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(Édité : janvier 2013)
Chap 3 - « Les maux de l'âme »
Deux heures… C'était tout ce que Mikhaïl Arbatov avait accordé à Asami pour prendre une décision. Depuis l'appel du russe, il était resté silencieux et fixait sans relâche son Beretta posé sur son bureau. Il était installé dans son fauteuil en cuire, jambes croisées et cigarette à la main. Main dont il se fichait éperdument même si un filet de sang coulait le long de son bras, colorant de rouge la manche de sa chemise qu'il avait remontée jusqu'au coude. Lui qui mettait un point d'honneur à se être toujours impeccable même dans les pires situations, ce soir là, il fallait croire que sa légendaire élégance avait décidé de s'octroyer des vacances. Feilong aurait bien voulu ironiser sur l'aspect négligé de son ennemi, s'il n'était lui aussi dans le même état…
- « Pourquoi ne pas faire pression sur ce sale rat ? Il n'est pas invincible. Lui aussi a ses failles. Une bonne publicité dans la presse ralentirait certainement ses petites affaires de trafics. Ou mieux, l'entraînerait directement dans une cellule », intervint Feilong.
- « Non. »
Au moins cela avait le mérite d'être clair, l'homme d'affaires réfuta sans ménagement la proposition du chinois comme si cela allait de soit que cette idée était d'une stupidité sans borne.
- « Dans ce cas, si tu as une meilleure idée… J'ai hâte de l'entendre », souffla Feilong sur un ton moqueur.
Asami leva les yeux sur son interlocuteur.
- « Oui, j'en ai une à te soumettre… » déclara-t-il alors qu'un sourire se dessinait lentement sur ses lèvres. « … celle de réfléchir avant de proférer des âneries. Apparemment tu ne sais pas de quoi est capable Arbatov. Peut-être devrais-tu le fréquenter un peu plus… »
- « Je ne pense pas que ce soit le bon moment d'ironiser », rétorqua Feilong. « La vie de Akihito est en jeu. Mais peut-être qu'à tes yeux ce n'est qu'un insignifiant détail pour que tu prennes le temps de badiner. Je te rappelle qu'il nous reste très peu de temps. »
- « Nous… ? » s'enquit Asami le sourcil levé. « Et depuis quand le bien-être de Takaba te préoccupe-t-il ? Tu es directement responsable de sa situation actuelle. Depuis le début tu t'acharnes sur ce gamin dans l'unique objectif de me nuire. Pourquoi ne pas régler tes problèmes directement avec moi ? À moins que ton courage ne soit aussi le reflet de ton apparence efféminée… »
L'intonation qu'avait employé Asami n'avait rien d'un calembour innocent. Quant à ce qu'il venait de dire…
Feilong prit une profonde respiration pour calmer son envie de prendre le Beretta sur le bureau et de vider le chargeur dans le cœur de ce sale type ! Il détestait qu'on le traite d'efféminé. C'était ce qui l'enrageait le plus. Asami l'avait piqué au vif.
Les deux hommes de main présents dans la pièce, se postèrent derrière le chinois. Au cas où il aurait la mauvaise idée de bondir sur leur patron, ils sauraient le remettre à sa place même s'ils savaient que l'homme d'affaires n'aurait aucun mal à le maîtriser.
L'atmosphère auparavant tendue, devint électrique.
Les deux mafieux se soutenaient du regard et aucun des deux ne semblaient vouloir lâcher prise. Mais alors qu'Asami affichait un calme olympien, Feilong, lui, commençait à s'agiter et montrait des signes de nervosité. Qu'il soit damné plutôt que de se rabaisser devant cet homme. Il préférait mourir d'une rupture d'anévrisme foudroyante.
Devinant que Feilong, comme à son habitude, s'apprêtait à commettre un geste irraisonné, Asami se leva de son siège. Sa colère ne s'était pas apaisée, bien au contraire. Il s'avança en direction du chinois, puis l'agrippa une fois de plus par le col de sa tunique.
- « Ton petit manège commence sérieusement à m'agacer. Il va falloir que l'on règle cette affaire une bonne fois pour toute. »
- « Et à quelle affaire fais-tu allusion ? » souffla Feilong entre ses dents. « Celle d'avoir brisé ma vie, de m'avoir trahi alors que je te faisais confiance ? » Les yeux du leader de Baishe se remplirent de haine. « Je te déteste Asami, jamais je ne pardonnerai ce que tu m'as fait ! »
- « Vraiment… Tu me détestes… ? Mais dis-moi ce qui te dérange le plus : ce que je t'ai fait… ou bien… ce que je ne t'ai PAS fait ? »
Feilong blêmit de colère et d'indignation. Il voyait parfaitement à quoi Asami faisait référence. Il parlait de la nuit où il l'avait jeté sur le lit et fait des choses dont-il ne souhaitait même pas mentionner, pour l'empêcher de foncer tête baissée dans le piège que lui avait tendu son frère. (1)
Asami le sonda de ses yeux acérés. Feilong eut l'impression qu'il lui vrillait le cerveau.
- « Tu n'as rien à répondre ? » demanda Asami le sourire en coin. « Ou aurais-tu peur que je devine ce qui te trouble réellement ? »
Il s'était penché si près du visage du chinois, que celui-ci pouvait sentir son souffle chaud contre sa joue.
- « Qu'est-ce que tu veux dire ? » s'énerva Feilong en tentant de le repousser. « Arrête ça ! Et écarte toi ! »
Mais subitement Asami étouffa ses derniers mots en lui scellant les lèvres. Feilong, stupéfait, n'eut aucune réaction. Jamais il n'aurait imaginé qu'Asami en viendrait à l'embrasser… Lui assener un autre coup de point, sans aucun doute… Mais pas l'embrasser…
Profitant de l'inertie du chinois, Asami introduisit sans douceur sa langue entre ses lèvres. Feilong écarquilla les yeux et, une fois la stupeur passée, il commença à se débattre pour s'extirper de cette étreinte non désirée. Mais Asami avait de l'expérience avec Akihito. Il savait comment dompter les esprits les plus rebelles, surtout ceux qui s'obstinaient à nier éprouver du plaisir. Il glissa une main derrière la nuque du chinois pour l'immobiliser, et de son autre main, lui enserra fermement le poignet. Feilong, plaqué contre le dossier du canapé, n'eut plus aucun moyen de lui échapper.
Il ne voulait pas subir cela, pas une nouvelle fois, pas cette humiliation. Avec lui… Son ennemi !
Mais la langue d'Asami s'évertuait à lui démontrer le contraire. Elle jouait avec la sienne, se faisait vorace, entreprenante, insidieuse. Feilong luttait contre la sensation d'ivresse qui commençait à naître en lui. Son cœur s'emballait… « Non ! Jamais… Jamais je ne lui céderai ! » se promit-il farouchement en son fort intérieur. Asami ne faisait que s'amuser avec lui tout en prenant plaisir à l'humilier !
Mais Asami connaissait bien son affaire. Malgré l'opposition farouche que Feilong s'évertuait à lui manifester, sa résistance fondait comme neige au soleil. Il se remémorait les sensations qu'il avait éprouvées sept ans plus tôt et ce souvenir le déconnecta de la réalité. Il se sentit submergé par ce baiser enflammé. Un frisson d'excitation lui parcourut l'échine, s'élevant en une étincelle dans son bas ventre. En dépit de tous ses efforts, Feilong répondit aux caresses de cette langue aussi douce que du velours. Ses forces se consumaient comme un fétu de paille. Il était esclave du piège subtilement tendu par l'homme d'affaires, et contre toute attente, un gémissement presque imperceptible lui échappa.
Asami releva la tête, un sourire en coin aux lèvres, et plongea ses yeux railleurs dans ceux du chinois qui le regardait totalement sidéré par sa propre réaction.
- « C'est bien ce que je pensais… » ricana Asami dont le regard se fit victorieux.
Feilong le fusilla de ses yeux tout en essuyant d'un air dégoûté ses lèvres d'un revers de main.
- « Et c'était sensé prouver quoi ? » rétorqua-t-il en prenant un air impassible cherchant à camoufler son trouble. « Garde ton petit manège grotesque pour les autres. Akihito s'y laisse peut-être prendre, mais un jour il découvrira l'être abjecte que tu es. Tu te crois irrésistible à ce point ? C'est pathétique… »
Asami le regarda adopter une attitude détendue sur l'accoudoir. Feilong le toisait d'un sourire moqueur, comme pour entériner son indifférence. Mais l'homme d'affaires ne s'y laissait pas prendre. Tout en ne le quittant pas des yeux, il glissa d'une manière suggestive une cigarette entre ses lèvres. Il n'était absolument pas dupe du petit jeu de Feilong. Un sourire machiavélique fleurit sur ses lèvres. Il retira sa cigarette et, d'une main posée sur le dossier du canapé, il se pencha une nouvelle fois sur le chinois.
- « Dois-je te prendre sur-le-champ pour te prouver que j'ai raison ? » susurra-t-il à son oreille.
Feilong se raidit.
- « Rappelle-toi… Ce soir là… Il y a sept ans… » continua Asami d'une voix suave en glissant lentement sa main vers l'entre jambe du jeune homme.
Tout en scrutant le visage indigné de Feilong, Asami effleura le sexe du bout de ses doigts qui, sous le tissu de la tunique, ne tarda pas à réagir en conséquence. Feilong, tout d'abord tétanisé par la surprise, tressaillit.
- « Oh, Je ne pensais quand même pas te faire autant d'effet… » railla Asami en pressant sa main sur l'érection naissante.
Blessé dans sa fierté, Feilong lui assena un regard meurtrier. Comment pouvait-il réagir si violemment à ses caresses ? Qu'il soit foudroyé sur place que de donner raison à ce japonais ! Furieux, il s'extirpa d'un bond de l'emprise de l'homme, et du tranchant de la main, s'apprêta à lui porter une de ses prises favorites. Mais Asami, d'un geste leste, lui attrapa au vol le poignet. Dans le même élan, les deux hommes de main sortirent leurs armes qu'ils pointèrent en direction de la tête du leader de Baishe.
- « Rassure-toi », fit Asami en rejetant Feilong sur le canapé. « Je n'ai pas le temps de m'occuper de toi. » Puis il termina sa phrase sur un ton sec et glacial. « Ni même l'envie. »
Les deux ennemis se défièrent à nouveau du regard. Puis, soudain, Asami, toujours campé devant le chinois, s'adressa à l'un de ses hommes comme si l'événement précédant n'avait pas eu lieu :
- « Je veux une liste détaillée de tout l'entourage de Mikhaïl Arbatov : famille, employés, domestiques. Tout ce qui pourrait m'être utile. »
- « Tout de suite, Monsieur. »
Kirishima quitta rapidement les lieux. Asami se rassit dans son fauteuil, le regard fixé sur la porte qui venait de se fermer.
- « Vous avez un plan, monsieur ? » demanda Suoh, le dernier homme resté dans la pièce.
- « Oui. »
Feilong se redressa d'un coude sur le canapé et tourna la tête en direction de l'homme d'affaires. Lui demander ce qu'il avait derrière la tête lui brûlait les lèvres, mais… « Qu'il aille au diable! », fit-il intérieurement. Comment Asami avait-il pu l'embrasser devant ses hommes et le toucher de cette manière ? N'avait-il aucune pudeur ? Il le maudissait d'autant plus de l'avoir humilié ainsi en présence de tierces personnes. Il le haïssait, le détestait. Viendra le jour où il lui fera regretter cet affront !
xxx
Se frottant le corps d'une lenteur savamment étudiée pour faire disparaître toutes ''souillures'' dont Arbatov l'avait accablé, Akihito ne se doutait absolument pas de ce qui venait de se dérouler au Japon, dans le salon d'Asami. S'il venait à l'apprendre, son moral qui se trouvait déjà dans ses chaussettes, aurait sombré à la vitesse de la lumière dans les entrailles de la terre. Voir Asami embrasser Feilong, c'était bien le pire de ses cauchemars. Surtout depuis qu'il avait appris qu'une relation aurait pu avoir lieu entre les deux mafieux.
- « Dépêche-toi ! » ordonna l'un des hommes d'Arbatov. « Ça fait une heure que tu traînes dans cette baignoire. »
Oui, cela faisait bien au moins une heure… Mais Akihito essayait par tous les moyens – que son imagination pouvait lui permettre – de retarder le moment qui le poussait inexorablement vers le lit du ''connard''. Car oui, c'était exactement là où le russe l'attendait, Akihito ne se faisait pas d'illusions, il y passerait.
Il avait donc tout prétexté : que l'eau était trop chaude, qu'il ne se déshabillerait pas tant qu'on le regarderait. Oups ! zut alors ! il avait fait tombé le gel douche qui s'était répandu sur le carrelage ! Oh, pas de bol… Oui, parce que chez Monsieur Connard le gel douche était dans un flacon en cristal finement ciselé ! Surtout pas de plastique chez Monsieur Connard. Et puis Akihito n'avait pas d'affaires de rechange à se mettre. Et il était hors de question qu'il remette ses vêtements sales ! Bref, tout avait été bon pour retarder le plus possible son ''entrevue'' avec Monsieur Connard.
Mais l'homme de main lui fit remarquer qu'il n'en aurait pas besoin de pour cette nuit… Akihito aurait voulu lui arracher les yeux.
- « Merci de me le rappeler ! »
Et bien non, on ne pouvait pas arrêter le temps. On n'était pas dans la quatrième dimension. Quoique, avec tous ces pervers déglingués de la cafetière, on se le demandait…
Akihito fut amené – ou plutôt propulsé à vitesse grand V – dans la chambre d'Arbatov qui se délassait un verre de vodka à la main.
- « Tu en as mis du temps… » fit-il, visiblement contrarié par ce retard. « Approche. »
Le cœur d'Akihito se mit soudainement à battre. Il avait l'impression que son estomac s'était retourné et allait déverser ses sucs gastriques dans ses intestins. Il n'arrivait pas à avancer. Mais avait-on déjà vu un condamné à mort de diriger d'un pas leste et joyeux vers son bourreau ? Non, sûrement pas !
Notant sa mauvaise volonté à obéir, l'homme de main du ''bourreau'' le poussa sans ménagement vers son patron. Akihito se retrouva le nez contre le sol. Pire encore, il était affalé comme une loque aux pieds du russe… Il détestait ce genre de situation humiliante.
- « Laissez-nous », ordonna Mikhaïl à son homme sans lever les yeux du photographe étalé à ses pieds.
Arbatov posa son verre de vodka sur la petite table située à sa droite, puis se leva lentement de son fauteuil. Akihito s'était redressé sur ses deux mains mais il se retrouva de nouveau, en moins d'une seconde, le nez contre ce fichu carrelage. Maintenant qu'il le voyait de plus près, il nota qu'il était en marbre…
- « Qui t'as dit que tu pouvais te relever ? » demanda sèchement Arbatov.
Ce salopard l'avait plaqué au sol avec son pied ! On aurait dit une peinture pittoresque représentant un chasseur se glorifiant de l'exploit d'avoir tuer un pauvre chevreuil qui… Il n'eut pas le temps de dépeindre cette image plus longuement. Le russe venait de lui retirer d'un coup sec la serviette enserrant ses hanches.
Se retrouvant totalement nu, le pauvre Akihito se recroquevilla aussitôt pour cacher une partie de son anatomie.
Mais c'était sans compter sur le russe.
- « Comment veux-tu que j'examine la qualité de la marchandise si tu te caches ? » dit-il dans un demi sourire, le sourcil levé.
Marchandise ? Le photographe avait déjà subi bon nombre d'humiliations, mais jamais on ne l'avait traité de marchandise ! Enfin… Euh… Non, il avait beau chercher dans ses souvenirs, personne ne l'avait pris pour une marchandise, pas même Asami ! Pour Asami c'était plus du genre : ma propriété, distraction, ou jouet. Gamin aussi. Et ça, il avait du mal à le supporter. Mais c'était quand même plus valorisant que marchandise ! « L'enfoiré ! » ragea mentalement le jeune homme.
Soudain, une demande insolite formulée par la voix d'Arbatov le consterna.
- « Mets toi sur le dos et écarte les jambes. »
QU … QUOIII ? Est-ce qu'il avait bien entendu ?
- « Dépêche toi ! » s'impatienta Arbatov.
Le regard du russe ne se prêtait pas à la plaisanterie mais Akihito ne pouvait résolument pas s'exécuter. C'était bien trop horrible, dégradant… Dégoûtant même ! « Qu'il crève ce bâtard ! Il peut toujours courir ! ». Le photographe le défia du regard comme s'il voulait lui faire passer le message.
- « Comme tu veux… » fit Mikhaïl en se penchant sur lui.
Il empoigna le bras du jeune homme et le plaqua violemment contre une table qui se trouvait à l'opposé du lit. Akihito écarquilla les yeux. Merde ! Ça n'allait pas recommencer ? Mais qu'est-ce qu'ils avaient tous à vouloir lui sauter dessus ! Il se débattit de toutes ses forces tout en balançant tous un tas d'insultes qui lui passaient par la tête. Mais le russe, de sa main, lui plaqua la tête contre la table en le maintenant fermement. Il fit une telle pression sur son corps que la tranche de la table mordait dans ses hanches. Cette position lui faisait vraiment mal.
Arbatov lui ramena ensuite les mains dans le dos et les ligota avec la ceinture de son pantalon. Akihito ne pouvait plus bouger. Il était prisonnier de cet être immonde qui allait le violer.
Ses yeux lui piquaient. Les larmes commençaient à lui monter aux yeux, il tremblait.
- « Il aurait été préférable pour toi d'obéir à mon ordre… » souffla Arbatov à l'oreille du photographe. « J'avais songé à user de préliminaires avant de m'introduire en toi, mais puisque tu as pris ton temps pour me rejoindre, j'ai perdu patience. Tu apprendras bien vite qu'ici c'est moi le maître. »
Comme pour lui prouver la véracité de ses propos, le mafieux lui écarta les jambes et dégrafa son pantalon. La peur envahit le photographe. Peur qui laissa place à une vive douleur lorsqu'il sentit le sexe d'Arbatov s'introduire violemment entre ses fesses. Akihito poussa un hurlement. Il n'avait jamais ressenti une telle douleur. Même avec Feilong. Ce fut à cet instant qu'il comprit qu'Asami et le chinois, malgré leur brutalité, avaient au moins toujours pensé à le préparer. Surtout Asami…
« Asami… » pleura Akihito en revoyant sa silhouette sur l'embarcadère. Il ne savait plus exactement à qui étaient destinées ses larmes : à Asami, ou à cette douleur causée par cet être ignoble qui s'enfonçait et se retirait avec violence dans son corps meurtri.
C'était comme une brûlure. Une déchirure. Les larmes coulaient sur son visage. Il ne pouvait plus crier… Ça faisait mal… Tellement mal. Il avait beau supplier le russe d'arrêter, celui-ci continuait ses mouvements en force de va-et-vient. C'était un supplice. Un supplice qu'Akihito priait pour qu'il cesse au plus vite. Sa vue était voilée par les larmes, ses oreilles bourdonnaient, il n'avait plus de force… Plus la force de subir… Plus la force de se battre. C'en était trop pour le jeune photographe.
Dans un dernier mouvement sec du bassin, le russe se retira, réajusta son pantalon et alla d'un pas flâneur se servir un verre de vodka. Il se rassit ensuite dans son fauteuil, et sirota le liquide tout en regardant le jeune homme étalé sur la table. Celui-ci, inerte, laissait couler ses larmes sans aucune autre réaction. Un infime filet de sang glissait le long d'une de ses jambes…
xxx
C'était le milieu de la nuit, environ trois ou quatre heures du matin. Malgré l'obscurité qui régnait dans une des chambres au dernier étage d'un somptueux manoir, on pouvait distinguer, enfouie sous les draps, une petite silhouette recroquevillée sur elle-même.
Il se trouvait à Macao à présent. D'abord à Hong-Kong : chez un chinois déphasé et pervers, et ensuite à Macao : chez un russe sadique et pervers… Point commun entre les deux : La perversité !
Akihito aurait voulu en rire, comme à son habitude, histoire de dédramatiser sa situation, mais… Il pleurait. Il ne s'était pas arrêté de pleurer depuis son… Il n'arrivait même plus à évoquer le mot « viol »…
Sa tête lui faisait atrocement mal. Les larmes étaient faites pour soulager les douleurs de l'âme, mais elles n'épargnaient pas la tête. En y réfléchissant bien, les larmes avaient peut-être ce but : donner un super mal de crâne pour ne plus penser qu'à cela.
Depuis qu'il s'était fait kidnapper par Feilong, Akihito n'avait plus qu'une envie : retourner chez lui au Japon, revoir ses amis, et même son appartement pourri et ses factures qui devaient s'entasser dans sa boite à lettre. Mais ce qu'il désirait le plus, c'était…
Il ferma les yeux, et le visage d'Asami lui apparut. Malgré la chaleur qui régnait dans sa chambre, ou plus exactement, sa cellule, Akihito s'était enroulé dans les draps comme à la manière d'une chrysalide guettant la fin des mauvais jours pour prendre un nouvel envol. L'espoir faisait vivre… Et cette sensation d'être lové dans ces draps lui rappelait sa dernière étreinte avec Asami.
Asami le tenait fermement, ce soir-là, lorsqu'il lui faisait l'amour. Il s'était collé à lui, torse contre dos, tout en l'enlaçant dans ses bras. Il le maintenait fermement, mais, il y mettait aussi de la douceur…
« Et… Et j'ai aimé ça… » se dit Akihito. Même si ce soir-là il lui en avait voulu d'avoir profité de la situation…
Mais au fond, Asami n'était pas le seul fautif. C'était lui qui était venu le voir pour lui demander de l'aider à sauver ses amis séquestrés par Feilong. Il avait pensé qu'en utilisant son corps, Asami finirait par accéder à sa requête. C'était lui qu'il fallait blâmer. User de son propre corps pour obtenir quelque chose, n'était-ce pas une forme de prostitution ?
Akihito eut soudain le rouge aux joues en se remémorant cette nuit pitoyable mêlée de plaisir. Était-ce par honte ou parce qu'un subreptice désir commençait à naître en lui en se revoyant se donner librement à Asami ? Il lui avait même demandé de ne pas se retirer… (2)
De nouvelles larmes coulèrent entre ses paupières closes. Pour la première fois depuis sa rencontre non désirée avec Asami, le photographe venait de se l'avouer. Il avait toujours réfuté le fait qu'il éprouvait du plaisir aux assauts du mafieux. Certes, Asami le prenait toujours par la force et se moquait de sa résistance passive, mais… peut-être qu'Asami avait raison tout compte fait…
Mais cette nuit, à Macao, Akihito n'avait plus qu'un seul désir, une seule pensée : revoir Asami, revoir ses yeux cuivrés froids et acérés, mais qui en même temps l'attiraient, l'envoûtaient…
Il voulait tant le revoir… En connaître plus sur cet homme qui l'irritait, qu'il détestait, mais qui, indubitablement, par la force des choses, avait fini par…
Il sombra d'épuisement, laissant en suspend une phrase qu'il n'aurait jamais cru pouvoir prononcer un jour.
Les larmes servaient aussi à endormir les maux de l'âme… Tout compte fait, elles accomplissaient bien leur rôle.
À suivre…
(1) Voir le Vol 2.
(2) Voir la fin du 1er chap. du Vol 3 de Naked Truth.
