La honte de Meredith Cullens
#4
La liberté a une saveur particulière quand on sait qu'elle ne va pas durer.
L'air de rien Meredith parvint à se faufiler hors de la maison des Poufsouffle et trouva refuge dans l'aile ouest.
Il était encore tôt et les cours n'avaient pas encore commencé. Il n'y avait donc personne dans les couloirs. Enfin si on en comptait pas les Elfes de maison, les fantômes divers et variés, Peeves, la pléthore de personnage des tableaux et tapisseries qui recouvraient les murs, Rusard qui vaquait à ses occupations, des professeurs qui allaient soit en direction du réfectoire ou de leur salle de cours ou au Diable.
Finalement pour des couloirs soi-disant désert, il y avait beaucoup de monde à les parcourir en long, en large et en travers
Ho, tiens, un préfet.
Meredith avait cessé de courir.
Il était interdit de courir dans le couloir.
Et puis c'était plus discret.
Meredith ne savait pas où elle allait, elle tournait au hasard des couloirs, une fois à gauche, une fois à droite, grimpait et descendait les escaliers, soulevait de temps à autres les tapisseries à la recherche d'un passage dissimulé.
Ce qui, en fait, ne manquait pas.
Ce château était un vrai Dédale.
Meredith avait toujours été une élève sage. Elle n'avait jamais exploré le château plus que nécessaire et après à peine une demi-heure de déambulation elle était tout à fait consciente que d'un côté elle devait être très difficile à retrouver, et que d'un autre côté elle était elle-même incapable de se retrouver.
Quelques chansons dont une particulièrement méchante,
Deux nez cassés,
Trois petrificus,
Elle pouvait bien y adjoindre plusieurs heures de cours auxquelles on n'aurait pas vu son auguste personne. La seule différence que cela pouvait faire était sur la quantité de retenu dont elle écoperait. Plusieurs sans aucun doute.
Meredith souleva machinalement une tapisserie élimée jusqu'à la trame où les motifs étaient méconnaissables. Derrière il y avait une sorte de tunnel étroit, sombre avec au loin une extrémité grisâtre. La jeune fille s'y faufila et laissa tomber la tenture derrière elle.
Combien de temps faudrait-il pour qu'on la retrouve ainsi dissimulée ?
Peut-être ne prendrait-on même pas la peine de la chercher. La faim chasse le loup hors du bois disait-on.
« Lumos ! »
Une lumière orangée émana de sa baguette.
Sauter le déjeuner était encore envisageable, tenir jusqu'au dîner sans doute plus pénible, mais alors tenir la nuit, ce n'était même pas concevable.
Soupir.
Meredith atteignit sans surprise l'autre bout. Elle avait déjà posé la main sur la tenture qui la séparait d'un énième couloir quand elle entendit des voix.
Peeves ? Fantôme ? Tableau ? Professeur ? Rusard ? Elève ?
Il y eut un rire.
La jeune fille frissonna. Elle était capable de le reconnaître entre mille. Sirius Black.
Une voix répondit à ce rire. James Potter.
A ne pas en douter, il devait y avoir là toute la clique. Black, Potter, Lupin et Pettigrow. Meredith éteignit son lumos qui risquait de dévoiler sa présence. Elle hésita. Que risquait-elle en restant dans ce passage ?
A bien y réfléchir, ces quatre là avaient une réputation telle qu'ils devaient connaître le moindre passage sombre et obscure du château. Il était plus prudent de regagner l'autre côté au plus vite.
Sur la pointe des pieds.
Dans l'obscurité.
Lentement.
Sans bruit.
- Tu es sûr de ce que tu fais?
Remus Lupin avait longuement observé le jeune Black.
- Absolument pas !
- Parce que tu crois que notre cher ami ici présent réfléchit avant de faire quoique ce soit ? se moqua James Potter.
- Il ne réfléchit pas de toute façon, avant, pendant ou après, railla Lupin.
Le groupe tourna à droite dans un long corridor brillamment éclairé par de grandes fenêtres.
- Mais qu'est-ce que tu lui trouves ?
James était fortement dubitatif.
- Je te retourne la question pour Evans.
- Nous parlions de toi, là, j'te signale ! fit remarquer Potter.
- En fait, la question est qu'est-ce qu'elle lui trouve, elle ? fit remarquer Pettigrow.
- Mais je suis l'homme parfait, moi !
Black eut un rire d'autosatisfaction.
- Imbécile, se moqua James, elle ignore jusqu'à plus infime partie de ta personnalité. C'est une proie facile.
- Et alors, un peu de facilité ne peut pas me faire de mal, non ?
- Encore faudrait-il que tu lui mettes la main dessus, fit remarquer Peter.
- Parce que là, elle t'évite avec un très grand talent il faut le reconnaître, ajouta Remus.
- Et quand tu parviens à t'approcher d'elle en douce, elle te marche dessus avant de se prendre un cognard en pleine tête.
James leva les yeux au plafond.
- Mais dis-moi, ce n'est pas à cause de ce qu'a raconté Lily au moins que tu cours comme ça après Cullens ?
Cette fois, chose rare, Black ne répondit pas, du moins pas à cette question.
- Nous avons dû rater le passage, fit-il remarquer, Peter, file-moi la carte.
Pettigrow lui tendit ce qu'il demandait. Sirius l'examina attentivement. Il trouva rapidement son propre nom avec ceux de Potter, Lupin et Pettigrow. Il trouva aussi rapidement le passage qu'ils avaient manqué. Il trouva aussi ce qu'il ne cherchait pas, du moins pas ici.
Il y existe d'incroyable coïncidence.
- Attendez ici !
Un peu étonné par l'ordre et par le ton qu'avait employé Black, les trois adolescents regardèrent, immobiles, leur ami rebrousser chemin à grands pas et disparaître derrière une tapisserie.
Meredith était presque rendue au bout quand de la lumière blanche puis orangée éclaira le passage. Elle se pétrifia, n'osant plus bouger, même plus respirer.
Des pas s'approchèrent d'elle avant de s'immobiliser dans son dos.
Il était encore temps de s'enfuir. Elle courait vite, elle le savait. Pourtant le seul mouvement qu'elle parvint à faire fut de tourner sur elle-même.
Sirius Black la dévisageait avec curiosité.
Bon Dieu, que faisait-il là ?
- Meri ?
La jeune fille en avait perdu l'usage de la parole mais Sirius aimait suffisamment s'écouter parler pour ne pas attendre de réponse.
- C'est surprenant.
Meredith ne pouvait pas le contredire. Tomber sur Black, là, au fin fond du château, dans un passage sombre et méconnu, alors qu'elle venait de passer près d'un mois à éviter d'être en sa présence.
Maudite soit Evans.
Maudit soit Munch.
- Je te cherchais.
Il l'avait trouvée.
- Pourquoi est-ce que tu me fuis ?
L'adolescente devint écarlate avant de regarder fixement la pointe de ses chaussures. Elle se crispa, prête à entendre n'importe-quoi.
- Je voulais te parler.
Justement, elle n'avait pas envie de l'entendre. Sirius Black n'aimait que Sirius Black. C'était de notoriété publique. C'était un type méchant et parfois cruel. Ça aussi c'était de notoriété publique. Elle n'avait pas envie de l'entendre se moquer d'elle. Elle n'avait pas envie d'être poignardée en plein cœur.
Surtout qu'après ce qu'avait raconté Evans, il devait avoir de quoi aiguiser sa lame.
- Samedi ?
Quoi samedi ? La jeune fille releva les yeux.
- Ça te dirait une balade ?
Hein ? Meredith ouvrit la bouche mais ne parvint pas à parler.
- Un rendez-vous quoi…
Silence.
A l'autre bout du passage, la tenture se souleva et une silhouette apparut.
- Bon sang, Black, qu'est ce que tu fous ?
James Potter.
- J'arrive ! cria Black se tournant un instant vers son ami.
L'adolescent jeta un dernier regard à Meredith.
- Samedi après-midi, trois heures, au pied de la tour d'astronomie !
Il sourit.
Il disparut.
Meredith Cullens commença à réaliser.
