IV – Occasion inespérée
Résumé des chapitres précédents : Alors que les équipes SG installent la toute nouvelle base terrienne sur une planète décrétée inhabitée, une bourde de Felger prouve qu'ils ne sont pas les seuls humains sur place ! SG1 est donc envoyée en mission de reconnaissance, mais Jack, Sam et Teal'c se font violemment arrêter, laissant Daniel seul et sans ressource. Pendant que ce dernier tente une infiltration au sein de la population locale, Jack et Sam sont parqués dans une prison à ciel ouvert avec d'étranges cybers, et Teal'c fait office de cobaye à des scientifiques sans état d'âme. Dans cette société technologiquement avancée mais en train de sombrer dans la dictature, Daniel fait connaissance avec la résistance locale, Jack et Sam tentent de s'évader et Teal'c doit faire appel à toute sa sagesse Jaffa pour supporter une douleur aussi mentale que physique.
Disclaimer : les personnages et l'unviers SG ne m'appartiennent pas :-)
Daniel bougonna. Bon sang, il ne manquait plus que ça ! Il n'était déjà pas très friand des longues randonnées pédestres, même s'il commençait à s'y faire depuis le temps qu'il était dans SG1, mais ce qu'il détestait par dessus tout, c'était quand la pluie et le vent s'y mettaient ! Il calcula rapidement qu'il leur restait encore une bonne demi-heure de marche, selon les indications de Tita, avant d'arriver au QG des Antis, et encore, c'était dans le cas où ils ne seraient pas ralentis par la météo capricieuse ! Une bourrasque un peu plus violente lui arracha son chapeau au moment où il avait enlevé ses lunettes pour les essuyer inutilement. Il dût retourner en arrière pour récupérer son couvre-chef, et Tita le réprimanda copieusement de les ralentir. Penaud, il trottina jusqu'à elle. Une fois côtes-à-côtes, elle lui tapota gentiment l'épaule en guise de réconfort. Ils se remirent en route sans tarder.
Ses jambes le portaient encore, mais il ne savait pas trop comment. Il avait cessé de jeter des coups d'œil trop fréquents à sa montre, et se contentait de suivre le rythme imposé par la femme Anti. Enfin, cette dernière ralentit et tourna dans une ruelle peu fréquentée, comme ils en avaient traversé des dizaines, alternant régulièrement avec des rues plus encombrées. Mais cette fois-ci, il sut qu'ils étaient arrivés lorsqu'elle entreprit de déplacer avec difficulté une lourde poubelle. Il vint l'aider, poussant de toutes ses forces l'objet à l'odeur embaumante. Ils dégagèrent ainsi un minuscule passage, débouchant sur une non moins minuscule impasse. Ils s'y faufilèrent. Tita était déjà en train de tapoter certaines des dalles circulaires du mur sur leur gauche selon un code bien particulier, que Daniel était encore en train de s'extirper de l'ouverture et de replacer la poubelle. Une porte habilement camouflée dans le mur s'entrouvrit avec méfiance. Quand le portier tout en muscles reconnut Tita, il la laissa entrer, mais lorsque Daniel voulut la suivre, Monsieur BodyBuildé lui bloqua jalousement le passage.
- Je suis avec elle, précisa l'archéologue, en pointant du doigt une Tita qui était déjà hors de vue.
Le portier ne broncha pas d'un demi-millimètre.
- Je m'appelle Daniel Jackson et je suis avec Tita, insista-t-il.
Le portier commença à le repousser gentiment de l'encadrement de la porte, le reléguant à la pluie diluvienne. Alors que l'accès commençait à se refermer devant lui, Daniel cria :
- Titaaaaaaaaaaaaaa !
Apparemment elle entendit son appel de détresse, car la porte se rouvrit sur elle. Quand il passa à côté du gros musculeux, ce dernier lui fit un sourire édenté qui se voulait sans doute encourageant... L'effet qu'en ressentit l'archéologue en fut tout le contraire...
Ils étaient tous entassés, certains assis autour de la table, d'autres debouts en retrait. Cela faisait une bonne heure que Daniel avait commencé à expliquer sa situation dans tous les détails, en insistant particulièrement sur ses trois amis prisonniers, et dont la condition de l'un lui était totalement inconnue. Armine, l'Anti qui présidait la tablée, l'informa que le Jaffa avait été vu être emmené au bâtiment de réserve, celui où on envoyait les prisonniers dangereux, et qui se situait juste à côté de la tour qui abritait le Directoriat : ce dernier aimait avoir une vue plongeante sur la soumission de ces hommes. Lorsqu'ils en vinrent à discuter de Sam et Jack, après que les personnages importants de la tablée se soient retirés pour parlementer entre eux, la décision tomba :
- Nous ne pourrons pas vous aider.
Avant que Daniel n'ait pu objecter quoi que ce soit, Armine reprit la parole et expliqua :
- Il faut que vous compreniez, personne n'a jamais pu s'échapper du parc de réhabilitation, et aucune de toutes les tentatives d'aide extérieur qui ont déjà eu lieu n'ont été concluantes. De plus, le Directoriat a réussi à capturer trois de nos agents infiltrés dans ses rangs et les torture en ce moment-même dans le bâtiment de réserve. Nos agents sont fiables, mais nous devons leur porter secours en priorité. La situation est critique : nous n'avons pas beaucoup d'agents d'infiltration, et la moindre perte peut nous être fatale. Pour le moment, la situation de vos amis dans le parc de réhabilitation ne supplante pas celle de nos prisonniers. Si de nouveaux éléments venaient à s'ajouter, nous reconsidèrerons la situation, mais nous ne pouvons pas risquer que d'autres agents se fassent prendre en essayant de faire évader vos amis.
Daniel hocha la tête, compréhensif, mais déçu malgré lui. Tita lui lança un regard d'encouragement. Il su qu'elle ne le laisserait pas tomber.
- En attendant de pouvoir nous occuper d'eux, je vous propose de vous joindre à notre organisation et de participer à nos actions contre-Directoriat pour faire avancer les choses plus vite, l'invita Armine.
L'archéologue réfléchit quelques instants : si c'était la seule chose à faire, alors il n'y avait pas à hésiter. Il espérait seulement que Sam et Jack tiennent le temps qu'il faudrait...
- Cependant, reprit Armine avec entrain, nous pourrons peut-être tenter quelque chose pour votre ami... votre ami Jaffa, finit-il en buttant sur le dernier mot qui lui était peu familier.
Daniel releva la tête avec espoir.
- Demain, les couloirs vont changer d'architecture. Nos agents ont réussi à en voler les plans par avance et à nous les transmettre. Nous avons donc planifié une évasion pour demain, à 14h pile, heure à laquelle les couloirs bougeront, pour faire échapper nos trois prisonniers. Deux Antis pourrons s'introduire dans le bâtiment de réserve et tenter de libérer aussi votre ami Jaffa par la même occasion.
- Qu'entendez-vous par 'les couloirs vont changer d'architecture' ? s'enquit l'archéologue.
C'est un vieil Anti du nom de Jemnèf (Daniel ne su d'ailleurs jamais si c'était un diminutif ou non) qui lui expliqua :
- Les couloirs du bâtiments sont ce qu'on appelle 'malléables' : régulièrement, le Directoriat en dessine lui-même les plans, et l'utilisation de cristaux permet de modifier leur architecture.
- Un peu comme les tunnels de la Tok'ra ?
- Qui est la Tok'ra ?
- Ce sont des amis, fit Daniel, évasif. Et vous dites que vous avez réussi à vous procurer les plans du prochain remodelage ?
- Oui, si le Directoriat n'a pas eu vent de cette fuite d'ici que nous intervenions. Au moindre doute, nous devrons annuler l'opération.
- Je comprends. Avez-vous une idée de ce qu'ils peuvent faire à Teal'c ?
- Ils doivent sans doute prendre un malin plaisir à le torturer pour en tirer le maximum d'informations possibles.
- Teal'c ne parlera pas.
- Ils ont un panel d'ingéniosité assez impressionnant, le prévint Armine. Non pas que je veuille vous décourager, mais il est arrivé plusieurs fois déjà que certains de nos agents parmi les plus confirmés craquent. C'est d'ailleurs aussi pour cela que nous essayons d'agir au plus vite.
- ça nous laisse un jour avant l'attaque, calcula l'archéologue.
- Oui, mais l'attaque, comme vous dites, devra se dérouler en toute discrétion : nous ne voulons ameuter personne, simplement récupérer nos agents. Nous sommes par ailleurs en train de planifier un coup d'état, mais ce n'est pas pour tout de suite : nous devons avancer prudemment et ne pas nous précipiter. Nous avons l'habitude d'agir que si nous sommes quasiment sûrs de notre coup.
- Oui, c'est plus sage, confirma Daniel.
- Voudriez-vous vous joindre à nous pour ce coup d'état ?
- Volontiers, mais je ne sais pas si mes compétences peuvent...
- Toutes les compétences, dans n'importe quel domaine, sont acceptées avec enthousiasme, le rassura Jemnèf.
Puis, le sujet de SG1 sembla être clos, car Jemnèf s'adressa ensuite à Tita sans tenir plus compte de Daniel :
- Pour le nouveau tunnel de la voie d'accès en construction...
- Tout est prêt, nous pouvons le faire exploser dès que vous nous le direz.
- C'est du bon travail, Tita, la félicita Armine. Comment va ton mari ?
Les discussions s'éparpillèrent ainsi petit-à-petit, et Daniel dût donner de la tête un peu partout pour assimiler le plus de renseignements possibles. Une dame âgée, certainement la femme de Jemnèf (d'ailleurs, cette maison était sûrement la sienne !), apporta sur la table un ensemble de mets confectionnés dans de magnifiques petits plats, qui répandirent rapidement leur odeur alléchante.
- Je suppose que personne ici n'a eu le temps de manger, coupa-t-elle tout le monde d'une petite voix aigrelette.
Toutes les paires d'yeux se mirent à pétiller.
- Et si vous tardez trop, ce ne sera plus l'heure... Déjà que... finit-elle avec un petit sourire bienveillant.
Tout le monde se leva et se précipita pour mettre la table. Daniel fut impressionné par l'efficacité de la petite bande : les uns déplièrent la nappe, d'autres étalèrent les assiettes puis les couverts avec précision, d'autres encore amenèrent des pichets d'eau et de vin, et Monsieur BodyBuildé rapporta six chaises manquantes et les disposa autour de la table.
Celle-ci fin prête, ils s'installèrent tous gaiement, un peu serrés mais heureux d'être tous réunis. Ils se servirent avidement, et Tita remplit l'assiette de Daniel avec une multitude de petites choses :
- Il faut goûter à tout, lui glissa-t-elle en lui tendant son assiette.
Aussi vite qu'ils furent tous servis, l'attitude de chacun, exaltante l'instant d'avant, redevint grave, et les discussions repartirent sur la dictature, la société, la population de la ville qui fatiguait petit-à-petit, et sur l'organisation des missions et des futurs plans d'attaques.
La tension que les nerfs du Jaffa avaient accumulée n'avait d'égale que la violence des bourrasques qui s'infiltraient par la fenêtre. L'ensemble de la construction de poulies et autres cordes ne s'arrêtait plus de valdinguer de ci de là, faisant tour à tour accélérer puis ralentir les boules dans leurs tunnels, leur faisant prendre des passages et des trajectoires que Teal'c n'aurait même jamais imaginé. Cela faisait maintenant plusieurs heures déjà qu'elles allaient et venaient, menaçant régulièrement d'arriver à destination et d'enclencher le petit boîtier.
Il n'avait pas peur de mourir... Il était juste extrêmement contrarié de ne pas savoir quand, et de ne rien pouvoir faire en attendant. Contrarié que rien ne dépende de lui, qu'il n'ait absolument aucun pouvoir décisionnel et aucune possibilité de maîtriser la situation...
A un moment donné, les trois ingénieurs étaient venus, espérant le voir craquer... ce qui était bien sûr peine perdue ! Ils s'étaient tous accoudés au chambranle de la porte, comme s'ils avaient peur d'avancer un peu plus dans la pièce, et s'étaient délectés de le voir en sueur et pourtant dominant son anxiété. Quand une des boules avait manqué déclencher un des commutateurs, ils s'étaient enfuis en courant et en pépiant par petits cris craintifs.
C'est pour cela que le Jaffa ne fut pas étonné lorsqu'il entendit un timide geignement qui provenait de l'entrée de la pièce, croyant que les ingénieurs étaient revenus. En revanche, il fut stupéfait de constater qu'en fait d'ingénieurs, se tortillait un petit rongeur. Ce n'était pas vraiment n'importe quel petit rongeur, c'était le petit rongeur carnivore qui s'était à moitié empiffré de son ventre ! La petite bête se rapprocha et sauta adroitement sur le brancard, sans être le moins du monde impressionnée par le raffut que produisaient les mouvements désordonnés de la machine infernale.
Teal'c fixa the rongeur avec toute l'animosité dont il était capable... et autant dire qu'il était assez expérimenté dans ce domaine-là... Il suivit du regard l'animal qui, intrigué par les cordes, sauta sur l'une d'elle et grimpa habilement jusqu'en haut. Il avait trouvé un nouveau terrain de jeu ! Il s'amusa un bon quart d'heure avec, sautant de corde en corde, et jouant l'équilibriste sur les tunnels dont les diamètres intérieurs faisaient juste sa taille. Il tenta même de rentrer dans l'un mais, trop volumineux, dû renoncer après plusieurs tentatives infructueuses. Au moment où il arrêta son petit manège, une boule passa juste sous son nez dans le tunnel, et le rongeur se prit à courir après la boule. Il fit un magnifique dérapage contrôlé tout près du boîtier de déclenchement des explosifs, ce qui faillit arracher le sourcil gauche démesurément levé de Teal'c.
Enfin, après plusieurs minutes de folles péripéties, l'animal se désintéressa totalement des tunnels et des boules de couleurs, et choisit de se faire les dents sur une des cordes qui maintenaient les tunnels en suspension. Teal'c, lassé d'avoir à surveiller le rongeur et les boules, cessa de se préoccuper de la petite bête, jusqu'à ce qu'il réalise ce qu'elle était en train de faire... Il dût se rendre rapidement à l'évidence : quand elle aurait fini de ronger cette corde, le tunnel jaune s'effondrerait en partie, emportant inévitablement avec lui les autres tunnels. Deux possibilités s'ouvraient alors : soit la machine, en tombant, actionnerait le boîtier, soit, avec un peu – beaucoup – de chance, elle l'éviterait.
Le Jaffa, voyant que la corde ne tenait plus que par un fil, respira un grand coup : apparemment, c'était maintenant ou jamais !
La petite bête sembla en décider autrement, car elle s'éloigna de la corde alors qu'elle n'en avait pas fini avec elle ! Le Jaffa, de frustration, voulut la chasser, et bougea sa main comme il le put entre ses liens. Ce mouvement étranger alerta le rongeur qui, n'ayant pas réalisé plus tôt la présence de l'humain du fait de sa totale immobilité, se rapprocha de lui, intrigué. Il repéra la main du Jaffa qui avait à peine remué, et vint la flairer prudemment. Teal'c, craignant de se faire morceler la main comme l'avait été son ventre, ne broncha plus d'un pouce. Le rongeur s'éloigna de sa main, et remonta jusqu'à son poignet, s'intéressant de plus en plus aux liens de cuir qui le maintenaient enserré.
Après quelques instants de reniflages en tous genres, il apparut que le cuir convenait beaucoup mieux à la petite bête que la corde qu'il avait laissée en plan. Sans doute était-ce plus adapté à ses petites quenottes ? Toujours était-il que Teal'c sentit les liens de sa main droite faiblir de plus en plus. Quant il constata qu'il n'avait plus qu'à tirer un grand coup dessus pour les rompre, il s'activa, sans se préoccuper du rongeur qui avait pourtant tant fait pour sa libération, et qui partit faire quelques mètres en vol plané sous l'action nerveuse du Jaffa. Elle traversa ainsi la salle en flottant, et s'escamota contre le mur d'en face. A moitié sonnée, elle s'enfuit en courant par la porte entrouverte, piaillant toute la misère du monde. Teal'c ne s'attarda pas sur cette vision qui lui aurait pourtant apporté un grand réconfort, et s'occupa rapidement à défaire ses autres liens grâce à sa main indépendante.
Une fois libre de ses mouvements, le Jaffa se mit debout, prenant bien soin de ne pas effleurer la machine, dont une des cordes à moitié rongée pouvait lâcher à tout moment. Avec d'infinies précautions, il débrancha le boîtier de la machine infernale, et le fourra dans sa poche après avoir repositionné les loquets de sécurité sur les commutateurs. Il avisa ensuite la fenêtre grande ouverte, et estima qu'il pourrait s'échapper par là. D'abord s'enfuir, ensuite voir quoi faire pour ses explosifs implantés ! Sans demander son reste, il passa ses jambes par la fenêtre, et s'accrocha prudemment au mur extérieur. L'opération demanda plusieurs contorsions que le Jaffa n'avait jamais cru être capable de réaliser.
Agrippé au mur extérieur, il vérifia les alentours et, la voie étant libre, il sauta du deuxième étage et se réceptionna lourdement au sol. Il sentit avec appréhension les explosifs ballotter dans son ventre, mais a priori ils avaient survécu au choc. Il se releva prudemment et traversa la cours au pas de course. Arrivé près de la sortie, il fut repéré par cinq soldats qui le mirent en joue. Il suffit au Jaffa de lever bien en évidence le boîtier de déclenchement pour qu'ils abaissent leurs armes : apparemment, ils étaient au courant de la menace que représentait le boîtier, et n'avaient pas envie d'assister au premier plan à un magnifique feu d'artifice. Le Jaffa en profita pour sortir définitivement de l'enceinte, et se retrouva à courir au hasard dans les rues de la ville, sous la pluie torrentielle, empruntant de préférence les axes où il y avait un maximum de civils, choisissant de changer de direction au moindre croisement, et mettant entre lui et sa prison le plus de distance possible.
Le Jaffa, plus endurant que n'importe quel humain, en profita pour semer à coup sûr ses éventuels poursuivants et ne s'arrêta qu'une fois lui-même exténué. Le soleil couchant lui indiqua que son échappée avait duré un bon moment, et il choisit une petite ruelle sombre pour s'affaler dos à un mur. Il glissa lentement et se retrouva assis à même le sol, serrant toujours férocement et précautionneusement le boîtier dans sa main. Ses jointures en étaient blanchies, mais cela lui importait peu : tout ce qui le préoccupait était les explosifs. Il s'accorda quelques minutes, avant de fouiller les poubelles qui jonchaient la rue peu fréquentée. Après quelques recherches, il y dénicha un couteau à la lame cassée, et s'installa un peu plus loin, là où il faisait un peu plus noir. Puis, sans s'inquiéter des risques d'infections, il entreprit de se taillader le ventre, là où les coutures grossières ressortaient le plus. Il se mordit la lèvre lorsque le couteau toucha par mégarde un des explosifs, menaçant de le faire détoner. Il choisit alors de se calmer avant de continuer quoi que ce soit.
Les quelques minutes qui suivirent furent suffisantes pour calmer sa respiration et, épuisé, il se retrouva en état de kel'no'rim sans s'en rendre compte, le lame brisée dans une main, le boîtier dans l'autre, la tête reposant contre le mur et les jambes étendues devant lui.
- Allez, Major, il est l'heure de se lever, prononça-t-il inconsciemment.
Sam, amusée, observa le colonel parler dans son sommeil alors qu'elle-même était déjà en train de faire quelques étirements pour garder la forme. Elle choisit de le laisser encore dormir le temps de finir ses exercices matinaux. Fin prête, elle se mit à genoux et passa maladroitement sa main sur le visage de son supérieur... juste quelques caresses ne dépassant surtout pas cette envergure suffirent à le réveiller. Il entrouvrit les yeux et, apercevant son major penchée au-dessus de lui, murmura un 'on ne pourrait rêver meilleur réveil' qui la fit frissonner. Troublée, ne sachant encore pas ce qui lui avait pris de faire ça, elle se recula prestement, tandis que le colonel priait tous les faux dieux qu'il connaissait pour que le barbu n'articule pas un autre de ses 'C'qui Laïra'.
Son Major ayant disparu de son champ de vision restreint, O'Neill se leva tout en pestant copieusement contre l'absence cruelle de petit-déjeuner. La voyant partir pour une petite ballade de reconnaissance (on ne savait jamais, si un des murs qui les retenaient prisonniers s'était effondré pendant la nuit !), choisit de l'accompagner. Les premiers pas se firent dans un silence réconfortant, qui fut cependant rapidement rompu par la jeune femme :
- Je n'ai pas envie de vivre à nouveau un tel traitement.
O'Neill, comprenant qu'elle faisait référence à leur torture de la veille, et ne trouvant rien à dire pour la rassurer, se rapprocha simplement un peu plus d'elle. Leurs bras se frôlèrent, apportant à l'angoisse ambiante une sensation de soutien mutuel. Ils n'avaient pas besoin de plus de mots pour se comprendre, et Sam savait aussi que si le colonel ne se plaignait pas à son tour, c'était uniquement pour ne pas en rajouter face au pessimisme légendaire de la jeune femme. Leurs pas les menèrent tout droit vers un mur, et ils ne modifièrent pas leur trajectoire pour l'éviter ; bien au contraire, ils se posèrent contre, cherchant dans l'appui matériel un soulagement intellectuel.
Le bruit fort reconnaissable d'un vaisseau en approche vint les tirer de leur pause apaisante. Carter eut un unique tremblement incontrôlable, et O'Neill en profita pour la serrer contre lui. La proximité de leurs corps et la peur environnante attisèrent leurs sensations, et le colonel se retrouva en train de rapprocher doucement ses lèvres de son second, une main délicatement enfouie dans ses cheveux blonds. Leurs souffles se mêlèrent, et Sam en soupira d'avance.
- Jack !
Interdits, les deux militaires stoppèrent immédiatement leur geste, les lèvres à quelques millimètres les unes des autres : avaient-ils bien entendu, ou bien était-ce une hallucination ?
- Jack !
Non, ils avaient bien entendu...
Ils se retournèrent de concert vers la voix familière, et observèrent, hébétés, un Daniel en train de leur faire de grands gestes pendant sa descente contrôlée par la lumière diffuse projetée par le vaisseau. Cette dernière le déposa en douceur sur l'herbe, mais l'archéologue ne cessa pas ses gesticulations. Il semblait leur faire signe de venir...
Intrigués, ils se dirigèrent vers leur ami, espérant qu'il ne se soit pas fait prisonnier lui aussi, espérant aussi qu'il ramenait des renforts... L'homme ventripotent qui les avait torturé la veille fut transporté à son tour jusqu'au sol, et il ne faisait aucun doute que c'était quelqu'un d'important au vue de sa stature et de ses vêtements tape-à-l'œil.
- Je n'aime pas la mode sur cette planète, murmura O'Neill à l'oreille de son second, juste avant de saluer Daniel en gardant ses distances.
- Sam, Jack, fit ce dernier.
- Daniel, lui répondit le colonel. Que nous vaut l'honneur de votre visite, demanda-t-il, méfiant.
L'archéologue ne lui répondit pas, et se contenta de lui renvoyer un clin d'œil, assez fier de lui.
- Très bien, choisissez ! lui ordonna le Conciliateur.
Cela ne faisait apparemment pas partie des plans de l'archéologue, car il se retourna vers l'homme sans comprendre.
- Euh, et bien je choisis les deux, essaya-t-il tout de même. Les sourcils du Conciliateur se froncèrent, l'air de dire 'n'abusez pas de ma patience'.
- Bien j'avais cru comprendre que les deux pouvaient sortir d'ici, recommença l'archéologue.
- Vous avez mal compris. Choisissez-en un.
Daniel, déçu, lança un regard d'excuse destiné aux deux militaires. O'Neill, sur le qui-vive, pointa Sam du doigt. Daniel suivit son geste et comprit rapidement : il valait mieux la faire sortir d'ici la première, ainsi elle pourrait faire quelque chose pour envoyer un message à Malay et prévenir Hammond... avoir des renforts... revenir libérer O'Neill... retrouver Teal'c... Les évènements futurs s'enchaînèrent dans l'esprit de l'archéologue, lui insufflant de choisir :
- Sam. Je choisis la femme.
Apparemment ce ne fut pas la bonne réponse, car le Conciliateur lui choppa le bras, manquant le lui arracher au passage, et pencha sa tête enflée jusqu'à lui :
- J'ai dit 'choisissez-en un', et non pas 'une'... Et choisissez vite ou vous n'en aurez aucun !
Daniel, comprenant enfin qu'il n'avait nullement le choix, fit signe à Jack de le rejoindre, laissant maladroitement Sam derrière lui. Résigné, le colonel ne se retourna qu'une fois prit dans la lumière qui le menait tout droit au vaisseau et vers une liberté certaine. Sam, restée bien droite tout au long de l'échange, ne laissa rien paraître sur son visage fermé. Elle suivit des yeux le trajet de son supérieur qui flottait encore et qui articula à son intention :
- On revient vite vous chercher !
Dès qu'il eut disparut par la trappe, elle laissa ses jambes la lâcher, s'asseyant mollement dans l'herbe, sans aucune autre attention pour le Conciliateur victorieux et l'archéologue déconcerté qui rejoignaient à leur tour l'engin volant.
- J'aura cru qu'vos zauria plus de niac.
Sam reconnut l'accent du vieux Tinou avec qui elle avait longuement parlé la veille, mais ne daigna pas relever la tête à son approche. Le vieux ne s'en offusqua pas, continuant de suivre d'un pas claudiquant un sentier qu'il était le seul à voir, et sachant pertinemment que ses paroles feraient leur cheminement en temps voulu dans le cerveau de la 'fillett'.
- Daniel, est-ce que vous êtes vraiment obligés de me faire courir dans cette boue et de nous faire faire cinq cent milles détours dans ces rues ? grommela Jack.
- D'un, j'ai promis à Tita d'emprunter exactement ce trajet, de deux il vaut mieux s'éloigner rapidement du Conciliateur avant qu'il ne se rendre compte que je ne suis pas moi-même recensé !
- Et quand vous aurez fini votre charabia, vous aurez peut-être l'obligeance de bien vouloir m'expliquer ce qu'il veut dire ?!
Seul le silence haletant de l'archéologue lui répondit.
Ils atteignirent, après quelques haltes nécessaires à la survie d'un Daniel époumoné, au repaire des Antis. Au QG, comme ils aimaient l'appeler. Daniel, supporté d'un bras par le colonel, toqua le code sur les dalles du mur et, après s'être rendu compte qu'il s'était trompé d'endroit, se traîna jusqu'au mur opposé et recommença l'opération. La porte cachée s'ouvrit sur Monsieur Muscle, tout sourire. Il laissa entrer Daniel, qui eut la présence d'esprit de lui préciser qui était Jack. Monsieur Muscle, entre deux hoquets de l'archéologue, parvint à capter les mots 'ami' et 'Tita est d'accord', et accepta de laisser passer le colonel à son tour.
C'est la femme de Jemnèf qui les accueillit, toute émoustillée. Elle les exhorta à la suivre jusqu'à une pièce attenante, et les deux hommes eurent la bonne surprise de reconnaître le Jaffa, allongé sur un lit, le ventre bandé, mais les traits reposés.
- Colonel O'Neill, Daniel Jackson, les accueillit-il.
Puisqu'en plus il parlait, cela signifiait qu'il allait bien ! O'Neill lui fit un salut joyeux de la main, et Daniel, plus démonstratif, usa ce qui lui restait de force pour aller serrer la main du Jaffa. Après avoir retiré sa main à demi-broyée, il choisit une chaise et s'y laissa choir maladroitement.
- C'est un Anti qui l'a trouvé en venant jusqu'ici ce matin, expliqua Jemnèf en entrant à son tour dans la chambre. Il faisait son petit détour habituel, quand il a aperçu votre compagnon en train de se labourer le ventre. Le reconnaissant grâce à votre description, Daniel, il l'a accompagné jusqu'ici, où nous l'avons opéré pour retirer tous ces explosifs que contenait sa poche ventrale.
Daniel ne pu réprimer la nausée qui s'empara de lui aux mots 'labourer le ventre' et 'explosifs'. Il regarda avec effroi le Jaffa, et sortit en courant de la pièce par une petite porte attenante.
- Nous avons entreposé les explosifs dans cette pièce, termina Jemnèf en désignant le passage par lequel venait de disparaître l'archéologue.
Ce dernier réapparut rapidement en repassant la petite porte en sens inverse, se faufila entre les occupants de la pièce, une main devant la bouche, et trouva enfin la sortit pour se soulager.
Monsieur Muscle, compatissant, lui tint aimablement ses lunettes pendant qu'il régurgita son dernier repas.
- Moi, je n'ai pas pris de petit-déjeuner, ce matin ! cria Jack à son intention, un petit sourire amusé au bord des lèvres.
- Tinou, je peux vous poser quelques questions ?
Un sourire vint étirer les lèvres du vieil homme tandis qu'il observait le visage de la jeune femme blonde, dont la détermination semblait être revenue.
- Z'avez pô tardé, lui répondit-il, encourageant.
- Quelqu'un a-t-il déjà essayé de s'évader en attrapant la corde d'un des vaisseaux de ravitaillement ?
- Bein sûr, ma c'pa sans risque ! Oune, faut t'arriv'à sauter haut ! Doïse, fau't'arriv' à pas raspirar le gaz d'eul'moteurs : s'non tu mort' ! Troïse, fau't'arriv'à pas t'far choper por 'él'gardes dans l'vâsseau.
- Et qu'est-ce que je risque si je me fais attraper, une fois dans le vaisseau ?
- Electrochîure, fillett', électrochîure...
Sam baissa la tête, pensive.
- Parlez-moi un peu de ce qu'il y a dans les cargaisons de ravitaillement ?
- Arf, malignett', ya qu'ça 'ci, à part d'la caillasse !
Il se leva, farfouilla un peu le sol et revint avec deux barres métalliques qui servaient de nourriture aux cybers. Il lui montra la première, lui expliquant qu'elle datait seulement de la veille, et qu'elle était donc encore malléable. En effet, pour qu'elles puissent être avalées et assimilées par les cybers, il fallait qu'elles soient relativement souples. Il lui montra ensuite la deuxième, lui décrivant comment la barre se 'desséchait' au fil des jours, la rendant dure et solide comme n'importe quel bout de fer. Pour finir, il lui présenta les enveloppes plastiques qui protégeaient les sandwichs, précisant qu'elles se bio-dégradaient rapidement, en moins du journée, au seul contact de l'air.
Sam assimila ces nouveaux renseignements, un plan germant lentement parmi ses neurones encore peu meurtris.
- Et sinon, personne n'a jamais essayé de parler avec les cybers ?
- Si, pa'd'souci, répondit joyeusement le vieil homme. 'Sont mêmes rapidos por compreindr' quoi'que tu dis. 'sont yust pas très malins por far'une plan d'évasionne eux-mam'.
- Bien, aidez-moi à réunir le plus de cybers possibles, vous pouvez faire ça pour moi ?
Dix minutes plus tard, Sam expliquait calmement la situation aux cybers. Elle leur raconta qu'ils n'étaient pas détraqués, essayant de mettre l'accent sur leur prise de conscience. Elle les monta contre le Directoriat et le pouvoir en place qui les gardait prisonniers ici parce qu'ils avaient peur d'eux.
Après un long discours visant à les sensibiliser sur leur condition, elle leur demanda de l'aider à s'évader, leur promettant de revenir les chercher.
Une fois qu'elle eut fini, les cybers se levèrent un à un et se dispersèrent, ne semblant pas intéressés le moins du monde. Sam commençait à désespérer lorsqu'elle réalisa que cinq d'entre eux étaient restés sagement assis et la contemplaient, comme attendant un mot de sa part.
- Vous… vous êtes d'accord pour m'aider ? leur demanda-t-elle anxieusement.
- Oui, répondit d'une voix claire un des cinq. Que faut-il faire ?
C'était la première fois qu'elle entendait un cyber parler, et elle fut un peu surprise de constater qu'il s'exprimait de façon parfaitement intelligible, sans aucun grésillement comme elle se l'était naïvement imaginé.
- Il faudrait juste m'aider à m'accrocher à la corde d'un des vaisseaux de ravitaillement pour que je puisse y grimper.
Les cinq cybers hochèrent la tête, montrant qu'ils avaient compris ce qu'elle attendait d'eux. Elle les rejoignit et s'assit à son tour, fermant le demi-cercle qu'ils avaient inconsciemment formé. Elle mit rapidement un plan d'action au point avec eux puis, satisfaite, elle se releva et les serra tous dans ses bras. Peu habitués aux contacts physiques, les cybers se laissèrent faire, appréciant timidement l'étreinte.
Sam les regarda s'éloigner. Comme convenu, ils se regroupèrent, et s'entraînèrent pendant toute la matinée pour arriver à monter les uns sur les autres et construire une pyramide de leurs corps en un temps record. Etonnée de leur robustesse et de leur équilibre, Sam ne douta pas un seul instant qu'ils y arriveraient d'ici le ravitaillement du midi-même.
Pendant qu'ils s'entraînaient, la militaire scruta le sol à la recherche du moindre bout de métal. Avec tout ce qu'elle récupéra, elle confectionna habilement des petits couteaux : elle tailla les barres encore malléables en pointes, et les fixa à des barres solidifiées grâce à d'autres barres souples. Ce n'est que lorsque le soleil fut à son zénith qu'elle eut fini.
Les bruits des réacteurs des vaisseaux de ravitaillement se firent entendre au loin. Les cinq cybers lui jetèrent un rapide coup d'œil avant d'aller se placer juste à l'endroit où le vaisseau devait venir déposer sa cargaison à son troisième arrêt prédéfini. Sam se dépêcha de coincer ses couteaux dans son uniforme, et attendit fébrilement non loin de l'endroit où devait s'arrêter le vaisseau pour son premier largage. Dès que la caisse fut larguée, elle se précipita dessus, arracha une dizaine des enveloppes plastiques des sandwichs et s'en fabriqua rapidement un masque grossier qui, elle l'espérait, suffirait à la protéger des émanations des réacteurs.
Le vaisseau avait déjà atteint son deuxième point de largage, et elle se dépêcha de rejoindre les cybers, qui l'attendaient, en position. Arrivée près d'eux, ils la soulevèrent simultanément à bout de bras et se la passèrent les uns aux autres, la faisant grimper ainsi jusqu'au sommet de leur pyramide cybernétique.
Ils s'étaient placés juste au bon endroit : lorsque le vaisseau s'arrêta au-dessus d'eux, la troisième cargaison passa à quelques centimètres seulement de Sam, qui faisait de gros effort pour garder son équilibre, les pieds sur les épaules du dernier cyber.
- Va'z'y, fillett', lui cria d'en bas le vieux Tinou, qui supervisait les opérations.
Elle agrippa de justesse la corde avant qu'elle ne commence à remonter, et s'y hissa à la seule force de ses bras. Le dernier cyber lui tapota le mollet en signe d'encouragement, et la pyramide s'effondra, la laissant suspendue à plus de trois mètres du sol.
Le vaisseau, déstabilisé par le poids non prévu du major, fit une légère embardée heureusement vite maîtrisée. Le souffle des réacteurs la fit crachoter, mais le masque tint bon, et elle réussit enfin à s'accrocher aux rebords de la trappe. Elle souffla un coup, et entreprit de se hisser dans le vaisseau.
Un des deux soldats présents, alerté par la déviation du vaisseau, laissa son coéquipier aux commandes tandis qu'il se précipita vers la trappe. Il regarda à travers l'ouverture, et ne vit que cinq cybers lui faire de grands 'coucou', en contre-bas.
Sam choisit ce moment pour sortir de derrière la caisse où elle s'était cachée en entendant le soldat arriver, et le poignarda par deux fois dans le cou. Elle balança prestement le corps par- dessus bord, et s'essuya les mains poisseuses de sang sur son treillis. Victorieuse, elle releva la tête, mais s'arrêta instantanément lorsqu'un triple tir l'atteignit dans le dos, lui fauchant les pieds, le buste et la tête. Elle s'effondra sur le sol, sans même avoir eu le temps de voir le visage du tireur, le deuxième soldat qui était censé piloter. Un fois qu'elle se fut écroulée, ce dernier se précipita aux commandes de son vaisseau pour récupérer la trajectoire, et prit la direction du bâtiment de réserve, celui où on gardait les prisonniers dangereux et les cybers destinés au transfert de données.
- Alors comme ça, on essaye de s'échapper ? grommela le Conciliateur aux oreilles de Sam, qui émergeait à peine.
Elle reconnut sans aucune peine la pièce où elle se trouvait, allongée à nouveau sur un brancard, des pastilles de contact prêtes à l'emploi un peu plus loin. Elle soupira de lassitude en comprenant ce qui l'attendait... Après tout, le vieux Tinou l'avait prévenue !
- Cette fois-ci, c'est moi qui vais faire ce fichu transfert de données, et je te promets que je te ferai craquer, la menaça le Conciliateur, fulminant.
- C'est le Conciliateur, il est au bâtiment de réserve ! cria un Anti en déboulant dans la pièce où se déroulait une réunion importante à laquelle participaient les trois membres masculins de SG1.
Armine tapa sa main sur le rebord de la table pour faire taire les bavardages montants.
- C'est une occasion inespérée, annonça Jemnèf à l'ensemble des Antis réunis. On y va maintenant, et on attend 14h que les couloirs aient changé d'architecture.
Ils se levèrent tous en même temps. O'Neill prit à part l'Anti qui venait de les prévenir, et lui demanda la raison de la présence du Conciliateur au bâtiment de réserve, puisqu'apparemment il n'y allait pas si souvent que ça.
- Une jeune cyber a tenté de s'évader, lui expliqua l'autre. Et le Conciliateur se fait très rare au bâtiment de réserve. Là, nous savons qu'il y est, et en plus nous avons les plans des couloirs : nous pouvons tenter de le capturer, et d'enchaîner sur un coup d'état, en atteignant les bureaux du Directoriat dont la tour se tient juste à côté ! Nous ne pouvons rater une telle occasion où toutes les conditions de réussite sont réunies !
Comprenant mieux l'effervescence soudaine qui s'était emparée de tout un chacun, O'Neill ne put empêcher une légère anxiété de s'emparer de lui, en devinant intuitivement l'identité de 'la jeune cyber qui a tenté de s'évader'.
Armés de fusils fournis par les Antis, et qui ressemblaient aux mitraillettes qu'ils avaient sur Terre, Jack, Daniel et Teal'c se mirent en position selon les instructions d'Armine. Ils étaient une bonne trentaine, et investirent les lieux à 14h05 précisément, aussi rapidement que discrètement malgré leur nombre. Un jeune Anti, prénommé Candor, les dirigeait dans le labyrinthe des couloirs, la carte à la main.
Leur avancée fut très efficace dans les premiers temps, mais elle devint assez rapidement ralentie par un nombre de plus en plus important de soldats. De plus, une étrange impression de déjà-vu s'emparait des membres des opposants au Directoriat au fur et à mesure qu'ils aboutissaient dans un nouveau couloir.
- On ne devrait pas être déjà arrivés ? demanda Daniel à la cantonade.
- Euh, j'ai dû me tromper quelque part, s'excusa Candor.
Un hurlement de douleur traversa les murs et les immobilisa tous. O'Neill reconnut instantanément à qui appartenait cette voix. Il courut jusqu'au jeune Candor et lui arracha le plan des mains.
- Où est-on ? lui ordonna-t-il de lui indiquer.
- On devrait être là, lui montra Candor sur la carte.
- Mais non, voyons, il n'y a que deux couloirs qui partent de cet embranchement, pas trois ! Mais qui c'est qui lui a appris à lire une carte, à celui-là ?
Armine se rapprocha et fit signe au colonel de se calmer.
- Je vous assure que j'ai suivi exactement ce plan ! se défendit le jeune Anti.
- Je te crois Candor, il n'y personne mieux que toi qui sait lire une carte efficacement, le rassura Armine.
- Qu'est-ce que ça signifie ? fit O'Neill, furieux.
- Il n'y a qu'une seule solution : ils ont dû changer d'architecture de couloirs au dernier moment. Ils ont dû avoir vent de la fuite et ont préféré se mettre à l'abri en nous faisant croire qu'ils n'avaient pas changé les plans. Ils nous ont bien eus, maintenant nous sommes prisonniers de ce labyrinthe.
O'Neill fulmina :
- ça, c'est hors de question... Daniel, comment fait-on pour se repérer dans un labyrinthe ?
- Euh, je ne sais pas précisément...
- Réfléchissez, Daniel !
- Généralement un bout de ficelle... ou bien des marques reconnaissables suffisent à indiquer l'endroit par lequel on est déjà passé...
Un autre hurlement leur glaça le sang.
- Pas le temps, trancha le colonel. Teal'c, vous avez pris vos charges explosives avec vous ?
Ce dernier hocha la tête d'approbation, montrant ses poches bombées. Armine leur ordonna de se hâter : ils avaient besoin d'eux pour contenir les soldats venus en renfort.
- Carter doit être juste derrière ce mur, peut-être celui juste après, en déduisit O'Neill en se guidant aux cris de douleurs dont ils avaient été les témoins. On va les faire exploser.
- Je ne suis pas d'accord, O'Neill, refusa le Jaffa.
Le colonel manqua de faire une syncope face au rejet du Jaffa. Ce dernier se dépêcha de lui exposer ses raisons :
- Nous aurons impérativement besoin de ces charges quand nous nous rendrons à la tour du Directoriat.
L'explication succincte suffit au colonel.
- Alors on emploie la méthode de Daniel, décréta-t-il.
Le Conciliateur avait connecté cette fois-ci deux pastilles sur chacune des tempes de la jeune femme, et jouait habilement avec l'intensité des deux machines combinées. Il contrôlait la douleur qu'il provoquait en l'amenant à la limite du supportable tout en faisant en sorte qu'elle ne s'évanouisse pas. Carter résista aussi longtemps qu'elle le put, s'empêchant volontairement de crier sa détresse pour ne pas lui faire ce plaisir-là.
Lorsque, à bout de nerf, elle hurla toute sa souffrance, le Conciliateur s'en délecta. Ses paupières bouffies laissèrent échapper une étincelle de jubilation malsaine alors qu'elle reprenait difficilement sa respiration. Il se lécha les babines et réajusta l'intensité des machines, les augmentant ostensiblement. Elle hurla à nouveau, avec l'impression de s'arracher la gorge sous la puissance de son cri.
Jack consulta sa montre fébrilement : cela faisait dix minutes qu'ils tournaient dans ces couloirs, et tout autant qu'elle criait régulièrement. Pourtant, il savait qu'elle se retenait au maximum...
Enfin, Armine les fit tous stopper : ils n'avaient plus qu'à tourner à droite, éliminer la dizaine de soldats qui gardaient l'entrée de la pièce, et ils retrouveraient Carter. Ils n'étaient plus que cinq : ils s'étaient séparés en quatre groupes pour chacun récupérer un des quatre prisonniers - Carter et les trois agents infiltrés Antis. Leur groupe ne se composait plus que du colonel, Teal'c, Daniel, Armine et Candor, les autres ayant été blessés ou abattus au long de leur avancée. Armine leur fit signe que neuf soldats étaient de garde dans ce couloir. A son signal, ils se déployèrent, tout en restant protégés par les parois et les recoins des couloirs. Grâce à l'effet de surprise et à leur position avantageuse, ils éliminèrent efficacement les neuf soldats, et se précipitèrent vers la porte.
O'Neill l'ouvrit doucement en grand. Le Conciliateur, exultant, penché au-dessus de Sam, n'entendit rien. Jack analysa la situation en une fraction de seconde, et ordonna d'une main de ne pas tirer... Candor ne vit pas l'ordre muet, et appuya sur la gâchette de son arme.
Au ralenti, le colonel vit le Conciliateur tressaillir et contracter sa main autour du bouton régulant l'intensité des machines, l'augmentant inconsciemment au maximum. Le corps du major fut secoué de soubresauts brutaux et incontrôlables. O'Neill se précipita sur la dépouille du Conciliateur et lui arracha difficilement le bouton de la main. Il tourna ensuite le bouton vers la position off, tandis que Daniel commençait à détacher en tremblant les pastilles de contact des tempes de le jeune femme. Teal'c constata la mort du Conciliateur et en référa aux deux Antis présents, qui s'empressèrent de communiquer l'information par ce qui leur servait de radio.
Jack, fébrile, posa deux doigts sur la jugulaire du cou de son second. Avec soulagement, il sentit de très légères pulsations... si légères... Elle avait besoin de soins de toute urgence ! Teal'c la positionna sur ses épaules, et ils sortirent tous les quatre de ce bâtiment de malheur, en empruntant le sens inverse qu'à l'aller. Arrivés enfin dehors, ils retrouvèrent les autres groupes d'Antis qui avaient délivrés les leurs.
- Je la ramène au QG, indiqua Jack à Armine, en désignant Carter.
- Non, vous devez venir avec nous : on a besoin d'un maximum d'hommes entraînés pour aller trouver le Directoriat, c'est le moment ou jamais !
Tita s'approcha de Carter et la prit précautionneusement des bras du Jaffa.
- Allez-y, je la ramène au QG, on va s'occuper d'elle. Le regard suspicieux du colonel passa alternativement d'Armine à Tita.
- Allez-y, Jack, je vais avec elles, le rassura Daniel.
O'Neill, accepta à contrecoeur, conscient des enjeux.
Le groupe des survivants se retrouva rapidement au bas de la tour du Directoriat.
- J'ai l'impression de rencontrer moins de résistance ici qu'au bâtiment de réserve, remarqua le Jaffa.
- C'est normal, je pense que le Directoriat a envoyé le maximum de ses troupes au bâtiment de réserve en vue de nous contre-attaquer. Il ne devait pas penser que nous réussirions à passer..., précisa Candor.
Ils pénétrèrent dans le hall de la tour, criant aux civils de se coucher au sol, les prévenant rapidement de leurs intentions. Ils n'eurent pas à monter jusqu'aux appartements du Directoriat qui se trouvaient au sommet de la tour, car ce dernier descendit à leur encontre. Entouré de ses quelques gardes du corps, se croyant à l'abri, il réclama une trêve et enjoignit les Antis à se rendre sans résistance.
Ces derniers, supérieurs en nombre, lui proposèrent plutôt de se laisser capturer sans violence, et d'annoncer publiquement qu'il léguait son pouvoir à la ville.
Comme on pouvait s'y attendre, le Directoriat refusa la proposition.
Jack, impatient, prit alors la parole, coupant les tergiversations de tout ce petit monde :
- Ecoutez, on va pas y passer la nuit... Teal'c, appela-t-il, venez par ici.
Le Jaffa vint se placer au milieu des deux groupes armés, et sortit à la vue de tous le boîtier de déclenchement des explosifs.
- Ne me dites que vous avez toujours les charges dans votre poche ventrale ? demanda le Directoriat. Etes-vous conscient qu'en les déclenchant, vous ferez exploser tout le hall, mes troupes, mais aussi vos troupes incluses ?
Le Jaffa abaissa la tête, regardant le Directoriat par en-dessous, un rictus sournois au bord des lèvres : oui, il en était conscient...
Lorsqu'ils arrivèrent au QG, Tita et Daniel ralentirent l'allure : des restes d'affrontements jonchaient les environs.
- Que s'est-il passé, ici ? cria Tita en entrant dans la maison de Jemnèf.
La femme de ce dernier se précipita en voyant l'état de Carter, et ils réussirent à l'allonger délicatement sur un lit. Jemnèf apporta une pommade de sa préparation et sa femme en enduisit les tempes de la militaire avec. Tout en faisant, elle expliqua :
- Dès que vous êtes tous partis, les troupes du Directoriat ont envahi le QG : on pense qu'ils avaient fait suivre le petit Daniel lorsqu'il a ramené Jack O'Neill du parc de réhabilitation. Ils ont attendu qu'il y ait le moins de monde possible pour attaquer. Heureusement, les petits étaient là, finit-elle en désignant de la tête une dizaine de jeunes gens en retrait, armés jusqu'au dents.
- On nous a interdit de participer à l'invasion du bâtiment de réserve parce qu'ils ont dit qu'on était trop jeunes, expliqua le plus âgé d'entre eux qui devait avoir à peine dix-sept ans.
Tita se leva et alla tous les serrer dans ses bras les uns après les autres. Daniel était encore en train de les féliciter quand ils entendirent la porte s'ouvrir avec fracas.
- Tita ! fit une voix affolée.
- Be'ni ? reconnut-elle. Mais qu'est-ce que tu fais ici ?
Berani sauta au cou de sa femme.
- J'ai entendu parler les soldats qui montaient la garde devant la maison du Conciliateur, juste à côté de chez nous. Ils ont mentionné la maison du vieux Jemnèf, alors je suis venu aussi vite que j'ai pu ! Mon dieu j'ai eu si peur !
Jemnèf et sa femme sourirent d'indulgence, alors que Tita leur faisait frénétiquement de grands gestes éloquents pour qu'ils ne racontent rien de ce qui leur était arrivé à son mari.
- Daniel, appela Sam d'une tout petite voix.
- Sam, comment ça va ? se réjouit l'archéologue.
- J'ai l'impression d'avoir quelques neurones grillés et les synapses déconnectées...
- Elle va bien, confirma en souriant Daniel pour les autres occupants de la pièce.
Face à la détermination sauvage du Jaffa, le Directoriat accepta la proposition des Antis à contre-cœur. Ces derniers se rapprochèrent de l'homme de pouvoir pour lui attacher les mains et en faire leur prisonnier mais, au dernier moment, le Directoriat appuya sur un bouton caché dans un de ses bracelets au poignet, ce qui déclencha une alarme tonitruante.
Presqu'immédiatement, des haut-parleurs leur annoncèrent :
- Le bâtiment est encerclé, veuillez vous rendre sans faire de problème, et nous vous promettons que tout se passera bien.
Le Jaffa, l'air contrarié, se rapprocha dangereusement du Directoriat et lui mit le boîtier sous le nez. L'homme frémit sous la menace, ne sachant toujours pas à quoi s'en tenir quant à l'opiniâtreté de son adversaire. Quand il le vit enclencher les trois commutateurs en même temps, il tressaillit, s'attendant à exploser à tout moment avec le Jaffa.
Les charges que Teal'c avait habilement disposées tout autour de la tour se déclenchèrent en une déflagration assourdissante, faisant trembler les murs, et brisant les vitres. Les troupes d'élite du Directoriat furent ainsi exterminées, et ce dernier s'évanouit de peur au son de la détonation fulgurante, croyant toujours que les charges étaient encore dans la poche ventrale du Jaffa.
Teal'c, victorieux, se retourna vers les Antis, ballotant à bout de main le Directoriat, comme on soulève un sac de patates.
Et c'est la fin du quatrième chapitre. Le suivant est très court et clore cette fic !
