Star Wars appartient à Lucasfilm, qui est la propriété de Disney, et je ne gagne pas d'argent avec ce que j'écris.
Encore toutes mes excuses pour avoir pris tant de temps ! Pour ceux qui connaîtraient la planète Osarian mieux que moi, je m'en excuse - j'ai pris quelques libertés à son propos. J'ai des examens qui approchent, mais je m'efforcerai de publier le cinquième et dernier chapitre aussitôt que possible.
En attendant... j'espère que ce chapitre vous plaira, et je sais qu'on est encore quelques heures trop tôt, mais May the Fourth be with you ! :D
10/01/2017 : Réécriture partielle du chapitre.
Souvent je pense qu'ils sont seulement sortis
Bientôt ils rentreront à la maison.
Le jour est beau, oh n'aie pas peur.
Ils font seulement une longue promenade.
Oui, ils sont seulement sortis
Et ils vont maintenant rentrer à la maison.
Oh n'aie pas peur, le jour est beau,
Ils font seulement une promenade vers ces sommets.
Ils sont juste partis devant nous
Et ils ne désirent pas rentrer à la maison.
Nous les rattraperons sur ces sommets
Dans la clarté du soleil, le jour est beau sur ces sommets !
Leia jeta un dernier coup d'œil à l'intérieur du petit sac qui contenait le strict minimum dont elle avait besoin, et vérifia qu'elle n'avait rien oublié. Satisfaite, elle le referma, puis glissa la lanière en bandoulière autour de son dos, prête à partir. Avant qu'elle ne se dirige vers la porte, C-3PO, qui avait observé tous ses préparatifs en proposant son aide dès que l'occasion s'en présentait, lui adressa la parole.
– Princesse Leia, êtes-vous sûre que vous n'aurez pas besoin de mon assistance pendant votre périple ?
La jeune femme sourit.
– Certaine, 3PO.
– Dans ce cas, je vous souhaite un excellent voyage, et j'espère de tout cœur que vous nous reviendrez saine et sauve.
R2-D2, inséparable de son ami doré, acquiesça d'une série de bruits électroniques.
– Je vous le promets. À bientôt !
Elle appuya ensuite sur le bouton d'ouverture de la porte, et sortit de ses quartiers afin de se diriger d'un pas rapide vers le hangar à vaisseaux. Elle avait encore cinq minutes d'avance, constata-t-elle en regardant l'heure. C'était parfait.
Peu de temps après, elle arriva devant le vaisseau circulaire qu'elle connaissait bien. La rampe était baissée, mais personne n'était en vue. Elle s'y engagea sans hésiter, certaine qu'elle trouverait ses deux pilotes à l'intérieur.
Quand elle arriva dans le cockpit, Han était assis dans son fauteuil, et préparait le Faucon pour le décollage. En l'entendant arriver, il tourna la tête vers elle et lui adressa un rapide sourire avant de se retourner vers ses engins.
– Tu arrives juste à temps, lui dit-il, plus que quelques vérifications à faire et on est tout prêts. Installe-toi.
Leia regarda autour d'elle, surprise.
– Chewie n'est pas là ?
– En mission sur Kashhyyk, répondit Han. Il en profite pour rendre visite à sa famille qu'il n'a plus vue depuis des années. J'espère que ça ne te dérange pas d'être mon copilote.
Leia hocha la tête et s'assit dans le siège à côté de Han sans un mot. Celui-ci activa encore quelques interrupteurs sur le plafond du vaisseau, et après quelques échanges holoradio, ils furent partis.
Une fois qu'ils furent passés en hyperespace, Leia tourna son siège vers Han.
– Serait-il possible, maintenant, d'en savoir un peu plus sur ce mystérieux voyage ? Le général Rieekan ne m'a rien dit, seulement que tu avais demandé ma présence et que tu me donnerais tous les détails. Je n'ai rien pu préparer.
– Ce n'est rien de très sorcier, répondit le capitaine, juste de l'approvisionnement. Je dois aller chercher du carburant et du matériel médical sur Osarian, dans le secteur Merthian, une planète libérée, pas d'Impériaux sur la route, trop facile. Mais comme mon copilote habituel est absent, j'avais besoin d'en trouver un autre.
– Et malgré tous nos excellents pilotes, tu as demandé que ce soit moi ?
Han la fixa du regard.
– Je ne laisse pas un pilote au hasard s'approcher de mon vaisseau, mon cœur.
Légèrement flattée, mais consciente qu'il y avait autre chose derrière l'affirmation de Han, Leia se retourna vers le noir d'encre au-delà du cockpit sans un mot, ses pensées tournées vers les quelques informations qu'elle possédait, bien trop maigres à son goût. Elle aimait connaître les moindres détails des endroits où elle allait, ainsi que des tâches qu'elle devrait réaliser, si possible avant même d'entrer dans le vaisseau. Dans la situation présente, elle se sentait totalement hors de contrôle, et elle détestait ça.
– Eh, fit Han, ce qui la tira de sa songerie. On a encore quelques heures devant nous. Une partie de dejarik ?
Elle acquiesça, tout en prévoyant vaguement de reprendre après cela ses datapads avec les rapports qu'elle analysait et résumait pour l'Alliance ; mais Han la défia de partie en partie, si bien qu'elle n'avait encore rien fait quand ils revinrent en espace réel. Han et elle s'installèrent dans leurs sièges et entamèrent l'atterrissage, et malgré la concentration qu'elle devait garder pour suivre les indications du contrebandier, elle ne put s'empêcher d'être charmée par la petite planète verte et bleue vers laquelle ils descendaient.
Une fois qu'ils furent en sécurité sur le sol, Han baissa la rampe, et ils prirent leur première bouffée d'air frais en sortant. En découvrant les environs, Leia ne put réprimer un coup au cœur.
C'était la première fois qu'elle mettait les pieds sur les sommets d'Osarian. La flore était étrangère, beaucoup de fleurs et d'arbres alentour lui étaient totalement inconnus, et le lac qu'elle pouvait voir plus bas dans la vallée était plus large, plus clair et plus bleu que tous ceux qu'elle avait connus. Toutefois, il y avait quelque chose d'indéniablement familier dans ses montagnes, quelque chose qu'elle ne pouvait définir, même alors que son regard embrassait le paysage devant elle. C'était dans l'air, dans le silence, dans les odeurs et les couleurs de la roche ; une légère fragrance de souvenir, qui lui rappelait bien trop douloureusement un passé lointain sur une planète maintenant détruite.
En essayant de ne pas penser aux nombreux étés qu'elle avait passés au chalet de ses parents dans les montagnes d'Alderande, qu'elle avait appris à connaître extrêmement bien, elle en oublia presque de se sentir mal à l'aise lorsqu'elle fut forcée de suivre Han sans aucune idée de ce qu'il faisait, tandis qu'il la menait à la bordure d'une jolie petite ville, en refusant de répondre à aucune de ses questions avant qu'ils arrivent à destination. Enfin, ils arrivèrent à une petite maison isolée un peu à l'écart du village, confortable et accueillante, un bâtiment discret comme elle n'en avait plus vu depuis des années. De plus en plus intriguée, elle accompagna Han pendant qu'ils se familiarisaient avec les lieux, le laissa leur faire une tasse de caf, et attendit qu'ils furent tous les deux installés dans le salon avant de poser les questions qui lui brûlaient les lèvres depuis leur départ.
– L'endroit te plaît ? C'est à un ami, demanda Han sitôt qu'ils furent assis, ce qui la déstabilisa encore plus.
– Han, que se passe-t-il ? J'ai vérifié toute la maison pour détecter d'éventuels micros, nous sommes certains qu'aucune oreille indiscrète ne peut nous écouter, alors cela te dérangerait-il de me donner un peu plus de détails ? Nous avons quitté l'Alliance il y a plus de dix heures standard et je n'ai encore reçu aucune information sur le déroulement de la mission, le plan, les contacts, ou mon rôle dans toute cette histoire…
Han sourit.
– Détendez-vous, Votre Magnificence, il n'y a pas le feu. Comme je te l'ai dit j'ai été envoyé ici pour récupérer du carburant et du matériel médical. Cette planète est surtout connue pour son tourisme et ses sources chaudes, l'Empire ne lui a jamais accordé le moindre intérêt, et comme tu le sais il a déjà été chassé de ce secteur – j'ai quand même fait en sorte d'être prévenu en cas d'activité inhabituelle, mais ça ne devrait pas arriver. Nous devons rencontrer le gars un peu en-dehors de la ville, pas loin de l'astroport. Je lui donne les crédits, on embarque le tout, et on est partis. La routine.
– Alors pourquoi ne pas être allés directement au point de rendez-vous ?
Le sourire du contrebandier s'élargit, d'une manière qui fit dire à Leia qu'elle n'apprécierait pas ce qui allait suivre.
– Ah, vois-tu, notre fournisseur est quelqu'un d'occupé. Il ne peut pas nous obtenir tout ce dont on a besoin avant trois bonnes semaines.
– Trois semaines ? répéta la jeune femme. Nous sommes coincés ici trois semaines ?
– Trois semaines, juste toi et moi, confirma Han, et son expression suffisante confirma à Leia qu'il avait anticipé sa réaction.
Elle resta un instant bouche bée, avant de se lever, de faire quelques pas, puis se retourner à nouveau vers lui en cherchant ses mots.
– Trois semaines sur une planète sans histoire, sans rien à faire, fit-elle lentement. A un moment critique de notre combat, quand nous avons besoin de toutes les ressources que nous possédons, quand se profile ou la chute de l'Empire ou la destruction de l'Alliance et le bouleversement le plus important de ces vingt dernières années ? As-tu perdu la tête ?
– Si cela peut te faire plaisir, nous sommes tout de même en mission d'approvisionnement.
Han était affalé dans son siège d'un air décontracté, l'air très content de lui-même. Leia ne savait comment réagir.
– Il faut que tu me ramènes, finit-elle par dire, plus suppliante qu'énervée. Je ne peux pas rester ici. Je dois retourner au rendez-vous, tu auras bien le temps de revenir à temps pour la livraison…
– Ça ne sera pas possible, Votre Altesse.
Ces mots catégoriques et le calme prétentieux avec lequel ils avaient été prononcés la firent sortir de ses gonds.
– Je vois. Alors il faudra que je me débrouille seule, fit-elle d'un ton sec, avant de sortir de la pièce en un tourbillon.
Elle se dirigea d'un pas furieux vers la porte d'entrée, avec la ferme intention de prendre le Faucon pour revenir à l'Alliance, sans penser qu'elle ne savait pas comment le piloter, une vicieuse satisfaction s'emparant d'elle à l'idée que Han devrait trouver une autre manière de sortir du système, et ne s'arrêta pas un instant en entendant les appels du contrebandier qui la poursuivait.
– Leia, attends ! Qu'est-ce que tu fais ? LEIA !
Il la retint par le bras, et elle se retourna pour le repousser violemment. Une force qu'elle ignorait posséder força Han à la lâcher, et il fut rejeté jusqu'au bout du couloir, où il faillit trébucher en arrière avant de se rattraper de justesse, les yeux ronds de surprise.
Devant cette image, elle pâlit, toute trace de colère oubliée dans son inquiétude.
– Han ? Tu vas bien ?
Il ne répondit pas à sa question et revint simplement vers elle, complètement inconscient de ce qui venait de se produire.
– Où crois-tu aller comme ça ? lui demanda-t-il.
– Je ne peux pas me permettre de m'absenter pour trois semaines, dit-elle en s'efforçant de rester calme. Les enjeux sont trop grands, il y a bien trop à faire…
– La Rébellion se passera très bien de toi pour une vingtaine de jours.
– Non ! répliqua-t-elle. J'ai énormément de travail, je dois aider à planifier l'assaut, à établir des stratégies, à calculer nos ressources, contacter les systèmes…
– Ce n'est plus ton problème.
Elle ouvrit la bouche pour répondre, mais il ne lui en laissa pas le temps.
– Ouvre les yeux ! Pourquoi crois-tu que tu t'es fait virer du Haut Commandement ? Tu n'es pas en état de continuer ! Tu es incapable de fonctionner correctement, et ça ne risque pas de changer si tu continues à t'obstiner ! Peut-être que si tu étais moins bornée, et que tu acceptais que tu es humaine comme tout le monde, tu t'apercevrais que ce dont tu as besoin en ce moment, c'est de te détendre et de penser un peu à toi !
Leia se força à respirer calmement. Son cerveau passa en revue tout ce qu'elle avait envie de lui dire, s'efforça de trouver une réplique acerbe pour le remettre à sa place, mais tout ce qui lui passait par l'esprit était des insultes plus colorées les unes que les autres, rien de particulièrement cinglant.
– Très bien. Très bien. Puisqu'il semble que tu m'as bel et bien coincée ici, je vais au moins tenter de faire de mon séjour quelque chose de productif.
Elle passa devant lui sans le regarder, saisit le sac qu'elle avait emporté avec elle, et s'enferma dans la chambre, avant de s'installer au bureau qui était installé face à la fenêtre et de jeter ses datapads dessus avec un peu plus de force que nécessaire. Elle en alluma un, et se mit à parcourir les documents qui y étaient stockés, avec la ferme intention d'oublier la catastrophe qui l'avait piégée dans ce trou perdu de la galaxie, et d'accomplir quelque chose en dépit de tout.
Après un moment, cependant, elle dut bien se rendre compte que, trop occupée à ressasser sa situation, elle n'avait absolument rien retenu des deux paragraphes qu'elle venait de parcourir. Elle respira profondément, et recommença sa lecture, mais elle était toujours incapable de se concentrer correctement.
Cela faisait très longtemps qu'elle n'avait plus perdu le contrôle de ses émotions comme cela. Malgré elle, ses pensées dérivèrent vers un autre voyage avec Han, dans le Faucon, également pour un temps plus long que ce qu'elle avait bien voulu accepter. L'irritation qu'elle avait ressenti en sa présence, pour des raisons qu'elle avait alors refusé de s'avouer, ainsi que le danger et la peur qui avait tenaillé ses entrailles lui revinrent en mémoire, similaires à ce qu'elle éprouvait à présent.
Un court instant, elle se prit à espérer que cette fois, Vador ne les attendrait pas au bout du chemin pour à nouveau lui enlever Han.
Elle chassa ses pensées de son esprit, fâchée de perdre le contrôle d'elle-même avec des ruminations aussi stupides. Ceci n'était pas Bespin, et Vador était loin. Elle reporta son attention sur les rapports, et se mit à griffonner des notes et des calculs.
Elle sut que Han se dirigeait vers la chambre avant même d'entendre ses pas derrière elle, aussi ne fut-elle pas surprise quand la porte s'ouvrit, et qu'il pénétra dans la pièce.
– Leia.
La jeune femme ne daigna pas lui répondre. Sa colère était tombée, mais elle n'avait tout de même pas l'intention de lui laisser le dernier mot.
– Leia, répéta-t-il. Écoute-moi, s'il te plaît.
Elle l'ignora une fois de plus, et Han poussa un soupir exaspéré. Elle pouvait presque l'imaginer se retourner d'un air énervé et sortir en trombe…
Tout d'un coup, son cœur manqua un battement, et elle ne put retenir la brusque inspiration qui la saisit quand elle sentit ses lèvres se poser juste en dessous de son oreille. Elle s'obstina à garder les yeux rivés sur son écran comme si de rien n'était, mais se trouva incapable de détourner son attention des baisers qui couraient dans le creux de son cou, légers et taquins.
– Han, je t'en prie, tenta-t-elle, j'essaie de me concentrer.
– Ce n'est pas de chance, murmura-t-il.
Leia ne put réprimer un frisson. Le souffle court, le cœur battant à tout rompre, elle ferma les yeux et releva involontairement la tête, tandis que la bouche de Han s'égarait vers sa clavicule. Des mains fermes mais tendres descendirent le long de ses bras pour s'emparer des siennes, et la forcèrent gentiment à déposer son datapad sur la table.
– Tu es insupportable, fit-elle, d'une voix beaucoup moins affirmative que ce dont elle avait l'intention.
– C'est à ça que servent les vauriens.
Un sourire se dessina malgré elle sur son visage, et elle sut qu'elle avait perdu. Sans plus accorder une seule pensée à l'Alliance et à leurs plans, elle passa un bras derrière la nuque de Han et l'attira à elle.
Beaucoup plus tard, bien après que la nuit fut tombée et qu'ils furent endormis depuis des heures, Leia se réveilla en sursaut. Elle respira profondément pendant un instant, et tâcha de calmer son esprit fébrile, sans arriver à totalement chasser les restes de la peur qui l'avait étreinte. Ce n'est pas réel. Inspire, expire. Ce n'est rien, ce n'est qu'un rêve.
Pour un court moment, elle contempla Han à côté d'elle. Sa silhouette détendue, à moitié visible dans le noir, remplaça progressivement les images qui la poursuivaient, et parvint même à faire naître un sourire sur ses lèvres. Consciente qu'elle ne dormirait plus, elle finit par se lever le plus silencieusement possible, enfila une robe de chambre, et sortit de la pièce.
Elle sortit sur le balcon et inspira une longue lampée d'air frais. L'odeur de la montagne emplit ses narines et calma ses pensées, tandis qu'elle observait le superbe paysage sans un mot. Le soleil commençait tout juste à se lever, ses rayons rosés filtraient, éblouissants, de par derrière les monts. La vallée était encore en partie plongée dans l'ombre, et les pins parsemés sur le versant paraissaient minuscules, des textures innombrables de bruns, de gris et de verts dans lesquels le regard s'égarait facilement, en contraste avec la clarté grandissante du ciel en arrière-plan.
Plongée dans sa contemplation, elle faillit ne pas entendre les pas qui s'approchaient d'elle. Elle se retourna et vit Han, les cheveux tout ébouriffés de sommeil, les paupières encore lourdes, venir la rejoindre.
– 'Jour, Leia, dit-il. C'est encore un peu tôt, non ?
Elle lui sourit.
– Le lever de soleil est magnifique. Je n'en ai plus vu de tel depuis la dernière fois que j'étais chez moi.
Sa voix se perdit, mais Han ne dit rien, et vint simplement s'installer à côté d'elle sur le balcon, en regardant dans la même direction qu'elle.
– Notre maison faisait face à la montagne, continua-t-elle. J'avais l'habitude, l'été, de sortir sur la terrasse très tôt pour l'admirer… Parfois ma mère venait me rejoindre, et nous restions toutes les deux côte à côte, sans parler, jusqu'à ce que le ciel soit presque totalement bleu.
C'était la première fois qu'elle partageait ces détails de son passé. Ce n'était pas aussi douloureux qu'elle l'avait imaginé, avec Han à côté d'elle, sa main sur la sienne. Elle aurait donné n'importe quoi pour pouvoir lui montrer ces montagnes qu'elle avait tant aimées, et avait souvent souhaité faire cela de tout son cœur, inutilement et misérablement. Maintenant, toutefois, tandis qu'elle en parlait, elle se sentait pleine de gratitude d'avoir au moins ces souvenirs à chérir, et elle se laissa tout entière happer par eux, les redécouvrit avec un émerveillement enfantin et la chaleur au cœur.
Pendant un moment, il ne dit rien, songeant à son histoire en lui laissant le temps, ses yeux perdus dans le paysage comme ceux de Leia l'avaient été à peine quelques minutes plus tôt.
– Ce n'est pas le lever de soleil qui t'a réveillée.
Il se tourna vers elle pour croiser son regard, et après l'avoir soutenu un moment, elle baissa les yeux, son attention tombant sur le pouce de Han, qui lui caressait doucement le dos de la main.
– Ce n'est rien. Cela fait longtemps… Ils paraissent moins forts, ici.
– Raconte-moi.
Elle soupira, mais ne dit rien. Elle se sentait tellement en paix, ici et maintenant, le soleil réchauffant doucement sa peau, et n'avait pas envie de troubler le moment avec ses terreurs nocturnes. Elles ne semblaient plus si réelles, les images étaient nébuleuses et vagues comparées à la splendeur du monde.
– Leia, dit doucement Han, et le ton de sa voix lui fit lever la tête vers lui. Je ne peux pas être là pour toi si tu le refuses.
Elle l'observa fixement, et il fit de même ; pour une fois, leur long échange ne ressemblait pas à un combat. Enfin, quelque chose dans son visage, dans ses yeux, dans le silence, affaiblit sa détermination. Un autre soupir s'échappa de ses lèvres, et elle baissa les yeux.
– Ça dépend des jours, dit-elle. Parfois ce sont juste des impressions sans réelle signification, de la douleur insupportable. Parfois des images, aussi. Des enfants sans vie sur le sol, ou Alderande. Il n'y a pas de règle.
– Et cette nuit ?
Elle inspira profondément, ce qui réveilla la sensation glacée au creux de son estomac, comme si elle n'était jamais partie. Peut-être était-ce le cas… elle faisait ces rêves depuis si longtemps qu'elle en avait pris l'habitude.
– Luke, se força-t-elle à dire en un murmure. Je le vois mourir. C'est le seul rêve qui ne change jamais… il hurle de douleur et tend la main vers moi, il me supplie de l'aider, mais je ne fais rien, et il finit toujours par rendre l'âme en m'appelant – non, son père – je ne sais pas.
– Ce n'est qu'un rêve.
Elle le regarda. Il avait l'air tendu, mais il n'y avait pas de pitié dans son regard, seulement de l'inquiétude.
– Je sais. Mais je ne peux m'empêcher d'y penser. Il paraissait si sûr qu'il y avait encore du bon en Vador, qu'il ne pourrait pas faire de mal à son propre fils. Pourtant, avant de partir, il m'a dit des choses… que j'avais la Force, qu'il fallait que j'apprenne à l'utiliser, que s'il ne revenait pas je serais le dernier espoir de l'Alliance. C'était comme s'il savait qu'il allait à la mort. Mais ça n'a aucun sens. S'il savait cela, pourquoi être parti ?
Han resta un instant silencieux.
– Ce qu'il faisait n'avait souvent pas le moindre sens pour moi.
– C'est vrai. J'aimerais juste comprendre. J'ai essayé de le retenir…
Le contrebandier ne dit rien, mais il l'enlaça et posa un baiser sur le haut de sa tête, chacun d'eux plongé dans leurs pensées tandis qu'ils regardaient le soleil terminer de prendre sa place au-dessus des sommets.
– Que dirais-tu d'une balade dans les montagnes ? finit-il par dire.
Un court instant, elle songea vaguement qu'elle ne connaissait pas encore les positions d'Alsakan et de Vandor 3, et qu'elle devrait peut-être se renseigner… mais c'était si lointain, par rapport au temps resplendissant et à la sublime nature devant ses yeux.
– Avec plaisir, dit-elle.
Ils partirent aussitôt qu'ils furent prêts, empruntèrent la route jusqu'à ce qu'un petit sentier bifurque et leur permette de s'enfoncer plus profondément entre les arbres. Le seul bruit alentour était le chant des oiseaux et le bruissement des feuilles, ainsi que leurs propres pas. Leia avait l'impression que cela faisait une éternité depuis qu'elle s'était promenée de la sorte, sans penser à aucune mission, aucun combat à mener ni enjeu d'importance, rien d'autre à l'esprit que le plaisir de la marche et son compagnon à côté d'elle.
– J'imagine que Chewbacca fait partie de cette petite conspiration, alors ? demanda-t-elle d'un ton léger tandis qu'ils cheminaient main dans la main.
Han la jaugea un instant du regard, mais elle avait l'air simplement curieuse, et rien dans ses paroles ne laissait transparaître la moindre trace restante d'amertume.
– C'était son idée, en fait, mais tout le reste de ce que je t'ai dit est vrai. J'étais juste censé l'accompagner plutôt que de le laisser partir seul. Je m'entends bien avec sa famille.
Leia resta un instant silencieuse.
– C'est amusant, je n'aurais jamais imaginé qu'il ait laissé des proches derrière lui… Comment vous êtes-vous retrouvés ensemble ?
– Concours de circonstances. L'Empire l'avait fait prisonnier, il a tenté de s'échapper, j'ai reçu l'ordre de l'abattre et j'ai refusé – j'étais lieutenant à l'époque, je ne le suis pas resté longtemps. On a fini par s'enfuir ensemble et lui a juré de ne plus me quitter parce qu'il me devait la vie. On ne plaisante pas avec l'honneur d'un Wookiee.
Il sourit.
– J'avoue qu'au début j'ai eu un peu de mal à m'habituer à avoir constamment une tour de poils dans les pattes, mais on a vite vu qu'on formait une bonne équipe, tous les deux. On s'est sortis de pas mal de situations délicates comme ça. Je sais que je peux compter sur lui, et lui sur moi.
Leia hocha la tête, pensive.
– Un soldat Impérial… je comprends pourquoi tu n'as pas fait long feu là-bas. Tu n'as jamais été doué pour la discipline, se moqua-t-elle.
Il lui fit un clin d'œil outrancier.
– Pour un gars intelligent comme moi, c'est du gâchis.
Elle leva les yeux au ciel avec dérision.
– Je devrais peut-être en instiller un peu dans ta caboche, dit-elle d'un ton évocateur, en s'approchant de lui et laissant ses doigts courir sur le haut de son bras. Tu en aurais bien besoin.
Il leva les sourcils et l'attira contre lui.
– Je ne refuserais jamais ce genre de discipline.
Leia sentit son souffle s'emballer, et elle se demanda brièvement à quel moment ils s'étaient arrêtés, avant de décider que cela n'avait pas d'importance. Elle parcourut la courte distance qui restait encore entre eux, et profita de la sensation de ses lèvres sur les siennes, de ses mains sur sa hanche et son dos. Finalement, elle recula avec un sourire espiègle.
– Le reste attendra la fin de la balade, taquina-t-elle.
Presque à regret, elle quitta son étreinte et partit en avant, amusée par la surprise qu'elle ressentait venir de lui alors même qu'il était dans son dos, et consciente qu'elle n'aurait pas à attendre longtemps avant qu'il ne s'en remette et ne revienne à ses côtés.
Ils marchèrent ainsi pour quelques heures, parfois en conversant, parfois en badinant et en s'échangeant des piques, parfois en profitant simplement de la présence de l'autre, de la nature, et du paisible silence autour d'eux. Enfin, après une longue montée, ils s'arrêtèrent sur un petit plateau pour reprendre leurs souffles. Après s'être promenés dans la forêt pour plusieurs heures, le paysage s'était éclairci, et ils pouvaient maintenant voir la vallée en-dessous d'eux, ainsi que le majestueux lac qui en couvrait le fond. C'était extraordinaire, songea Leia, comme on pouvait se sentir minuscule à une certaine hauteur, avec des kilomètres de nature à ses pieds, le ciel infini au-dessus de sa tête. Elle avait pratiquement oublié cette sensation d'être si petite au milieu de l'univers, occupée comme elle avait été à se battre pour l'améliorer. C'était quelque chose que la guerre ne vous accordait pas, et c'était incroyablement rafraîchissant, vivifiant.
Ils s'assirent, et Han passa un bras autour de ses épaules. Elle blottit sa tête dans son cou avec un soupir, ni l'un ni l'autre ne ressentant le besoin de briser le confortable silence qui s'était installé entre eux. Le tableau était très similaire à celui qu'elle avait un jour appelé sa patrie, et il lui aurait été facile de se perdre dans la contemplation de tout ce qu'elle avait perdu sans la présence de Han autour d'elle, sa respiration stable et sa chaleur qui la protégeaient et l'enracinaient dans la réalité. Lentement, à dessein, elle laissa le chagrin prendre sa place en elle, toujours déchirant mais aussi plus docile, plus supportable, car elle savait qu'elle n'était pas seule. L'homme obstiné à ses côtés s'en était assuré, et peut-être était-ce là tout ce qui importait, malgré toutes les pertes, tous les deuils.
Comme s'il pouvait entendre le tour que ses pensées avaient pris, il se pencha sur elle et déposa un baiser sur son oreille.
– Maintenant, c'est un bon moment pour une fin de balade, non ? chuchota-t-il.
Elle rit et se pelotonna plus profondément dans ses bras, et il la serra un peu plus fort, lui offrant soutien et réconfort.
Ils marchèrent quelques heures comme ça, parfois en conversant, parfois en badinant et en s'échangeant des piques, parfois en profitant simplement de la présence de l'autre, de la nature et du silence paisible autour d'eux. Leia raconta sa double vie de sénatrice et d'agent de l'Alliance, ses missions d'aide humanitaire qui n'avaient fait qu'augmenter sa résolution de faire tomber l'Empire. Han relata de nombreuses histoires plus rocambolesques les unes que les autres, bagarres de cantina, escarmouches avec des chasseurs de primes, frictions avec l'Empire et différentes autorités, parties de sabacc gagnées ou perdues et les conséquences indésirables de l'une ou l'autre issue, toutes sortes d'aventures qui semblaient à Leia tout droit sorties de l'holovision.
Ils finirent par s'arrêter sur un petit plateau, après une longue montée, pour reprendre leur souffle. Après avoir marché dans la forêt pendant plusieurs heures, le paysage s'était éclairci, et ils pouvaient à présent contempler la vallée en contrebas, ainsi que le gigantesque lac qui en recouvrait le fond. C'était extraordinaire, songea Han, comme on pouvait se sentir minuscule, à partir d'une certaine hauteur, des kilomètres de nature à ses pieds. À côté de lui, Leia était assise dans l'herbe, une drôle d'expression sur le visage comme elle observait le tableau face à eux, et il n'avait pas besoin de lui poser la question pour savoir où vagabondaient ses pensées. Il passa un bras autour de ses épaules, et elle blottit la tête dans son cou, sans parler, ni l'un ni l'autre ne ressentant le besoin de briser le confortable silence qui s'était installé entre eux.
Quand ils revinrent à leur séjour, le soleil commençait à baisser. Moulue, mais l'esprit en paix, Leia entreprit de fouiller la cuisine pour leur trouver de quoi manger et boire, affamée par leur escapade. Elle dénicha quelques gâteaux secs qu'elle avait déjà mangés sur d'autres planètes, et un plateau de fruits qu'elle découvrit rapidement être extrêmement juteux, et qu'elle entreprit donc de presser.
Tandis qu'elle s'installait sur une chaise, son verre à la main, elle ne put s'empêcher de remarquer la couleur bleu vif du jus, les reflets azurés que la lumière faisait danser dans le liquide.
Un instant plus tard, il apparut que Han s'était fait la même réflexion qu'elle.
– Ce truc aurait plu à Luke, dit-il. Il avait une drôle de fascination pour les boissons de ce genre de couleur.
Leia hocha la tête, l'ombre d'un sourire sur les lèvres.
– Je n'ai jamais su pourquoi, murmura-t-elle.
Han réfléchit un instant, roulant son verre entre ses doigts avant d'en prendre une gorgée.
– Le lait de banta est bleu, se souvint-il. C'est la boisson la plus courante sur Tatooine, moins chère que l'eau. Jamais aimé ça. Ça devait lui rappeler chez lui.
Elle intégra l'information, se délectant de ce petit détail qui la rapprochait de lui. Elle se souvenait de la boisson, en avait goûté lors de leur court temps sur la planète désertique, mais elle n'avait jamais fait le lien avec l'appréciation de Luke pour les boissons bleues. Elle pensa aux nombreuses fois où il lui avait rapporté d'un ton dérisoire combien son monde n'était rien d'autre qu'un tas de roches, mais elle se souvenait de la manière dont il s'était tenu, le regard fixé sur la chaleur étouffante d'un ciel à deux soleils, debout dans le sable sec qui englobait tout, et elle savait que malgré tout il avait été là véritablement chez lui.
Après un court silence, elle leva les yeux, et trouva le regard de Han posé sur elle avec une drôle d'expression.
– Qu'est-ce qu'il y a ? demanda-t-elle.
Han la regarda quelques instants de plus, puis détourna le regard.
– Ce n'est rien.
Il fit de son mieux pour sembler désinvolte, mais elle sentait bien que ce n'était qu'une façade, et que ce qui le tracassait était plus profond que ce qu'il voulait bien admettre. Elle posa la main sur son bras.
– Dis-moi, s'il te plaît.
Il tourna sèchement la tête vers elle, l'air soudain irrité.
– Luke, gronda-t-il presque. Il était plus qu'un frère pour toi, n'est-ce pas ?
Elle fronça les sourcils, surprise par la question inattendue.
– Quoi ? fit-elle, absolument confuse.
Il ouvrit la bouche, pour la refermer aussitôt avec un soupir.
– Laisse tomber.
Il resta silencieux après cela, mais il aurait tout aussi bien pu crier. Le cœur de Leia battait un peu plus vite, son estomac était tordu et glacé. Sous-entendait il vraiment… ?
– Han…
– Je t'ai dit de laisser tomber, dit-il, avant de se lever de son siège.
– Tu ne peux pas juste me sortir ça et me dire de laisser tomber, Leia répliqua en se levant également. De quoi parles-tu ?
– Comme si tu ne le savais pas ! Han explosa, et Leia ne put s'empêcher de faire un pas en arrière. Navré de te l'apprendre, mon cœur, mais je n'ai pas été aveugle si longtemps que ça. J'ai bien vu la manière dont il te regardait, comment tu lui parlais, tous les regards et les petits sourires que vous pensiez si subtils, et ne va pas me raconter qu'il ne s'est rien passé entre vous à Endor !
Leia se força à prendre une profonde inspiration, tentant de contrôler le tremblement de ses mains. Le nœud dans ses entrailles s'était encore resserré, et elle se sentait comme si elle venait d'avaler du plomb. Comment Han pouvait-il penser cela ? Comment pouvait-il douter de son amour pour lui, alors qu'il s'était insinué dans son cœur pour en devenir une partie si essentielle ?
– Ce n'est pas du tout ce que tu crois, dit-elle. Je t'ai dit…
– Oui, tu m'as dit, l'interrompit-il. Peux-tu me regarder dans les yeux et me dire que tu n'as jamais rien ressenti pour lui ?
Elle voulut faire exactement ça, planter son regard droit dans les prunelles de Han et lui dire qu'elle n'avait jamais aimé personne d'autre que lui. Mais les mots moururent sur ses lèvres avant qu'elle pût les prononcer. Elle se souvenait encore à quel point elle avait eu besoin de Luke pendant ces terribles mois après Bespin, lui et sa compassion sans limites, la tendresse patiente qui débordait de lui même au travers de sa propre douleur. Elle se souvenait encore du réconfort de ses bras autour d'elle, de son souffle contre son oreille tandis qu'il lui murmurait qu'ils ramèneraient Han et que tout irait bien, et soudain elle ne savait plus bien ce que ces sentiments avaient été, au milieu de leur chagrin à tous les deux. Elle baissa les yeux.
– C'est bien ce que je pensais.
Une vague de colère la saisit, et elle dut mordre sur sa lèvre afin de ne pas crier. Il n'avait aucune idée – il ne comprenait rien du tout.
– Ta jalousie n'a aucune raison d'être, dit-elle, la voix serrée. Si l'envie te prend de délirer comme un Gungan drogué aux épices, laisse-moi au moins en dehors de tes divagations !
– Évidemment, c'est toujours mon intelligence qui est en cause, Madame Son Altesse Très-Haute est bien trop convenable pour avouer qu'elle a…
– Luke était mon frère ! finit-elle par hurler. Et il est mort ! Qu'est-ce qu'il te faut de plus, ce n'est pas assez, as-tu si peur qu'il te fasse concurrence d'outre-tombe ? Eh bien sois rassuré, ça n'arrivera pas. Il est parti, Vador l'a abattu et il ne reviendra pas !
C'était un coup bas, mais au moins cela eut le mérite de faire taire Han ; cependant, ce fait n'empêcha pas la culpabilité de la frapper à la poitrine tandis qu'elle réalisait ce qu'elle venait de dire. Elle détourna le regard de lui, incapable de supporter la vue de son visage peiné, et prit de longues et profondes respirations, en se forçant à détendre ses poings serrés. Il n'avait aucune idée de combien ses accusations lui faisaient mal. Elle ne pouvait pas lui en vouloir de penser ces choses, pas quand ses propres émotions étaient dans un désordre aussi confus. Et pourtant, rien ne s'était passé entre Luke et elle, bien qu'elle ne sache toujours pas ce qui était passé entre eux à l'époque. Elle voulait tellement lui faire comprendre, lui dire qu'il n'avait jamais été le second choix, que c'était lui, ç'avait toujours été lui. Mais elle n'avait aucune idée de comment l'exprimer, et pire, de comment le lui faire croire.
– Leia, je suis désolé.
La voix de Han était calme et abattue, et elle sentit tout d'un coup une grande lassitude s'emparer d'elle. Elle était si fatiguée du chagrin, du sentiment brûlant de perte qui semblait ne jamais la quitter. Elle essaya de lui sourire, mais n'était pas sûre d'y être arrivée.
– Tu ne sais pas, dit-elle faiblement, en forçant les mots à traverser sa gorge serrée. Tu ne sais pas ce que c'était, quand tu étais parti. Luke avait perdu sa main, je t'avais perdu, toi… Nous étions tous les deux des épaves. Il était la seule chose qui me permettait encore de tenir debout, quand je désespérais de jamais te revoir.
Elle déglutit avec difficulté. Han ne dit pas un mot.
– Je t'aime. Je t'aime tellement. Ces mois sans toi… j'aurais perdu la tête s'il n'avait pas été là. Nous ne savions pas que nous étions frère et sœur. Il me l'a dit juste avant de partir, cela paraissait tellement naturel, et en même temps… c'est… c'est tellement injuste qu'il faille que je le perde dès que je te retrouve.
Han s'approcha, et posa avec hésitation la main sur son bras.
– Je suis désolé, Leia, répéta-t-il. Je ne voulais pas… kriff, quel bordel. Il nous a vraiment bien laissés en plan, hein ?
Cette fois, elle parvint à lui sourire, si seulement faiblement, amèrement.
– Tu l'as dit.
Han lui caressait le bras, et elle fit de son mieux pour garder son attention dirigée sur la sensation de ses doigts qui couraient sur sa peau, pas sur les souvenirs de Luke, pas sur la douceur de sa main quittant la sienne dans la nuit de la forêt, ni sur le fantôme de ses lèvres sur sa joue, tandis qu'il la laissait seule avec le fardeau de leur héritage…
– Prends-moi dans tes bras, murmura-t-elle, comme elle l'avait fait à l'époque.
Il obtempéra, et elle enfouit son visage dans son étreinte, respirant son odeur et s'accrochant à sa chemise tandis qu'il passait la main dans ses cheveux, tentant de se rassurer qu'il était vraiment là, avec elle, non pas sur le point de partir comme tant d'autres auparavant…
Un court instant plus tard, il murmura dans son oreille.
– Raconte-moi comment c'était, quand j'étais parti. Je veux tout savoir.
Elle n'hésita qu'une fraction de seconde avant de commencer à parler, et lui dépeignit les insupportables mois de solitude découragée, la sombre anxiété qui ne la laissait jamais en paix, la souffrance de Luke qu'elle n'avait pu qu'observer sans la comprendre, les espoirs brisés encore et encore à chaque tentative manquée de Chewie et Lando pour le secourir, les mots s'écoulant d'elle comme un poison s'expurgeant de ses veines.
Elle n'hésita qu'une fraction de seconde avant de commencer à parler, et lui dépeignit les insupportables mois de solitude découragée, la sombre anxiété qui ne la laissait jamais en paix, la souffrance de Luke qu'elle n'avait pu qu'observer sans la comprendre, les espoirs brisés encore et encore à chaque tentative manquée de Chewie et Lando pour le secourir, les mots s'écoulant d'elle comme un poison s'expurgeant de ses veines.
Trois semaines passèrent de la sorte. La jeune princesse, peu habituée à prendre du temps pour elle, eut d'abord bien du mal à se laisser aller, mais les attentions incessantes de Han finirent par avoir raison de ses réticences. Celui-ci fit usage de tous les artifices qu'il connaissait pour forcer Leia à se délasser. Il l'emmena aux sources chaudes qui faisaient la richesse de la planète, lui fit admirer les lacs, se promena encore longuement avec elle dans les montagnes. Il la défia le soir en jeux de cartes et jeux à boire, la fit rire, la provoqua, la réconforta, si bien qu'à chaque moment elle se sentait surprise et presque noyée par tant d'affection. Petit à petit, elle se prit à s'ouvrir à lui, lui décrivit son monde d'origine et lui fit voir toutes les similitudes qu'elle retrouvait dans cette planète-ci, lui parla des difficultés qu'elle avait éprouvées depuis Bespin, de la manière dont il lui avait manqué, de l'incertitude et des doutes causés maintenant par les révélations de Luke. Ils se disputaient toujours aussi souvent, mais tous deux commençaient à connaître leurs limites, si bien que leurs querelles n'avaient plus aussi fréquemment la violence d'antan.
Enfin la fin de leur séjour approcha, et Leia, à sa grande surprise, s'aperçut qu'elle n'avait pas envie de partir. Elle désirait toujours autant se battre pour assurer la victoire de la Rébellion, et se sentait du reste capable d'affronter les restes de l'Empire à elle seule, mais la tranquillité de ces moments seule avec Han lui manquerait.
– Où as-tu dit encore que notre fournisseur nous retrouverait ?
– À l'astroport même. On lui donne les crédits, on charge tout et on est partis.
Leia hocha la tête sans rien dire. Elle avait rarement été sur une opération aussi facile ; mais après tout, peut-être était-ce un signe que la guerre se terminait vraiment.
Ils se dirigèrent vers l'astroport, qui était beaucoup plus propre et rustique que tout ce à quoi ils étaient habitués, ce qui n'était pas étonnant, vu le gabarit de la ville. Leur fournisseur, un homme un peu replet aux cheveux blond sale et à l'air affable, qui pensait qu'ils faisaient de l'humanitaire, les mena au hangar où était entreposée la marchandise ; ils se contentèrent de le payer et de le remercier sans le démentir, avant d'entreprendre de tout charger dans le Faucon. Il s'avéra que les caisses étaient nombreuses et lourdes, et que l'agréable chaleur qu'ils avaient appréciée durant les dernières semaines ne jouait pas en leur faveur. Ils y passèrent une bonne demi-heure dans une atmosphère complice. Leia était plus costaude que ce qu'il n'y paraissait, ne put s'empêcher de remarquer Han en la voyant porter d'énormes colis sans broncher, mais cela faisait un moment qu'il avait décidé de ne plus se laisser impressionner par les capacités toujours plus fascinantes et polyvalentes de la jeune femme. Quand tout fut chargé, elle finit par s'asseoir sur une des caisses avec soulagement, et regarder autour d'elle.
– Tout y est, je crois, fit-elle.
Han ne répondit pas. Il n'avait pas entendu sa remarque, trop occupé à observer les quelques mèches de cheveux humides qui s'échappaient de sa tresse, ses lèvres d'où s'échappait une respiration encore un rien trop courte, les manches de sa chemise retroussées jusqu'au coude qui dévoilaient l'entièreté de ses avant-bras. Après un court instant, elle finit par s'apercevoir de sa distraction, et lui adressa un sourire si éclatant qu'il captura immédiatement toute l'attention du contrebandier.
– La vue est à ton goût, pilote ?
La lueur qui brillait dans ses yeux, le ton de sa voix, ne firent rien pour aider Han à se concentrer sur la fin de leur mission.
– Leia, épouse-moi, dit-il soudain.
C'était un pur coup de tête, mais il n'envisagea pas un seul instant de reculer. Les yeux de Leia s'écarquillèrent d'étonnement, apparemment tout aussi surprise que lui.
– Quoi ?
Han se rapprocha, de plus en plus certain de sa décision. Il s'assit à côté d'elle, puis lui saisit une main et se mit à la masser, comme il l'avait fait un autre jour sur le Faucon, si longtemps auparavant, mais dont tous deux se souvenaient encore parfaitement. Comme à l'époque, elle avait le souffle coupé, incapable de détacher son regard du sien.
– Leia, veux-tu…
– Bien sûr, l'interrompit-elle avec un large sourire. Bien sûr.
Il n'attendit pas qu'elle en dise plus et l'embrassa.
Par chance, C-3PO n'était pas là, cette fois, pour briser le moment, mais finalement, il leur fallut bien se séparer et songer à décoller. C'est la joie au cœur qu'ils préparèrent le saut en hyperespace. Han ne dut pas répéter beaucoup des instructions qu'il lui avait données à l'aller : elles les avait presque toutes retenues.
Une fois qu'ils furent passés en hyperespace, cependant, sans rien d'autre à faire que d'attendre être arrivés, ses pensées s'assombrirent de nouveau, tachant légèrement le profond bonheur que lui avait causée la demande en mariage de Han. Une ombre noire rôdait au coin de son esprit, menaçante, et après avoir purgé tant de son chagrin, elle se sentait déçue de la peur viscérale qui serrait toujours son abdomen à la perspective de devoir à nouveau faire face à Vador et à ses actions. Pour un court instant, elle craignit de retrouver la flotte de l'Alliance en pièces, mais elle réprima rapidement l'idée.
Heureusement, Han brisa ses pensées moroses.
– Comment vont tes cauchemars ? demanda-t-il. Tu as l'air fatiguée.
Elle se tourna vers lui avec un petit sourire.
– Ce n'est rien, dit-elle. Je vais bien.
Han fronça les sourcils et l'observa attentivement.
– Je t'en prie, dis-moi. Qu'y a-t-il ? Tu as toujours peur que Vador ait détruit la Rébellion en ton absence ?
Leia grimaça. C'était troublant, parfois, la manière que Han avait de lire son esprit sans même l'aide de la Force.
– Je te disais bien que ce n'était rien, dit-elle du ton le plus léger qu'elle put.
Elle se rendit compte que cela ne l'avait pas trompé, toutefois. Il la regardait toujours de cette manière intense qui était la sienne, en essayant de la déchiffrer – ou, peut-être, en la lisant mieux qu'elle-même était capable de se connaître.
– Il faut que tu fasses quelque chose, tu sais, dit-il finalement.
– Et quoi donc ? répliqua-t-elle amèrement. J'ai essayé tout ce que je pouvais. Je ne peux rien faire. Il restera, pour le meilleur ou pour le pire.
Han hésita une seconde avant de répondre.
– Je crois que tu dois lui faire face.
– Certainement pas, fusa sa réponse. Je ne me laisserai pas tromper par ses mensonges comme Luke et l'Alliance toute entière l'ont été, et si toi aussi tu te mets de son côté…
– Je ne te parle pas d'aller lui demander conseil, rétorqua-t-il. Je dis qu'il faut que tu te libères du pouvoir qu'il a toujours sur toi. Tu dois aller voir son masque pathétique, constater que de là où il est il ne peut plus rien te faire, lui flanquer un pain de ma part, et l'empêcher une bonne fois pour toutes de t'empoisonner la vie.
Leia secoua la tête.
– Ce n'est pas nécessaire. Il n'a aucune place dans ma vie.
– Tu m'en diras tant. Il te terrifie.
Que ce soit la provocation avec laquelle Han le dit ou les mots eux-mêmes, cela mit Leia hors d'elle.
– Je ne suis pas… J'ai peur de ce qu'il a l'intention de faire, oui, mais je ne suis certainement pas terrifiée par ce… ce…
– Par l'homme qui t'a torturée et envoyé ton frère à la mort ? l'interrompit le contrebandier. Après avoir appris qu'il était ton père en plus de tout le reste ? À qui tu comptes faire croire ça ?
Son sang ne fit qu'un tour.
– Ne dis pas un mot de plus.
Les mots volèrent de sa bouche malgré elle, sa voix plus dure que l'acier. Ses mains tremblaient de choc, de colère, de haine. Il n'était pas son père. Son père avait été une personne aimante et dévouée, pas une machine assoiffée de sang. Elle inspira lentement, profondément, en essayant de calmer le fossé de ténèbres glacées à la base de ses entrailles, et de réduire au silence les effroyables questions qui rongeaient son esprit. Avait-il infligé à Luke ce qu'il lui avait fait à elle ? Des gants de cuir noir l'avaient-il maintenu en place de leur poigne d'acier tandis qu'il hurlait, son corps convulsant de souffrance comme les derniers remparts de son esprit étaient violemment assaillis ? Vador l'avait-il appelé fils ou Jedi en lui portant le coup fatal ?
La main de Han se posant sur la sienne la ramena à la réalité.
– Il va falloir que tu te laisses guérir, tôt ou tard.
Elle inspira profondément, et força son cœur battant à adopter un rythme plus normal.
– Comment fais-tu ? lui demanda-t-elle d'une voix qui craquait.
Elle avait un besoin désespéré de changer de sujet.
– Faire quoi ?
– Comment es-tu si… détaché. De tout.
Han la regarda avec confusion.
– Tu veux parler de Vador ? Je suis tout aussi perdu que toi, chaton. Je n'ai aucune idée de ce qu'il a dans la tête, mais je jouerai son jeu jusqu'à ce que ça tourne au vinaigre, et à ce moment-là…
– Non… Luke, dit-elle avec hâte, afin d'éloigner la conversation du sujet de Vador. Depuis que c'est arrivé, je ne suis plus la même, alors que tu continues comme si rien n'avait changé, et… je me demandais.
Han réfléchit un moment avant de lui répondre.
– Tu crois que ça ne m'a pas secoué, quand il est mort ? dit-il, sa voix une octave plus basse. Je fais tout ce que je peux pour lui sauver la mise chaque fois qu'il s'attire des ennuis, et lui, dès que je commence à avoir l'impression qu'il parvient à se débrouiller, il me laisse tomber pour aller se faire… exploser…
Il expira bruyamment.
– Le truc, c'est que c'est comme ça, les gens meurent et on ne peut rien n'y faire. Même quand c'est dur, même quand c'est…
– Brutal ? proposa Leia. Cruel ? Sans pitié ? Son propre père…
Sa voix se perdit.
– Ouais, dit sombrement Han. Tout ça.
L'atmosphère du vaisseau fut morose après cela, tous deux pris dans des considérations plus sombres que ce qu'ils auraient voulu, l'absence de leur ami plus remarquable qu'elle ne l'avait été pendant des mois. Finalement, ce fut Leia qui rompit le silence, en mettant la main sur celle de Han.
– À propos de ce mariage, dit-elle en souriant, dans une tentative d'alléger leurs esprits. Sais-tu déjà où tu veux l'organiser ?
Il lui adressa un large sourire.
– J'ai quelques idées.
