Titre : La tristesa es un camino…
Spoliers : Seuls les six premiers tomes d'Harry Potter sont pris en compte pour cette fanfiction. Pas de tome 7, donc.
Disclaimer : Tout est à J.K.R.
Résumé : La nuit de son 17ème anniversaire, Harry Potter s'enfuit de chez les Dursley. Aidé par Fumseck et Merlin, Harry et Ginny remontent le temps. Sous l'identité de Duncan Linesa et Blanche Meloria, deux jeunes espagnols de 17 et 16 ans, ils trouvent refuge chez les Potter, où ils sont très bien accueillis. L'anniversaire de James permet au couple de faire la connaissance des Maraudeurs. Sirius, bien que confiant, ne peut s'empêcher de faire part de certains doutes à son meilleur ami concernant les deux espagnols. Doutes que James tente de disséminer de son mieux, tout en en partageant quelques uns, mais l'esprit bien plus embrouillé par une certaine rousse...
Au programme de ce chapitre, voyage de rentrée et une Répartition pour le moins... surprenante.
Chapitre 4 :
« James ! Sirius ! Si vous ne vous levez pas tout de suite, c'est Nessa qui viendra vous chercher ! Et vous savez de quoi elle est capable... »
Des grognements étouffés furent la seule réponse à la menace. Bryan rigola sous cape -se penchant vers sa tasse de thé pour un meilleur alibi- Kevin secoua la tête en poussant un soupir résigné et Blanche et Duncan se contentèrent de sourire, vaguement amusés.
Comme tous les ans depuis des siècles, semblait-il, c'était le jour de la rentrée pour les étudiants de la fameuse école de Magie et de Sorcellerie de Poudlard.
Comme tous les ans depuis bien plus longtemps qu'on ne pouvait l'imaginer, le Poudlard Express attendait sagement les élèves sur la voie 9 ¾, sa locomotive rouge dévoilant de plus en plus de fumée alors que l'heure du départ approchait.
Comme tous les ans depuis des lustres, l'heure du départ était fixée à 11 heures tapantes, pas une minute de plus, ni de moins.
Comme tous les ans depuis le Big Bang, l'arrivée du temps et l'invention du calendrier, nous étions le premier septembre, il était dix heures et quinze minutes.
Et, comme tous les ans depuis bientôt six ans, James et Sirius étaient encore en train de paresser dans leurs chambres respectives.
Cependant cette année, contrairement aux précédentes, cela n'allait pas prendre trente-cinq longues minutes de stress et d'angoisse de ne pas être à l'heure pour les convaincre de descendre prendre un semblant de petit-déjeuner entre deux aller-retours dans l'escalier pour finir leurs bagages et ne pas rater le train...
« Aïe ! Nessa, tu me fais mal !
-Maître James n'avait qu'à écouter Monsieur son père, annonça une voix aiguë d'un ton peu compatissant. Et il en va de même pour l'ami de maître James ! Maintenant, on va manger le petit-déjeuner que Nessa a préparé pour vous tous et on arrête de se contempler dans le miroir ! »
Des éclats de rire accompagnèrent la réplique de l'Elfe, rires qui redoublèrent lorsque James et Sirius se présentèrent finalement à la porte de la salle à manger, tous deux courbés pour se mettre à hauteur de la petite Elfe qui les tenait chacun par une oreille. Elle les lâcha alors, les regardant s'asseoir à leurs places et commencer à manger avec un sourire satisfait, croisant les bras sur sa poitrine avant de disparaître dans un 'POP' sonore.
Aussitôt fut-elle partie que Bryan (se croyant certainement à l'abri des foudres de l'Elfe -parfois un peu trop- maternelle) prit la parole :
« Vu le nombre de fois où elle t'a fait ça James, je me demande comment ça se fait que tes oreilles ne se soient pas agrandies... Ce serait dur d'être un Don Juan, après ça...
-Bryan... ferme-la. Répliqua l'aîné au quart de tour, n'ayant visiblement pas envie de se lancer dans une telle bataille.
-James », l'avertit son père, clairement mécontent du ton qu'employait son premier fils.
Le second vit là une protection complète et se permit de ré-attaquer, sourire aux lèvres :
« Quoi, c'est vrai ! Comment le grand James Potter pourrait-il séduire les foules avec les oreilles décollées ?! La déchéance, à coup sûr...
-Bryan, laisse tomber. En plus, tout le monde sait ici que de nous deux, le plus grand coureur de jupons, ce n'est pas moi, Monsieur-je-n'ai-que-quatorze-ans-mais-je-découche -plus-que-de-raison.
-James ! » L'indignation s'additionnait à l'avertissement cette fois, alors que Kevin Potter reposait son journal pour darder son aîné d'un regard noir. Ce dernier se défendit en haussant les épaules.
« Je n'y peux rien si tu ne veux pas voir la vérité en face, Papa. Bryan est pire que Sirius parfois. Il y a même des moments où je me demande s'il n'y a pas une espèce de compétition entre eux.
-C'est sûr, toi tu ne voies que les rousses qui te détestent Cornedrue, alors flirter avec une ou deux demoiselles te fait de suite penser à une orgie... » Répliqua instantanément Sirius, ayant visiblement peu apprécié d'avoir été ajouté à la conversation sans qu'on lui ait demandé son avis.
James souffla de mécontentement, avala son toast d'une bouchée avant de marmonner un « Je vais finir de me préparer » dans sa barbe et de monter les escaliers en quatrième vitesse, sous les regards amusés de Sirius et Bryan (qui se firent un clin d'oeil au passage, unis dans leur deuxième passe-temps favori après les jeunes filles, soit ennuyer James) ainsi que les sourires compatissants de Ginny et Harry. Ce dernier revoyait parfois Ron à travers ce James de seize ans. Ce Ron qui jamais -au grand jamais- n'aurait avoué être amoureux d'Hermione, alors que tous -sauf lui- étaient persuadés qu'ils finiraient ensemble...
Penser à son meilleur ami -qui, au moment présent, n'était techniquement pas encore conçu- fit briller les yeux gris de Duncan d'une pointe de tristesse, qu'il déguisa bien vite, sous le regard inquisiteur de son grand-père. Il devait avouer qu'il avait hâte d'être à Poudlard, pour échapper à ce genre de choses.
Il aimait bien Kevin Potter, mais l'homme lui faisait très souvent penser à Dumbledore : il ne disait rien, se contentait d'observer et le peu de remarques qu'il faisait s'avéraient un peu trop perspicaces. Il avait évité de se retrouver seul en sa présence durant ce mois à Godric's Hollow, préférant de loin parler avec Bryan, Sirius ou James et laissant Blanche faire face aux parents Potter. Lui se savait capable de déraper à n'importe quel moment face à de tels membres de sa famille.
Il était facile de mentir à Bryan et à James. Tout simplement parce qu'ils restaient des enfants. Le peu d'insouciance qu'ils avaient malgré la guerre que commençait à mener Voldemort leur suffisait pour qu'ils agissent comme si demain n'existait pas, et il était carrément impossible pour eux de se projeter assez loin dans le futur pour penser à fonder une famille. Ils ne donnaient donc pas cette impression qu'on pouvait leur parler de ce genre de choses, et donc laisser échapper des informations compromettantes.
Même chose pour Sirius, même si l'exercice s'avérait un peu plus difficile pour le pseudo-espagnol. Il avait connu Sirius Black, 'son' Sirius Black s'il pouvait se permettre, et avoir en face de lui ce gamin joyeux, innocent et débordant de malice alors qu'il avait connu un homme si sombre, déchiré et plein de ressentiments lui avait donné envie de tout laisser échapper, et de lui dire à quel point il était heureux de voir que ce qu'il avait entendu sur lui n'était pas une légende, qu'il avait vraiment eu une adolescence plus ou moins joyeuse avant que Pettigrow ne décide de tout gâcher.
Mais Alexia et Kevin Potter, eux, n'étaient plus des adolescents plein de vie et d'insouciance. Ils étaient des adultes responsables, engagés, et très certainement plus qu'intrigués par les deux personnes qu'ils avaient recueillies, ça Duncan s'en était rendu compte. Il s'était aussi rendu compte à quel point, aux yeux de Kevin, leur explication à lui et à Blanche sur leur arrivée pouvait être bancale (et pourtant c'était bien la seule chose sur laquelle ils n'avaient (presque) pas menti !) et comment le père Potter les fixait parfois, cette lueur au fond de ses yeux bleus trahissant son doute. Harry l'avait remarqué au premier coup d'œil cette lueur, pour l'avoir si souvent vue dans son propre regard, quand il se regardait dans le miroir le matin. « Sont-ils vraiment ce qu'ils disent ? » Voilà ce que trahissait cette lueur, cette question légèrement modifiée qu'Harry se posait en fixant son reflet dans la glace. « Suis-je vraiment ce qu'ils disent ? ». Pour cette raison, il savait parfaitement que Kevin ne croyait pas à leur histoire (même si toutes les informations coïncidaient, merci Merlin). Et c'était pourquoi il était d'autant plus difficile de lui cacher la vérité. Il pourrait comprendre bien mieux que son père lui-même qui il était, pourquoi il était là. Parce qu'il avait déjà sa famille, et qu'il savait ce que cela signifierait pour lui de la perdre. Parce qu'il n'était plus un adolescent insouciant.
Mais Harry avait son propre plan, et il n'impliquait pas les parents Potter. Pas encore, du moins. Tant qu'il le pourrait, il éloignerait sa famille au complet de toute cette histoire, et Ginny également, autant que possible. Et pour ça, il avait son idée...
« Duncan, tu viens ? »
Le susnommé sortit de ses pensées pour remarquer que tout le monde sauf lui avait quitté la table et s'était dirigé dans le salon. C'était Blanche qui l'avait appelé, sa voix douce laissant transparaître son inquiétude. Il savait qu'elle n'aimait pas le voir perdu dans ses pensées, ayant toujours peur qu'il s'agisse d'une de ses visions de Voldemort. Il la rassura d'un sourire et se leva aussitôt pour rejoindre le reste de la joyeuse troupe.
Ils étaient rassemblés autour de Kevin, qui rétrécissait les malles les unes après les autres avant de les rendre à leurs propriétaires, qui les mettaient dans leurs poches. James tenait la cage de son hibou d'une main, et Duncan pouvait voir que Bryan s'assurait d'un coup d'œil que Sélénée, sa rate blanche, était bien dans sa poche. Une fois de plus, Harry sentit la tristesse l'envahir lorsqu'il réalisa qu'Hedwige ne serait pas du voyage et ne partagerait pas cette nouvelle aventure avec lui. Il aimait beaucoup sa chouette, elle avait été sa première amie du monde magique -après Hagrid, bien entendu.
Une petite main se glissant dans la sienne lui fit remarquer que Ginny avait -une fois de plus- repéré et compris sa tristesse. Elle lui fit un petit sourire compatissant et lui tendit sa valise rétrécie de l'autre main, le remettant dans l'instant présent. Il lui répondit d'un autre sourire et mit l'objet dans sa poche en serrant les doigts de sa petite-amie. Il aimait cette capacité qu'avait Ginny de voir au travers lui sans qu'un mot ne soit échangé entre eux, mais c'était bien ce qui l'avait propulsée dans cette galère avec lui... Mais il ne pouvait nier que le soutien de la jeune Weasley était très important pour lui.
« Tout le monde est prêt ? Demanda alors Kevin, forçant une nouvelle fois Duncan à retourner sur Terre.
-Hum, attends Papa... Répondit James en se tournant vers son meilleur ami. Tu n'as pas oublié ton peigne porte-bonheur, n'est-ce pas Patmol ? Je ne supporterais une scène du même acabit que celle de l'année dernière ! »
Tous éclatèrent de rire à la réplique, et surtout à la mine renfrognée que Sirius prit aussitôt, plus encore en voyant le sourire vainqueur de son ami. On voyait bien qu'il s'agissait là d'une piètre vengeance de la part de Potter par rapport aux paroles de Sirius un peu plus tôt, et Black préféra se taire plutôt que de répliquer... il lui ferait son compte plus tard, à ce petit cerf qui ferait mieux de réfléchir avant de parler !
Quelques minutes plus tard, alors que la montre du propriétaire de la maison annonçait 10h55, tous tendirent la main vers le livre que Kevin tenait, dont la couverture était le blason de l'école et que Duncan connaissait bien pour l'avoir si souvent vu entre les mains de sa meilleure amie. La sensation familière qu'on le tirait au niveau du nombril changea son sourire pour une grimace alors qu'il réalisait qu'effectivement, L'Histoire de Poudlard faisait un Portoloin plus qu'approprié !
Une sensation de vomissement disparaissant et un clignement d'yeux plus tard, ils étaient arrivés sur la voie 9 ¾, la locomotive laissait échapper une telle fumée qu'on n'y voyait pas à trois mètres et des voix parvenaient de partout, signifiant qu'il y avait encore pas mal de monde sur le quai. Duncan laissa échapper un sourire amusé quand il remarqua que non, l'ambiance du quai 9 ¾ n'avait pas changé malgré les années ! Toujours la même sensation de fête à l'approche d'une nouvelle année, toujours les hululements, coassements ou miaulements des divers animaux bringuebalés sur les chariots au-dessus de malles pleines à craquer et de chaudrons pleins de livres et toujours cette même effervescence de jeunes gens montant et descendant du train en criant leur joie de se retrouver ou leur mécontentement d'avoir oublié quelque chose...
« Ça ressemble à chez nous... Lança Blanche avec un petit sourire, ses paroles faisant écho aux pensées du jeune homme.
-Bon, ça tombe bien, vous ne serez pas trop dépaysés alors ! S'exclama Kevin Potter en riant. Bon, malheureusement je ne peux pas trop m'attarder, le Ministère m'attend ! Je vous souhaite une bonne année à tous, je suppose qu'on te revoit à Noël, Sirius... En attendant James, comporte-toi comme le Préfet que tu n'as pas tout à fait mérité d'être et Bryan, tâche de ne pas te laisser influencer par les manigances de ton frère ! »
Un « Hey ! » indigné de James fut la seule réponse que Kevin obtint avant de s'éloigner pour repasser du côté Moldu, riant toujours sous cape. Lui aussi aimait ennuyer son fils aîné, même s'il savait que ce dernier pouvait se montrer très mature lorsqu'il le fallait.
Finalement, James secoua la tête avec un mince sourire, sortit un badge de sa poche qu'il épingla sur le devant de son pull et passa sa main dans ses cheveux pour les ébouriffer, avant de se tourner vers ceux qui l'accompagnaient.
« Je suppose qu'il a raison... Patmol, je compte sur toi pour retrouver Lunard et Queudever et nous trouver un coin sympa ? » Demanda le Préfet de Gryffondor à son ami qui hocha la tête. Il se tourna alors vers son petit frère. « Bryan, voici le moment que tu attends depuis deux mois... Tu es libre, je ne veux plus te voir avant d'arriver. »
Le pré-ado s'enfuit en criant au miracle tandis que James le regardait faire en souriant, tout aussi amusé que son frère. Cette rengaine avait lieu entre eux depuis maintenant quatre ans, quand Bryan avait fait sa première rentrée à Poudlard. Leurs parents avaient prié James de surveiller son petit frère, et ce dernier avait tôt fait de le supplier de le laisser tranquille, arguant qu'il ne craignait pas grand chose dans le train. L'aîné avait alors attendu que leurs parents s'éloignent pour lui lancer cette phrase, et le cadet Potter était parti exactement de la même manière. Depuis, c'était un peu comme un rituel, histoire de bien commencer l'année...
Cornedrue sortit de ses pensées en tournant la tête vers Blanche et Duncan, toujours à ses côtés, comme attendant patiemment ses ordres, un sourire aux lèvres. James leur sourit également et fit un signe de tête, les enjoignant à le suivre. Ils se dirigèrent tous trois vers l'avant du train, où se trouvait déjà un groupe de sorciers de l'âge de James environ, qui portaient presque tous le même badge...
« T'es en retard, Potter ! » S'exclama l'un d'eux, dont le badge était plus brillant que les autres. 'Préfet-en-Chef' réalisa aussitôt Harry, se rappelant de celui de Percy trois ans auparavant et comment les jumeaux Weasley s'étaient amusés à en changer l'épitaphe.
« Tout doux Londubat, répondit James en levant les mains en synonyme d'innocence, un léger sourire toujours aux lèvres. J'y suis pour rien si le Portoloin était réglé pour partir à moins cinq, et comme tu l'auras remarqué, j'ai des invités.
-Comment ça se fait que ce ne soit pas Lupin qui soit là ? S'étonna un jeune homme aux yeux aussi sombres que les sous-sols de Gringotts.
-Lunard a renoncé à ses droits à la fin de l'année dernière, et c'est moi qu'on a choisi pour le remplacer, même si ce ne sont pas vraiment tes affaires, Rosier. Lança James avec une certaine ironie. Maintenant, vous voulez savoir qui sont nos deux invités mystère, oui ou non ?! »
Si Ginny et Harry se retrouvèrent le centre de l'attention des élèves constituant les Préfets de Poudlard, ils n'en étaient pas conscients. Leurs yeux étaient rivés sur le Préfet-en-Chef. Grand, les yeux noisette et les cheveux blond paille, et l'air assuré, il n'y avait pas grande ressemblance entre ce jeune homme et le Londubat qu'ils connaissaient. Et pourtant, quand il se tourna vers eux avec cet air bienveillant et un peu hébété à voir la façon dont les deux nouveaux le fixaient, Harry et Ginny réalisèrent que si, ils avaient sûrement devant eux le futur père de leur ami Neville.
« Euh... ça va ? S'interrogea Frank Londubat en fronçant les sourcils, inquiet.
-Oui oui, très bien, répondit Harry en affichant un sourire de circonstance, reprenant ses esprits. C'est juste que... tu nous faisais penser à un camarade de classe. » Ajouta t-il, décidant que la vérité (même partielle) passerait mieux que n'importe quel mensonge.
Londubat hocha la tête avec un sourire compréhensif mais avant qu'il n'ait eu le temps d'ajouter quoi que ce soit la locomotive siffla un peu plus fort. Un vieil homme passa la tête par la fenêtre conducteur et s'adressa au groupe.
« Bon alors les enfants, faut y aller là ! Allez, à l'intérieur, hop hop hop ! Vous allez avoir tout le temps qu'il faut pour discuter ! »
Certains rirent et les vingt-six étudiants montèrent aussitôt dans le premier compartiment, réservé aux Préfets. Une fois tous installés -Harry et Ginny compris- le train démarra et le futur père de Neville reprit la parole :
« Alors Potter, à qui avons-nous l'honneur ? Dis-nous tout ! »
James se tourna vers ses camarades avec un sourire quelque peu suffisant, ravi d'avoir une fois de plus l'attention générale. Il se leva pour se placer au centre du compartiment avant d'annoncer d'une voix un peu théâtrale :
« Mes chers compatriotes, collègues de Maison et vagues connaissances -des soupirs affligés, et quelques sourires en coin furent les seules réaction à cette nouvelle frivolité du leader des Maraudeurs- permettez-moi de vous présenter deux de nos nouveaux étudiants, Blanche Meloria et Duncan Linesa. Comme vous l'aurez remarqué, ils n'ont pas vraiment l'allure de premières années. Ils viennent de la Haute École de Magie de Belladona et suivront les cours avec nous à partir de cette année. »
Les têtes se tournèrent à nouveau vers les deux espagnols. Blanche restait légèrement en retrait derrière son compagnon, pas franchement ravie d'accaparer l'attention générale, même si elle était loin d'être timide en temps normal. De sa place, Lily lui fit un sourire indulgent et s'apprêta -comme d'autres- à ouvrir la bouche pour poser une question, mais une main levée de James les interrompit tous dans leurs gestes.
« Je voulais juste qu'ils viennent pour vous dire en leur présence que, quelque soit la Maison dans laquelle ils seront répartis, il va être de notre devoir à tous, Préfets, de leur montrer que Poudlard, et l'Angleterre en général, est peuplé de personnes un tant soit peu agréables, vis-à-vis des étrangers comme de leurs concitoyens, et qu'il serait bon que vous fassiez passer le mot parmi vos camarades de Salle Commune pour que Blanche et Duncan puissent passer une fin de scolarité la moins désagréable possible.
-C'est plutôt à tout ton petit gang de trouble-fête que tu devrais dire ça, Potter ! S'exclama une jeune femme dont le badge orné d'un serpent démontrait clairement son appartenance à la Maison des Serpentard. A ce que je sache, le plus désagréable d'entre-nous vis-à-vis de ses semblables est debout en face de moi !
-Je n'ai pas dit que je ne m'incluais pas dans le lot, répondit calmement James en haussant les épaules, j'énonçais juste un fait. Et tout le monde fait des erreurs. »
Un reniflement dédaigneux retentit parmi les Préfets de Serpentard alors que tous se souvenaient des nombreuses « erreurs » commises par James Potter et ses suiveurs. C'est le moment que choisirent Frank Londubat et sa collègue Préfète-en-Chef pour se lever, coupant ainsi court à la dispute qui aurait sûrement éclaté sinon. James s'assit parmi les préfets de Gryffondor sans rien dire, et le Préfet-en-Chef prit la parole.
« Merci. Et bien Blanche, Duncan, soyez les bienvenus ! Je vous invite à vous balader dans le train pour tenter de vous trouver un compartiment, à moins que vous ne souhaitiez rester ici et assister à l'ennuyeuse réunion précédent toujours l'arrivée à Poudlard ! » Des éclats de rire retentirent tandis que les deux concernés hochaient la tête en signe de négation avec un sourire. « Potter vous rejoindra plus tard, une fois ses devoirs terminés, je me trompe Potter ?
-Seulement s'ils en ont envie, répliqua James en haussant les épaules. Ils sont grands, et puis je ne pense pas qu'ils puissent se perdre dans le train. » Il reprit en se tournant vers Harry et Ginny. « Vous êtes libres les amis ! Mais faites gaffe à ne pas ouvrir les portes donnant vers l'extérieur, c'est jamais très bon de descendre d'un train en marche... »
Les éclats de rire des espagnols -et aussi de quelques autres- évincèrent le « Arrête de les prendre pour des idiots ! » hargneux que glissa Lily à l'intention de son camarade rouge et or. Ce dernier l'entendit pourtant et lui répliqua dans un murmure -encore audible pour Harry alors qu'il quittait le compartiment, Ginny sur les talons- « Ça s'appelle faire de l'humour, Evans. Eux l'ont très bien compris, je me demande encore si tu n'y es pas allergique... »
La jeune rousse -maintenant blonde- secoua la tête en fermant la porte derrière elle avant de dire à son compagnon dans un murmure : « Franchement, je me demande comment on en est arrivés à ta naissance, quand je les entends...
-Figure-toi que je me pose la même question ! Répondit Harry avec un sourire. Comme quoi, tout est possible... »
Ils marchèrent un moment en silence, leurs valises toujours dans leurs poches, regardant avec intérêt à travers les vitres des compartiments, cherchant sans le dire des ressemblances entre ces élèves et ceux qu'ils connaissaient.
Ils eurent des sourires amusés en entendant une réplique aérienne provenir d'un compartiment empli de Serdaigle, se demandant si cette femme n'était pas d'une manière ou d'une autre apparentée à Luna Lovegood, grincèrent des dents en passant devant un compartiment plein de Serpentard qui avaient apparemment des idées très ancrées sur les Sang-Pur et les enfants de Moldus et d'autres encore, avant de parvenir à un compartiment vide. Duncan prit sa dulcinée par le bras et l'entraîna à l'intérieur. Surprise, Blanche s'exclama :
« Mais… je pensais qu'on allait rejoindre les Maraudeurs !
-Plus tard peut-être, consentit Harry en fermant soigneusement la porte d'entrée du compartiment. Pour le moment, il faut qu'on parle. »
« Tu veux quoi ?!
-Sois raisonnable Gin' j'y ai beaucoup pensé et je crois que c'est la meilleure solution…
-Raisonnable ? La jeune femme laissa échapper un rire ironique. C'est sûr, toi tu te jettes dans la fosse aux lions et c'est moi qui dois être raisonnable… Non mais tu t'entends parler Harry des fois ?! »
Et, sans lui laisser le temps de répondre à cette question purement rhétorique, la rousse/blonde reprit sur un ton mi-figue mi-raisin :
« Tu vois, c'est pour ça qu'Hermione voulait absolument t'accompagner…
-Et bien Hermione n'est pas là, rétorqua le châtain d'une voix soudainement rendue froide par la colère, et je n'ai pas besoin d'être surveillé comme l'huile sur le feu ou un gamin de deux ans ! Je suis capable de prendre mes décisions tout seul et quand bien même je me jetterais la tête la première dans les ennuis, au moins pour une fois j'en suis parfaitement conscient. »
Ginny ravala la remarque acerbe qu'elle avait sur le bout de sa langue, mais son « Je n'en suis pas aussi sûre que toi… » raisonnait dans le compartiment aussi fort et clair que si elle l'avait exprimé. Son compagnon n'eut cependant pas le temps de répliquer avant que la porte du compartiment ne s'ouvre sur une joviale rousse aux yeux verts.
« Oh, on vous dérange peut-être… fit Lily, sentant la tension présente dans la pièce.
-Non non, pas du tout ! Répondit rapidement Blanche avec un petit sourire, sautant sur l'occasion pour couper court à la dispute. Entrez, je vous en prie. »
Harry, lui, mit un peu plus de temps pour se calmer. Il s'assit près de la fenêtre et posa sa tête contre celle-ci, laissant la fraîcheur de la vitre apaiser sa colère. Ginny n'y était pour rien sur le principe, mais il était fatigué qu'on le prenne pour un gamin au point de ne pas le laisser prendre ses propres décisions. Il avait vécu plus de choses que la normale et il estimait qu'il n'était plus un enfant depuis longtemps, s'il en avait jamais été un... Il appréciait l'idée qu'on se fasse du souci pour lui, mais pas au point de lui cacher des choses ou de l'empêcher de faire ses choix. Si tout le monde avait compris ça avant, le Sirius de son époque serait encore en vie…
Le jeune homme laissa échapper un gros soupir. Il n'aimait pas repenser à ce genre de choses. Les années avaient beau passer, cela ne rendait pas le sujet moins douloureux pour autant…
« ...Voici Blanche et voici Duncan… Duncan ? »
Le jeune homme eut un petit sursaut en remarquant que Lily se tenait juste devant lui, le visage plissé par l'inquiétude et une pointe de ressentiment. Il sentit une certaine chaleur sur ses joues avant de réaliser qu'il rougissait.
« Excuse-moi Lily, j'étais… perdu dans mes pensées et je ne t'ai pas vraiment écouté… »
Une partie de lui était mortifiée à l'idée de s'être montré aussi mal-éduqué face à sa –future- mère : vu la tête qu'elle faisait, il était clair qu'elle n'appréciait pas vraiment. Mais une autre partie de lui, aussi étonnant que ça puisse paraître, n'en avait rien à faire : après tout, il était encore agacé par la réaction de Ginny.
Plongeant son regard dans ces yeux émeraude si semblables aux siens, il reconnut cette petite étincelle : Il fallait calmer le dragon avant que Lily ne perde son sang froid. Il se demandait pourquoi elle réagissait ainsi. Après tout, ils ne se connaissaient pas, s'étant vu une seule fois auparavant. Mais il était hors de question pour Harry de se mettre sa mère à dos. Du moins pas tout de suite.
Souriant doucement, le jeune homme posa sa main sur le bras de la rousse dans un geste qu'il voulait pacifique. Si elle s'en rendit compte, elle ne fit pas le moindre geste le montrant et ses yeux restaient fixés dans ceux de Duncan, qui comprit que la tâche allait être plus ardue que prévu. On lui avait dit que sa mère était têtue, mais jusqu'à présent il n'avait pas réalisé à quel point ! Sans baisser les yeux, il reprit la parole d'une voix douce appelant au calme.
« Écoute Lily, je suis désolé. Tu nous as effectivement interrompus Blanche et moi au milieu d'une discussion plutôt houleuse, et il m'a fallu plus de temps qu'elle pour dépasser mon agacement contre la conversation. Je me suis perdu dans mes pensées et je ne t'ai pas écouté, non pas parce que je n'en avais pas envie, mais parce que dans tous les cas je n'aurais pas apprécié tes paroles à leur juste valeur. Suis-je pardonné ? »
Il avait l'étrange impression de parler à un enfant boudeur en disant tout cela, mais en voyant l'étincelle de malice apparaître dans le regard vert, il réalisa qu'il était celui qui s'était fait avoir comme un débutant.
« Je ne pensais pas qu'il serait aussi facile de t'arracher des confessions Duncan... Tu devrais faire attention, je pourrais m'en servir à ton insu ! Répliqua finalement la rousse en se redressant avec un sourire amusé.
-Sale peste fouineuse, » grogna l'intéressé pour toute réponse, le bord de ses lèvres s'étirant néanmoins, montrant qu'il était bien moins fâché qu'il ne le laissait croire alors qu'en son for intérieur, il se disait que Lily pouvait être aussi Serpentarde que lui.
La jeune femme éclata de rire pour toute réponse avant de reprendre.
« Puisque j'ai maintenant toute votre attention, Monsieur Linesa, je venais ici pour vous présenter à Emmeline Vance, une de mes amies. »
Si Harry reconnut le nom à l'instant où il s'échappa des lèvres de la jeune fille, il n'en montra rien, et se tourna vers la seconde intruse avec un air d'intérêt poli. Elle était plutôt grande, ses longs cheveux bruns semblaient remontés en un chignon retenu par ce qui ressemblait à un crayon moldu et ses yeux étaient d'un brun noisette banal mais perçants. Le Survivant se dit que l'Emmeline Vance qu'il avait connu avait bien mal vieilli, mais quoi de plus normal avec ce qu'elle devait avoir vécu ? La seule ressemblance avec la femme de son temps était cette obsession des châles : elle en portait aujourd'hui un d'un vert brun douteux.
Duncan hocha la tête, un vague sourire aux lèvres, et -en montrant Lily d'un geste de la main- prit la parole :
« Enchanté. Je suis Duncan Linesa, mais je suppose qu'elle l'a déjà dit quand je rêvassais...
-En effet, répondit Emmeline, amusée. Lily a toujours du mal à faire face à l'indifférence de ses concitoyens... »
Un « Hey ! » indigné lui répondit, alors que la-dite Lily se tournait vers sa camarade en fronçant les sourcils et que Blanche laissait échapper un éclat de rire. Harry secoua la tête en voyant la scène et montra cette fois les sièges libres du plat de la main.
« Je vous en prie, asseyez-vous.
-Oh, c'est gentil Duncan, mais nous n'étions vraiment que de passage, dit la rousse aux yeux verts avec un sourire contrit, cette fois. Je dois terminer ma ronde de préfète, et Emmy s'assurer qu'Alice n'empêche pas Frank de faire la sienne...
-Lily, ne soit pas si dure avec Frank et Alice, répliqua aussitôt la brune en levant les yeux au ciel, ils ont bien le droit de se cajoler un peu, quand même...
-Ah mais ça, ça m'est égal ! Rétorqua Lily, poings sur les hanches. Tant que Frank reste un Préfet-en-Chef exemplaire. Et je ne pense pas que batifoler avec sa future femme au lieu de faire sa ronde rentre dans les critères...
-Ce que tu peux être peau-de-vache quand tu t'y mets, Lily...
-Répète un peu ça, Emmeline Vance ?! » S'insurgea la rousse, ses yeux lançant des éclairs.
Blanche et Duncan suivaient la dispute avec un intérêt non feint. Ils échangèrent un regard amusé, semblant d'accord sur un point : cette dispute leur rappelait étrangement celles de Ron et Hermione, avec Lily dans le rôle de la jeune Granger. Ginny laissa échapper un soupir : la vie avec ces deux-là devait être rude, elle plaignait déjà la dernière du trio, tandis que Duncan -qui semblait lire dans ses pensées- lui jetait un regard signifiant clairement : « Tu vois ce que j'ai dû supporter ces six dernières années ?! ». Finalement, ce furent les rires des deux autres occupantes du compartiment qui leur remit les pieds sur terre. Chez eux, les disputes entre les deux Gryffondor s'étaient plus souvent finies sur un bouderie en règle de la part d'un (ou deux) des deux partis que d'un éclat de rire commun. Mais pour être honnête, Harry préférait de loin la version Evans/Vance.
« Bon, il faut vraiment qu'on y aille, reprit Lily en entraînant sa camarade vers la porte du compartiment. Blanche, Duncan, on se voit plus tard !
-Ravie de vous avoir rencontrés ! » Ajouta Emmeline en suivant la préfète et en refermant la porte derrière elle.
Le silence qui suivit fut accueilli avec un soulagement évident. Puis, après un moment passé à se fixer sans rien dire, la -maintenant- blonde s'approcha de son compagnon et s'assit à ses côtés, posant sa tête sur son épaule sans dire un mot. Le jeune homme laissa échapper un petit soupir, passant son bras autour de sa dulcinée pour la rapprocher de lui, laissant un maigre sourire étoffer son visage. Ils le savaient l'un comme l'autre, c'était ce qu'ils auraient de plus proche d'une excuse pour la dispute qui s'était si brutalement terminée, même s'ils campaient tous les deux sur leurs positions.
Avec un nouveau soupir, le regard gris de Duncan se tourna vers la fenêtre, se fixant sur le paysage tandis qu'il effectuait des caresses sur le bras de Blanche de façon presque automatique, perdu de nouveau dans ses pensées, attendant avec un mélange d'excitation et de peur l'arrivée du train à la gare de Pré-au-Lard.
La porte du compartiment s'ouvrit, faisant sursauter de surprise deux de ses occupants, alors qu'un grand brun aux cheveux ébouriffés s'affalait nonchalamment sur l'une des places restantes en laissant échapper un soupir de soulagement. Il enleva ensuite ses lunettes de son nez, pour pouvoir passer une main sur ses yeux fatigués.
« Ben dis-donc Cornedrue, t'en as mis du temps ! S'étonna Sirius en levant les yeux du parchemin qu'il semblait étudier attentivement. Lunard n'en a jamais eu pour plus de deux heures l'an dernier ! »
Un grognement indistinct fut la seule réponse que James sembla lui offrir, effectuant toujours des cercles sur ses paupières fermées.
« Et dans un langage compréhensible pour un être humain, ça donne quoi ? Se moqua le rejeton Black en mettant définitivement son parchemin de côté.
-Je parie 10 Noises que le problème fut une certaine rousse au regard meurtrier... Lança Remus sans sortir le nez du livre d'Enchantements qu'il était en train d'éplucher.
-Même pas, finit par répondre James en remettant ses lunettes. J'ai fait ma ronde avec Frank, à vrai dire.
-Ah oui ? Demanda l'homme-loup, vaguement intrigué, mais toujours penché sur son bouquin. Où est le problème alors ?
-Le problème, soupira le fils Potter, c'est que je ne pensais pas que c'était si... compliqué d'être préfet.
-Ça n'avait pas l'air si terrible quand Remus l'était... fit remarquer Peter alors que Lunard laissait échapper un éclat de rire moqueur.
-Ce n'était pas difficile pour moi parce que je suis Lunard, répliqua le châtain en fermant finalement son ouvrage. Je suis un ange à côté de Cornedrue. Dur de donner l'ordre de se calmer quand on est un fauteur de troubles, n'est-ce pas James ? C'est pas très bon pour la crédibilité tout ça... »
Et alors que son ami laissait à nouveau échapper un grognement mécontent sous le regard moqueur de Sirius et l'air interrogatif de Peter, Remus sut qu'il avait -une fois de plus- tapé dans le mille. Un sourire réjoui prit naissance sur ses lèvres. Il n'était pas ravi de voir l'état de son camarade, bien sûr, mais se voir représentant de l'ordre dans l'école serait très certainement un excellent moyen de lui mettre rapidement du plomb dans la cervelle. Il commençait à être plus que satisfait d'avoir demandé à Dumbledore à la fin de l'année passée de donner son insigne à un autre, ses devoirs de préfet superposés à son statut de membre des Maraudeurs et sa condition de loup-garou réduisant de manière bien trop significative ses heures de sommeil.
« Et toi ça te fait marrer hein ?! Râla le leader en se tournant vers son frère de cœur. J'aimerais bien t'y voir tiens !
-Ben écoute, t'as qu'à rendre ton badge à la fin de l'année comme Lunard, et peut-être que le vieux fou se décidera à me le donner !
-Sirius... Gronda le loup-garou avec un avertissement dans la voix.
-Quoi ?! S'insurgea-t-il. Je n'ai même plus le droit d'appeler les gens comme je veux ?
-N'insulte pas Dumbledore. » Fut la seule réponse qu'il reçut.
Le brun marmonna dans une barbe inexistante mais ne répliqua pas. Il savait à quel point son ami tenait le vieux directeur de Poudlard en estime, ne serait-ce que pour l'avoir accepté dans son école malgré sa condition.
Pendant un moment, le silence du compartiment n'était brisé que par quelques soupirs ou les hululements du hibou de James, jusqu'à ce que ce dernier reprenne la parole, sur un ton bien plus enjoué.
« Bon, et sinon, du nouveau pour la Répartition ? »
Sirius et Peter se mirent aussitôt à ricaner, alors que Remus se tournait vers James en lui lançant un regard signifiant clairement « Je pensais que tu avais compris... » avant de baisser les yeux vers l'insigne de Préfet qu'il portait. Le jeune homme saisit parfaitement l'allusion et leva les mains dans la position de l'innocent.
« Tu l'as entendu comme moi quand il est venu à la maison Lunard... C'est comme s'il nous avait supplié de faire de cette rentrée un repas exceptionnel !
-N'exagère pas non plus James... » Répondit son ami en levant les yeux au ciel face à la réplique. Cependant, un petit sourire amusé apparut sur son visage. Il était vrai que Dumbledore avait été plutôt explicite cette fois, et il espérait que ça n'allait pas se finir en une nouvelle retenue...
Le train ralentit jusqu'à s'arrêter définitivement dans la gare de Pré-au-Lard, dans un vacarme qui aurait fait douter l'ensemble des voyageurs sur l'âge plus qu'avancé de la locomotive s'ils n'avaient pas étés sorciers. Duncan et Blanche -toujours assis- échangèrent un regard, hésitant sur la marche à suivre. Ils finirent pas se lever et quitter leur compartiment pour se résigner à suivre les premières années -en tant que nouveaux étudiants- quand une voix retentit dans leur dos, les interpellant.
« Linesa ! Meloria ! »
Le couple se retourna vers Frank Londubat, qui leur faisait de grands signes. Ils l'attendirent et les trois descendirent en même temps sur le quai, pendant que le Préfet-en-Chef leur expliquait la marche à suivre.
« Suivez-moi, on va prendre les calèches, le professeur McGonagall -c'est la directrice adjointe- voudrait vous parler avant l'arrivée des première année. »
Les deux hochèrent la tête et laissèrent donc leur guide ouvrir la marche sans contester. Ce dernier les étudiait en silence, toujours un peu étonné. Après tout, ce n'était pas tous les jours qu'on accueillait de nouveaux élèves de cet âge-là ! De ce qu'il en savait, les seules occasions pour lesquelles Poudlard recevait des étudiants étrangers, c'était pour le Tournoi des Trois Sorciers, et ce dernier n'avait pas eu lieu depuis des lustres...
Une tornade châtain s'accrochant à son bras le coupa dans ses réflexions. Il sut de qui il s'agissait avant même de tourner la tête, et il ne put empêcher un sourire tendre de fleurir sur son visage.
« Alice, fit-il en baissant les yeux vers sa petite-amie, tu n'es pas avec tes amies ?
-Si tu n'étais pas uniquement obnubilé par la jeune fille à ton bras (magnifique, je te l'accorde, il s'agit de ma meilleure amie après tout), tu aurais remarqué que nous étions là aussi, Frank... Répliqua Emmeline d'une voix amusée.
-Ah, Vance, ton sarcasme m'aurait presque manqué ces derniers mois... »
La jeune femme haussa un sourcil pour toute réponse, faisant éclater de rire le Préfet-en-Chef. Fière de son effet, elle grimpa aussitôt dans la calèche qui venait d'arriver et s'installa avec un soupir d'aise, tandis que le couple Londubat, Lily et les espagnols suivaient.
« Ah, j'adore ces calèches magiques qui avancent seules... »
Sa remarque fit sourire la rousse qui lui donna un léger coup de coude ponctué d'un « Feignasse ! » enclenchant une nouvelle chamaillerie, tandis qu'Alice et Frank les regardaient en secouant la tête, comme habitués. Seuls Blanche et Duncan ne semblaient pas profiter du spectacle. Ce dernier, avait en effet les yeux rivés sur ce que beaucoup considéraient comme « l'absence » de cheval tirant la calèche, pouvant laisser croire qu'il était simplement impressionné par le phénomène. En réalité, il en profitait pour laisser vagabonder ses pensées, pendant que sa compagne faisait très certainement de même. Il avait été facile de vivre chez les Potter pendant quelques semaines, sans avoir à trop se soucier de quoi que ce soit. Mais ce soir, la vraie mascarade commençait, ainsi que quelque chose de plus, bien plus important...
L'arrêt violent de la calèche leur remit les pieds sur terre et tout le joyeux groupe se dirigea vers l'entrée du château, où une McGonagall avec une vingtaine d'années de moins -mais qui n'enlevait rien à son attitude sévère, se rendit compte Harry- les attendait.
Elle se présenta aux deux espagnols avec cordialité, et leur expliqua rapidement ce qu'elle attendait d'eux. Ne voulant pas les mêler aux élèves de première année -qui seraient déjà assez stressés -et dissipés- comme ça- elle leur proposa de suivre le groupe de Gryffondor dans la Grande Salle et d'attendre leur tour à côté de la table des professeurs, plutôt que de suivre les nouveaux élèves. Harry et Ginny hochèrent la tête, satisfaits de la tournure que prenaient les événements. Le groupe s'apprêta donc à quitter la directrice adjointe pour se entrer dans le château, quand quatre figures leur coupèrent le passage en prenant rapidement la direction des escaliers, lançant chacun leur tour un « Bonsoir, professeur McGonagall ! » plus ou moins enjoué.
Lily souffla d'agacement, Emmeline leva les yeux au ciel, Alice laissa échapper un léger sourire amusé, et Frank se tourna vers sa directrice de maison en lui murmurant qu'elle « pouvait certainement déjà préparer le billet de retenue » alors que la femme secouait la tête en reconnaissant ses deux meilleurs élèves -mais aussi les plus turbulents- ainsi que leurs deux amis.
« Ne pourraient-ils pas attendre un peu... finit-elle par soupirer, plus dans une supplique qu'un réel questionnement.
-Malheureusement Professeur, j'ai bien cru comprendre qu'ils ne s'arrêtaient jamais... » fut la réponse que le jeune espagnol aux yeux gris lui offrit, avec une grimace entre compassion et amusement. Elle fut contrainte de lui accorder le point et fit un geste vague de la main, signifiant par là qu'elle incitait le groupe à partir, ce qu'ils comprirent de suite.
Passant deux doigts sur ses paupières closes, Minerva McGonagall se dit que ce n'était pas cette année encore qu'elle pouvait espérer avoir moins de remontrances à faire à ses élèves de -maintenant- sixième année...
La Grande Salle n'avait pas bougé d'un pouce malgré les années. C'est la première chose qui vint à l'esprit de Duncan lorsqu'il entra, accompagné de Blanche et de Lily et ses amies (plus Frank), les Maraudeurs s'étant enfuis dans les sous-sols un peu plus tôt. Lily s'était lancée dans une description du fonctionnement du plafond magique à une Ginny qui semblait l'écouter religieusement. Harry, lui, faisait semblant d'être émerveillé par la splendeur des lieux, sans écouter un traître mot de ce que disait la jeune femme aux cheveux auburn. Six ans avec Hermione pour amie lui en avait appris plus sur le château qu'une éventuelle lecture de l'Histoire de Poudlard n'aurait pu le faire, et il était certain que sa future mère n'aurait rien de plus à lui apprendre.
Dans son exploration, il capta le regard de Dumbledore, qui lui fit signe de s'approcher. Prenant la main de Blanche dans la sienne, il s'éloigna avec un sourire d'excuse des Gryffondor en direction de la table professorale, la blonde sur les talons et recueillant pas mal de regards interrogateurs au passage.
Le sourire bienveillant aux lèvres, le directeur les salua de sa voix grave et calme, avant d'engager avec eux une conversation tout à fait banale qui en étonnait plus d'un, parmi les élèves comme chez les professeurs. Il n'était pas rare de voir Dumbledore faire la discussion à un élève au détour d'un couloir, le faire en plein milieu de la Grande Salle à quelques minutes de la Cérémonie de Répartition était autre chose. Et puis, qui étaient ces deux étrangers, d'abord ?
L'attention fut détournée du trio quand le professeur McGonagall passa les portes accompagnée de ce qui semblait être une armée de premières années. Blanche et Duncan se décalèrent sur le côté de la table d'un accord tacite, alors que le jeune homme montrait d'un léger signe de tête quatre élèves qui se glissaient le plus discrètement possible à la table des Gryffondor, arrachant un sourire à Ginny qui murmura un « Je me demande ce qu'ils ont bien pu inventer... ».
La même question résonna dans l'esprit d'Harry, mais il n'eut pas longtemps à attendre pour avoir une réponse. Elle lui parvint dès qu'il réalisa que non, le Choixpeau ne pouvait décidément pas chanter une chose pareille...
« Cette école fut crée il y a de nombreuses années
Par trois illustres sorciers
Cette magnifique école de Poudlard naquit grâce à eux
Gryffondor, Poufsouffle et Serdaigle étaient valeureux.
La légende ose nous raconter,
Qu'il y avait en vérité 4 sorciers
Mais Serpentard ne peut être considéré
Comme un sorcier que nous devons vénérer
Serpentard n'a pas crée une maison digne de ce nom
Tous ses élèves se retrouvent en prison
Car devenus des Mangemorts
Ils sont les disciples de Lord Vol... »
Alors que Dumbledore abaissait sa baguette et qu'un silence de mort tombait sur la Grande Salle, Duncan ne prit même pas le temps d'applaudir intérieurement l'ingéniosité et le pouvoir que recelait le simple acte de poser un tel sortilège de confusion sur un objet aussi puissant et âgé que le Choixpeau Magique de Godric Gryffondor. Non, il se contenta de river son regard gris -presque métallique à cet instant- sur l'endroit où se trouvaient les responsables de cette « blague » idiote, regard qui se durcit quand il remarqua le léger sourire de contentement sur le visage de son père et de son parrain. Il pensait être arrivé à quelque chose avec James, pensait que l'épisode du compartiment des Préfets en était une preuve, mais il semblerait que la mauvaise influence de Sirius soit bien plus importante qu'il ne le pensait...
Les Maraudeurs, de leur côté, furent choqués non seulement par le regard clairement déçu que leur adressa Dumbledore, mais aussi par le regard noir qu'ils reçurent de la part de l'espagnol. Enfin, Sirius et James l'étaient. Remus, pour sa part, était tout à fait d'accord avec eux, mais comment s'opposer à ses amis quand ils sont les seuls vous ayant accepté tel qu'il était ? Quant à Peter... Et bien, tant qu'il n'étaient pas pris (et malgré le fait que tout le monde ait des soupçons, sans preuves, il étaient tranquilles), il se fichait complètement des réactions que leur blagues pouvaient susciter.
Harry, tentant de dépasser la colère sourde qui l'envahissait, ne prêtait aucune attention à la Cérémonie de Répartition, regardant sans vraiment les voir les nouveaux élèves aller jusqu'au Choixpeau, puis vers la table qui leur était indiquée. C'est peut-être pour ça qu'il fut l'un des premiers à remarquer l'immense flaque d'eau -ou quelque chose du genre- qui commençait à s'étendre entre le tabouret à trois pieds et les différentes tables. Il lui semblait que la « flaque » se solidifiait, doucement, mais sûrement...
Étonnamment, le premier à tomber dans le panneau -au sens propre comme au figuré- fut un nouvel envoyé à Serpentard. Le première année tomba sur les fesses -sans se faire mal, étrangement- et glissa jusqu'à la table de sa nouvelle maison, provoquant les rires de ses camarades encore à répartir et quelques sourires entre amusement et indulgence pour les aînés, tous croyant à une maladresse quelconque.
Lorsqu'il en fut également le cas pour les trois suivants cependant (pas tous envoyés dans la maison des serpents, heureusement), on commença à se douter de quelque chose. Une fois de plus, comme il avait arrêté la chanson auparavant, le directeur fit un geste de sa baguette et l'étrange patinoire-tobbogan fondit pour finalement s'évaporer dans des étincelles multicolores. Sans s'adresser à personne en particulier, l'homme à la longue barbe laissa échapper un léger « Voilà qui était bien plus divertissant. »
Et les élèves de première année s'enchaînèrent ainsi jusqu'au dernier, un certain « Billy Winston », qui fut envoyé à Poufsouffle. Duncan sentit alors une main serrer la sienne, et il se tourna vers Blanche, qui lui fit un petit sourire. Elle s'était finalement fait une raison.
« Mes chers élèves, vous avez sûrement noté la présence de deux adolescents qui vous sont inconnus. Il s'agit de Blanche Meloria et Duncan Linesa, qui vont respectivement commencer leur sixième et septième année avec nous. Mais je ne m'étendrai pas sur les détails. Annonça Dumbledore, avant de se tourner vers le couple d'espagnols avec un sourire avenant. « Honneur à la demoiselle... »
Harry serra une dernière fois la main de sa rousse avant qu'elle ne s'avance à son tour pour s'asseoir sur le tabouret à trois pieds, acceptant de recevoir le Choixpeau sur la tête. Duncan l'observa attentivement, mais il était certainement le seul à avoir compris le sens réel de la surprise qui se reflétait dans ses yeux.
Il s'était demandé un moment si le Choixpeau allait être capable de les découvrir ou non. Et puis, finalement, la réponse lui avait parue évidente. Si évidente qu'Hermione lui aurait lancé ce regard qu'elle réservait habituellement à Ron, qui était le plus long à la détente. Évidemment qu'il le saurait, le foutu chapeau pouvait lire dans les pensées. Il n'avait plus qu'à prier pour qu'il ne détruise pas leur couverture. Mais, quelque part, il se disait que Merlin avait sûrement pensé à ça.
« GRYFFONDOR ! »
Duncan sortit de ses pensées et sourit à sa dulcinée alors qu'elle se dirigeait vers la table des rouges et or, s'asseyant près de Lily et ses amies. Tournant la tête pour rencontrer le regard du professeur McGonagall, il soupira imperceptiblement avant de prendre place pour la seconde fois de sa scolarité sur le tabouret à trois pieds. Si cette fois le Choixpeau ne lui tomba pas sur les yeux, cela n'empêcha pas sa voix de retentir dans sa tête.
« Tiens, c'est bien la première fois que je croise des Voyageurs du Temps... J'en ai parlé avec la jeune Weasley, bien sûr, mais toi... Qui aurait cru que Lily Evans épouserait finalement James Potter et que toi, leur fils, pourrait faire d'aussi grandes choses... Hum... te concernant, le choix est difficile. Bien sûr, Gryffondor semblerait idéal, mais Sepentard pourrait...
-Sois gentil, garde-moi ton discours pour dans 20 ans et envoie-moi où tu sais. » Coupa Duncan en se retenant de lever les yeux au ciel.
Il crut entendre l'objet soupirer, mais il fallait avouer qu'Harry n'était vraiment pas d'humeur à l'écouter déblatérer des choses qu'il lui redirait dans une vingtaine d'années... ou qu'il lui avait déjà dit sept ans auparavant, tout est question de perspective.
« Certes, si tu le prends comme ça... » marmonna le Choixpeau dans l'esprit du jeune homme, avant de reprendre à voix haute. « SERPENTARD ! »
Voilà voilà ! J'espère que le chapitre vous a plu... Dans le prochain, réactions diverses et variées, vous vous en doutez... ;-)
Et sinon merci à tous les reviewers pour votre soutien, et à vous aussi, lecteurs anonymes ! J'espère que ce chapitre aura été à la hauteur de vos attentes et promis, j'essaie de prendre moins de temps pour poster le prochain !
A bientôt !
Lilya.
