Auteur : lilouplume
Beta : Hkizabeth
Chapitre 4 : La guerre de 100 ans
Troisième livre d'Arvenia
-2331, à une demi-journée de marche de la « ville sans nom »
Cher Journal,
Cela fait quelques jours que j'ai quitté la ville, mon mari et mon petit garçon, Ewen, me manque déjà.
Nous avons levé le camp à deux jours de marche de la ville. Il y a des soldats partout. Nous sommes prêts à recevoir nos ennemis et remporter la victoire !
Cher Journal,
Je n'ose t'exprimer l'horreur des champs de bataille. Partout ou je marche, il y a des cadavres autant d'ennemis que d'amis. Il y a du sang. Partout ! Tellement rouge à certains endroit et brunâtre là où il a déjà séché. Il y a des jours où je regrette d'avoir une vision aussi parfaite que celle des vampires. Même si cette dernière m'a à plusieurs reprises sauvé la vie.
Il y a aussi le bruit des combats qui hante mon esprit jour et nuit. Même dans la calme de la nuit, j'entends les épées s'entrechoquer, j'entends les grondements des bêtes et les hurlements de douleur. J'entends les os de casser, j'entends les crânes se fendre. Je ne peux empêcher une expression de profond dégout et de peine se peindre sur mon visage.
Mais le pire, c'est sans aucun doute l'odeur. L'odeur de sang mêlé à la terre. L'odeur de la mort, l'odeur des cadavres en décomposition. L'odeur de transpiration des combattants. L'odeur de la peur, de l'excitation chez certains.
Je ne sais pas comment je fais pour tenir. J'ai un bandage à l'épaule, suite à une morsure légère de loup. Elle commence à s'infecter et cela m'inquiète énormément.
Des médicaments doivent arriver de la ville pendant la nuit. J'espère qu'il n'y aura pas de soucis. Il y a tellement de gens qui en ont besoin
Cher Journal,
Nous attendons des renforts des autres villes vampires. Nous sommes sur le point d'être submergé.
Jusqu'ici nous avons tenu le coup, mais ce soir, c'est la pleine lune.
Je me souviens encore de la dernière fois que j'ai vu ces créatures se transformer.
Pour la première fois depuis longtemps, j'ai peur. Peur de ne pas pouvoir rentrer à la maison.
Je dois faire tout ce qui est en mon pouvoir pour retenir les loups. Et si je dois mourir pour les empêcher d'atteindre la ville, je mourrai.
Cher Journal,
Les renforts sont arrivés juste à temps. Nous avons réussi à repousser l'ennemi. Mais nous avons subi de grande perte en cette nuit.
Je vais devoir écrire des lettres aux familles des vampires tombés au combat. Ça ne va pas être une partie de plaisir d'annoncer la mort des combattants à leurs proches.
Je me sens tellement triste.
Mais la bataille n'est pas finie. Chaque camp panse ses plaies, mais demain, l'affrontement reprendra de plus belle.
-2330, à une demi-journée de marche de la « ville sans nom »
Cher Journal,
Hier, un vampire du nom de Codile m'a sauvé la vie. Par la suite, nous ne nous sommes plus quittés. Nous nous sommes entraidé. Nous sommes devenus amis. Il est déjà père de deux enfants, et c'est pour eux qu'il a rejoint l'armée et qu'il se bat. Pour rendre leur avenir meilleur et sans peur.
Je le comprends. Moi aussi je me bats pour ma famille.
Cher Journal,
Je suis blessée. On m'a emmené dans une tente médicale pour me soigner mais je sais que malgré toutes nos avancées, ce ne sera pas suffisant. Je vais probablement mourir.
Je ne veux pas mourir !
Je veux voir mon fils grandir !
Je veux voir la ville évoluer.
Je veux nous voir remporter cette guerre !
Cher Journal,
Je suis toujours alitée et faible, mais je reste suffisamment lucide pour diriger les troupes qui ont perdu leur capitaine.
Je mets au point des stratégies, et elles sont bien souvent gagnantes.
Nous sommes sur le point de remporter la lutte.
J'ai de l'espoir.
Cher Journal,
Codile est venu me rendre visite dans la tente médicale. Il a l'air d'aller relativement bien. Il est fatigué bien sûr, comme nous tous. A cause de nos sens vampiriques, malgré leur utilité, nous sommes tous mis à l'épreuve. On entend, on voit, on sent trop. Au point qu'il arrive un moment où on ne sait plus quoi.
Il est temps de mettre fin à cette invasion. On ne tiendra plus très longtemps.
Chez Journal,
Contre toute attente, nous reprenons l'avantage ! Espérons que nous le garderons assez longtemps pour gagner une bonne fois pour toute. Maintenant que je suis à nouveau sur pied, je retourne sur le champ de bataille. Et cette fois, nous allons mettre fin à ce conflit.
-2325, à une demi-journée de marche de la « ville sans nom »
Cher Journal,
Cela fait déjà trop longtemps que nous nous battons et que nous n'avançons pas. Les plus optimistes disent qu'au moins nous ne perdons pas de terrain. Moi je dis que cela fait bien trop longtemps que je n'ai pas pu voir mon enfant. Je veux rentrer chez moi, je veux revoir Zéphirin et Ewen. Je me sens tellement vide sans eux à mes côté. Mais je reste ! Je reste parce que je veux que mes amours vivent sans la peur du lendemain, je veux qu'ils vivent dans la paix.
-2320, à une demi-journée de marche de la « ville sans nom »
Cher Journal,
C'est un coup dur pour les loups. Grâce à l'une de mes stratégies, nous avons réussi à tuer l'un de leurs commandants.
L'espoir renait, plus fort que jamais, dans nos rangs. Nous voyons enfin la fin de la guerre arriver.
-2318, à une demi-journée de marche de la « ville sans nom »
Cher Journal,
Nous sommes tombés dans un piège savamment orchestré. Nous avons perdu beaucoup de vampires dans ce guet-apens.
Nous sommes maintenant en sous effectif. La pleine lune approche. Comment va-t-on faire pour résister ?
Cher Journal,
Je ne sais pas comment nous avons fait pour résister toute la nuit.
Mais nous sommes encore là. Nous devons reprendre l'avantage. Je vais me rendre dans quelques minutes à la réunion des commandants. Nous devons trouver des solutions.
-2315, à une demi-journée de marche de la « ville sans nom »
Cher Journal,
J'ai reçu une lettre de Zéphirin et Ewen. Ils me manquent tant. Je pense sans cesse à eux, tout ce que je suis en train de rater dans l'apprentissage de mon fils. A tous les câlins, les discussions que je manque.
Mais c'est pour lui que je suis là en ce moment. J'espère qu'il le sait. Qu'il ne m'en veut pas d'être absente, de manquer son enfance.
-2310, à une demi-journée de marche de la « ville sans nom »
Cher Journal,
Je perds espoir. Les loups ont percé une brèche dans nos défenses. Ils se dirigent vers la ville.
J'ai peur.
Je sais à quel point la ville est bien protégée. Après tout c'est moi qui ai conçu les plans. Je sais aussi que de nouveaux guerriers ont été formés et qu'ils sont plus que capables de repousser la troupe de loups qui se dirige vers eux.
Mais j'ai peur. Parce que je sais qu'Ewen sera parmi eux. Il est devenu un puissant guerrier, d'après son père.
Je ne peux m'empêcher d'être fier de lui. Mais en ce moment, c'est mon inquiétude qui prime sur tout.
Cher Journal,
J'ai enfin des nouvelles de la ville. Ils s'en sont très bien sortit. Ils ont gagnés.
Quand je pense qu'aujourd'hui mon bébé à 20 ans.
Je ne sais même pas à quoi il ressemble.
Ça me rend triste.
-2305, à une demi-journée de marche de la « ville sans nom »
Cher Journal,
Codile, mon plus proche ami, est mort. Il est tombé face à un groupe de loups déchainé.
Je suis triste ce soir. J'ai déjà perdu beaucoup d'ami au cours de cette guerre. Mais Codile était mon meilleur ami. Celui qui surveillait mes arrières quand je surveillait les siennes. Il était celui qui me conseillait, m'encourageait, me permettait de tenir face à toutes les implications de cette guerre.
Que vais-je faire sans lui…
Cher Journal,
Nous perdons du terrain. Ce n'est pas bon du tout. Nous nous rapprochons sans cesse de la ville. De nouveaux loups arrivent sans arrêt alors que nos effectifs baissent de plus en plus. Les autres villes nous envoient parfois des renforts, mais ça ne suffit plus.
J'ai peu d'espoir de nous voir remporter cette guerre.
-2290, à une demi-journée de marche de la « ville sans nom »
Cher Journal,
Une garnison de soldat est arrivée en début d'après-midi, ils sont jeunes et motivés. Mon rôle est de les entrainer pour qu'ils soient prêts à rejoindre le champ de bataille la semaine prochaine.
Autant commencer tout de suite.
Cher Journal,
Ça ne fait que deux jours, et pourtant, je m'attache déjà à ces jeunes.
Ils ont plus ou moins l'âge de mon fils. Ils sont doués. Je place beaucoup d'espoir en eux.
Cher Journal,
La garnison de jeunes que j'ai entrainés vient de revenir vainqueur de leur mission sans blessé. Je suis très fière d'eux.
Mais je continue à les entrainer. Il ne faut pas se relâché sur une seule victoire.
-2280, à une demi-journée de marche de la « ville sans nom »
Cher Journal,
Nous venons de perdre le dernier membre de la première garnison que j'ai entrainé. Il ne sera pas mort en vain car il a pu nous apporter des informations capitales sur l'ennemi. Mais je suis triste. Je m'étais vraiment attachée à eux.
Je préfère retourner sur les champs de bataille plutôt que d'entrainer à nouveau de jeunes vampires que je verrai tôt au tard mourir.
-2270, à une demi-journée de marche de la « ville sans nom »
Cher Journal,
Zéphirin est tombé malade. Personne ne sait ce qu'il a. Et il n'est pas le seul en ville à subir cet étrange mal. Nos meilleurs chercheurs sont sur le cas. Mais ils ne trouvent rien de concluant.
Ewen s'inquiète. S'il perd son père, il sera seul. Il sait que je ne reviendrai pas. Même pour soutenir mon mari dans ces derniers instants si cela devait arriver. Ce que je fais ici est trop important.
Cher Journal,
Je ne me suis plus sentie aussi mal depuis la mort de Zinon. Zéphirin est mort. Je me sens incapable de continuer à me battre. Il était mon pilier, ma raison de vivre. Pourquoi a-t-il fallu qu'il meure ! J'en veux aux loups qui m'empêche d'être là-bas, j'en veux aux vampires qui perdent un plus de terrain chaque jour. J'en veux au monde entier de ne pas comprendre la souffrance qui est la mienne en cet instant. Je pleure, comme je n'ai plus pleuré depuis si longtemps. Je me suis éloignée pour qu'il puisse vivre. Et maintenant je ne pourrai jamais plus le revoir. Je suis en colère. En colère contre cette maladie inconnue, contre mon mari qui s'est laissé submerger par elle, contre les médecins qui n'ont pas encore trouvé de remède, contre moi-même pour avoir été absente.
Je veux mourir ! Je veux le rejoindre dans la mort ! Je vais me jeter à corps perdu dans la bataille.
Cher Journal
Ma réputation n'est plus à faire depuis longtemps. Mais elle semble prendre une autre dimension actuellement. On me regarde avec adoration quand je marche entre les tentes qui constituent mon camp.
Il est vrai que depuis la mort de Zéphirin, je suis différente. Plus froide je suppose. Je mets toute mon énergie à abattre mes adversaires. Je reviens chaque jour victorieuse.
Même les loups semblent savoir qui je suis. J'en ai déjà vu prendre la fuite devant moi. Mais je n'ai aucune pitié. Ils vont payer ! Pour vouloir nous attaquer sans raison, pour m'empêcher d'avoir vu grandir mon fils, pour avoir causé la mort de l'homme que j'ai aimé plus que moi-même.
Parce que oui, les médecins ont trouvé la causé du mal. L'eau était empoisonnée. Les loups ont mis du poison dans la source et tous les vampires qui avaient eu le malheur de s'abreuver à la rivière qui traverse la ville sont tombés malade. Heureusement, les soigneurs ont trouvé un remède. Mais il était trop tard pour mon Zéphir.
-2260, à une demi-journée de marche de la « ville sans nom »
Cher Journal,
Depuis la mort de Zéphirin, je me suis beaucoup rapprochée de mon fils. Ewen. C'est une personne exceptionnelle. Son père l'a vraiment bien élevé. Ça peut paraitre bizarre que je me sois rapprochée d'Ewen alors qu'il est toujours en ville et que moi je reste sur le champ de bataille. Mais nous n'avons cessé de nous envoyer des lettres. Nous avions tous les deux besoin de l'autre. Et il n'y avait que de cette façon que c'était possible.
Il vient de m'annoncer qu'il est amoureux. Il ne m'a pas dit son nom mais d'après sa description elle est merveilleuse. Elle semble faite pour lui. Je ressens dans ses mots la tendresse qu'il lui porte. Il ne me l'a pas vraiment décrite physiquement. Je sais juste qu'elle a les yeux violets et de long cheveux brun bouclé. Quand je lis ce qu'il m'écrit, j'ai l'impression de me revoir avec Zéphirin à nos débuts.
Je suis nostalgique de ces moments en amoureux. Des moments que je ne connaitrai jamais plus.
-2258, à une demi-journée de marche de la « ville sans nom »
Cher Journal,
Mon fils va se marier. J'aimerai tellement être auprès de lui pour ce magnifique évènement. Mais je ne peux pas quitter mes fonctions.
Ce soir nous lancerons une offensive cruciale pour la suite de cette guerre.
-2257, à une demi-journée de marche de la « ville sans nom »
Cher Journal,
Je viens d'apprendre que je suis grand-mère. Je suis fière de mon fils et de ma belle fille. J'ai hâte de rentrer et de voir le visage de ma petite fille.
La guerre a prit un nouveau tournant. Nous avons repoussé les loups et les avons coincés au pied de la montagne.
Nous avons gagné une bataille. Mais la guerre n'est pas finie. Cependant, je pense que j'ai mérité quelques jours de congé. Je vais aller voir ma famille. Celle pour laquelle je me bats. D'autant plus que j'ai une nouvelle raison de le faire. Un bébé. Une petite fille. Ma petite fille.
Cher Journal,
La ville a bien changé depuis que je l'ai quittée. Le gens ne savent plus qui je suis, ils ne me reconnaissent plus, ne me sourient plus quand ils me croisent. Même dans la rue, les commercent semblent avoir changé. Ça m'a fait vraiment bizarre. Mais le changement a du bon. Les vampires ont l'air heureux derrière les remparts, bien à l'abri.
Cher Journal,
Je suis de retour au camp. Ces vacances m'ont fait le plus grand bien. Je suis requinquée, prête à tout démolir pour que ce bébé que je viens de quitter puisse vivre en paix.
-2248, à une demi-journée de marche de la « ville sans nom »
Cher Journal,
Je vieillis. Je sens mes os craquer sous les efforts que je fais sur le champ de bataille. Chaque matin mes muscles se rebellent et crient au scandale. Mes cheveux grisonnent. Je suis plus lente qu'avant. Il y a des jours ou j'ai l'impression que ma vue baisse. Ma respiration est trop rapide.
Ce matin j'ai été gravement blessée, à cause d'une erreur que je n'aurais jamais fait il y a encore 5 années.
Mon corps est couvert de vielles blessures mal cicatrisées, d'os mal consolidés après avoir été cassé. Pour moi, ce n'est qu'un bobo de plus, mais pour les autres c'est une raison de me mettre en dehors des combats.
Je sais que mon temps est compté. Ils n'ont pas tort. Une vie de combat laisse des marques. Les soldats semblent vieillir plus vite que les autres vampires. c'est surement la dure réalité des combat qui en est la cause.
-2245, à deux heures de marche de la « ville sans nom »
Cher Journal,
J'ai 157 ans aujourd'hui. Et je ne me suis jamais sentie aussi pathétique qu'en ce jour. Cela fait plusieurs mois que je ne peux plus mettre un pied sur le champ de bataille. Je ne suis plus utile. Même pire que ça, je pourrais mettre inutilement en danger des vampires encore jeune mais expérimenté.
Mais ils ont encore besoin de moi. Au moins pour mettre en place des plans, des stratégies. J'ai vu tellement de vampire passer. Il n'y a presque plus personne qui est là depuis le tout début. Certains sont morts, la plupart en fait. Mais d'autres ont été rapatriés vers les villes car ils n'étaient plus en état de se battre. J'en ai vu passer des combattants, des généraux, … J'ai vu des jeunes plein de vie et d'idées devenir aigri.
Aujourd'hui, je soigne les blessés dans la tente médicale.
Quand je sors de la tente, je peux voir les remparts de la « ville sans nom »
On encore perdu du terrain face à l'ennemi.
Nous avons demandé de l'aide aux autres peuples de créatures magiques. Mais personne n'a répondu présent. Chacun ses problèmes apparemment.
Moi, je pense qu'ils cherchent tous, d'une manière détournée, à se débarrasser de nous. Nous avons la réputation d'être fort, rapide, agile, puissant,… bien plus que toutes les autres créatures réunies. Je pense que nous faisons peur. C'est certainement la raison de ce silence.
-2240, dans la « ville sans nom »
Cher Journal,
Nous avons perdu tellement de terrain que les soldats vampires ont dû rentrer se mettre à l'abri derrière les remparts.
C'est la panique. Nous sommes rassemblés dans un tout nouveau bâtiment qui n'existait pas quand j'ai quitté la ville, il y a de cela bien des années.
C'est là que je retrouve le conseil que j'avais mis en place à l'époque pour gérer le peuple.
Je ne sais pas comment ils m'ont reconnu dans la foule de soldats présents. Bien sûr, je ne suis plus un simple soldat depuis longtemps. Je fais partie des hauts gradés et je suis pratiquement la seule femme présente. Mais j'ai tellement changé.
Les membres du conseil ont demandé à ce que je les rejoigne. Nous avons discuté pendant des heures. Mais aucune solution n'a été trouvée.
-2239, dans la « ville sans nom »
Cher Journal,
La nourriture commence à manquer. Les gens sont fatigués. Les soldats sont en manque d'exercices. À l'intérieur des remparts nous ne pouvons autant nous entrainer qu'en dehors. Les gens se plaignent. Depuis quelques semaines certains commencent à voler, frapper. La peur est omniprésente.
Le seul point positif c'est que nous sommes protégés. Les fortifications tiennent parfaitement.
Cher Journal,
La solution m'est venue en tête d'un seul coup. Les passages secrets. Les soldats les empreintent pour aller chercher des vivres et reviennent les mains remplies après chaque expédition. Mais combien de temps pourrons-nous tenir comme ça. Je l'ignore.
Cher Journal,
Ma vie s'est nettement améliorée cette année. Je vois mon fils chaque jour. Je vois grandir ma petite fille et j'ai enfin pu rencontrer celle qui fait battre le cœur de mon chéri à cent à l'heure.
Elle telle qu'il me l'avait décrite. Et leur fille est un parfait mélange d'eux deux. Je me sens bien, entourée de ma famille.
Mais les loups sont toujours là, essayant de percer une passage dans la muraille. Cette épée au dessus de nos têtes nous empêche de réellement vivre.
Cependant, depuis mon retour en ville, j'ai repris des forces. J'ai l'impression de trouver une seconde jeunesse. Et cela me fait un bien fou. Je peux à nouveau courir et me battre comme au tout début. Il faut croire que le changement d'air et de nourriture me fait le plus grand bien.
-2235, dans la « ville sans nom »
Cher Journal,
Nous tenons bon ! Les loups n'arrivent toujours pas à passer et ils s'énervent de plus en plus souvent. Ils font des erreurs et nous en profitons largement. Nous passons sous leur nez pour quérir de la nourriture saine. Nous passons dans leur dos pour tuer ceux qui ont le malheur de nous trouver sur leur chemin.
Les gens se sont habitués à vivre comme cela. Ça n'a plus rien de réellement inquiétant.
Tant que les murs qui nous protègent tiennent, nous sommes en sécurité.
Cependant, j'ai un mauvais pressentiment. Cette situation ne peut durer éternellement.
-2234, dans la « ville sans nom »
Cher Journal,
Ma vie ressemble de plus en plus à celle que j'ai quittée il y a ce qui me semble être des siècles.
Les gens savent qui je suis. Ils savent que je suis celle qui a décidé la première de devenir sédentaire, celle qui a conçu les plans de la ville, qui est partie pendant des années pour défendre ce qu'elle a construit. C'est ce que je les entends dire sur mon passage. Je ne sais pas comment ces informations sont arrivés jusqu'au peuple. Mais j'ai ma petite idée. Le conseil n'a semble-t-il pas apprécié que je sois une inconnue aux yeux du peuple alors que selon eux, ils me doivent beaucoup. Je trouve qu'ils exagèrent. Il n'y a pas de raison qu'ils s'en souviennent. Je n'ai pas fait grand-chose, en dehors de mettre des idées de sédentarisation dans la tête des gens. De toute façon dans quelques années, ils m'auront à nouveau oublié. C'est comme ça. La vie continue…
-2233, dans la « ville sans nom »
Cher Journal,
Le conseil est complètement fou. Cette bande de vieux pachyderme veut faire de moi le chef de la « ville sans nom ». Je sais parfaitement que nous sommes la seule ville vampirique sans chef. Mais nous avons le conseil. N'est-ce pas suffisant ?
Moi ? Chef ? Mais quelle idée ! Je ne suis pas faite pour ce genre de chose.
Malheureusement, ils semblent tous penser le contraire.
-2232, dans la « ville sans nom »
Cher Journal,
Depuis plusieurs mois maintenant j'assume le rôle de chef de la ville. Les gens m'appellent Princesse quand ils me croisent. C'est déstabilisant. J'habite maintenant dans un bâtiment à l'allure de palais. Mon fils m'y a rejoint avec sa famille. Ma famille. Ma petite fille regarde tout cela avec des yeux émerveillés. Juste pour voir ce regard, je suis heureuse d'avoir accepté.
J'ai maintenant beaucoup de responsabilités, mais je suis grandement aidée par le conseil.
Je prends tout de même le temps de m'entrainer un peu chaque jour. Les loups sont toujours là…
Cher Journal,
La « ville sans nom » est maintenant considérée comme la capitale vampirique. Il est vrai que notre ville est la plus grande mais de là à dire que c'est une capitale. C'est un peu fort. Même si j'en suis fière, il ne fait aucun doute que malgré ses « on dit » nous n'avons rien d'une vraie capitale.
Cher Journal,
Je reçois de plus en plus de courrier des autres villes vampiriques qui nous demande du soutien car les loups se dirigent à grands pas vers chez eux. Il semblerait que ces derniers en aient marre d'attendre en bas de nos murailles et rassemblent leur troupes pour s'attaquer à de plus petits poissons.
Je vais de ce pas m'entretenir avec le conseil.
-2231, dans la « ville sans nom »
Cher Journal,
Nous avons envoyé des troupes vers les villes de Thalandis et Falador. J'espère que cela suffira.
Cher Journal,
Les loups ont été mis en échec et je reçois des lettres de remerciement des chefs de Thalandis et Falador.
Ça fait plaisir de gagner !
Cher Journal,
Il semblerait que les bruits de couloirs aient un fond de vérité.
La « ville sans nom » est appelée par tous la « capitale vampirique ». Les chefs des autres villes m'appellent la reine de la « ville sans nom ». Il est peut-être temps que j'accepte le rôle que l'on me donne. Il semblerait que les vampires aient besoin d'une famille royale. Et ça je peux leur donner. Même si cela ne me plait pas vraiment. Le peuple me donne un rôle. Et je vais faire en sorte d'être une bonne reine pour eux.
Cher Journal,
Les loups se dirigent à nouveau vers nous.
Je prépare les troupes. Cette fois nous les auront.
Chaque ville nous envoie des combattants. Nous allons donc les surpasser !
Et mettre fin à ce conflit qui dure depuis un siècle.
Notes de l'auteur :
Voilà un chapitre dont je suis plutôt fière. Et pourtant, il a été difficile à écrire. Mon but dans ce chapitre était de raconter 100 années de guerre.
Pas facile déjà de raconter 100 ans dans un seul chapitre. Il y a donc des trous de plusieurs années. Bah oui, si non il faudrait dix chapitres de plus )
Ensuite, la seconde grosse difficulté était de raconter cette guerre d'un seul point de vue. Et cela dans plusieurs sens :
D'abord, on n'a que le point de vue des vampires de manière générale. On ne sait rien de l'autre camp, si n'est que c'est un ennemi.
Ensuite, on n'a pas le point de vue de la nation vampire, mais que d'un seul vampire parmi des centaines. Il y a peu de chance que tous les vampires pensent exactement comme Arvénia.
Et enfin, on n'a pas un récit du « présent ». En effet, vous avez lu ce qu'Arvénia écrivait dans son journal. Ce qui veut dire que tout ce qui est écrit est le récit de ce qu'a vécu Arvénia. Et cette vampire ne raconte as toute sa journée dans les moindre détails, elle raconte comment elle se sent, comment elle a vécu telle ou telle journée. On est exclusivement dans le ressenti et presque pas dans les faits.
Tous ces éléments nous donnent une vision très étroite de la guerre. Mais c'est la seule trace que les vampires en gardent, puisqu'Arvénia est la seule à avoir écrit à ce propos à ce moment là.
Par la suite d'autres vampires ont écrit à ce propos et ont analysé le vécu de leur première reine. Mais ils n'ont pas vécu la guerre et ne peuvent transmettre les sentiments qu'elle a vécu.
Et enfin, la troisième difficulté étaient de ne pas parler que de la guerre. De fait, vous avez lu le journal intime d'une enfant devenue guerrière par la force des choses. Une femme qui veut protéger ceux qu'elle aime. Elle fait la guerre oui ! Mais ce n'est pas son but ultime. Elle n'est pas sans cœur. Elle est là pour ceux qu'elle aime. Il est donc parfaitement logique que dans son journal, elle parle de ceux qu'elle veut protéger, de ses sentiments à leur propos, de ses regrets, du manque. Elle est là pour eux. Et sa seule manière d'en « parler » est d'écrire ses sentiements. Sa seule façon d'extérioriser sa peine, venue de la séparation, c'est son journal. On découvre donc une guerrrière, une femme, une maman, plein de sentiments. Elle passe par plusieurs étapes au cours des 100 ans de guerre. Elle évolue, elle change, sa façon de voir l'avenir change en fonction de son présent et de son vécu. Mais le plus difficile à écrire, en tant qu'auteure, c'est la vision monochrome d'Arvénia. Pas une fois, elle ne se met à la place des loups. Pour elle, ils sont les ennemis à abattre. Ils ont attaqué son clan, tué son mentor, ils ont attaqué ma ville qu'elle a construit (son rêve), ils ont tué des gens auxquels elle tenait. Pour elle ils sont tous méchants. Elle ne se pose pas la question du pourquoi. Ça ne lui vient même pas à l'idée que certains loups n'aient pas envie d'être là et de se battre.
J'espère que ce chapitre vous a plus et que vous avez prit autant de plaisir à le lire que moi à l'écrire. Il fait 14 pages Word pour 4114 mots.
Pour ceux que ça intéresse voici quelques réponses aux questions que vous vous posez peut-être après la lecture de ce chapitre :
Pourquoi ce chapitre s'arrête brusquement sans que l'on sache comment s'est terminée la guerre ?
Je pense que c'est assez logique et que la plupart d'entre vous auront comprit. Vous avez lu un journal intime. Arvénia est partie se battre et n'a jamais écrit la fin. C'est parce qu'elle n'est jamais revenue de la dernière bataille.
Dans ce cas, comment peut-on savoir ce qui s'est passé ? La guerre est-elle finie ? Qui a gagné ?
Il est évident que vous ne lisez pas le dernier chapitre des Archives d'Arvénia. Ma réponse viendra donc dans le prochain chapitre.
Pourquoi les loups attaquent-ils les vampires ?
Comme dis plus haut, on ne sait presque rien des loups.
A l'époque les vampires nomades étaient de très grands artisans. Ils se fournissaient en matière première et fabriquaient toutes sortes de choses. Ils étaient de grands voyageurs et de très bons marchands. Ils travaillaient vite et bien. Les meilleures étoffes étaient produites par eux. Mais ils étaient aussi de très bon joaillier. Ils fabriquaient les plus beaux bijoux, repéraient facilement les défauts dans la matière grâce à leur vue perçante. Les nains se fournissaient uniquement chez eux en bijoux et en or. Les Gobelins leur achetaient les matériaux nécessaires à la fabrication de leur plus belle arme et armure d'apparat. Les elfes leur achetaient des herbes médicinales qui ne poussaient pas dans leur forêt.
Les vampires étaient les meilleurs du marché. Et à côté d'eux les loups ne valaient pas grand-chose. Là où les vampires étaient de bon négociateur, les loups s'énervaient rapidement. Tout cela leur donna mauvaise réputation.
Jaloux du succès des vampires sur le marché, une meute attaqua un clan de vampire. Leur volant leur biens et prenant de ce fait une place importante sur le marché.
Mais ils ne s'arrêtèrent pas là. Malgré leur effort, les vampires restant étaient les plus forts sur les marchés, ils étaient toujours devancés. Ils commencèrent donc à les attaqué par ci par là, les dispersant et prenant d'assaut le marché.
Les vampires, en désespoir de cause, se sédentarisèrent. Ils rejoignirent la « ville sans nom », puis en construisirent des nouvelles. Et avec leur sédentarisation et l'apparition de nouveaux métiers, il revinrent sur le marché plus puissant que jamais.
Si les humains s'étaient peu à peu habitués aux loups, ce n'étaient pas le cas des créatures magiques, qui regrettaient la bonne expertise des vampires ainsi que leur talent à trouver ce qu'il y avait de meilleur. Ils accueillirent donc les vampires à bras ouvert.
Les loups, une fois de plus jaloux, de la place des vampires, s'unifièrent pour les exterminer. Ils ne s'attendaient pas à se retrouver devant une telle puissance et furent facilement vaincu lors de la première « invasion ».
Ils se préparèrent donc pendant des années à la seconde invasion. Ils mordirent et transformèrent des humains en loups garous augmentant leurs effectifs de manière radicale. Cependant la guerre dura bien plus longtemps que prévu. Elle dura 100 ans. Et si au départ chacun connaissait la raison de cette bataille, ce ne fur pas le cas dans les années qui suivirent. Les loups des premiers champs de bataille vieillirent et laissèrent la place à des plus jeunes et ainsi de suite. Si bien qu'à la fin, plus aucun ne savait pourquoi ils se battaient contre les vampires. Certains pensaient même que les vampires les avaient attaqués en premier. Plein de rumeur naissaient parmi les combattants loups, mais aucune n'était la réalité.
Voilà,
Si vous avez d'autres questions n'hésiter pas à les poser. J'essaierai de vous donner des réponses courte et claire )
A bientôt
Lilouplume
