Nom : Pokémons, sucre et rock'n roll
Genre : Aventure principalement...
Serie : Pokémon
Disclaimer : Tous les personnages m'appartiennent. Le concept de pokémon, les races ect... appartiennent à Nitendo
Yasha donna un coup de poing dans le distributeur. Cette saloperie refusait de lui donner sa canette. La douleur lui traversa le bras comme une vague de feu glacé. Elle était à bout de nerfs. Bélial était toujours en soins intensifs. Elle avait peur pour lui, peur au point d'en pleurer. Elle avait perdu son porte-feuille lors de sa fuite et elle avait tordu la roue avant de son vélo en arrivant au pokécentre. Elle n'avait plus rien, tout perdu à cause... à cause de ce malade ! Lysandre. La rage la prit au ventre et elle donna un nouveau coup de poing dans la machine. Si jamais elle perdait Bélial... Elle était sûre qu'elle perdrait la raison en même temps. Il était... comme une extension de son propre esprit. Le lien qu'ils entretenaient était profond.
Elle ne voulait pas le perdre !
Encore un coup. La souffrance faisait taire la petite voix qui lui soufflait que Lysandre n'était pas le vrai responsable de ce désastre. C'était elle. Elle était fautive. Elle ne savait que détruire. Si elle avait été une meilleure dresseuse, son pyroli ne serait pas dans cet état, et elle n'aurait pas abîmé son vélo en se précipitant aux urgences. Si elle avait mis son orgueil de côté et fuis plutôt que de relever le défi du garçon, elle n'aurait pas perdu son argent. Et surtout, si elle n'avait pas mis le feu à la salle de concert, elle n'aurait même pas eu besoin de cet argent.
Yasha se rendit compte qu'elle était toujours en train de marteler le distributeur, que le métal commençait à se déformer et qu'elle avait les jointures en sang. Elle s'immobilisa aussitôt. Un "clong" métallique l'avertit que sa canette venait de tomber mais elle n'avait plus envie de boire. Elle s'appuya contre le mur et se laissa glisser jusqu'à s'asseoir à même le carrelage. Elle éleva ses mains devant ses yeux et jaugea l'étendue des dégâts. Ça n'était que des égratignures, elle survivrait. Mais, entre ça et les cicatrices qui ornaient chacune de ses paumes... Est-ce qu'elle serait encore capable de jouer si elle continuait de torturer ses mains de la sorte ? Elle porta ses jointures à sa bouche, surprise de sentir un goût de sel sur sa langue à la place de celui du sang. Des larmes ? Elle s'essuya les yeux sur sa manche. Il ne fallait pas qu'elle pleure. Elle devait rester forte. Sinon elle allait vraiment faire une crise d'angoisse, là, maintenant. C'était cet endroit qui lui faisait perdre tout contrôle sur ses réactions... Le centre pokémon était certes chaleureux et coloré... Mais ça n'en restait pas moins un putain d'hôpital !
Elle avait toujours détesté tout ce qui ressemblait de près ou de loin à un hôpital. Parce que, sous celles des médicaments et de la javel, une odeur imprégnait jusqu'aux murs. L'odeur de la mort. Elle avait connu tant de salles d'attente, blanches comme des cercueils. Le temps n'avait plus cours dans les hôpitaux. Une seconde, une heure, un an, une vie. Elle avait connu la terreur, l'impuissance, quand elle avait vu son père couvert de tuyaux, incapable de la serrer dans ses bras, d'ouvrir les yeux ou même de l'entendre. Huit ans... Son père était resté plongé dans un sommeil sans rêves depuis huit ans. Elle s'en voulait tant... Elle savait bien que ça n'était pas sa faute à elle. Elle n'était pas au volant de la voiture qui avait heurté son père. Elle n'avait pas poussé le chauffard à boire, ni à conduire. Mais elle se sentait coupable. Coupable d'être si faible, incapable de sauver son père, de le guérir.
Au début, il était resté à l'hôpital. Chaque nuit, Yasha l'imaginait, tout seul, dans les ténèbres, prisonnier de son propre corps, incapable de bouger, avec pour seule compagnie les bips monotones des machines qui le maintenaient en vie... Et elle restait là, toute la nuit, les yeux grands ouverts. Il devait se sentir terriblement abandonné. Et si les machines s'arrêtaient ? Et s'il arrêtait de respirer ? Elle en perdit le sommeil. Ses yeux se bordèrent de sombres cernes, ses traits se creusèrent. À l'école, les autres enfants s'étaient éloignés d'elle. Elle ne riait plus et quand on lui parlait, elle se contentait de fixer son interlocuteur d'un regard vide... Même les professeurs avaient du mal à ne pas la tenir à l'écart, tant elle était devenu inquiétante. Et puis elle arrêta d'aller à l'école, comme ça, un beau jour. À la place, elle allait voir son père. Elle restait assise à côté de lui, lui tenant la main. Parfois elle chantait. Elle n'arrivait pas à mettre de mots sur ce qu'elle ressentait alors le plus souvent les chansons n'avaient pas de paroles. Il ne réagissait jamais, mais elle se sentait toujours mieux après. Sa mère ne l'obligea pas à retourner en classe. Elle savait bien que de toutes façons, elle en aurait été incapable...
Finalement, l'état du père se stabilisa assez pour qu'il puisse rester chez lui, auprès de sa famille. Une infirmière s'installa dans la chambre d'ami, pour pouvoir prendre soin de lui en permanence. À partir de ce moment, les choses s'améliorèrent pour la petit fille. Elle réussit peu à peu à retrouver un rythme de sommeil presque normal. Elle retourna à l'école. Ce ne fut pas très difficile de rattraper son retard scolaire. Mais en ce qui concernait son retard social, c'était une toute autre affaire. Elle s'était gagné une réputation parmi ses camarades, une réputation qui allait la suivre toute sa scolarité. On disait qu'elle était folle. Qu'elle se baladait la nuit dans les cimetières, au milieu des pokémons spectre et qu'elle les aidait à faire des choses horribles. Et surtout, une petite peste avait lancé la rumeur que, si elle n'était pas allée à l'école tout ce temps, c'était parce que ses parents l'avaient envoyée dans un asile...
Yasha n'avait jamais démenti.
À quoi bon ? Les gens ne la croiraient pas. On ne pouvait pas compter sur les humains. Et puis comme ça, elle était tranquille. Tant que les gens la craignaient et la détestaient, ils se tiendraient à distance. Ils ne sauraient jamais dans quel état était son père. Elle n'aurait pas à supporter leur pitié. Elle n'aurait pas à se débarrasser de morveux qui prétendraient être ses amis, juste parce qu'ils voulaient pouvoir se glisser chez elle et voir "le-type-qui-est-dans-le-coma". Son père n'était pas un phénomène de foire ! Et de toutes façons, qui avait besoin d'un ami ? Pas elle...
Un langue chaude effleura sa joue, la tirant de ses souvenirs. Elle redressa la tête. Les yeux vert sombre de Bélial lui faisaient face. Incapable de contenir, elle sauta littéralement sur le pokémon, le serrant contre elle. Elle enfouit son visage dans sa fourrure, contenant à grand peine un nouvel afflux de larmes. Le pyroli se laissa faire, habitué à ce genre d'explosions d'émotions. Il savait qu'elle ne pouvait pas se contrôler, il savait à quel point elle avait eu peur...
L'infirmière Joëlle regardait la scène depuis l'encadrement de la porte, attendrie mais ne comprenant pas cette débauche d'affection. Certes, l'état de ce pyroli était grave quand il était arrivé, mais pas désespéré. La dresseuse l'avait vite emmené se faire soigner. Elle avait eu la bonne réaction au bon moment, ils avaient eu même plus de temps qu'il n'en fallait pour remettre son pokémon sur pieds. Alors pourquoi agissait-elle comme si il revenait du royaume des morts ? Décidant de ne pas troubler ces retrouvailles, elle posa la pokéball que Yasha lui avait confié sur une chaise et repartit en direction de l'accueil.
"Tu sais quoi, Bélial ?" demanda la dresseuse tandis qu'il lapait dans une écuelle la limonade qu'elle avait acheté un peu plus tôt. Il se redressa un peu et s'assit, le plumeau de sa queue jouant avec la lumière. Yasha chercha ses mots. Elle ne voulait pas le blesser...
"Je pense... Que ça serait une bonne idée si nous... agrandissions l'équipe. Un autre pokémon... Ça n'est pas que je cherche à te remplacer, rassure-toi ! Mais je ne veux plus que tu sois mis en danger, simplement parce que tu n'as personne pour venir en renfort... Tu comprends ?"
Bélial émit un petit ronronnement approbateur. C'était une bonne idée. À dire vrai, sa propre santé l'indifférait. Mourir au combat était un honneur... Non, lui, ce qu'il voyait, c'était que Yasha allait être obligée d'ouvrir son coeur à un autre pokémon, de lui faire confiance tout autant qu'à lui. Et finalement l'aimer. C'était une bonne chose. Peut-être qu'un jour, en forçant un peu, elle réussirait à apprécier un autre être humain que ses parents. Peut-être qu'un jour, elle réussirait à surmonter ce qui la faisait souffrir. À ce moment-là, Bélial le savait, elle serait adulte. Et c'était ce qu'il souhaitait le plus pour elle...
