Yuya arriva à la mairie dix minutes avant la fermeture. Elle fut reçue par une jeune femme qui la regardait méchamment, non contente de devoir faire des minutes supplémentaires. Elle lui balança les papiers et partit, sans un regard, vers le bureau de sa collègue.

C'est donc en grommelant que la blonde rentra chez elle. Elle pesta encore plus contre ces interminables escaliers pour accéder à son minuscule appartement. Et voilà, elle était énervée, tout cela à cause de cette pimbêche qui n'avait pas su être polie et aimable.

« - Il faudrait que je songe à me guérir de ma trop grande susceptibilité... Un jour. »

Elle commença à monter les marches du 4eme étage quand elle entendit des pleurs. Elle se dirigea vers les pleurs et entraperçut une chevelure noire qui passa en trombe à côté d'elle. Elle se retourna pour proposer son aide, mais l'inconnue était déjà partie.

Elle soupira doucement, inquiète par nature. Son frère et ses parents lui avaient appris à aider tout le monde, même les inconnus. Elle resta immobile un instant, pensive, et, lorsqu'elle se retourna, elle se retrouva en face d'un homme grand, blond et plutôt beau. Il dégageait une virilité incontestable mais aussi quelque chose de dérangeant, que Yuya n'arrivait pas à trouver.

« - Bonjour.

- Euh... Bonjour, je m'appelle Yuya Shiina, j'habite au-dessus... Je... euh...vous dérange peut-être, je vais retourner à mon appartement.

- Au plaisir de vous revoir, mademoiselle. Je m'appelle Oda Nobunaga. Enchanté de vous avoir connu Yuya Shiina. »

La jeune femme avait rougie en entendant parler cet Oda, qu'elle ne connaissait pas. Elle ne savait pas pourquoi mais elle ne se sentait pas mal à l'aise en sa présence. Même s'il avait un petit quelque chose de dérangeant, il était tout de même charismatique.

Elle monta les escaliers restants, un peu troublée par l'attention qu'on lui portait. C'était rare qu'un homme l'aborde et lui montre de l'affection. Elle avait l'impression d'avoir été draguée, pourtant, même pas une minute ne s'était écoulée durant la conversation.

Elle monta dans son appartement et se laissa tombée dans son canapé. Elle n'avait pas enlevé son manteau, ni posé son sac. Elle réalisait enfin qu'elle était véritablement admise à la plus grande école de danse de la région, qu'elle avait été draguée, et tout ça dans une même journée.

Elle eut un grand sourire à cette pensée. Elle se remit debout, plus heureuse que jamais depuis la mort de sa famille. Elle mangea à sa faim ce soir là, et se permit même une plus longue nuit que d'habitude.

Le lendemain, Yuya se réveilla, heureuse. Elle avait passé une bonne nuit, et n'avait pas refait le cauchemar de la mort de sa famille. Elle s'était faite une amie en un temps record, le soleil était au rendez-vous. Bref, une belle journée s'annonçait.

Les cours ne commençant que dans deux heures, elle partit voir si son voisin était là, espérant pouvoir prendre des nouvelles. Elle toqua à sa porte et attendit. La porte restant close, elle repartit vers son appartement lorsqu'elle entendit un bruit. Elle se retourna et vit son voisin, des bandages sur les bras, des pansements sur le visage et des ecchymoses un peu partout.

« - Euh... Bonjour, je... je suis votre voisine. Vous vous souvenez de moi ? »

Son voisin acquiesça et continua de la fixer, sans l'inviter à entrer et sans parler.

« - Est-ce que vous allez bien? Je vous dérange peut-être ? Je m'appelle Yuya. Je ne sais pas trop ce qui s'est passé hier, mais … j'étais inquiète pour vous. Avec vos blessures et cet inconnu qui n'arrêtait pas de... Enfin... Je... Je crois que je vais vous laisser... »

L'absence de réponse venant de son interlocuteur la déstabilisait et son regard était un peu dérangeant, entouré de tous ses bandages. Elle commençait à partir lorsqu'elle entendit enfin sa voix, pas assez grave pour être celle d'un homme mais assez pour être celle d'un jeune adulte :

« - Merci. »

Elle se retourna mais la porte était déjà close. Elle alla dans son appartement, prendre ses affaires de danse et se dirigea vers son école d'un pas tranquille.

Sur le trajet, elle se demanda si elle allait encore rencontrer cet homme un peu bizarre de la veille. Lors de son voyage en métro, elle entendit d'inquiétantes paroles comme quoi il y aurait eu des bagarres de gang assez violentes dans le coin. Elle ne put écouter plus car elle dut descendre à son arrêt. Elle était habituée aux bagarres de gangs et à la dangerosité de la vie. Ce n'était pas la première fois que des combats avaient lieu près de sa vie privée ou professionnelle.

Elle oublia ces rumeurs lorsqu'elle arriva à l'école. Elle sourit en s'approchant de Mahiro. Cette fille était vraiment faîte pour être son amie. Elle était extravertie sans être envahissante et extrêmement sympathique. Rien que de la voir réchauffait le cœur de Yuya..

« - Mahiro ! »

Lorsque son amie se retourna pour la saluer, elle avait un visage plutôt soucieux. A cette vue, la blonde lui demanda ce qui n'allait pas.

« - Oh... rien... Juste que les bagarres se sont déroulés pas vraiment loin et que ça me rend plutôt nerveuse. Il paraît qu'il y a eu une course poursuite entre les deux gangs des bas quartiers de la ville et pas mal de dégâts mais on ne sait pas encore où exactement...

- Voyons Mahiro, il ne faut pas t'en faire. Tu habites à Shibusen n'est-ce pas ? Il n'y a quasiment aucun risque qu'ils viennent là-bas, c'est un quartier plutôt riche et bien sécurisé, et puis, ils vont sûrement être arrêtés par la police !

- C'est vrai que tu ne viens pas d'ici... Écoute, ces gangs sont les seuls de la ville et ils ont déjà... »

La sonnerie empêcha Mahiro de finir sa phrase et elles partirent rejoindre Hishigi. Yuya ne se préoccupant plus de ces rumeurs qu'elle jugeait sans gravité, était guillerette tandis que le moral Mahiro était plus lourd. Elle connaissait la réputation qui n'était plus à faire de ces deux gangs. Ce n'était pas la première fois qu'ils sévissaient par ici.

Leur professeur, plus pâle encore que la veille, leur annonça qu'une visite de l'école était prévue pour aujourd'hui. Les deux jeunes femmes se regardèrent , elles allaient enfin savoir pourquoi Nelya était divisé en cinq parties.

L'établissement était disposé en 5 ailes. Quatre de ses ailes étaient remplies de salles de danse, collectives ou individuelles, de vestiaires, et même de dortoirs pour les intervenants extérieurs. L'autre aile était réservée aux élèves.

La première aile, la plus grande, était attribué à Hishigi, la danse classique étant la plus demandée. Elle était presque autonome il ne lui manquait qu'un self.

La deuxième appartenait à Yuan, professeur de danses modernes. Ils allèrent le voir, cependant, il était occupé par une leçon de danse. Ils continuèrent à avancer, jusqu'à voir une porte fracturée, un sol jonché de morceaux de verre, le matériel de danse retourné et abîmé ainsi que des traces de sang sur le parquet. Les exclamations fusèrent aussitôt :

« - Que s'est-il passé ?

- Pourquoi cette salle est saccagée ?

- Ce serait ici que c'est déroulé la bagarre entre les gangs rivaux ? »

A cette parole, tout le monde se tut. C'était évident. Les rumeurs étaient donc fondées. Yuya ne dit rien, pensant à ce qu'avait voulu dire Mahiro mais qu'elle n'avait pu finir. Elle se tourna vers son amie pour lui demander lorsque leur professeur parla :

« Nous allons visiter la troisième partie. »

Et il s'éloigna, sans un mot de plus. La troisième aile était emplie de notes aux consonances mexicaines et au tempo réjouissant. Les élèves portaient tous des tenues chatoyantes. Hishigi salua d'un signe de tête le professeur de salsa, Fubuki.

Yuya eut l'impression qu'une sorte de courant invisible était passé entre eux. Ils avaient l'air d'être plus que de simples collègues...

Enfin, il entrèrent dans la dernière aile, la plus éloignée de l'entrée, la plus sombre, la plus secrète. L'aile des danses nocturnes. Celles que l'on apprenait lorsque l'on avait un corps de rêve et pas honte de l'exhiber. Le professeur de cette section était Tokito, petite, énergique et très bien proportionnée.

Yuya remarqua dans un cadre, une affiche représentant un couple fiévreusement enlacé. En-dessous était marqué « Prodige venant de Nelya ». La chevelure de la jeune femme lui disait quelque chose...

« - Monsieur ? Qui est-ce ? »

Tout en parlant, elle désignait du doigt l'affiche. Il y eut un silence avant qu'Hishigi ne réponde.

« - Une déserteuse. »

Voilà qui soulevait plus de questions que de réponses... De fil en aiguille, elle se mit à repenser à la visite de l'aile de Yuan, en particulier à la salle dévastée. Cela n'avait pas dû être dur de s'infiltrer ici, vu qu'il n'y avait aucun étage. Les fenêtres donnaient donc, pour la plupart, sur des salles de danse.

Ils allèrent ensuite dans la dernière aile, réservée aux étudiants. S'y trouvait, outre le self, une bibliothèque et une cafétéria. Hishigi regarda l'heure : il était presque midi.

« - Vous allez pouvoir rester ici, il est l'heure de manger. Les cours de cet après-midi sont à quatorze heures. »

Il partit, laissant sa classe de nouveau seule, et sans cours. Mahiro et Yuya allèrent prendre un plateau et se servirent. C'était une chance pour Yuya de pouvoir manger à sa faim au moins un repas par jour. Heureusement qu'elle avait obtenu sa bourse...

Yuya prit des pâtes, source d'énergie, à la carbonara tandis que Mahiro se servait des pommes de terre dont elle raffolait.

« - J'adore les patates !

- Vu comment tu les regardes, ça ne m'étonne pas ! C'est encore pire que quand tu regardais le serveur hier !

- Oh, ça va !Je n'y peux rien, elles sont tellement... tellement... tellement tout ! »

La danseuse blonde se mit à rire.

« - Allons nous asseoir si tu veux les manger chaudes ! »

Elles s'attablèrent l'une en face de l'autre pour pouvoir discuter tranquillement.

« - Tu as vu le carnage de la salle de danse ?

- Oui. Ça a du être particulièrement violent.

- On s'inscrit dans la meilleure école de la région pour voir le matériel cassé par des vandales c'est aberrant ! Il n'y a donc pas de sécurité à Nelya ?»

Des fois, l'appartenance sociale de Mahiro se ressentait, notamment dans ses paroles elle n'était pas une pimbêche comme cette Saishi et n'étalait pas son argent. Cependant, son éducation de riche héritière se laissait voir de temps à autre.

Elles continuèrent leur bavardage lorsque le portable de la brune vibra. Elle s'excusa et lut le texto. Lorsqu'elle eut fini, elle se mit à rougir et le rangea, sans avoir répondu.

Yuya la taquina sur le sujet de sa rougeur. Sa voisine lui avoua enfin que c'était son petit ami mais qu'il ne pouvait pas se voir souvent.

« - Vois-tu, l'école est dirigée par une grande... famille. Elle s'appelle « Mibu ». Ma famille est assez proche de certains de ses membres... Mais ne vas pas croire que je suis ici pour cela ! »

Yuya lui lança un regard compréhensif tout en lui souriant, l'encourageant à continuer. Elle voyait bien que son amie avait besoin de vider son cœur.

« - Donc, mes parents pour « assurer mon avenir » veulent m'obliger à épouser un fils de cette famille... Tu te rends compte ? Un mariage forcée à notre époque ! Alors que je ne l'ai jamais vu ! Je ne connais que son nom : Chinmei. Je ne l'aime pas, je refuse d'être à lui ! »

Mahiro avait dit tout cela d'une traite, s'énervant un peu plus à chaque seconde qui passait. Yuya se leva alors de sa chaise, contourna la table et la serra dans ses bras, ne trouvant pas les mots qu'il fallait pour la calmer. Elle se promit de tout faire pour l'aider et l'encourager.

« - Allez, parles moi plutôt de ton vrai petit ami ! Il s'appelle comment ? Il habites où ? Je veux tout savoir ! »

La jeune danseuse était consciente que la blonde voulait lui remonter le moral et en était heureuse.

« - Il travaille comme videur dans une boite près du bar où je t'ai emmenée hier, je te montrerais. Il habite à côté et s'appelle Tigre Rouge... »

Ω

Kyo s'alluma une énième cigarette. Il s'ennuyait à mourir. Il tourna la tête et regarda Akari changer le bandage de Luciole. Deux de ses quatre compagnons avaient été touchés lors de la bagarre de la veille.

Bonten avait reçu un coup de batte de base-ball sur la bras, qu'il avait réussi à atténuer et Luciole avait une légère égratignure à la main dû à une arme blanche adverse.

Akira était en train de crier :

« - Si vous êtes blessés, c'est que vous n'avez pas été assez prudents ! Vous n'êtes pas digne de faire parti des Quatres Sacrés du Ciel ! Kyo, comment tu peux les garder auprès de toi ?

- La ferme. »

Ces deux mots eurent un effet salvateur pour les tympans du démon. Mais pas pour son ennui. Il se mit à penser au gang rival. Cela faisait longtemps qu'ils n'avaient pas eu à se battre avec une telle rage. Les provocations qu'ils avaient reçu avait été différente des autres fois... Plus violentes, plus crues...

Il se faisait sûrement des idées. Le gang adverse n'avait pas donné de nouvelles depuis pas mal de temps. Il avait simplement oublié.

Il se leva, et partit, sans un mot. Il ne demanda pas l'état de santé de ses compagnons, il savait très bien que s'ils étaient blessés, c'était de sa faute. Il était leur chef, il se devait de les protéger. Heureusement, ce n'était que des blessures superficielles et sans conséquences.

Il souffla lentement la fumée devant lui, la regardant s'élever dans le ciel bleu. Il la suivit du regard jusqu'à sa dispersion totale parmi les fins nuages. Il resta planté face au ciel, le fixant comme s'il pouvait échapper à son ennui.

Il approchait la cigarette de ses lèvres lorsqu'il entendit du bruit. Il tourna machinalement la tête vers le claquement des chaussures sur le bitume. Il savait qui c'était. Tout le gang étant réuni dans leur planque, il ne pouvait s'agir que de …

« - Salut, Yukimura. »

Yukimura ne lui retourna pas la salutation. Il lui fit simplement un signe de tête vers la planque, l'incitant à entrer. Il avait apporté avec lui une mallette noire, qui, conjugué avec son visage sombre et grave, ne laissait présager rien de bon.

Il s'assit dans un fauteuil, se servit un verre et s'alluma une cigarette avant de regarder les Quatre Sacrés du Ciel et leur chef. Il soupira et ferma les yeux, puis se mit à parler :

« - Qu'est-ce que vous êtes allés foutre à Nelya ? Je peux savoir ce qui vous a pris par la tête ?... Merde Kyo ! Tu sais très bien que c'est truffé de caméras là-bas ! Ce n'est pas parce que tu as renié les Mibu que tu ne le sais pas ! »

Une pensée vint s'imposer dans l'esprit du démon aux yeux vermeilles. C'était un piège tendu par Oda, le chef de l'autre gang. Il avait donc eu raison. Oda ne s'était pas manifesté depuis quelques semaines pour qu'ils répondent plus facilement aux provocations qui allaient les entraîner au vue de toutes les caméras...

Comment s'était-il fait avoir de la sorte ? Sur le coup, lorsqu'il avait vu les membres du Half-burning men, le gang de cet enfoiré de blond, ses pulsions meurtrières et sadiques ainsi que son passé de démon n'avait fait qu'un tour. Tout ce qu'il voulait, c'était les combattre.

Il s'alluma une autre cigarette, essayant de se calmer intérieurement. Il avait été trop con... Il leva les yeux vers Yukimura qui lui expliqua qu'il avait pu heureusement arranger les choses avec le directeur, mais qu'il devait se porter garant. S'il n'étais pas capable de se maîtriser, c'était son commerce qui allait y passer. Le démon, qui n'avait rien dit jusque là, ouvrit la bouche :

« - Je dois faire quoi ? »