de lui, hésita encore un moment, puis décida de prendre les choses dans l'ordre et se dirigea vers le premier tiroir près de la porte, tout en bas d'une rangée.

Il décida de commencer par dresser la liste de tous les objets, qu'il soumettrait ensuite au mage avant d'aller plus loin. Il préférait ne pas toucher au contenu des tiroirs si ce n'était pas absolument nécessaire. Il ne se souvenait que trop bien de la boîte aux poissons ruykin et de son effrayant contenu. Il s'arma donc de patience, de papier qu'il avait trouvé dans une commode, d'un crayon, et se mit au travail.

Il ouvrait les tiroirs un par un, procédant avec méthode, notait le motif sur le devant et la description du contenu et passait au suivant sans s'attarder. Il travaillait rapidement, progressait bien, mais plus le temps passait, plus il s'impatientait. Il y avait trop à faire et si peu de temps !

Il aborda la quatrième rangée en s'exhortant au calme. S'il s'énervait, un geste trop brusque pourrait avoir des conséquences fâcheuses. On ne manipulait pas les artefacts magiques avec précipitation si on voulait rester en vie. Et puis, il commençait à être fatigué. La nuit était déjà plus qu'entamée.

Il décida d'arrêter de prendre quelques heures de sommeil. Avoir un accident à cause d'une imprudence due à la fatigue n'aiderait pas son compagnon. Il abandonna donc provisoirement et redescendit à l'étage inférieur, où se trouvaient les chambres.

Quand il entra dans celle de Fye, celui-ci dormait. Mais contrairement aux fois précédentes, son sommeil n'était pas paisible. Le front humide, les traits crispés, il gémissait en serrant convulsivement ses draps. Il s'était tellement agité que toutes les couvertures s'étaient répandues sur le sol. Le ninja les ramassa et les déposa au fond du lit, s'assit au bord du matelas et posa une main sur l'épaule du blond. Sa peau dégageait une chaleur impensable, comme s'il se consumait de l'intérieur. Ce contact le réveilla, et il ouvrit les yeux, haletant, hagard. Mais quand il vit le brun à côté de lui, il parut content. L'ombre d'un sourire passa sur son visage blêmes.

- Kuro-chan… tu ne dors pas encore ?

- Il y a tellement de bazar dans cette salle… ça n'a pas l'air d'être la grande forme, toi.

- Je… brûle, répondit le magicien, d'une voix qui trahissait sa souffrance.

- Viens, dit le brun en le soulevant de son lit. Je sais ce qu'il te faut.

Il le souleva dans ses bras et l'emporta vers la salle de bain, où il le déposa sur une chaise le temps de remplir la baignoire d'eau tiède, presque froide. Puis il le déposa délicatement dedans. Les lèvres du malade exhalèrent un soupir de soulagement quand la température du liquide commença à agir sur son corps, et à faire baisser un peu sa fièvre. Il ferma les yeux et se laissa aller contre le rebord, profitant de ce répit plus que bienvenu. Le ninja, assis près de lui, l'observait avec inquiétude.

- Qu'est-ce que tu as trouvé là-haut ? demanda Fye, au bout de quelques minutes.

- Des… tiroirs, des tiroirs et encore des tiroirs… grogna le brun, ce qui tira un petit rire à son compagnon.

- Et dans les tiroirs ?

Kurogane sortit sa liste, et commença à décrire un à un les objets pour le partenaire qui l'écoutait, les yeux fermés, ne répondant que par onomatopées à son énumération. Puis, au bout d'un moment, il ne dit plus rien, et le guerrier comprit qu'il s'était endormi.

Le blond s'éveilla alors qu'une lumière grise filtrait par la petite fenêtre de la salle de bain. Il se sentait mieux, il avait même un peu froid, à présent. Il se redressa, et découvrit que le guerrier s'était à son tour assoupi, assis par terre contre la baignoire.

- Kuro-chan, réveille-toi.

- Mmm ?

- Ce n'est pas un endroit pour dormir. Tu devrais aller t'allonger.

- C'est toi qui dis ça ? Tu t'es bel et bien endormi pendant que je te parlais, tout à l'heure.

- Oui, d'ailleurs, désormais, je veux te me racontes une histoire tous les soirs quand j'irai me coucher, d'accord ?

- C'est ça, grogna le ninja, et que je te chante une berceuse aussi ?

- Oh oui ! J'adorerais !

- Compte là-dessus…

- Oh allez, Kuro-chan, sois gentil.

- Je ne suis PAS gentil.

Il se leva et glissa ses bras sous les aisselles du mage pour l'aider à se relever.

- Tu es gelé… constata-t-il, mécontent. Tu aurais dû me réveiller plus tôt.

A sa grande surprise, Fye éclata de rire.

- Qu'est-ce qui te prend, tout d'un coup ?

- Rien, rien. C'est ta façon de ne pas être gentil que je trouve… intéressante.

Le brun poussa un long, profond, soupir exaspéré, et l'aida à se sécher avant de le ramener jusqu'à son lit, puis s'apprêta à quitter la chambre.

- Qu'est-ce que tu fais, Kuro-chan ?

- J'y retourne.

- Tu devrais dormir encore un peu.

- C'est bon, ça ira.

- Non… Ce serait trop dangereux d'aller là-haut en étant fatigué. Tu ne sais pas ce que tu peux trouver en ouvrant ces tiroirs.

Le ninja dut reconnaître qu'il n'avait pas tort. Il était encore dans le cirage et si quelque chose se passait, ses réflexes ne seraient peut-être pas assez vifs. Il valait mieux s'accorder une ou deux heures de sommeil supplémentaires. Il se dirigea vers le fauteuil.

- Allonge-toi, insista le mage.

- C'est bon, je peux dormir assis, j'ai l'habitude. Je ne veux pas te laisser tout seul.

- Dans ce cas, viens à côté de moi.

- Je ne veux pas te déranger.

- Ne fais l'idiot. Il y a bien assez de place, répondit le blond en tapotant le matelas pour l'inviter à s'installer. Allez, viens.

Kurogane obéit en grommelant, mais il constata bien vite qu'effectivement, il ne dérangeait personne, car son compagnon, détendu à présent que sa température avait baissé et épuisé par sa précédente fièvre, avait déjà replongé dans le sommeil.

La journée fut pénible pour tout le monde. Le répit de Fye ne dura que peu, et il passa son temps à alterner entre un mauvais sommeil et des moments de souffrance terrible, où il se consumait de l'intérieur, tous les muscles de son corps mangés par la maladie. Il se mettait alors à délirer, et s'agitait si violemment qu'il manqua tomber du lit plusieurs fois. Les petits nours essayaient de l'aider un peu avec leur magie, mais ne pouvaient pas grand-chose pour soulager ses maux. Le guerrier s'occupait de lui, le baignait, changeait ses draps et le recouchait. Un bref répit lui était alors accordé, pendant lequel le brun en profitait pour retourner dans la salle aux tiroirs et continuer son inventaire.

Mais plus le temps s'écoulait et plus il était inquiet. Il ne trouvait rien qui soit susceptible d'aider le mage, et l'état de celui-ci empirait d'heure en heure. Quand vint la fin d'après-midi, même les bains ne le soulageaient plus, et il sombrait souvent dans un sommeil trop profond, dont il avait beaucoup de mal à se sortir, et qui donnait des frissons d'inquiétude à son partenaire. Malgré tous ses efforts et ceux des petites boules de poils, qui avaient fait comprendre au ninja qu'elles voulaient rester sur son lit et qui, de leur propre initiative, se relayaient pour lui donner des soins, il était plus qu'évident qu'il ne tiendrait plus très longtemps. Ce n'était qu'une question d'heures avant qu'il ne plonge dans l'inconscience, pour ne plus jamais se réveiller.

Quand il restait avec lui, il avait pris l'habitude de s'allonger à ses côtés, pour s'accorder un peu de repos. Couché sur le dos, les bras derrière la tête, il s'assoupissait alors légèrement, en écoutant le bruit de sa respiration, guettant inconsciemment la moindre variation de son souffle, espérant que ce ne serait pas le dernier.

Et lorsque les choses s'apaisaient un peu, il se hâtait de retourner dans la salle ronde et de continuer ses recherches. Il en était à la vingtième rangée lorsqu'il tomba sur un tiroir dont la décoration représentait un crapaud. Il l'ouvrit avec précautions, comme il le faisait à chaque fois, et découvrit à l'intérieur ce qu'il prit pour une statuette de l'animal en question.

Il était gros, avec une peau orangée striée de bandes bleues, et aussi brillante que si elle avait été recouverte d'une couche de vernis. Mais quand le ninja se pencha pour mieux l'examiner, l'objet ouvrit un œil et darda sur lui une prunelle ronde, jaune, fendue verticalement de noir.

Kurogane eut un petit sursaut, il ne s'était pas attendu à ça. Mais il n'était pas au bout de ses surprises, car tout à coup, la statuette se mit à parler, d'une voix mâle et tonitruante.

- Salut, mon p'tit gars !! Ça biche ?