La suitheu ~

Alors avant de commencer la lecture, j'aimerai indiquer quelques indications supplémentaires au sujet de la ville où se déroule cette histoire : elle se situe dans l'hémisphère sud (dans un endroit chaud car j'ai commencé à écrire cette histoire durant la vague de grand froid, les français doivent savoir de quoi je parle, et j'avais vraiment besoin de chaleur) et pour l'histoire et la composition de la ville j'ai fait un gros mix entre l'histoire de l'Australie, de l'île de la Réunion et de la république de Venise (oui c'est un peu tordu dit comme cela je l'admet) .

Autre avertissement : dans ce chapitre il se passe…pratiquement rien =D la suite sera plus mouvementée ^^


Chapitre 2

Des rencontres au coin des rues

Lily poussa un profond soupir en regardant par la fenêtre. Le soleil éclatant, haut dans le ciel, promettait un après-midi radieux. Mais oh grand malheur, la jeune fille était obligée de rester cloitrée dans sa chambre pour réviser cette horrible matière qu'était l'histoire-géographie. A contrecœur, elle ouvrit un cahier dont la fine écriture indiquait qu'il lui appartenait. La leçon à étudier était une analyse de la ville, sa ville, qui était un parfait exemple de la mondialisation :

Créé au temps des Grandes Découvertes sur une bande de terre déserte, jusqu'à lors, de toute présence humaine, la ville de Mondo (Monde en espéranto) était un bagne. Sa particularité résultait dans le fait qu'elle se trouvait être, à une certaine époque, l'une des plus grandes, ainsi que dans les bagnards qu'elle accueillait, tous d'origines différentes. Ces derniers se révoltèrent en 1814 et proclamèrent l'indépendance de la cité. En 1888, elle prit le nom de Mondo, en hommage à Ludwik Lejzer Zamenhof, le créateur de l'espéranto (langue usitée dans la ville au même titre que l'anglais, le français et le chinois pour faciliter les échanges). Durant le 2ème Guerre Mondiale, elle fut un champ de bataille où s'opposèrent membres de l'axe et alliés.

Sa situation géographique a fait d'elle un pôle important du commerce au niveau mondial, ses principales ressources étant le secteur tertiaire et la pèche intensive.

La ville indépendante Mondo est aussi connue sous le nom « la ville des diables », faisant référence à la terrible période de guérilla urbaine où s'affrontèrent plusieurs organisations illégales.

Lily fit une petite moue. C'était vrai que la ville avait trainé une sale réputation pendant un certain temps, mais elle était aussi reconnue pour bien d'autres choses. Ces bâtiments par exemple : chaque quartier semblait posséder sa propre architecture inspirée du style des pays dont étaient originaires ses différents constructeurs. Ce mélange surprenant des genres donnait à la ville un charme étrange et surréaliste qui lui valait le privilège de figurer dans le classement des plus belles villes du monde. D'ailleurs, d'après un célèbre écrivain, Mondo était « le monde à l'échelle d'une ville ». C'était cette dernière expression qui selon la jeune fille collait le mieux à cette ville qu'elle aimait tant. Et c'était parce qu'elle l'aimait qu'elle s'inquiétait des agissements louches, de tout ce qui, en ce moment, se tramait dans l'ombre. Son frère qu'elle affectionnait beaucoup, mais qui était trop protecteur à son gout, ne lui disait jamais rien et elle avait toujours dû se contenter des rares informations que Justine et Johan lui donnait pour être un minimum au courant. Victoria était d'ailleurs dans la même situation, Francis égalant certainement Vash dans le protectionnisme intensif. Le fait de vivre dans un milieu que l'on pouvait qualifier de « risqué » n'arrangeait pas la chose.

Soudain, la sonnerie de son téléphone portable la tira de sa réflexion. C'était Victoria. Lily referma d'un coup sec son cahier et prit l'appel, abandonnant avec plaisir ses études du jour.

OoO

Matthew poussa lui aussi un profond soupir au même moment. En revanche pas pour la même raison. Car, en ce samedi, toute la ville semblait avoir décidé de faire leurs courses à la même heure, dans ce temple de la surconsommation qu'était l'hypermarché. Et lui venait de le comprendre à son grand déplaisir. Non pas qu'il pensait être agoraphobe (il ne s'était jamais posé la question), mais le fait de se retrouver dans un milieu clos, encerclé de toute part par une masse mouvante d'êtres humains lui était franchement désagréable. C'était surtout dû à l'étrange capacité qu'avait Matthew à se rendre invisible aux yeux des autres. Il était vrai que le jeune homme n'était pas expansif et n'avait jamais eu le désir de se faire remarquer, mais le fait que les personnes qui l'entouraient semblaient constamment oublier son existence pouvait se révéler agaçant, vexant, déplaisant mais surtout blessant. La seule personne n'ayant pas ignoré son existence était Alfred et la sorte de relation qu'il entretenait avec ce dernier lui apparaissait comme franchement malsaine et, en raison de sa complexité, il n'avait aucun moyen de s'en sortir. C'est ainsi, en serrant contre lui son panier qui contenait les courses de la semaine et en évitant de se faire bousculer par ses compatriotes -lesquels ne semblaient guère le remarquer- que Matthew essayait tant bien que mal d'atteindre les produits désirés. Alors qu'il tentait d'en attraper un haut placé, le jeune homme fut brutalement bousculé, sans doute par un individu peu scrupuleux du bonheur des autres. Mais, au lieu de tomber par terre, le peu de place fit qu'il bouscula lui-même une personne, qui ne put retenir une plainte, signe que Matthew lui avait lourdement écrasé le pied.

« Par…pardon », bredouilla le jeune homme en s'écartant de la personne tête baissé.

« Kesesese, ce n'est pas grave, la génialissime personne que je suis sait se faire magnanime. »

Devant tant d'arrogance, Matthew releva la tête et découvrit alors un homme assez singulier. Un albinos, cela ne pouvait être qu'un albinos avec sa peau et ses cheveux d'un blanc laiteux, presque opalescent. D'ailleurs, le fait qu'il portait des vêtements longs quoique légers, vu la chaleur, ainsi qu'une casquette confirmait cette thèse. Mais, le plus déconcertant était certainement ses yeux rouges qui semblaient vouloir absorber le monde entier.

« Et puis être bousculé par quelqu'un d'aussi adorable ne me dérange pas du tout ~ », reprit le jeune homme avec un sourire enjôleur.

En entendant cette phrase, Matthew n'eut qu'une envie, trouver un trou pour s'y cacher et ne plus être sous les feux du regard de l'albinos.

« Mais j'ai oublié de me présenter, continua-t-il en tendant la main, moi c'est Gilbert.

- Matthew », souffla le jeune homme en serrant la main de son vis-à-vis.

Le sourire de Gilbert s'élargit, ce Matthew lui paraissait si mignon avec ses joues cramoisies et son regard un peu perdu. On aurait dit un petit oiseau tombé du nid. Tout ce qu'il aimait. Son sourire se fit encore plus charmeur. Il n'allait pas rater cette occasion.

« Et bien Matthew, pour te faire pardonner de cette…bousculade~…tu es dans l'obligation d'accepter mon offre de rencard. »

Le tact et la patience ne faisaient pas partie des qualités de Gilbert. Impulsif et rentre-dedans étaient des qualifications plus appropriées, qui lui convenaient mieux. C'est pourquoi, quand il désirait quelque chose, il n'allait jamais par quatre chemins ce type lui plaisait bien, il n'avait qu'à tenter sa chance, un point c'est tout.

Cette demande finit de déstabiliser le pauvre Matthew qui ne savait plus du tout où se mettre. Pourtant, il surprit Gilbert quand, après un moment d'hésitation, il lui fit un petit sourire timide et murmura doucement :

« Pourquoi pas. »

Le sourire de Gilbert s'agrandit.

Il lui plaisait de plus en plus ce garçon.

OoO

En revanche le frère cadet de Gilbert, lui, ne souriait pas du tout, et se maudissait de ne pas avoir prit sa voiture de fonction pour faire le trajet de l'entreprise jusqu'aux docks. Mais, comme le voulait Vash, directeur des finances de l'entreprise, il y avait eu des coupures de budget, obligeant ainsi le PDG à se mêler à la foule des badauds, dense durant ce week-end, pour rejoindre le port. La foule combinée à la chaleur de l'après-midi n'arrangeait en rien l'humeur de l'allemand qui, serré dans son costume trois-pièces, n'avait qu'un envie : arriver à destination. Alors qu'il attendait « patiemment » qu'un feu tricolore veuille bien passer au rouge pour qu'il puisse passer, une personne surgit sans crier gare à sa gauche pour s'élancer sur le passage clouté. Au moment où un quatre-tonnes arrivait à vive allure. Si Ludwig n'avait pas eu le reflexe d'attraper l'inconscient par le col et de le ramener brusquement en arrière, ce dernier serait passé sous les roues du véhicule et par la même occasion l'arme à gauche. Mais comme Ludwig avait mis toute sa force dans son geste, l'individu se contenta de tomber lourdement à ses pieds.

« Veee… » marmonna-t-il en ce massant le cuir chevelu, ébouriffant au passage quelques mèches châtain clair dotées d'une drôle de boucle. Le jeune homme leva ensuite ses yeux bruns, remplis d'innocence et de naïveté en direction de son sauveur, avant de demander : « Mais pourquoi t'as fait çààà ? »

L'inconscience qui se lisait sur son visage ainsi que le manque de considération éprouvé à l'égard de celui qui l'avait sauvé fit sortir Ludwig de son gond, ce dernier le remit sur ses pieds de force en le tirant fortement par le bras, récoltant un simple couinement, puis se mit à hurler tout en le secouant :

- MAIS VOUS ETES COMPLETEMENT IRRESPONSABLE ! VOUS VOUS RENDEZ COMPTE QUE VOUS AVEZ FAILLI VOUS FAIRE TUER !

Féliciano Vargas n'aimait pas la violence, ce qui était paradoxal au vu de son « métier » et de la vie qu'il menait, mais c'était là un fait. Il était même un fichu trouillard, et il lui arrivait même d'avoir peur de sa propre ombre parfois. D'ailleurs, s'il savait utiliser une arme à feu, il ne tirait quand ultime recours, préférant de loin la discussion ou la fuite. Alors qu'un parfait inconnu, plus qu'effrayant avec son air austère et sa forte voix de surcroit, lui criât dessus de cette façon, s'en était trop.

« M-Mais…j-je n'ai pas fait exprès… » pleurnicha le jeune italien.

Soudain, le feu passa au rouge et Féliciano en profita pour se dégager de la poigne de son sauveur/agresseur (?) et partit en courant, les larmes aux yeux, ce qui déstabilisa beaucoup ce dernier.

« Quel étrange garçon » ne put s'empêcher de penser Ludwig.

En s'enfuyant à vive allure, Féliciano croisa sans le savoir Kiku qui regardait du coin de l'œil l'italien sortir de son champ de vision en se demandant bien qu'est-ce-qui diable pouvait le faire ainsi courir. Mais cela ne le concernant aucunement, il chassa rapidement cette anecdote de sa tête. Le japonais sortit de l'artère principale et s'engagea dans une des petites rues piétonnes de la vieille ville, dans une de ces ruelles où l'on n'entendait plus un bruit intense et où le nombre de passant diminuait considérablement. Il arriva rapidement devant une petite animalerie où il entra.

« Bonjour Kiku… » le salua un jeune homme à l'air vaguement endormi entouré de chats qu'il s'employait à caresser. Visiblement, Maria est déjà partie prendre son fils à la garderie.

« Bonjour Héraclès, répondit le japonais en s'asseyant à côté de lui, commençant à gratter l'arrière de l'oreille d'un chat qui venait le voir.

L'autre jeune homme contemplait silencieusement le jeune asiatique, un petit sourire aux lèvres, tandis que Kiku fixait le chat qui avait pris place sur ses genoux, les joues en feu. Il se demandait comment il en était arrivé à garder une animalerie avec un…beau grec alors que la propriétaire était occupée à sa vie privée. Le hasard. Le hasard et les relations avaient noué cette rencontre inattendue mais néanmoins plaisante.

OoO

A quelques mètres sous leurs pieds, dans le métro de Mondo, le moment n'était pas particulièrement plaisant pour Francis. Bien que la climatisation marchait à plein régime dans ces souterrains, le fait qu'ils soient remplis de monde faisait sensiblement monter la chaleur. Au milieu de tout ça, le français attendait, avec une patience qui s'effilochait rapidement, la prochaine trame, en tenant dans sa main une boisson désaltérante qu'il venait d'acheter au distributeur. Et maudit encore une fois, la mafia Russe n'ayant toujours pas pointé son nez, malgré un communiqué envoyé à toutes les mafias qui indiquait le jour et l'heure où serait enterré le général Winter (les flics ayant jugés que l'on ne pouvait plus rien trouvé de probant sur le corps). Son patron l'avait envoyé, lui et Féliciano faire le tour de leurs informateurs et dieu savait que c'était difficile de choper ses bestioles, alors qu'il aurait pu se trouver en ce moment au frais et tranquille chez lui, un verre de vin à la main et un bon bouquin dans l'autre. Francis regarda d'un air mauvais sa bouteille de limonade comme si elle était responsable de tous ses malheurs. Brusquement, un mouvement de foule le poussa et il bouscula accidentellement quelqu'un. La bouteille qui n'était pas fermée se déversa de plus de la moitié de son contenu sur l'individu qui émit un glapissement.

« Vous ne pouvez pas faire attention ! » cria l'homme, blond aux yeux verts et aux sourcils plus qu'épais.

« Désolé », marmonna Francis en rebouchant la bouteille.

« Et c'est du soda en plus ! continua l'autre d'une voix de plus en plus aigue et forte tout en brandissant sa veste tachée. Ca va avoir du mal à partir à la lessive ! Stupid man !

- J'ai dit que j'étais désolé ! coupa violement Francis, qui commençait vraiment à en avoir assez de cette situation.

- M'EN FOUS ! »

Vu que le ton montait rapidement entre les deux hommes, les autres personnes présentes s'écartèrent vivement pour éviter d'être pris dans la bagarre si rixe il y avait. Tout les deux continuaient à se fixer d'une manière dangereuse, ressortant clairement d'une journée pourrie qui avait du mettre leurs nerfs à vif. La tension retomba d'un coût quand la rame arriva dans la station. Soudain, Arthur Kirkland franchit en quelques pas la distance qui le séparait de Francis, lequel nota que même si l'homme avait un putain de sale caractère il possédait les plus beaux yeux que le français avait jamais vus, et lui cracha :

« Ce sera à toi de payer le pressing wanker !

- Peuh ! Comme si j'avais envie de te recroiser un jour, » répliqua Francis avec un petit sourire ironique.

Les lèvres d'Arthur se tordirent en un rictus et il s'engouffra dans la rame, suivi de près par le français, ce dernier prenant soin de se placer le plus loin possible de ce séduisant mais odieux personnage.

OoO

Dans une autre partie de la ville, un couple se trouvait dans une chambre dont les fins rideaux filtraient la lumière de fin de journée. Des vêtements jetés çà et là témoignaient de l'activité qui avait eu lieu durant toute la journée et une bonne partie de la nuit précédente. Assis au fond du lit, un homme de constitution robuste, aux yeux violets et cheveux blonds pâle contemplait le vide. Derrière lui, assit sur le lit, se trouvait un jeune asiatique, paraissant très fragile en comparaison de son compagnon, en train d'enlacer son compagnon dans une étreinte réconfortante. Wang Yao était triste pour son amant. Il savait par expérience que la perte d'un être cher était douloureuse. Mais il était aussi inquiet car Ivan était capable de choses inconsidérées en cette situation. Alors qu'il posait des baisers papillons sur le dos de son bien-aimé, il murmura doucement :

« Tu sais, toi aussi, tu as le droit de pleurer. »

Il resserra son étreinte quand il sentit le corps immense de son ami secoué de sanglot silencieux.