Hellooooooooooo! De retour de vacances, ça y est c'est fini, je glande pour le reste du mois d'août!
Merci à ma gentille bêta Cathouchka31, aux followers, favoris et reviewers!
Bonne lecture! (ouf, posté juste à temps)
Chapitre 4 : Obéis-moi... Ou tu seras dans la merde.
La nuit ne portait pas conseil. Point barre. Et Stiles aimerait bien étrangler le pauvre type qui avait un jour inventé cette idiotie. Parce que, malgré toute une nuit passée à se torturer les méninges, aucune solution miraculeuse ne lui était venue pour sortir de ce guêpier infernal.
Il était dans une « impasse », comme miss Morell adorait le répéter.
Peter avait bien réussi son coup. La formulation de son ordre empêchait Stiles de parler de son problème, même au-delà de l'habituel délai d'une heure. Ses recherches et ses réflexions intensives de la nuit précédente étaient restées sans effet. Il n'avait trouvé aucun moyen de le contourner. Alors il avait voulu jouer au plus fin. Un papier et un crayon, voilà une excellente idée. Bien entendu le résultat fut édifiant. Le texte était illisible lorsque Stiles restait trop « direct » au niveau du vocabulaire. Alors il s'était employé à utiliser des expressions détournées du genre... « ne me donnez pas de choses obligatoires à faire. » Ou « évitez de me parler en utilisant l'impératif. » et là...c'était lisible, mais ce salopard de sort devait avoir une reconnaissance lexicale intégrée, car la première fois il avait remplacé « obligatoires » par « oblongues » et lors d'une seconde tentative c'était « obscènes » qui était apparu. Quant à la deuxième tournure, l'empereur avait obligeamment pris la place de l'impératif. Toujours prêt à mettre leur grain de sel un peu partout ces mégalomanes !
Ce crétin de sort avait décidément beaucoup d'imagination pour le faire chier.
Même pas la peine d'essayer de mimer son problème, il ne ferait que se ridiculiser sans parvenir à se faire comprendre.
-Ça va bro ? T'es super pâle.
Stiles lança un regard en coin à Scott. Pouvait-il tout de même tenter de lui faire deviner son souci ? Après tout, dans une situation désespérée, il n'avait plus rien à perdre à faire des essais.
-Dis-moi frère de mon cœur, loup-garou préféré de mon auguste personne, j'aurais besoin de ton attention, tout à l'heure pendant la pause. Je voudrais te parler sérieusement d'un sujet de grande importance entre hommes respectables et presque respectés.
-Ton père a encore trouvé tes pornos c'est ça ?
Stiles roula des yeux et donna une claque à l'arrière du crâne de son meilleur ami avant de se séparer de lui pour récupérer des affaires dans son casier quelques mètres plus loin. Dès qu'il eut fait la combinaison, il se hâta d'ouvrir la porte métallique. Aussitôt, il fut assailli par une armée de feuilles et de livres qu'il rattrapa précipitamment, les replaçant comme il pouvait dans le petit espace. Trop absorbé par son « rangement », il ne remarqua pas la présence menaçante qui s'approchait à pas de loup.
-Je connais ton secret, souffla-t-on dans son oreille.
Stiles bondit et fit volte-face, le poil hérissé et prêt à grogner.
C'était Jackson.
-Mais t'es malade de t'approcher comme ça des gens!
Un rictus aux lèvres, le loup-garou le reluquait comme un fauve ayant enfin acculé sa proie.
-Attends, qu'est-ce que t'as dit ? Réalisa Stiles en fronçant le nez. Mon secret ? Quel secret ! J'ai aucun secret moi ! Et si j'en avais un, je vois pas comment, toi, tu pourrais le deviner ! Si tu te fais un film à cause de ma conversation avec Scott, sache que c'est pas vrai cette histoire avec mon père et le porno...
Oh, le rapprochement de ces deux mots dans une même phrase était carrément perturbant.
-Ferme-la Stilinski. Se contenta de répondre Jackson.
Stiles referma sa bouche d'un claquement sec. Foutue malédiction. Ça deviendrait très vite pénible si tout le monde s'amusait à lui imposer le silence.
-Je m'en fous de ta pseudo vie sexuelle.
Haussant les épaules, Stiles replongea dans la recherche de son devoir d'histoire perdu entre ses cours, sans toutefois réussir à remettre la main dessus. Ce type ne méritait même pas une miette de son attention.
-Tu n'es pas intéressé par ce que j'ai bien pu trouver d'intéressant sur toi ? Chuchota Jackson en se penchant vers Stiles. Faisons un jeu. Dis-le moi toi-même.
-Ma malédiction, lâcha Stiles sans pouvoir s'en empêcher, forcé de ployer sous cette nouvelle injonction.
-Mais c'est que ça a l'air de fonctionner en plus, jubila le loup-garou.
Cette occasion de se venger allait être parfaite. Tout bonnement idéale. Un esclave qui lui tombait du ciel. Tout chaud. Cuit à point. Il allait pouvoir réaliser ses rêves les plus dévorants sans être inquiété. Mais d'abord, il fallait s'assurer que personne d'autre que lui ne soit au courant. Pas question qu'un bon samaritain vienne délivrer son nouveau jouet de ces chaînes inespérées.
-Écoute-moi bien. Ne parle de cette malédiction à personne, par n'importe quel moyen que ce soit. Personne ne doit savoir, jamais.
Stiles grinça des dents. Quel plan malsain ce connard avait-il en tête ? Et pourquoi avait-il fallu que ces deux loups-garous psychopathes aient flairé si facilement son embarrassante situation !
-Bien, maintenant que l'essentiel est dit, nous allons faire d'abord quelques petits essais pour savoir comment fonctionne cet outil en pratique. Parle.
-Si tu fais quoi que ce soit je-
-Tais-toi.
Stiles obtempéra mais devint rouge de colère instantanément.
-Vraiment pratique. Le tigre se transforme en chaton inoffensif, le taquina Jackson, jubilant de manière tellement visible qu'un œil attentif aurait facilement pu se douter que le garçon était en pleine « mauvaise action ».
Stiles le fusilla du regard, le défiant de faire quoi que ce soit, et le sourire de Jackson se renforça encore.
-Tiens ça me donne une idée, ajouta-t-il en ricanant.
-Où se trouve votre devoir, monsieur Stilinski ? Demanda le professeur pendant sa ronde entre les tables.
Stiles ne pouvait ouvrir la bouche. Il retint son souffle. Du coin de l'œil il entrevit Jackson ricaner au deuxième rang. Ce salaud était attentif comme jamais, refusant de louper la moindre miette du spectacle. Sûr que si du pop-corn avait été vendu à l'entrée de la salle, ça lui aurait plu encore davantage.
-Répondez s'il vous plaît quand je vous parle.
Stiles détourna la tête, les oreilles et le front rouges d'embarras.
-Je ne sais pas, miaou.
Quelques regards incrédules tombèrent sur sa nuque.
-Pardon ? Pourriez-vous répéter ? Interrogea le professeur, les sourcils haussés haut sur le front.
-J'ai dit que je ne savais pas...miaou.
Ricanements timides, chuchotis effarés. Croyant avoir rêvé, le professeur affichait un air perplexe.
Stiles n'aurait pas dû défier Jackson. Clairement. Maintenant, il s'en mordait les doigts.
-Avez-vous fait ce travail au moins ?
-Oui.
Stiles se mordit la lèvre, tentant de retenir son miaulement. Mais ce fut plus fort que lui.
-Miaou.
Il y eut des rires et des gloussements. Le visage et le cou du professeur prirent le même teint coquelicot que le sweat de son élève alors que la colère montait lentement.
-Pourquoi miaulez-vous, monsieur Stilinski ?
-Je ne peux pas faire autrement, miaou.
Stiles eut un hoquet et rougit un peu plus.
-Vous êtes ridicule. Montrez-vous un tant soit peu mature monsieur Stilinski ! Lui ordonna le professeur.
Stiles sentit la nouvelle contrainte et se redressa sur sa chaise.
-Oui monsieur, miaou. Je vous promets que mon devoir est fait, miaou. Depuis une semaine, miaou. Mais malheureusement, il se trouve que je l'ai oublié, miaou. J'accepte donc, en toute connaissance de cause, la sanction adéquate pour ce travail non rendu, miaou. Car je n'ai aucune excuse. Miaou.
Pourpre. Voire violet si l'on regardait bien, les oreilles blanches comme vidées de leur sang ressortant davantage. Était-il possible de faire une combustion spontanée rien que par la colère ? En tout cas, Stiles aurait bientôt la réponse si le prof d'histoire persistait à vouloir battre le record de changement de couleur de peau en moins d'une seconde, et les rires qui fusaient à travers la classe n'arrangeaient en rien la situation.
Stiles croisa le regard stupéfait de Scott assis à côté de lui. Son pote semblait réduit à n'être qu'une question sur patte. Il n'eut qu'une petite moue dépitée à lui offrir.
-Bien. Comme vous persistez dans votre petit numéro de cabaret, vous aurez droit à deux heures de retenue pour manque de respect monsieur Stilinski, et vous avez gagné le droit de vous rendre directement dans le bureau du proviseur.
-Mais monsieur ! Miaouououou ! Se défendit Stiles avant de mettre sa main devant sa bouche face au miaulement prolongé et pathétique qu'il venait de produire.
-Arrêtez-ça tout de suite et fichez-moi le camp !
Stiles se redressa d'un bond et partit d'une démarche raide et mécanique vers la porte, laissant ses affaires et tout espoir de plaidoyer derrière lui, alors que le dernier ordre en cours remplissait pleinement son office. Impossible de résister, son corps ne lui appartenait plus.
Furieux, il jeta un dernier regard à Jackson qui le fixait d'un air sadique.
-Alors toi, t'as une idée derrière la tête, commenta Scott en soulevant son plateau pour se trouver une table libre. Tu voulais avoir une heure de colle pour aller voir Harris, c'est ça ?
Stiles haussa un sourcil appréciateur et remercia intérieurement Scott de lui avoir trouvé une excuse parfaite. Au moins un point positif au milieu de cette matinée catastrophique.
-Ouais. Opina Stiles avec véhémence.
-Mais pourquoi t'as l'air de mauvais poil si c'était prévu ? Le proviseur t'a remonté les bretelles tant que ça ? C'était plutôt gentil ce que t'as fait au prof d'histoire par rapport à ce que t'es capable de faire pour te faire renvoyer de cours.
Sûr qu'il était de mauvais poil après l'humiliation qu'il avait vécue. Mais Scott venait de le soulager un peu en faisant allusion au prof de chimie. Sans compter qu'il fallait relativiser. De toute manière, il se serait arrangé pour avoir une retenue afin de pouvoir « discuter » avec Harris. Bon, au départ il avait simplement prévu d'aller le voir à la fin des cours afin d'éviter tout problème avec l'administration. Tout compte fait, cette colle c'était rien du tout. D'autant qu'il avait pris l'habitude désormais de passer pour un parfait idiot. Une fois de plus ou de moins ne le tuerait pas. Pas question en outre de faire à Jackson ce petit plaisir en se montrant abattu ou de mauvaise humeur. Ça ne ferait que l'encourager à poursuivre son petit jeu puéril.
-Non je suis pas du tout de mauvaise humeur, claironna-t-il alors qu'ils passaient justement près de la table de ce connard. Tiens, va retrouver Allison et Isaac ? Je te rejoins.
Scott hocha la tête et se hâta de se joindre à ses deux amis, ayant remarqué de loin qu'ils riaient ensemble.
À des lieues des histoires de jalousie de son ami d'enfance, Stiles se pencha discrètement quand il passa au plus près de la table où déjeunait Jackson.
-Merci pour ton aide mec provoqua-t-il en passant près de lui, son plateau à la main. Tu m'as enlevé une épine du pied. Je cherchais justement à obtenir une heure de colle.
Il passa son chemin et Jackson serra les poings, le dardant d'un œil torve.
Ce Stilinski était une vraie plaie. Comment faisait-il pour avoir l'air si... joyeux ? Il faudrait frapper plus fort la prochaine fois.
-Adrian, tu pourrais me dépanner et garder mes élèves collés, ils en ont encore pour vingt minutes ? J'ai une urgence avec ma fille.
Harris soupira silencieusement et changea de direction, abandonnant sa soirée tranquille du mardi pour rendre service à son collègue. Service qu'il n'oublierait certainement pas de se faire restituer lorsqu'il en aurait besoin. Échange de bons procédés.
-Vraiment, merci, je te revaudrai ça. Ils sont à la bibliothèque. Bonne chance, encouragea-t-il en donnant une tape amicale dans l'épaule de Harris.
Ce dernier retint son mouvement de recul instinctif - il détestait qu'on le touche ainsi - et suivit des yeux le départ de son collègue.
-Les joies de la paternité...soupira-t-il avant de pousser les portes de la bibliothèque d'un geste las.
Il avisa les quelques élèves affalés contre les étagères ou à moitié couchés sur les tables de travail et claqua des mains, attirant leur attention. Quelle idée tordue avait poussé Harris à devenir prof, déjà ? Il se répétait souvent qu'il avait dû passer par une phase où il était bourré en permanence pour se réveiller le lendemain du jour où il avait signé ce foutu contrat d'engagement. Parce que sincèrement, c'était une des pires idées de toute sa vie ! Et pourtant il en avait fait de belles.
-Remettez-vous au travail, si vous ne souhaitez pas que je vous retienne une heure de plus.
Aussitôt une vague d'énergie circula dans la salle et les élèves s'activèrent entre les rayonnages, se dépêchant de classer puis ranger les livres mis à leur disposition. Toujours aussi ennuyé que sa soirée se trouve ainsi écourtée par cet imprévu, Harris déposa son sac sur le bureau de la documentaliste et s'apprêtait à sortir quelques copies à corriger lorsqu'une silhouette immobile sur sa gauche attira son attention. Il fronça les sourcils face à une telle insubordination et se tourna vers le coupable, déterminé à le faire s'activer un peu.
Mais lorsque son regard se focalisa sur le garçon, il pesta intérieurement. Quelle poisse. Dès que ce gamin était dans les parages, impossible de rester posé bien longtemps. Le gosse avait le don de le faire sortir de lui-même. Il se dirigea vers lui à pas nerveux.
-Ah monsieur Harris, je suis bien content de vous voir. J'étais tellement déçu en voyant que vous n'alliez pas vous occuper de ma colle de ce soir, claironna Stiles avec un sourire en coin. Heureusement, tout est bien qui finit bien. Et vous voici.
Harris s'astreignit à garder une respiration mesurée et silencieuse, s'enjoignant à rester calme. Que lui voulait encore ce sale gosse ? De l'aide pour Derek Hale ? Une autre piste que celle qu'il avait fait suivre à la meute la veille ?
-Il y a une nouvelle réunion ce soir. Répondit Stiles plus bas.
Trop prévisible. La vie de ce gamin ne tournait-elle donc qu'autour de la communauté surnaturelle de la ville ? N'avait-il rien de mieux à faire que de courir ainsi après le danger ? Sûrement aimait-il ça. Un peu comme lui d'ailleurs, ne put s'empêcher de noter Harris mentalement.
-J'espère que vous avez des infos plus fiables qu'hier soir à nous donner cette fois, continua Stiles en s'adossant contre l'étagère, les bras croisés. Je déteste perdre mon temps et mon énergie pour n'obtenir aucun résultat en retour.
-Je ne suis pas devin Stilinski. Comment voulez-vous que je sache qui s'amuse avec votre alpha, sans tâter le terrain et disposer de toutes les cartes?
-Pourtant il y a quelques semaines, vous vous targuiez de tout savoir mieux que tout le monde, fit remarquer Stiles en fixant ses ongles d'un air ennuyé. Vous auriez réussi à me sauver du Nogitsune uniquement sur un coup de chance alors ?
Les yeux de Harris s'assombrirent et il se pencha en avant, approchant de l'adolescent. Le gamin inclina la tête sur le côté, affichant toujours ce sale sourire de petit con et il s'humidifia inconsciemment les lèvres. Harris se surprit à fixer la bouche du garçon, fasciné par ce simple tic puis il inspira profondément avant de se détourner de cette vision qui le troublait de manière incompréhensible. Et inacceptable.
-Je prends ça pour un oui, le railla Stiles. J'espère que vous aurez un nouvel éclair de génie ce soir. Débrouillez-vous pour trouver une piste intéressante avant de vous retrouver au loft.
-Et si je n'en ai pas, que se passera-t-il ?
-Je ne serai pas content, répondit Stiles en souriant.
Ridicule.
-Non, franchement Stilinski, était-ce réellement une menace ? Demanda Harris, blasé.
Le garçon lui rendit un regard éteint qui s'éclaira subitement.
-Oh ! Mais qu'est-ce que vous avez derrière...
Stiles leva la main et la passa derrière la nuque de Harris. Ce dernier se figea, le ventre crispé d'anticipation. Cet abruti envisageait-il de le toucher, ici, en public ? Mais le bras ne s'enroula pas autour de son cou comme il l'avait craint de prime abord et la main réapparut de l'arrière de son oreille, une clé USB entre les doigts.
-Tiens, mais que fait-elle ici cette coquine ? Se moqua Stiles, l'air exagérément innocent. Elle vous suit comme votre ombre dites donc ! Je crois que vous avez une touche.
Harris referma la bouche d'un claquement sec et recula d'un pas, rétablissant une distance convenable entre lui et l'insupportable petit con. Peut-être ferait-il mieux de ne pas prendre ces menaces trop à la légère, aussi ridicules et puériles soient-elles. Apparemment, le garçon adoptait sciemment ce ton enfantin pour se foutre de sa gueule. Ou mieux encore, pour qu'on le sous-estime. Vicieux le petit.
-Bref, comme hier on a reçu une nouvelle lettre, vous allez nous aider à en tirer un maximum d'informations sur son auteur.
-« On » ? Releva Harris, narquois. Vous sentez-vous donc si concerné par le sort de monsieur Hale ?
Il vit avec satisfaction les yeux de Stiles se plisser tandis qu'une expression fugitive de colère et de suspicion passait sur ses traits. Intéressant. Une corde sensible avait été touchée. Harris adorait toucher les cordes sensibles. Le mieux étant définitivement le moment où elles cédaient sous la traction.
-Hmm. Je pense que l'on s'est tout dit, reprit Harris en s'éclaircissant la gorge. Nous nous retrouverons donc tout à l'heure.
Il fit volte-face afin de secouer un peu les autres élèves qui avaient profité de sa distraction momentanée pour se la couler douce, mais une main se referma sur son avant-bras et il soupira sans toutefois se retourner.
-Qu'y a-t-il encore ?
-Comment elle s'appelle ?
-Qui donc ? S'impatienta Harris en observant Stiles par-dessus son épaule.
-La fille...
-Pourquoi cette question ?
-Répondez juste, grogna Stiles entre ses dents.
-Rachel Morgan. Grogna-t-il. Ce sera tout ?
-Elle vous dénoncera vous pensez ?
Ah, tiens donc. Le gamin s'inquiétait maintenant de ce qui pouvait perturber sa nouvelle activité de maître chanteur. Y aurait-il un intérêt quelconque à lui mentir ? Harris savait que Rachel ne le trahirait pas. Mais Stilinski l'ignorait, lui. Manquant de temps pour creuser la question, il préféra se montrer évasif. Il haussa les épaules en gardant un contrôle parfait sur son expression.
-Elle vous aime ?
-Que voulez-vous que j'en sache ? Rétorqua Harris, franchement irrité par cette intrusion dans sa vie privée.
-Et vous ?
-De mieux en mieux ! Mais enfin, cela ne vous regarde en rien, monsieur Stilinski. Et puis cessez de me poser des questions !
Le corps du garçon se raidit et il lâcha prise sur la manche de Harris, le libérant de son emprise. Stiles émit un son agacé avant de tourner brusquement les talons, l'air franchement mécontent. Sans qu'il en eut conscience, le regard du professeur glissa le long de son dos. Ce gosse était bien foutu en fait. Pas si dégingandé que ça. L'esprit d'Harris évalua la musculature que le fin polo laissait deviner. Son regard eut l'audace de descendre un peu pour atteindre le jeans droit plutôt moulant que portait ce jour-là le fils du shérif.
-Monsieur, on peut bientôt partir ?
Interrompu en pleine observation, Harris fusilla le malheureux élève d'un regard froid. Il hocha sèchement la tête qu'il tourna de nouveau rapidement dans la direction de Stiles. Mais le garçon n'était plus là. Disparu. Un long frisson courut le long de ses membres et il se détacha de sa contemplation du vide.
Pensif, Derek suivait Harris du regard alors que celui-ci montait dans sa voiture garée en face du loft. Après cette seconde soirée passée en sa compagnie pour discuter de ce problème de lettres anonymes, il avait finalement compris d'où lui venait le sentiment d'anormalité qui le travaillait dès qu'il se trouvait dans la même pièce que lui. L'odeur de l'humain était étrange et le mettait mal à l'aise. Elle lui évoquait de mauvais souvenirs. En outre, elle avait changé depuis son enlèvement. Et il ne s'agissait pas de parfum. Mais bien d'une sorte de carte d'identité olfactive que seuls les loups étaient capables de percevoir. Derek s'agaçait car il ne supportait pas de ne pas saisir à quoi elle lui faisait penser. Pourquoi l'odeur de l'humain s'était-elle modifiée ? C'était léger, à peine perceptible, mais cette altération minime le rendait méfiant. Il n'aimait pas lorsque les gens changeaient d'odeur. Souvent, ce n'était pas bon signe. Transformation, maladie, mort. Impossible de savoir, sans un examen plus approfondi.
Frustré par son ignorance, il plissa les yeux alors que la voiture de l'enseignant quittait la rue. Depuis la veille, pendant leur première vraie rencontre depuis plus de deux mois, Peter et lui s'étaient concertés au sujet de cet étrange phénomène, mais ils n'étaient parvenus à aucune théorie qui tienne un tant soit peu la route.
-Tu en penses quoi ? Interrogea Peter en apparaissant soudain à ses côtés.
-Je ne sais pas. Ça ne m'inspire pas confiance en tout cas, réagit Derek à voix basse, plongé dans ses réflexions.
Quelques mètres plus loin, assis sur le canapé, Stiles les épiait, écoutant leur conversation en espérant peut-être découvrir une réponse à leur question. Que pourrait bien cacher Harris en plus de sa relation illicite ? Y aurait-il un autre aspect de sa vie qui permettrait à Stiles d'avoir prise sur lui ? Ça ne l'étonnerait qu'à moitié !
-De quoi vous parlez ? Intervint-il, désirant plus de détails sur les soupçons de l'alpha.
Peter et Derek se retournèrent vers lui et le cadet le jaugea un instant du regard avant de le détourner. Ce comportement tout à fait inchangé de l'adolescent vis à vis de lui, malgré cette dispute dans la voiture, l'avait rassuré. Apparemment, Stiles n'insisterait pas.
-Harris n'est pas net. Il ne nous dit pas tout.
-Je crois qu'on a tous cette impression, commenta Isaac en hochant la tête. Jackson pourrait faire de la lèche comme il l'a toujours fait, il réussirait peut-être à en savoir davantage !
Isolé de tous, Jackson grogna sur Isaac, agacé.
-Va te faire foutre Lahey.
Il n'était pas d'humeur. Ce n'était pas le bon soir pour lui chercher des noises. Il n'en pouvait plus de voir Aiden poser ses mains sur sa copine... lui murmurer à l'oreille... toute la journée, qu'il en soit témoin ou pas. On pouvait même affirmer que le type en rajoutait. Prenant un malin plaisir à le provoquer par tous les moyens. N'hésitant pas à lui balancer de temps en temps un regard de vainqueur satisfait. Jackson serra les dents et détourna les yeux, fixant Stiles avec détermination. Dès demain, il commencerait à l'utiliser. Il ne pouvait décemment pas supporter ça plus longtemps.
Un coup d'œil vers Lydia et Aiden en train de se fixer dans le blanc des yeux avec adoration le fit changer d'avis. En fait, il commencerait dès ce soir.
-Bon, c'est pas tout, mais moi je m'casse les gars, annonça soudain Stiles en tirant Jackson de ses ruminations. À demain !
Il reçut vaguement une réponse des filles et de Scott avant de s'éclipser sous le regard intense de Jackson et Derek. Ce dernier le suivit des yeux alors qu'il descendait dans la rue, les mains dans les poches et sifflotant. Il soupira. En fait, il regrettait presque de ne pas lui inspirer plus de persévérance que cela. Non. Il regrettait carrément. Au fond il avait été flatté par l'attirance de l'humain envers lui et il se demandait encore pourquoi il l'avait jeté aussi brutalement. Avait-il eu peur ? Peur de décevoir ? Peur d'être trahi ? Peur de s'engager ?
Légèrement en retrait, Peter se retint de sourire en avisant ce comportement. Il guettait le moindre changement d'expression de Derek qui observait l'humain filer, sans manifester d'émotion aisément identifiable. À part peut-être cette touche de regret. Regret de quoi ? Que s'était-il passé entre eux ? Peter secoua la tête, dépité par le manque de clairvoyance de son neveu.
Était-il aveugle à ce point pour ne pas remarquer qu'il était probablement amoureux de Stiles ?
Assis seul au bout de sa table de cuisine, Harris pensait à la conversation qu'il avait eue plus tôt dans la bibliothèque avec le fils du shérif. Cette discussion lui revenait sans cesse, le perturbant bien plus qu'elle ne l'aurait dû.
« Elle vous aime ? »
Qu'en savait-il ? Cette fille était comme les autres qu'il avait eues. Son histoire avait suivi le même parcours. D'abord la tentation, suivie par le désir, la traque, l'envie de plus en plus pressante, et enfin la consommation. Ensuite la routine s'installait. Le goût de l'interdit et de la nouveauté s'éteignait toujours incroyablement rapidement. Mais ces filles, ou ces garçons - Harris n'avait pas de blocage particulier de ce côté - qu'il avait séduits, une fois obtenu ce qu'il attendait d'eux, perdaient tout intérêt pour lui. Pire ils devenaient une gêne. Les gosses devenaient possessifs, persuadés qu'il leur devait tout. Fidélité, exclusivité, amour... Alors venaient le doute, la suspicion, la jalousie... Tellement de naïveté.
« Et vous ? »
Non, il n'aimait pas Rachel. Il ne l'avait jamais aimée. Ce qu'il recherchait était trop éphémère pour que la relation puisse devenir sérieuse. Du moins de son côté. En fait, de toutes ses nombreuses conquêtes, il n'y en avait aucune qu'il ait vraiment aimée. Ou peut-être une ou deux. Lorsqu'il venait de débuter en tant que professeur...
En fait, non. Une seule. La première. La seule pour laquelle il avait ressenti... de l'amour.
Non, plus que cela. Ce n'était plus de l'amour à ce stade. De l'adulation, de l'adoration, de la vénération.
Julia Baccari.
Leur histoire avait été la plus passionnée et profonde qu'il n'ait jamais vécu. Une fille brillante, intelligente, bonne envers son prochain, pleine de compassion et malgré cela, capable d'ambition.
À cette époque, il avait encore confiance dans l'avenir. Nourrissant de nombreux espoirs. Mais cette période était révolue. Définitivement. Si elle ne s'était pas transformée en créature vengeresse, peut-être qu'il aurait pu... Que tous les deux, ils auraient pu se retrouver. Si seulement il avait su cela plusieurs années auparavant... La perte de Julia l'avait détruit à l'époque. Dix années. Durant dix longues années il l'avait crue morte. Et puis elle était réapparue. En tant que professeur d'anglais, en tant que Jennifer Blake, en tant que Darach.
Et il s'était laissé berner. Les vestiges de ses sentiments passés l'avaient aveuglé et il s'était laissé entraîner dans un monde qui n'était pas le sien. Le peu d'espoir qu'il avait laissé renaître pendant cette période n'avait pas duré.
Elle, qui auparavant était la bonté incarnée, elle, qui l'aimait à en perdre la tête... Elle n'avait pas hésité à le sacrifier.
Ou du moins, à tenter de le faire.
Voilà à quoi menaient les sentiments.
Voilà comment il en était venu à être totalement et irrémédiablement désabusé par l'espèce humaine.
Et cela lui convenait parfaitement.
Impatient, Jackson se gara dans la rue, face à la maison des Stilinski. La lumière qui découpait la fenêtre de la cuisine lui permit d'apercevoir Stiles remuer quelque chose dans une poêle avant de tenter de le faire sauter. Il parut réussir son entreprise puisqu'il rit de bon cœur, affichant un grand sourire. Maladroit, cet abruti finit par trébucher, risquant de chuter en avant et Jackson grinça des dents en voyant le shérif se lever précipitamment pour venir en aide à son fils.
Les deux Stilinski étaient souriants, apparemment heureux de se retrouver, et le jeune s'esclaffa de plus belle, suivi par son père.
-Tss...
Jackson détourna la tête et serra son volant, agacé. Autant conclure rapidement. Il claqua sa portière rageusement et marcha d'un pas déterminé vers l'entrée, s'arrêtant sous le porche. Il resta un moment appuyé sur la sonnette avant de percevoir de l'agitation à l'intérieur.
-J'arrive !
Bientôt, les clés tournèrent dans la serrure et la porte s'ouvrit avec énergie sur un Stiles joyeux. Son sourire disparut d'un seul coup, balayé par l'agacement.
-Qu'est-ce que tu veux encore ? Grogna-t-il, marmonnant entre ses dents.
-Laisse-moi entrer.
Stiles frissonna face au choix de l'expression qui lui rappelait désagréablement le Nogitsune et voulut résister, mais sans surprise, ses jambes le guidèrent en arrière et il s'effaça.
-Dis à ton père que tu as une urgence et que tu dois partir avec moi pour quelques heures, dicta Jackson avant de vérifier sa montre.
Stiles siffla entre ses dents, furieux, et retourna dans la cuisine.
-Papa, j'ai une urgence et je dois partir avec Jackson quelques heures. Tu peux manger sans moi. Je réchaufferai ma part en rentrant.
-Pourquoi sors-tu si tard ? Ce n'était pas prévu, répliqua le shérif, mécontent.
-Histoire de loups-garous.
-Ah... Est-ce dangereux ? S'enquit-il, faisant rouler Jackson des yeux.
-Non. C'est juste un truc de meute, mentit Stiles très naturellement. Un manque d'affection sûrement, tu vois ?
Le shérif fixa son fils en silence, tentant de comprendre s'il mentait ou non. Il n'aimait pas le savoir dehors tard le soir, surtout pour sortir avec ses amis loups-garous, mais il préférait le laisser partir. Il savait très bien que dans le cas contraire, Stiles trouverait un moyen de s'enfuir sans le prévenir et alors, le shérif aurait moins de chance d'apprendre quand il était en danger.
-Très bien. Je te laisse y aller dans ce cas, abdiqua-t-il en soupirant. Ne rentre pas trop tard, tu as école demain.
-Ouais je sais. Je ferai de mon mieux pour être ici le plus tôt possible.
Stiles quitta la cuisine, ses yeux lançant des éclairs en direction de Jackson, puis il enfila une veste pour sortir de la maison, le loup-garou sur les talons.
Verdict?
Je peux enfin faire part de ma vision du personnage de Harris dans la série! Si seulement il pouvait revenir, ou qu'au moins on ait une explication sur son implication exacte dans tout le bordel qui a lieu à Beacon Hills xD
Bref bref, merci d'avoir lu! J'espère que ça vous plaît encore!
