Chapitre 4
- Comment peux-tu seulement l'envisager ? interrogea la future princesse, ressortant de l'ascenseur au 5ème étage. Ce sont mes amis. Et tu me demandes de les abandonner !
- Ne dramatise pas ! répondit Louis, excédé par la manière dont elle donnait toujours une importance démesurée aux choses les plus anodines. Tu ne vas pas les « abandonner » ! Ils sont dans un hôpital, entourés de médecins. Je ne vois pas ce qu'on pourrait faire de plus que les spécialistes !
- Être là, tout simplement ! s'exclama-t-elle, le regard noir de reproches.
- Écoute, reprit-il sans intention de calmer le jeu cette fois. Je sais que tu t'inquiètes pour eux, moi aussi, c'est normal. Mais je te rappelle que nous avons des obligations. La vie de princesse ne relève pas d'un conte de fée !
- Ça, je m'en suis bien rendue compte ! cingla-t-elle. Mais, il est hors de question que mes obligations passent avant ma famille et mes amis !
- Il me semble que je n'ai pas sourcillé lorsque ton amie t'a appelée à l'aide. Nous avons décollé dans l'heure qui a suivie et je me suis arrangé pour reporté notre entrevue avec le Prince de Galles de 24 heures. Ce qui est déjà un énorme affront pour la monarchie britannique, mais, devant le caractère exceptionnel de la situation, il a gracieusement accepté mes plus plates excuses.
Il se tut un instant puis reprit devant la mine boudeuse de sa fiancée.
- Néanmoins, n'imagine pas que je pourrai réaliser ce tour de force à chaque fois que tu me feras un caprice.
- Un caprice ? fit-elle, ulcérée. Mes amis ont eu un accident et l'un d'eux est à l'article de la mort !
- Nate n'est pas à l'article de la mort ! Il est inconscient, oui mais, les docteurs ont dit que ses constantes étaient stables. Que tu reviennes le voir ce soir ou dans deux jours ne changera rien à la situation.
- Mais il n'y a pas que Nate, S est ma meilleure amie et elle est effondrée. Elle a besoin de mon soutien !
- Est-ce vraiment pour ça que tu veux rester ? Le problème n'est pas seulement là et tu le sais très bien.
- Arrêtes avec ça, c'est n'importe quoi ! Chuck est un simple ami et il le restera. Je me suis inquiétée pour lui aussi, c'est normal, tu l'as dis toi même.
- Pourtant ce n'est pas le numéro de chambre de Nate ou de Serena que tu as demandé en arrivant ici. Et ce n'est pas non plus dans les bras de ta meilleure amie que tu t'es précipitée !
Blair resta bouche bée. Pour une fois, elle ne savait quoi répondre à ses accusations. Elle avait usé de tous les arguments dont elle disposait pendant l'été pour rassurer son fiancé. Non pas sur les sentiments qu'elle éprouvait pour lui, mais sur les sentiments qu'elle n'éprouvait plus pour Chuck Bass. Évidement, c'était bien plus facile lorsque ce dernier était à des milliers de kilomètres et qu'elle n'avait pas encore tremblé de peur pour lui pendant un vol entier qui avait été une véritable torture.
Car au plus profond d'elle-même, elle devait bien reconnaître que son fiancé avait raison. Celui qui avait occupé ses pensées depuis la France, c'était le roi de l'Upper East Side.
Elle avait eu S au téléphone et elle savait qu'elle était en assez bonne santé pour l'appeler. Elle s'était inquiétée pour l'héritier Archibald aussi, bien entendu, mais la logique avait vite laissée place à un sentiment d'angoisse. Et lorsqu'il s'agissait de sentiments, elle en revenait toujours à la même personne, qu'elle le veuille ou non.
- L'avion décollera dans 45 minutes, dit-il, d'un ton neutre, devant son silence, malgré la douleur qui lui serrait le cœur. A toi de choisir, cette fois je ne pourrai pas t'attendre.
Il tourna les talons et s'engouffra dans l'ascenseur, la laissant planter au milieu du couloir.
Elle repensa, elle aussi, aux mots qu'elle avait dis à Chuck un peu plus tôt, sur le toit. Cette fois, c'était à elle de prendre sa décision.
