QUATRIÈME PARTIE

Il tient la douce main pâle aux doigts fins et gracieux. Elle sourit en plongeant son regard dans celui de son cavalier alors qu'elle se laisse balancer au rythme lent avec nonchalance et prend place sur la piste. Les regards l'habillent, la rendent encore plus belle. Ils prennent place, l'un en face de l'autre et se dévisagent. Les deux visages sont si proche que les masques se touchent. Les longues moustaches de la jeune femme viennent chatouiller le cou du comte. Il les repousse d'un geste agacé, et elle rit.

Une de ses mains tient doucement la hanche de la femme tandis que l'autre porte avec soin la main féminine et délicate. Doucement, la danse s'engage. Ils tournent sans se perdre des yeux. Le comte peut enfin voir les yeux si fascinants de la pianiste. Il examine avec attention ces pupilles vertes teintée de pépites jaunes et noires, univers infinis et mystérieux. Il cherche, essaye de déceler les secrets enfouis de cette femme qui ne laisse rien au hasard, il le sait.

Pourquoi était-elle dans la petite pièce si éloignée du Grand Hall ? Que faisait-elle dans un tel endroit et comment l'avait-elle trouvé ? À quoi rimait ce jeu ? Y avait-il un fin mot à cette histoire, une raison particulière ?

« Vous semblez pensif... »

Murmure-t-elle en rapprochant son visage de celui du comte. Il sourit en soupirant.

« Je cherchais. Bon sang, mais qui êtes-vous ? »

« Un peu de patience je vous l'ai dis, vous saurez tout bientôt. »

La danse continue, envoûtante, enivrante alors que leurs regards se combattent toujours. Le jeune homme n'a pas abandonné la partie, mais les lèvres rouges et les yeux malicieux l'empêchent de se concentrer. Les tissus de la majestueuse robe frôlent ceux du pantalon noir. Leur pieds se croisent, s'évitent mais jamais ne se touchent. Ils tournoient doucement et le monde qui les entour devient flou, puis ils l'oublient complètement, plongés dans les iris de l'autre.

Il imagine, rêve de cette femme dont il ne sait rien. Il lui donne un nom alors qu'il la fait tourner sans lâcher sa main. Ses cheveux volent, et le parfum de lys de la jeune femme fait frissonner la peau du jeune comte. Elle sourit toujours en ne le quittant presque jamais des yeux. Elle chantonne en gardant sa bouche entrouverte, sa voix fluette résonne dans ses oreilles.

Il se penche au dessus d'elle alors qu'elle se courbe et bascule sa tête vers l'arrière, il la retient en la serrant contre lui. Il croit entendre son cœur battre dans sa poitrine. Le sien ou celui de la jeune femme ? Il n'a pas le temps de savoir. Elle se redresse, et leur pas reprennent la cadence, les font avancer, puis reculer. Le borgne et la femme-chat sont eux aussi devenus de simples marionnettes... Non. Seulement lui en est devenu une.

Les sourires, les yeux et les gestes l'envoûtent. Ils lui font oublier qui il est : le comte de Phantomhive. Il se perd dans une danse qu'il ne mène plus, qu'il n'a jamais contrôlé. Il a engagé un combat perdu d'avance. Son attitude dédaigneuse le fait sourire à son tour, son assurance la rend encore plus belle et son arrogance lui fait oublier la timide pianiste. Il n'y a qu'elle, il ne voit qu'elle, ne cherche qu'elle et ses lèvres. Il divague, emporté dans ses rêves par la musique, pourtant, elle s'arrête.

Soudain, il la sent s'éloigner. Il ne sent plus le contact de la peau douce et glacée de la main qu'il tenait. Il ne touche plus l'étoffe lisse de la robe qui recouvre le corps de sa partenaire. Tout à coup, il a froid. Au centre de la piste de danse, il reste figé en la regardant. Elle se tient devant lui, toujours se sourire narquois sur les lèvres. Il s'avance vers elle, alors qu'autour d'eux, la foule se rapproche lentement. Il sent l'étau du monde se resserrer sur eux et en voyant tous les regards qu'on leur lance, il est pris d'une subite panique.

Il ne veut pas leur parler, il ne veut pas les voir ! Il voudrait simplement lui parler encore, rester seul avec elle, un petit instant seulement. Il la regarde, elle aussi. Elle fait un pas, rapide, il n'arrive pas à la suivre, puis elle se retrouve auprès de lui. Elle prend sa main. Il devine son sourire s'élargir, ses deux blanches et régulières se découvrent. Puis elle commence à courir, l'attirant avec elle. Ils filent au travers des invités, et parviennent à s'échapper.

« Qu'est-ce que... ? »

Elle le tire en riant alors qu'ils traversent d'autres couloirs et enfin, ils arrivent dehors, juste devant l'entrée du manoir. Le vent froid de la nuit fait basculer leur cheveux et vient frapper leur visage habitués à la chaleur de l'intérieur. La nuit est éclairée par la Lune d'argent qui rappel la robe de la mystérieuse femme-chat.

Elle lâche la main du comte et descend doucement les marches une à une en relevant le bas de sa robe. Il voit son dos dénudé, pâle et décoré de grains de beauté. Son chignon s'est défait, et ses cheveux tombent en mèches désordonnées sur ses épaules. Il la suit.

« Où allez-vous ? »

« Je vous l'ai dis, je voulais que vous me fassiez visiter les jardins... J'aime les jardins la nuit... »

Murmure-t-elle d'une voix douce et mélancolique alors que le comte la rejoint. Il découvre alors que le sourire moqueur a disparu. Ils avancent en silence en se dirigeant vers les par terre fleuris qui entourent la grande et sinistre bâtisse. Le jeune homme lance quelques regards inquiets à la jeune femme qui a tout à coup perdu sa joie. Elle fixe le sol avec un regard vitreux, ses cheveux sont soulever par les courants d'airs frais de la nuit. Il devine la peau blanche de la jeune femme frémir.

« Vous avez froid ? »

Demande-t-il avec attention.

« Vous avez changé. »

Affirme-t-elle en ignorant la question alors qu'elle s'arrête et se tourne vers lui.

« Je n'ai plus l'impression d'être en face du même homme que lorsque nous étions dans la petite pièce au piano. Pourquoi ? »

« Que voulez-vous dire ? »

« Vous n'avez plus le même regard froid et calculateur. Est-ce que je vous fais quelque chose ? Ou bien est-ce simplement pour me tromper ? »

Il se fige en la voyant brandir tout à coup vers lui une petite arme à feu noir étincelante dans la nuit. Les questions restent prisonnières dans sa gorge crispée par la surprise. Il ne lève pas les mains, dévisage simplement cette femme qui ose le pointer de son arme.

« Que voulez-vous ? »

« Je pensais que la question qui brûlait vos lèvres était plutôt celle de savoir qui je suis. Une promesse est une promesse et vous m'avez offert l'une des plus belle valse de ma vie. La moindre des choses est d'honorer ma part du contrat. »

Sans lâcher son arme toujours dirigée vers le jeune homme, elle enlève doucement, et toujours avec grâce, son masque de chat révélant ainsi l'intégralité de son beau visage. Ses beaux yeux sont cependant soulignés de grosses cernes creusée par la fatigue et la peur.

« Mon nom est Jane Mortleth. Ce nom ne vous est peut-être pas inconnu. »

« Il me semblait bien que je ne vous avais pas invitée. Puis-je vous demandez ce que vous faites ici ? »

« Tiens, tiens... Je retrouve enfin votre caractère méprisant de noble digne de ce nom ! Ce changement est-il dû à la menace que je suis ou bien à mon nom ? »

« Les deux. Mais voyez-vous, je ne me souviens pas du nom de toutes les personnes que j'ai dû éliminées. »

Un sourire moqueur illumine le visage du comte qui reste impassible face à la menace de mort que lui offre sa partenaire. Les mains si jolies de la pianiste se crispent, son regard reflète une haine inconditionnelle qu'elle ne peut plus supporter de cacher. Elle se prépare à tirer en enlevant la sécurité du pistolet.

« Alors, qui ais-je tuer de si important pour que vous vouliez la venger ?... Votre mari ? Votre père ? »

« Mon frère. »

Rétorque-t-elle.

« Oh... Je suis navré ! Posez donc cette arme et je ne serais pas obligé de vous tuer vous aussi, cela m'arrangerait beaucoup. »

« Pourquoi ? Parce que cela vous peine ou parce que ma mort représenterait un désagrément pour votre jolie petite fête ? »

« Vous savez que ces imbéciles ne m'intéressent pas, qu'ils soient satisfaits ou non de cette soirée n'est que le cadet de mes soucis. Vous tuez en est un bien plus grand. »

Elle hésite, touchée par ce que signifierait cette phrase. Pourtant, le bonheur que cet homme aurait pu lui apporté a disparut avec le retour de son attitude hautaine et froide. Il est redevenu le comte calculateur et manipulateur. Le chien de la Reine. Celui qui avait tué son frère.

« Baissez cette arme et nous pourrons reprendre l'agréable soirée là où nous l'avons laissée. »

« Comme toujours, vous mentez. Vous ne faites que cela : mentir pour mieux arriver à vos fins ! Cette fois vous ne vous en sortirez pas ! »

« Quelles fins pourrais-je avoir avec vous ? Vous n'êtes rien pour l'instant. Mais je sais que si vous aviez réellement voulu tirer, vous l'auriez fait depuis longtemps. »

Il se rapproche à pas lent en enlevant son masque.

Elle hésite et recule d'un pas. Elle tremble, il sait qu'il vient de toucher un point sensible. L'ego de cette femme, peut-être ? La honte de ne pas avoir touché l'homme qu'elle voulait comme elle le désirait ? Mais l'hésitation et la peine ne sont pas acceptables lorsque l'on a le projet d'assassiner un homme. Il rit de la naïveté de cette femme, mais l'admire aussi. Malheureusement, cette femme arrogante et sûre d'elle semble avoir disparus. La danseuse envoûtante, celle qui a réussi à le faire rêver s'est évaporée, tout comme l'homme charmé qu'il fut un temps n'est plus.

« Ce fut une soirée admirable mademoiselle. J'admire aussi le cran dont vous faites preuves, mais vous ne m'amusez plus à présent. »

« Je ne suis pas votre jouet. Vous avez été le mien. »

« Certes, et j'ai apprécié la manière dont vous m'avez fait perdre toute raison et prudence... Oui. C'est la première fois qu'une femme parvenait à me manipuler d'une telle manière. »

Sourit-il en s'avançant toujours plus alors que la jeune femme, elle, reste immobile. Elle garde son arme en main, mais à perdu tout assurance de tirer. Il arrive assez proche pour sentir le bout de l'arme contre sa poitrine. Il est assez proche pour qu'elle puisse voir le seau inscrit dans son œil découvert qu'elle admire avec surprise.

Lui, la regarde aussi, basculant son regard sur chaque traits qu'il redécouvre. Il voit son front, lisse, ses yeux fatigués et son nez. Malgré ce qu'il tente de penser, il distingue clairement dans le regard de cette Jane, la même détermination et fugacité que lorsqu'ils dansaient. Pourtant, elle aussi a décidé de devenir son ennemie...

Il lève doucement sa main jusqu'au visage de la jeune femme qu'il caresse doucement. Ce dilemme l'attriste.

« Mais vous n'êtes plus... là ? Avez-vous seulement été là une fois ?... Vous m'avez mentit, vous aussi ? »

« Je n'ai jamais dis que je vous aimais ni que je vous appréciais. »

Rétorque-t-elle d'une voix faible et mais assurée, écartant légèrement son visage avec dégoût de la main assassine du comte.

« Mais vos yeux... Vos yeux ? Vos yeux aussi me mentaient-ils ? »

S'indigne-t-il en se rapprochant encore, ses yeux perdus dans un monde inconnu.

« Posez cette arme, je vous en prie. J'oublierais cet incident et nous pourrons encore danser ! Redevenez cette femme-chat, faites-moi encore perdre la tête ! Jamais je ne suis parvenu à me perdre dans le regard d'un autre, je sais que vous êtes cet autre qui est le seul à me tenir face ! »

« C'est bien pour cela que je suis là, comte. Parce que je vous hais, et non ne vous aime. C'est parce que je vous déteste que vous m'aimez, et dès qu'une once d'amour émerge dans mon regard, vous redevenez cet odieux personnage que je ne contrôle plus. Alors je vous aime, et vous me méprisez. Ce n'est pas de l'amour, que je ressens pour vous. C'est du dégoût. »

Dit-elle froidement, empoignant mieux son arme, et pointant directement la tête du jeune homme avec assurance. Surpris, il recule d'un pas pour ne pas sentir le canon contre son front.

« Si vous en aviez été capable, vous auriez tirer depuis longtemps. Je sais, que vous ne pourrez pas le faire ! »

« J'ai hésité, c'est vrai. Mais plus vous m'aimez, plus je vous déteste ! Alors je n'ai qu'à rester indifférente pour que votre attitude me donne raison. Vos paroles m'agacent, votre comportement m'insupporte, vos manières me dégoûtent ! Je vous tuerais simplement pour vous donner tord ! »

« Vous essayez de vous convaincre ! Je vois clairement que vous n'avez pas assez de cran pour me tuer ! Si c'est votre frère que vous êtes venue venger, vous n'auriez pas pris la peine de vous rendre dans le petit salon. Vous n'auriez pas jouer du piano, ni danser avec moi ! Pourquoi auriez-vous pris tant de risque ? »

« Quelle satisfaction aurais-je trouvé à simplement vous tuer ? Mourir, est une chose bien trop facile. Non, mon but est de vous faire souffrir et ensuite, de vous tuer. Quelle plus grande honte auriez-vous pu ressentir que celle de vous faire tuer par la seule personne que vous puissiez aimer ? Je sais, que vous m'aimez. Vous n'essayez même pas de le nier ! Alors quoi de plus drôle que de mourir trahit ? »

À SUIVRE...


Hey ! Voilà pour la quatrième partie ! J'espère que vous avez aimez, et je tiens surtout à dire que ce chapitre a été particulièrement compliqué à doser, et j'y ai passé énormément de temps ! Je ne sais d'ailleurs pas si c'est bien ou pas, et je suis très anxieuse ! :3 Bon, pas mal de nouvelle information, j'espère que le climax à marcher. xD Les sentiments des deux personnages sont plutôt compliqués...

Dites-moi si cela vous plait ! :) Ou pas x)

FERNESS EMEY