Auteur : Nat, comme toujours.

Disclaimer : Je ne possède rien, à part l'idée. Et encore, je doute qu'elle soit bien brillante…

Spoiler : L'histoire se passe au cours de la guerre de Kharlan, donc forcément oui, il y a du spoiler.

Warning : J'aime les trucs maniaco-dépressifs ! =D Pas vous ? Sinon, shônen-ai et léger yaoi, homophobes s'abstenir. Présence possible d'OOC, donc contre-indication pour les maniaques des personnalités respectées. Ah, et désolée d'avance pour tous les fans de Yuan ! (dont je fais partie, d'ailleurs. Oui, je sais, une fois de plus ça ne se voit pas. ^.^')

Résumé : La lune est noire. Elle croît, elle devient pleine, elle décroît. Puis elle redevient noire. Comme un espoir qui naît, grandit, s'épanouit, et finit par mourir. Ainsi va la vie… Elle dure le temps d'une lune.

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Derniers croissants

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Les derniers croissants de lune s'accrochaient encore au ciel nocturne, ce soir-là. Ils étaient chaque soir plus minces, plus ternes, plus imparfaits, mais ils étaient là. Ils refusaient encore de laisser l'obscurité gagner la terre et les cœurs.

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Kratos était assis près du feu de camp. Il souriait, à l'ombre et aux flammes, d'un sourire lointain et rêveur qu'il ne se connaissait pas. Chaque soir, il lui semblait revivre cette nuit où Yuan et lui s'étaient unis, cette nuit où ils n'avaient fait qu'un et où son amant lui avait murmuré qu'il l'aimait. Cette nuit… Le jeune homme aux cheveux roux ferma les yeux, laissant ses souvenirs submerger son esprit, courir sur sa peau, enflammer son corps. Toutes ces images, toutes ces sensations qui brûlaient dans sa mémoire lui paraissaient parfois si réelles qu'il croyait presque sentir les doigts de son demi-Elfe le caresser, son souffle le chatouiller, son odeur l'enivrer. Mais lorsque, tremblant de tous ses membres et l'esprit troublé, il ouvrait les yeux pour voir le visage du guerrier Sylvaranti, l'Humain se trouvait seulement face à la danse du feu dans son âtre de pierres, uniquement entouré de l'ombre de la nuit. Alors il souriait. De son sourire lointain et rêveur, que Mithos qualifiait de mélancolique. Il souriait aux flammes qui l'éblouissaient et qui l'empêchaient de voir, de l'autre côté du brasier, Yuan rire et plaisanter avec Martel. Il souriait, et il s'enfermait dans ses souvenirs pour ne plus entendre le rire clair de son amie, pour ne plus sentir le froid qui l'engourdissait un peu plus chaque nuit. Pour oublier que Yuan mettait chaque soir un peu de temps pour le rejoindre. Pour ne plus se souvenir que des mots qu'il lui avait murmuré, cette nuit-là.

Mais malgré tous ses efforts pour l'ignorer, le rire de Martel continuait de résonner dans la plaine où ils avaient installé leur campement pour passer la nuit. Et ce rire si joyeux, si clair, si pur s'élevait dans le ciel, rebondissait contre les étoiles et retombait sur Kratos, l'écrasant de son honnêteté immaculée. Il se dressait tout autour de lui, remplissait l'air et l'étouffait. Et le jeune Humain, malgré toute la confiance qu'il avait en son Yuan, malgré ces trois petits mots murmurés une nuit d'amour, ne pouvait s'empêcher de se demander ce que signifiait ce rire. Comme il ne pouvait s'empêcher de se demander pourquoi Yuan marchait de plus en plus souvent à côté de Martel, ou pourquoi était-ce vers elle que son regard océan se tournait le plus souvent lors du repas du soir. Mais plus il se posait ces questions, plus le Tesseha'llan aux cheveux de feu redoutait d'en connaître les réponses. Soupirant suffisamment faiblement pour que ses deux amis ne l'entendent pas, le mercenaire ébouriffé leva les yeux vers la lune qui éclairait la nuit. Elle décroissait, il le savait. Bientôt, elle disparaîtrait entièrement, pour mieux briller lors de son prochain cycle… Kratos frissonna. Certaines choses s'en allaient pour mieux revenir par la suite, c'était vrai. Mais d'autres, plus nombreuses, tellement plus nombreuses, ne revenaient jamais…

Soudain, l'ancien soldat sursauta en sentant qu'on lui déposait quelque chose sur les épaules. Il tourna un peu la tête et aperçut Yuan, qui le fixait de son habituel air altier. Comme toujours, il venait de le recouvrir de sa couverture, et comme toujours, il allait s'asseoir près de lui et passer la nuit à ses côtés. Ce fut à cet instant que Kratos prit conscience du silence qui les entourait. Le rire de Martel s'était tu. Elle était allée se coucher et dormait. Et lui, il pouvait enfin respirer.

Le jeune homme à l'épaisse chevelure rousse n'opposa aucune résistance à son amant lorsque celui-ci l'attira contre lui. Il se laissa aller contre le torse désormais familier de son compagnon de route et souffla, dévoilant enfin la peur qui hantait son cœur :

« C'est moi que tu aimes, n'est-ce pas ? Ce n'est pas elle. Tu me l'as dit… »

Pas de réponse. Kratos attendit, anxieux. Que signifiait ce silence ? Comment devait-il l'interpréter ? Pourquoi Yuan ne répondait-il pas ? Tout à coup, le guerrier Tesseha'llan sentit dans ses cheveux la caresse de la main du demi-Elfe, et sur son cou celle de ses lèvres. Presque au même moment, sa voix grave s'éleva, douce et profonde comme un murmure, apaisant pour une nuit les craintes de l'épéiste.

« Tu es idiot, Kratos. »

L'Humain sourit, rassuré. Ce n'était pas elle. C'était encore lui. Yuan lui avait dit qu'il l'aimait, et il ne revenait pas sur cette parole. Kratos leva de nouveau les yeux vers la lune, et son sourire se ternit quelque peu. Oui. Yuan l'assurait que c'était lui qui comptait, pas elle. Mais demain, le métis aux cheveux turquoise marcherait encore à côté de Martel, il lui sourirait encore, il la regarderait encore, il fera encore résonner son rire. Et demain, il mettra encore un peu plus de temps pour rejoindre le jeune soldat Tesseha'llan de l'autre côté du feu…

Alors, pour ne plus voir les croissants de l'astre nocturne qui s'amincissaient nuit après nuit, Kratos ferma les yeux et s'enferma dans ses rêves, blotti contre un homme dont il espérait encore hanter les pensées et refusant de voir la nouvelle lune qui se profilait déjà dans le ciel couleur d'encre.

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Voilà. Ce qui aurait dû être le dernier chapitre va bientôt suivre. Oui, ce qui aurait dû. Parce que je n'ai pas pu résister à l'envie d'enfoncer encore un peu le clou, et je me suis amusée à écrire il y a peu deux séquelles que je posterais très prochainement, si jamais il y a encore quelqu'un qui voudra lire ma fic malgré les mauvais traitements infligés à Kratos et à la réputation de Yuan…

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