Chapitre 4 : L'oiseau fou

Le crépuscule approchait lorsqu'Alfaro sortit en compagnie du professeur Chen. De grandes ombres s'alignaient sur le sol, projetées par le soleil se couchant peu à peu derrière le laboratoire. L'aube vue depuis le toit devait être magnifique mais le brun n'y accordait aucune importance. Ce qui le préoccupait le plus depuis qu'ils étaient à l'extérieur était une forme obscure perchée sur un arbre de la cour.

-Sûrement un roucool rejoignant son nid, indiqua le chercheur qui avait suivi le regard du plus jeune. Le parc les attire parfois.

Alfaro craignait le contraire. Il était difficile d'en juger à cause de l'obscurité mais il croyait voir quelques plumes désordonnées sur la tête de l'oiseau.

-J'ai une idée. Et si tu essayais de le capturer ?

-Hein ?

-Oui, le capturer, répéta Chen, visiblement très enthousiaste. Après réflexion, je n'ai pas vu de nids de roucools dans les parages. Celui-ci doit donc venir de la route 1. Vas-y, sors ton bulbizarre.

Le brun obéit et fit sortir la créature dans un flash de lumière blanche. Billy prit le temps de s'habituer à la forte luminosité de cette fin d'après-midi avant de foncer vers l'arbre en grognant contre l'ennemi.

-Etrange...iI semble plus agressif que nécessaire.

-Je...je crois que je sais pourquoi, bégaya le jeune dresseur.

-Bulbi ! Zare, zare, bulbi !

Le ton du quadrupède laissait transparaître l'hostilité qu'il avait à l'égard du roucool. Ce dernier restait pourtant toujours immobile. N'en pouvant plus, Billy chargea de toutes ses forces l'arbre qui trembla.

-Non, pas comme ça, il risque de s'enfuir ! Utilises ça, vite !

L'homme en blouse blanche fouilla un instant dans ses poches, en sortit une pokéball et la mit dans les mains d'Alfaro qui resta pantois, ne sachant comment s'y prendre.

-Actionne-là et lance-là sur le roucool.

L'adolescent fit ce qui lui était dit. Il visa et toucha mais la ball, au lieu de faire tomber l'oiseau, l'aspira dans un rayon de lumière rouge et retomba au pied de l'arbre. Voyant Alfaro s'avancer, Chen le retint par l'épaule.

-Attends. Regarde ta pokéball.

Après une meilleure observation, le dresseur débutant se rendit compte que l'objet remuait dans l'herbe. Il n'était pas le seul à être intrigué : Billy s'était lui aussi approché de l'orbe métallique et l'observait, attentif.

-La capture n'est pas automatique, indiqua le dresseur vétéran. Les pokémons sauvages arrivent parfois à forcer le mécanisme et à ressortir.

-Reviens par là, Billy, ordonna immédiatement Alfaro.

Il craignait une contre-offensive de la part du roucool si la capture de celui-ci venait à échouer. Son caractère prudent et calculateur était en effet inutile devant une absence de réaction de la part de son adversaire. Il détestait attaquer le premier et se livrer à la stratégie des autres.

La ball s'immobilisa enfin après plusieurs secondes d'attente et Chen lâcha l'épaule d'Alfaro, l'autorisant ainsi à la ramasser. Billy fut cependant plus rapide à atteindre la sphère et la renifla avec curiosité. Maintenant que l'étranger était dans la boule rouge et blanche, cela signifiait-il que son maître l'avait prit comme compagnon ?

Le brun prit lentement la ball, craignant encore une mauvaise surprise. Elle ne semblait pas avoir changé, si ce n'était qu'elle semblait légèrement plus chaude au toucher. Il la porta au niveau de ses yeux et l'examina attentivement. Un nouveau protecteur, hein ?

-Bien joué ! Excellent travail pour une première capture, le félicita Chen en s'approchant. Puis-je l'examiner un moment ?

Alfaro laissa le roucool sortir. C'était bel et bien le même que plus tôt dans la journée, facilement identifiable grâce aux plumes désordonnées sur le sommet de sa tête. La créature resta un instant immobile avant de pencher la tête vers la droite.

-Rrou, dit-il d'un ton calme.

-Tu peux le prendre un instant ?

Alfaro obéit de nouveau, même s'il ne voyait pas où le vieil homme voulait en venir. Il se pencha pour prendre son nouveau pokémon mais alors qu'il tendait les bras, le roucool déploya ses ailes pour se poser sur sa tête. Il poussa une exclamation de surprise avant de déloger l'inconscient qui osait prendre son crâne pour un perchoir. Le chercheur se retint de rire.

-Ne t'inquiètes pas, les roucool ne sont pas très dangereux. Ce qui est étrange, c'est son manque de réaction...

-Je l'ai déjà croisé sur la route y'a pas longtemps, indiqua Alfaro.

Il raconta toute l'histoire tandis que le scientifique examinait le pokémon mais il passa sous silence son rêve et sa crise de panique, terminant son récit par une fausse fuite de sa part. Le plus vieux semblait satisfait de la manière dont il s'y était prit.

-Tu as bien fait : ce roucool a le crâne fracturé juste là, dit Chen en montrant l'endroit où les plumes étaient retournées. Un peu plus et il décédait.

Le résultat n'était en effet pas très beau à voir. La chair avait enflé et on pouvait distinguer un peu de sang mêlé à de la terre. Alfaro afficha un air contrarié : l'idée de s'occuper d'un pokémon blessé et probablement incapable de combattre ne l'enchantait guère.

-Je le relâche ?

-Quoi ? Surtout pas ! Ce serait l'envoyer à la mort ! Le mieux est de le laisser dans sa pokéball et de le faire soigner à Jadielle. A moins que tu ne préfères attendre la prochaine zone pour avoir ton deuxième compagnon ?

Le natif de Safrania avait oublié ce détail. Maintenant qu'il avait capturé un pokémon, plus aucune chance ne lui était autorisée sur la route 1. Il ne savait pas trop comment cela était possible mais connaître le lieu de rencontre d'un pokémon était une chose aisée pour ceux qui savaient comment faire et les amendes étaient lourdes en cas d'infraction à la loi. Il avait peu d'espoirs quand à la puissance du roucool mais il ne pouvait se résoudre à gâcher l'opportunité d'avoir un nouveau garde du corps.

-Je le garde, décida-t-il d'une voix légèrement ennuyée.

-Entendu. Dépêches-toi vite d'emmener...?

Alfaro ne comprit d'abord pas l'intonation interrogative de la phrase avant de se souvenir qu'il était censé donner un surnom au pokémon. Il croisa le regard un peu fou du roucool et toucha du bout des doigts ses plumes rendues poisseuses par sa blessure.

-Qu'est-ce que tu penses de Flavio ? lui demanda-t-il.

-Rrou, rouuuu...

-C'est un surnom original, remarqua Chen. Tu l'as inventé toi-même ?

-Non. Ce sont des prénoms qu'on utilise dans l'ancien pays de mes parents.

Le chercheur se gifla mentalement et craignit qu'une telle évocation n'assombrisse l'humeur du jeune dresseur mais ce dernier se contenta de poser Flavio au sol et de le faire rentrer dans sa pokéball.

-Je crois qu'il va falloir que j'y aille, dit-il d'un ton faussement détaché.

-Oui, bien sûr. La nuit ne va pas tarder à tomber. Pense à me donner de tes nouvelles une fois à Jadielle.

Alfaro hocha la tête sans un mot et ils se serrèrent la main. Le plus jeune descendit les marches sous le regard de son aîné et le professeur rentra dans sa demeure une fois la distance qui les séparait suffisante. Il jeta un coup d'œil à son bureau mais estima qu'il avait suffisamment travaillé pour aujourd'hui, la formation de deux dresseurs rivaux étant selon lui comparable à réussir à éteindre un feu de forêt déclenché par une horde de pokémons. Il partit donc se préparer une tasse de thé avant d'aller contempler le parc.

Les pokémons se faisaient de plus en plus rares chez lui aussi. La plupart n'étaient là que temporairement pour qu'il les étudie avant qu'ils ne repartent chez ses collègues scientifiques. Les vrais pensionnaires étaient peu nombreux et appartenaient quant à eux à quelques dresseurs en vadrouille partis de Bourg Palette. Nombreux étaient ceux qu'il n'avait plus revu, tombés au combat.

Il était cependant optimiste quand à l'avenir des deux jeunes pousses dont il était responsable. En tant que son petit-fils, William avait eu l'occasion de fréquenter des pokémons depuis son tout jeune âge et avait de solides connaissances. Alfaro, lui, avait l'avantage d'être prudent et réfléchi malgré la première impression qu'il donnait et le combat de ce matin avait démontré qu'il apprenait vite.

Prévoir l'issue de leur voyage était bien sûr impossible. Malgré leurs qualités, nul ne pouvait affirmer avec certitude qu'ils atteindraient leurs buts respectifs. Comme l'avaient prédit de nombreux opposants à la loi nuzlocke neuf ans auparavant, les abandons de voyage s'étaient multipliés et le niveau général avait baissé en conséquence. Bien entendu, la quête des huit badges restaient remportée par quelques-uns, mais il s'agissait presque exclusivement d'enfants issus de bonnes familles, d'industriels renommés, d'anciens dresseurs ayant eux-même remportés le tant convoité lauréat...Bref, de gens possédant les moyens, les connaissances, et se les transmettant de génération en génération. Les nouveaux enseignements n'étaient qu'une vaste blague destinés à entretenir l'illusion que chacun pouvait réussir.

Lui-même, en un sens, participait à cette mascarade. Avaler des abos pour pouvoir continuer ses recherches ne l'enchantait guère, mais le petit écart qu'il s'était permis en envoyant Alfaro sur les routes le rassura sur sa position. Lutter de l'intérieur, comme il le pouvait, puis montrer les résultats de ses petites illégalités au moment de quitter ses fonctions était une chose qu'il attendait avec hâte. Peut-être même pourrait-il dévoiler les coulisses du système.

Encore fallait-il que la fin de l'histoire lui donne raison. Les visages défaits de ceux qui avaient vus mourir devant eux leurs compagnons de route revint en mémoire du vieil homme. Il s'imagina brièvement et malgré lui ceux de William et d'Alfaro s'ils venaient à échouer. Un violent pincement au cœur le prit et il se força à penser à autre chose.

-Non, pas eux...murmura-t-il pour se convaincre.

Il respira profondément pour empêcher ses mains de trembler une nouvelle fois et observa le pâturage qui s'étendait sous ses yeux : l'herbe commençait à se faire haute et l'enclos avait besoin d'un bon coup de peinture.

Il était grand temps de nettoyer le parc : Chen était convaincu qu'il accueillerait très bientôt de nouveaux pokémons.

Jadielle, encore. La traversée de la route 1 qu'il commençait à connaître comme sa poche n'avait pas posé de problèmes à Alfaro. Il avait suivi les conseils du chercheur et s'était abstenu de faire sortir Flavio de sa pokéball. C'était donc Billy qui s'était occupé de chasser les quelques pokémons sauvages se présentant à eux.

Une fois les lumières de la ville en vue, Alfaro fit rentrer le quadrupède dans sa pokéball. La nuit était tombée quand ils arrivèrent au centre pokémon. L'activité était bien moins dense que plus tôt et seule une infirmière de garde était présente, lisant un quelconque magazine derrière son comptoir. C'était la même que ce matin, ce qui facilita beaucoup les choses pour le jeune dresseur.

-Bonsoir.

-Bonsoir, bienvenue au centre...oh, c'est vous ? demanda-t-elle en le reconnaissant.

-Serait-il possible de faire examiner mon roucool, s'il vous plaît ? Je crois qu'il a quelque chose à la tête.

Une fois la pokéball posée sur le comptoir, la femme s'en saisit et la plaça dans un appareil de forme cubique qu'elle ferma aussitôt. Elle pianota sur son clavier, griffonna quelque chose sur une feuille et sortit l'appareil de capture qu'elle posa sur une table roulante. Elle pressa ensuite un interrupteur et une créature rose ressemblant à un ballon géant assorti d'un tablier et d'une coiffe d'infirmière sortit des portes menant aux salles d'opérations.

-Levei leveinard ?

-Fracture du crâne, pas de dommages internes apparents. A traiter le plus vite possible.

-Veinard !

Le ballon de baudruche sur pattes repartit vers son point de départ en poussant la petite table et la pokéball de Flavio devant lui. L'infirmière s'adressa de nouveau à Alfaro.

-En effet, votre roucool a été sévèrement touché . Faites plus attention la prochaine fois, dit-elle d'une voix qui se voulait sévère.

-Il était déjà comme ça quand je l'ai capturé, se défendit le jeune homme. Je ne l'ai même pas encore fait combattre.

-Oh, vraiment ? Dans ce cas, c'est très généreux de votre part de l'avoir accepté dans votre équipe. Je suis sûre qu'il fera tout pour vous en remercier.

-Moi aussi, conclut-il un peu trop sèchement. Il vous reste des chambres ?

-Oui, bien sûr. Cela vous fera 2000 pokédollars.

Alfaro grimaça légèrement quand il entendit la somme à débourser. Son porte-monnai n'était pas épais et il sentait que tout son budget allait passer en nourriture et en objets pour dresseurs. Le combat contre William amoindrissait à peine sa nuit au centre. Il n'avait cependant pas le choix : Flavio avait besoin de rester et il tenait à avoir de ses nouvelles au plus vite.

-Vous savez où je pourrais trouver des pokémons dans le coin ? demanda-t-il, prévoyant l'inutilité du roucool.

-Vous avez la route 22 à l'ouest de la ville. Les pokémons n'y sont pas très puissants mais je vous déconseille fortement d'aller au-delà des falaises ou d'accepter un combat contre un dresseur. Beaucoup se sont rassemblés et leurs pokémons sont dotés d'une puissance qui dépasse de très loin les votre. Autre chose ?

-Ça ira. Merci pour l'info.

-Passez une agréable nuit, lui souhaita l'infirmière avec un sourire avant de retourner derrière son magazine.

Une fois la clé en sa possession, Alfaro monta les marches menant aux dortoirs et arriva dans un couloir bien éclairé. Malgré l'heure tardive, il croisa quelques dresseurs qui se dirigeaient vers les douches ou qui se rendaient visite pour une raison ou pour une autre. Il n'y fit cependant pas attention et se préoccupait plus d'une bonne nuit de sommeil que d'un décrassage qu'il planifia au lendemain matin.

Il arriva finalement devant la chambre qui lui était attribuée et y entra. La pièce comportait pour seul mobilier un lit simple et un lavabo avec un miroir incrusté au-dessus. Le jeune dresseur fut beaucoup plus attiré par le premier meuble et s'y laissa tomber à plat ventre après avoir fait glisser les lanières de son sac à dos. Il enleva négligemment ses chaussures à l'aide de ses pieds et les abandonna avec un bruit mat dans un coin de la pièce. Il s'endormit la minute d'après.

Le lendemain matin, Alfaro fût tiré de son sommeil de bonne heure par une odeur de viennoiseries. Son estomac, qui n'avait rien avalé depuis hier midi, réclama son dû et il songea à Billy qui devait lui aussi être affamé. Après une rapide douche, il suivit les quelques dresseurs encore ensommeillés et arriva dans un grand réfectoire où étaient déjà attablés de jeunes gens plus âgés que lui. Il remarqua que beaucoup d'entre eux mangeaient avec leurs pokémons et décida de faire sortir son bulbizarre.

-Bulbizaaarre, le salua-t-il une fois à l'air libre.

-Yo. On mange vite fait et on continue la route. Ça te va ?

-Zare !

A peine se furent-ils assis qu'un nouveau ballon de baudruche rose sur pattes se présenta à eux. Il portait un tablier un peu différent de celui d'hier et la coiffe était remplacée par une petite casquette blanche.

-Levei leveinard ! Leveinard ? couina-t-il.

-Euh...

Alfaro ne savait pas comment réagir. Au vu de l'accoutrement du pokémon, il se doutait qu'il devait être un serveur. A ce titre, il devait lui demandait ce qu'il désirait consommer. Il n'en était cependant pas certain car il n'avait jamais vu de pokémon exercer un métier réservé aux humains ou sans surveillance de l'un d'eux. Il se tourna vers Billy en désespoir de cause.

-Tu as compris ce qu'il a dit ?

-Zare ! Bulbi bulbi zare. Zare bulbi bulb.

-T'es sûr ? Eh bien...un café et des tartines de beurre, dit-il au pokémon rose.

-Veinard ! Levei leveinard ? demanda la créature à Billy.

-Zare.

-N'exagère pas sur la nourriture, je tiens à mon portefeuille.

-Zare, zare...

Une fois les commandes notées, le poké-serveur s'éloigna vers une autre table et Alfaro en profita pour le scanner discrètement à l'aide de son pokédex. Cela lui paraissait étrange mais il éprouvait comme un sentiment de voyeurisme à analyser ainsi quelqu'un qui se comportait exactement comme un être humain.

L'appareil enregistra le ballon de baudruche rose comme étant un leveinard. De nouvelles informations apparurent à l'écran quelques secondes plus tard.

-"Leveinard, pokémon très sociable et amical connu pour sa générosité envers les blessés. Malgré leur rareté à l'état sauvage, ils sont trouvables dans tous les centres pokémon où ils officient principalement comme infirmiers". Balèze, commenta Alfaro.

-Leveinard !

Le jeune garçon sursauta en entendant la voix du-dit employé. Ce dernier portait un plateau garni d'une assiette de toasts, d'une tasse fumante et d'une gamelle de croquettes aux herbes. Le compliment qu'avait lâché le dresseur semblait lui avoir fait plaisir.

-Leveileveinard !

-Oh euh...c'est rien. Merci beaucoup.

Le leveinard repartit à ses tâches une fois le plateau posé et laissa Alfaro et Billy savourer leur nourriture. Alors que l'adepte des plantes mangeait sans se soucier d'autre chose, Alfaro buvait son café - pas assez fort selon son goût- en réfléchissant sur l'échange qu'il venait d'avoir. Il avait dû passer par l'intermédiaire de Billy pour comprendre ce que le serveur voulait lui dire mais les deux étaient des pokémons. La compréhension humain-pokémon dépendait-elle donc de l'entière capacité du dresseur ou bien cela venait-il d'autre chose ? Ayant oublié de lui poser la question la veille, il se promit une nouvelle fois de demander au professeur Chen. Il balaya la salle du regard pour se changer les idées.

Comme l'infirmière l'avait dit la veille, on rencontrait de tout dans les environs. Certains dresseurs n'avaient que deux petits pokémons et d'autres déjeunaient en compagnie de véritables mastodontes. Tous les scanner lui prendrait un temps fou et il doutait qu'ils soient d'accord, aussi s'autorisa-t-il à remettre cette tâche à plus tard.

Une fois leur déjeuner avalé, Alfaro se souvint que son deuxième pokémon attendait quelque part dans le centre. Il sortit donc de la partie vie commune du bâtiment après avoir fait rentrer Billy dans sa pokéball, repassa prendre ses affaires dans la chambre et descendit les escaliers. La vie avait repris à l'intérieur et quelques dresseurs faisaient déjà la queue pour soigner leurs pokémons. Ce fût une infirmière différente qui l'accueillit cette fois-ci.

-Bonjour. Que puis-je faire pour vous ?

-Bonjour. Je viens reprendre mon roucool.

-Alfaro Straeno, c'est bien ça ? demanda-t-elle en consultant ses archives. Un instant s'il vous plaît.

L'infirmière pris un téléphone et s'entretint brièvement avec la personne à l'autre bout du fil.

-Sa blessure est guérie, il arrive tout de suite.

En effet, un leveinard arriva immédiatement après ces paroles et présenta la pokéball à l'humaine qui la tendit au dresseur.

-Et voilà votre roucool. Nous lui avons fait quelques points de suture et une nuit en observation a suffit pour guérir le reste. Nous avons cependant détecté une lenteur dans ses réactions, sûrement due au choc qu'il a reçu.

-Il pourra combattre ? demanda directement Alfaro.

-Oui, son état n'est pas définitif. Il nous est cependant impossible de savoir quand il retrouvera ses réflexes. Je vous conseille d'aller l'entraîner dans la forêt de Jade, au nord de la ville. On y trouve beaucoup de pokémons insectes, ce qui ravivera sûrement ses instinct d'oiseau.

-Ok, merci beaucoup.

-Passez une bonne journée.

Récupérer le piaf effrayant, c'était fait. Il ne lui restait maintenant plus qu'à appeler le professeur Chen avant de repartir sur la route. Alfaro se dirigea vers le fond du centre en direction des visiophones. Il inséra sa carte, composa le numéro du laboratoire et attendit. L'écran s'alluma un instant plus tard.

-Bonjour Alfaro, dit Chen une fois visible. Alors, bien arrivé à Jadielle ?

-Oui, je n'ai pas eu de problèmes pour arriver.

-Et tes pokémons, comment se portent-ils ?

-Ils vont tous très bien. Flavio est rétabli, il faudra juste faire attention un moment.

-Excellent. J'imagine que tu as bientôt l'intention de combattre le champion de la ville ?

Alfaro retint un soupir. Le vieil homme tenait toujours à ce qu'il fasse des détours inutiles.

-Il est pour le moment absent. J'ai l'intention de traverser la forêt de Jade aujourd'hui pour me rendre à Argenta.

-Bizarre...Tu es sûr que le champion n'est pas en ville ? demanda Chen, soucieux.

-Une infirmière me l'a dit. Il parait que ça cause pas mal de pagaille à cause d'affrontements entre dresseurs venus l'affronter. C'est si inquiétant que ça ?

-Bien plus que tu ne le crois. La route 22 n'est pas très effrayante, mais la différence avec ce qui se trouve au-delà est énorme. J'ai traversé les falaises quand j'étais plus jeune et je t'interdit formellement d'en faire de même sans mon autorisation ! Depuis quelques années, les pokémons sauvages qui s'y trouvent descendent parfois et c'est au champion de Jadielle de les chasser, peut-être même s'y trouve-t-il alors que nous parlons. Tu as bien compris ?

Alfaro acquiesça. Il n'avait jusque-là aucune idée du danger qu'il encourait s'il se rendait trop loin à l'ouest et se promit de redoubler d'attention.

-C'est entendu, professeur.

-Très bien. Je vais te laisser, en ce cas.

-Attendez ! J'aurais une question à vous poser.

-Je t'écoute, mon garçon.

-Voilà, depuis que j'ai commencé mon voyage avec Billy, je sens que je peux...discuter avec lui bien qu'il ne parle pas comme nous. J'ai essayé ce matin avec un leveinard du centre mais je n'ai pas réussi à le comprendre. Vous savez pourquoi ?

Alfaro put sentir l'aura de curiosité mêlé de sérieux et de concentration qui émanait du professeur Chen malgré la distance qui les séparait. Il n'y avait qu'à voir le léger froncement de sourcils qu'il affichait lorsque ses compétences de scientifique étaient à l'œuvre. Après un instant de réflexion, il répondit finalement :

-C'est quelque chose que nous avons encore du mal à comprendre et tout le monde n'est pas d'accord sur cette question. Il y a de très nombreuses théories et je peux me tromper, mais je vais t'exposer celle qui me paraît la meilleure en quelques mots. Comme tu t'en doutes, les pokémon sont bien plus proches de la nature que nous. Cependant, cela ne signifie pas qu'ils sont dépourvus de capacités cognitives exceptionnelles. Je pense qu'ils ont su garder une méthode de communication basique que nous autres humains avons oubliés. Ainsi, quand un dresseur fréquente des pokémons, il retrouve peu à peu cet état et s'ouvre instinctivement à ses compagnons.

-Comme une sorte de lien psychique ? demanda le brun.

-On ne sait pas trop mais ce n'est pas impossible. Il existe de par le monde des pokémons qui peuvent communiquer directement avec les humains en parlant notre langue. On ne sait cependant pas si tous les autres présentent en eux la même faculté amoindrie ou bien si c'est le dresseur qui s'occupe de faire le lien. De plus, tous les êtres humains ne sont pas capables de comprendre les pokémons. Il existe encore bien des mystères à percer dans ce monde...

Un silence s'installa, entrecoupé seulement par les bruits de pas venant du centre pokémon, avant que le professeur ne se remette à parler.

-Mais tu n'as pas à t'en préoccuper pour le moment, dit-il avec un grand sourire. Laisse les choses aller naturellement comme elles viennent sans t'en soucier. Je suis convaincu que passer du temps avec tes compagnons te permettra très vite de créer des liens avec eux.

"Créer des liens" ? A moins que cela ne serve à mieux les utiliser, Alfaro ne voyait pas la peine d'en tisser avec ses pokémons. Il décida cependant de faire comme si de rien n'était pour ne pas s'attirer les foudres de son interlocuteur.

-Ouais, je vais faire comme ça. Au revoir.

-Bonne journée à toi, mon garçon.

Alfaro raccrocha et partit du centre, direction la boutique. Il n'avait pas oublié de se fournir en objets et en nourriture pour pokémons et prit soin de choisir ce qui était le moins cher pour son voyage. Peu lui importait la qualité : il pourrait très bientôt s'acheter de bien meilleurs objets pourvu que ses compétences ne l'abandonnent pas au combat.

Ses courses ne durèrent pas longtemps pour deux raisons : la première était qu'il tenait à parcourir le plus de distance possible, la deuxième était qu'il ne pouvait pas supporter que le vendeur l'observe de derrière son comptoir dans l'espoir de le prendre la main dans le sac. Malheureusement pour ce dernier, Alfaro paya sans causer de soucis en le gratifiant d'un petit sourire moqueur.

"C'est pas aujourd'hui que tu me prendras, mon vieux", pensa-t-il au moment de tendre les billets.

L'employé soutint l'arrogance du jeune homme sans un mot. Ce dernier décida de mettre fin au jeu et partit, son sac pesant un peu plus lourd qu'auparavant. Il s'était muni de quelques pokéballs, potions et antidotes juste au cas où. Il n'était pas sûr de pouvoir trouver de quoi soigner ses pokémons dans la forêt et avait donc tout prévu pour palier au moindre incident. Le brun ne se dirigea cependant pas tout de suite vers Argenta et partit à l'ouest comme le lui avait indiqué l'infirmière. Il tenait absolument à réunir une équipe de six pokémons le plus rapidement possible.