LE DESTIN RETROUVE
Bonjour à tous !
Merci à tous de me lire. Voici un petit chapitre et à bientôt !
Je vous souhaite une agréable lecture. Bises, Bergère
La surprise
« - Et pourquoi tu ne m'as pas prévenue, moi ! »
Hermione fulminait. Qu'Albus soit qualifié pour être jeune représentant au Magenmagot à l'âge de 14 ans, passe encore – même si sa jalousie endormie se réveillait encore dans ce genre de circonstance, passe encore. Mais qu'il ne le lui ait pas dit, en n'hésitant pas à faire part de ses attentes et espoirs à Elphias, alors cela non elle ne le digérait pas ! Il avait reçu la lettre d'acceptation devant elle, et il avait bien fallu expliquer pourquoi son visage s'étirait en un large sourire de fierté qu'il ne parvenait pas à masquer.
« - Hein ! »
Il avait ouvert la bouche pour se défendre, mais rien ne sortait, ce qui avait le don de la mettre vraiment en colère. Ils partageaient tout, bon sang ! Enfin, non, ils ne partageaient pas tout, il y avait une limite pudique très marquée, et jamais par exemple ils ne se seraient taquinés les uns les autres quant à des histoires amoureuses. Mais sur la famille, ils étaient assez honnêtes – l'autre jour, Albus leur avait parlé à mots couverts de sa petite sœur, et elle avait expliqué l'écart qui se creusait de plus en plus avec ses parents moldus – et pour ce qui était de la magie, des classes, là, oui, ils se parlaient de tout. Elphias n'avait pas de honte à leur demander de conseils. Elle n'hésitait pas à proposer des idées et des théories, mêmes farfelues. Quant à Albus, il leur faisait part des tentatives qu'il faisait, qui auraient semblées terriblement pompeuses à tous les autres. Alors pourquoi se taire, cette fois-ci.
La bouche d'Albus s'était refermée, il ne lui disait rien. Et même son regard brillait de la malice dont il avait coutume de taquiner les gens. Cela eut le don de la faire enrager encore davantage. Non mais et puis quoi ! Il allait se moquer d'elle, en plus ! Elle se sentait trahie profondément, et quitta la pièce en coup de vent, faisant voler derrière elle un tourbillon de parchemins sous les exclamations outrées des autres.
A peine dans le couloir, elle sentit la rage l'abandonner et une grande tristesse s'emparer d'elle, et elle trébucha de pas en pas jusqu'à la bibliothèque. Pourquoi fallait-il qu'on ne lui fasse pas confiance, ainsi ? Qu'avait cru Albus, ainsi, en ne lui disant rien ? Elle s'enfonça entre les hautes bibliothèques poussiéreuses, séchant ses larmes et tentant vainement de cesser de renifler pour ne plus attirer l'attention. Elle en était retournée à la colère, d'ailleurs, mais une colère qui avait un côté d'envie de vaincre violente et brutale : elle se choisit un livre, et se plongea dans un énorme livre consacré aux travails des potions et à l'alchimie, un livre incompréhensible et très difficile à déchiffrer, avec des runes de-ci de-là. Et, surtout, des formules d'arithmancies à peu près incompréhensibles. Très vite, elle se retrouva entourée d'une quinzaine de livres, dont la plupart étaient de vieux grimoires poussiéreux que la bibliothécaire surveillait du coin de l'œil, visiblement dans la crainte que quelque chose leur arrive.
L'intérêt honnête se mêlait petit à petit à sa bizarre rage de vaincre, et l'envie de faire quelque chose dans son coin, elle aussi, et de le surprendre avec une invention, un papier, quelque chose, s'éteignit alors qu'elle dévorait toutes les histoires possibles et les formules connues autour de la Pierre philosophale. La question qui la taquinait, c'était la matière même de la pierre philosophale, ni pierre ni liquide. Il devait y avoir quelque chose là-dedans. Lorsqu'elle partit se coucher, ce soir-là, elle était physiquement au bout, mais ses pensées continuèrent à tourner, s'agiter, se retourner sans cesse, autour de cette idée.
.
Elle n'était pas allée voir Albus. Elphias tentait maladroitement de partager son temps entre ses deux amis, tous deux trop fiers pour aller parler à l'autre – comme il l'expliqua successivement à Albus, puis à Hermione, puis à Albus, etc. Le temps qu'elle passait à la bibliothèque sur cette question-là lui tenait suffisamment l'esprit en action pour qu'elle ressente encore assez faiblement le manque des conversations avec son ami. De toute manière, il n'avait eu ni classe ni tact, c'était son problème. Elle n'en avait pas réellement rien à faire, mais elle ferait semblant aussi longtemps qu'il le faudrait : sa nature de Gryffondor ne manquait pas d'entêtement non plus. Et puis finalement, peut-être volontairement, le professeur Black – le frère cadet du directeur – les avait mis en paire en potions. Il avait bien fallu communiquer, mais du bout des lèvres.
Enfin, c'était Albus – non mais ho, heureusement ! – qui l'avait prise à part, en sortant du cours, et l'avait menée dans un endroit du château assez peu éclairé, vide.
« - C'était plus impressionnant comme une surprise.
- Hein ? lâcha-t-elle sans pouvoir s'en empêcher.
- Je préférais que ce soit une surprise.
- Une surprise, ah oui ?! commença-t-elle à s'énerver.
- Oui.
- Admettons. Une surprise. Mais uniquement pour moi hein, pas pour Elphias…
- Mais je…
- …et puis tu ne me l'as pas dit, sur le coup. Tu ne m'as pas dit « Surprise ! » en ouvrant l'enveloppe. Hein ?
- Hermione, je… Je…
- Ouais ! reprit-elle, ne lui laissant absolument pas le temps de répondre ou de chercher ses mots. Franchement, si c'est pour me raconter ce genre de…
- Hermione ! interrompit-il en montant d'un ton cette fois. Puisque je ne peux avoir aucune pudeur pour avoir la paix, j'espérais t'impressionner avec ça et donc j'en faisais une surprise. Et après tu l'as mal pris immédiatement et je ne savais pas comment te l'expliquer. Ok ?
- Ok ?! fit-elle d'un ton ironique. Non, ça n'a aucun sens Albus. Tu as besoin de m'impressionner, moi, mais alors Elphias non hein.
- Eh bien oui ! lâcha-t-il avant de se mettre à rougir brutalement et de finir par répéter dans un murmure, oui…
- Hein ? répéta-t-elle d'un air qu'elle savait bête. »
Alors un silence tomba. Ils se regardèrent tous les deux comme s'ils ne s'étaient jamais vus. Toute sa rancœur était retombée maintenant. Elle ne comprenait rien à ce qu'Albus racontait, mais il lui semblait qu'ils avaient passé un pas, aujourd'hui, quelque chose comme une incroyable intimité devenue possible. Elle relâcha ses épaules, qu'elle tenait tendues vers le ciel de toute la force de ses nerfs depuis le début de la conversation. Albus la fixait d'un air un peu étonné, lui aussi, mais plus étonné par lui-même que par sa manière de réagir à elle.
« - Au point où j'en suis arrivé, je vais… je vais éclaircir. Donc, reprit-il d'un air très concentré, s'apprêtant visiblement à lister les points un à un, comme pour une démonstration. C'est le professeur O'Connor qui m'a proposé cela, et j'ai dit oui bien sûr. Et j'étais avec Elphias, il l'a su tout de suite. Et je n'ai pas réussi à t'en parler, parce que… oh je n'en sais rien ! Et alors, j'ai réalisé que t'en parler alors que ce n'était pas fait, c'était courir le risque que ça ne se fasse pas, et donc… de passer pour un imbécile ?
- Albus, c'est stupide, parvint-elle à placer dans la pause.
- Je n'ai pas dit que c'était intelligent, rétorqua-t-il sans même réaliser qu'il s'éloignait de son explication.
- Bah pour quelqu'un qui part au Magenmagot à 14 ans… ce n'est pas glorieux. »
Elle croisa son regard, esquissant un ricanement du coin des lèvres. De ses deux yeux très bleus, il sembla contempler un court instant la situation, puis se mit à rire franchement. Voilà, cela, c'était une situation plus normale. Elle se redressa lentement, appuyée qu'elle était contre un mur, et dans un réflexe un peu bizarre tendit le bras vers l'épaule d'Albus, qu'elle effleura. Son rire qui s'était calmé s'éteignit alors complètement, le regard qu'il fixa sur elle était un peu bizarre, elle se sentait elle-même un peu étrange. Il resta tourné vers elle, les yeux dans les yeux, pendant le moment le plus long, le plus agréable et le plus bizarre qu'il lui est été donné de vivre.
« - Je suis désolé, lâcha-t-il d'une voix basse. »
.
Cher Albus,
Je me permets de t'écrire pour te féliciter pour ta nomination en tant que préfet. Je le sais puisque – oui, je me vante, ne fais pas semblant d'être mieux – j'ai moi-même reçu une lettre pour un rôle de préfète. J'espère qu'Elphias ne nous en voudra pas trop, mais, même s'il ne me croit jamais quand je le dis, il est le seul sportif de nous trois, et je suis presque sûre qu'il est devenu capitaine de l'équipe puisque Charles a quitté l'école cette année. Enfin, je ne t'embête pas plus. J'espère que tes vacances se passent… bien.
Avec affection, Hermione
.
Chère Hermione,
Il faut que tu arrêtes de croire que ce genre de choses est logique pour moi et une surprise en ce qui te concerne. Enfin. Je travaille en ce moment sur une proposition de motion au Magenmagot pour la protection des moldus : j'en ai une vision très différente, depuis que je te connais. Passe de bonnes vacances. Ici, tout est pareil. Aberforth rentre à Poudlard l'an prochain. Tout est dit de mon côté. Je t'embrasse, Albus.
La lettre d'Albus lui serra le cœur. Ils ne s'étaient jamais écrits, auparavant. Cette correspondance lui faisait plaisir, vraiment. Elle passa le doigt sur la dernière phrase, puis secoua la tête. Bon sang, ce genre de pensées lui venait de plus en plus, cela n'allait pas du tout.
.
« - Tu te rends compte du nombre d'heure de punition qu'il a eu depuis le début de l'année. En deux mois !
- Albus, du calme…
- Non, mais… enfin c'est honteux !
- Albus, c'est ton frère, pas ton fils. Tu n'as pas à…, tenta-t-elle.
- Mais si, mais… »
C'était l'éternelle conversation. Il était impossible, depuis septembre, de détacher Albus de ses préoccupations au sujet de son frère. Il en parlait un peu à Elphias, aussi, mais c'était lors de leurs tours de garde de préfets qu'il s'épanchait, impossible de l'arrêter. Elle comprenait un peu, bien sûr, mais c'était un petit peu difficile à supporter au quotidien. Le pire cela dit, était de voir son ami s'enfoncer ainsi dans ces préoccupations malgré tout relativement étrangères à sa nature première, et surtout si peu intellectuelles au côté de ses capacités.
Il commençait à faire froid, et ce n'était plus possible. Il fallait qu'elle fasse quelque chose : si cette conversation durait encore, elle risquait de s'énerver, ce qu'Albus ne méritait pas du tout – après tout, toute cette inquiétude pour son frère, ce n'était rien de négatif. Elle pesa le pour et le contre, toisant de côté son ami. Elle s'était juré de ne rien lui en dire, de tout cela. Peut-être un peu par vengeance, mais aussi et surtout pour lui rendre sa surprise. Il continuait à parler d'Aberforth, de tout ce qu'il faisait mal. Elle ne l'écoutait plus vraiment. Elle l'avait vu, ce petit frère, elle cernait tout à fait le personnage : sans doute brillant, lui aussi, à sa manière. Seulement excentrique, et sans doute beaucoup moins ambitieux que son frère – ce qui, même si le concerné ne s'en rendait pas compte – rendait Albus absolument fou d'incompréhension.
« - Qu'est-ce que je vais faire, hein ?
- Albus… »
C'était décidé. Il avait un ton bien trop triste, bien trop abattu. Elle était sûre de l'intéresser, avec son histoire. Il y avait un silence, elle le laissa durer un peu.
« - Dis-moi, tu connais un peu la pierre philosophale toi ?
- Euh… j'ai vu Nicolas Flamel au Magenmagot, une fois, et…
-Non ! s'exclama-t-elle en le faisant sursauter devant la violence de sa réaction. Vraiment ?
- Oui, pourquoi… ?
- Voilà. Je me suis mise à rechercher. Cela fait un moment, c'était… c'était censé être ma surprise.
- Ta surprise ?
- Albus, tu sais bien…
- Oh ! rougit-il un peu. Oui…
- Et je me suis intéressée à l'alchimie. J'en suis encore à la théorie, mais j'aimerais bien ton avis, finalement. »
Ça y était, elle avait réussi à capter son attention. Finalement, constata-t-elle, il y avait plus de plaisir à le partager avec lui qu'à attendre une hypothétique surprise à montrer, un jour, peut-être.
