Chapitre 4 : Salutation

Jeudi 12 juillet.

Lorsque Kaori se réveilla l'étonnement fut sa première réaction. Que faisait Ryô dans son lit ? Toutefois le sentiment de chaleur qu'elle éprouvait alors, une tendre et douce chaleur, lui procurait un profond bien-être. Elle se leva sans râler, bien qu'elle ait préféré rester un peu plus longtemps dans les bras de Ryô et bien que ce-dernier ronchonne en la sentant se lever. Elle avait tant bien fini la nuit et ainsi bien dormi qu'elle en avait oublié l'incident près du port. Mettant l'eau à chauffer pour le café, elle descendit chercher le journal dans la boîte aux lettres en sifflotant. Puis elle prépara quelques tartines grillées avant d'aller réveiller délicatement son fainéant de partenaire.

_ Ryô le petit déjeuner est servi ! Dit-elle d'une voix un peu trop chaleureuse pour le self-control de son partenaire.

_ Allez debout Ryô ! Lui susurra-t-elle à l'oreille avant de retirer le drap.

Soudain, sa vision fut attirée par une « bosse » au niveau de l'entrejambe de son partenaire. Sans savoir pourquoi, Ryô l'entendit crier avant d'apercevoir la massue non loin de lui.

_ Kyahhhh ! Non Kaori ce n'est pas ce que tu crois ! S'exclama-t-il soudainement révélant ainsi qu'il était déjà réveillé.

_ Ah bon ! Et qu'est-ce que c'est si ce n'est pas ce que je crois ?

Lentement, Ryô retira son revolver de son caleçon faisant rougir Kaori qui se tourna brusquement, confuse et qui lâcha sa massue!

_ Ce n'est pas un endroit pour ranger ce genre d'objet ! Dit-elle énervée pour cacher sa confusion.

_ Excuse-moi mais en pleine nuit je ne sais pas où le ranger quand je ne suis pas dans ma chambre ! Dit-il en se levant et en posant une main sur l'épaule de Kaori.

_ C'est bon pour cette fois. Lui dit-elle alors avec un petit clin d'œil. Allez ! Tu viens ?

Une fois devant le petit déjeuner, Ryô fixa Kaori dans les yeux, s'autorisant en grande vitesse à baisser ses yeux sur son décolleté. Au bout d'un moment, Kaori, gênée par le regard soutenu de son partenaire s'exclama :

_ QUOI ! Qu'est-ce que j'ai ? Qu'est-ce qu'il y a ?

_ Rien ! Répondit Ryô rêveur tandis que de nouveau son regard descendit.

Cette fois-ci, ce coup d'œil n'échappa pas à Kaori qui sortit une de ses massues spéciale obsédé de 10000 tonnes. Ryô n'eut pas le temps de sentir le coup venir que déjà sa tête se retrouva encastrée dans le mur d'en face.

_ Espèce de … de… De pervers… Tu ne peux pas regarder autre part ?

Ryô aurait bien répondu mais là il ne voulait pas fâcher sa partenaire encore plus. Il se dégagea de la massue et se retrouva de nouveau devant son café. Comme si de rien n'était il demanda :

_ Quelles nouvelles dans le journal aujourd'hui ? »

_ « Le calme serait revenu dans le petit village de Nirayama….. Cependant les récentes découvertes n'ont toujours pas été élucidées. »

_ Quoi d'autres ?

_ « Les corps des évadés auraient été retrouvés dans les bois environnant un petit village. La police pense qu'il s'agit là de l'œuvre d'Aoki ! » Dit Kaori dont le teint était devenu légèrement pâle aux yeux de son partenaire.

_ Sitôt dehors il récidive…. Je suppose qu'il voulait savoir s'il n'avait pas perdu la main. Il y a des détails ?

_ Oui. Attends une seconde. Voilà, j'y suis. C'est en accompagnant ses enfants à la crèche que la jeune Yuki a découvert des corps aux abords de son village. Aussitôt sur place la police a identifié les corps sans perdre de temps. Il s'agissait là des récents évadés. Vu la façon dont les viscères se trouvaient à leur côté il ne fait aucun doute qu'Aoki est l'auteur de ces meurtres même si aucun motif n'est à donner. Il est, par ailleurs, le seul à manquer à l'appel de cette découverte macabre. »

_ Je vois… Autre chose ?

_ Oh tout et rien…. Tiens…

_ Quoi ?

_ Il y a un fait divers qui a attiré mon attention mais je ne sais pas encore pourquoi…

_ Ben lis-le on verra bien.

« Fait divers : Aux alentours de 00h, 00h10, une fusillade a été entendu près du port. La police prévenu par un passant n'a rien trouvé en arrivant sur place hormis plusieurs traces de sang… Des examens sont en cours pour tenter d'identifier s'il appartient à un criminel ou à une toute autre personne. Une balle de Desert Eagle a été retrouvée dans la coque d'un navire amarré à une centaine de mètres de la première découverte… La police doit retourner sur les lieux du drame dans la matinée pour rechercher d'autres indices. »

Kaori avait pâli au fur et à mesure de sa lecture. Même sa voix cachait mal son trouble. Et tout ça n'avait guère échappé à Ryô. Il savait qu'elle se souvenait de l'incident de cette nuit.

_ Kaori. Appela Ryô.

Elle leva sa tête vers lui et il put y lire une grande peur. Il fait alors le tour de la table pour se placer à ses côtés, une main sur son épaule. Généralement Kaori avait toujours le moral, même si elle savait qu'elle était la cible. Elle pouvait même se débarrasser de ce qui se servait d'elle comme de la faiblesse de Ryô. Pourtant cette fois-ci c'était différent. Il y avait un élément sur lequel elle ne mettait pas le doigt. En plus elle avait l'étrange sensation de connaître Aoki. D'où elle ne s'en souvenait pas, mais son simple nom suffisait à la rendre nerveuse. Comme un cauchemar qui devient réalité et qu'on ne parvient pas à contrôler Aoki lui faisait perdre son courage et sa rage de vaincre.

_ Kaori ! Répéta Ryô. « Essaie de te décontracter. C'est en restant ainsi, sans rien faire que les réflexes diminuent. Je sais qu'il n'est pas facile d'être détendu dans ces situations…Crois- moi. Mais cela ne sert à rien de ne pas essayer. Et puis…. Je suis là ! N'est-ce pas ?

Kaori tourna son visage vers lui. La peur y était moins lisible. Kaori reprenait du poil de la bête et la dernière phrase de Ryô l'avait fait rougir. Elle plongea son regard dans celui de Ryô et se sentit revivre.

_ Merci Ryô. Dit-elle alors en ce levant. Puis elle débarrassa la table.

Ryô soupira, il n'aimait pas vois sa partenaire aussi déprimée et sensible. Il tenta alors tant bien que mal à lui faire oublier la lecture de ce journal. Il se prit un nombre incalculable de massue qui n'était guère supérieurs à 100 tonnes. Ryô en était dépité… d'habitude les massues étaient plus imposantes ! (Qui a dit masochiste ?) Tentant alors le tout pour le tout, Ryô s'amusa à raconter à Kaori la nuit torride qu'ils avaient passée ensemble en rentrant. (Bien que rien ne ce soit passé d'ailleurs) Cela avait eu pour effet de faire rougir Kaori jusqu'aux oreilles puis elle avait été plongé dans une longue méditation. A savoir ce qui était vrai et ce qui ne l'était pas. En fin de matinée, voir même un peu après midi, tandis qu'elle mettait le couvert ses pensées étaient fixées. Il ne s'était rien passé et Ryô avait une imagination débordante… Mais s'il pensait ce qu'il disait alors…. Kaori redevint alors encore plus rouge que précédemment en se surprenant à se demander pourquoi Ryô ne mettait pas ses idées en pratique. o(-

Tentant de se calmer, elle se rafraîchit le visage avant d'aller chercher Ryô pour le repas. Elle n'osa même pas le regarder par crainte de rougir de nouveau. Ryô n'aurait alors sans doute pas compris de suite. Quelle idée avait-il eu là de lui raconter ce genre de choses…..Le repas se passa en silence, Kaori ne levant les yeux de son assiette que pour se servir à nouveau et servir son partenaire.

Après la vaisselle, Kaori alla se reposer dans sa chambre, se sentant étrangement fatiguée. Ryô profita alors de la sieste de sa partenaire pour aller draguer en ville et enquêter à son tour. Il n'avait pas pensé que Kaori pourrait se réveiller et sortir à son tour. Et c'est ce qu'il advint.

Un bon quart d'heure après la sortie de Ryô, Kaori s'étira. N'entendant pas un bruit, elle fit le tour de l'appartement trois bonne fois pour être certaine que Ryô n'était plus là. Elle râla alors tout bas puis se décida à sortir à son tour. Comme le disait si bien Ryô rester enfermer abaisse encore plus le moral alors autant profiter du beau soleil de juillet. Toute fois avant de sortir, elle écrivit un petit mot à Ryô en cas où celui-ci rentrerait avant elle. Lui disant qu'elle allait juste à la gare pour voir s'il y avait des demandes et qu'elle passerait sans doute faire un petit coucou au Cat's eye.

Une fois ce petit mot signée tendrement, elle se mit en route. Elle avait opté pour un jean un peu court et un haut rouge. De toute façon il faisait chaud et pas un seul nuage ne se voyait à l'horizon. Elle hésita entre ses pieds et sa voiture pour se déplacer. Et finalement elle choisit ses pieds. La voiture en été ce n'est pas vraiment le top. En plus sans climatisation à bord alors là… Elle arriva l'esprit serein à la gare mais il n'y avait pas de message.

Tant pis ! Pensa-t-elle.

Faisant demi-tour, elle s'arrêta devant un étalage de pâtisserie et opta pour une bonne petite brioche. C'est là qu'une sensation qu'elle commençait à connaître fit brutalement son apparition. Réglant la note de sa gourmandise, elle cala ses pensées sur sa sensation. Jetant un rapide coup d'œil sur sa droite, elle aperçut un homme assez grand et de bonne constitution. Il était foncé de peau. Une paire de lunette de soleil ronde masquait son regard. Kaori était certaine qu'il était la cause de son étrange impression. Lorsqu'il enleva sa cigarette de sa bouche, Kaori aperçut un bandage sur la main gauche de ce type. Récupérant son sachet en souriant à la vendeuse, Kaori se remit aussitôt en route. Elle savait que cet homme lui avait emboîté le pas. Comme elle ne voulait pas être, de nouveau, la cause de réparation au café, elle préféra rentrer directement.

Elle tourna un moment s'arrêtant dans diverses échoppes, regardant les vêtements, rêvant devant des bijoux, mais n'en oubliant pas le pourquoi de sa présence dans ses boutiques. Au bout d'un petit quart d'heure sa sensation disparue comme par enchantement. Elle soupira d'aise et repris son chemin normal. Elle se trouvait à moins de cinq cent mètres de son point d'arrivée lorsqu'elle sa sensation la repris. Elle fut aussitôt tirée sur le côté par deux bras vigoureux qui l'empêchèrent de crier.

Elle fut entraînée dans une petite ruelle sombre, loin, bien loin de la foule. Elle n'avait même pas eu le temps de réagir ou de crier. Et personne ne semblait l'avoir vu disparaître.

_ Alors ma jolie… On essaie de me semer ! Dit un homme avec un air diabolique tout en l'adossant à un mur derrière une pile de caisses métalliques.

_ Qui êtes-vous ? Demanda Kaori dont le cœur battait affolé.

_ Vous devriez le savoir ! Lui répondit l'homme en sortant une lame et en la plaçant sous son cou.

_ Ah ! Et pourquoi devrais-je savoir qui vous êtes ! Fit Kaori qui reprenait quelque peu confiance en elle.

_ Ne jouez pas à la maligne avec moi ! Fit l'homme brusquement tout en entaillant le tee-shirt de Kaori au niveau de son cœur.

Elle sentit la lame froide contre elle et coupa un instant sa respiration.

_ Et alors on ne dit plus rien ? Fit l'homme sardoniquement.

_ Je ne parle pas aux inconnus ! Répondit-elle froidement défiant cet homme du regard.

L'homme commençait à s'impatienter. Elle ne réagissait pas de la façon espérée. Il n'aimait pas et être défié et se retrouvait impuissant psychologiquement… Surtout face à une femme. Comme pour narguer Kaori, il continua de taillader le tee-shirt de Kaori. Elle tenta de se débarrasser de l'étreinte de ce type et finit par se recevoir une gifle.

_ Doucement ma jolie ! Dit-il perversement.

Au moment de la gifle Kaori aperçut de nouveau le bandage sur la main gauche de son agresseur. Elle se figea. Un sentiment de malaise comme si elle savait maintenant à qui elle avait à faire. Tandis qu'elle faisait de nouveau face à celui-ci elle remarqua la trace d'une cicatrice sous la paire de lunette, au niveau de son œil gauche. Son cœur se mit à battre encore plus vivement. C'était Aoki sans doute possible… Celui-ci remarqua la tension de Kaori et commença à s'en réjouir

_ Tu sais quoi ma jolie ! Je pense que nous allons bien nous entendre !

_ Certainement pas ! Se surprit à répondre Kaori avec mépris !

_ Tu sais inévitablement qui je suis n'est-ce pas !

Kaori ne répondit pas.

_ Comme tu m'as l'air de le savoir je vais te le dire. Tu as dû lire les journaux récemment… Tu as donc entendu parler de mes exploits ! Finit-il par une intonation diabolique.

Kaori ne parvint pas à contenir sa peur dans son regard !

_ Voilà c'est ce regard que je préfère ! Dit l'homme dont le regard se fit de plus en plus diabolique. Puisque mon nom vous est familier dites-le moi !

Kaori se mordit les lèvres. Il était hors de question qu'elle lui dise quoi que ce soit !

_ Voyons ma jolie un effort ! Dit-il en remontant la lame le long du visage de Kaori. Celle-ci sentait des gouttes de sueurs couler le long de son visage. Elle se força à ne rien dire. Elle se sentait pâle et malgré la chaleur estival elle avait froid intérieurement.

_ Je vois que tu n'es pas très coopérative devant le Prince Noir !

Kaori cru défaillir en entendant ce nom. Elle laissa échapper en un murmure.

_ Ao…ki !

Celui-ci eut un sourire fourbe de satisfaction. Une de ses mains se posa sur la poitrine de Kaori. Elle se retrouva tendu, paniquée… Elle recommença alors à se débattre tentant par la-même de puiser l'énergie nécessaire en pensant soudainement à Ryô, et à hier soir. Aoki la gifla une nouvelle fois, plus fortement, lui faisant lâcher un cri tandis que sa lèvre se mit à saigner et qu'elle culbuta contre la pile de caisses qui vacilla. Le bruit métallique résonna dans la ruelle faisant voler quelques pigeons proches. Puis le silence se réinstalla un instant. A terre, Kaori récupéra discrètement de quoi se défendre, profitant de sa courte liberté. Aoki la releva vigoureusement et la fixa de nouveau dans les yeux. Kaori sentait une douleur aigu sur sa droite. Le choc contre ces caisses avait été violent.

_ Et alors on en veut pas jouer avec moi ? Demanda-t-il avec un air encore plus pervers avant de tenter de l'embrasser. Kaori le cogna alors violemment avec ce qu'elle avait ramassé.

Elle se retrouva ainsi hors de l'étreinte de ce type. Se tenant la tête en pestant, il tenta de la rattraper, sans succès. Seul un morceau de tee-shirt resta dans sa main et sa lame se retrouva légèrement rougit. Il lécha alors le sang de celle-ci et ricana diaboliquement. Kaori Se mit à courir au plus vite qu'elle le pouvait pour rejoindre un endroit sur ! L'appartement n'était pas loin. Elle le savait. Elle se retourna fréquemment, haletant, le souffle court, une sensation de brûlure dans la gorge et au niveau de son épaule gauche. Elle se heurta soudainement et se retrouva à terre, perdant momentanément la vue. Ne voyant que le noir devant elle, elle prit peur et chercha à tâtons un point d'appui pour se relever. Elle sentit que quelqu'un s'emparait de sa main…