23 juin

Helen m'a dit qu'il y avait des invités au manoir, et que je serais heureux de les voir. Je pense qu'elle commence à réellement s'inquiéter pour moi, même si elle ne m'en parle pas explicitement. Ses yeux limpides m'ouvrent toutes les portes de son âme, elle ne peut rien me cacher.

Nous nous voyons moins ces temps-ci, mon état ne s'améliore pas et la voir me plonge dans un malaise profond. Mon cœur s'emporte, comme toujours à sa vue, mais la flamme ne se taris plus. Au contraire, et cela me fait peur. Je ne veux pas qu'elle lui fasse du mal. Je ne veux pas qu'elle pense ainsi de mon âme sœur. La nausée m'en vient, la flamme m'emporterait presque. Il me faut refouler toujours plus fort, toujours plus loin. Je m'épuise et j'ai peur.

Je prends sur moi. J'étais réticent à rencontrer ces hommes. De peur que la flamme ne prenne le dessus.

Je suis arrivé vers quinze heures au manoir. C'est le majordome qui m'a ouvert. Gregory était occupé dans son bureau, je ne m'en suis pas plaint. Le domestique m'a conduit au salon et m'a annoncé, de suite Helen est venue vers moi. Je lis l'inquiétude dans son regard, mon front perle un peu, mais j'arrive à maintenir la flamme. Je ne peux qu'esquisser un sourire devant la mine contrariée de ma future moitié; J'aime cette femme. Elle me prend la main et me la serre. Je trésaille, la froideur de sa peau jure avec la moiteur de mon état fiévreux que je tente, vainement, de lui cacher. N'en déplaise à la flamme, je suis soulagé qu'il y ait des invités derrière cette porte, Helen ne peut pas me questionner. Je lui souris et lui embrasse la tempe. Le majordome s'en est allé, d'un air choqué. Nous ne nous fondons pas dans les mœurs de notre époque où la noblesse s'enferme dans des codes absurdes, cela a de quoi déranger les autres. A vrai dire je pense que si cet homme avait conscience de l'intégralité de «nos actes», sans jeu de mot trivial, le pauvre souffrirait probablement d'une attaque cardiaque. Je sors de mes réflexions plus ou moins grivoises, tandis que nous avançons dans le salon; où des gentlemans discutent. Helen me sourit, je m'avance et aperçois mon ami Nigel Griffin que je salue vivement,James Watson, cette fois, je lâche Helen pour étreindre cet homme plus qu'un ami, un frère!

Enfin, Nikola Tesla. Un génie. Humpf. Je ne le porte pas en grande estime pas mais c'est un ami de la famille, et Helen l'apprécie beaucoup. La flamme me brûle les entrailles. Je dois faire de mon mieux pour la calmer. Et cette fois elle et moi sommes d'accord : Nous ne l'aimons pas. La façon dont il regarde Helen n'a rien de convenable et se trouve peu équivoque : Il n'a pas changé, éperdument amoureux de ma fiancée. Seule cette dernière semble l'ignorer. Ma tendre Helen, si intelligente et parfois tellement naïve, inconsciente de l'effet qu'elle génère. Je me focalise sur ma fiancée, je ne dois pas craquer. Je me suis tendu sans m'en rendre compte. Helen me regarde, l'air soucieux. Je lui souris avant de la remercier vivement. Il est vrai que je m'étais coupé du monde depuis quelque peu, et revoir mes deux amis me fait le plus grand bien!

La flamme en revanche continue de me consumer, mon front perle toujours, la toux m'en vient. Helen s'inquiète, je lui fais signe que tout va bien, elle semble vouloir parler, d'un signe je lui demande de se taire. Elle s'assied, mécontente, frustrée et encore plus inquiète. James a lancé la discussion, c'est un brave homme. Très intelligent et pas dupe, il me jauge, je le sais, il me connaît comme personne. Du moins c'est ce qu'il croyait.

Je parviens à prendre part à la conversation. Je ne m'attarde pas trop sur Tesla, il est arrogant comme à l'accoutumée et mon seuil de tolérance a une limite que je ne voudrais atteindre.