Chapitre 3
Partie 1
Désert.
Aujourd'hui n'était pas un jour favorable à mettre le nez dehors. Mais je n'avais que faire des risques encourus tandis que je gravissais une butte sablonneuse, pliée en deux, le corps trempé de sueur sous ma capeline, le sable s'infiltrant et collant sur ma peau. Je resserrais le tissu couvrant le bas de mon visage. Saloperie de vent. Le khamsin était un vent de sable brûlant qui soufflait du désert d'Égypte à Israël. Son nom signifiait « cinquantaine » parce qu'il était censé ne souffler que pendant une cinquantaine de jours au printemps.
C'était un vent sec, chaud et très poussièreux, au souffle brûlant des déserts du sud-est de l'Égypte au sud d'Israël. À la vitesse de 150 km/h, il arrachait les feuilles des arbres et donnait au ciel une teinte orange foncé ; l'air se chargeait de poussière ce qui rendait la respiration oppressante. Il provoquait quelques violents orages. C'était ce même vent que j'affrontais actuellement, bien que je ne me trouvais pas sur Terre. Enfin arrivée à destination, je me penchais sur le piège trappe que je venais vérifier.
Et merde… Les liens attachants les morceaux de bois ensemble s'étaient défait sous l'action du vent, certains bouts de bois et ficelles manquaient à l'appel, emportés dieu sait où. Luttant contre les éléments, je fouillais ma besace, en sortis des morceaux d'os, et des ficelles constituées d'intestins d'oiseaux, et prenais mon couteau de chasse. A l'origine c'était un couteau forgé à la main par Takeshi saji, en acier carbone Suminagashi (damassé) 11 couches, le manche en bois recouvert de peau de raie et d'Urushi rouge, laque traditionnelle japonaise, parfaitement aiguisé. Désormais, le manche s'était cassé, tout comme la lame dont il manquait 4 cm à son bout. Je l'avais rafistolé comme j'avais pu, ne pouvant en acquérir un autre. Il était d'une autre époque. Accroupie, j'entrepris de réparer mon piège, réajançant les bouts de bois, renforçant la structure des morceaux d'os, et liant le tout avec les intestins. J'étais pleinement concentrée sur ma tâche, quand…
Miyu.
Le fil de la lame de mon couteau se trouvait sur sa gorge, à quelques millimètres de sa peau. Malgrès le déchainement du vent, le sable tourbillonnant dans mon champs de vision, mon attention portée sur ma réparation, j'avais immédiatement sentie sa présence alors qu'elle se glissait dans mon dos, et m'étais relevée et retournée en une fraction de seconde, bras droit tendu, froid et dur, les yeux vides et glacés, prête à donner la mort avant même de reconnaitre la cyborg. Mon instinct de survie sauvage dictant mes actes avant même que mon cerveau ne puisse analyser la situation. Je baissais mon bras armé, sans un mot. Inutile de tenter de parler dans les bourrasques de vent nous entourant. Lui jetant un regard entendu, je pris la direction de mon abri, non sans ramasser les matériaux non utilisés lors de la réparation du piège et vérifier le fonctionnement de celui-ci.
Après une heure et demie de marche silencieuse, j'entrais dans ma grotte suivi de Miyu. Sans un regard pour elle, je me penchais devant le feu y ajoutant quelques ossements, puis brisant le silence, elle me fit remarquer :
« Ton couteau est cassé »
Ses quelques mots emplissant l'air me désarçonnèrent un instant. Entendre une voix humaine après des années d'un silence et d'une solitude absolue uniquement troublées par les bruits naturels du désert, était perturbant, je me contentais donc de lâcher un grognement affirmatif, toujours sans la regarder.
Pas le moins du monde intimidée par mon attitude froide et distante, elle posa son sac dos sur la sol, fit sortir du col de sa cape l'oiseau jaune qui s'y était protéger des vents du désert, et s'assit près du foyer devant moi, et commença :
« Cela faisait longtemps que je n'étais pas venue, ce lieu n'est pas plus accueillant que dans mon souvenir. Je t'ai apportée quelques outils, des vivres et des couvertures, j'aurais su, je t'aurais aussi ramenée un nouveau couteau. Mais bon, ma visite n'est pas de simple courtoisie. »
Ses derniers mots me firent enfin lever les yeux vers mon interlocutrice tandis qu'elle continuait.
« Désolée de venir perturber ta retraite, mais j'ai besoin de ton aide. J'aurais pu m'en passer, je ne serais pas venue. Je sais parfaitement que tu refuses de te mêler des affaires de ce monde, mais la situation est très différente cette fois ci et ton aide est indispensable. »
Devant mon silence, elle tira d'une des poches de sa cape un parchemin et me le tendit. J'hésitais à le prendre, puis l'acceptais finalement, l'ouvris et le parcouru, mes yeux se plissant au fil de ma lecture, mais ne disant toujours rien, elle poursuivit donc :
« Comme tu peux le constater, les Otomes et Garderobe ne peuvent gérer cette crise seules, et ma seule aide n'est pas suffisante. Je te demande donc de revenir avec moi à WindBloom, j'ai apportée suffisamment de nourriture pour traverser le désert. Si tu le souhaite, nous pourrons même nous arrêter à la Vallée Noire si tu as besoin de quelque chose, bien que vu l'urgence de la situation, je pense plus sage de nous rendre directement à Garderobe. »
« Non » Ce fût le premier mot que je lâchais d'une voix rauque, rocailleuse et hésitante. Je n'avais plus l'habitude de parler depuis bien longtemps, n'ayant pour seule compagnie que le désert et sa solitude. Je poursuivais toutefois en la fixant durement :
« Je ne me suis pas retirée de cette civilisation pour rien. Je n'ai pas l'intention d'y retourner et de me mêler d'un combat ne me concernant nullement. Les Otomes, Schwartz et compagnie, c'est pas mon problème. Je te remercie pour les affaires que tu m'as apportées, tu peux rester ici cette nuit, mais à l'aube, tu t'en va. »
« Faux. Cette affaire va tôt ou tard te concerner. Tu n'as pas pu ne pas remarquer que j'avais dû réactiver l'étoile des Himes. »
Effectivement, l'Étoile d'Ikusahime aussi appelé "l'étoile des HiME" sur Terre était également visible sur Earl près de la Lune. Cette étoile qui était seulement visible par les HiME et toutes les personnes en rapport direct avec le festival contrôlait la malchance et les désastres et plus elle approchait de la Terre plus les catastrophes se multipliaient (guerres, incendies, ouragans...) jusqu'a la collision qui signifiait la fin de l'humanité. C'est pour évité ça que douze jeunes filles reçevaient des pouvoirs extraordinaires et devenaient des HiME et devaient participer et combattre au Festival d'Ikusahime. Sur Terre, cette étoile brillait d'un rouge vif, mais sur Earl, elle était bleue. Du moins, jusqu'à ce que Miyu la réactive et qu'elle redevienne rouge par son action.
Observant ma réaction face à cette affirmation, la cyborg poursuivit :
« Je n'ai pas eue le choix. Si je ne l'avais pas réactivée, Schwartz aurait détruit les Royaumes et pris possession des pouvoirs des Otomes. Même si je n'avais pas pris en compte la possibilité qu'ils aient réussis à créer des Valkyries. Et tu sais que, malheureusement, de nouvelles Himes vont apparaitre dans peu de temps, et que de nouveaux festivals vont se produire. Je n'en ai pas encore informée Garderobe. Ils ont assez à faire pour l'instant sans que je leurs ajoute un soucis supplémentaire. La situation est donc plus grave que celles dans lesquelles tu étais intervenue par le passée. »
En effet, j'avais participée à des faits majeurs de l'Histoire de Earl. La guerre des 12 royaumes, c'était le nom donné à la guerre qui s'était déroulée 300 ans plus tôt. Dnombreuses armes avaient été utilisées lors de cette guerre, mais la première Otome, Fumi Himeno, avaient mis fin à la bataille grâce au diamant blanc, du moins, c'était ce que le l'Histoire rapportait. L'Harmonium avait été utilisé à ce moment et beaucoup de pays furent détruits. Il y avait 50 ans, j'avais également été prise dans la guerre du Roi Dragon, bien malgrès moi d'ailleurs, puisque deux Otomes se battant, avaient détruit la grotte souterraine que j'occupais à cette période.
Je poussais un profond soupir, fermais les yeux un instant, puis fixant les yeux rouges sang de Miyu, je lâchais :
« Pourquoi ? Pourquoi ne peux tu donc pas tout simplement oublier mon existence ? Je ne demande rien d'autre que l'oubli, alors pourquoi me pousser encore à apparaitre dans ce monde ? Ne peux tu donc pas me laisser m'engloutir dans ce désert ? »
« Non. Car non seulement c'était son vœux, mais aussi car tes connaissances et capacités sont désormais primordiale pour la survie de ce monde, même si tu le hais et nie son existence. » me répliqua-t'elle sans aucune pitié.
Me levant brutalement, exaspérée, je grognais froidement :
«Bon Dieu, Miyu, je t'ai aidée il ya 25 ans en te fournissant la GEM du Joyaux des Cieux pour Rena Sayers, je t'ai aussi aidée à rejoindre l'espace temps de la Vallée Noire i ans lors de la disparition de Tokiha Mai, alors ne me demande pas encore de participer à une nouvelle guerre ! Avant que mon laboratoire ne soit détruit lors de la Guerre du Roi Dragon, j'ai réparée ton corps un bon nombre de fois. Ce n'était déjà pas facile pour moi de t'aider, mais je l'ai fait. Là tu m'en demande trop ! Je ne veux plus être mêlée à tout ça ! Et ne mélange pas tout ! Son vœux était uniquement que je vive, pas que je continue de me battre ! Alors oui ! Je vis, je survis même si ça me fait putain de mal, mais je le fais ! Ose encore me rappeler son souvenir, et je te tue Miyu »
Je la fixais avec une rage bouillonnante et contenue au possible, ma gorge douloureuse d'avoir autant parler. Bon sang, je n'avais pas alignée autant de mots lors de ses quelques minutes, qu'en 50 ans.
Ignorant ma menace, qu'elle savait pourtant que je mettrais en œuvre sans l'ombre d'une hésitation, elle répondit simplement :
« Je peux donc compter sur toi ? »
Putain, que je haïssais entendre ses mots… Elle savait très bien que je n'avais le choix, et je le savais aussi depuis que j'avais vue cette foutue étoile rougir le ciel. Je savais pertinamment qu'elle allait tôt ou tard se pointer et me tirer de ma solitude. Je serrais les poings à m'en faire blanchir les jointures, mordais l'intérieur de ma joue, expirant rageusement par le nez, et tentais de ne pas céder à mon envie froide de fracasser son corps bionique contre la paroi rocheuse de mon abri.
Je fermais les yeux, luttant pour reprendre mon sang froid, me rassis, puis grognais :
« On part demain à l'aube. Inutile de passer par la Vallée Noire tant que j'ignore ce dont j'aurais besoin. Peut-être qu'ils auront le matériel nécessaire à Garderobe. »
Elle hocha la tête, puis me tendit le sac contenant les vivres et provisions préparées par Mai pour moi. Après une brêve hésitation, j'entrepris d'en fouiller le contenu, silencieusement heureuse d'y trouver des outils de tannage, racloirs, ciseaux, de la corde, du fil à coudre et des aiguilles, une casserole, une gourde, des couvertures, de la viande séchée, des rations de riz, des fruits et légumes secs…
Ignorant royalement l'androide, je mangeais un morceau, puis m'allongeais sur le sol, lui tournant hostensiblement le dos, pour quelques heures de sommeil avant le départ. Je fermais les yeux, sachant très bien que je ne pourrais probablement pas dormir en comprenant que j'allais de nouveau devoir me lier à cette foutue civilisation que j'haïssais plus que tout…
Foutues Otomes… Pas capables de se protéger elles mêmes…
Partie 2
Garderobe
La nuit était tombée sur le royaume de WindBloom, son bureau chargé des divers rapports concernant les mouvements constatés des Shwartz dans les différents royaumes de Earl, Natsuki Kruger était plongée dans l'analyse de ses documents. Voyant les traits tirés, songeux et inquiets de son amour, Shizuru s'approcha doucement du dos de la Gakuencho, lui saisit les épaules et entreprit d'en masser lentement les muscles tendus tout en lui soufflant à l'oreille :
« Natsuki devrait prendre un peu de repos… Tu ne peux rien faire de plus pour ce soir. »
Cette dernière saisie une des mains la massant, ferma les yeux un instant en appuyant sa tête contre la poitrine de la jeune femme derrière elle, et répondit :
« Je sais, Shizuru, mais quand je vois tout ses rapports alarmants, je ne peux que craindre pour notre vie à tous. Des douzaines de camps d'entrainement de Walkyries ont été signalés avant d'être déplacés, des centaines de jeunes filles sont signalées disparues un peu partout. En comptant les 75 élèves présentes à GardeRobe, les 5 piliers dont toi et moi, et les Mai star des différents pays, les Schwartz ont déjà réunis plus de Walkyries que nous ne sommes… J'ai peur, Shizuru… Peur pour notre monde, pour notre survie… Peur pour toi… » finit elle en posant un baiser sur la main qu'elle tenait doucement.
« Ara, ara, ma Natsuki se fait du souci pour moi ? C'est mignon… Mais nous n'avons pas encore perdu… Miyu n'est pas encore revenu, et ne devrait plus tarder. En attendant, viens, je te ramène à ta chambre » souffla l'Améthyste Pleine de Grâce en entrainant doucement Natsuki jusqu'à sa chambre.
Une fois à l'intérieur de la pièce, elle n'alluma pas la lumière, défit la veste de la Gakuencho, la fit asseoir sur son lit alors que cette dernière, épuisée, se laissait faire. Elle lui enleva ses chaussures, défit les draps, puis, doucement allongea la directrice sur le matelas, avant de la rejoindre en la serrant dans ses bras.
« Laisse moi rester près de toi, s'il te plait. Je veux juste… te serrer contre moi… »
« Oui… Tu … peux… » répondit difficilement Natsuki avant de sombrer dans un sommeil sans rêve.
Voyant le visage endormi de sa compagne, Shizuru posa tendrement ses lèvres sur sa tempe, et serra plus fort le corps de la directrice contre le sien et lui souffla avant de s'endormir également :
« Je te protégerais toujours »
