Bonjour/Bonsoir tout le monde ! Voilà le chapitre 3. J'espère que vous l'aimerez et n'hésitez pas à laisser une review en bas, après votre lecture, ça fait toujours plaisir :)
Je remercie MICHONCHON, Sieba972, ameliesky61, Le Poussin Fou et un guest dont je n'ai pas le nom pour leurs reviews ! :D Merci également à athena719 et fandemerlin pour avoir ajouté cette fiction à la rubrique " follow ". Je crois que je n'oublie personne ^^
...Merlin est...à la BBC... Blablabla, vous êtes déjà au courant :p
Allez, sur ce, je vous laisse lire. Les musiques sont entre parenthèses, comme d'habitude.
Bonne lecture, mes très chers ! :)
Chapitre 3: Basculement...
( The Imitation Game Soundtrack – Running )
Merlin sentait qu'il n'allait pas pouvoir continuer sur cette voie. Trois jours étaient passés depuis sa crise de panique, crise à laquelle il préférait éviter de penser. Il en avait tellement honte qu'il avait même demandé à Arthur et les chevaliers de ne pas en toucher mot à Gaïus. Étant donné que Merlin avait semblé aller bien sur le reste du trajet, comme si rien ne s'était passé, tout le monde avait accepté sa demande et personne n'en avait reparlé.
Mais ce midi-là, bien que plusieurs jours se soient écoulés, bien qu'il n'ait pas subi à nouveau de crises similaires, son tempérament gai et optimiste en avait pris un sacré coup. Il lui coûtait de devoir constamment sourire à ses proches, de devoir encore jouer au serviteur idiot et maladroit, de devoir encore se coltiner la lessive d'Arthur ! Oh oui, que tout cela lui pesait, que cette vie l'agaçait, jouant sur son humeur, le rendant exécrable. Mais le pire, c'est que Merlin ne ressentait plus aucune peur, aucune anxiété, aucune honte, aucune culpabilité. Il se complaisait à nourrir ce genre de pensées.
De plus, les flashs dont Merlin avait commencé à être victime trois jours plus tôt ne s'étaient pas atténués, ils s'étaient plutôt intensifiés. Même s'il n'arrivait toujours pas à mettre une quelconque signification dessus. Il entendait continuellement la même voix étouffée, voyait toujours la même silhouette noire, apercevait encore et encore cette éblouissante lumière blanche. Rien d'autre. Les flashs devenaient plus présents et rendaient son « minable quotidien », comme il avait pris l'habitude de l'appeler, difficile à gérer, mais ils n'évoluaient pas autrement.
Enfin, Merlin n'avait pas non plus recroisé une seule fois le « faux serviteur », ou l'espion, il ne savait comment l'appeler, en trois jours... en cinq jours, plutôt. Depuis qu'il avait utilisé sa magie pour l'effrayer, l'homme n'était pas réapparu. Merlin ne savait pas quoi penser à ce sujet. Cet homme était-il tout simplement un revendeur de biens, de trésors, d'informations, ou servait-il les intérêts d'un ennemi d'Arthur, de Camelot ? Le fait qu'il ne soit pas revenu laissait penser à Merlin que la première option était la plus logique, puisque s'il était à la solde d'un conquérant ou d'une toute autre personne avide de pouvoir, il aurait réitéré ses tentatives de vol jusqu'à satisfaire son maître. De toute façon, désormais... il s'en fichait royalement, cette histoire était le cadet de ses soucis. Mais... pour être honnête... s'il avait pu livrer les plans des tunnels sur un plateau d'argent, si cette idée lui avait traversé l'esprit à ce moment-là, il l'aurait fait sans la moindre hésitation.
Tout à ses pensées, Merlin fut ramené de force à la réalité lorsque que Gaïus agita sa cuillère devant son nez.
- Si tu ne manges pas, Merlin, comment auras-tu la force de travailler ?
Merlin leva les yeux au ciel, irrité. Il repoussa son assiette et déclara, le visage renfermé:
- C'est répugnant.
- Pardon ? S'exclama Gaïus, sidéré. C'est ton plat préféré.
- Euh... Non, je n'ai pas dit ça dans ce sens-là, Gaïus, le rassura Merlin en se forçant à sourire. C'est juste que je n'ai pas faim du tout et que, dans ce cas-là, tout me semble répugnant.
- Et dire que tu vas nettoyer les écuries tout à l'heure, murmura le médecin, presque moqueur.
- Haha, merci de me le rappeler. Je suis sûr qu'Arthur va encore venir vérifier ce que je fais. Il n'arrête pas depuis trois jours !
- Tu as sûrement dû faire quelque chose qui ne lui a pas plu, fit remarquer Gaïus.
- A part mon travail, je n'ai absolument rien fait ! S'écria Merlin en frappant sur la table.
- Tu m'as l'air tendu, mon garçon... Veux-tu que je te donne un calmant ?
Merlin se leva dans un mouvement brusque, rajusta rapidement son foulard rouge autour de son cou et sa veste sur ses épaules, puis sortit des appartements sous l'œil dépité de son tuteur.
- Je me passerai bien de vos fichus remèdes..., marmonna t-il entre ses dents alors qu'il traversait les couloirs menant à la cour.
FLASH FLASH FLASH
- Ah non ! Mais ça va finir par s'arrêter, oui ?!
Merlin prit appui sur le mur afin de ne pas perdre son équilibre. Il ferma les paupières plusieurs secondes et tâcha de se concentrer sur les images. Il avait vite compris qu'essayer de les chasser ne lui apporterait rien si ce n'est un horrible mal de crâne. Mais une fois de plus, il dut ajouter une déception à son palmarès de tentatives. Quel était le sens de ces perturbations mentales ? Qu'était-il censé comprendre, à la fin ?
FLASH FLASH FLASH FLASH
- Allez, arrêtez-vous..., supplia t-il à mi-voix.
Merlin préféra jouer la carte de la prudence et attendit donc de voir si d'autres images allaient apparaître. Plusieurs minutes passèrent dans un calme olympien, ce qui rassura le jeune sorcier et l'incita à reprendre la route jusqu'à la cour. A peine eut-il descendu les marches et dépassé la statue qu'un petit groupe de serviteurs arriva vers lui. Tous arboraient des mines contrariées, visiblement pas de très bonne humeur. Merlin ne put s'empêcher d'arborer un sourire mauvais. Il savait très bien pourquoi ces personnes avaient à lui parler et surtout, pourquoi elles se montraient aussi en colère. Le quart d'heure d'amusement allait commencer.
- Merlin, pourquoi as-tu fait ça ? Demanda un jeune garçon, attristé et... choqué.
- Mais de quoi parles-tu ? S'enquit-il, faussement étonné.
- Ne fais pas semblant de ne pas savoir, s'il te plaît... Nous savons que c'est toi.
- Oui, Tyr t'a vu traîner dans les écuries hier soir, à la nuit tombée, ajouta une servante. Et ce matin, les box étaient ouverts et les chevaux avaient disparu... Nos maîtres étaient furieux... Pourquoi as-tu fait ça ?
- Ça ne te ressemble pas, fit remarquer un autre domestique, tout aussi chamboulé par le changement de leur ami.
- Oh, vous m'avez démasqué ! S'affligea Merlin avec de grands airs de comédien. Je suis désolé que vous ayez eu des ennuis par ma faute. Je voyais ces pauvres chevaux, seuls et enfermés. Je voulais simplement leur accorder un peu de liberté...
- Mais... ils ne sont pas malheureux, ils appartiennent à des nobles. Et puis, rien ne te donnait l'autorisation de faire ça.
- C'est vrai, c'est retombé sur nous, ajouta une jeune fille, mon maître m'a même menacée de me renvoyer...
- Nous avons mis des heures pour les retrouver et les ramener au château.
- Pourquoi as-tu fait ça ?
- Tu n'es pas comme ça, d'habitude.
Tandis que tout le monde ajoutait son grain de sel à l'acte ô combien irréfléchi, immature et impardonnable qu'il avait commis la nuit dernière, Merlin se délectait de la situation. S'il avait fait sortir les chevaux, c'est simplement parce qu'il en avait eu envie. Il avait ressenti un besoin inconscient de commettre quelque chose d'insensé, de créer de la discorde. Voir chaque jour le quotidien du château, les allées et venues des serviteurs, les patrouilles s'en aller puis revenir, tout cela tapait fortement sur les nerfs de Merlin. Dieu qu'il en avait marre d'être là, piètre observateur d'une vie réglée, des vas et vient de tous ces gens qu'il méprisait. Libérer les chevaux était peut-être une action ridicule, mais une action qui lui avait apporté beaucoup de satisfaction.
- Tu mériterais qu'on en parle au roi Arthur...
Cette fois, la réaction de Merlin fut rapide. Il s'avança d'un pas vers celui qui avait osé prononcer cette phrase, les traits durcis.
- En parler à Arthur ? Je te conseille de ne pas le faire. En fait, je vous le conseille à tous.
- Tu nous menaces ?! S'exclamèrent t-ils d'une même voix, bouche-bées.
- Haha, croyez-moi, si je vous menace un jour ce ne sera pas de cette manière.
- Mais tu t'entends parler, Merlin ?! S'écria une autre servante.
- Ça suffit, je vais voir le roi, déclara un des domestiques.
Celui-ci était assez réticent, mais Merlin, bien qu'étant leur ami, avait franchi la ligne noire. Proférer des menaces était un point à ne pas atteindre, même pour des serviteurs. Malheureusement, le jeune homme n'eut pas le temps de faire un pas. Il fut violemment attrapé par le col de sa tunique et brusquement renversé au sol... par Merlin.
Tyr, qui venait d'entrer dans la cour, fut témoin de la querelle. Interloqué de voir le valet d'Arthur agir d'une façon aussi agressive, il contourna le groupe et fonça dans le château pour prévenir le roi.
( Pandora Hearts OST-2-Kajiura Yuki-Foretaste )
Arthur essayait tant bien que mal de se concentrer sur des travaux politiques qu'il avait repoussés bien trop longtemps, mais ses pensées n'arrêtaient pas de divaguer vers une seule et unique personne: Merlin. Il ne savait pas réellement pourquoi il était aussi préoccupé par ce dernier. Mise à part la crise de panique qu'il avait subie trois jours plus tôt, rien de... bizarre n'était arrivé, rien d'alarmant non plus. Tout était calme dans leur quotidien. Calme. Oui, justement. Tout était beaucoup trop calme. Il semblait à Arthur que Merlin n'avait pas la tête dans son assiette depuis quelques temps. Il était ailleurs, parfois renfrogné, parfois à se plaindre, il lui arrivait même de snober complètement les pics de son maître. Bref, pour faire simple, quelque chose clochait chez lui. Mais, évidemment, jamais Arthur n'irait se poser tranquillement avec Merlin pour se mettre à le questionner ensuite. Jamais de la vie.
Arthur soupira profondément, une fois de plus dévié de ses devoirs de souverain.
- Il va me rendre fou..., murmura t-il, contrarié.
- Je reconnais cet air, balança Guenièvre en entrant dans les appartements.
Son époux posa la plume sur le bureau et renversa la tête en arrière, dépité et frustré.
- Quelque chose vous préoccupe ? Demanda la reine.
- Merlin.
Guenièvre leva un sourcil interrogateur. Elle n'avait pas vu Merlin très souvent durant les derniers jours, mais pendant le peu de temps qu'ils avaient discuté, rien ne lui avait paru inhabituel. Elle se glissa derrière son mari et caressa tendrement ses cheveux.
- Que voulez-vous dire ?
- Eh bien... je ne saurais l'expliquer, c'est juste que... je le trouve un peu distant en ce moment. J'ai l'impression que quelque chose l'a mis en colère, mais j'ai beau cherché je ne vois pas quoi.
- Ce n'est pas le genre de Merlin d'être rancunier.
- Je le sais bien, mais... j'ai réellement la sensation qu'il m'en veut de quelque chose.
- A vous en particulier ? Demanda Guenièvre, perdue.
- Je crois... enfin, je ne suis pas sûr. Je l'ai rarement vu interagir avec d'autres personnes ces derniers temps, c'est pour ça que j'en conclue qu'il ne peut s'agir que de moi... mais je suppose que ça peut être n'importe qui...
Guenièvre vit l'expression perturbée qu'arborait Arthur. Elle eut un sourire attendri car, au fond de lui-même, le roi de Camelot tenait à son serviteur et éprouvait une inquiétude naturelle à son sujet. Elle ne savait pas s'il était vraiment conscient de cela, mais elle savait néanmoins que c'était vrai.
- Vous devriez peut-être...
Des coups précipités à la porte empêchèrent Guenièvre de terminer sa phrase.
- Entrez !
Tyr Seward pénétra dans les appartements, haletant et le visage en sueur. Arthur se leva, saisi par l'inquiétude.
- Majestés, c'est Merlin, il... il a perdu l'esprit...
Arthur se posta devant le jeune homme, affichant une mine à la fois effrayée et dubitative. Les mots « il a perdu l'esprit » le rendaient suspicieux, mais le déroutaient également. En quoi Merlin pouvait avoir perdu l'esprit ? Le monarque était le premier à savoir que son valet avait parfois un comportement étrange, un comportement typiquement Merlinesque, mais de là à semer la panique dans son entourage... Car, oui, c'était bien de la panique qu'Arthur déchiffrait sur le visage de Tyr.
- Soyez plus clair, Tyr, le somma Arthur.
- Il vient d'agresser un serviteur, Sire.
- Merlin ?! S'exclama t-il, stupéfait. Ça ne tient pas la route.
- S'il vous plaît, pouvez-vous venir... ? Je crains qu'il soit encore en train de se battre...
Arthur lança un bref regard à Guenièvre, tout aussi choquée que lui, puis suivit Tyr jusque dans la cour. Là, ce qu'il vit le cloua littéralement sur place. Merlin était penché sur un jeune garçon, à peine plus âgé que lui, et le tenait fermement par la gorge, bloquant sa respiration par une poigne d'une force impressionnante. Autour d'eux, d'autres serviteurs ainsi que des habitants de la ville basse épiaient la scène, les yeux écarquillés, tous pris au dépourvu. Certains tentèrent d'arrêter Merlin qui parvint, dieu seul sait comment, à les repousser de justesse. Arthur se fraya rapidement un chemin dans la foule.
- Poussez-vous, écartez-vous !
Son arrivée fit reculer l'attroupement, mais Merlin n'émit aucune réaction. Arthur l'attrapa férocement par le bras et le força à lâcher prise sur le serviteur plaqué au sol.
- Merlin, arrête ça ! Bon sang, tu vas te reprendre, oui !
Merlin poussa Arthur avec une force que celui-ci n'aurait jamais cru déceler chez son valet. Dans le feu de l'action, le sorcier lui décocha un violent coup de poing dans la mâchoire. Ce geste eut pour effet d'installer un silence de mort dans la cour, un silence pesant durant lequel chacun retint sons souffle, attendant la suite de la querelle, attendant une récidive de la part leur roi. Pris sur le fait, Arthur n'avait même pas songé à se défendre. Pour être tout à fait franc avec lui-même, il n'avait pas vu le coup venir. Et s'il ne l'avait pas vu venir, c'est parce qu'il n'aurait jamais imaginé Merlin capable d'une chose pareille. Il porta la main à sa bouche tout en dévisageant son serviteur.
- Oups ! S'exclama celui-ci en souriant, visiblement amusé.
Arthur eut du mal à réagir, à se bouger, à revenir à la réalité. Quelque clochait chez Merlin, il venait d'en avoir la preuve, d'en faire les frais. Cette marque de violence, ce sourire sardonique, tout cela était... loin de correspondre à Merlin, même loin de l'habiter. Mais que lui arrivait-il ? D'accord, c'était le moment de l'avouer...
Arthur était inquiet. Non, il était terrorisé.
Il scruta la foule qui le regardait, muette de stupeur, et repéra les gardes juste devant elle.
- Gardes, je... je pense qu'un petit séjour dans les donjons lui fera le plus grand bien !
Juste avant que les dits gardes se saisissent de lui, Merlin haussa les épaules, impassible, le regard toujours fixé sur Arthur. Un regard de glace, recouvert d'un voile de haine. Le souverain en eut des frissons de terreur.
FLASH FLASH FLASH
Soudain, Merlin tomba à genoux et ferma les yeux, arborant une grimace de douleur. Les gardes ne s'attardèrent pas sur sa subite faiblesse et le traînèrent jusqu'aux donjons. Ils passèrent devant Gaïus qui avait observé la scène dans un état d'effroi. Ce dernier n'avait pas reconnu son pupille. Où était passé ce garçon si généreux, si pacifique, si attentif aux autres ? Où était passé son sourire innocent et mutin ? Où était passé sa gentillesse naturelle, indestructible ?
- Gaïus ! L'appela Arthur, encore sous le choc. J'ai à vous parler. Tyr, fit-il en se tournant vers le concerné, vous venez aussi.
Le ton tranchant de leur roi convainquit les deux hommes de ne pas lui tenir tête. Arthur apostropha ensuite un garde posté près de l'escalier.
- Prévenez Léon, Gauvain, Elyan et Perceval de me retrouver dans la salle du conseil sur le champ.
- A vos ordres.
Le garde s'inclina et quitta les lieux. Arthur ne s'était pas embêté avec les formalités, c'était bien la dernière chose à laquelle il pensait à ce moment-là. Il tremblait encore sous le coup de l'émotion. Merlin... son idiot, fidèle et loyal serviteur avait osé le frapper ? En public ? Sans éprouver aucun remord ? Non. Impossible.
Arthur vérifia que Gaïus et Tyr étaient prêts à le suivre, puis les emmena dans la salle en question, fermant précautionneusement les portes derrière eux. Il entama sans perdre un instant:
- Gaïus, dites moi que vous avez une explication.
- J'aimerais, Sire... mais, comme vous pouvez le voir, je suis tout aussi étonné.
- Ça ne ressemble pas à Merlin d'agir de la sorte, poursuivit Arthur en faisant les cents pas. Vous ne pensez pas que... que ce changement puisse être dû à la magie ? Supposa t-il, réticent et méfiant. Je sais que mon hypothèse est peut-être un peu bancale et infondée, mais croyez-vous que ce serait possible ?
- En effet, Sire..., admit Gaïus à voix basse, comme si cette possibilité l'effrayait plus que tout.
- Tyr, pouvez-vous m'expliquer pourquoi Merlin s'est emporté contre ce serviteur ? Avait-il une raison d'être aussi en colère ?
- Euh... Je n'étais pas là. Je suis juste entré dans la cour et j'ai vu leur dispute... Je ne suis pas sûr, mais je pense que... que Merlin a ouvert volontairement les box des chevaux, hier soir, et que ça n'a pas plu aux autres, expliqua t-il, faisant référence aux serviteurs.
- Comment le savez-vous ?
- Je l'ai vu dans les écuries. Mais, comme je ne me doutais pas de ce qu'il allait faire, je ne suis pas resté.
- Volontairement, vous dîtes ? Souligna Arthur, les sourcils froncés.
- Oui. Il traînait devant les box et regardait les chevaux. Et, ce matin, j'ai appris qu'ils avait été libérés.
- Ça n'a aucun sens, répéta Gaïus. Merlin ne ferait jamais une chose comme celle-ci.
- Oui, ça n'a aucun sens, soupira mollement le roi, passant une main lasse dans ses cheveux.
- C'est pourquoi vous avez peut-être vu juste, Sire. Il est possible que la magie soit à l'œuvre.
- Mais comment ? Quelle sorte de magie ?
Gaïus baissa la tête, chagriné. Il avait souvent réponse à tout, surtout en matière de magie, mais il existait de nombreuses méthodes de corrompre une personne, de la manipuler. Parfois avec ou sans magie.
- Je ne sais pas, Sire...
La porte de la salle s'ouvrit brusquement, laissant entrer les quatre chevaliers convoqués par Arthur. Tous avaient des visages soucieux, se demandant quelle pouvait être la raison de cet entretien inattendu.
- Léon, Gauvain, Perceval, Elyan, je veux que vous me disiez chacun votre tour si vous avez remarqué quoi que ce soit d'inhabituel dans le comportement de Merlin.
Aussitôt, Gauvain fit un pas vers le monarque, la main sur le pommeau de son épée.
- Qu'est-il arrivé à Merlin ? Est-ce en rapport avec sa crise de panique ?
- Une crise de panique ? S'écria Gaïus, troublé.
Arthur lança un regard réprobateur à son chevalier, lui faisant comprendre qu'il aurait mieux fait de se taire.
- Je suis navré, Gaïus, Merlin nous a demandé de garder le silence, s'excusa t-il, sincère.
- Vu où nous en sommes, je pense que des explications s'imposent, requit le médecin d'une voix ferme mais mesurée.
- Il y a trois jours, quand nous sommes partis en patrouille, Merlin a été pris d'une crise de panique. Lui-même nous a affirmé ne pas comprendre pourquoi et, comme il paraissait aller mieux en revenant, nous lui avons promis de ne pas vous en parler.
Gaïus soupira et secoua la tête. Là, en revanche, il reconnaissait bien son fils de cœur.
- Gauvain, avez-vous remarqué quelque chose d'étrange chez Merlin ? Enchaîna Arthur, impatient.
Le ton qu'il employait prouvait clairement à quel point la scène à laquelle il avait assisté et le poing qu'il avait reçu l'avaient traumatisé. Ses nerfs étaient agités et il peinait à retrouver une contenance digne de son rang. Au lieu de répondre à la question posée, Gauvain réitéra sa première question.
- Que s'est-il passé avec Merlin ?
- Il m'a frappé, laissa tomber Arthur.
Gauvain hésita entre dévisager ce dernier et éclater de rire. Il choisit alors de concocter un petit mélange des deux. Il se mit à rire tout en jetant un long regard perplexe à son roi.
- Je suis très sérieux, Gauvain, et la situation ne prête en aucun cas à rire.
- Oui, excusez-moi..., reconnut-il en se raclant la gorge.
- Je répète: Merlin a t-il agi bizarrement ces derniers jours ?
- Eh bien... Non, pas vraiment. Enfin si, il a accepté de m'accompagner à la taverne. Ça devait être hier soir ou avant-hier soir, je ne sais plus... ça m'a agréablement surpris. Habituellement, il décline toujours mes invitations.
Au vu de l'expression de Gaïus et Arthur, Gauvain pouvait en conclure qu'ils étaient également très surpris. Mais sûrement pas agréablement.
- Léon ? Continua Arthur avec un sérieux intimidant.
- Je n'ai pas beaucoup vu Merlin dernièrement, mais il m'a paru normal. Peut-être un peu plus... renfermé et ailleurs, je dirai.
- C'est aussi mon avis, l'appuya Perceval. Hier après-midi, je me suis rendu dans la ville basse et j'ai croisé Merlin. Quand je l'ai salué, il m'a complètement ignoré. J'ai simplement pensé qu'il ne m'avait pas vu.
- Avec ta carrure c'est quand même difficile de ne pas te remarquer ! Fit Gauvain.
Cette plaisanterie aurait peut-être eu le don de faire rire le comité dans d'autres circonstances, mais à cet instant elle ne jeta qu'un froid épouvantable dans la salle. Gauvain avait raison. La plupart du temps, Perceval était la première personne visible dans une foule et, qui plus est, Merlin le connaissait. A part avoir été distrait, ce qui était peu probable, le valet d'Arthur n'avait aucune excuse. La vérité était là: il avait ignoré Perceval de son plein gré.
Esquiver les chevaliers, se montrer distant, renfermé et froid, créer des problèmes sans raisons apparentes et aller jusqu'à frapper le roi de Camelot en personne... Il y avait définitivement quelque chose qui n'allait pas chez Merlin.
- Sire, savez-vous pourquoi Merlin agit ainsi ? Demanda finalement Elyan.
- Nous pensons que la magie pourrait être à l'origine de son comportement.
- La magie ? Mais qui voudrait s'en prendre à Merlin ? Je veux dire... bien qu'il soit notre ami à tous, il n'est... qu'un serviteur... Quel intérêt un sorcier aurait-il à l'attaquer ?
- Je comprends ce que vous voulez dire, Elyan. Là encore, la question se pose.
Un silence prit place dans la pièce. Chacun semblait réfléchir à cette question cruciale, tentant de mettre un visage sur un traître tapit quelque part dans Camelot, probablement au cœur même du château, quelqu'un pouvant faire parti de leur entourage. Tout le monde pensait à Agravain. Pendant un an, l'oncle d'Arthur avait servi et combattu aux côtés de son neveu, jouant en réalité double jeu et n'agissant que dans les intérêts de Morgane. Et si quelqu'un de la même espèce que lui se terrait au château ? Si cette personne avait empoisonné l'esprit de Merlin ? Mais, là encore, ils se heurtaient à une impasse. Pourquoi Merlin ? Pourquoi un serviteur ? La seule explication plausible était que ce dernier figurait en tant que valet personnel du roi Arthur et celui-ci comptait un bon nombre d'ennemis. N'importe qui, avec un esprit assez avisé et réfléchi, pouvait voir en Merlin le pion idéal afin d'atteindre Arthur.
- Gaïus, fit soudainement le monarque en brisant le silence, pouvez-vous faire des recherches grâce à vos livres ?
- Bien-sûr, Sire.
- Ce que j'ai à ajouter ne va pas vous plaire, mais je décrète que Merlin doit rester enfermé jusqu'à ce qu'on comprenne exactement ce qui lui arrive.
- Vous êtes sûr que c'est nécessaire ? Siffla Gauvain, mécontent face à une telle idée.
- Croyez-moi, ça ne me réjouit pas non plus, mais c'est la seule solution. Vous n'avez pas vu ce que j'ai vu tout à l'heure, Gauvain. Merlin est... il est dangereux. Le laisser errer en liberté dans le château n'est pas prudent.
Personne n'osa répliquer. C'était vrai, Arthur avait raison, et personne ne pouvait le nier. Même si cela n'enchantait guère les chevaliers, et encore moins Gaïus et Arthur, c'était l'initiative la plus préventive, autant pour la sécurité des habitants du château que pour celle de Merlin. En plus d'être agressif, il avait l'air de ne pas contrôler du tout ce qu'il faisait. Il serait capable de se blesser ou de s'attirer des ennuis beaucoup plus graves.
- Bien..., murmura Arthur, la voix chevrotante. Avant de vous laisser partir, je vous demanderai de ne pas... ébruiter ce que nous venons de dire. Il faut à tout prix éviter la panique. L'incident qui a eu lieu tout à l'heure aura fait le tour du royaume d'ici la fin de la journée, évitons d'en rajouter.
Les chevaliers inclinèrent la tête en signe de soumission et quittèrent la salle du conseil, aussitôt suivis de Gaïus. Lorsque Tyr passa à côté de lui, Arthur l'arrêta doucement.
- Tyr, si les serviteurs vous questionnent, je compte sur vous pour appliquer ce que je viens de dire.
- Que voulez-vous que je leur raconte ?
- Dîtes leur que Merlin a été mit aux donjons pour son indiscipline et qu'il y restera aussi longtemps que je le déciderai.
Tyr se courba avec respect.
- A vos ordres, Sire.
Et sur ces mots, il retourna à ses occupations.
Resté seul, Arthur s'écroula sur la première chaise à sa portée, le teint livide. Comment cela était-il arrivé, déjà ? Avait-il manqué quelque chose ? Il s'était pourtant fait un devoir de surveiller Merlin durant les trois derniers jours. Il avait pris l'excuse qu'il « vérifiait son travail » alors qu'en réalité il ne faisait que s'assurer que son... meilleur ami allait bien, qu'il n'allait pas être victime d'une autre crise de panique. D'ailleurs, cette crise avait-elle un quelconque lien avec son attitude ? Arthur ne savait pas, il n'avait aucune piste à suivre et son impuissance le rendait... plus en colère qu'il n'avait osé le montrer aux autres. Il s'en voulait d'avoir pris la décision de laisser Merlin enfermé, même s'il savait très bien que c'était la seule chose juste et utile à faire. Mais il s'en voulait encore plus d'être obligé de rester les bras croisés. Seul Gaïus, avec l'aide de ses connaissances et de ses précieux livres, était en mesure de trouver la réponse à leurs interrogations, de mettre un terme à leurs inquiétudes tenaces et grandissantes, de faire recouvrer à Merlin son véritable... état d'esprit. Arthur espérait simplement qu'il y parviendrait dans de brefs délais. Pour le moment... il n'avait plus qu'à croiser les doigts.
( Merlin 4 soundtrack « The Bond of Sacrifice » 18 )
Avant de retourner dans ses appartements, Gaïus décida de faire un saut par la prison. Il voulait discuter avec Merlin, essayer de comprendre ce qui lui arrivait en l'observant, tenter de déceler un indice qui aurait échapper aux autres... Les gardes le reconnurent aussitôt et le laissèrent passer sans poser de questions. Ils étaient également au courant de l'attachement que le médecin portait au serviteur d'Arthur, tel un père pour son fils.
En arrivant dans l'allée centrale, Gaïus aperçut une silhouette dans la dernière cellule. Il s'approcha un peu pour mieux la distinguer et le spectacle auquel il assista lui brisa le cœur. Merlin était adossé au mur du fond, recroquevillé sur lui-même, les jambes repliées contre sa poitrine et la tête baissée. Gaïus craignit qu'en ouvrant la bouche son pupille le gratifie de ce machiavélique sourire, un sourire qui ne lui ressemblait pas, qui n'avait rien à faire sur ses lèvres. Mais il n'eut pas besoin d'aller jusque là. Merlin releva la tête de lui-même.
Il pleurait.
Son visage n'arborait plus cette menace ni cette complaisance sournoise que Gaïus avait détecté chez lui un peu plus tôt.
Non, Merlin paraissait à l'inverse torturé et... coupable. Les larmes coulaient d'elles-même, abondantes et intarissables.
- Oh mon garçon..., murmura Gaïus, touché en plein cœur.
- Gaïus, répondit-il, la voix brisée. Gaïus, j'ai étranglé un serviteur et... j'ai frappé Arthur... Je ne sais pas ce qui m'a pris, je vous jure que... je vous jure que je ne sais pas... S'il vous plaît, vous pouvez leur dire que je suis désolé... ?
Gaïus aurait voulu entrer dans la cellule pour mieux réconforter le jeune sorcier, mais il était coincé, séparé de lui par des barreaux. Profitant de la lucidité de Merlin, il demanda:
- Merlin, sais-tu ce qui t'arrive ? Serais-tu capable de m'expliquer ?
- Je ne sais pas... Je me sens constamment... irrité. J'ai envie de... j'ai envie de... faire du mal autour de moi. Je me sens bien dans ces moments-là... Je ne comprends pas ce qui m'arrive... Et... j'ai des flashs aussi...
- Des flashs ?
- Oui... Je vois une image passer devant mes yeux. Je vois... une silhouette, une lumière blanche et... j'entends une voix, mais je ne comprends pas ce qu'elle dit.
- Depuis quand as-tu... ces flashs ?
- Environ trois jours, je crois...
Gaïus passa outre le fait que Merlin n'avait mentionné ces flashs à aucun moment et enchaîna:
- Se sont-ils déclenchés le jour où tu as eu ta crise de panique ?
Merlin baissa à demi la tête et entoura ses jambes de ses bras. Il secoua lentement la tête, honteux, et avoua:
- Je suis désolé, j'aurai dû vous en parler... Oui, c'était le même jour. Je crois que j'ai paniqué autant parce que... parce que je sentais déjà un changement se produire en moi et que ça me terrorisait... Gaïus... Je suis terrifié... Mon destin est de protéger Arthur, alors que j'ai envie de... de le tuer...
- Il est fort probable que ces flashs qui te hantent soient en lien avec ton comportement, comprit Gaïus, restant aussi neutre et concentré que possible.
- Pensez-vous que... que Morgane pourrait être derrière... tout ça ? Risqua Merlin anxieux.
- Je n'en ai pas la moindre idée. La dernière fois qu'elle a voulu t'utiliser pour tuer Arthur, le résultat n'a pas été très convaincant... Je doute qu'elle fasse deux fois la même erreur. Et puis, ça fait deux ans qu'elle s'est volatilisée dans la nature. Les chevaliers l'ont cherchée, mais sans jamais la retrouver. D'après bons nombres de rumeurs, le Sarrum d'Atama la retiendrait prisonnière. Si elle s'était échappée, nous serions déjà au courant.
- Je suppose...
- Merlin, reprit Gaïus d'une voix plus posée, je vais faire tout ce qui est en mon pouvoir pour comprendre ce qui t'arrive, tu le sais.
Merlin hocha la tête, les yeux brillants d'espoir et de reconnaissance.
- Gaïus... Comment a réagi Arthur après ce qui s'est passé ? Questionna t-il d'un ton prudent.
- Tu le connais, il n'est pas le genre d'homme à dévoiler ce qu'il ressent. Mais j'ai pu voir qu'il était très choqué et inquiet, également.
- J'espère que tout rentrera vite dans l'ordre et qu'il acceptera mes excuses.
- Ne te tracasses pas autant, mon garçon, il sait que tu n'étais pas toi-même.
Merlin haussa les épaules, peu convaincu par les paroles de son tuteur, mais n'ajouta rien. Gaïus profita du silence qui suivit pour examiner attentivement son pupille. Il ne releva aucune blessure, aucune anomalie, aucune marque symbolique pouvant laisser penser à l'usage de la magie. Merlin était... Merlin. Il savait aussi que, même si ce dernier avait tu sa crise de panique, il ne recommencerait pas à lui mentir ou lui cacher quoi que ce soit, surtout en pareille circonstance. Par conséquent, si Merlin avait autre chose à lui révéler, il l'aurait déjà fait. C'était ça, le plus troublant. Extérieurement, tout semblait aller bien.
Le proverbe « les apparences peuvent être trompeuses » était malheureusement plus qu'approprié dans cette situation.
- Je reviendrais demain matin si j'ai trouvé quelque chose.
- Merci, Gaïus...
Le médecin lança un coup d'œil encourageant à Merlin, le cœur lourd à l'idée de le laisser seul entre quatre murs, seulement distrait par les bavardages anodins des gardes. Puis, résolu à mettre la main ne serait-ce que sur une piste, il tourna les talons et quitta les donjons.
Alors, qu'avez-vous pensé de ce chapitre ?
J'essaierai de poster la suite Lundi. A la semaine prochaine :)
