Note de l'auteure :
J'ai mis pas mal de temps à écrire ce chapitre, mais je l'ai enfin terminé. Je vous souhaite une bonne lecture et remercie mes lectrices (et lecteurs ?) de votre patience.
Réponse aux reviews :
Miaouh : Je suis contente que mon histoire te plaise, les suspens sont loin d'être terminés =) Bisous à toi Grumpy :)
Mane-jei : Voici la suite, je te remercie de ton soutien =)
nicky XYZ : Je suis d'accord avec toi, Léah est un personnage que j'affectionne particulièrement, je te laisse découvrir la suite :) Merci de ton soutien, bises.
La meute s'était réunie chez Sam et Emily, même les membres du conseil étaient présents. Je rangeais la pierre dans une de mes poches et attendais les retardataires qui venaient d'arriver. Ainsi je reconnaissais sans mal Sue Clearwater prenant place en bout de table et dont le visage exprimait déjà une inquiétude certaine. Balayant la tablée d'un regard, elle imposa le silence avant de prendre la parole.
_ Donc Illyria, tu penses que cette pierre a un rapport avec la femme qui a attaqué Léah ?
_ C'est fort probable, en effet.
_ De quoi s'agit-il exactement ?
_ Je pense qu'il s'agit d'une relique utilisée par l'une des sorcières.
_ Et c'est quoi une relique au juste ?
_ Une sorcière peut sceller un sort à un objet, ça lui permet de puiser dans une énergie autre que la sienne et ainsi accroître son pouvoir. Des objets peuvent également servir à lier plusieurs sorcières entre elles, ainsi elles se connectent et puisent dans l'énergie de toutes, ce qui les rend encore plus puissantes.
_ Un caillou a une énergie ?
La question de Quil en fit glousser plus d'un, dont Paul, mais Sam les rappela vite à l'ordre.
_ C'est bien là le problème. Le caillou n'a pas plus d'énergie qu'un mort serait en vie. Il a dû servir de connexion et si j'ai raison, chaque membre devrait un avoir un.
_ Qu'est-ce qu'on peut faire ? Sam semblait à présent suspendu à mes lèvres.
_ Avant de mourir, la sorcière avait jeté un sort d'inversement. Ainsi elle s'est lié à Léah par le sang.
_ Quoi ? C'est quoi encore ce délire ?
Léah semblait piquée à vif, ses yeux exprimaient beaucoup de colère mais je parvenais à y déceler un soupçon de peur. Cette femme avait beau se montrer agressive et désintéressée avec tout le monde, j'éprouvais une affection certaine envers elle, sa souffrance, je la partageais également.
_ Léah, tu es une louve puissante, tu es donc une grande source d'énergie pour les sorcières et elles vont sûrement en profiter dès qu'elles se seront rendu compte du lien, si ce n'est pas déjà fait.
_ Attends, c'est une blague ! Qu'est-ce qu'elles vont me faire !?
_ Elles vont profiter de ta puissance pour accroître la leur.
_ C'est hors de question ! Comment on arrête ça !?
_ Il va falloir toutes les éliminer.
_ Parfait ! On les trouve où ces saletés ?
_ C'est bien là le problème.
_ Comment ça ?
_ Je n'ai aucune idée d'où elles se trouvent.
_ On fait quoi alors ? Je ne vais pas laisser ces choses me voler mon énergie !
_ On va devoir les localiser puis les traquer.
_ D'accord, et on fait quoi ?
_ Nous allons préparer un sortilège et aussi trouver un moyen de protéger les autres membres de la meute, en se liant à d'autres loups elles deviendraient trop puissantes.
_ Quand est-ce qu'on commence ?
_ A la tombée de la nuit. D'autres questions ?
_ Pourquoi ne pas commencer maintenant ?
_ Mes pouvoirs sont décuplés au clair de lune, si quelque chose devait se produire, il sera plus simple pour moi d'agir en conséquence pendant la nuit.
_ Où comptes-tu aller ?
Paul venait de prendre la parole, ses yeux me dévoraient de façon très intense. Je ressentis un pincement au cœur en découvrant à quel point il semblait tenir à moi, mais je ne pouvais le laisser espérer quoi que ce soit. L'Amour, je l'avais rencontré une fois, et aussi forte soit mon attirance pour cet homme, elle ne demeurera qu'attirance. Je n'avais plus la force d'aimer, l'amour rend faible et donne à l'autre le pouvoir de vous détruire, de vous blesser avec une telle force qu'elle semblerait pouvoir vous tuer. Je ne pouvais pas, non, je ne voulais pas vivre cela à nouveau pour quelques instants volés de bonheur.
_ Je pars, seule avec Léah, nous allons nous préparer pour la traque, moins vous en saurez, et mieux ce sera pour votre sécurité.
_ Je n'ai pas besoin que tu me protèges ! Je viens avec toi !
_ Paul, il n'y a pas que la meute qui doit être protégée mais tous les habitants de la Push, pense à vos familles, vos amis qui vivent en ignorant tout de votre secret.
_ Paul, tu sais qu'elle a raison, on a besoin de nous ici.
Sam tentait de convaincre Paul, sa main sur l'épaule de ce dernier.
_ Tu laisserais Emily partir sans rien dire, sans même être sûr qu'elle revienne !?
_ Paul…
Je laissais Sam tenter en vain d'apaiser son bêta, je ne pouvais pas lui dire de m'attendre ou encore lui promettre que je reviendrai, car je n'avais pas l'intention de revenir. Je m'étais déjà éternisée en ces lieux et je n'aurai pas dû, je ne devais m'attacher à personne, la solitude était mienne. Je savais qu'il souffrirait quelques temps mais il finirait par m'oublier, le temps efface bien des souvenirs.
Paul émit un grognement animal avant de se détacher d'un mouvement brusque de la poigne de Sam. Il commençait à trembler de tout son être, dévoilant même ses dents, plus dans une mimique animale qu'humaine. Sans plus tarder, il se leva, renversant sa chaise au passage avant de courir en dehors de la maison. Un hurlement de loup trancha le silence qui s'était installé quelques secondes plus tard. Pourquoi réagissait-il ainsi ? Il ne me connaissait que depuis quelques jours et il agissait comme s'il m'aimait depuis toujours.
_ Je pense que ce sera tout pour aujourd'hui.
Sue Clearwater mit fin à la réunion, les membres se séparaient en silence, le comportement de Paul semblait avoir grisé l'atmosphère légère qui régnait habituellement chez les loups.
Je me levais et sortis également de la maison de Sue sans un bruit, j'avais besoin d'être seule, de réfléchir à tout ça dans le calme. Ainsi je laissais mes pas me mener au milieu des bois, cherchant instinctivement le chemin qui me mènerait sur la plage. C'était ma dernière journée en ces lieux, ces gens m'avaient traitée avec respect et m'avaient accueillie comme jamais personne ne l'avait fait avant. Ils allaient me manquer, Paul aussi d'une certaine façon.
La pluie commençait à tomber doucement, enchantant la forêt de sa douce mélodie, les gouttes d'eau tombant sur les feuilles créaient un son divin, l'air s'embaumait de cette odeur si particulière de terre humide. Quelques gouttes froides parcouraient mon corps, mouillant dans une grande délicatesse mes vêtements. Je commençais à frissonner, je me sentais en vie. La douleur était ma seule amie, elle m'accompagnait partout où j'allais, la fraîcheur de l'air semblait la réveiller. Sans elle je n'étais pas sûre d'exister, elle témoignait d'un bonheur certain que l'on m'avait arraché. Avec elle je me souvenais de chaque éclat de rire qui n'appartenait désormais qu'au passé, chaque étreinte, chaque geste affectueux, chaque parole prononcée en toute légèreté. Ma douleur me rappelait que j'avais été heureuse autrefois, que j'avais compté pour des gens que j'aimais.
Je sentais à présent le sable humide se mêler à la terre fraîche, l'air se chargeait à présent d'un embrun salé, je continuais à marcher entre les arbres jusqu'à voir les vagues se déchaîner sur les pierres avec puissance. Je m'approchais d'avantage, tout mon être semblait attiré par ce divin spectacle.
_ Je savais que je te trouverais ici.
Je sursautais violemment avant d'en chercher le responsable. Paul. J'aurai dû m'en douter. Il était assis sur un vieux tronc d'arbre en décomposition, l'air plus anéanti que jamais. J'eus d'autant plus mal au cœur de le voir ainsi sachant que j'en étais très certainement la cause.
_ Alors tu t'en vas déjà ?
_ Paul, j'aurai fini par m'en aller de toute façon, il vaut mieux maintenant que plus tard.
Ce dernier se leva brusquement, accrochant son regard au mien, je ressentis comme une décharge électrique tandis qu'il semblait me partager mille émotions en une fraction de seconde.
_ T'as pensé à ce que je pouvais ressentir ?
_ Je ne t'ai jamais donné de faux espoirs Paul, il ne se passera rien entre nous.
_ Pourquoi tu ne me laisses pas ma chance ?
_ Je ne peux pas, je suis brisée, je ne suis plus capable d'aimer.
Je me surpris à lui avoir confié une telle chose, mais après tout c'était la vérité. Je ne vivais que pour aider les autres et traquer les sorcières. Je me souviens avoir entendu quelqu'un dire un jour que l'amour nous rendait plus fort, en ce qui me concerne, l'amour a fait de moi une ombre errant sans but réel.
_ Alors laisse-moi t'aimer.
_ Je ne peux pas le permettre.
_ L'amour ne se décide pas.
_ Comment peux-tu m'aimer ?
_ Je voulais attendre avant de t'en parler mais tu ne me laisses pas le choix.
_ Je t'écoute.
_ Mon amour pour toi n'a rien d'un caprice Illyria. C'est un truc de loup.
_ Paul, je ne te repousse pas parce que tu es un métamorphe.
_ Ce n'est pas ce que je voulais dire, je me suis imprégné de toi Illyria.
_ Qu'est-ce que cela signifie ?
_ L'imprégnation c'est comme reconnaître ton âme sœur, il te suffit d'un simple regard pour comprendre que tu as trouvé celle qu'il te faut, la seule et unique personne qui compte plus que tout au monde. Tu pourrais tout donner pour elle, même ta vie s'il le faut. Tu ne vois plus personne à part elle, seul son bonheur t'importe, à tel point que tu deviendrais ce qu'elle te demande d'être par amour pour elle.
_ Tu ne peux pas ressentir une telle chose pour moi, il doit y avoir une erreur.
_ C'est pourtant le cas, et j'ai su au moment où nos regards se sont accrochés que je n'étais pas le seul à avoir ressenti ce lien.
_ Qu'est-ce que tu attends de moi, Paul ?
_ Ne m'abandonne pas.
_ Je dois m'en aller.
_ Promets-moi que tu reviendras.
_ Je ne veux pas te mentir, je n'ai pas l'intention de revenir.
Paul se laissa tomber à genoux devant moi, il martela le sol d'un coup de poing avant de s'asseoir à même le sol, son regard était empli d'une détresse certaine à laquelle venait se mêler de la colère. Je comprenais qu'il puisse m'en vouloir, et je préférais même qu'il éprouve du ressentiment à mon égard, la colère l'aiderait à surmonter sa peine.
_ Tu pourrais tout aussi bien me tuer maintenant, ça abrégerait mes souffrances.
_ Ne dis pas cela, Paul, tu rencontreras quelqu'un à la hauteur de tes attentes.
_ Tu es mon emprunte.
_ Cela ne t'empêchera pas de faire ta vie.
_ Ma vie, c'est avec toi que je veux la faire !
_ Tu as dit qu'un loup serait ce que son emprunte lui demande d'être…
_ Illyria, ne me demande pas de vivre sans toi…
_ Je ne pourrais t'apporter ce que tu mérites.
_ J'accepterai tout ce que tu veux bien me donner, on ira à ton rythme.
_ Je ne t'apporte que souffrance, ne vois-tu pas ?
_ Tu n'essaies même pas de faire un effort.
_ Paul…
_ On a tous souffert dans la vie Illyria, mais on s'en remet parce que la vie ce n'est pas prendre la fuite dès que quelqu'un s'intéresse à soi, non ! Dans la vie, on prend le risque d'aimer, de s'attacher à quelqu'un d'autre, et ce même si l'on pense qu'on pourrait y laisser des plumes ! C'est ça de vivre, autrement tu survis en attendant que la mort daigne bien te faucher !
Je me laisser tomber sur le vieux tronc d'arbre, ses mots étaient vraiment durs mais il avait raison. J'avais tout perdu, je ne voulais rien construire de nouveau car je m'accrochais à mes souvenirs du passé, je rejetais toute forme de bonheur comme si j'avais peur d'effacer ce qui me restait de ma vie d'avant. Je ne voulais pas oublier, je m'interdisais d'être heureuse, je voyais cela comme une trahison envers ceux pour qui je vivais autrefois.
_ Quoi qu'il t'est arrivé, le passé appartient au passé. Avant que tu partes je te demanderai à nouveau si je te reverrais un jour.
_ Paul…
_ Ne me réponds pas maintenant, prends le temps d'y réfléchir.
Sur ces dernières paroles, Paul disparu dans les bois, me laissant seule avec mes pensées. Avais-je envie de le revoir ? J'en mourrais d'envie. Mais voilà bien longtemps que je ne faisais plus ce que je désirais vraiment. Le bonheur semblait me tendre la main, mais je me refusais à la saisir encore une fois, j'étais brisée et Paul méritait bien mieux que moi.
Le soleil était déjà haut dans le ciel, j'allais être en retard pour le déjeuner organisé chez Emily si je ne partais pas tout de suite. Ainsi je me traînais dans les bois jusqu'à arriver à destination, je m'arrêtais sur le perron, des éclats de rire parvenaient à mes oreilles, je n'avais décidément pas ma place en ces lieux. La porte s'ouvrit à la volée, Quil me dévisageait, un grand sourire espiègle animant son visage enfantin.
_ Ben alors t'en as mis du temps ! Dépêche-toi d'entrer on t'attendait pour manger.
J'obéis à l'ordre en silence et entrais dans le salon à la suite de Quil, les garçons étaient absorbés par un match de base-ball, tous étaient présents, sauf Paul. J'allais m'asseoir à même le sol comme l'avaient fait certains et regardais l'écran sans même chercher à comprendre ce qui se passait.
Paul occupait mes pensées, il semblait vraiment tenir à moi. Il voulait que je réfléchisse à ma
décision de revenir, mais je ne l'avais pas décidée sur un coup de tête, je ne resterai pas, c'était une des mes principales règles, ne plus jamais s'attacher à quelqu'un. Mais je repensais à ses paroles, jusqu'à quand vivrais-je ainsi ? Jusqu'à ce que la mort daigne bien me faucher… L'éternité de solitude était bien longue. Réussirai-je toujours à fuir le moindre signe d'affection ? Si j'avais été raisonnable je serai partie après avoir sauvé Sam. Sam… Voilà que j'appelais ces gens par leurs prénoms à présent, et je les tutoyais même. Mais ces gens, je les appréciais vraiment, il ne m'avait fallu que peu de temps pour cela. Fuir… Je devais prendre la fuite, parce que c'est ce que je faisais, je fuyais toujours… Mais ce n'était pas tous les jours que l'on rencontrait un clan de métamorphes pour qui la magie ne semblait pas anormale, un clan qui m'avait accepté qui plus est…
_ Illyria ?
La voix de Quil me tira brutalement de mes pensées.
_ Oui ?
_ Claire voulait te voir avant que tu partes.
_ Elle n'est pas ici ?
_ Non, elle est à l'hôpital. Son père est gravement malade et sa mère reste à ses côtés. Je les rejoins juste après le repas, les médecins disent qu'il ne passera pas la nuit.
_ C'est terrible. Et Claire, comment le vit-elle ?
_ C'est encore une enfant, elle ne comprend pas encore que son père s'en ira pour toujours.
_ Personne ne devrait avoir à vivre ça.
_ Tu veux bien lui dire au revoir avant de t'en aller ?
_ Bien sûr.
_ Merci, tu sais, elle s'est attachée à toi Illyria.
_ Je t'avoue que je ne sais pas quoi te répondre.
_ Tu comptes revenir nous voir après avoir chassé les sorcières ?
_ Je ne sais pas Quil.
_ Je commence à te connaître, je sais que ça veut dire non. Tu vas nous manquer.
_ Vous vous en remettrez.
_ Pas sûr que ce soit le cas pour nous tous.
Je ne relevais pas, je savais qu'il faisait allusion à Paul. Qui n'avait jamais subit de chagrin d'amour dans sa vie ? Certaines personnes s'en remettaient plus facilement que d'autres et certaines autres ne s'en remettaient jamais vraiment. Paul n'avait aucun instant de bonheur à regretter avec moi, pas d'étreinte, pas de baisers ni de mots tendres prononcés avec amour. Je ne connaissais rien de l'imprégnation mais j'avais tout de même l'intime conviction que ce phénomène était identique à l'amour, si ce n'est un attachement plus rapide.
Je levais la tête et observais les gens alentours. Kim était lovée contre Jared dans un coin du canapé, ils semblaient vivre l'un pour l'autre, enfermés dans leur bulle de bonheur, ils ne semblaient pas mesurer la détresse des membres de leur propre meute. Leur amour avait quelque chose de spécial, qui sonnait presque comme une évidence à les regarder, pourtant ils semblaient si jeunes. Les amours de jeunesses étaient généralement aussi intenses qu'incertains, le leur semblait n'avoir aucune limite, un peu comme entre Sam et Emily.
_ Venez manger tout le monde !
La voix d'Emily était très maternelle, je ne pouvais m'empêcher de penser à la venue de son enfant. Il sera certainement très heureux avec ses deux parents aimants et tout le reste de la meute. Certaines personnes avaient la chance de naître dans des environnements favorables tandis que d'autres se battaient dès leur arrivée au monde pour survivre. La vie pouvait être terriblement injuste parfois.
J'allais m'asseoir en bout de table près de Quil, faisant face à Léah. Celle-ci semblait totalement désintéressée et mangeait sans prendre part à la moindre discussion. Nous devions partir dès ce soir mais son comportement n'indiquait pas le moindre regret de devoir laisser sa famille à l'arrière pendant qu'elle partait dans un combat qui n'était pas vraiment le sien. Je me demandais ce qui la retenait de partir, elle vivait sans cesse dans l'ombre d'Emily, remuant sans relâche son histoire d'amour perdue, condamnée à voir celui qu'elle aimait vivre heureux avec une autre. Comment pouvait-il lui imposer ainsi son bonheur d'ailleurs ? N'avait-il pas le moindre respect pour elle ?
_ Tu prendras soin de ma sœur hein ?
Je levais la tête, surprise que quelqu'un daigne me parler malgré mon silence.
_ Seth, je suis assez grande pour prendre soin de moi !
_ Elle a un caractère de cochon mais au fond c'est quelqu'un de bien.
Seth, assis aux côté de sa sœur me parlait joyeusement sans même faire attention à ce que Léah disait.
_ Fais comme si j'étais pas là surtout !
_ Toi aussi tu vas me manquer ma Léah !
Il ponctua sa phrase par un bisou qu'il plaqua sur la joue de sa sœur. Leur complicité était touchante, au moins Léah n'était pas réellement seule en ce monde, son frère semblait être le rayon de soleil qui avait le pouvoir de chasser pendant de brefs instants les nuages grisâtres de sa vie.
_ On pourra quand même garder contact avec Léah, dis ?
_ Pas de téléphone, je pourrais vous faire parvenir des lettres si tu y tiens.
_ Cool ! Tu vas nous les envoyer par hibou, comme dans Harry Potter ? Il s'appelle comment ton hibou ? A moins que ce soit une fille… dans ce cas ce serait plutôt une chouette…
Je riais franchement, ce jeune homme avait le don de communiquer sa bonne humeur. Il me regardait l'air penaud, il semblait surpris de ma réaction et m'adressa un éblouissant sourire avant de se remettre à parler.
_ Ne me dis pas que tu envoies tes lettres par la Poste, c'est tellement pas digne de toi…
_ Non je n'envoie pas de lettres par la Poste mais je n'utilise pas non plus de hiboux.
_ Ben comment tu fais alors ? Attends laisse-moi deviner, tu hypnotises un mec qui va te servir de coursier comme au Moyen-âge avec les rois ? Ou non attends j'ai mieux, tu lui rases la tête et tu écris ton message sur sa tête, après tu attends que ses cheveux repoussent avant de nous l'envoyer… Mais c'est super long comme méthode !
_ Tes théories valent le coup d'être entendues.
_ Et encore, ce n'est qu'un brève aperçu des âneries qu'il peut débiter.
Léah mimait l'agacement mais je voyais pour la première fois une petite lueur animant son regard.
_ Au moins Illyria sait apprécier la grandeur de mes propos.
Il avait prit une voix emplie d'un snobisme qui sonnait faux, ce qui fit glousser Quil à ma droite. J'esquissais un sourire tandis que je tentais d'étouffer un rire. Voilà de cela bien longtemps que je n'avais pas ri, j'avais oublié à quel point cette sensation pouvait être agréable.
_ La modestie finira par te tuer mon pauvre frère.
_ Si c'est pas toi qui l'étripes avant, se moqua Quil.
_ Elle m'aime trop pour ça, par contre toi mon vieux…
_ Moi aussi tu m'aimes trop pour ça, hein Léah chérie ?
_ Vous allez la fermer tous les deux ? Quil passe-moi la viande s'il-te-plaît.
_ Tant qu'on est à table je ne risque rien, Léah aime trop manger pour tenter quoi que ce soit.
Quil guettait la réaction de la louve, un sourire espiègle animant son visage tandis qu'il lui tendait l'assiette.
_ Illyria, tu comptes le finir ce petit pain ?
Seth s'intéressait à présent au contenu de mon assiette, semblant déjà saliver à la vue de ce qu'elle contenait.
_ Espèce de goinfre, laisse-la manger en paix !
Léah s'était occupée de répondre à ma place avant d'engloutir un morceau de viande. Je tendais tout de même le morceau de pain tant désiré à Seth, ce petit sourire au coin de mes lèvres ne me quittait plus.
_ Tu sais que je t'aime toi ?
La plaisanterie de Seth me mit légèrement mal à l'aise, voilà que je m'attachais désormais à un autre membre de le meute. Comment allais-je pouvoir partir sans me retourner ? Chaque minute passée en la compagnie de ces gens rendait mon départ que plus difficile.
Le repas s'était terminé dans la bonne humeur, ce qui semblait être de coutume chez ces gens. L'atmosphère redevint lourde lorsque Quil m'emmena avec lui à l'hôpital de Forks, ses yeux se voilant désormais d'une tristesse qui étreignait son regard d'habitude si joyeux.
J'étais assise sur le siège passager d'un vieux pick up rouge écaillé, Quil conduisant à une vitesse folle. Les arbres défilaient en un champs verdâtre, laissant bientôt place aux vieux bâtiments constituant le centre commercial de la ville. Quelques personnes s'attardaient sous la pluie battante, semblant être parfaitement accoutumés au mauvais temps perpétuel. Je laissais mon regard s'accrocher sur les gouttes de pluie léchant la vitre. J'aimais la pluie, mais cette fois elle ne m'apaisait plus, elle semblait achever l'état moral de Quil.
_ On est arrivés.
La voix de ce dernier me tira de mes pensées, je descendais de la voiture et détaillais le grand bâtiment grisâtre qui devait être l'hôpital. Je suivais le métamorphe qui pénétrait déjà à l'intérieur, passant par deux grandes portes grinçant à notre passage.
_ Bonjour, nous venons voir Mr Young.
_ Inscrivez vos noms et prénoms sur ce cahier, puis c'est chambre 154.
_ Merci.
La secrétaire semblait particulièrement passive, ce que je trouvais déplacé en ces lieux. J'attrapais le stylo que Quil me tendait et inscrivais mon nom sous le sien, Illyria Menwë. Je le vis jeter un coup d'œil curieux après que j'eus posé le stylo, ce qui m'arracha un petit sourire en coin. Décidément, la meute semblait m'avoir contaminée en ce qui concerne ces rictus joyeux.
Après une interminable marche à travers des couloirs se ressemblant tous les uns les autres, nous arrivâmes enfin devant la chambre 154. Je vis Quil hésiter, prendre une grande inspiration avant de toquer doucement à la porte. Celle-ci s'ouvrit sur une femme typée indienne, les yeux rougis sans doute autant par la fatigue que par les pleurs. Elle esquissa un sourire qui n'atteignit pas ses yeux avant de nous laisser entre tous deux.
_ Bonjour Laura, comment va-t-il ?
Quil avait prit celle que je supposais être la mère de Claire dans ses bras.
_ Il se repose, il a passé la matinée à jouer avec Claire.
_ Et elle, comment va-t-elle ?
_ Elle ne comprend pas, elle lui a demandé quand il rentrerait à la maison…
La femme se mit à pleurer, Quil traçant de grands cercles dans son dos dans un geste qui devait se vouloir réconfortant, sa détresse était palpable, et j'éprouvais de la compassion pour cette femme. Certains couples se déchiraient simplement avec le temps, et d'autres étaient violemment séparés par fatalité, la vie était vraiment dure. Cette femme devait avoir encore quelques bonnes dizaines d'années à vivre et cette enfant allait être privée de son père.
Je laissais une larme s'écouler librement sur ma joue, la maladie avait frappé là où le bonheur avait semblé régner, dans quelques heures cette famille ne serait plus jamais la même. Je percevais les faibles battements du cœur de l'homme, ils faisaient écho au monitoring branché dans un coin de la pièce, je sentais la vie le quitter doucement, il s'éteindrait avant la nuit.
_ Illyria, c'est toi ?
Je vis Claire émerger lentement de son sommeil, installée dans un fauteuil. Je m'approchais d'elle et elle vint m'enlacer de ses petits bras.
_ C'est bien moi ma princesse.
_ Tu es venue voir mon papa ?
_ Je suis là pour toi ma chérie.
_ Tu veux voir le dessin que j'ai fait ? Ce sera une surprise pour papa quand il rentrera à la maison.
_ Oui, fais-moi voir.
La petite avait dessiné une femme et un homme tenant la main d'une enfant, mon cœur se serra à la vue de celui-ci. Elle était si jeune, venait seulement de fêter son cinquième anniversaire et voilà que ce serait le dernier qu'elle avait passé en ayant encore ses deux parents. Elle allait cruellement manquer d'une présence paternelle en grandissant, mais elle était entourée de gens qui l'aimaient et cela comblerait un peu de ce gros vide.
_ Papa et moi, on a joué aux poupées ce matin, tu veux bien jouer avec moi demain ?
_ Ma princesse, je dois partir ce soir.
_ Mais tu vas revenir, dis ?
_ Je reviendrai pour toi, si tu as besoin de moi.
_ Comment tu vas savoir que j'ai besoin de toi si tu es loin ?
Claire était une enfant intelligente, elle avait l'art de poser le doigt là où l'on essayait de taire les choses. Je retirais la bague de mon index droit et la tenait un moment au creux de mes mains, récitant ces paroles dans un murmure :
Mon prénom prononcé trois fois, la bague frottée de surcroît, je reviendrai à toi.
Une lueur bleue pâle s'éteignait dans l'air après quelques secondes, je décrochais la chaîne du cou de l'enfant avant d'y ajouter ma bague, et de remettre le collier à sa place.
_ Tu n'auras qu'à serrer la bague entre tes petites mains et tu dis '' Illyria '' trois fois, je reviendrai aussitôt. Mais attention, tu ne m'appelles que si tu as vraiment besoin de moi, c'est d'accord ?
_ Cool ! D'accord !
J'observais l'enfant admirer le bijou, il semblait lui plaire, je posais un léger baiser sur son front, ce serait un peu comme son cadeau d'anniversaire de ma part. Je regardais à présent par la petite fenêtre, le soleil était bas dans le ciel, la nuit ne saurait tarder. J'allais devoir partir, une traque m'attendait.
_ Quil ? Je dois partir.
_ Merci vraiment d'être venue, Claire vous apprécie beaucoup.
_ C'est normal, madame. Gardez courage, votre fille aura besoin d'une mère forte pour l'aider à avancer tout le long de sa vie.
Je vis la femme baisser la tête, une énième larme roulait le long de sa joue.
_ Je te dépose.
_ Non Quil, ne t'en fais pas pour moi je trouverai mon chemin, on a besoin de toi ici.
Il ne se fit pas prier et me serra dans une longue étreinte avant de me relâcher, un triste sourire animant son visage.
_ J'espère que ce n'est pas un adieu, prends soin de toi Illyria, et n'oublie pas que tu comptes pour des gens à la Push.
_ Je n'oublierai pas.
Un dernier regard vers Claire et je quittais la pièce le cœur lourd. Il ne restait pas plus de trois heures à vivre à cet homme, là encore l'amour que lui portait tous ces gens serait la cause de leur souffrance. Le temps savait panser les blessures, j'espérais qu'il le ferait mieux pour Laura qu'il ne l'avait fait pour moi.
Je sortis de l'hôpital et rentrais à la Push en bus. Je n'étais plus montée dans ces choses roulantes depuis plusieurs décennies, j'avais eu le loisir de me remémorer chaque instant que je regretterai sûrement en quittant cet endroit, la plupart avaient eu lieu en présence de Paul, je ne devais pas me mentir, il me manquerait. Mon cœur s'emballa tandis que je repensais à la fois où je l'avais vu pour la première fois, ses yeux m'avaient prodiguée comme une décharge électrique, telle que je m'étais sentie plus vivante que je ne l'avais jamais été. Il avait eu l'art de m'agacer, de m'exaspérer même mais il avait réussi à se rapprocher de moi plus que tous les autres.
Je descendis du bus et longeais la forêt à pieds avant d'emprunter le sentier par lequel Quil avait gagné la route plus tôt dans l'après-midi. La nuit commençait à tomber, la lune éclairait déjà les lieux avec douceur. J'inspirais grandement, cette forêt aussi ma manquerait, j'écoutais le doux bruit des petits animaux se faufilant avec agilité entre les branches et circulant presque silencieusement sur le sol. Un vent frais me fit frissonner tandis que je pressais un peu le pas, reconnaissant bientôt quelques habitations.
J'arrivais finalement devant chez Sam et Emily, j'hésitais à entrer, j'avais déjà du mal à accepter mon départ, voir tous ces gens réunis m'achèverait. Après un long moment, je me décidais à franchir le seuil, et toquais à la porte, Sam vint m'ouvrir dans les secondes qui suivirent.
_ Entre donc.
Je regardais l'intérieur de cette si chaleureuse maison, Emily était assise dans l'un des fauteuils, une tasse dans les mains, elle m'adressa un franc sourire avant d'en boire une gorgée.
Léah était en compagnie de Seth, un sac à dos à ses pieds, elle ne voyageait pas lourd, c'était une bonne chose. J'allais les rejoindre silencieusement.
_ On y va ?
Léah me posa la question sans une émotion dans la voix, elle semblait complètement indifférente.
_ Oui, il est temps.
_ Tu me la ramènes en vie hein ?
Seth ironisait la situation mais je sentais bien qu'il était inquiet.
_ Bien sûr.
Je vis Seth étouffer sa sœur dans une longue étreinte, non sans une plainte de cette dernière. Contre toute attente, il me serra également dans ses bras avant de porter à nouveau son attention sur Léah. Je dis au revoir aux autres membres de la meute et finissais par Sam et Emily avant de sortir de la maison. Paul n'était pas venu. J'étais déçue, au fond de moi j'espérais le voir une dernière fois avant de m'en aller, mais c'était sûrement mieux ainsi, les choses seraient plus simples.
Je marchais vers la forêt, Léah me suivant silencieusement, ce que j'appréciais. Un grognement me parvint d'entre les feuillages, je stoppais le pas, imitée par ma partenaire de voyage. Quelques secondes plus tard, une silhouette humaine émergea d'entre les arbres, Paul.
_ Tu as réfléchi à ma demande ?
Il s'était arrêté à seulement quelques centimètres de moi, me surplombant de toute sa hauteur. Son regard profond était plongé dans le mien, ce qui me provoqua une décharge électrique et un frisson parcourut mon échine. Mon cœur s'emballait tandis qu'il s'accrochait à mes lèvres, attendant ma réponse.
_ Paul, je ne reviendrai pas.
J'eus comme l'impression de lui avoir enfoncé une lame droit au cœur tandis que je vis ses yeux se voiler de tristesse, je l'avais blessé.
_ Soit heureuse.
Je ne m'attendais pas à une telle réaction de sa part, il se pencha lentement, me regardant toujours droit dans les yeux, mon cœur cognait dans ma poitrine et je sentais mon ventre se nouer étrangement. Il approcha encore, seulement quelques millimètres séparaient nos deux visages, je pouvais sentir son souffle sur mon visage mais je ne bougeais pas. Il déposa finalement un léger baiser sur mes lèvres, mes yeux se fermèrent d'eux même. Lorsque son contact me quitta, j'entendis un bruit de feuillages et je regardais à présent devant moi, il était parti.
Fin de ce chapitre, je vous remercie d'avoir pris le temps de me lire :)
