Chapitre 3 : Le capitaine

Une douce lumière m'éclaire mais ce n'est pas le soleil. Ou suis-je ? Morte peut-être ? Au paradis ? Mes membres sont engourdis. Quand mes yeux sont enfin ouverts complètement, je distingue un plafond avec un soleil étrange. Il a l'air si près... Je tends avec difficulté mon bras vers cette lumière où je me brûle. "A-ï-e" ! Mon bras retombe comme une enclume et je commence à me redresser, très difficilement, sur un lit qui n'est pas le mien.

Je suis dans une petite pièce avec des murs blancs. Elle est meublée avec le matelas sur lequel je suis assise, une petite bibliothèque, un bureau avec plein d'ustensiles inconnus et un second bureau avec de nombreux livres ouverts dessus. C'est un peu le bazar mais la pièce est apaisante et je sens une bonne odeur de nourriture venant de derrière la seule porte en bois clair. Je vais toujours où il y a de la nourriture ! Mais cette fois, mon corps ne veut pas, j'ai l'impression de peser 10 tonnes ! Comment ai-je réussi à lever mon bras tout à l'heure sans remarquer la douleur ?! Je pose mes pieds à terre, c'est froiiid ! Allez, à la une à la deux et..! La porte s'ouvre au même moment où j'arrive à me mettre debout et à retomber aussitôt comme une crêpe, par terre, sur le ventre.

"Eh bien eh bien. En voilà une belle larve."

Cette voix ! Ça y est je me souviens ! J'essaye d'articuler malgré ma joue scotchée au sol :

"Rends-moi ma bague !

- Tu ne perds pas le nord, c'est déjà bien ! Ne t'inquiète pas, elle est dans sa boîte sur mon bureau."

Dit-il en venant vers moi pour me soulever comme une plume. J'aperçois effectivement la boîte.

"Lâche-moi !

- À tes ordres Princesse..."

Il me lâche brusquement sur le lit et me regarde un moment alors que j'essaie de me remettre dans une position confortable. Je fronce les sourcils en remontant ma lèvre supérieure pour dévoiler mes dents.

"Que fais-tu ?

- Je te montre que je n'ai pas peur !

- Ah. Cela fonctionne peut-être dans ta jungle avec les animaux mais pas ici avec les hommes tu sais… Depuis combien de temps vis-tu sur cette île ?

- Où sommes-nous ?

- Tu vivais seule ?

- Je veux partir !

- Je ne t'en empêche pas." Dit-il en se poussant légèrement pour me laisser le passage jusqu'à la porte.

À ces mots, je réitère ma tentative. Premièrement, s'asseoir. Deuxièmement, poser les pieds à terre. Troisièmement on pousse sur ses jambes et...! L'homme me rattrape d'une main par la taille pour me faire rasseoir avant de me dire en souriant "Tu veux réessayer ? Je ne te rattrape plus cette fois." Je grogne et mon ventre en fait de même.

" Tu as faim ?

- ...

- Ton ventre a répondu à ta place de toute façon. Ne bouge pas d'ici." Me fit-il en appuyant ses dires, avec un geste du doigt pointant mon lit. Il franchit la porte.

Il faut savoir quelque chose avec moi c'est que, je n'obéis qu'à moi. Je me replace au bord du lit et me pousse plus légèrement que les deux autres fois. J'ai réussi ! Je suis debout ! Maintenant, je dois simplement marcher. Un petit pas à la fois je peux y arriver... « Aïïïe...! » … Ou pas. De nouveau, je viens embrasser le sol quand la porte s'ouvre. Je vois deux grandes chaussures marron devant mon nez.

"Tu as encore essayé ? demande l'homme.

- Non... J'aime bien être par terre." Il soupire et pose sur mon lit, un plateau qu'il tient dans les mains.

Il me rassied sur le matelas une troisième fois.

"Je vais finir par t'attacher si tu continues" je ne l'écoute plus, l'odeur de la nourriture sur le plateau m'hypnotise, j'ai tellement faim... Il me voit saliver et me dit en me regardant "Tu dois penser pouvoir manger toute seule. Vas-y.". Mes bras ne répondent toujours pas ...

"Si tu n'y arrives pas, tu peux toujours me demander de l'aide tu sais.

- Non.

- Ok."

Mon ventre gargouille si fort dans ce silence que je sens mes joues s'enflammer. J'ai vraiment trop faim mais ma fierté m'empêche de lui demander de l'aide, surtout à lui !

"Tu sais, ça doit faire 3 jours que tu n'as pas mangé, tu vas sûrement mettre 4-5 jours avant de pouvoir à nouveau bouger les bras donc tu peux compter environ 8-9 jours sans manger et là tu auras envie de… ah non attend, tu seras sûrement morte affamée et déshydratée." Me souffle-t-il en s'asseyant à côté du plateau, avec son sourire sadique.

"Non ! Je ne veux pas mourir comme ça !

- Tu n'as qu'une chose à dire et je t'aiderai… Alors ?

- Non."

L'homme ouvre le couvercle qui tient le plat principal au chaud. Je découvre une énorme pièce de viande cuite avec quelques légumes autour. Mes yeux louchent. Un rêve ? Il sourit de plus belle en constatant ma réaction. Je détourne la tête et il coupe un morceau. La viande est saignante à l'intérieur, la cuisson me paraît parfaite ! Ça a l'air si bon... Il relève les yeux et pose les couverts en me regardant. Pendant un instant, nous nous fixons puis je tourne la tête de l'autre côté et décide de l'ignorer. Pourquoi est-ce qu'il m'est tellement difficile de lui demander de l'aide ?

« Bon eh bien, je m'en vais. Tu devrais te dépêcher avant que ce soit froid. Les légumes de Bino, notre cuisinier, fondent en bouche et la viande est tellement tendre que même un végétarien en demanderait. Mais bon, je te laisse manger seule. À plus tard. »

Il se dirige vers la porte et mon ventre cri pour moi. Je craque :

« Attends ! 'Homme' revient !

- 'Homme' ? répéte-t-il en souriant.

- Je...

- Oui ?

- Est ce que tu peux...

- Je peux quoi ?

- ... m'aider...

- À quoi ?

- Aah ! Ça suffit, tu le sais très bien !

- Bon si tu n'as plus rien à me dire, j'y vais.

- À manger ! Est-ce que tu peux m'aider à manger ?!

- Ce n'est pas demandé très gentillement tout ça.

- Comment veux-tu que je te le demande ?!

- Tu ne connais pas les règles de politesse ? On dit 's'il te plaît' quand on demande quelque chose.

- S'il te plaît.

- Voilà qui est mieux, sourit-il. "

Il vient s'asseoir à côté de moi et prend le plateau sur les genoux pour me donner à manger.

"C'est humiliant mais tellement bon !" dis-je en prenant soin de ne pas croiser son regard.

"Tout d'abord, on ne parle pas la bouche pleine. Ensuite, deuxième règle de politesse, quand on reçoit quelque chose on dit merci.

- Hmm... Merci.

- Pas la bouche pleine, souffle-t-il. Hier, tu t'es fait mordre par un petit serpent bleu foncé quand on était dans ta cabane. Vu la force du poison tu ne pourras pas bouger pendant plusieurs jours alors tu devras subir cette "humiliation" pendant cette durée.

- Alors le serpent de nuit m'a mordue… Je comprends mieux...

- Un serpent de nuit ? Je n'ai trouvé aucune information sur eux dans tous mes livres.

- [Alors c'est pour ça que plein de livres sont étalés partout ? Il cherchait des informations pour me sauver ? …. Impossible !] Ils sont redoutables. Dans la jungle, j'ai vu beaucoup de bêtes se faire mordre. En une morsure, elles perdent l'usage de leur sens et deviennent folles, elles hurlent et commencent à suffoquer avant de mourir ! Comment se fait-il que je ne sois pas morte ?

- Je t'ai soignée.

- Comment ?

- Je te l'ai dit, je suis médecin.

- Mais le venin s'infiltre dans les tissus musculaires et il est impossible de s'en débarrasser normalement…

- Je suis un médecin un peu particulier.

- Ah bon ? C'est grâce à ta magie ?

- Ma magie ?

- Tes sphères bleues …"

Il ignore totalement ma question et continue de me nourrir en silence pendant un moment avant de me demander :

"Si tu réponds à mes questions, je répondrais aux tiennes. Ça te va ?

- Essaie et tu verras.

- D'accord. Tout d'abord, comment t'appelles-tu ?

- Niyal.

- Enchanté. Je suis Trafalgar D Water Law.

- Enchantée aussi... J'imagine.

- ... Comment es-tu arrivée sur cette île ? Est-ce que tu vivais seule ?

- Oui, je me suis réveillée seule sur cette plage il y a 12 ans avec pour unique souvenir, mon bateau qui se faisait attaquer.

- Par qui ?

- Je ne sais pas, je ne sais même pas s'il y avait quelqu'un avec moi ou si je voyageais seule.

- Je vois. Où as-tu eu cette bague ?

- Cette bague est à moi. Quand je me suis échouée sur l'île, je l'avais au cou, accrochée à une chaine. » Tout en m'écoutant, il prend une sorte de petit pot et retire un papier posé sur le dessus. Une substance marron avec une odeur particulièrement agréable se trouve à l'intérieur. Je le regarde ébahie et méfiante car je n'ai aucune idée de ce qu'il fait. Un long silence règne quand il voit mon expression.

« Tu sais ce que c'est ?

- … Non.

- C'est bien ce qu'il me semblait, ça m'étonnait qu'il y ait des yaourts dans la jungle haha. C'est fait avec du lait d'animaux et … d'autres choses, je ne vais pas te faire un cours de cuisine, ce n'est pas mon fort. Celui-là est au chocolat, goûte.

- Au chocolat ? » Il me donne une cuillerée. Ce goût ! Si délicieux !

« Redonne m'en ! » Le yaourt est fini en quelques secondes.

« Fais-moi goûter d'autres aliments comme ça !

- Tu as assez mangé pour ce soir, tu as eu un repas équilibré juste comme il fallait pour une convalescente. Je vais ramener le plateau mais nous n'avons pas fini de parler alors ne fais pas de bêtises, je reviens. » Dit-il en passant la porte avec le plateau vide.

De toute façon, l'idée de réitérer ma tentative de fuite une quatrième fois me fatigue d'avance et mon nez commence à en avoir marre de rencontrer le sol… Finalement, je ne sais toujours pas où je suis. Quand il reviendra, ce sera à mon tour de poser les questions ! J'espère qu'il va revenir vite parce que je suis fatiguée. J'observe la boite sur le bureau et m'assoupit après ce bon repas.

« Aller. Il est l'heure de se réveiller, je dois changer tes bandages. » Mes yeux s'ouvrent à peine qu'un flash me force à les refermer.

« Aah ! Enlève ce soleil au-dessus de nous !

- Ce soleil ?

- La lumière là !

- Ah ! Ce sont des ampoules, ça fonctionne avec de l'électricité.

- De l'électricité ? C'est encore de la magie ?!

- Non, c'est….. si en fait. Considère ça comme de la magie, ce sera plus simple pour l'instant. Tu peux allumer ou éteindre, en appuyant sur un interrupteur comme celui-là. Il y en a dans toutes les pièces ici.

- Tu ne m'as toujours pas dit où nous sommes ?

- Sur mon navire.

- TON navire ?

- Oui je suis le capitaine ici. Mes hommes et moi sommes des pirates.

- Des pirates ? Et que cherchez-vous sur mon île ?

- Des trésors.

- Eh bien il n'y en a pas ici !

- De toute façon nous avons déjà quitté ton île avant-hier. Tu n'as pas remarqué le va et vient que fait le bateau ?

- Quoi ?! Mais ! Je ne veux pas quitter mon île !

- Trop tard.

- Ramène-moi sur terre ! »

Maintenant que j'ai conscience des mouvements que fait le navire, je sens mon cœur se soulever.

« Je ne me sens pas très b-

- Oh là doucement ! » Il s'en va chercher une bassine vide et un verre d'eau.

« Tiens, bois ça, il y a un médicament dedans. Si tu as encore envie de vomir tu prends la bassine.

- Quel médica-bh-

- C'est pour guérir le mal de mer. » Je me dépêche de boire le verre pour que ce sentiment horrible s'arrête au plus vite.

« Aller, reste tranquille, je vais changer tes bandages. » Il relève la manche du tee-shirt que je porte et je remarque :

« Ce ne sont pas mes vêtements ?

- Ce sont les miens. Pour l'instant, nous n'avons pas le choix, nous n'avons pas de femmes à bord alors …

- Où sont mes peaux de bêtes ?

- Jetées.

- Quoi ? Mais pourquoi ?

- Elles étaient déchirées de partout. »

Le tee-shirt est trop large pour moi et le pantalon me couvre complètement les pieds. Je touche les habits, teste leur résistance en les tirants -aussi fort que je le peux malgré mon état- de tous les côtés, puis renifle :

« Ceux-là sentent terriblement bon…

- …

- Ca sent trop bon vraiment ! Trafalgar, sens ! dis-je en gigotant alors qu'il essaye tant bien que mal de défaire les bandes à mes bras.

- Appelle-moi capitaine. Et arrête de bouger !

- Mais sens !

- Ce sont mes vêtements donc mon odeur. Je sais ce que ça sent.

- Ah… »

Gênée, je me tiens enfin tranquille. Il finit de défaire les bandes à mes bras avant de faire les soins et de m'expliquer :

« J'ai remboité ton bras droit l'autre jour quand tu étais inconsciente donc ça devrait aller et j'ai mis un mélange spécial avec de l'arnica sur ton bras gauche. » il se lève et je l'arrête.

« Justement Trafalgar, je n'aime pas cette mixture, elle me brûle. Je l'enlève.

- Si tu y touches...

- Alors quoi ? »

Il me jette un regard qui me glace le sang, tout en arborant un léger sourire sadique.

« Ok, ça va, ça va, j'y toucherai pas !

- Très bien. Et encore une fois, appelle-moi Capitaine. »

Il va s'assoir à son bureau et commence à remplir un cahier. Je me couche et essaye de me concentrer sur quelque chose pour ne pas ressentir les effets de sa crème. Je me focalise alors sur l'odeur des vêtements. Elle est vraiment agréable et m'apaise …

Je me suis encore endormie ? Je suis un peu perdue. Une voix que je reconnais maintenant me fait sursauter :

« Bonjour. Bien dormi ? »

Le capitaine est assis à son bureau. Il se retourne sur sa chaise et porte des lunettes avec un contour noir qui lui donne un air terriblement … attirant, ce qui me surprend et me sort de mon sommeil plus vite que prévu. Mon ventre se réveille lui aussi et se fait entendre.

« Je pense que le médicament que je t'ai donné était un peu fort pour toi étant donné que tu n'en as jamais pris. Tu as dormi pendant presque deux jours, c'est normal que tu aies faim. Je vais chercher un plateau. »

Il pose ses lunettes sur le meuble en partant.

Il revient avec un plateau remplit que je me fais un plaisir de vider. À notre grande surprise à tous les deux, j'arrive à mieux bouger mes bras et mes jambes. Avec difficulté mais j'y arrive ! Il me donne tout de même à manger en m'ordonnant :

« Ne force pas. J'ai extrait la plupart du venin mais tu en as encore dans les muscles et tu risquerais de le faire recirculer en bougeant. Ton organisme a visiblement déjà éliminé une bonne partie du poison. Encore un ou deux jours et le tout sera parti. »

Je me mets à penser à voix haute, sans le vouloir, alors qu'il range les couverts :

« Pourquoi fait-il tout ça ?

- Parce que ta bague m'intrigue.

- Qu- .. Euh … Non ! Tu ne l'auras pas !

- Elle est sur mon bureau, derrière moi et tu peux tout juste bouger, comment espères-tu pouvoir rivaliser ?

- Je … ! Je veux que tu me la rendes et que tu me laisses partir !

- Tu vas devoir nager, la prochaine île est à environ trois semaines d'ici.

- Pourquoi m'as-tu embarqué sur ce rafiot ?!

- Tu voulais peut-être que je te laisse mourir sur cette île ?

- … Non mais-

- Alors ne te plaint pas. Pff. C'est ….simplement pour mes recherches. Je pensais que tu aurais des informations alors je t'ai pris avec nous. C'est un anneau très ancien qui ne court pas les rues. À vrai dire, quand je l'ai vu, une légende m'est revenue en tête.

- Quelle légende ?

- Je ne suis plus sûr exactement alors je préfère ne rien dire.

- Bah tiens !

- C'est pour cette raison que nous nous dirigeons vers l'île de Braham's. Une vieille connaissance pourrait me renseigner.

- Cette bague est tout à fait normale. Je l'avais alors elle a dû appartenir à un de mes proches qui me l'a tout simplement donnée ! Et elle m'appartient !

- Je sais, je sais. Tu as dû me le répéter 20 fois, un vrai perroquet. Je vais ramener le plateau, je reviens. » Il m'éneeeerve !

Je reste seule dans la pièce. Je suis sûre qu'il veut garder ma bague ! Après tout c'est un pirate ! Je dois trouver un moyen de m'enfuir. Je bouge légèrement une jambe puis l'autre. Je pose les pieds par terre et me lance. Je tiens debout mais tangue un peu pendant plusieurs minutes puis m'habitue aux vas et vient du bateau.

Bon, se lever : fait !

Ensuite, marcher… Je fais quelques petits pas dans la chambre pour dégourdir mes jambes qui restent lourdes. Marcher : fait !

Maintenant la troisième étape qui va être la plus dure : s'enfuir d'ici.

J'ouvre la boite et prends la bague pour la fourrer dans ma poche. Je dois trouver une sortie sans me faire prendre mais pas le temps de réfléchir, Trafalgar va revenir d'ici peu !