Cher Harry,

J'espère que tu passes un bon été. Je crois que tes étés ne sont en général pas fameux. Ron a demandé à papa si tu pouvais venir en Egypte avec nous, mais il a dit qu'il y avait juste assez d'argent pour nous payer des billets de Portoloin à tous les huit. Mais j'aurais bien aimé que tu viennes. Tu es moins méchant avec moi que mes frères. Hier, George a mis un scorpion dans mon lit ! Maman lui a hurlé dessus pendant dix minutes. C'était assez drôle, en fait.

Aujourd'hui, on est au marché du village, à quelques coins de rue de la maison de Bill. C'est vraiment joli, il y a plein d'étals, plein de couleurs. Je ne comprends rien à ce que disent les gens, mais c'est amusant. Très dépaysant. Bill connaît quelques mots dans la langue, tout à l'heure il m'a aidée à acheter un morceau de gâteau qui s'appelle basboussa. C'était trop bon ! Ron a essayé d'obtenir la recette pour qu'on puisse la refiler à ceux qui font la cuisine à Poudlard. Ça serait trop bien ! Je suis sûre que tu adorerais.

Tout à l'heure, il y a un monsieur égyptien qui est venu me regarder de près, il avait l'air absolument fasciné par mes cheveux. Papa était avec moi, et le monsieur s'est mis à lui parler super vite, et évidemment on comprenait rien. Finalement Bill est venu traduire quelques mots, et finalement on a appris que le monsieur essayait de m'acheter ! Il offrait à papa dix vaches, quinze moutons et vingt-cinq poules. Une chance, papa a dit non – parce que sinon maman en aurait fait une nouvelle momie – mais Bill était mort de rire. Apparemment, c'est un très bon prix. Plus tard il m'a dit de ne pas m'en faire, lui, des hommes essaient sans cesse de le convaincre de demander leurs filles en mariage. Il a même songé à se teindre les cheveux une fois.

Tu sais, je fais encore des cauchemars, souvent. Bien sûr, mes frères ne m'aident pas – la nuit dernière, Tom s'est transformé en momie et me poursuivait avec ses bandages qui traînaient derrière lui – mais je me demande combien de temps ça va encore durer. Mon père a essayé de m'en parler, mais il ne comprend pas.

Je crois que je ne t'ai jamais officiellement remercié. De m'avoir sauvé la vie et tout. Et je devrais m'excuser aussi, d'avoir causé des problèmes et d'avoir mis ta vie en danger. Et celle de Ron. Il faut que je rajoute ça, sinon il va encore mettre du sable dans mes céréales.

J'ai très hâte de te revoir. Je suis sûre que si tu m'embrasses une seule fois, je n'aurai plus de cauchemars jusqu'à la fin de mes jours. Il faudra essayer.

Bisous,
Ta Ginny

La rouquine soupira. Si elle pouvait écrire à Harry, comme elle aimerait tellement le faire, voilà ce qu'elle mettrait dans sa lettre. Elle leva les yeux juste assez longtemps pour s'assurer que sa mère était toujours dans son champ de vision, à l'étal d'étoffes juste en face puis rebaissa le regard vers ses pieds, qui traçaient des formes dans le sable sous le banc.

Quelques instants plus tard, on lui agrippa le bras, la tirant abruptement de sa rêverie.

— Ginny, tu veux bien m'aider avec un truc s'il te plaît ?

N'ayant pas attendu la réponse de sa cadette, Ron la tirait sans ménagement vers un étal où étaient étendus des dizaines de bijoux. La vendeuse, une vieille dame qui avait l'air d'avoir l'âge d'être la femme du pharaon de la tombe qu'ils avaient visitée avec Bill, les regardait d'un œil suspect. Ginny lui adressa un sourire qu'elle voulait rassurant – ce qu'il n'était pas, vu le froncement de sourcils qu'elle reçut en réponse – et se concentra sur ce que lui disait son frère.

— C'est l'anniversaire d'Hermione en septembre, et papa m'a donné trente-cinq livres égyptiennes pour lui acheter un cadeau. Mais j'hésite entre ces boucles d'oreilles vertes, ce bracelet rose et ce collier bleu.

Ginny regarda son frère en clignant des yeux. Hermione. C'était qui déjà celle-là ? Ah oui, sa meilleure amie qui avait plein de cheveux !

— Tu es une fille, donc tu peux m'aider à choisir.

Elle leva les yeux au ciel devant les clichés de son frère.

— Hermione a les oreilles percées ? demanda Ginny.

Silence.

— J'en sais rien.
— Bon alors si j'étais toi j'éviterais les boucles d'oreilles.

Elle tendit la main vers les deux autres possibilités, pour les approcher d'elle afin de mieux les examiner, mais la vendeuse eut un mouvement brusque vers son balai et elle se ravisa.

— Je connais peu Hermione, dit-elle finalement, mais elle me semble plutôt être une fille qui apprécie plus le bleu que le rose, tu crois pas ?

Ron hocha la tête devant les propos sages de sa sœur, et celle-ci put retourner sur son banc, l'observant de loin baragouiner avec la vendeuse.

Un jour, elle aussi achèterait des cadeaux d'anniversaire pour Harry.