Bonjour à tous !
Outre mon score de hits sur mes pages qui a explosé, les commentaires enthousiastes et les questions empressées ont afflué la semaine dernière, je n'en suis toujours pas revenue ! C'est un vrai bonheur que de partager cette histoire avec vous, merci pour votre fidélité.
Lettre ouverte aux revieweurs :
Un salut tout particulier à HeliosDeNoierie (Ravie d'avoir pu égayer ta neigeuse journée ! En effet tu commences à saisir l'essence de NDE, et je suis contente de savoir que ça t'intéresse toujours plus ! Je vais essayer de maintenir mon rythme d'un chapitre par semaine, ça te va ? Merci encore !), CrazySerie76 (Une lectrice donc, et toujours blufféE qui plus est, youpi ! Merci de ton soutien !), L'ange demoniaque (tant de questions et oups, je ne réponds à aucune des tiennes avec ce chapitre. Mais patience, patience ! Au plaisir également !), Shoukapik (ah zut et pourtant je viens de manger… lol Danny passera de temps en temps histoire de donner encore la réplique à Espo. Ryan, quant à lui, va être très occupé par une certaine assistante du substitut d'ici le chapitre suivant… mais chut ! Je ne spoile pas plus. Merci à toi !), DrWeaver (Encore toi ? lol non je plaisante. Pour ce qui est de Castle qui aurait perdu Alexis, c'est certes déconcertant mais ça ouvre une pléthore de nouvelles perspectives sur son caractère et son histoire. A suivre donc ! Merci de ta fidélité !), Lacritique (comme je disais récemment à une autre revieweuse, c'est tellement mieux une lecture qui nous fait cogiter avec ses mystères… Voici la suite que tu réclamais. A bientôt et merci !), Tournesol (devoir retourner en arrière dans mes histoires pour être sûr de ne pas avoir loupé un épisode, c'est malheureusement un effet secondaire fréquent de mes fics. Malgré tout, tu es toujours là, et j'en suis contente ! Les personnages t'intéresseront-ils dans ce nouveau chapitre ? Je l'espère !) Audrey 1986, Baby13 (la back-story se développe encore dans ce nouveau chapitre, et les personnages semblent s'éloigner encore des personnages originaux. Aimeras-tu pourtant ? Merci de ton soutien, à très vite !), Lilice (après une petite semaine d'attente, voilà la suite qui te mettait tant l'eau à la bouche ! A consommer sans modération ! Merci à toi !), HeartinCages (j'ai comme toi du mal avec la plupart des AU, et je suis aussi exigeante avec les fanfictions des autres qu'avec les miennes, donc je comprends ce que tu veux dire en te définissant comme difficile… et je suis d'autant plus flattée que NDE soit un coup de cœur. Merci de tes compliments, bonne lecture !), Manooon (viiiite alors voilà la suite !), Castle-BB156-Bones (faudra m'expliquer un de ces quatre l'origine de ton pseudo (lol), merci de ta fidélité !), NothingBeatsLife (merci pour ton soutien, encore un peu de patience, la confrontation arrive !), Flo (je suis bien d'accord, Fringe sortait du lot. J'ai bien aimé la fin, mais j'ai trouvé dommage que le dénouement final soit plié en 2 épisodes alors qu'ils faisaient si bien – presque trop – durer le suspens depuis le début de la saison 5. Concernant NDE, encore un peu de patience. Le chapitre qui vient est encore assez sombre, le temps que je termine de poser la back-story de Kate, et nous pourrons revenir à quelque chose de plus léger. A bientôt, et merci !), Iuliaa (très chère, merci de ta fidélité. Je suis contente que la complexité de NDE te plaise et j'espère que ça va continuer. Bonne lecture à toi !)
Deux personnages originaux font leur apparition – ou plutôt affirment bien leur existence dans cet alternative universe sans pour autant se montrer. L'un – relativement secondaire – via un rêve, l'autre par le biais de souvenirs… Ce dernier, ou plutôt cettedernière, était très attendue par certains d'entre vous, mais j'espère que ma vision un peu particulière de ce personnage ne vous décevra pas. Vous l'aurez sûrement compris au titre, il s'agit de Johanna…
Bonne lecture à tous !
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Chapitre 3
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Mère et fille
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Lampe-torche en main, elle fouille avec frénésie les dossiers médicaux qui jonchent le bureau surchargé. Une à une elle se saisit des différentes liasses de papiers, parcourt brièvement les rapports d'autopsie à la recherche d'un nom, d'un numéro. Elle accorde un coup d'œil à la fois triste et révulsé vers le fond de la salle carrelée, dont le mur plongé dans la pénombre semble tapissé de portes métalliques. Elle ne s'imagine que trop bien ce qu'il y a derrière chacune de ces petites portes, et cela lui arrache un frisson d'horreur. Pourtant elle reprend de plus belle, commence d'ouvrir les tiroirs du bureau, dont le contenu s'avère aussi peu ordonné et plus qu'hétéroclite : vieux dossiers, stylos usagés, restes de repas, papiers froissés…
Elle referme le dernier tiroir en s'efforçant de contenir son exaspération. Alors qu'elle se relève un peu trop brusquement, un vertige la prend, et elle reste un long moment appuyée sur le bureau, la respiration lourde, le cœur battant à tout rompre. Puis ses yeux cernés et hagards parcourent une dernière fois les lieux obscurs avec désespoir, et soudain un objet étincèle sous le faisceau de sa lampe. Elle reconnaît aussitôt la grosse montre noire emballée dans un sachet plastique du CSI – la police scientifique. Sans réfléchir, sans même faire attention au sang qui macule le bracelet de cuir et le cadran, elle fourre le sachet dans la poche de son blouson.
Un cliquetis retentit, et soudain les néons au plafond s'illuminent en grésillant. Elle grimace dans la lumière crue et éblouissante tandis qu'elle se tourne en direction de la porte d'entrée : dans l'embrasure, la main encore sur l'interrupteur, se tient un homme étonné. Le crâne clairsemé, un visage sec, une bouche mesquine. Il plisse ses yeux chafouins puis chausse brièvement ses grosses lunettes, avant de faire une moue désapprobatrice.
- Qu'est-ce que tu fais là ?
Elle baisse sa lampe de poche désormais inutile, fait quelques pas en arrière mais ne répond pas. Qu'il semble la reconnaître ne l'étonne qu'à moitié : sa photo était dans tous les journaux une semaine auparavant.
- Il est tard. Ils savent à l'hosto, que tu es ici ?
Elle ne répond toujours pas, mais elle a conscience que son apparence parle pour elle, davantage encore sous l'œil exercé d'un médecin légiste. Elle déglutit, essayant d'oublier sa propre image aperçue dans les miroirs de l'hôpital – sa peau blême, ses cheveux fillasses, ses yeux profondément cernés, sa silhouette plus maigre que jamais – et prend enfin la parole. Subrepticement, elle essaie de cacher sous la manche de son blouson le bracelet médical tatoué à son nom.
- Je suis venue voir le corps, souffle-t-elle en s'efforçant d'étouffer le tremolo de chagrin dans sa voix rauque. Je sais que vous êtes responsable de l'autopsie, docteur Perlmutter.
Lui n'est visiblement pas dupe quant à son état, mais ne dit rien, ne semble même pas se demander comment une telle information a pu lui parvenir. Il l'observe un long moment en silence, puis d'un pas trainant se dirige vers le mur à l'autre bout de la pièce, ouvre une des nombreuses portes métalliques. D'un geste habitué il tire le lourd chariot encastré dans les profondeurs du mur, sur lequel repose un corps couvert d'un drap. Il tend d'abord une main pour retirer l'étoffe, puis paraît hésiter et finalement n'en fait rien. Elle frémit, l'estomac noué. Elle s'avance enfin, mais lui l'arrête d'un raclement de gorge.
- Que les choses soient claires, Kate, tu ne devrais pas être là. Je n'ai pas encore terminé mes analyses.
Elle affronte à nouveau son regard, se fait violence pour ne pas craquer devant lui. Dédaignant cette marque de bravoure, il la rejoint de son pas trainant et tire quelque chose de sous sa blouse blanche.
- J'ai longtemps travaillé avec ta mère, Johanna. J'avais l'intention de rendre ceci à ta famille, vu que ça n'a aucun intérêt comme pièce à conviction. Mais puisque tu es là…
Il lui tend un sachet, qu'elle saisit interloquée et glisse aussitôt dans sa poche, cachant davantage la montre dérobée pareillement sous plastique. N'ayant visiblement rien remarqué, le médecin la fixe sans ciller, et son attitude blasée s'efface enfin devant une expression contrite, presque compatissante, définitivement sincère.
- Toutes mes condoléances, Kate. Nous ferons tout pour coincer le type qui vous a fait ça.
Sur cette déclaration, il lui accorde un dernier signe de tête, puis fait volte-face et repart vers la porte.
- Je prends ma pause, puis j'appelle l'hôpital pour leur signaler la présence d'une de leurs patientes dans ma morgue.
D'abord sans voix, elle bredouille à grand-peine.
- …Merci, docteur Perlmutter.
- Cinq minutes. Pas une de plus.
Elle le regarde disparaître avec ébahissement, et étouffe un soupir soulagé, prise de vertiges. Puis, les sourcils froncés, elle plonge la main dans sa poche et à sa stupeur ne trouve plus qu'un seul sachet, celui que lui a donné Perlmutter. Son cœur s'emballe à la vue de l'objet qu'il contient.
Prisonnière du plastique, maculée de sang séché, brille une bague qu'elle ne connait que trop bien. Le souffle court, elle se détourne lentement vers le corps, mue d'un terrible doute. Elle s'avance, hésite puis saisit d'une main tremblante le drap blanc, le cœur battant à tout rompre. D'un geste elle dévoile le haut du corps.
Son cri s'élève, stupéfait, pénétré de désespoir et d'angoisse. Dans son dos, les plaies que lui a infligées l'assassin de son père lui font souffrir le martyr. Et pourtant ce n'est pas Jim Beckett qui est étendu là, raide et froid, sans vie.
C'est sa mère, Johanna.
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Elle s'éveilla dans un cri de terreur inarticulé, tremblante et en nage. Le souffle court, elle resta un long moment assise parmi les draps froissés, les yeux grands ouverts dans la pénombre. Le corps agité de frissons incontrôlables, elle avait l'impression d'étouffer. Nauséeuse, elle sauta du lit et alla ouvrir la fenêtre. Une brise glaciale la frappa de plein fouet, en même temps que le vacarme sourd de l'avenue en contrebas.
Elle inspira à pleins poumons : dans ses reins, le poignard de Coonan battait la mesure de sa souffrance. Elle déglutit avec peine, cherchant à calmer sa respiration hachée. Sa nausée s'effaça peu à peu, moins violente mais toujours présente, compagne habituelle de ses nuits et de ses cauchemars. Dans un soupir, elle referma la fenêtre, retourna s'asseoir sur son lit, les membres rompus de fatigue.
Et le silence revint, plus pesant que jamais. Elle l'écouta, encore assourdie par les battements furieux de son propre cœur, qui peu à peu se calma à son tour. Sourcils froncés, elle glissa ses mains encore frémissantes dans ses longs cheveux bruns, comme à la recherche des lambeaux du rêve étrange et poignant qu'elle venait de faire.
Car c'était bien un rêve. N'est-ce pas… ?
Oui, elle s'était enfuie de l'hôpital quelques jours après son réveil, au nez et à la barbe de Maddie, de Johanna et de toute l'équipe soignante. Oui, elle s'était glissée dans la morgue sans trop savoir comment – un coup de bol monstrueux – et avait retourné tout le bureau du médecin légiste afin de retrouver le dossier de son père ainsi que ses effets personnels, dernières traces qu'elle aurait désormais de lui.
Son père. Pas sa mère. Il n'avait jamais été question ni de bague, ni même de Johanna…
Du moins, c'est ce qu'elle croyait. Mais plus elle cherchait à s'en assurer, et plus sa mémoire devenait floue. A l'image de sa nausée, un malaise indéfini mais tenace l'habitait peu à peu. A bout de nerfs, elle se leva et s'approcha de sa commode. Avec une légère hésitation, elle alluma la lampe de chevet qui y était posée, puis ouvrit la boîte à bijoux qui trônait à ses côtés.
Elle battit des paupières, transitoirement aveuglée par la lumière vive, et enfin se rasséréna à la vue de la photographie bien connue qui ornait l'intérieur du couvercle de la boîte. Souriant, son père la contemplait avec bienveillance, debout à l'extrémité d'un quai en bois, au bord d'un de ces lacs où elle avait passé toutes ses vacances d'été, enfant. Cela paraissait si loin désormais. Une période innocente et paisible de sa propre vie, désormais cruellement inaccessible…
Le cœur serré, elle sourit machinalement en réponse à son père. Puis, à nouveau nerveuse, elle agrippa comme à contrecœur les poignées du premier tiroir de la commode, le tira sans un bruit, souleva quelques vêtements. Un froissement de papier plastique la fit frémir, et la gorge nouée, elle ramena à la lueur de la lampe la montre noire de son père, toujours empaquetée dans son sachet transparent du CSI. Encore tâchée de sang séché, elle ne fonctionnait plus.
Kate resta un long moment à observer l'objet surgi du passé, et s'étonna presque de la trouver aussi petite et légère. D'un pas mécanique, elle alla à la salle de bains, fit couler une eau tiède dans le lavabo. Avec une crainte presque révérencieuse, elle se décida enfin à ouvrir le sachet scellé, et à gestes mesurés, entreprit de nettoyer la montre. Indifférente à la fraicheur du carrelage sous ses pieds nus, ses mains occupées à débarrasser en douceur le bracelet de cuir de sa morbide gangue rouge, elle laissa son esprit vagabonder une fois de plus, vers des souvenirs plus rassurants du début de la soirée.
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- C'était excellent, Maddie… Désolée d'en laisser autant, c'est vraiment dommage.
Kate reposa sa fourchette, guère nauséeuse – comme cela l'était pourtant trop souvent lorsqu'elle mangeait à l'extérieur – mais tout simplement repue. Elle adressa une mimique d'excuse à sa meilleure amie, qui quant à elle avait vidé son assiette avec brio depuis déjà un petit moment. La grande femme blonde eut en retour un sourire ravi, et se leva pour débarrasser.
- Ne t'en fais pas, Kate. Depuis le temps, je sais que tu as un appétit d'oiseau. L'important c'est que ça t'ait plu.
- Ce confit de fruits de mer à la mangue, c'était surprenant mais délicieux… Peu copieux, et ça me convient tout à fait.
- Eh oui, ici au Q3, on privilégie la qualité, non la quantité, déclara Maddie tout en emportant la vaisselle vers la cuisine du restaurant, ses haut-talons lui donnant un pas délié et plus assuré que jamais. Un truc que certains critiques new-yorkais n'arrivent toujours pas à comprendre, mais mon chef et moi, on les aura à l'usure.
Kate eut un petit rire silencieux. Son amie avait longtemps bataillé pour ouvrir son propre établissement ici, en plein cœur de Manhattan. Les places étaient chères, et aussi difficiles à prendre qu'à conserver. Mais en femme d'affaires coriace et avisée, Maddie savait employer les bonnes personnes et adopter les meilleures stratégies pour attirer les gourmets. Ses choix les plus récents en matière de gastronomie lui avaient valu en plus de ses habitués toujours à la recherche de nouveautés, une clientèle plus avisée constituée entre autres de touristes gastronomes et d'européens – surtout des français – installés à New-York et nostalgiques de leur terre natale.
Quelques bougies posées sur leur table dispensaient une unique et douce lumière. Elle se perdit dans la contemplation d'une des petites flammes vacillantes, puis promena un regard absent sur le reste de la grande salle, plongée dans la pénombre. On avait déjà revêtu les tables de nappes immaculées et de vaisselle étincelante, en l'attente du premier service du lendemain. Murs blancs, moquette bordeaux coûteuse et moelleuse à souhait, une atmosphère à la fois luxueuse et cosy, paisible et chaleureuse : on était bien loin du petit bistrot de quartier que Maddie avait ouvert à peine sortie de l'école de commerce…
La propriétaire des lieux revint, deux verres à vin dans une main, une bouteille dans l'autre. Kate haussa un sourcil avec ironie.
- Tiens, j'ai le droit de boire ce soir ?
- Dis donc, tu n'as pas attendu ma permission hier pour te saouler au whisky bon marché. Et avec Josh en plus ! C'est ce qui s'appelle toucher le fond, ma vieille.
Kate baissa le nez, l'air ostensiblement honteux.
- J'avoue…
- Tu n'es plus à jeun, même à toi ça ne peut pas faire de mal si tu prends tes cachets plus tard ce soir. Et puis, aujourd'hui est un jour spécial. Ton médecin comprendrait sûrement.
- Pas sûr, elle est sacrément têtue quand il s'agit de…
Kate ne termina pas sa phrase lorsqu'elle vit le symbole qu'arborait l'étiquette de ladite bouteille.
- Un Château Latour. Ce n'était pas…
- Le grand cru préféré de Jim ? Si. Et c'est l'une de leurs meilleures cuvées.
Avec un sourire espiègle, Maddie dégaina un tire-bouchon chromé.
- C'est lui qui le premier m'a donné envie de m'intéresser à l'œnologie, et plus tard à la gastronomie française. J'ai pensé que ce serait lui rendre un bel hommage… non ?
Kate contempla la bouteille un long moment, comme ailleurs. Un mince sourire se dessina finalement sur ses lèvres. De son vivant, Jim Beckett était amateur de grands crus, qu'il savourait toujours religieusement lorsque l'occasion – rare en raison de leur train de vie modeste – se présentait. L'un de ses rêves était de visiter un jour la France, qu'on disait compter des terroirs et domaines viticoles parmi les plus prestigieux au monde.
- Un bel hommage, oui…
Maddie déboucha la bouteille d'un geste expert, se versa un fond de verre et en qualité de maîtresse de maison – et douée de connaissances plus qu'honorables en œnologie – en apprécia la robe, huma le nectar, tourna le verre et le huma encore, circonspecte, avant d'enfin en savourer longuement une gorgée. Elle eut un battement de paupières qui voulait tout dire, et sans un mot, servit son amie avant de se rasseoir face à elle.
- À Jim Beckett, souffla-t-elle. Et à tous ceux qui ont obtenu justice aujourd'hui…
- …À mon père.
Elles trinquèrent sur ces mots à peine murmurés : les deux verres émirent un son pur et cristallin, qui résonna longtemps à travers la pièce silencieuse et à majorité plongée dans la pénombre. Kate savoura à son tour le nectar prestigieux : sur sa langue dénaturée par la fatigue chronique et les médicaments, le vin avait pourtant un bouquet particulièrement riche, sans cesse renouvelé, au piquant malgré tout agréable et à l'infime tonalité sucrée qui ravivait de bien lointains souvenirs. Elle ferma les yeux, croyant presque entendre Jim lui souffler ses remarques à l'oreille.
« Un parfum chaud, gorgé de soleil, de ces régions du Sud et d'Aquitaine… Tourne le verre, oxygène-le un peu… Sens-tu cette odeur ? Un arôme de fruit frais… Lequel ? »
Tout comme elle, Maddie savoura sa deuxième gorgée les yeux dans le vague. Peut-être qu'elle songeait à ce diner en famille où elle, la meilleure copine de seconde de Kate, avait été invitée et pendant lequel, sans le vouloir, Jim lui avait fait découvrir cette passion du bon vin…
Elle reposa alors son verre, parut hésiter un court instant avant d'élever la voix.
- Alors… Tu l'as prévenue ?
Kate sentit sa gorge se nouer. Impassible elle avala sa gorgée de vin, soudain plus fade.
- Le Procureur Général chargé de l'affaire était une de ses meilleures amies à la fac de droit. Le maillet du juge avait à peine frappé qu'elle était probablement déjà au courant de la sentence, où qu'elle soit.
- Et pourtant, Kate, je suis sûre qu'elle aurait préféré entendre cette bonne nouvelle de la bouche d'un autre procureur. Toi, en l'occurrence.
Indifférente au regard aiguisé que Maddie vrillait sur elle, Kate reposa doucement son verre, lissa la nappe blanche d'un air absent.
- Ça fait un bail que je n'ai plus de numéro où la joindre, de toute façon.
Maddie leva les yeux au ciel.
- À d'autres, Kate. Tu possèdes des contacts un peu partout dans le pays qui te permettent de coffrer des dizaines de meurtriers chaque année, et tu ne serais pas fichue de récupérer le numéro de téléphone de ta propre mère ?
- Tu ne vas pas remettre ça, Maddie ? Arrête de m'emmerder. C'est elle qui est partie, pas moi.
- Parce que sa fille et seule proche encore vivante ne voulait plus lui adresser la parole ni même la regarder en face.
Kate serra les poings, sur la défensive.
- Tu insinues que c'est de ma faute si elle est partie du jour au lendemain, sans prévenir personne ?
- Bien sûr que non. Ce que je veux dire, c'est que Jim et toi étiez sa force. Sans vous, sans toi, elle n'était plus rien. Elle a fait ce qu'elle a pu.
- Tu parles, gronda Beckett. Elle n'a jamais accepté que tout ça ait pu arriver à cause de son boulot, de son entêtement. Elle disait qu'il fallait oublier, aller de l'avant. Me dire ça, à moi ? J'avais vingt ans, j'avais perdu mon père, j'étais malade à en crever… et malgré tout, je devais « avancer » ?
Sa voix, mue d'une fureur contenue depuis quelques minutes, se brisa sur ce dernier mot. Elle se tut, regrettant déjà son emportement. Ecœurée, elle repoussa son verre et se prit la tête entre les mains, eut une inspiration tremblée.
- …Elle s'est mêlée d'une affaire qui ne la concernait en rien, et c'est finalement mon père et moi qui l'avons payé. Tout est de sa faute, et elle le savait très bien. C'est pour ça qu'elle s'est tirée à l'étranger.
- Kate, c'est toi qui parle …ou bien Coonan ?
Avec douceur, Maddie lui prit la main, la trouva glacée – comme toujours depuis cette soirée tragique où elle avait failli mourir. Son amie lui dédia un regard brillant de sous ses longs cheveux bruns.
Le même que celui qu'une toute jeune femme lui avait lancé à l'hôpital, quelques temps après l'agression qui avait manqué de lui coûter la vie. Un regard blessé, épuisé, aux abois, désespéré, brûlant de douleur et de terreur entremêlées.
Un regard rencontré chaque nuit pendant leur première année de fac, dans cette chambre d'internat qu'elles partageaient. Le regard fou de Kate qui se réveillait en hurlant, croyant encore sentir le poignard du tueur percer ses reins, fouailler ses entrailles, les oreilles toujours envahies du murmure de Coonan.
« C'est la faute de Johanna. Garde ça en tête, Kate. »
Des cauchemars qui l'avaient poursuivie pendant des années. Kate baissa les yeux, visiblement hantée par le même souvenir. Elle renifla, essuya furtivement une larme.
- Tu sais… Il y a des jours où je souhaiterais qu'elle ne l'ait pas fait.
Maddie déglutit discrètement.
- Quoi… Partir ? souffla-t-elle mais sans grand espoir.
- Non… M'imposer son point de vue, une dernière fois. Comme si j'étais encore une enfant.
Elle lui accorda un regard lourd de significations, mais Maddie avait déjà compris où elle voulait en venir.
- Elle l'a fait pour te sauver, Kate. Elle était la seule à pouvoir agir. Tu étais mourante.
- Non. Elle l'a fait pour soulager sa conscience. Je ne voulais plus lui devoir quoi que ce soit, et elle m'avait juré qu'elle n'interviendrait pas quand l'heure serait venue. Pourtant elle a fini par rompre sa promesse. Elle a accepté la chirurgie. Et puis elle s'est barrée.
Maddie avait perdu ses parents très jeune, et à travers Kate et sa famille, elle avait trouvé un foyer de substitution. Elle ne pouvait croire au fait que Johanna ait agi simplement par égoïsme, ou même soit partie par découragement ou par lâcheté comme sa propre fille semblait le penser. Elle n'était persuadée que d'une chose : Johanna ne s'était écartée qu'une fois Kate durablement tirée d'affaire.
Même si sauver sa fille revenait à la trahir une seconde fois, Johanna l'avait fait. Des années plus tard, le sujet était encore brûlant… Coonan n'avait toujours été qu'une partie du problème, Maddie l'avait bien senti.
Perdue elle aussi dans ses pensées, Kate soupira.
- J'essayais de rester objective, mais je pensais malgré moi qu'avec la sentence de Coonan, tout s'arrangerait… Et maintenant, Maddie ? Qu'est-ce que je dois faire ?
Celle-ci serra davantage la main de son amie.
- Aujourd'hui, tu as obtenu justice pour ton père. Soyons-en fières, célébrons-le. Laisse le reste au lendemain…
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« …C'est une page qui se tourne, Kate. Laisse le temps au temps. »
Ainsi avait parlé Maddie. Comme si c'était la chose la plus simple, la plus évidente qui puisse être. Avec sa meilleure amie, il en était toujours ainsi. Souvent elle lui enviait cette vision pratique de la vie.
Assise en tailleur sur son lit, environnée par la pénombre, Kate contemplait la montre de son père enfin nettoyée, toujours à l'arrêt. Soudain mue d'une intuition, elle essaya de faire jouer les mécanismes, s'aperçut qu'un des loquets était coincé. Elle appuya dessus avec précaution : un cliquetis se fit entendre, suivis d'autres bien plus discrets mais réguliers. Sur le cadran, après des années d'immobilité, la trotteuse avait repris sa course.
Kate écouta avec attention ce son familier, et eut un léger sourire. Machinalement elle se saisit du petit flacon orange translucide qui trônait sur sa table de nuit, à côté de son réveil et de son PDA. Elle le fit tourner entre ses doigts, vaguement indécise. Enfin elle fit sauter le capuchon blanc, prit quelques comprimés bien connus qu'elle avala sans eau, comme à son habitude. Elle n'avait que vingt ans lorsque contrainte et forcée, elle avait débuté ce traitement, et très vite elle avait subi toute sa panoplie d'effets secondaires. La fatalité des immunosuppresseurs lui avait longtemps pesé sur la conscience : à quoi bon continuer, quand ce qui vous maintenait vivante avait paradoxalement la faculté de vous pourrir l'existence ?
Voilà le choix douloureux que sa mère lui avait imposé malgré sa promesse de n'en rien faire. Une opération de la dernière chance, presque un an jour pour jour après l'attaque de Coonan, pratiquée après que Kate, suite à de longs mois d'insuffisance rénale sévère, ait glissé dans le coma.
Une greffe de rein que la concernée n'avait jamais souhaité – par volonté désespérée de rejoindre son père, ou bien pour rompre tout lien avec sa mère responsable de ce désastre ? Elle-même ne savait plus bien. À l'époque, elle luttait au quotidien, épuisée par la maladie et les cauchemars, chaque matin un peu plus déprimée et écœurée par la vie.
Contre cette lente descente aux Enfers, on lui avait troqué une existence nouvelle, bancale et boiteuse, pareillement hantée par les cauchemars et la peur, à jamais dépendante d'un comprimé – antidote tout autant que poison – qui ne cessait de lui rappeler ce qu'elle avait été… Elle s'était noyée dans ses études, s'était battue pour son diplôme, ses affaires, son poste de substitut, et pour coffrer Coonan qu'elle haïssait chaque jour davantage. Ce matin encore, sa fragilité la révoltait, la révulsait. Mais comme l'avait dit Maddie, aujourd'hui, une page s'était tournée.
Coonan était hors d'état de nuire. Son père Jim pouvait reposer en paix. Son médecin était confiant. Où qu'elle erre, quelque part en Europe, Johanna avait coupé les ponts, et avec les contentieux qui régneraient toujours entre mère et fille, c'était très certainement pour le mieux.
Ce soir – peut-être n'était-ce que temporaire ? – Kate se sentait étrangement en paix avec son passé. Et elle éprouvait soudain l'envie de voir son existence comme cette montre : sur le point de redémarrer…
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La porte coulissante claqua derrière lui. D'un œil indifférent, il explora la minuscule cellule, et eut un soupir : des murs grillagés, une simple lucarne, des sanitaires à la propreté douteuse dans un coin, un simple banc. À croire que tous les commissariats new-yorkais avaient signé avec le même « décorateur d'intérieur » concernant leurs cellules de détention. Déprimant.
- Votre avocat commis d'office sera là demain à la première heure, M. Rodgers.
L'interpellé eut un grognement d'assentiment tout en allant se laisser choir sur le banc, rompu de fatigue. Les formalités administratives suite à son arrestation lui avaient semblé durer des heures, comme toujours, mais il était à peu près convaincu que ce satané Esposito avait fait traîner la procédure, par simple volonté de contradiction…
Tout en ruminant contre le caractère rancunier du lieutenant-chef – un trait d'esprit qu'il trouvait fréquent parmi les membres du NYPD, Rodgers se frotta les poignets, encore irrités par la prise glaciale des menottes qu'on venait tout juste de lui retirer. Il s'aperçut alors que le sous-lieutenant qui venait de l'escorter jusqu'à sa cellule, un certain Danny, le fixait toujours, pensif. En réponse il lui jeta un regard noir. Réalisant son manque de tact, le jeune homme cilla brièvement. Lui qui avait tenu tête avec panache à des « vétérans » du NYPD sur les quais – un terme peut-être un peu fort pour définir ces flics en fin de carrière et trop portés sur les beignets – quelque chose semblait tout à coup le troubler. Rodgers soupira une nouvelle fois, définitivement agacé. Ce serait bien le genre de cet Esposito de charger la bleusaille de surveiller à vue le dangereux criminel qu'il était ! Une belle arnaque, et rien que les menottes n'auraient pas dû être nécessaires une fois arrivés au poste : il n'était ni armé ni sous influence de drogues ou d'alcool lors de son interpellation, et il n'avait fait montre que de bien peu de résistance.
Il y avait là de quoi écrire un énième article pamphlétaire sur les flics qui faisaient trop de zèle en fin d'année, lorsque leurs chefs leur mettaient la pression pour remplir leurs quotas jusque-là presque oubliés. Comme ces agents de la circulation qui sur les derniers jours de novembre, semblaient soudain se rappeler qu'ils possédaient un carnet de contraventions et en distribuaient les mannes à tour de bras…
- Je suis désolé pour votre fille, monsieur.
Rodgers releva la tête, les sourcils froncés. Alors qu'il s'attendait à trouver ce Danny goguenard, méprisant ou tout simplement apitoyé, il s'étonna de lire une simple mais franche compassion dans les yeux du sous-lieutenant. Quand beaucoup d'autres à sa place l'avaient raillé, ses condoléances semblaient sincères.
Il ravala la réplique cinglante qu'il assénait d'habitude à ceux qui voulaient lui faire la leçon, eut un signe de tête. Ah, la jeunesse…
- Vous êtes en retard, lieutenant. Mais merci quand même.
Le jeune flic lui rendit son hochement de tête, puis de nouveau imperturbable, disparut au coin du couloir. Désormais seul, Rodgers écouta avec attention le silence relatif – un fond de bruits de ventilation et de ronronnements pensifs d'ordinateur – qui régnait dans le commissariat en veille. Il accorda un bref coup d'œil à la caméra logée dans un coin du couloir, son objectif braqué sur sa cellule. Puis il s'allongea tant bien que mal sur le banc étroit, cala sa tête entre ses bras croisés et ferma les yeux.
Peu importe les poursuites qu'Esposito et sa nana de procureur engageraient contre lui, ils n'avaient pas grand-chose pour étayer leurs plaintes de toute manière : l'entrepôt n'avait pas de caméra, nul ne l'avait vu prendre de document et – ce qui était finalement une grande chance – il avait égaré le fichier dérobé, qui flottait certainement entre deux eaux dans l'Hudson. Ses informations étaient illisibles et perdues à jamais, c'était somme toute ce pourquoi on lui avait demandé de voler ce dossier : pour que jamais la police ne retombe dessus, et rouvre l'enquête oubliée qu'il concernait.
Rick Rodgers eut un sourire amer dans la pénombre. Lorsqu'il serait à nouveau libre, il retournerait chercher la récompense promise pour ce service rendu, et obtiendrait la seule richesse qui en valait la peine à ses yeux : l'information. Celle qu'il cherchait à recueillir depuis tant de temps… Ainsi, ses longues années d'enquête n'auraient pas été vaines : il connaîtrait la vérité.
Exceptionnellement serein, il finit par glisser dans un sommeil léger malgré l'inconfort évident de son lit de fortune. Mais son repos demeura comme d'habitude peuplé de formes inconstantes et d'ombres, assailli du murmure de la pluie torrentielle et du chant sourd d'un fleuve en crue. Au détour d'une route assombrie, quelque part dans l'obscurité, persistait la présence certaine et obsédante d'une petite fille aux cheveux roux, dont la voix triste et fluette continuait de l'appeler du plus profond de ses songes.
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« …Papa ? »
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Near-Death Experience
…To be Continued…
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Chers lecteurs et lectrices, parlons peu mais parlons bien,
Vous êtes nombreux à me demander des parutions fréquentes et régulières, et moi-même lectrice à mes heures je sais combien c'est difficile de s'arrêter quand un texte nous plait. J'ai jusque-là respecté un rythme général d'un chapitre par semaine, et je vais tout faire pour le maintenir.
Les intrigues et la fin de NDE sont déjà esquissées depuis plusieurs mois.
Cependant, écrire n'est – malheureusement – pas mon métier, et pour vous soumettre des textes de qualité, j'ai besoin de temps, de réflexion et d'inspiration. Le temps, je n'en ai pas beaucoup mais pour écrire je finis toujours par le trouver. L'inspiration en revanche, ça ne se commande pas… Car c'est ainsi que je carbure, à votre enthousiasme et à vos questions empressées, à vos remarques pertinentes et à vos appréciations. Oui, la suite viendra parce que j'aime écrire et que NDE me tient autant à cœur que la série Castle, mais la régularité de parution dépend aussi de vous. Donc n'hésitez pas, exprimez-vous !
Suivez ma page facebook (au nom d'Elenthya) pour de plus amples détails sur mes productions et les parutions en temps réel !
Merci à tous de votre fidélité,
A très bientôt,
Elenthya
