DISCLAIMER : Tous les personnages et l'univers de Harry Potter appartiennent à JK Rowling. Les dialogues de la série Queer as Folk appartiennent à Ron Cowen et Daniel Lipman.
Rating : M
Genre : romance / slash / Yaoi
Merci à tous pour vos reviews et votre enthousiasme dès les premiers chapitres ! J'espère que la suite vous plaira autant.
Comme j'ai pas mal d'avance, je publie à nouveau deux chapitres.
Bonne lecture !
Chapitre 3 – Ne s'aimer que la nuit
« On pourrait faire l'amour
mais l'amour, c'est fait de quoi ? »
(Emmanuel Moire)
31 juillet 2014 – Hôtel St Regis, New York
Harry s'arrêta à la porte de l'Astor Court, le restaurant du St Regis, pour le petit-déjeuner. Il aperçut Hermione, assise à une table près de la fenêtre, sirotant un café en lisant le journal. Il traversa la salle en contournant les sièges en velours gris et parme.
-Bonjour Hermione, dit-il en s'asseyant devant elle.
- Harry ? s'étonna-t-elle en reposant le journal. Je ne m'attendais pas à te voir avant midi !
- Je suis rentré tôt. Tu as passé une bonne soirée ?
- Excellente !
- Laisse-moi deviner, dit-il en se servant du café. Un bain parfumé, un peignoir moelleux, le room service et une comédie romantique à la télé ?
- Comment le sais-tu ?
Elle le regardait avec un étonnement mêlé de gêne. Harry posa sa main sur la sienne en souriant.
-Hermione, je te connais depuis longtemps. Tu n'es pas le genre de fille qui couche avec quelqu'un qu'elle a rencontré une heure auparavant.
- Il n'aurait pas été contre pourtant…
- Je m'en doute. Il t'intéresse ?
- Pas vraiment. Sa conversation est assez… limitée.
Harry rit de bon cœur.
-Un autre Viktor Krum ?
- On peut dire ça.
- A quoi rimait cette comédie alors ?
- Rien, dit-elle en haussant les épaules. Je voulais juste clouer le bec à ce serpentard de malheur.
- Tu as réussi ! Le pauvre semblait tout déconfit !
- Le pauvre ? Tu as entendu comment il a parlé de moi ?
- Oh oui… qu'a-t-il dit déjà ? Ah, oui : une bombe atomique.
Hermione croisa les bras sur sa poitrine en soufflant de mécontentement.
-Je ne parle pas de ça.
- Hermione… c'est toi qui voulait changer. Tu voulais qu'on te voie autrement… eh bien, manifestement Zabini te voit autrement…
- Ouais… il voit ce qui l'intéresse : mes seins et mes fesses.
- A ce que je sais, tu n'as fait que te couper les cheveux et refaire ta garde-robe. Tes seins et tes fesses étaient déjà là à Poudlard. Cachés sous ton uniforme…
- Je rêve ou tu soutiens ce connard ?
- Je ne le soutiens pas ! Je te dis seulement qu'il était très embarrassé de ce qu'il a dit… Quant à le traiter de connard, je crois me souvenir que tu en pinçais pour lui autrefois…
La jeune femme rougit et inspira avec exaspération.
-Assez parlé de moi. Et toi ?
- Rien de spécial.
- Ah non ? Je t'ai vu parler avec Malefoy. Qu'est-ce qu'il faisait là ?
- Il est membre du club apparemment.
- Hm, fit Hermione d'un air appréciateur. Si c'est le cas, il doit avoir drôlement bien réussi. Ce club est très cher et très sélectif.
- Oui, sûrement.
- Mais cela n'explique toujours pas sa présence. C'était une soirée privée, je te rappelle. Peut-être est-il un des sponsors ? Ou l'agent d'un joueur ?
- Je ne sais pas.
- Tu ne sais pas ? Mais de quoi avez-vous parlé alors ?
- Oh, tu sais, dit Harry en faisant un geste vague de la main, Malefoy et moi, on n'a jamais vraiment eu de sujet de discussion.
- Vous vous êtes disputé ? Encore ? Après tout ce temps ?
- Si on veut…
Harry avait le nez plongé dans sa tasse de café, afin d'éviter le regard inquisiteur de son amie. C'était peine perdue.
-Harry ? Tu me caches quelque chose. Que s'est-il passé ? Et n'essaye surtout pas de mentir.
- Oh tu sais qui on m'a présenté ? Scott Duncan, le PDG de…
- Harry !
- Ok, ok, soupira-t-il en levant les mains.
Vaincu, il inspira profondément et se lança.
-On s'est engueulé, c'est vrai. Puis on a dansé. On est allé dans les toilettes. On s'est embrassé. Ilmasucépuisjesuisrentré.
- IL T'A QUOI ?
Son exclamation fit se tourner quelques têtes dans leur direction.
-Chuuut ! s'énerva Harry, mécontent d'être le centre de l'attention.
- Malefoy t'a… il t'a fait une… fellation ? murmura-t-elle.
- Ouais… et putain de bordel de merde, ça en valait la peine.
Dire qu'Hermione était choquée était un euphémisme.
-Ben ça alors… Malefoy et toi.
- Il n'y a pas de « Malefoy et moi ». Il m'a taillé une pipe, point barre.
- Comment, par Merlin, ton sexe s'est-il retrouvé dans sa bouche ?
Harry, qui était déjà bien rouge, sentit ses joues s'échauffer encore davantage.
-Je ne sais pas. Un moment on dansait, l'instant d'après il m'embrassait et puis, une chose en entraînant une autre… enfin, tu vois, quoi…
- Pas vraiment. Mais ce n'est pas le plus important. Que s'est-il passé ensuite ?
- Rien.
Hermione roula des yeux.
-Comment ça « rien » ?
- Le temps que je… me remette, il était parti.
Ce n'était pas tout à fait la vérité. Draco n'était pas parti tout de suite. Il s'était relevé et il l'avait embrassé. Pas d'un baiser impérieux et agressif comme au début. Un baiser si doux et si tendre qu'Harry avait cru l'avoir rêvé. Mais quand il avait senti sur sa langue, le goût salé de sa propre essence, il avait su que ce baiser avait été bien réel.
Et ce fut cela, plus que tout le reste, qui le perturba le plus. Ça et le sourire que Malefoy lui avait offert juste avant de sortir de la cabine.
-Harry ? Harry ?
Il reprit ses esprits alors qu'Hermione était en train de claquer des doigts devant son visage.
-Ça va ?
- Je… oui. Je suis encore un peu fatigué par le décalage horaire.
- Que vas-tu faire ?
- Je vais sans doute faire une sieste avant la réunion. J'ai…
- Je ne parle pas de ça. Je parle de Malefoy.
- Que veux-tu que je fasse ?
- Vous allez vous revoir ?
Ce fut au tour de Harry de soupirer.
-Hermione… on n'a pas échangé un seul mot ou presque ! Je ne sais ni où il habite, ni ce qu'il fait et je n'ai nullement l'intention de chercher. On ne va pas se revoir ! C'était juste un coup comme ça !
- Un coup qui en valait la peine apparemment…
- Oui, bon… j'admets que par sa faute, le sexe oral aura moins d'intérêt à partir de maintenant. Mais ce n'est pas une raison pour le demander en mariage !
- Oh Harry, tu exagères toujours… mais sois honnête avec moi : tu aurais envie de le revoir ?
Il ferma les yeux. Cette question l'avait tenu éveillé une bonne partie de la nuit.
-Non. Malefoy ne m'a jamais attiré que des ennuis et il n'y a pas de raison que ça change.
- Peut-être que…
- Non Hermione. J'ai dit non. Maintenant, si tu veux bien m'excuser, j'ai encore des choses à faire avant la réunion.
- Harry !
Mais il s'était déjà levé et traversait la salle pour remonter dans sa chambre.
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31 juillet 2014 – Restaurant Le Bernardin, New York
-Bonjour Messieurs, vous avez une réservation ?
- Monsieur Malefoy nous attend.
- Ah oui. Bien, suivez-moi.
Le serveur prit deux menus sur un présentoir et guida Blaise et Théo au fond de la salle, vers une table un peu à l'écart où Draco était déjà assis, dégustant un verre de vin. Il se leva à l'arrivée de ses amis.
-Le meilleur restaurant de fruits de mer de Manhattan, dit Théo en prenant place. Tu as décidé de nous en mettre plein la vue ?
- Même pas, répondit Blaise. C'est un peu comme sa cantine ici.
- Je n'ose même pas imaginer combien tu gagnes par an pour te payer ça tous les jours ou presque.
- Je vis peut-être aux Etats-Unis depuis quinze ans, répliqua Draco mais je n'en reste pas moins anglais. Je répugne donc à parler d'argent.
- Heureusement que tu ne répugnes pas à parler de sexe, sinon tu serais ennuyeux à mourir, commenta Blaise.
Draco se mit à rire, ravalant une réplique bien sentie car le serveur était de retour pour prendre leur commande.
-Des coquilles Saint-Jacques au beurre brun en entrée, et un filet de bar aux poireaux braisés en plat, commanda Draco.
- Souhaitez-vous une salade en accompagnement ?
- Oui. Un mesclun avec le vinaigre balsamique à part.
- Bien Monsieur.
Le serveur se tourna vers Blaise qui commanda un carpaccio de thon albacore au chutney de salicornes et une sole en croûte de riz, pistaches et amandes. Théo choisit quant à lui une truite fumée avec une émulsion miso-citron, et un homard grillé aux noisettes.
-Avez-vous choisi le vin? demanda encore le serveur.
- Laissez Erich choisir. Je lui fais confiance, dit Draco.
- Parfait Monsieur.
Le serveur reprit les menus et s'éloigna.
-Erich ? questionna Théo.
- Le sommelier. Un homme d'un goût remarquable, répondit Draco d'un air entendu.
- Laisse-moi deviner, dit Blaise. Tu te l'es fait ?
Draco ne répondit pas mais son sourire lubrique parlait pour lui.
-Venons-en aux choses sérieuses, dit Théo, non sans une certaine fébrilité. Qu'es-tu allé faire aux toilettes avec Potter hier soir ? Et ne nie pas, on t'a vu tous les deux.
- Je ne nie pas. A votre avis ? Que peut-on bien faire dans des toilettes ?
- Moi personnellement, commença Blaise avec nonchalance, quand j'y vais, je baisse ma braguette, je sors Gatsby le Magnifique, je pisse, je remballe Gatsby le Magnifique, je me lave les mains et je m'en vais.
- Pauvre Gatsby, soupira Draco. Une telle magnificence et si peu de perspectives…
- Gatsby n'a pas l'habitude de se vautrer n'importe où.
- Raison pour laquelle toi tu es Gatsby et moi Alexandre le Grand. Gatsby se contentait d'organiser des parties décadentes dans sa villa tandis qu'Alexandre conquérait le monde…
Théo éclata de rire.
-Vous êtes cinglés tous les deux ! Il n'y en a pas un pour rattraper l'autre ! Mais ne noie pas le poisson, Malefoy. Potter. Toi. Les toilettes. Développe.
- Disons que Potter a passé un bon moment… un très très bon moment.
- Vous avez couché ensemble ? demanda Blaise.
- Non... Je l'ai seulement laissé profiter des talents de ma bouche et de ma langue.
- Et toi de la sienne, ajouta Théo.
- A vrai dire…non.
Blaise haussa un sourcil étonné.
-Tu lui as fourbi le candélabre… sans contrepartie ?
- Faut croire…
- Ça ne te ressemble pas. Depuis quand donnes-tu du plaisir à l'œil ?
- Depuis quand te préoccupes-tu de la manière dont je contente mon cul ? répliqua Draco avec plus d'agressivité qu'il ne l'aurait voulu.
Les trois hommes restèrent silencieux quelques instants, avant que Blaise ne poursuive.
-Tu es mon meilleur ami Draco. Ça fait des années que tu m'abreuves de tous les détails les plus crus de tes innombrables conquêtes, dans le but sans doute de me choquer. Ça fonctionnait peut-être au début mais plus maintenant. Alors, oui, je connais la manière dont tu contentes ton cul et ce n'est pas comme ça.
- Blaise… garde ta psychologie à deux noises. Qui te dit que je n'attends rien en échange ? Les contreparties ne sont pas toujours immédiates.
- Alors c'est encore pire que je ne pensais, dit Blaise avec un rictus. Ça veut dire que tu veux le revoir.
Draco haussa les épaules, tournant la tête vers la fenêtre.
-Et alors ? Ce serait un problème ?
- Pour nous non, dit Théo. C'est toi qui crie à qui veut l'entendre que tu ne couches jamais deux fois avec le même.
- On n'a pas couché ensemble. Ça ne compte pas.
- Si tu le dis, soupira Blaise. Et sinon… tu lui donnerais quel petit nom à la tige de Potter ?
Draco réfléchit quelques instants avant que ses lèvres ne s'étirent en une sourire satisfait.
-Attila… Ouais, Attila le Hun.
Il se délectait encore de l'expression stupéfaite de Blaise et Théo alors que le serveur déposait leurs plats devant eux.
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31 juillet 2014 – Park Avenue, New York
Le 466 Park Avenue était une immense tour de verre comme il y en avait des centaines à Manhattan.
Harry paya le taxi, laissant un généreux pourboire, et suivit Hermione à l'intérieur de l'immeuble.
-C'est à quel étage ?
- 43ème dit Hermione en pointant du doigt un nom sur un large morceau de plexiglas.
Comme pour tout bureau ou commerce sorcier établi parmi les moldus, le cabinet d'avocats M&P Associates était protégé par un sort repousse-moldu : quiconque n'était pas sorcier et voulait se rendre au 43ème étage était aussitôt pris d'une irrépressible envie de faire autre chose, aller boire un café ou encore aller faire des achats chez Bergdorf Goodman.
L'ascenseur les amena à destination en un temps record, sans aucune secousse. Même le léger ting précédant l'ouverture des portes était raffiné et distingué.
Le hall d'accueil l'était tout autant : de la moquette grège au sol, des murs tapissés de tableaux dont Harry doutait qu'il s'agisse de simples reproductions, de confortables fauteuils dans lesquels les clients étaient invités à patienter.
-Bonjour, dit Hermione en s'adressant à l'hôtesse derrière le bureau d'accueil. Harry Potter et Hermione Granger. Nous avons rendez-vous à 16 heures avec Derek Martins.
- Oui, bien sûr. Je l'appelle tout de suite.
A peine quelques secondes plus tard, un jeune homme souriant arriva à leur rencontre.
-Mademoiselle Granger, quel plaisir de mettre enfin un visage sur votre nom. Je suis Derek Martins.
- Enchantée. Laissez-moi vous présenter Harry Potter.
- Monsieur Potter, quel honneur de vous rencontrer ! Tout le monde doit vous le dire sans cesse, mais je vous admire beaucoup. Le Quidditch n'a plus la même saveur sans vous.
- Je vous remercie, dit Harry en lui serrant la main en retour.
- Nous attendons votre avocat ?
- Non, il n'y a que nous.
- Bien, alors suivez-moi.
Ils empruntèrent un long couloir bordé de bureaux entièrement vitrés, derrière lesquels on pouvait voir des avocats s'activer sur des dossiers, leurs ordinateurs ou au téléphone. En fait, rien ne différenciait vraiment ces locaux de bureaux moldus.
Derek Martins les fit entrer dans une grande salle de réunion au milieu de laquelle trônait une large table en acajou. Deux hommes y avaient déjà pris place.
-Je pense que vous connaissez déjà Mike Hogan, le président du club des Finches, dit Derek.
- Ravi de voir revoir Monsieur Hogan, dit Harry.
- Et voici Paul Dale, le principal actionnaire du club.
Un homme d'une cinquantaine d'année, le cheveu rare et la mine sévère, avança la main avec enthousiasme très modéré.
-Monsieur Potter.
Harry savait qu'il était contre le rachat du club mais qu'il avait été contraint de s'incliner, la majorité des autres actionnaires y étant favorable. Il espérait cependant parvenir à le convaincre de ses bonnes intentions.
-Eh bien, je vois que tout le monde est présent, dit alors une voix à l'inimitable accent anglais un peu traînant.
Harry se retourna d'un bond, pour faire face à la prestance personnifiée : costume trois pièces gris foncé manifestement coupé sur mesure, chemise blanche et cravate gris perle assortie à la pochette.
-Ma… Malefoy ? bégaya-t-il lamentablement. Mais que…
- Je suis l'associé principal de ce cabinet et c'est moi qui supervise ce dossier. Tu ne le savais pas ?
- Je… non…
Mécontent d'être ainsi pris au dépourvu, il jeta un regard peu amène vers Hermione. Elle haussa les épaules et roula des yeux, indiquant qu'elle n'en savait pas plus.
-Un problème ?
- Non… absolument pas.
- Bien.
Malefoy se tourna vers l'homme qui était à côté de lui et qu'Harry n'avait pas remarqué immédiatement.
-Permettez-moi de vous présenter Théodore Nott. Monsieur Nott dirige la nouvelle succursale de mon cabinet à Londres. Je lui ai demandé d'être présent pour régler toute question qui se poserait quant à la législation sorcière anglaise. J'espère que personne n'y voit d'inconvénient.
- Il me semblait que ces questions avaient été réglées entre Derek Martins et moi, dit Hermione d'un ton un peu sec.
- Il y a quelques petites choses qui semblent avoir échappé à Derek, répondit Théo d'un ton doucereux.
Hermione pinça les lèvres. Son stratagème n'avait donc pas fonctionné. Malefoy la regarda avec un petit sourire en coin, l'air de dire « bien essayé ».
-Bien, je propose que nous commencions, dit Malefoy en s'asseyant avec une élégance qu'Harry aurait été bien incapable de reproduire même si sa vie en dépendait.
Ils passèrent en revue chaque disposition du contrat. Harry essaya tant bien que mal de rassurer Paul Dale sur ses intentions. Non, il ne comptait pas engager de nouveaux sponsors. Non, il n'était pas question de délocaliser le club à Boston au lieu de Salem. Non, il n'allait pas privilégier les transferts avec les joueurs des clubs anglais. Non, il n'y aurait pas de conflit d'intérêt avec ses autres clubs. Et oui, il était en parfait accord avec les dirigeants du club sur les objectifs à atteindre l'année prochaine.
Harry devait bien reconnaître que Malefoy savait tenir et diriger une réunion. Il avait même, aussi surprenant que cela paraisse, un certain talent de médiateur. En effet, pour plusieurs des objections émises par l'actionnaire, il était intervenu, assurant que les termes du contrat étaient suffisamment clairs et qu'Harry Potter n'était pas connu dans le monde du sport pour être quelqu'un de déloyal.
Cette dernière affirmation surprit Harry qui ne put s'empêcher d'interroger Malefoy du regard. Ce dernier se contenta de lui faire un sourire qui lui fit perdre tous ces moyens.
Par la suite, la discussion devint beaucoup plus technique. On abordait le volet fiscal et social de la convention, chose à laquelle Harry n'entendait absolument rien. Il essaya de suivre la conversation quelques minutes mais renonça rapidement, préférant s'abîmer dans la contemplation de son vis-à-vis. Malefoy jouait avec son stylo, un TS Dupont blanc nacré qu'il s'amusait à faire tourner autour de ses doigts. Des doigts longs et fins dont Harry connaissaient désormais la douceur et l'habileté. Il ferma les yeux pour tenter de chasser les images qui prenaient corps dans sa tête. Il crut y être parvenu mais quand il rouvrit les yeux, il tomba sur la vision de Malefoy suçotant le bout de son stylo avec désinvolture. Harry était hypnotisé par la pointe de langue rose qu'il apercevait à intervalles réguliers.
-N'est-ce pas Monsieur Potter ?
- Qu… Quoi ? sursauta-t-il en entendant la voix de Théodore Nott.
Le rictus moqueur de Malefoy ne lui échappa pas et il se fustigea d'être lamentablement tombé dans son piège.
-Excusez-moi, dit-il en reprenant contenance. Que disiez-vous ?
- Je disais qu'il était difficilement justifiable que le salaire des joueurs soit déclaré en Angleterre alors qu'il est pris en charge par le club. A moins que votre société n'accepte de payer elle-même les joueurs… Après tout, le barème anglais est plus élevé qu'aux Etats-Unis…
- Heu… je… oui, sans doute…
- Non, dit Hermione, catégorique. Ce n'est pas envisageable.
- Alors, il n'y a pas de raison que le bénéfice fiscal en revienne à la société Potter Corp. Vous ne pouvez pas jouer sur les deux tableaux.
Voilà donc une des « petites choses » qu'Hermione avait tenté de dissimuler à Derek Martins mais que Théodore Nott avait découverte. Harry comprit ce qu'elle avait essayé de faire. Diminuer le bénéfice imposable de sa société, et donc les impôts qu'il aurait à payer en Angleterre. Il n'était pas certain d'être d'accord avec cette façon de faire qu'il jugeait malhonnête. De plus, ce n'était pas comme ça qu'il s'attirerait la sympathie de Paul Dale. Or, l'actionnaire était vraiment susceptible de lui mettre des bâtons dans les roues.
-Je comprends, dit-il. Vous avez raison.
- Bien, dit Draco en portant une annotation en marge du contrat. Cette clause-là sera donc modifiée.
- Vous avez également raison à propos du barème, continua Harry. Il n'est pas juste que les Finches soient moins bien payés que les joueurs des autres équipes dont je suis propriétaire…
- Harry, souffla Hermione.
Harry leva la main pour qu'elle le laisse continuer.
-Je suis prêt à revoir cette disposition également et aligner la rémunération des joueurs sur le barème anglais. Dans un an… si les Finches parviennent à se hisser au moins en quart de finale du Super Vif.
Draco eut une moue appréciative. Hogan et Dale se regardèrent, clairement étonnés.
-Cela vous semble-t-il acceptable ? demanda Harry en s'adressant aux gestionnaires du club.
- Eh bien, ma foi… c'est plutôt inattendu, dit Hogan. Paul ?
Paul Dale se frotta le menton pensivement en étudiant Harry avec attention. Celui-ci resta stoïque, attendant que l'homme termine son introspection. Draco lui, était moins patient.
-Monsieur Dale ?
- Je pense qu'il s'agit en effet d'une proposition acceptable.
- Parfait ! se réjouit Draco en frappant la table du plat de la main. Vu le peu de modifications qu'i faire, les nouveaux contrats devraient être prêts d'ici une demi-heure. Cela vous pose-t-il un problème d'attendre ?
Chaque personne présente fit non de la tête.
-Bien. Derek, Théo ? Vous pouvez vous en charger ? Granger, tu veux y jeter un œil ?
- Oui, j'aimerais autant.
- Pas de problème. Tu n'as qu'à les accompagner dans le bureau de Derek.
Draco salua Mike Hogan et Paul Dale.
-Messieurs, voilà une affaire rondement menée. Je vous prie de m'excuser mais j'ai un autre rendez-vous qui m'attend. Je vais demander à ma secrétaire qu'elle vous apporte du café pour patienter.
- Merci Monsieur Malefoy. A bientôt, dit Hogan.
Il se tourna ensuite vers Harry. Avec un petit sourire, il lui tendit la main. La symbolique du geste n'échappa ni à l'un ni à l'autre.
-Potter. Bonne chance avec ton nouveau club.
- Merci Malefoy, dit Harry en serrant la main tendue.
Malefoy rassembla son dossier et sortit de la salle de réunion. Il avait à peine fait trois pas à l'extérieur qu'une voix le rappelait.
-Malefoy ?
Potter se tenait derrière lui.
-Peux-tu m'indiquer les toilettes s'il te plaît ?
Draco eut un sourire en coin.
-Troisième porte à gauche. Tu ne m'en veux pas si je ne t'accompagne pas ? Je suis déjà en retard.
- Ok… Je vais ravaler ma déception et essayer de la tenir tout seul.
- Tu es un grand garçon Potter. Je suis sûr que tu feras ça très bien.
Il fit un signe de la main et s'éloigna dans le couloir. Harry le regarda partir, un peu déçu.
Malgré le fait qu'il s'était persuadé qu'il ne le reverrait plus jamais, que ce qui s'était passé la veille resterait seulement un agréable souvenir, le voir là assis devant lui, à quelques mètres à peine, avait fait surgir en lui un espoir, une envie. L'espoir que tout n'avait pas été dit. L'envie de le retenir encore un peu.
C'est pour cela qu'il l'avait suivi dans le couloir, pour peut-être avoir le courage de lui demander s'il voulait aller prendre un verre avec lui, et parler. De quoi, il n'en avait aucune idée. Peu lui importait.
Mais alors qu'il regardait Draco s'éloigner d'un pas décidé, il dut bien admettre qu'il avait eu tort et que cet espoir était aussi vain qu'idiot. Ce qui s'était passé dans cette cabine de toilettes n'était qu'un non-événement dans la vie de Draco, un instant fugace, sans importance et sans conséquence.
Harry soupira et retourna dans la salle de réunion. Il discuta encore avec Mike Hogan et Paul Dale, satisfait que ce dernier soit revenu à de meilleurs sentiments envers lui. Il avait fait un choix stratégique et c'était le bon.
Après une demi-heure, Derek Martins et Théodore Nott revinrent en compagnie d'Hermione. Les nouveaux contrats furent signés, des poignées de main et des congratulations échangées.
Au moment de partir, Théo tendit la main à Harry.
-J'ai été content de te revoir Potter.
- Moi aussi. Qui sait ? Peut-être à un de ces jours !
- Qui sait ?
Théo avait dit cela en fixant Harry avec intensité, les sourcils légèrement froncés, un peu comme s'il évaluait la probabilité de le revoir effectivement. Il finit par lâcher la main de Harry et celui-ci aurait pu jurer que l'homme semblait amusé.
Sans se questionner davantage, il suivit Hermione hors de la salle de réunion. Alors qu'il passait devant le bureau d'accueil pour rejoindre les ascenseurs, l'hôtesse apostropha Harry.
-Monsieur Potter ! Un message pour vous.
Elle lui tendit un morceau de papier plié en quatre dont Harry se saisit avec un air interrogatif. La fébrilité s'empara de lui alors qu'il lisait les mots tracés sur le papier, d'une écriture fine et élégante, légèrement penchée.
« 508 Central Park West. Code A02179W. 20 heures.
Au cas où tu voudrais achever ce qu'on a commencé ».
Le message n'était pas signé mais Harry n'avait aucun doute sur son origine.
-Harry ? Tout va bien ? demanda Hermione, légèrement inquiète.
- Je… oui… ça va. Ça va très bien.
Ils montèrent dans l'ascenseur. Arrivés sur le trottoir, Hermione héla un taxi dans lequel ils s'engouffrèrent sans attendre.
Tout au long du trajet, Harry avait serré dans sa main le morceau de papier, comme si cela pouvait l'aider à apaiser son débat intérieur. Il voulait y aller. Il le voulait de toutes ses forces. Mais il ne pouvait pas laisser tomber Hermione. Elle avait réservé une table dans le restaurant le plus couru de Manhattan, sans doute des semaines à l'avance, pour son anniversaire. Il ne pouvait pas être égoïste au point de lui dire qu'il avait quelque chose de mieux à faire…
Même si ce quelque chose était baiser Draco Malefoy.
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31 juillet 2014 – Restaurant Per Se, New York
L'endroit était remarquable. Parquet en chêne laqué couleur miel, murs blanc cassé, mobilier classique décliné dans un camaïeu de brun, beige et gris, une décoration moderne et sobre, un éclairage doux, tout au Per Se invitait au calme et à la détente.
Harry et Hermione y étaient attablés depuis près de deux heures. Hermione avait commandé les fameuses langoustines au beurre poché qui faisaient la réputation de l'établissement. Harry, plus carnivore, avait préféré le filet de porc Kurobuta caramélisé et son velouté de truffes blanches.
Ils dégustaient maintenant un gâteau au chocolat mi-cuit accompagné d'une crème anglaise parfumée à la bergamote et aux écorces d'orange.
-Je crois que je peux mourir maintenant, dit Hermione. Je n'ai jamais rien mangé d'aussi bon.
- Moi non plus, convint Harry. Ce gâteau est une vraie tuerie !
Ils terminèrent leur dessert dans un silence confortable.
-Merci Hermione, dit Harry après avoir ramassé la dernière miette de son gâteau. Cette soirée était parfaite.
- Pas de quoi. Je me suis fait plaisir aussi.
- Tu veux autre chose ?
- Par Merlin, je suis incapable d'avaler quoi que ce soit de plus !
Harry rigola de bon cœur. Lui aussi était complètement repu.
-Harry, dit soudain Hermione avec un air mortellement sérieux. Tout à l'heure, j'ai eu l'occasion de discuter avec Théodore Nott… Il m'a fait forte impression.
- Pourquoi ? Parce qu'il a découvert ton stratagème ?
- Oui, déjà... Sincèrement, il semble vraiment doué.
- Pourquoi me dis-tu ça ?
- Parce que je pense que tu devrais l'engager comme avocat de l'entreprise. A la place de Dean…
- Quoi ? Tu n'y penses pas ! Dean est mon ami depuis presque autant de temps que toi. Il a toujours été…
- Loyal ? Fidèle ? Je ne sais pas… je ne suis pas sûr qu'il prenne toujours les bonnes décisions te concernant.
- Parce que toi oui ? jeta-t-il sèchement. Ton pseudo tour de passe-passe dans le contrat aurait pu me griller définitivement avec Paul Dale, et compromettre tous les soutiens que j'étais parvenu à obtenir !
Hermione recula sur sa chaise, frappée par les mots de son ami.
-J'avais seulement à cœur les intérêts de l'entreprise. Tes intérêts, répondit-elle, pincée.
- Au détriment de ma crédibilité ! Acheter un club, ce n'est pas acheter un jouet ! Les joueurs, les actionnaires, les sponsors… ils doivent tous me faire confiance car leur avenir dépend de moi, désormais. Comment peuvent-ils faire confiance à quelqu'un qui essaye de tricher ? Je suis beaucoup de choses mais pas un tricheur !
- Je suis désolée…
Harry soupira en se passant la main dans les cheveux.
-C'est bon… c'est réglé. Je ne t'en veux pas, dit-il. Mais juste… à l'avenir, ne fais plus rien de tel sans m'en parler avant, ok ?
La jeune femme hocha la tête lentement. Harry lui prit la main et embrassa ses doigts.
-Je te fais toujours autant confiance Hermione, n'en doute jamais. Sans toi, je n'en serais jamais arrivé là. J'ai besoin de toi. Allez, j'ai dit ce que j'avais à dire, on n'en parle plus ! Hors de question de gâcher cette magnifique soirée !
- Si tu me fais confiance, promets-moi de réfléchir à ce que je viens de te dire.
- Tu crois vraiment que Dean me ferait un sale coup ?
- Volontairement, jamais. Mais je ne peux pas m'empêcher de repenser à ton divorce… à ce qu'il est parvenu à te faire accepter au seul bénéfice de Ginny.
- C'était le prix à payer pour qu'elle ne divulgue pas mon homosexualité.
- Ce que tu as fini par faire toi-même un peu plus tard… Il aurait dû te conseiller de dire la vérité immédiatement. Ginny n'aurait plus eu aucun moyen de pression sur toi !
Harry haussa les épaules.
-Ce n'était que des possessions matérielles… qui ne me manquent absolument pas.
- Promets-moi d'y réfléchir.
- Je ne sais pas… Engager Théodore Nott revient à confier l'entreprise au cabinet de Malefoy.
- Ce qui ne serait pas une mauvaise chose. Nott est spécialisé en droit des affaires, Malefoy en droit des brevets et de la propriété intellectuelle. Ça pourrait être utile lorsque le Cobra sera développé…
- Le Cobra n'en est même pas au stade du prototype ! C'est tout juste un graffiti sur une feuille de papier !
- Peu importe ! C'est maintenant qu'il faut réfléchir à le breveter !
Harry regarda Hermione et lui fit un sourire en coin.
-Tu ne savais vraiment rien ?
- A propos de quoi ?
- De Malefoy… de son cabinet… M&P Associates…
- Je te jure que non. Mon seul contact a été Derek Martins.
- Et le P, c'est qui ?
- Pansy Parkinson.
- Merveilleux ! Une fouine et un pékinois ! Quelle grandiose association ! Elle ne l'aura jamais lâché…
- En effet. A défaut d'avoir pu l'épouser, elle en a fait son associé.
Parler de Malefoy n'était pas une bonne idée. Il n'avait pas cessé d'y penser de toute la soirée. Discrètement, il consulta sa montre. 21h20.
-Harry ?
- Hm ?
- Tu es sûr que ça va ?
- Oui, pourquoi ?
- C'est la cinquième fois que tu regardes ta montre ce soir.
- Quoi ? Désolé… un réflexe…
- Tes enfants n'ont pas appelé, c'est ça ?
Le ventre de Harry se tordit douloureusement.
-Non. Mais ce n'est pas grave. Je m'en doutais… James aura oublié et même si Albus a voulu me joindre, cet enfoiré anti-moldu de Fulbert aura refusé de lui laisser utiliser un téléphone portable.
- Filibert est un connard mais la vraie responsable, c'est Ginny.
- Je sais… mais bon. C'est pas comme si je n'en avais pas l'habitude.
Hermione se tut et considéra son ami avec attention.
-Si ce n'est pas tes enfants le problème, c'est quoi alors ?
- Rien ! Je t'assure !
- Harry… je te connais comme si je t'avais fait. Tu es nerveux, tout à coup.
- Nerveux ? Pas du tout ! Ou vas-tu chercher ça ?
- Je ne sais pas… en fait, c'est depuis qu'on a parlé de Malefoy que tu t'agites. Le message que tu as reçu à la sortie du cabinet, c'est de lui, n'est-ce-pas ?
Harry grogna quelque chose d'incompréhensible.
-Harry… insista Hermione. Que dit-il ?
- Il… il me donnait rendez-vous chez lui ce soir. A 20 heures, lâcha-t-il.
- Oh. Tu avais envie d'y aller ?
- Hermione… rien, tu m'entends, rien n'aurait pu me faire rater cette soirée d'anniversaire avec toi. Et certainement pas Draco Malefoy.
- Ce n'est pas ce que je te demande. Est-ce que tu as envie d'y aller ?
Il soupira lourdement en baissant la tête.
-Par Merlin, je n'ai jamais eu autant envie de quelque chose de toute ma vie, souffla-t-il.
- Alors qu'attends-tu ?
- Mais…
- Harry… nous avons fini de dîner et de toute façon, je ne comptais pas rentrer trop tard.
- Quoi ? Moi qui croyais que nous allions écumer les bars, les boîtes de nuit et tous les endroits décadents de cette ville dans une folle nuit de débauche ! Quelle déception, soupira-t-il avec emphase.
- Désolée, rit Hermione. Ceci dit, il semble que tu l'auras finalement, ta folle nuit de débauche.
Le regard de Harry se troubla légèrement.
-Sérieusement Hermione… je ne compte pas y aller.
- Mais tu viens de dire que tu en crevais d'envie !
- C'est vrai. Mais je n'irai pas.
- Pourquoi ?
- Parce que c'est Malefoy. ! Il est fourbe, manipulateur et…
- Depuis quand as-tu peur de lui ? coupa la jeune femme.
- Peur ? Je n'ai pas peur !
- Alors fonce ! Qu'est-ce que tu as à perdre ? Après ce qui s'est passé hier, je ne pense pas que Malefoy t'ai demandé de venir pour se moquer de toi.
- Je ne sais pas… Avec lui, je m'attends à tout.
- Ah oui ? Même à ce qu'il te fasse voir des étoiles dans une cabine de toilettes ?
Harry ne put s'empêcher de rire.
-Non… non. J'admets que ça, je n'y attendais pas.
- Vas-y, dit Hermione résolument. Sinon tu le regretteras.
Ces derniers mots achevèrent de convaincre Harry. Il se leva et embrassa son amie sur la joue.
-Je t'aime fort. J'espère que tu le sais.
- Je t'aime aussi. File !
Il lui fit un signe de la main et traversa la salle du restaurant.
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31 juillet 2014 – Appartement de Draco Malefoy, Central Park West, New York
-Whaou, si je m'attendais à ça…
Les portes de l'ascenseur privé venaient de s'ouvrir et la première chose que vit Harry était le crépuscule qui tombait doucement sur Central Park.
-Remets-toi Potter. Je sais que je suis irrésistible mais tout de même…
Il détourna les yeux de la baie vitrée pour les poser sur Malefoy, le dos et les coudes appuyés contre le comptoir de la cuisine. Il portait un jeans délavé et un simple t-shirt blanc. Dans la main, il tenait un verre de whisky.
-Je ne parlais pas de toi Malefoy. Mais de la vue qu'on a depuis cet appartement, dit Harry en avançant de quelques pas dans la pièce, une main dans la poche de son pantalon, l'autre tenant sa veste sur son épaule.
- Ah… oui, je sais… ça fait toujours cet effet-là la première fois… après, on s'habitue et on finit même par ne plus l'apercevoir.
Harry leva les yeux au ciel devant le comportement faussement blasé du propriétaire des lieux. Il était évident que personne, pas même Draco Malefoy, ne se pouvait se lasser d'un tel spectacle.
-Dis-moi Potter, ce n'est pas la ponctualité qui t'étouffe. Tu as vu l'heure ?
- J'étais occupé.
- Oh… et quelle était cette activité autrement plus passionnante que de passer la soirée avec moi ?
- La passer avec Hermione. Au Per Se. On fêtait mon anniversaire.
- Hm… Les anniversaires, c'est très surfait… Je ne vois pas quel intérêt i te rappeler que tu vieillis.
- Tu n'as pas toujours dit ça. Je me souviens qu'à Poudlard, tout le Château était au courant quand c'était ton anniversaire. Entre le ballet des hiboux et toi qui le claironnais à tout bout de champ…
- J'ai grandi.
- Grandi, toi ? Franchement, ça m'étonnerait… Je pense au contraire que tu es toujours le même gamin pourri gâté que tu étais à Poudlard.
Draco secoua la tête, comme dépité.
-Toujours à ressasser les mêmes vieux clichés, Potter… Tu vis dans le passé.
- C'est faux.
- C'est vrai. Et c'est pathétique.
- Ok, soupira Harry. Dire que j'ai écourté une soirée agréable en compagnie d'une personne charmante pour venir ici…
- Si tu passais un si merveilleux moment, que fais-tu ici ?
- C'est bien ce que je me demande, répliqua-t-il en tournant les talons.
Il appuya sur le bouton de l'ascenseur pour actionner l'ouverture des portes.
-Prouve-moi que j'ai tort, dit alors Draco.
- Quoi ?
Harry se tourna de trois quarts.
-Tu prétends que tu ne vis pas dans le passé. Prouve-le.
- Je n'ai rien à te prouver.
- Si tu le dis, dit Malefoy en haussant les épaules et en buvant une gorgée d'alcool. Moi je pense plutôt que tu as peur…
C'en fut trop pour Harry. Il fit face à Malefoy et le regarda sans ciller. Celui-ci respirait l'autosuffisance qu'il lui avait toujours connue. Les manches courtes de son t-shirt dévoilaient sa Marque des Ténèbres sans qu'il ne fasse le moindre geste pour la dissimuler. Harry ne l'avait pas remarquée la veille, ni dans la boîte de nuit où il faisait trop sombre, ni dans les toilettes, où son cerveau avait littéralement grillé.
La Marque était plus pâle qu'autrefois mais se découpait toujours avec autant de netteté sur la peau blanche de Malefoy. Pourtant, Harry n'en ressentit aucun dégoût. Elle était là, c'est tout. Comme n'importe quel autre tatouage. Et elle ne représentait plus rien pour lui.
Il inspira et avança résolument vers Draco, jetant négligemment sa veste sur le divan.
-Tu es un hôte déplorable Malefoy. Tu pourrais au moins m'offrir quelque chose à boire.
- Et que veux-tu ? Whisky ? Vodka ? Lait fraise ?
Harry s'approcha encore jusqu'à être à une cinquantaine de centimètres de Draco. Il leva le bras et s'empara du verre de whisky que l'autre homme tenait à la main. Sans le quitter des yeux, il le vida d'un trait et le posa sur le bar dans un claquement sec.
Draco le regarda faire, moitié surpris, moitié amusé. Il ne s'esquiva pas quand Harry lui saisit la nuque et écrasa sa bouche sur la sienne. Au contraire, il entrouvrit les lèvres, mêlant sa langue à celle de Potter, goûtant sa saveur légèrement tourbée.
Il fallut peu de temps pour que le baiser devienne plus vorace, chacun luttant pour la domination sur la bouche de l'autre. Harry se décolla juste quelques secondes, uniquement par réflexe de survie, le temps de prendre un peu d'air et de souffler quelque chose qui ressemblait à « chambre ».
Draco acquiesça et sans cesser de l'embrasser, commença à le repousser à reculons vers le couloir. La manœuvre s'avéra toutefois un peu laborieuse, d'autant que Draco essayait de lui ôter sa chemise en même temps. Peu patient de nature, il émit un grognement désapprobateur et solutionna le problème en soulevant Potter sous les cuisses, renonçant par la même occasion à le dévêtir. Harry enroula ses jambes autour de sa taille et ses bras autour de son cou, soudain beaucoup plus confortablement installé.
Arrivé dans sa chambre, Draco jeta Harry sur le lit sans aucune cérémonie.
-Merde ! Mets-toi au régime Potter ! haleta-t-il.
- Ne me dis pas que tu es essoufflé seulement de m'avoir porté sur une dizaine de mètres ! T'as les bras en guimauve ou quoi ?
- Mes bras sont parfaits ! C'est toi qui pèses une tonne !
- N'importe quoi !
Draco eut un rictus en coin.
-C'est tellement facile de te provoquer, dit-il en faisant passer son t-shirt par dessus sa tête.
- Je ne…
La protestation de Harry mourut sur ses lèvres tant il était captivé par ce qu'il avait devant lui : un torse pâle et imberbe, divinement dessiné, un ventre parfaitement plat, sillonné de quelques abdominaux. Draco s'agenouilla sur le lit et rampa vers Harry. Il reprit possession de sa bouche tout en poursuivant le déboutonnage de sa chemise. Harry posa les mains sur ses pectoraux, émerveillé par la douceur de sa peau.
-Tu… tu t'épiles… intégralement ?
- Quoi ? dit Draco en se redressant brusquement.
Mortifié, Harry prit conscience qu'il avait parlé tout haut.
-Je…
- Non mais t'es malade ou quoi ? Ne me dis pas que tu es de ces mecs qui aiment les couilles lisses comme des boules de billard ! Parce que merde, je suis homme ! Pas un ado prépubère… alors…
- Non ! Non ! Justement ! Un de mes ex était dans ce trip « zéro poil » et c'était… flippant…
Il réprima un frisson en repensant à ce jour où Ben avait essayé de lui jeter un sort d'épiltout. Il l'avait échappé de peu.
-Je suis blond et je n'ai pas une pilosité très abondante, mais j'y tiens, continua Draco avec un sérieux mortel. Alors ne t'avise pas de…
- C'est parfait ! dit rapidement Harry. Vraiment parfait !
Draco le considéra avec méfiance, comme s'il craignait qu'il ne tente quelque chose.
-C'est parce que tu es nerveux que tu racontes n'importe quoi ? demanda-t-il, suspicieux.
- Je… non ! Je ne suis absolument pas nerveux !
- Hm… on ne dirait pas, dit Malefoy en haussant un sourcil dubitatif.
- Je ne suis pas nerveux ! J'en ai juste marre d'attendre pour te baiser, répliqua Harry en ôtant lui-même sa chemise.
- Oh mais tu risques d'attendre longtemps… car je ne me fais pas baiser.
Sur ces mots, il se mit à défaire la boucle de ceinture du pantalon de Harry.
-Alors, on a un problème, dit ce dernier. Car je ne me fais pas baiser non plus.
- Ça, c'est qu'ils disent tous, commenta Draco en détachant l'agrafe du pantalon.
- Arrête ça Malefoy, je te dis que c'est pas mon truc !
- Le petit pote Potter a peur de ce qu'il va prendre ? minauda-t-il d'une voix enfantine. Il a peur du grand méchant dragon ?
- Oh ça va Malefoy ! dit Harry en roulant des yeux. Je connais la taille de ta queue et même si j'admets qu'elle est plus grande que ce à quoi je m'attendais, ce n'est pas un démonte-pneu non plus.
- Un quoi ?
- Laisse tomber.
Draco se redressa à nouveau, manifestement contrarié.
-Comment ça plus grande que ce à quoi tu t'attendais ?
- Bah… aussi grande que ton talent au Quidditch, quoi…
- Sale con ! Tu vas… Mais… attends un peu… tu m'as maté ? Quand ?
Harry rigola de l'air parfaitement outragé de Malefoy, ce qui ne fit que décupler sa colère.
-Réponds !
- Tu ne crois pas qu'on a mieux à faire ?
- Potter, si tu ne me réponds pas, je te jure que je te prends à sec !
- Ok, soupira Harry. C'était en cinquième… Ombrage m'avait interdit de Quidditch à vie suite à cette bagarre déclenchée à cause de ta stupide chanson… Au match suivant de ton équipe, je suis entré dans ton vestiaire. Je savais que tu restais toujours le dernier car il te fallait plus de temps que les autres pour te rhabiller, te coiffer…
- Espèce de…
- Tu me laisses parler oui ou merde ?
Draco soupira et s'assit sur ses talons, attendant patiemment que Potter termine son histoire.
-J'ai attendu que tout le monde soit parti et je me suis approché de ta cabine de douche, prêt à te jeter un sort. J'avais hâte de voir ta tête quand j'aurais transformé ton shampoing en bouse de dragon. Sauf que tu n'étais pas en train de te laver les cheveux… tu t'astiquais le manche et ça semblait plutôt bon.
- Et ?
- Et rien.
- Tu veux dire que tu es reparti comme ça ? Sans rien dire et sans rien faire ?
Harry détourna les yeux, les joues légèrement colorées. Draco fronça les sourcils avant de comprendre.
-Par Salazar, espèce de sale pervers… tu… n'as pas fait ça…
Harry ne répondait toujours rien, définitivement embarrassé, tandis que Draco trouvait la situation extrêmement amusante.
-Je n'y crois pas… Saint Potter s'est paluché en me regardant faire…
- Ça va… il y a prescription.
- Alors comme ça, déjà en cinquième tu avais viré de bord…
- Comment crois-tu que je l'ai su ?
- Et par ma faute en plus… bordel, ça m'excite à un point que tu n'as pas idée, souffla Draco en se penchant sur Harry et en abaissant son pantalon d'un coup, en même temps que le boxer.
- Malefoy…
- La ferme. Dans cinq minutes, tu me supplieras.
Sans lui laisser le temps de protester encore, Draco retourna Harry sur le ventre en appuyant sur ses omoplates pour l'empêcher de bouger.
-Hier, tu as eu le côté face. Ce soir, ce sera le côté pile.
Harry frissonna quand la bouche de Draco commença à tracer un sillon de baisers sur la peau de son dos. Des vagues de luxure vagabondaient dans tout son corps à mesure que le blond descendait le long de sa colonne vertébrale. Il luttait pour ne pas gémir et ne pas se tortiller pour frotter son érection contre le drap en soie mais il ne put se retenir quand il sentit les mains chaudes de Malefoy attraper ses fesses, les malaxer et les écarter rudement l'une de l'autre. Et il n'eut plus aucune retenue quand il sentit une langue tiède et habile le lécher avec ardeur. Subrepticement, la langue fut remplacée par un doigt humide, puis deux. Puis à nouveau la langue. Draco jouait l'alternance et Harry était au bord du gouffre. Ses hanches poussaient à la rencontre des doigts et de la bouche de son bienfaiteur d'une manière parfaitement indécente.
Il était dur à un point qu'il ne pouvait nommer. Tout comme il n'aurait jamais pu imaginer que Malefoy puisse mettre autant de ferveur à le doigter de la sorte. Le blond avait raison : à peine cinq minutes s'étaient écoulées qu'il était déjà désespéré d'avoir le sexe de Malefoy en lui. Il se mordait les joues pour ne pas le supplier de le baiser.
-Alors Potter ? susurra Draco entre ses fesses, son souffle provoquant un délicieux frisson qui le secoua de haut en bas.
- Je…
- Tu ?
- Oh bordel… prends-moi Malefoy. Baise-moi !
Harry sentit un sourire s'étendre sur les lèvres de Draco alors qu'il recommençait sa douce torture.
-S'il te plaît… Draco… je le veux tellement, supplia-t-il les larmes aux yeux.
Draco se redressa. Harry entendit le bruit de tissu froissé et se tourna légèrement pour le voir jeter son jeans plus loin à côté du lit. Puis Draco se pencha à nouveau et fit le chemin inverse de baisers sur son dos, jusqu'à enfouir son nez dans la masse de cheveux bruns. Harry vit son bras se tendre vers la table de nuit, sur laquelle était posée sa baguette magique. Il murmura un sort de protection et de lubrification.
Puis il le sentit. Le sexe chaud et mouillé de Malefoy pulsant entre ses fesses, écartant inexorablement son intimé pour se frayer un chemin à l'intérieur. Harry se força à respirer calmement et à se détendre mais c'était difficile tant son excitation le rendait haletant.
Contre toute attente, Malefoy était d'une douceur extrême. Il ne pénétra pas Harry comme le dernier des bourrins, bien au contraire. Il entrait, se retirait, entrait à nouveau, chaque fois un peu plus loin. Harry lui, brûlait de l'intérieur mais il n'aurait renoncé pour rien au monde. Il se sentait schizophrénique. Ou bien masochiste. La douleur occasionnée par la pénétration n'égalait pas le plaisir qu'il ressentait à savoir Malefoy en lui.
Sa vue se dédoubla légèrement quand Draco s'enfonça plus profondément encore. Son attribut était finalement bien plus impressionnant que dans son souvenir. Cette pensée en amena une autre, qui le fit presque suffoquer : il avait attendu ce moment depuis longtemps, beaucoup plus longtemps qu'il ne voulait se l'avouer. Il désirait Malefoy depuis le jour où il l'avait surpris dans ces douches en train de se branler. Et ce désir ne l'avait pas quitté depuis, il était simplement parvenu à l'enfouir sous une tonne de haine.
Comme pour répercuter ses propres pensées, Draco s'allongea sur lui, la bouche tout contre son oreille, et murmura :
-Si tu savais depuis combien de temps j'attends ça… ce jour-là, dans les douches… je pensais à toi… merde… je me suis toujours branlé en pensant à toi…
Harry gémit, conscient qu'il avait commis une énorme erreur en cédant à Malefoy. Car plus jamais il ne pourrait lui échapper désormais.
Draco bougea avec plus de vigueur, comblant Harry à chaque poussée.
-Putain… Draco, haleta Harry en fermant les yeux.
Il était submergé par la présence du blond en lui. Lui qui était habituellement actif, prenait un plaisir démentiel à se laisser faire. Il eut la pensée fugace qu'il pourrait passer des heures à être rempli de Draco Malefoy.
-Harry… tu me rends fou… je n'ai jamais eu autant envie de jouir que maintenant… en toi… tout au fond…
- Oh merde, merde, merde, merde…. Draco, psalmodia Harry en se contractant autour de Malefoy le plus fort qu'il pouvait.
- Bordel, Harry !
Le sexe de Draco pulsait si profondément en lui, il se sentait si plein, si comblé, qu'il avait l'impression de vivre une expérience extracorporelle. Il se resserra encore plus, arrachant un grognement sourd à Malefoy, puis un râle animal. Harry sentit la semence chaude le remplir inexorablement tandis que Draco jouissait avec force.
Il fut secoué de tremblements et son propre plaisir jaillit de son corps comme un geyser. Il cria. Il se foutait que tout l'immeuble soit au courant qu'il était en train de se faire baiser jusqu'à en mourir. Il cria à Malefoy de continuer, de ne jamais s'arrêter. Mais Malefoy ne comptait pas s'arrêter. Il le pilonnait sans relâche en lui ordonnant de jouir encore car il n'y avait rien qui l'excitait plus que son cul serré autour de sa queue.
Draco jouit une deuxième fois tandis que les spasmes du plaisir refluaient dans le corps de Harry, le laissant à moitié inconscient.
-Putain, je savais que tu serais un coup d'enfer, ânonna-t-il péniblement.
Pour toute réponse, Malefoy émit un petit rire musical et embrassa le haut de son épaule avant de se retirer lentement. Il prit sa baguette et prononça un sort de nettoyage afin d'éviter à Harry l'inconfort du sperme qui s'écoulait en abondance de son orifice. Il le doubla d'un sort de rafraîchissement.
Si Harry s'étonna de la prévenance de Draco, il ne dit rien. Pas plus qu'il ne commenta le baiser d'une extrême douceur que le blond posa sur ses lèvres.
-Ça te dit de prendre une douche ? dit-il en glissant hors du lit.
Il se tenait debout et Harry put enfin l'admirer en entier. Le mot qui lui vint immédiatement à l'esprit était : finesse. Il était certain que Draco prenait soin de son corps mais Harry se demanda quel sport il pouvait bien pratiquer pour avoir un physique aussi gracile. Alors qu'il ondulait plus qu'il ne marchait vers la salle de bain, Harry admira ses jambes longues et galbées, sa carrure large mais délicate à la fois, ses fesses rondes et fermes au dessus desquelles se creusaient deux petites fossettes.
Il soupira. Il savait que la perfection n'était pas de ce monde mais à cet instant, Draco Malefoy s'en rapprochait dangereusement.
A suivre...
