Quelques années de bonheur
Je me réveillai en sursaut, la sueur plaquant mes mèches contre mon front et dévalant le long de mon dos. Un instant, il me sembla que deux yeux immenses m'étudiaient, d'un bleu merveilleux, si prodigieux qu'il me mettait mal à l'aise. Mal à l'aise non pas d'être regardé, ou même épié, mais la puissance que j'y sentais retenue fit courir un frisson de ma nuque vers mes reins. En une seconde, une certitude m'étreignit : il fallait que je le garde à mes côtés. Coûte que coûte. Ce besoin était si intense que j'avais la sensation d'être écrasé. Dès lors, je ne pensai plus qu'à une chose : aller le voir.
Mon inquiétude s'accentua lorsque je me souvins qu'à peine après m'avoir effleuré, avant de retomber dans le néant, je l'avais vu écarquiller les yeux et s'affaisser sur les genoux, les mains crispées sur les tempes, un cri déchirant sortant de sa gorge, provoquée, je le savais, par la même douleur qui m'avait incendié alors.
Je me rendis compte alors que cette douleur m'avait épuisé, moi aussi. J'étais debout à côté d'un grand lit à baldaquin, couvert en tout et pour tout d'une chemise de nuit fine de lin noir, couleur réservée aux nobles, mais mes mains s'agrippaient convulsivement au bois du pilier, essayant de soutenir mes jambes flageolantes. Je forçai mon corps à se mouvoir, et réussis lentement à descendre le grand escalier de bois donnant sur le palier de ma chambre.
Arrivé en bas, j'étais trempé d'une sueur froide et aigre qui s'ajoutait à celle de mon mauvais sommeil. Alors que je m'asseyais sur les marches pour me reposer un instant, un homme aux cheveux argentés, à l'œil et au bas du visage dissimulés vint se planter devant moi. Même en ne voyant que son œil gauche, je pus deviner sa moue réprobatrice.
« Vous ne devriez pas être debout. » Affichant un sourire ironique, je rétorquai :
« Je suis assis, lord … ?
-Je ne suis pas lord, répondit-il, son unique œil se plissant malicieusement, mais votre précepteur, maître Kakashi, à votre service, lord Uchiwa. » Je soulevai vaguement un sourcil.
« À mon service, hein? Alors, aidez- moi à me lever et emmenez-moi voir… ce garçon. » Il venait de m'apparaître que je ne connaissais pas son nom, malgré mon impression de le connaître depuis toujours.
« Qui ça, milord ?
-Le gosse qui s'est évanoui en même temps que moi. » Il eut l'air troublé, voire désorienté.
« Mais, il…je…vous…
-Qu'y a-t-il ?
-Eh bien… C'est-à-dire que c'est un paria, milord.
-Je ne tolérerai pas de telles idioties en ma présence. Allez, aidez- moi au lieu de rester bouche bée comme une carpe !
-… (Kakashi a un masque ) »
À peine arrivé à ce qui servait d'hôpital au monastère, une colère sourde m'envahit. Le garçon, reconnaissable à ses cheveux dorés, avait été relégué sur une paillasse à même le sol dans un coin de la salle, pendant que plusieurs lits convenables étaient libres. Alors que mes vêtements avaient été ôtés et que j'avais été vêtu d'une chemise de nuit, lui gisait dans la même livrée de domestique, la boue qui s'était accrochée à ses habits et à sa peau alors qu'il perdait conscience le maculait encore. Sous le regard effaré de Kakashi et des infirmières, j'allais chercher de l'eau dans un récipient qui traînait là, m'agenouillais auprès de lui, et, lorsque je passai ma main sous sa nuque pour lui soutenir la tête, un flot de sensations m'assaillit : le froid du carrelage sous mes genoux nus, la rugosité de la timbale de terre que je présentais à ses lèvres, la chaleur excessive de son corps, la douceur de sa peau et de ses cheveux, la lumière brillant dans ceux-ci, illuminant ses yeux. Qu'il les eût ouverts sans que je m'en aperçoive faillit me faire lâcher le gobelet. Je continuai de verser l'eau entre ses lèvres, sans que nos regards ne se lâchent. Lorsqu'il eût tout bu, je reposai le récipient lentement, sans jamais le quitter des yeux. Alors, insensiblement, un sourire se dessina sur son visage. Un sourire ni triste ni gai : un sourire de reconnaissance.
« Je ne veux que toi » pensai-je.
Par la suite, bon nombre de mes agissements choquèrent l'aristocratie bien-pensante de Konoha. Ma famille ayant été décimée, je me retrouvais chef de clan à seulement dix ans, et, au cours des deux années suivantes, les leçons de politique dispensées autrefois par mon père que je trouvais si ennuyeuses me servirent à de nombreuses reprises, et avec les avis de Kakashi qui se révéla d'une aide précieuse, je maintins l'empire familial plus ou moins à flot.
Une amitié évidente naquit entre moi et Naruto, qui vint s'installer au manoir Uchiwa et partagea certaines de mes leçons, malgré la réticence persistante de Kakashi. Il se passionna pour la danse, discipline ardue à Konoha sensée retracer le combat de Kyuubi et Ôkami, et qui de fait ressemblait davantage à un combat rapproché demandant souplesse et rapidité, les coups portés étant symbolisés par des effleurements. Pour ma part, je m'abîmai dans l'étude de la tactique militaire et du combat « réels ».
Deux années merveilleuses s'écoulèrent Naruto et moi étions toujours ensemble, il me montra les réserves de l'Hokage, les communs (habitations des domestiques), et même les égouts. Nous nous exilions parfois dans les montagnes pour la transhumance, dormant dans les hautes herbes ou dans des grottes lorsque le temps ne le permettait pas. Il me raconta son passé comme je le fis du mien. Nous n'avions pas grand-chose à dire l'un et l'autre sur ce sujet : lui ne se souvenait de rien avant qu'il soit recueilli par Iruka dans sa sixième année, et moi n'avais pas envie de me souvenir, que ce soit des bonnes ou des mauvaises choses. Ce rapprochement n'était évidemment pas du goût de tout le monde, particulièrement des autres clans qui n'appréciaient pas que je fraie avec un paria, mais, par-dessus tout, craignaient qu'un roturier exclu de la société, et donc incontrôlable par eux, n'exerce une influence trop importante sur moi. Et ce qui devait arriver arriva.
En rentrant de mon entraînement avec Jiraya, mon professeur d'arts martiaux, Kakashi m'appris que Naruto avait disparu depuis la veille et que, malgré les recherches entreprises, il demeurait introuvable. Ce que je craignais depuis plusieurs mois venait de se produire. Je savais que le chercher ne donnerait aucun résultat, les montagnes recelant des centaines de caches possibles. Je me résignais donc à attendre, rongé par l'angoisse de ne pas savoir quand et comment mon meilleur et seul ami me serait rendu. Je ne dormis presque pas, et fut réveillé par Iruka qui me dit de l'accompagner. A la vue de son visage tourmenté, une boule se forma dans ma gorge, me demandant ce que Naruto avait pu subir. Il m'entraîna jusqu'au porche où un corps gisait en travers du seuil.
Je me mordis la lèvre inférieure et enfonçais mes ongles dans mes paumes, serrant jusqu'au sang. Ses vêtements étaient déchirés et brûlés par endroits, présageant de l'état du corps qu'ils recouvraient. Ses lèvres étaient fendues et son nez saignait, barbouillant de sang son visage tuméfié. Nous le portâmes à l'intérieur de la maison, il était hors de question que nous le conduisions à l'hôpital, cela ne l'aurait mis que plus en danger. Enfin allongé sur son lit, j'entrepris de découper ses vêtements, mettant à jour un nombre incalculable de plaies. Dans la plupart d'entre elles, la lame avait été tournée, provoquant une douleur et des dégâts incroyablement accrus. Ils se fichaient de tuer un paria. A la pensée de ce qu'il avait du endurer, mon estomac se contracta et une bile amère dévala ma gorge. Finissant de découper sa tunique, je mis à jour son torse hâlé et musclé pour un garçon de dix ans, mais ne put réprimer un haut-le-cœur accompagné d'une vague de larmes qui trempa mes joues et goutta sur son ventre lorsque nous le retournâmes délicatement.
La peau de son dos était inexistante. Il avait été fouetté tant de fois que le fait qu'il soit encore en vie m'émerveillait et m'horrifiait en même temps. Peut-être aurait-il mieux fallu pour lui qu'il meure. Il avait été torturé sans volonté de survie ni de conservation des fonctions vitales basiques. La lanière de cuir avait creusé la chair de son dos si profondément que les os de sa colonne vertébrale apparaissaient à nu. Naruto ne pourrait plus jamais danser. Je m'effondrais, le visage caché dans mes mains, puis relevais la tête vers Iruka et Kakashi, l'un blême et les yeux rougis, l'autre le visage fermé, le regard brillant d'une haine flamboyante. Un filet de voix brisée s'échappa de mes lèvres :
« Naruto… Je t'en prie, pardonne-moi, c'est de ma faute! C'est à cause de moi ! » j'étais écrasé par la culpabilité, je ne méritais plus de vivre à ses côtés. Je voulais à tout prix que ma vie ne menace plus la sienne, je voulais qu'il vive, par tous les moyens. Mes larmes se tarirent soudain, et je dis d'une voix étrangement calme :
« Il faut que je parte. Ma présence vous met tous en danger. Le met en danger lui. »
Je partis, et, lorsque je revins six ans plus tard, tout avait changé.
Voilà ! Sasuke et Naruto version « nain », c'est fini ! au prochain chapitre, place au grand format ! Miam, ça va chauffer ! ( dans tous les sens du terme)
Fin des longues descriptions et des ellipses temporelles, ce sera plus vif et hum… Vous verrez bien….
Qui va croquer dans l'autre, hein ?
Vous aimez la viande ? mangez Ch… Euh non, lisez le dernier paragraphe ! (j'y ai peut-être été un peu fort, non ? )
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Ps : pour ceux qui n'auraient pas compris, dans le prochain chapitre, Naruto et Sasuke ont respectivement 16 et 18 ans, ça fait du bon steak, non ?
