Note : Je ne peux pas poster plusieurs chapitres en même temps de Ciel et Terre, parce qu'avec mon problème d'ordi j'ai pris beaucoup de retard, je commence à peine le chapitre 7, le 6 est en béta lecture, il me reste donc une semaine pour terminer l'un et récupérer l'autre, à moins de ne pas poster le 5 aujourd'hui, ce qui rallonge mon sursis d'une semaine. Et ce sera pas de trop.

Voilààà (Ca fait bizarre d'en être que à là en publication, j'ai l'impression qu'il s'est passé vachement de choses entre le 4 et le 7... Ce qui est sûrement le cas, en fait)


Irremplaçable

Roxas avait l'impression de nager. De flotter sur un cours d'eau paisible et calme. D'être saupoudré par une pluie fraiche. Et d'être perdu dans le vide absolu.

« Oh… »

Il n'avait pas la sensation d'avoir ouvert les yeux au son de cette voix, plus comme si subitement la vue lui avait été rendue.

« Vous ici. Quelle drôle de coïncidence… »

La danseuse. Axel.

« Ne vous approchez pas ! » cria Roxas d'une voix silencieuse.

Elle leva les mains face à lui pour s'innocenter du mal qu'il craignait d'elle, d'Axel.

« Que faites-vous ici ? »

« Je suis toujours ici, Roxas. Nous sommes vous et moi Quelque Part entre la réalité et Ailleurs »

« Qu'est-ce que ça signifie ? »

« Que votre esprit est bien loin de votre corps »

Elle semblait si sereine, si apaisée et si engageante. Etait-ce vraiment la projection d'Axel ?

« Pourquoi suis-je éveillé ? »

« Vous ne l'êtes pas. C'est moi qui m'adresse à vous. Même si je ne le sais pas »

« Comment ça ? »

« Je pense à vous, Roxas. Beaucoup. Il y a autre chose. Je sais que c'est puéril. Je commence à comprendre que je ne m'y suis pas prise de la meilleure manière… »

« De quoi parlez-vous ? »

« Je ne sais pas. Je désire ne pas le savoir. Même si je me laisse dicter mon comportement par ça. Je crois. Je suis perdue dans le brouillard, Roxas. Perdue dans le noir »

« …Qui êtes vous ? »

Axel se réveilla en sursaut. Il était au milieu d'une veine du monde, une veine souterraine. Dans son sommeil il nageait faiblement à contre courant, paresseusement, comme on gigote alors qu'on dort. Il ne savait pas où il était, la prochaine ouverture jusqu'à la surface était loin. Il commença à serpenter lentement, sans conviction. Plus par habitude. Il ne savait pas s'il faisait jour ou nuit. Et… Quel étrange rêve…

Deux heures et demie plus tard environ, il parvint à s'extraire d'un puits de lave et vrilla mollement à l'air libre et chaud d'une nuit sur la Terre. Il rentra à la Citadelle en virevoltant distraitement. Il reprit forme humaine et marcha nu dans les couloirs déserts. De temps en temps il croisait un ou une domestique, qui s'inclinait à la hâte avant de détourner les yeux.

Il trouva la praticienne au chevet de son prisonnier et un kimono au pied du lit. Elle le tenait légèrement redressé et lui faisait boire de l'eau tombée du ciel.

- S'est-il réveillé ?

- Non, Majesté. Il s'est seulement agité dans son sommeil.

- Ah oui ? Etrange… Moi j'ai rêvé de lui. Impossible de m'en souvenir, d'ailleurs…

La praticienne posa ses yeux aveugles sur lui.

- Pourquoi souhaitez-vous le faire vivre, Majesté ?

- Pour que son calvaire continue.

- Prendra-t-il jamais fin ? Par la clémence ou par la mort ?

- Ce n'est pas ton problème.

Roxas, dans son sommeil lourd et proche de l'état de mort, murmura faiblement quelque chose. L'espace d'un instant. La praticienne termina son œuvre et se retira avec un salut mou. Roxas continua de délirer faiblement, et Axel s'approcha de lui pour entendre ses mots. Il s'excusait, répétait des mots qui, remis dans l'ordre, donnaient comme un « ce n'est pas de ma faute ». Il l'écouta murmurer pendant des heures sans savoir s'il le regardait avec mépris et jubilation ou…

Il avait l'impression de faire incursion dans sa vie. Un peu comme s'il lisait par bribes confuses sont journal intime. Il n'y avait rien de véritablement compromettant, mais… Au terme de quelques jours, il avait finit par découvrir en lui beaucoup d'incertitude. Roxas répétait qu'il ne savait pas, qu'il était trop jeune, qu'on l'avait marié avant qu'il ne parle, qu'elles étaient trop bêtes, trop vielle… Il était angoissé à propos de la succession, il ne savait pas comment procréer, personne ne répondait à ses questions.

Il se sentait seul. Ce n'était pas la solitude douloureuse et effrayante d'un enfant coincé dans une cellule. Plutôt celle d'un prisonnier libéré qui ne reconnaissait rien ni personne autour de lui et devait se débrouiller seul. Parfois Roxas ouvrait les yeux. Il regardait alors ce qui l'entourait - Axel et parfois la praticienne - sans le voir, et le reconnaitre encore moins. Alors il parlait un peu plus fort, il suppliait qu'on le laisse sortir, disait qu'il voulait nager dans les nuages de pluie et pas rester assis des heures entouré de cinq femmes superficielles.

Plus le temps passait, plus l'état de l'Empereur s'améliorait, plus Axel attendait son réveil. Il vivait. Il délirait de fièvre. Il souffrait dans son sommeil. Une monstrueuse cicatrice s'était formée à la place de sa blessure, elle lézardait comme une morsure hideuse. On aurait dit qu'elle mâchait son cœur comme une friandise. Axel y posa les doigts. Sa peau cicatrisée était plus claire, plus sèche. Un peu plus grise.

Roxas avait commencé à reprendre des couleurs. C'était l'eau, à tous les coups. Axel ne comprenait pas pourquoi il passait des heures à le regarder survivre malgré lui et à l'écouter chuchoter. Ce n'était pas vraiment divertissant. Ca ne lui plaisait pas particulièrement… C'était soulageant, sécurisant. Parce qu'il était en vie. Parce que lui aussi avait peur. Etait seul. Qu'allait-il faire à son réveil ? Combien de temps s'était écoulé ? Presque deux mois de ce coma étrange. Presque deux mois à le regarder et l'écouter. C'était là la relation la plus paisible qu'ils avaient eu.

- (X : x : X) -

Roxas inspira brusquement. Il avait l'impression de ne pas avoir respiré depuis des années. Il était essoufflé. Il ne vit d'abord pas, puis quelque chose de rouge… d'émeraude… L'angoisse sourde qui l'ébouillanta calcina toute mesure et pondération en lui.

- NE VOUS APPROCHEZ PAS

Axel le regardait avec des yeux grands ouverts de surprise. Pourquoi était-il là ? Pourquoi le Roi de la Terre était-il à son chevet ? Roxas s'était ramassé contre le montant du lit, dont le métal lui mordit la peau. Il avait peur de cette peur sourde et sans barrière de raison qui nous fait courir plus loin que vont nos jambes et plus vite que bat notre cœur. Seulement il ne pouvait aller nulle part.

- ALLEZ-VOUS-EN !

- Je suis dans ma chambre

- ALLEZ-VOUS-EN !

Roxas sursauta violemment au faible mouvement qu'il esquissa pour détourner la tête. Il avait si peur, si peur qu'il recommence, si peur qu'il fasse pire. C'était forcément pour ça qu'il l'avait maintenu en vie. Pour continuer. Il trouverait toujours plus atroce, toujours plus monstrueux… Il allait le faire, là, tout de suite.

Quel ne fut pas le choc de Roxas quand il le vit se lever silencieusement et marcher dos à lui, ouvrir une porte et disparaitre derrière.

Il avala sa salive. Est-ce que c'était réel ? Une douleur faible et lancinante pulsait sur sa poitrine et son épaule. Il baissa les yeux : une cicatrice. Oui. C'était réel. Mais que s'était-il passé ? La porte s'ouvrit à nouveau. Le corps de Roxas, qui s'était légèrement détendu, se crispa brutalement de nouveau. Ce n'était pas Axel.

- Qui êtes-vous !

C'était une femme aux cheveux sombres et à la peau fripée, une femme âgée.

- Bonjour, Empereur du Ciel, dit-elle. Je suis la praticienne royale. Je me suis occupée de vous durant votre convalescence.

- Tu m'as maintenu en vie…

La déception, la souffrance dans sa voix accabla les épaules de la praticienne.

- Oui, répondit-elle seulement.

- C'était sur commande du roi ?

- Oui.

La vieille femme le regardait sans le voir, avec ses yeux laiteux qui pourtant semblaient si compatissants. Il y eu un long silence. Roxas ne comprenait pas pourquoi elle restait mais c'était en bas de la liste des choses qu'il ne comprenait pas.

- Je suis… sincèrement désolée, Empereur.

Roxas ne put s'empêcher de lui jeter un regard mauvais, car il était bien facile d'être désolée à présent, de n'avoir rien fait d'autre qu'être désolée pendant qu'on le suppliciait. Cependant, à l'immense surprise le la praticienne, il eut la noblesse d'âme de répondre :

- Merci.

- (X : x : X) -

- Il dit vouloir sortir, transmit la praticienne

Axel renifla.

- Et puis quoi encore ? Il se sauverait.

- Il est trop faible.

- Il est déterminé à fuir.

- Que vous êtes ingénu, Majesté. Il est presque amusant de constater qu'une telle chose vous étonne

- Tch…

Axel se leva et marcha un peu. Son kimono rouge tombait magnifiquement sur son corps mince et long. Il était pieds nus pour profiter de la terre, de sa chaleur. La praticienne comprenait beaucoup de chose. Elle comprenait qu'il avait peur et qu'il se sentait tout petit, qu'il cherchait la sécurité dans ses plus infimes formes. Comme de marcher pieds nus dans le jardin de pierre jouxtant sa chambre. Il se tenait dos à la grande baie vitrée qui composait l'un des murs de la pièce. La praticienne, elle, était face à celle-ci et semblait regarder Roxas, assis dans le lit, lui-même les yeux rivés sur le Roi, paniquant au moindre de ses mouvements. Parfois, quand Axel laissait vagabonder ses pensées, la danseuse aux cheveux noirs métal parcourus de veines cuivrées, à la peau brune et aux yeux d'encre, apparaissait dans son yukata rouge, et regardait alors Roxas. Curieusement, tout en sachant qu'elle était aussi Axel, il la craignait moins que ce dernier. Il avait fait un rêve à son sujet. Elle lui parlait, simplement, calmement. Ses propos étaient totalement incohérent mais elle n'était pas agressive ni vicieuse comme Axel. Etait-elle vraiment lui ?

Roxas avait peur, plus peur qu'il n'avait mal, mais cette peur l'étouffait. Tout dépendait du Roi de la Terre. Ses nerfs étaient à fleur de peau, il aurait pu éclater en pleurs à tout moment. Il avait peur, si peur… Ce n'était pas une façon de vivre. Toute cette peur, au moindre geste de lui, au moindre regard. |Il se souvenait - comment aurait-il pu oublier ? C'était tatoué au fer rouge dans sa mémoire - de ce qu'Axel avait fait au fond des geôles, il savait qu'il pourrait recommencer seulement sur un coup de tête. Il n'avait pas hésité à le pendre vif, nu et affamé de sa nature.

Où était la logique ? Pourquoi maintenant, il l'installait dans sa propre chambre, lui faisait apporter de l'eau… Ne le touchait plus. Le regardait à peine. Cette expression sur son visage la dernière fois qu'ils s'étaient regardés, vraiment regardés… Si mauvaise, si sadique. Et maintenant il… Vide. Agacée, déçue. Qu'est-ce que ça voulait dire ? Comment Roxas était-il censé gérer une telle inconstance ? Qu'est-ce qui se cachait derrière ? Quand sa folie dévastatrice et monstrueuse allait-elle reprendre ? Quels en seraient les prémices, les manifestations ? Faudrait-il encore souffrir comme ça ? Être outragé ? Réduit à rien ?

…Quels moyens Roxas avait-il de se suicider ? Il sursauta violemment. Axel avait de nouveau fait quelques pas pour revenir s'asseoir.

- Je refuse, c'est tout. Il est mon prisonnier, je crois, non ?

La praticienne soupira.

- Certes, oui… Mais il est également plus que ça.

- Il est l'Empereur du Ciel. Soit mon égal.

Axel écarquilla les yeux.

- Oui, Majesté. C'est cela. Votre égal.

Le roux fronça les sourcils. Sur ses joues trainaient encore les sillons de larmes, comme un filigrane sur sa peau. C'était un beau jeune homme. Habité par un enfant effrayé. La danseuse apparu à nouveau, passa les doigts dans ses longs cheveux noirs marbrés de rouge et… se tourna vers Roxas. Celui-ci se tassa un peu sur lui-même, d'anxiété. Elle le regarda avec une mine embêtée, soucieuse, puis se détourna de lui, fixant la même chose qu'Axel, manifestement en proie à une réflexion intense.

- Peut-être pourriez-vous le faire accompagner.

La danseuse disparue.

- Je refuse, vielle femme, purement et simplement.

- Majesté… Si vous vous sentiez affublé d'une quelconque faiblesse, d'un manque ou d'un défaut, viendriez-vous à moi pour en parler ?

- Non.

- Et à lui, Majesté ? Iriez-vous à lui ?

Axel leva les yeux sur la praticienne. Sans comprendre.

- …Non.

- (X : x : X) -

Roxas sursauta violemment en entendant la porte de verre coulisser et se tourna d'un bloc vers elle, fixant avec inquiétude la praticienne entrer dans la chambre du roi, suivie de celui-ci. Depuis cette pièce, cette suite immense qui contrastait avec ses propres appartements par son absence totale d'autre cloison que les murs de verre sablé ou cristal qui la délimitait, il pouvait voir le ciel. Le ciel qu'on voyait quand on avait les pieds sur Terre. Le pied des nuages de la Frontière. Pour Roxas, ça avait toujours été le bas, presque le sol. Et pour ceux de la Terre, pour ceux qui vivaient ici, c'était ça, le ciel. Jamais de morceau d'azur entre deux cotons blancs, jamais de rayons de soleil. Seulement le pied gris et triste des nuages, et parfois une averse qui tombait froide et s'écrasait chaude. Ca lui semblait injuste. Il n'avait jamais vu la Frontière du Ciel et de la Terre de cette manière, par en bas. Comme un écran au ciel et non une barrière protectrice.

Mais immédiatement, il ne regardait pas la Frontière fonçant avec la nuit. Il regardait Axel. Avec une angoisse grandissante. Axel le regardait aussi, avec cette expression de rien presque calme, et il en avait d'autant plus peur. Il se tassa contre le montant du lit, ignorant la brûlure du métal et la praticienne qui sortait, n'ayant d'yeux que pour le roi qui s'asseyait dos à lui sur son lit. Il avait trop peur pour continuer à respirer correctement.

- N'approchez pas, parvint-il à souffler dans la panique qu'il essayait vainement de maîtriser.

- Je suis dans ma chambre, rétorqua le roi en s'allongeant sans le regarder.

Roxas eu un si violent mouvement de recul qu'il en tomba du lit. Sur le sol. De métal. Il n'eut que le temps d'un gémissement de douleur avant de sentir à nouveau l'effroi se déverser dans son sang et lui faire préférer la brûlure du métal. Axel s'était levé et faisait le tour du lit. Bientôt il fut à côté de lui et se pencha sur son corps tremblotant de douleur et crispé d'horreur.

- Ne me touchez pas.

Axel le prit dans ses bras. Ce fut comme si en avait enfoncé un tisonnier rougeoyant dans son ventre, tellement il se contracta et tant son hurlement terrifié était insoutenable. Il ne tremblait plus, il convulsait d'épouvante. Ses lèvres articulaient « ne me touchez pas » mais sa voix dans sa gorge s'était tarie et ses yeux ne regardaient plus la réalité. Axel le posa sur le lit et le lâcha, le regarda un instant se recroqueviller sur lui-même en cachant son visage dans ses mains pour sangloter silencieusement, puis ressortit dans le jardin de pierre et se coucha à même le sol. De toute façon c'était sûrement plus agréable que son lit en fil de coton. Le bois comme la foudre était un hybride, mais de la terre et de l'eau, pas du feu et de l'air. Peut-être que a avait fait une différence assez grande pour justifier la décapitation de ce bébé. Son corps était alors si petit, semblait si léger… Des jambes brunes apparurent devant les yeux d'Axel. Il les leva le temps d'une seconde pour voir sa danseuse lui sourire et s'effacer. Il soupira et ferma ses paupières.

- (X : x : X) -

Roxas fut réveillé en pleine nuit par un cri. Une femme, hurlait dans la chambre du Roi. Il se redressa dans un sursaut effrayé. Qu'est-ce qu'Axel était entrain de faire et à qui ? Pourquoi ici ? L'Empereur fut surpris de constater qu'il n'était pas là, mais toujours allongé à même la terre, dehors… Mais alors qui…

C'était une jeune femme à la peau brune, aux cheveux noir nuit parcourus de veines cuivrées et vêtus d'un yukata rouge. Elle était à genoux et se cognait la tête contre le sol, les mains sur ses oreilles, hurlant souffrance et désespoir. Roxas la regarda longtemps, peut-être une vingtaine de minutes, sans que jamais rien ne la soulage. Puis elle disparue brutalement, soufflée de la réalité. Quand Axel se redressa d'un bond, essoufflé et perdu.

- (X : x : X) -

- Un vote ?

- Ca me semble être la solution la plus intelligente.

- Non, nous ne pouvons pas décider de la guerre simplement par vote. Il faut y réfléchir et obtenir l'unanimité.

- Nous sommes 54 dans cette salle, je crains que cela ne soit impossible, et ce que nous a rapporté Shiva est extrêmement grave. Nous ne pouvons nous permettre d'attendre.

- Un vote, pourquoi pas, mais entre quoi et quoi ?

- Entre déclencher la guerre promise par le Roi de la Terre et choisir un nouvel Empereur.

Un silence de mort s'étendit sur la salle du conseil.

- Choisir un nouvel Empereur ?! Mais vous n'y songez pas !

- Et plonger dans un conflit perdu d'avance, y songez-vous ?

- Nous ne pouvons pas abandonner notre souverain. Ni déclencher la guerre.

Chacun d'eux avait passé un œil par delà la Frontière du Ciel et de la Terre. Ils avaient tous vu la même chose : les forges sur les veines du monde s'agitant et fumant de colère, crachant des flammes vengeresses. Vayu Shiva se pencha en avant, décollant son dos du dossier de son haut siège, et jeta un regard accablé vers celui, vide, de l'Empereur.

- Il y a une troisième solution, déclara-t-il en se remémorant les mots du Roi de la Terre.

- Laquelle ?

- Attendre. Et expier. Rester sans Empereur dans le chaos et le désespoir.

- Ce n'est pas une solution, Shiva.

- Non ? C'est pourtant ne faire ni la guerre ni l'outrage de défigurer le trône. Quelqu'un a-t-il mieux à proposer ?

Quelqu'un haussa les épaules avec une lenteur blasée.

- Après tout, attendre n'est pas aussi radical et définitif que faire la guerre ou l'outrage. Il pourrait se produire quelque chose. Et le cas échéant, nous pourrons toujours remettre ce choix terrible à l'ordre du jour.

- Soit, puisque nous sommes tous incapables de trouver mieux. Attendons et expions dans le chaos et le désespoir.

- (X : x : X) -

- Tu comptes passer le reste de ta vie à sursauter à chaque fois que je cligne des yeux ?

- Contentez-vous de rester loin de moi !

- Au risque de me répéter encore, je suis dans ma chambre !

- Alors mettez-moi ailleurs, mais restez loin de moi !

Axel tiqua, redressa la tête et lança un sourire à Roxas qui lui fit se couvrir les yeux d'effroi.

- Ho ho, quelqu'un qui préfère les geôles souterraines aux appartements royaux

- Il y a le roi à l'intérieur, murmura Roxas d'une voix trop plaintive pour le sarcasme de sa réplique.

Axel soupira.

- Je sors

- Grand bien vous fass—

- Pauvre de toi, faible et paranoïaque, coupa-t-il avec agacement.

Roxas ne répondit rien. Quelle bonne blague. Ça, paranoïaque, il avait l'impression de l'être devenu, oui. Chaque petit bruissement ou son étouffé qui n'était pas de lui le mettait en alerte, et inquiet il traquait la silhouette du Roi, ses cheveux flamboyants ou le vert cassant de ses yeux, angoissé à l'idée de le trouver et, quand il ne voyait rien, terrorisé en imaginant qu'il était là malgré tout. C'est ainsi qu'il trembla nerveusement quand la porte de métal s'ouvrit à nouveau.

C'était une femme. Une domestique, il ne l'avait jamais vu avant. Elle n'avait rien de vraiment comparable à la danseuse ou la praticienne, qui dégageaient quelque chose de mystérieux et déroutant pour la première, de profondément sage et patient pour la seconde. Alors qu'elle, cette femme, était totalement transparente et fade. Elle tenait quelque chose dans ses bras, du tissu. Un vêtement. Frappa alors Roxas le savoir qu'il avait jusque là été nu, sans doute depuis la… colonne de métal…

Elle approcha tête basse et déposa le vêtement sur le lit après avoir hésité longuement.

- Votre kimono, M… euh…

Elle tourna la tête nerveusement et emmêla ses doigts dans ses cheveux châtains. Roxas observa un instant le kimono.

- Qu'est-ce que c'est ? demanda-t-il. Ce tissu ?

Ce n'était pas le même que celui des draps, qui pourtant n'avait rien de commun avec tout ce qu'il connaissait.

- C'est du lin… Monsieur…

Roxas leva les yeux sur la pauvre femme qui ne savait pas comment s'adresser à lui. Malgré sa situation - prisonnier d'un roi fou et immature, blessé et faible sortant à peine d'une longue agonie ratée - il eut un sourire pour elle. Et elle fit quelque chose qui le stupéfia. Elle le regarda. Très furtivement, comme pour vérifier si lui la regardait toujours. Elle lui lança plusieurs coups d'œil extrêmement rapides et gênés. Enfant, Roxas avait longtemps observé, depuis son trône assiégé de ses cinq épouses, les regards des gens de la cour qui eux aussi restaient assis à ne rien faire d'autre que savourer ce privilège. Il y en avait eu des complices, haineux, accablés, rieurs, désolés il y en avait eu de toute les sortes, et l'Empereur avait dès lors décidé qu'on pouvait communiquer de cette manière, par un simple regard. C'était exactement ce qui se produisait ici et maintenant. Elle lui transmettait sans doute sans le savoir, tout son malaise. C'était prodigieux.

- Qu'est-ce que le lin ?

- Oh, c'est… euh… Je suis navrée… Je ne suis qu'une domestique…

Roxas ne voyait pas le rapport mais soit.

- Merci, dit-il en cessant de la regarder pour la laisser s'en aller. Elle ne ressemblait en rien aux servantes impériales. Rien de ce qui se trouvait ici ne ressemblait à ce qu'on pouvait trouver dans le Ciel. Quoi de plus normal ? C'était la terre après tout. Roxas était très intrigué, subitement, par les tissus. Et il se demandait aussi si communiquer avec quelqu'un comme Axel, par le regard, était possible.

- (X : x : X) -

- Le lin ? répéta la praticienne. C'est une plante, jeune Empereur.

- Une… quoi ?

La différence des cultures les frappa tous les deux.

- Le bois, tenta-t-elle d'expliquer sans vraiment savoir par où commencer, est une matière… hybride. Qui vient de la terre et de l'eau.

Roxas était bouche bée. Une telle chose existait ? Une connexion entre la Terre et le Ciel ?

- Tout comme la foudre est de l'air et du feu… Avez-vous entendu parler de cette femme du Ciel tombée sur Terre ?

- Oui, répondit mornement le blond. Bien sûr que oui.

- Elle eut un enfant avec le précédent Roi.

- Pardon ?!

- Une fille. Cette enfant était du feu et de l'air, ni dans le Ciel ni sur la Terre, elle était de l'Orage.

- Où est-elle, à présent ? Une telle personnalité ne saurait passer inaperç—

- Elle est morte.

Roxas se retourna vivement. Axel. Il n'avait pas entendu la porte de métal s'ouvrir. L'Empereur décida de regarder le roux, qui restait à la porte sans approcher du lit, adossé avec une nonchalance feinte. Ses yeux étaient d'un vert lumineux et profond à la fois. Il avait beaucoup de choses derrière lui.

- Elle est morte avant même d'avoir un nom. On a jeté sa mère dans le sang du monde, et comme ce n'était pas nocif pour elle, on l'a décapitée. Un bébé mort-né.

La praticienne ne dit rien pour l'arrêter. C'était donc vrai. Quelle horreur…

- Ce qui est étrange, continua le Roi, c'est qu'il ai décidé d'engendrer cette petite fille. Pourquoi la faire vivre et attendre sa venue durant 4 ans si une fois à ses pieds il la condamne immonde ? - (Axel rompit le contact avec Roxas, détourna les yeux) - Je n'ai pas cessé de m'interrogé. Je n'ai jamais trouvé la réponse.

Roxas baissa la tête.

- Les champs sont hors de la ville basse, dans les serres. Allons-y demain.