Bonjour à tous, c'est Etsukazu !

J'espère que vous allez tous bien et que vous avez tous passés de bonnes rentrées. Je salue tous les autres. J'espère ne pas tous vous avoir trop fait attendre, car ce chapitre a été long à écrire. Je le travaille activement depuis début Juin, et, vous le constaterez, il n'est pas fini. Mais avant d'en dire davantage, recentrons-nous.

Laissez-moi vous présenter le chapitre IV de Fenikkusu : Un crépuscule aux confins de l'Enclave. A l'inverse de titres de chapitres plus explicite, celui-ci ne vous révèle pas tout à fait la teneur de ce chapitre, et vous n'en comprendrez le sens qu'au cours du chapitre. Quoi qu'il en soit, ce chapitre a été coupé en deux pour des raisons de taille, étant donné que l'arc entier sur lequel ce chapitre porte devrait dépasser les 40 000 mots et aller sur les 50 000… Ce qui ne saurait être possible sur Fenikkusu. Je tiens à garder les chapitres de cette fiction et leurs formats à 20 000 mots. Je laisse à Nidaime Kiiroi Senkō le privilège d'avoir des chapitres arcs.

Comme à mon habitude, et ce chapitre en particulier étant vraiment frais – l'ayant fini aujourd'hui même, des fautes subsistent. N'hésitez pas à me les signaler si jamais vous les voyez, je vous en serais redevable. Dans tous les cas, elles disparaitront avec le temps, au gré de mes corrections et de mes relectures. Je vous invite par ailleurs à me soutenir dans mon travail en me laissant un petit commentaire après votre lecture - que le chapitre vous ait plu, ou inversement, si vous avez des questions ou autre choses à me dire, n'hésitez pas. Chaque commentaire me fait plaisir et m'encourage dans ce que je fais, même s'il ne s'agit que de quelques lignes.

En temps normal, je vous aurais souhaité bonne lecture à ce moment-là. Mais aujourd'hui, une occasion spéciale fait que non, puisque je dois vous parler d'encore une chose.

La Ligue des Chroniqueurs vient de se former !

Pour faire simple, il s'agit d'un groupe d'auteurs et lecteurs, qui se sont réunis dans l'optique de partager autour de leurs passions et activités communes que sont les fanfictions, de redonner un souffle à notre fandom Naruto français dont la dynamique actuelle s'avère un peu à la dérive, voire un peu beaucoup si on compare notre activité d'aujourd'hui avec celle qui était la nôtre il y a quelques années. Si vous êtes en recherche d'activité, de rencontres, de nouvelles de vos auteurs préférés, de débat et le tout orienté autour de la fanfiction, vous êtes les bienvenus, car la Ligue ne recrute pas, elle accueille. Si vous souhaitez nous rejoindre, vous pouvez consulter les liens disponibles sur mon profil.

Je me permets également d'apprendre à ceux qui ne sont pas au courant, que j'ai également une page d'auteur sur laquelle je vous informe de mes projets et de leurs avancements. Disponible sur mon profil également.

Par ailleurs, je me servirais de ma page d'auteur pour répondre aux commentaires sous anonymat qui sont postés ici, dans les commentaires, dans la mesure où je ne peux pas vous joindre puisque vous n'avez pas de compte. Je pense notamment à toi, Cinder, et aux lecteurs anonymes dont les commentaires et remarques, très pertinents, méritent vraiment une réponse de ma part.

Cela étant dit, je vous souhaite une bonne lecture, avec ce chapitre IV de Fenikkusu.
Et à très bientôt,

Etsukazu


Une semaine plus tard.

Plongée dans ses songes, les laissant dériver au gré du temps qui passait, Rias Gremory observait l'académie de Kuoh depuis la fenêtre de son bureau. Le ciel brillait de mille feux sous le soleil de l'aurore, si bien que d'intense rayons se réverbéraient sur l'immense bâtisse du lycée et ricochaient sur le toit et les vitres pour former un étincelant bouquet de lumière. En cette douce matinée de printemps, la journée avait été annoncée ensoleillée et sans nuage le ciel serait bleu et le temps chaud. Pour d'étranges raisons, et malgré sa nature démoniaque qui l'y rendait sensible, Rias avait petit à petit pris goût aux bains de soleil du monde humain depuis qu'elle s'était installée à Kuoh, si bien qu'il était aujourd'hui rare qu'elle n'observe pas le soleil se lever en appréciant la brise du matin. La pratique occasionnelle était devenue avec le temps une habitude, et les rayons de cet astre luisant qui lui avaient été au départ si agressifs étaient devenus de plus en plus chaleureux, pour lui inspirer au final la quiétude et le repos. Le ciel de l'Enfer ne possédant pas de soleil et les démons ayant arrêtés de se rendre dans le monde humain, nombreux étaient ceux qui peinaient à imaginer l'existence d'un astre de lumière.

Etirant sa svelte silhouette tout en poussant un petit souffle plein de contentement, Rias laissa le vent souffler dans ses cheveux encore humides de la douche qu'elle venait de prendre quelques minutes auparavant. Elle s'accouda ensuite à sa fenêtre et observa distraitement le campus de l'académie de Kuoh encore vide à cette heure. La vieille horloge de style victorien qui se tenait dans le coin de la pièce indiquait huit heures du matin, aussi était-il encore un peu tôt pour que les élèves du lycée n'investissent l'extérieur, les premiers arrivants rejoignant pour la plupart ou les salles de classe ou la cafétéria pour profiter, s'ils avaient du temps libre, d'un petit déjeuner au sein de l'école. Et ils avaient bien raison, puisqu'elle-même était tentée de rejoindre dès maintenant le réfectoire dans l'optique de profiter d'un délicieux croissant trempé dans un chocolat chaud. Le bruit émis par la douche au fond de la pièce lui rappela toutefois qu'il n'était pas encore temps de bouger, n'étant pas seule. Effectivement, Akeno n'avait pas encore terminé sa toilette, or elles se rendaient à la cafétéria systématiquement ensemble.

Au contraire de leur pairie et du groupe de Sōna, qui pour la plupart vivaient dans les dortoirs de l'école disséminés au sein des quartiers environnants, Rias et Akeno dormaient à l'académie. Le bâtiment du club d'occultisme disposait aux étages de petites chambres, au confort certes rudimentaire et austère, mais desquelles les deux jeunes filles se contentaient sans mal. Fermant les yeux, Rias revint à ses pensées précédentes tout en baillant aux corneilles. Ces derniers jours s'étaient écoulés dans une fluidité et une vitesse inattendue, en dépit de la multitude d'évènements qui était survenue depuis. Et ce n'était pas peu dire : entre la mise en avant de ses fiançailles au sein de la maison Phenex – dont elle espérait toujours se sortir –, le développement compliqué et en suspens de sa pairie et l'arrivée de son mystérieux et captivant professeur, Rias ne savait plus où donner de la tête. Mais en vérité, pour une femme d'action comme elle, cette situation ne pouvait pas être un mal.

Elle aurait pourtant préféré ne pas être sous l'abominable contrainte de ce mariage arrangé avec le cadet Phenex.

Uzumaki Naruto était son professeur d'anglais. Depuis maintenant une semaine, cet homme étrangement captivant occupait une partie importante de ses pensées et s'était ajouté à la somme des choses sur lesquelles elle devait faire le point. Selon ce qu'il lui avait révélé, et si tant était qu'elle croyait ce qu'il lui avait confié, c'était un jeune humain d'ascendance européenne revenu au Japon pour renouer avec ses origines ancestrales. L'histoire paraissait à la Gremory si normale qu'elle n'arrivait tout simplement pas à pleinement l'accepter. Pour une raison quelconque, c'était trop normal et vrai pour être normal et vrai. Son instinct ne cessait de lui crier qu'il y avait plus à ce charmant professeur qu'un innocent humain, et c'était en dépit des résultats de toutes les tentatives de le percer à jour qu'elle avait réalisé jusque-là. Car mettant de côté le cas de Hyōdō Issei, ne fusse qu'un temps, Rias s'était concentrée cette dernière semaine à enquêter sur Uzumaki Naruto.

Mais ses recherches s'étaient avérées vaines. Les informations détenues par l'académie de Kuoh à son sujet étaient naturellement très pauvres aussi Rias avait envoyé son familier récupérer le plus d'information possible le concernant au sein des archives et dossiers du gouvernement Japonais. Elle n'avait rien trouvé de probant au-delà de ce qui venait confirmer la filiation lointaine d'Uzumaki Naruto avec un clan Uzumaki du sud du pays, désormais éteint. Aucune anomalie à travers ces informations ne laissait penser à une seule affiliation de près ou de loin au surnaturel. Par conséquent, Uzumaki Naruto était tout ce qu'il y avait de plus commun pour un individu humain. Et pourtant, malgré tout cadre rationnel de pensée indiquant à Rias qu'il était un humain des plus ordinaires, son instinct n'avait de cesse de lui crier le contraire. C'était à n'y rien comprendre, mais elle s'était accrochée à cette impression. Et le comportement unique de l'Uzumaki lorsqu'il discutait avec elle, pour ce qu'elle en avait jugé à chaque fois qu'elle était passée le soir lui rendre visite dans le restaurant qu'il tenait à temps partiel, ne faisait que renforcer son sentiment. Assurément, l'intérêt qu'elle avait pour lui et l'unicité qu'il lui inspirait ne pouvait être anodin.

Au même instant, l'écoulement de la douche se coupa et la silhouette ombragée d'Akeno s'aperçut à travers la fine toile du rideau de bain qui la cachait. Quelques secondes passèrent, et tandis que Rias s'occupa à imaginer les futures marches à suivre pour la journée, Akeno prit le temps qu'il fallut pour se sécher. Dès lors, seulement couverte d'une mince serviette blanche, Akeno rétracta le rideau et fit face à Rias. Comme leurs regards s'entrecroisèrent, les deux jeunes filles s'adressèrent un sourire sans ne piper mot. Akeno s'avança alors et vint saisir ses vêtements, soigneusement pliés et reposant sur le dossier de l'un des canapés de la pièce. Sans grande attention pour la pudeur et gardant son sourire radieux, Akeno laissa sa serviette glisser et tomber autour de ses pieds, offrant aux yeux de Rias une vue des plus audacieuses.

- Akeno… Tu te rends compte que cette pièce peut être visible depuis le toit du campus ?

La réplique à demi-contrariée de son amie fit davantage sourire Akeno. Comme elle se pencha pour saisir ses sous-vêtements, elle adressa un clin d'œil taquin à Rias, lui faisant bien comprendre qu'elle se moquait bien de sa remarque.

- Ara ara… ! La nuance réside dans le « peut-être », Rias ! répondit-elle coquettement tout en enfilant de manière volontairement lente et sensuelle une culotte en dentelle noire somme toute peu conventionnelle en termes de standard vestimentaire lycéen. « Et venant de toi, cette remarque n'est pas très crédible. Quand quelqu'un me voit nue, je réagis, moi. Ufufu… »

Rias fronça les sourcils à la provocation enjouée de sa meilleure amie. Sa vie d'héritière du duché de Gremory et l'abondance de domestique au sein du château ducal avait psychologiquement joué sur sa vision de la pudeur, si bien qu'elle ne se sentait effectivement pas particulièrement gênée aujourd'hui lorsqu'elle exposait sa nudité. Toutefois, cela ne signifiait aucunement qu'elle cherchait à s'exposer ni se jouait de ce genre de situation, à l'inverse d'Akeno dont l'exhibitionnisme complètement assumé n'était de fait plus à démontrer. Car Akeno, joviale et taquine comme à son habitude, joua de son état de nudité, passant ses mains dans de subtiles caresses le long de sa silhouette, appréciant le souffle du vent frais sur sa peau comme l'en montrèrent les mamelons de ses seins, solides et émoustillés. Ce spectacle provoquant fit légèrement rougir Rias de gêne… Akeno était assurément une fille perverse pour s'émoustiller à la simple idée d'être potentiellement exposée à la vue de voyeurs.

- Bon, j'ai compris, habilles-toi maintenant, Akeno, rouspéta Rias en détournant le regard.

Akeno poussa un petit rire à la réplique bougonne de sa maîtresse, mais s'exécuta docilement sans perdre un seul instant en grâce. Emanant la même sensualité, elle continua à s'habiller de manière tout aussi subtile mais un peu plus rapidement, couvrant ses seins voluptueux et sa peau claire et dénuée d'imperfection. Rias l'observa très discrètement du coin de l'œil, captivée malgré elle par l'aura sensuelle et mature qui émana de la gestuelle de la jeune femme.

Himejima Akeno était vraiment belle. Sa beauté, sa gestuelle digne et son attitude publiquement réservée l'identifiait comme l'idéal incarné de la femme japonaise parfaite, la « Yamato Nadeshiko ». Là où Rias était identifiée comme une beauté étrangère parfaite, Akeno représentait son homologue nationale et sa plus grande rivale en terme de prestige et de beauté. Et dans la mesure où Akeno la battait en termes de tour de poitrine, ce qui était difficilement croyable, beaucoup de garçons ne juraient que par elle.

Rias soupira. Il n'y avait certes aucune raison d'être jalouse, mais Akeno avait ce don de l'énerver à chaque fois qu'elle lui lançait ces regards taquins dont la lueur pleine de sens et de défi voulait tout dire.

- Tu es prête ? J'aimerais que l'on ait fini de manger avant que nos cours ne commencent.

- Bien sûr, Buchō ! répondit Akeno en lui adressant un clin d'œil lumineux.

Fin prêtes et habillées de leurs uniformes de lycéennes de Kuoh, les deux jeunes femmes se dirigèrent alors calmement vers la porte. Quittant la pièce et laissant Akeno passer, Rias s'occupa de fermer le bureau à clé avant de suivre sa reine dans l'escalier, qu'elles empruntèrent pour descendre au rez-de-chaussée. Elles sortirent du bâtiment et se retrouvèrent le long d'un petit chemin qui sillonnait à travers le parc du campus en direction des bâtiments principaux de l'académie. Le parc était lui-même relié à un grand espace bitumé du reste de la cour de récréation, espace qu'elles traversèrent calmement avant d'entrer dans l'établissement. Plutôt que d'emprunter l'escalier pour monter dans les salles de classe, Rias et Akeno bifurquèrent et continuèrent tout droit, rejoignant le réfectoire situé à l'extrémité nord du rez-de-chaussée de l'immense bâtiment scolaire, au sein de ce que l'académie considérait être l'aile B.

Comme lors du reste du trajet, les deux démones ne croisèrent que très peu d'élèves de l'académie. La plupart des cours commençant en général autour de neuf heures du matin, c'était plutôt attendu. C'était aussi pour ça que les deux réputées Grandes Sœurs de Kuoh appréciaient autant prendre le petit déjeuner, car lorsqu'elles pénétrèrent au sein du réfectoire, un espace lumineux et inoccupé se présenta, annonciateur d'un moment de calme et de repos substantiel. Le service du matin était déjà organisé au sein du self-service, présentant toutes sortes de pâtisseries, boissons chaudes et céréales. Plus loin, des rangées de tables étaient positionnées de manière aérée, de part et d'autre de la salle, certaines plus en retrait et d'autres contre les fenêtres, invitant les élèves à s'installer selon leurs goûts et profiter de l'atmosphère reposante de qualité du réfectoire de l'établissement. Ce que Rias et Akeno n'allaient aucunement se priver de faire, à la vue de cet espace vide fort attrayant.

Tout sourire, elles s'avancèrent alors et saisirent sans attendre plateau, couvercles et ustensiles. La minute qui suivait, elles se servaient toute deux avec entrain, prenant ce qui leur faisait envie ce matin-ci, dans un silence salvateur et éclairées par l'incroyable baie vitrée donnant sur le parc du campus et sur la lumière du soleil et du ciel bleuté.

L'instant d'après, elles prenaient place sur une table placée contre la baie vitrée et commençaient sans attendre à déguster leur petit-déjeuner.

- Hmmm… !

Le gémissement à peine connoté d'Akeno nota de l'état de confort dans lequel elle se trouvait, alors qu'elle savourait une main sur la joue et les yeux clos de plaisir un croissant au miel qu'elle avait trempé dans son café. Mais quoiqu'il en fut, Rias ne lui en tint pas rigueur, dans la mesure où les préparations du personnel était vraiment savoureuses… Toutefois, Rias ne put s'empêcher de froncer les sourcils en observant sa meilleure amie savourer sa pâtisserie. Car Akeno avait une façon vraiment particulière de manger ses croissants au miel quand elle en prenait. L'épais fil de miel qui s'enfonçait lentement dans le café était une chose… Celui qui coulait des lèvres d'Akeno et qui dégoulinait le long de son menton évoquait cependant tout autre chose que le simple surplus gluant d'un croissant.

- Les pâtisseries du self sont toujours aussi délicieuses, je ne m'en passerais jamais, ufufu… !

« Akeno, bon sang… » pensa Rias en peinant à réprimer un rougissement devant la vue gênante de sa reine. Car, non contente d'en rester là, Akeno commença à récupérer du bout de ses doigts le filait de miel qui coulait alors, avant de se mettre lentement à le lécher, arborant un air et un regard bien trop enthousiastes pour le simple fait de ramener un fil de miel entre ses lèvres pulpeuses. Tiraillée par un mélange de dérision et d'ennui, Rias se demanda ironiquement pourquoi tout ce qu'Akeno faisait évoquait nécessairement quelque chose d'érotique, et surtout comment se faisait-il qu'elle était la seule à véritablement le remarquer. En dépit de ses allures de femme idéale, Himejima Akeno était décidément une fille lubrique.

L'air satisfait, Rias se concentra sur le café qu'elle s'était elle-même servie, qu'elle but par petite gorgée en profitant au mieux de l'atmosphère de détente qui les entourait toute les deux. Le matin était leur moment de calme personnel la journée serait par la suite un flot ininterrompu de cours auxquels elles devraient assister et de responsabilités qu'elles devraient remplir. En toute conscience, c'était cet instant qu'elles devaient apprécier pour se ressourcer avant l'action.

- Rias ? Quels sont les plans pour aujourd'hui ?

La voix d'Akeno sortit lentement Rias de ses songes, aussi posa-t-elle son regard sur sa reine. Cette dernière l'observait avec attention.

- Continuons-nous à surveiller Uzumaki Naruto ? Ne devrions-nous pas plutôt nous concentrer sur Hyōdō Issei ?

La question d'Akeno laissa Rias pensive. S'accoudant à la table et posant sa tête dans le creux de ses mains, la jolie Gremory se mit à réfléchir en fixant la surface de son café avec distraction.

- Je ne sais pas…

C'était une question sur laquelle il était difficile de répondre.

- Que penses-tu que nous devrions faire, Akeno ?

Haussant les sourcils au retour de son amie aux cheveux rouges, Akeno se réinstalla plus confortablement sur sa chaise et posa la moitié de croissant qu'elle tenait alors. « Hmm… » Portant un doigt à ses lèvres et regardant un peu sur le côté, elle fit mine de réfléchir quelques secondes, pesant les options, le pour et le contre. Rias savait qu'elle comprenait la situation, aussi ne serait-ce pas plus mal qu'elle ait son avis sur la question plutôt que ne rien avoir et devoir décider seule. Malgré son caractère imprévisible, Akeno était toujours avisée quand il fallait prendre des décisions. Elle était aussi bien fiable en tant qu'amie qu'en tant que conseillère.

- Et bien… Personnellement, je comprends tout à fait ton intérêt envers Uzumaki-sensei, prononça-t-elle dans un premier temps, non sans oublier un clin d'œil complice et taquin. « Toutefois, je suggère de ne pas oublier l'avertissement de Sōna. Si nous ne faisons rien à propos de Hyōdō Issei, ou tout du moins si nous n'agissons pas assez rapidement, Sōna n'hésitera pas plus pour mettre la main sur lui. Elle semble particulièrement déterminée. »

- Tu suggères donc que nous mettions momentanément notre enquête sur Naruto-sensei de côté, et qu'on se concentre sur Issei ?

Akeno acquiesça simplement. Elle n'attendit pas pour reprendre sur un ton cette fois bien impérieux.

- Attendre ou l'ignorer est une mauvaise idée. Je sais que tu rechignes à l'ajouter à ta pairie, mais il est probablement notre seule opportunité viable pour donner de la valeur à notre équipe. Tu risques de le regretter amèrement si Sōna s'en empare. Ne nous mets pas dans cette situation.

Rias ne réagit pas immédiatement, encaissant l'avertissement de son amie avec attention et stoïcisme. En l'espace de quelques mots, l'atmosphère paisible du petit déjeuner venait de changer. La lueur inquiète qui transparut dans ses yeux bleus laissa toutefois à Akeno le loisir d'observer les doutes qui circulaient en elle. Il était clair que Rias vivait un blocage plus ou moins conscient à l'idée d'intégrer Issei à sa pairie, et ce non seulement parce qu'il était un pervers peu fiable et imprévisible mais également parce que la nature de son Sacred Gear, si c'en était bel et bien un, n'était pas encore déterminée. Si elle se trompait et que ce pouvoir ne valait pas le coût de sa réincarnation, elle aurait gâché des pièces démoniaques. Ces pièces étaient trop précieuses pour prendre un tel risque, et les enjeux trop restreignant.

Et pourtant, elle se devait de choisir. Et vite.

- Il est clair que Uzumaki-sensei cache quelque chose, continua alors Akeno. « Mais il ne semble pas dangereux. Sinon, il nous aurait déjà attaqué, vu le nombre de fois où nous avons été exposées à sa présence. Je ne dis pas que nous devrions l'ignorer. On peut même garder un œil sur lui, mais il serait plus judicieux de s'occuper d'Issei pour l'instant. Une fois la question réglée, nous aurons tout le temps de nous concentrer sur Uzumaki-sensei. »

La Gremory poussa un lourd souffle puis inspira calmement pour essayer de se remettre en harmonie.

Akeno avait raison. Naruto semblait en tout temps disponible étant donné qu'elle savait même où le trouver chaque soir. Elle n'était pas encore certaine qu'il ne représentait aucune menace ou opportunité, mais son cas n'était pas prioritaire. Elle devait remettre de l'ordre dans leur priorité sinon Sōna en profiterait.

- Très bien, s'exclama-t-elle alors. « Tu as raison. Concentrons-nous sur Issei. On ne peut plus se contenter de seulement le surveiller. »

Dans l'immédiat, elle s'était simplement contentée de le faire prendre en filature pour en apprendre plus sur lui. Yūto étant dans sa classe, il avait été désigné pour le faire. Mais le temps était venu de changer de stratégie.

Mais une question se posa alors très vite.

Comment allaient-elles faire pour l'approcher ?


Assis en tailleur sur le bord d'un immeuble et les bras croisés, Naruto inspira calmement tout en observant la vieille église de Kuoh. Le vieux bâtiment religieux siégeait et s'élevait au loin, par-dessus le quartier périphérique du nord de la ville, son clocher se mêlant harmonieusement aux toits des maisons de par son aspect somme toute assez pittoresque. La ville de Kuoh n'avait jamais entrepris de démolir la vieille bâtisse du fait qu'elle était appréciée des riverains et qu'elle était entrée dans la sphère culturelle et patrimoniale de la préfecture. L'église était en effet assez unique du fait qu'elle datait de l'importation du christianisme du temps de l'ouverture des relations du shogunat du seizième siècle avec l'Empire colonial portugais. L'église de Kuoh avait été parmi les premières construites au Japon et faisait également partie des plus belles et authentiques églises japonaises. Toutefois, en dépit de la communauté kirishitane locale, elle avait cessé d'être occupée par son personnel permanent suite à l'obtention de la ville de Kuoh par le Yondai Maō. La ville étant passée aux mains de l'Enfer, l'Eglise chrétienne s'était dignement retirée en obtenant l'assurance que la bâtisse ne serait pas profanée.

Toutefois, l'Eglise n'avait pas été entretenue depuis, ce qui expliquait son état actuel de délabrement, sa structure initialement blanche désormais souillée par le lierre et la poussière, et son terrain vague alentour. Le calme régnait dans les environs, et le silence ambiant corrélait étrangement avec la présence centenaire de l'église. Bien qu'enfoncé dans ses songes, Naruto maintint son regard sur l'intrigante bâtisse, presque comme s'il pouvait manquer quelque chose à tout instant malgré l'absence évidente de mouvement ou d'activité. Hélas, ou heureusement – il n'en sut rien – rien ne le laissa penser que l'église abritait quiconque, et les seuls mouvements qu'il put observer furent ceux d'occasionnels riverains qui se déplaçaient sur des trottoirs proches, sans doute en partance pour aller travailler.

Pourtant, et ce malgré le manque de succès de cette observation matinale, Naruto resta persuadé que cette église était l'un des seuls lieux, si ce n'était le seul, où les anges déchus qui avaient prétendument infiltré la ville se trouvaient. Depuis plusieurs jours maintenant, le récent Uzumaki s'était mis à la recherche de ses objectifs et de leur hypothétique refuge. Jusqu'à maintenant, ses investigations s'étaient avérées vaines, et il n'avait trouvé aucune trace de Raynare ni des trois autres anges déchus qui étaient supposés l'accompagner dans sa mission de filature. Leur recherche n'aurait normalement pas dû s'éterniser de la sorte, dans la mesure où il pouvait ressentir assez aisément les auras des êtres surnaturels qui se trouvaient non loin. Et alors que Raynare n'était pas la plus puissante des anges déchues qu'il avait eu l'occasion de rencontrer au cours de sa vie, il aurait normalement dû repérer sa présence depuis.

Cette anomalie ne pouvait s'expliquer que de deux manières. L'explication qu'il trouvait la moins probable consistait dans le fait que Raynare et son groupe n'étaient pas à Kuoh ou étaient morts avant qu'il n'atteigne la ville. Si c'était le cas, cette disparition serait lourde de conséquence au sein des Grigori et Naruto préférait ne pas y penser. Tant qu'il n'en avait pas le cœur net, la seconde explication restait la plus probable : Raynare et ses camarades avaient la capacité de camoufler leurs auras magiques respectives. Si c'était le cas, Naruto était impressionné. Cette compétence était difficile à maîtriser et on ne cachait jamais complètement son aura. Malgré cinq cent ans de pratique permanente du camouflage magique, même lui était incapable de se masquer à ce point, et tout être surnaturel suffisamment sensible finissait par ressentir sa puissance lorsqu'il était à proximité. C'était précisément pour cette raison qu'il avait exigé d'Azazel le bracelet qu'il portait désormais au poignet : sans ce dernier, tous les êtres surnaturels de Kuoh, voire même du Kantō tout entier – à commencer par Raynare et les deux héritières – auraient perçu son immense pouvoir. Le fait que Raynare maîtrise donc cette capacité rendait sa mission beaucoup plus compliquée et le forçait de fait à attendre qu'elle apparaisse d'elle-même… A supposé qu'elle apparaisse.

L'espace de quelques secondes, le récent Uzumaki se demanda s'il n'était tout simplement pas plus judicieux d'enfoncer les portes de l'Eglise et de mettre au clair la situation. Si Raynare et son groupe s'y trouvaient, alors il lui suffisait de les neutraliser et de les ramener à Azazel, ce qui réglait la situation. Et s'ils ne s'y trouvaient pas, cela ne changeait rien et sa mission continuait.

Quelque chose le dissuada toutefois d'entreprendre toute action expéditive. Il se rappela de l'expression sur le visage d'Azazel et de ses explications incohérente et soucieuse. Si la raison de sa présence à Kuoh ne s'en tenait qu'à la disparition étrange de Raynare et de ses pairs, le Séraphin déchu ne serait jamais venu le voir pour lui demander de se charger d'enquêter. Non. Il y avait plus qu'à la simple absence de nouvelle de Raynare. Soupirant un instant, légèrement frustré par cette situation étrange, Naruto opta finalement pour la patience et l'observation. Tant qu'il restait à proximité de Hyōdō Issei et de cette étrange académie, l'objectif initial d'Azazel lorsqu'il avait envoyé Raynare ici, le démon ne dévierait certainement pas trop de sa mission d'enquête. La nuance était à trouver dans le « pas trop ». Naruto soupira dès lors.

Encore fallait-il qu'il passe inaperçu. Et ce n'était pas joué vu la tournure des évènements.

Pour commencer, il allait être en retard. Et être en retard seulement quelques jours après la rentrée et qui plus était lorsque l'on était le professeur n'était pas la meilleure des façons de passer inaperçu. Naruto se leva alors et s'étira, laissant l'engourdissement qui s'était accumulé dans ses muscles se dissiper. Dépoussiérant quelque peu son pantalon, le Phenex regarda si les rues en contrebas étaient ou non désertes puis regarda l'heure sur l'écran tactile de son téléphone portable. Il était bientôt dix heures du matin, ce qui signifiait que son premier cours d'anglais de la journée allait bientôt commencer, et sans lui s'il ne se dépêchait pas. Vérifiant une énième fois si personne ne le voyait, Naruto courut alors vers le bord du toit de l'immeuble et se précipita dans le vide, abrité des regards par l'étroitesse d'une ruelle qui se situait derrière l'immeuble. Ses ailes de démons apparurent en pleine chute libre pour réduire sa vitesse, aussi posa-t-il adroitement pied au sol comme s'il n'était jamais tombé de vingt mètres. Sortant alors de l'impasse en regardant à droite et à gauche, le nouveau professeur d'anglais de l'académie de Kuoh reprit sa route en direction de son lieu de travail.

Accordant un dernier regard à la vieille église au hasard d'un tournant qui le lui permit, Naruto s'en retourna finalement vers l'académie et rangea dans un coin de son esprit les questions qui le taraudaient sur sa filature matinale. Laissant la peau de l'Espion, il revêtit alors à contrecœur celle de l'Enseignant. Etant le professeur d'anglais en charge des classes A et C de l'académie, il ferait cours ce matin à la classe 1-A, soit les élèves de première année de lycée de l'académie. Regardant sans véritable intérêt le sol devant ses pieds et avançant à un rythme relativement modéré, Naruto haussa les épaules. Les premières années de Kuoh étaient plutôt calmes, il n'aurait donc que peu de travail à faire pour préserver sa couverture et ne serait confronté ni aux deux héritières ni à leurs deux perspicaces reines.

Une matinée reposante sans regard perçant et indiscret ne pouvait pas être un mal.


Une heure plus tard.

Si Naruto s'était imaginé à un seul instant passer les premières heures de la journée tranquillement et dans un confort relatif, il regrettait désormais sa naïveté et son ridicule excès de confiance. La quiétude du matin et la clarté du soleil avaient sans doute joué un rôle important dans son manque de clairvoyance actuel, mais il était désormais un peu trop tard pour s'apitoyer sur son sort. Il était un peu trop tard, en effet, dans la mesure où il était déjà en difficulté et que se lamenter ne changerait rien à la situation. Et de toute façon, le regard incroyablement pesant posé sur lui était trop inconfortable pour ne serait-ce qu'envisager se plaindre…

Déglutissant, Naruto continua à écrire à la craie sur le grand tableau noir de la salle de la classe 1-A, essayant d'ignorer le raidissement presque douloureux de son dos. Après quelques secondes toutefois, la sensation devint insupportable et il tenta de se soulager dans un petit roulement de l'épaule droit. Imperceptiblement, l'air de rien, il tourna quelque peu sa tête sur le côté pour jeter un coup d'œil en biais sur la classe 1-A… et regretta aussitôt dès lors que ses yeux croisèrent les grands yeux couleur noisette de la jeune fille qui répondait au nom de Tōjō Koneko. Réprimant un frisson, Naruto se reconcentra aussitôt sur le tableau de la classe et reprit l'écriture des réponses aux exercices qu'il venait de donner à ses élèves et qu'il utiliserait en guise d'exemple pour la prochaine partie de la leçon.

Malgré l'absence de contact entre leurs yeux, Naruto sentit toutefois la présence du regard de Koneko, comme si la jeune fille en le fixant sans ciller depuis plus d'un quart d'heure cherchait à percer un trou dans son dos. « Je suis complètement bloqué… Que faire… ? » pensa-t-il alors, se lamentant déjà intérieurement. Se retournant à nouveau pour observer l'état de sa classe, il recroisa le regard étrangement inexpressif de la jeune fille. Mécaniquement, et pour la énième fois, il se retourna vers le tableau sans savoir quoi faire. Les quelques phrases d'anglais écrites dessus prirent alors une importance que de vulgaires phrases ne devraient pas avoir, mais il resta quand bien même les yeux fixés sur elles de manière dubitative.

« Le malaise… »

Si on lui avait déclaré avant les cours que le regard de Tōjō Koneko était encore plus intrusif et gênant que celui de Sōna Sitri, il ne l'aurait jamais cru. Pourtant, c'était bien le cas. Au moins Sōna faisait-elle preuve de bienséance et lui accordait plusieurs moments de répit entre ses tentatives d'analyse et d'investigation, ce qui lui permettait de souffler un peu et d'éviter de faire des choses trop stupides. En comparaison, Koneko était littéralement inflexible et le scrutait avec un zèle à toute épreuve… même si elle donnait l'impression d'être absente et de ne fournir aucun effort dans son acte. C'était presque à se demander si la jeune fille ressentait des émotions.

Indépendamment de son comportement plus qu'embêtant pour lui, Naruto était forcé de reconnaître que Koneko était une jeune fille vraiment mignonne, au point d'en friser l'adorable. Son apparence était vraiment contradictoire avec l'inexpressivité qu'elle émettait à tout instant, mais toujours était-il qu'elle se distinguait du reste de ses camarades de classe. Elle était toute petite, pour commencer, à s'en méprendre sur son âge, puisque les jeunes filles de quinze ans comme elle étaient normalement plus mature que ça d'un point de vue physique. Yasaka au même âge avait déjà l'apparence d'une femme. Et pourtant, du haut d'un mètre quarante, Tōjō Koneko était si petite qu'on pouvait la prendre pour une collégienne voire même une élève de primaire. En dépit de son manque d'expression, ses grands yeux noisette, ambrés et presque jaunes sous différents angles et luminosité, brillaient à la lumière et il émanait d'eux une innocence touchante. Son visage fin était encadré par une chevelure blanche comme neige qui atteignait ses épaules, et ces traits exotiques couplés à ses grands yeux noisette évoquaient étrangement l'apparence d'un petit chaton mignon.

Ce constat donnait à Naruto l'envie de rire, dans la mesure où, en quelque sorte, Koneko portait vraiment bien son prénom.

Si la jeune fille qu'il savait appartenir à la pairie d'une des deux héritières pouvait éviter de le fixer avec autant d'insistance, tout aurait été parfait.

Soufflant imperceptiblement de dépit en sachant qu'elle n'arrêterait pas, Naruto se tourna finalement vers la classe en arborant un grand sourire qu'il espéra suffisamment authentique pour convaincre la jeune démone.

- Bien ! s'exclama-t-il en frappant une fois dans ses mains. « L'exercice est terminé, nous allons passer à la correction. Est-ce que quelqu'un est volontaire ? »

Quelques secondes passèrent sans qu'aucun élève ne se propose pour résoudre l'exercice, et la plupart d'entre eux semblaient avoir baissé le regard pour éviter de croiser le sien. « Sans doute pour éviter d'être désignés… » pensa Naruto avec ironie, le spectacle se répétant indépendamment du cours et de la classe. L'exercice n'était pourtant pas si difficile… mais là encore, l'anglais n'était pas forcément une matière que les jeunes japonais appréciaient pratiquer.

- Personne ? demanda-t-il avec amusement. « Allez, je ne vais pas vous manger. D'ailleurs, la participation compte dans la moyenne, vous savez ? » lança-t-il ensuite amicalement.

Aussitôt, une main se leva avant que quiconque n'ait pu réagir à l'information de Naruto.

- Naruto-sensei.

Les yeux bleus de Naruto croisèrent ceux noisette de Koneko. La lycéenne de première année venait de se proposer pour résoudre l'exercice.

- Oui… Je t'en prie, Tōjō-san.

Calmement, Koneko se leva de sa chaise et se tint devant son bureau. Saisissant sa feuille d'exercice, elle commença à lire de sa petite voix la première réponse de son exercice. Autour d'elle, les élèves commencèrent à l'observer avec émerveillement, et particulièrement les filles dont les yeux de la plupart brillèrent d'une lueur d'admiration étrange. « Koneko-chan est tellement mignonne… » entendit-il dans la rangée de gauche tout en écoutant la petite démone réciter en anglais.

En temps normal, et sachant que Koneko était apparemment réputée pour être la mascotte désignée de l'académie de Kuoh, Naruto aurait pu émettre un petit rire et s'attendrir de la scène.

L'envie lui passa aussitôt qu'elle se présenta lorsque les yeux de Koneko se posèrent de nouveau sur lui… tout en lisant son exercice.

Décidément, la matinée risquait d'être longue…


- Ouvrez vos manuels à la page cinquante-deux. Nous allons corriger l'exercice deux sur les équations à double inconnus et enchaîner sur l'exercice trois.

Obéissant à la requête de leur professeur de mathématique, les élèves de la classe 2-B s'exécutèrent dans le calme et se saisirent de leurs manuels, plongeant la salle de classe dans les bruits du papier que l'on manipule et des sacs que l'on ouvre. Le soleil déjà haut dans le ciel indiquait que l'heure du midi approchait et la fin des cours de la matinée avec. Distrait par l'éclairci, Issei se perdit dans ses rêveries, son regard attiré par la fenêtre et la piste située plus loin sur le campus. Le cours de sport des lycéens de troisième année battait son plein, or, dans la mesure où les filles pratiquaient la course à pied, il était particulièrement compliqué d'ignorer ce fabuleux spectacle… Même couvertes par un survêtement, rien échappait au regard averti de Hyōdō Issei, aussi parvenait-il à percevoir les formes dynamiques et charnues des poitrines des lycéennes au loin. « Quel incroyable spectacle… Hehe… » pensa-t-il avec jubilation, oubliant jusqu'à l'existence du cours du mathématique se déroulant à l'instant même.

- Hyōdō-san ! s'exclama tout à coup l'enseignante en math de la classe 2-B.

L'exclamation sévère de sa professeur suivi du bout de gomme qui percuta son front fit sursauter Issei dans la surprise et la confusion. Ramené à la réalité, il se rendit compte qu'il avait été remarqué par Ichizen Naomi, sa professeur de mathématiques, et qu'il était devenu le centre d'attention de ses camarades. La plupart d'entre eux, en majorité les filles, le toisaient avec une animosité à peine masquée, ce qui fit se rendre compte à Issei que la totalité de sa classe savait où son regard avec été concentré à l'instant. Se raidissant dans la gêne, il regarda penaud son enseignante.

- H-Hai, Ichizen-sensei.

- Concentrez-vous sur le cours et les exercices, Hyōdō-san, continua-t-elle une fois qu'elle avait obtenu son attention. « Au prochain avertissement, ce sera deux heures de retenue. »

- Hai…

Convaincue d'avoir été comprise par son pervers d'élève, la professeur reprit son livre et invita l'une des filles au premier à continuer sa démonstration. Comme s'il ne s'était alors jamais arrêté, le cours reprit de plus belle et l'attention portée sur Issei se dissipa, permettant à ce dernier de soupirer de soulagement. Se replaçant comme il fallait sur sa chaise, Issei ouvrit son manuel à la bonne page et appuya son menton sur sa main en essayant de s'intéresser au cours… En vain.

Décidément, Issei n'aimait pas les maths. Fort heureusement, la silhouette mature d'Ichizen Naomi et ses seins à peine contenus par sa chemise rattrapaient le fait qu'il n'arrivait pas à se concentrer en cours : elle lui permettait de faire semblant d'être intéressé par le cours tout en reluquant sa professeur. Aujourd'hui, Naomi portait une chemise blanche assez fine… A en juger par les regards extrêmement concentrés et pointilleux de Matsuda et de Motohama, les deux espéraient certainement voir à travers le tissu. Hélas, il ne faisait pas assez chaud pour que leur enseignante transpire, et cette dernière n'était pas assez imprudente pour permettre une situation où il serait possible de voir à travers une chemise devenue transparente à cause de la transpiration.

Les cours étaient vraiment le moment le plus frustrant d'une journée à l'académie de Kuoh, pour la simple raison que c'était le moment où Issei se trouvait au plus près des filles de sa classe, mais qu'il était impossible sans être remarqué de les reluquer. Les angles étaient mauvais et il était exposé. Aussi devait-il composer avec l'ennui, ce qui n'était pas facile, puisque regarder les filles courir à l'extérieur l'exposait aux représailles de ses camarades de classe féminines. Il soupira donc imperceptiblement d'ennui et attendit longuement jusqu'à ce que la sonnerie marquant la fin daigne bien retentir pour l'extirper de ce calvaire.

- Réponse correcte, Murayama-san, prononça alors Naomi tout en adressant un sourire à l'une des voisines d'Issei.

Issei fit attention à ne pas trop laisser traîner son regard quand il posa les yeux sur la jeune fille aux cheveux roses qui répondait au nom de Murayama Ritsu. Murayama Ritsu était une fille qui n'avait rien à envier de ses pairs. De taille moyenne, étant à la fois svelte et jolie, en plus d'être athlétique, Ritsu possédait toutes les qualités requises pour s'intégrer efficacement au sein du corps étudiant de l'école. En ce sens, elle excellait à l'intérieur de la classe autant qu'à l'extérieur, étant bonne en classe et ayant tissé avec assiduité des liens avec la majorité de ses camarades de classe et d'autres classes. Issei pouvait déplorer le fait qu'il faisait partie des rares qu'elle ne cherchait pas à approcher, exception qu'il partageait avec ses deux amis Matsuda et Motohama.

Additionné au fait d'être sa voisine et camarade de classe, Ritsu était également la vice-présidente du club de Kendo de l'Académie de Kuoh. Si Issei pouvait la situer par rapport à lui, il était clair pour tout le monde qu'elle était ni plus ni moins que sa Némésis.

Pour être plus clair, Ritsu le détestait.

Accompagnée de sa meilleure amie et présidente du club de Kendo, la lycéenne de deuxième année Katase Yui, les deux jeunes filles exécutaient avec zèle ce que la plupart des filles de l'académie appelaient l'Action de défense contre le Hentai San'nin-gumi. C'était sans doute le pire moment dans une journée par lequel Issei pouvait passer, dans la mesure où il était alors systématiquement poussé à cavaler à travers le campus pour éviter d'être attrapé par ce comité de discipline improvisé. Quand il était attrapé… Ce n'était pas très agréable. Mais il était rarement agréable d'être roué de coup par une bande de filles enragées, et d'autant plus si elles étaient armées de shinai.

Par automatisme, Issei baisse le regard sur son manuel, si vite que Ritsu ne parvint pas à le surprendre en train de la reluquer malgré le sentiment désagréable qui la prévenait en général qu'Issei la dépouillait du regard. Sceptique et méfiante, elle le fixa un instant en guise d'avertissement avant de recentrer son attention sur le cours. Issei soupira imperceptiblement de soulagement.

« Pourquoi est-ce que c'est tout le temps moi la cible ? » pensa-t-il avec résignation tout en s'affalant sur son bureau. C'était vraiment horrible, il n'avait littéralement aucun répit. Il savait que la route pour devenir le roi du harem était périlleuse et semée d'obstacle, mais c'était vraiment décourageant de constater que les filles l'évitaient comme la peste. Il ne suffirait juste que de l'attention d'une seule juste une seule, et il serait heureux. Pourtant, les dieux lui refusaient odieusement ce privilège qu'il était sûr de mériter.

Comme pour répondre à sa pensée, la voix de Kiba Yūto résonna à travers la pièce. Ce dernier, levé et son cahier à la fois, répondait à un problème de l'exercice.

Et avec brio.

- Bravo, Kiba-san. Brillante réponse, comme toujours, s'exclama Naomi dans un ravissement à peine contenu.

Yūto adressa en réponse un radieux sourire empreint d'humilité, et se pencha gracieusement dans un arc respectueux avant de se rasseoir, suscitant aussitôt les faveurs et approbation fascinées de ses voisines et des filles de la classe. « Aah… Kiba-kun est tellement beau… » « Kiba-san est un tel gentleman… » « Ses yeux sont tellement magnifique… » Issei sentit une veine sur sa tempe se serrer dans la rage et la jalousie en observant celui qu'il considérait comme son pire ennemi et rival. Kiba Yūto, le pire bishōnen de l'existence. Par sa simple présence, à cause de son apparence prétendument extrêmement belle et de ses manières extrêmement raffinées, Yūto lui volait littéralement la vedette et attirait sur lui l'attention de toutes les filles alentours. En un instant, quand il apparaissait, Issei et les autres garçons tombaient dans les ombres du désintérêt. Et c'était loin d'être une exagération, comme il put le constater à l'instant en observant Ritsu. Car à l'instar de ses semblables, la Murayama fixait Yūto avec admiration, les mains jointe dans une prière et des étoiles brillant dans ses yeux.

« Quelle frustration… C'est frustrant, bon sang ! » grogna-t-il intérieurement. « Il n'y en a que pour lui, à ce foutu Beau gosse ! C'est tellement injuste… »

Pourtant, les plaintes qu'il put émettre à quiconque pouvant l'entendre ne changèrent en aucun cas la situation. Car à la lumière du soleil passant à travers le carreau des fenêtres, Hyōdō Issei fut toujours autant méprisés par ses pairs féminines, tout à l'inverse de Kiba Yūto. Et ce n'était vraisemblablement pas sur le point de changer.


Trois heures plus tard.

Rias avait toujours été une élève studieuse et elle avait toujours aimé apprendre aussi longtemps qu'elle s'en rappelait. Le fait d'avoir été confrontée très jeune aux disciplines de la scolarité avait sans doute joué beaucoup dans l'aisance presque mécanique qu'elle cultivait aujourd'hui, aussi n'avait-elle aucun mal à mobiliser sa concentration quand il le fallait. Par conséquent, il était clair pour tout le monde que Rias était en tout point une élève modèle, et elle excellait dans toutes les disciplines scolaires, absorbant les connaissances sans blocages de quelques natures que ce soit, et ceci malgré la sévérité de sa mère ou certains de ses précepteurs du temps où elle avait appris à devenir une bonne duchesse pour la maison Gremory. Son séjour au Japon et son installation à Kuoh n'avait aucunement changé ses habitudes quand bien même le cadre de l'académie, du fait de l'absence de Venelana ou ses tuteurs, était bien plus laxiste.

Pourtant, et en dépit de ses efforts, Rias ne parvint aujourd'hui pas à se concentrer comme elle en avait l'habitude.

Le cours de littérature qui se déroulait n'arrivait pas à capter son attention et elle s'évadait constamment vers d'autres pensées, ne prenant aucune note du cours. Elle avait essayé au départ, mais après plus d'une heure de cours, et constatant la pauvreté de contenu de ses notes, elle avait tout simplement posé son stylo en se rendant à l'évidence qu'il était vain d'essayer de se discipliner. Aujourd'hui était un mauvais jour. Elle en avait rarement, mais elle en avait tout de même.

Le soleil était haut dans le ciel et allait dès lors vers sa redescente, signifiant le commencement de l'après-midi. A quelques rangées sur sa gauche et un cran derrière elle, Rias vit Akeno prendre des notes. Tout comme elle, sa reine semblait ailleurs, bien que légèrement plus concentrée sur le cours étant donné qu'elle prenait réellement note du cours. Quand elle sentit le regard de Rias sur elle, Akeno leva la tête et lui fit un bref clin d'œil pour lui signifier son salut. Souriante et ne voulant pas inquiéter outre mesure sa meilleure amie, Rias se retourna et repose son regard sur son bureau, sans perdre pour autant en distraction. Comme elle se trouvait au centre de la salle de classe, et non pas côté fenêtre comme Akeno, il était impossible de flâner en regardant à l'extérieur, or Lucifer seul savait à quel point elle en aurait profité aujourd'hui. Toutefois, ouvrant une nouvelle page sur son carnet de brouillon, elle trouva une occupation toute faite : saisissant un crayon de papier, discrètement, elle commença à dessiner.

Les jour se suivaient les uns les autres, lentement, et se ressemblaient. Leur succédant inéluctablement, les nuits étaient tout aussi semblables. Jour comme nuit, elle se contentait d'attendre que le temps passe, à défaut de trouver une solution à sa situation actuelle, une solution qui pouvait lui faire entrevoir un espoir. Distraitement, plongée dans ses songes, l'héritière Gremory dessina sans vraiment s'en rendre compte plusieurs des pièces démoniaques de son jeu, ces dernières apparaissant dans ses pensées au fur et à mesure qu'elle les dessina.

Lorsqu'elle pensa au fait que plus de la moitié de son jeu de pièces démoniaques était encore inutilisé, Rias fronça soucieusement les sourcils. L'échéance arrivait pourtant à grand pas. L'accord que les maisons Gremory et Phenex avaient passé stipulait qu'elle serait mariée à l'issue de ses études, au cours de sa dix-huitième année. Ce qui signifiait qu'il ne lui restait plus que cette année pour utiliser les pièces qui lui restaient. C'étaient de belles pièces. Mais dans sa situation, elle ne pouvait se réjouir de les posséder simplement. Une tour. Un cavalier. Un fou. Huit pions, dont quatre aux formes irrégulières. Ils rendaient bien sur son cahier de brouillons, représentés au détail près, avec ce dégradé de gris qu'elle imaginait être un dégradé d'un rouge rubis flamboyant.

Ironiquement, ce dégradé décoloré et sombre ne pouvait pas mieux leur seoir. Car le rubis laissait place à ce gris déprimant de la même manière que son contrôle laissait place au chaos, et que sa situation lui échappait. Lentement, une imposante et lugubre main ténébreuse l'enserrait, telle une ombre, lui faisant perdre son brillante éclat, jusqu'à l'étouffer dans l'obscurité celle de la honte et d'un futur dénué de saveur.

Fermant les yeux un instant, Rias chassa prestement ces pensées désespérantes de son esprit. Ce n'était en aucun cas une bonne chose de cultiver les angoisses. Elle devait focaliser ses pensées sur ce qui était utile, et quand bien même ne disposait-elle que de très peu de solution, c'était là qu'elle devait garder concentrée son attention. Hyōdō Issei, c'était sur lui qu'elle devait se concentrer. Koneko le prenait en filature chaque jour après les cours pour essayer de comprendre qui il était, et Rias savait qu'elle ne pourrait pas attendre indéfiniment avant de l'approcher et de lui proposer la réincarnation. Attendre ne ferait que compliquer les choses, dans la mesure où ce garçon qu'elle savait incompétent sans même le connaître prendrait du temps à entraîner. Si elle s'y prenait trop tard, sa réincarnation serait inutile puisqu'il ne servirait pas à grand-chose au cours d'un Rating Game, faute de compétence en combat.

Lucifer seul savait à quel point elle rechignait à l'approcher. Il n'avait vraiment pas l'air fiable, et elle aurait préféré avoir quelqu'un d'autre à disposition. Quelqu'un ayant l'air plus engageant, plus fiable, plus fort…

Sans s'en rendre compte, elle dessina le visage de l'homme qui inconsciemment, apparut à son esprit. Des cheveux qu'elle conceptualisait blonds, ces marques de moustaches étranges, ce regard bleu inflexible… Si seulement Uzumaki Naruto était un humain avec ne serait-ce que l'indice d'une aura magique particulière ou d'un pouvoir…

Là encore, elle ne faisait que spéculer. Disposer d'une aura magique ou d'un pouvoir particulier ne garantissait en rien la rentabilité d'une réincarnation. C'était un risque, un pari qui se jouait à tout instant. Avec Uzumaki Naruto dans l'absolu, tout comme avec Hyōdō Issei et son intriguant Sacred Gear. Au final, quoi qu'elle fasse, Rias devrait assumer ses décisions et se débrouiller avec les ressources qu'elle avait à disposition. Et c'était à supposer qu'elle réincarne Issei, ce qui n'était même pas encore sûr.

Rias soupira.

Tout ceci n'était en aucun cas pour la rassurer.

Levant les yeux au plafond, elle se demanda ce que pouvait bien faire son étrange et curieux professeur d'anglais à l'instant…


Une soudaine envie d'éternuer éprit Naruto, alors qu'il écrivait des phrases en anglais sur le revers du tableau noir. Se rattrapant in extrémis et se retenant ainsi de troubler avec fracas le silence qui s'était établi depuis plusieurs minutes, l'ancien Phenex continua sa tâche laborieuse dans un léger soulagement. Revenant ensuite s'asseoir sur son siège, il posa l'espace de quelques secondes son regard sur la classe qu'il prenait en charge durant cette partie de l'après-midi. Comme si le cours de la matinée passé sous le regard intense de Tōjō Koneko n'avait pas été assez, il se retrouvait maintenant à faire cours pour la classe de Sōna Sitri, dont la lueur suspicieuse brillant au sein de ses yeux violet n'avait rien à envier à sa petite cadette de première année.

Néanmoins, alors qu'il se mit à lire un document de cours assis devant son bureau, Naruto put profiter d'un relatif moment de répit, en ce sens que la classe 3-A était en pleine heure de contrôle de connaissance et qu'au silence qui s'imposait s'ajoutait la concentration des élèves. Sōna et celle que Naruto se doutait être sa reine, Shinra Tsubaki, étaient donc trop occupées à finir leur contrôle pour se préoccuper de lui. Suffisamment couvert par le document qu'il tenait dans sa main, et le regard presque dissimulé par le haut de la feuille polycopiée, Naruto profita par conséquent de ce moment de répit pour observer les deux jeunes et jolies diablesses.

Sōna et Tsubaki étaient respectivement les troisième et quatrième filles les plus populaires du lycée. Là où Rias et Akeno évoquaient un idéal social à atteindre par leurs beautés et leur attitude conviviale, Sōna et Tsubaki étaient admirées pour leurs beautés et leur sérieux. L'aura d'inflexibilité et de supériorité qui émanait des deux présidentes du conseil étudiant mystifiait leur image à les en rendre idéales et désirables, mais par le fait inaccessibles pour le commun des étudiants. Le contraste était clair comme de l'eau de roche entre d'une part Rias et Akeno qui cultivaient la sociabilité et d'autre part Sōna et Tsubaki, qui se complaisaient dans une atmosphère studieuse irréprochable. Pour autant, elles restaient de jeunes diablesses dont l'innocence et la douceur étaient claires malgré les apparences professionnelles rigoristes qu'elles cherchaient à construire autour d'elle. Pour un démon du vécu de Naruto, cette vue ne pouvait être autre chose qu'attendrissante. Les toutes premières années de la vie, celles où l'on découvrait le monde, restaient parmi les meilleures.

L'heure passa petit à petit, tandis que les élèves de la classe 3-A continuèrent à remplir leur feuille de contrôle. Comme il s'accouda, Naruto ne put s'empêcher de sourire avec amusement en observant ses élèves. La plupart semblaient particulièrement indisposés par l'étrange exercice qu'ils avaient à faire, ce qui s'expliquait du fait que les élèves Japonais de l'enseignement secondaire n'avaient que rarement ce genre de contrôle. Les cours étaient essentiellement magistraux, aussi apprenaient-ils par cœur et accumulaient jusqu'à la restitution de fin de trimestre au cours d'épreuves sur table. Une poignée d'élèves seulement parvenait à s'en sortir sans mal… Et l'Uzumaki ne fut en aucun cas surpris d'y compter les deux diablesses de la maison Sitri. De par leur qualité de démones, Sōna et Tsubaki étaient naturellement douées pour comprendre les langues humaines dans leurs globalités, et l'anglais ne faisait en aucun cas exception à la règle.

Sōna fut la première à finir l'épreuve, en un minimum de temps. Tsubaki la suivit de près, alors qu'à peine une demi-heure s'était écoulée et que la fin du cours était encore loin d'arriver. Hélas, Naruto n'avait absolument rien prévu pour les lycéens plus rapides, aussi Sōna et Tsubaki s'occupèrent comme elles purent en attendant que le temps ne passe : Elles l'observèrent. Soupirant derrière sa feuille, le professeur d'anglais se décida tout simplement de laisser les choses se faire. Après tout, il n'allait pas esquiver constamment les regards de ses élèves et s'identifier de lui-même comme une personne ayant un comportement suspect.

Dès lors, son regard croisa celui de Sōna, à qui il décida de rendre la politesse en lui adressant un sourire amical. La réaction qu'il escomptait fut encore meilleure, puisque surprise dans son indiscrétion, Sōna baissa aussitôt les yeux et fixa sa table, les joues rouges de gêne. Bien que moins expressives que sa maîtresse, dès lors que Naruto plongea dans ses yeux hétérochromes, Shinra Tsubaki détourna son regard pour fixer l'extérieur de la salle de classe.

Croisant ses bras et se penchant légèrement sur son bureau, il fut d'autant plus compliqué pour le démon de dissimuler son amusement.

Sōna fut particulièrement énervée de la tournure des choses, mais rien n'y put : dès le moment où le violet de ses yeux entrèrent en contact avec le bleu de ceux de son professeur, quelque chose d'instinctif et d'étrangement très féminin la poussa à détourner son regard. Plus encore que cette étrange réaction, elle avait également réprimé un sursaut sous l'impulsion d'adrénaline provoqué par le croisement de leurs regards, tandis que son cœur s'était mis à battre la chamade. Elle ne prenait même pas la peine de noter le fait que ses joues étaient rouges d'un mélange d'émotion qu'elle identifiait être de la gêne et de l'appréhension. « Bon sang, pourquoi est-ce que mon corps réagit comme ça… ? » pensa-t-elle avec frustration. Ce fut une chance qu'aucun de ses camarades ne remarqua dans quel état elle se trouvait à l'instant car elle aurait sans nul doute été mortifiée de honte.

Mais pour autant, et malgré ses efforts, elle ne parvint pas à modérer ses propres réactions et resta ainsi, timidement bloquée devant son bureau et rougissante. Cet état de vulnérabilité était vraiment incompréhensible, or Sōna détestait être vulnérable. Par extension et déduction logique, Uzumaki Naruto étant la source de cet inconfort incontrôlable, elle le détestait de fait. Mais pourquoi donc ne ressentait-elle aucunement d'animosité envers l'homme ? Assurément, la rougeur qui assaillait ses joues et la gêne qui l'indisposait devant l'homme blond n'étaient en aucun cas des émotions s'apparentant à l'antipathie ou autre sentiment virulent de cette nature. Quand elle plongeait dans ces deux grands yeux bleus évoquant autant de sympathie et de quiétude, la nature des émotions qui l'éprenait lui rappelait ce qu'elle ressentait lorsqu'elle était en compagnie de personne de confiance. Or, elle ne connaissait pas cet homme. Et aucun humain normal ne pouvait émettre, à sa connaissance, ce genre d'aura rassurante.

Quiconque autre qu'elle tomberait instantanément dans le panneau et se laisserait amadouer par l'ambiance de sociabilité et de douceur entourant cet homme. Mais pas elle car elle était Sōna, héritière de la maison princière des Sitri, et qu'en qualité de Princesse des soixante-douze piliers, elle ne pouvait se permettre de se fourvoyer pour de si volatile instinct.

Lesdits instincts la prirent à nouveau de court lorsque la rougeur sur ses pommettes s'assombrit, tandis qu'elle releva les yeux pour croiser ceux de son étrange professeur.

« Uzumaki Naruto… Je démasquerais la supercherie t'entourant avant de rendre le jugement que méritent les trouble-fête dans ton genre… »


Une heure plus tard.

- J'en peux plus… Je veux rentrer chez moi…

Tout comme il marchait en traînant des pieds le long d'un chemin du parc du campus, Issei entendit dans son dos son ami Matsuda Yasuaki pousser un soupir de dépit et d'ennui. La journée avait été fatigante, Issei ne pouvait pas le nier entre les interventions de leurs professeurs pour les garder concentrés sur les cours et les œillades acérées et constantes de Ritsu et des autres filles de la classe, il y avait de quoi sortir vidés de toute énergie pour le vénérable « Hentai San'nin-gumi ». Ceci étant dit, la réaction dépressive et la démarche branlante de Matsuda semblait tout de même un peu excessive, même aux yeux d'Issei.

- Je n'ai plus de mana… Pour alimenter mon Scooter… !

Issei se tourna sur sa gauche et haussa presque ses sourcils dans la dérision lorsqu'il constata la démarche encore plus chancelante de Motohama. Le garçon à lunette tremblait de tout son long et son visage était blanc comme un linge, comme si ce dernier faisait une crise d'anémie. Ou d'épilepsie, vu la dilatation démesurée de ses pupilles.

- La seule manière de recharger le pouvoir de mon Surī Saizu Sukautā est d'observer des filles… Je n'ai pu observer aucune fille de la journée… Mon pouvoir légendaire disparaît… ! Quelle souffrance…

Le climat et la quiétude ambiante si typique au parc de l'académie de Kuoh laissèrent le trio à un silence serein, ponctué de quelques piaillements d'oiseau et couvert par le crissement des cigales. Issei croisa les bras et leva les yeux au ciel. Obstrué par le feuillage des arbres du parc du campus, les rayons du soleil passaient légèrement, éclairant avec parcimonie depuis la cime des feuillus et projetant une douce lumière printanière sur les trois garçons. Selon Issei, ses amis en faisait trop, autant Matsuda que Motohama. Ils n'avaient pas encore été poursuivis par les membres féminins du club de Kendo, alors la journée ne pouvait pas être si terrible.

Tout à coup, Motohama s'arrêta net dans sa marche et resta droit comme un piquet, ses yeux dissimulés derrière l'opacité que provoqua les jeux de lumière sur le verre de ses lunettes. En conséquence, intrigués, ses deux amis s'arrêtèrent et se retournèrent vers lui.

- Ça suffit ! s'exclama aussitôt Motohama en replaçant de l'index ses lunettes. Puis il fit un grand revers de la main droite, essayant de se donner un style digne. « Je ne peux plus supporter cette situation outrageante ! Issei, nous devons par tous les moyens observer des Oppai aujourd'hui ! C'est notre devoir ! Le pouvoir de mon Scooter en dépend ! »

Naturellement, Matsuda réagit au quart de tour et se tourna vers Issei en serrant le poing dans une pose bien plus ridicule qu'elle ne se voulut épique.

- Motohama a raison ! Il en va de notre dignité d'hommes ! Issei, guide-nous ! Vers le Saint Graal, vers le Chrysanthème ! Le Nirvana !

- Des seins, Issei ! s'écria à son tour Motohama.

L'épaisseur du bois et leur position isolée leur épargnèrent les regards dégoûtés d'éventuels lycéens, aussi les deux illuminés servant d'amis au Hyōdō restèrent ainsi, les bras levés vers le ciel et les yeux fermés comme s'ils priaient une hypothétique divinité… Si tant est que pervers comme ils étaient, une divinité daigne leur accorder ne serait-ce qu'une once de bénédiction…

Issei se mit à rire un peu nerveusement avant de passer une main sur sa nuque d'une manière gênée.

- Les gars, je pense qu'on devrait passer inaperçus aujourd'hui… On s'est fait griller par le club de Kendo la dernière fois, on nous a à l'œil pour l'instant. Vous savez bien que si on se fait attraper à nouveau, on ne s'en sortira pas qu'avec de simples bleus…

Aussitôt, Motohama et Matsuda stoppèrent leur prière avant de se réfugier dans de lourdes réflexions. Croisant les bras, Matsuda plissa ses yeux dans un air de concentration teinté de frustration.

- Bien que cela me fasse mal de le reconnaître, tu as raison. Epier le club de Kendo serait une mauvaise idée aujourd'hui…

Un silence s'abattit alors et plongea les trois garçons dans l'embarras, alors qu'ils réalisèrent à quel point leurs mouvements étaient limités. Cela, jusqu'à ce que Motohama soulève légèrement ses lunettes du bout de l'index, provoquant un contre-jour et dissimulant ses yeux derrière ses verres. Et comme à chaque fois qu'il le faisait, une aura manipulatrice sembla émaner de lui.

- Pourquoi ne pas simplement espionner un autre club ? proposa-t-il d'un ton mesquin et jubilatoire. « J'ai ouïe dire que les filles du club de tennis étaient autant, sinon plus érotiques encore que celles du club de Kendo. »

- V-Vraiment !? s'exclama Matsuda sans attendre.

Un grand sourire s'étira sur la face du garçon à lunette.

- Vraiment. Je tiens ces informations de source sûre : les pronostics de mon fabuleux, de mon magnifique Sukautā !

Le regard de Matsuda s'illumina comme il se tourna de nouveau vers Issei, plus vigoureusement encore.

- Issei ! s'écria-t-il. « C'est notre chance ! Allons-y, pour l'honneur ! »

Issei observa à tour de rôle ses deux camarades, passant de l'un à l'autre plusieurs fois, se demandant si c'était une bonne idée de tester autant leur chance. Mais alors, l'image de maillots serrés et en sueur sous le soleil luisant, contenant difficilement les poitrines des joueuses de tennis, leurs minishorts épousant la formes de leurs cuisses charnues et de belle jambes claires et longilignes apparurent à son esprit… En moins de temps qu'il ne fallut pour le dire – et tandis qu'il se mettait à trépider d'excitation à l'idée d'observer un spectacle aussi exotique – l'avis mitigé et réticent d'Issei s'inversa littéralement, alors qu'un immense sourire lubrique se tissa sur son visage.

Son sourire fit écho aux petits rires à peine contenus de ses deux camarades, qui comprirent sans mal son nouvel état d'esprit.

- Vous avez raison les gars ! s'exclama alors le Hyōdō avec excitation. « Cap le terrain de tennis ! »

Ils étaient loin de se douter que la vue dépasserait de très loin leurs espérances d'alors.


- Kiyome-senpai !

- Vas-y, Kiyome-senpai, tu vas la battre !

Rias grogna imperceptiblement alors que les cris et ovations fusaient de toute part. La zone était plongée dans un tel brouhaha qu'elle en fut complètement déconcentrée et qu'elle manqua de très peu la balle qui traça son chemin vers la barrière du cours du tennis quelques mètres plus loin. La balle était passée si vite que la jeune Gremory l'avait à peine vu, si bien qu'elle restait là, immobile et sa raquette tendue en avant en essayant de comprendre ce qui venait d'arriver.

- Rias-oneesama, courage !

Rias fronça les sourcils en essayant d'ignorer tant bien que mal les cris autour d'elle, quand bien même certains venaient de personnes l'encourageant. En effet, une petite foule improvisée d'étudiant s'était progressivement amoncelée ces dernières minutes et entourait désormais le cours de tennis de l'académie de Kuoh, filles comme garçons, toute année confondue.

- Alors Rias ? Tu n'arrives plus à suivre ? Je vais finir par te battre à plate couture à ce rythme !

Rias revint à elle et tourna la tête vers la jeune fille qui lui faisait actuellement office d'adversaire.

A l'instant même, une puissante brise se leva et souffla fortement à travers le cours de tennis. Les quelques nuages qui avaient alors partiellement obstrué le soleil se décalèrent en direction du sud, laissant alors l'astre éclairer toute la région. Dès lors, l'éblouissante lumière se réverbéra l'espace d'un instant dans un reflet sur la longue et soyeuse chevelure brune de la jeune fille que Rias connaissait sous le nom d'Abe Kiyome.

De quelques semaines sa cadette, Kiyome était une lycéenne de la classe 3-B de l'académie de Kuoh. Elle était la présidente et capitaine du club de tennis de l'école et, autant que Rias pouvait en dire, était également l'une des filles les plus populaire de l'académie. Elle était belle, pour commencer, et même Rias pouvait le reconnaître. Atteignant un mètre soixante-dix, Kiyome était tout comme elle légèrement plus grande que la moyenne. Facilement remarquable de ce fait, elle alliait ce trait à une silhouette longiligne et svelte, ne cachant en aucun cas le physique léger et athlétique dont elle était la détentrice. Sa longue chevelure était soyeuse et luisait au soleil tant la brillance de sa couleur brune était intense. En plus d'être d'une belle couleur brune, ses cheveux étaient délicatement bouclés, ce qui donnait à l'apparence déjà séduisante de Kiyome une touche occidentale très exotique qui dévoilait son métissage européen.

À en constater les regards hypnotisés des nombreux garçons sur les côtés, ledit métissage avait également beaucoup joué dans le développement de son corps, puisque Kiyome Abe n'avait strictement rien à envier de Rias ou d'Akeno, et son importante poitrine serrée à travers sa robe de tennis rebondissait au gré de ses mouvements vifs et précis. Rapide et adroite, Kiyome suscitait à chaque attaque et chaque retour de balle l'admiration de ses pairs, à en rivaliser l'admiration et l'engouement que suscitait Rias. Lors de ces moments particuliers, Rias pouvaient aisément constater le fait que Kiyome était, comme on le disait souvent, bel et bien la cinquième fille la plus en vue de l'académie.

- Tu abandonnes déjà ? Je m'attendais à plus de volonté de ta part, Rias !

Rias ne préféra pas réagir ouvertement à la raillerie adverse, aussi se contenta-t-elle de froncer les sourcils en voyant l'air provocateur de Kiyome. Se tenant droite et digne, cette dernière avait déjà la raquette tendue et le regard acéré dans l'attente, prête à contrattaquer. Cette vue, en plus du silence qui s'imposa, rappela à Rias un fait très important : Tout comme Sōna, Kiyome était l'une de ses rivales.

- Je vais te faire manger ces mots, Kiyome… Prépare-toi !

Les yeux ambrés de la capitaine du club de tennis croisèrent ceux bleus de la présidente du club d'occultisme. En moins d'une seconde, les deux jeunes femmes comprirent que cette situation de statuquo n'avait que trop duré, et que les choses sérieuses commençaient enfin. Aussitôt, une aura magique imperceptible pour le commun des mortels se forma autour des raquettes des deux rivales tandis que leurs yeux s'illuminèrent sous l'impulsion magique soudaine. Saisissant sans attendre une balle, Rias servit à son tour et effectua une frappe si puissante que l'impact raisonna dans un fracas brusque et sec. Presque instantanément, tout aussi concentrée, Kiyome frappa la balle à son tour et contrattaqua.

Dès lors, le simple match de tennis livré par les deux étudiantes se métamorphosa littéralement et devint un affrontement acharné. Aux compétences humaines limitées succédèrent un ensemble de mouvements surhumains, les deux jeunes filles s'affrontant à des vitesses hors du commun. Imbibée de magie, la balle de tennis s'imprégna d'une telle force cinétique et d'une telle vitesse qu'elle fut perçut à l'œil nu comme une boule d'énergie, fondant à tour de rôle de part et d'autre du terrain à la vitesse d'un boulet de canon.

Et malgré ce spectacle relevant davantage du champ de bataille que du match de tennis, Akeno se tenait sagement sur le côté, tout sourire, imperturbable. Ce n'était pas le cas du reste des étudiants. « Incroyable ! » « Elles sont tellement classe… » « Je ne savais pas qu'on pouvait jouer à un tel niveau… C'est presque inhumain. » Tous pris de fascination par l'affrontement, filles comme garçons murmuraient divers commentaires, certains tentant difficilement de suivre les mouvements de la balle de tennis et d'autres fixant ébahis les silhouettes incroyablement gracieuses des deux joueuses acharnées. Canalisant et filtrant son aura magique à travers toute la zone, Akeno commença à altérer la perception des étudiants pour qu'ils se mettent à croire que cette situation n'avait rien d'anormale malgré son aspect surnaturel évident.

Ce fut également à ce moment précis qu'Issei et ses deux camarades arrivèrent. Intrigués par le regroupement dense et improvisé d'étudiant, les trois garçons essayèrent tant bien que mal de se hisser à travers l'épaisse foule en délire pour obtenir un point de vue sur les évènements et arriver à comprendre ce qui se passait. Mais en dépit du manque de point de vue, ils comprirent dans un premier temps relativement bien ce qu'ils étaient en train de manquer.

- Rias-sama, vas-y !

- Courage Kiyome !

Les nombreux cris et encouragements qui se soulevèrent progressivement avec l'excitation ambiante accompagnèrent la cadence toujours plus effrénée des frappes de balles sur le terrain. Une salve de cris impressionnés se leva lorsqu'Issei perçut à travers le brouhaha l'impact présumée de la balle de tennis sur le cordage d'une raquette. Au même moment, il repéra à travers les spectateurs admiratifs un espace à travers lequel il prit la décision de se hisser. Lentement, il se rapprocha du haut grillage et d'une potentielle vue sur les deux adversaires qui se livraient alors ce match effréné.

Et ce fut alors qu'il les vit. Et Issei comprit dès lors pourquoi tant de monde s'était amoncelé là, devant ce grillage du cours de tennis, et que plus rien ne se passait d'autre depuis dans les alentours. « Rias-sama, vas-y, fais voler tes Oppai ! » Le hurlement diffus de Matsuda à travers le brouhaha et les nombreux cris d'encouragement n'atteignit même pas les oreilles d'Issei, les seuls sons lui parvenant dès lors clairement étant ceux émis par les deux filles devant ses yeux et leurs solides raquettes.

Sautillant sur le terrain et virevoltants dans les airs sans ne sembler ne serait-ce qu'atteintes par la gravité, les deux lycéennes laissèrent place à deux combattantes rivales, maniant leurs raquettes aussi agilement que des fines lames manieraient l'épée et les prunelles de leurs yeux s'emplissant d'une lueur de vivacité furieuse et passionnée. Car les deux jeunes femmes, à défaut d'évoquer deux joueuses de tennis expérimentées, prirent l'apparence de fées guerrière ou de valkyries dont les capacités n'avaient de limites que l'engouement de leurs observateurs.

« Qu'est-ce qu'elles sont belles… » A cette vue féérique, quelque chose fut bouleversé au sein d'Issei. Il ne pensa dès lors plus à l'excitante vue féminine malgré le fait qu'il n'y aurait peut-être pas eu meilleur position et moment pour l'apprécier à sa juste valeur. Plutôt que d'apprécier l'érotisme des silhouettes en mouvement et des halètements d'effort, pris par l'intensité de la confrontation, cette fois-ci – juste cette fois-ci - il apprécia la splendeur de leur performance, pleine de dignité et de grâce, et l'impressionnante et fulgurante confrontation entre deux personnalités dont les vigueurs et les forces de caractère n'étaient plus à démontrer.


Proportionnellement à la descente du soleil au sein de la voute céleste et à la lente venue du crépuscule, Rias sentit son pouvoir de diablesse lui revenir à son plein potentiel. Encore bien présents mais d'une impression tout de même fébrile, les rayons du soleil passaient à travers la cime des arbres du parc du campus de l'académie. Les quelques étudiants qui étaient restés jusqu'à la fin du match commençaient à partir le temps étant venu de quitter l'école et de rentrer chez soi. Respirant calmement l'air frais, Rias fixa le dos des derniers curieux en partance, tel que celui d'Issei Hyōdō qui s'éloignait, accompagné de ses deux étranges et excentriques camarades de fortune. La garçon, elle l'avait senti, avait été l'un des spectateurs parmi la foule.

Akeno s'approcha alors de Rias, suivie de Kiyome. Tandis que la première lui adressait son sourire bienveillant habituel, la seconde arbora l'air fier et hautain dont elle était devenue une spécialiste en sa présence. Imperceptiblement, se détournant de Issei, Rias concentra son attention sur la capitaine du club de tennis et croisa les bras sous sa poitrine. Dès lors, les deux rivales et cheffes de club se fixèrent avec insistance sans ne démordre à un seul instant devant l'intensité de leurs lueurs mutuelles de défi.

Jusqu'à ce que finalement Kiyome ne laisse s'échapper un petit pouffement de rire. Finissant par sourire, Kiyome posa ses mains sur ses hanches et adressa à la jeune fille aux cheveux rouges un regard de reconnaissance.

- C'était vraiment serré, mais tu gagnes pour cette fois, Rias, prononça-t-elle avec fair-play. Voyant Rias acquiescer humblement, Kiyome enchaîna tout en passant délicatement une main dans ses cheveux pour en faire voler une longue mèche bouclée telle une princesse. « La prochaine fois, ce ne sera pas aussi facile. Je ne me laisserais pas battre deux fois de suite. À la revoyure. »

Les deux démones regardèrent leur camarade brune s'éloigner dignement d'elles sans se retourner et disparaître plus loin au sein du campus. Lorsque le silence retomba, le long souffle du vent reprit alors la place qui lui était dû, faisant bruisser avec son passage les branches des feuillus et les buissons, donnant à l'atmosphère ambiante une tonalité pleine de repos et de quiétude.

- Tu n'es pas en forme, aujourd'hui. En temps normal, tu aurais battu Kiyome avec plus d'aisance.

Rias se tourna vers Akeno à l'entente de sa déclaration. La reine de sa pairie la fixait déjà, un léger souci apparent au sein de ses prunelles violettes. Elle eut en réponse un petit sourire redevable de la part de son roi.

- Ce n'est pas ça. C'est juste que je n'étais pas très concentrée.

Bien qu'elle ne lui répondit pas, Rias sut que la remarque d'Akeno était juste. Etant la fille du maître Abe, Kiyome appartenait à une famille japonaise prestigieuse et émérite de dresseurs de créatures surnaturelles primitives par conséquent, à l'instar de Rias, la jeune fille aux cheveux bruns avait accès à la magie. Mais Kiyome restait tout de même une humaine, or sa maîtrise relative de la magie n'égalait pas celle de sa rivale démoniaque, indépendamment des efforts qu'elle avait fait ces derniers mois pour tenter de la surpasser et de la battre.

C'était donc plutôt curieux qu'elle parvienne à mettre en difficulté Rias à ce point.

Dans la mesure où des duels plus difficiles encore étaient en prévision, ce résultat anecdotique était de très mauvais augure.


- A demain, Naruto-sensei !

- Au revoir, sensei !

Souriant avec gentillesse sans toutefois répondre de vive voix, Naruto salua d'un mouvement de main distrait les quelques élèves retardataires qui quittaient sa salle de classe. Insouciants et tout sourire, ces derniers le saluèrent avec entrain et disparurent dans le couloir, laissant la porte ouverte derrière eux et avec, un prompt silence en contraste avec la récente ambiance. Tout à coup seul, Naruto baissa sa main et laissa ses bras reposer le long de son corps. Dans un long soupir, il se laissa presque tomber dans son siège et reposa sa tête sur le dossier tout en regardant le plafond avec distraction. Maintenant qu'il était enfin seul, il savoura les minutes de solitude et de quiétude qui suivirent, les quelques piaillement d'oiseaux et retentissement de voix d'étudiants à l'extérieur venant agréablement accompagner cette étrange atmosphère.

Une nouvelle journée se terminait. Il les entamait le matin, lorsque le soleil s'élevait, et lorsque ce dernier redescendait, il les terminait. Ce cycle se répétait encore et encore, accompagné par l'innocence des enfants et l'insouciance qui était propre à celle des jours paisibles et de la vie quotidienne. Se relevant, Naruto s'approcha d'une des fenêtres de la salle et observa l'extérieur. Décidément, c'était une journée bien banale.

Le soupçon d'aura magique qui apparut à l'instant même sortit Naruto de ses songes et il axa son regard vers le parc du campus qui s'étendait sur sa droite. Plissant les yeux et y accumulant un fin linceul de magie pour en améliorer sensiblement la vision, il se concentra sur sa vue. Dès lors, ayant préalablement ouvert la fenêtre pour s'y accouder, l'Uzumaki discerna Akeno et Rias sur le cours de tennis de l'académie accompagnées d'une troisième jeune fille qu'il conclut à l'apparence être Abe Kiyome, l'une des rares humaines sensibles au surnaturel au sein de l'école. Rias et Kiyome semblaient se livrer un match d'exhibition tout azimut devant une petite foule de spectateurs fascinés. Sans détourner le regard, Naruto reposa sa tête sur sa main droite et les observa avec amusement. Il ne manqua pas non plus de remarquer la présence d'Issei qui se faufilait difficilement entre les spectateurs. L'affrontement littéral dura plusieurs minutes, à l'issue duquel l'héritière de la maison Gremory gagna sans véritable surprise.

Posant le regard sur le bracelet qu'il gardait dissimulé à son poignet, Naruto se demanda une fois de plus combien de temps cette mission durerait. Le groupe d'Ange Déchu supposé être dans cette ville se faisait vraiment désiré, et il commençait à s'impatienter. L'idée de rester si longtemps au même endroit sans qu'il ne le veuille n'était pas vraiment pour lui plaire…

Et c'était sans parler de la proximité de Kyoto. Plus le temps passait, plus Yasaka occupait son esprit. Elle lui manquait. Et l'angoisse de savoir ce qu'elle était devenue ces dernières années alors qu'il était loin d'elle le maintenait dans un état de tension lourd à assumer. Sans vraiment le vouloir, Azazel l'avait placé dans une situation particulièrement compliquée et contradictoire. Car il avait peur de la retrouver et de constater qu'elle l'avait oublié car malgré la proximité physique, sa renarde n'avait jamais semblée aussi lointaine qu'à l'instant.

« À quoi est-ce que je pense ? » se questionna-t-il tout à coup en se rendant compte dans quelle direction allaient ses pensées. Secouant la tête comme pour évacuer ces pensées négatives, Naruto s'éloigna de la fenêtre. Le match entre Rias et Kiyome semblait s'être fini depuis un certain temps, et quelques derniers étudiants isolés s'attelaient à quitter le campus universitaire. Il n'avait donc plus aucune raison de rester sur place. Refermant la fenêtre, le démon revint à son bureau ranger ses affaires dans son sac. Une fois cette tâche accomplie, passant son sac en bandoulière sur l'épaule, il quitta tranquillement la salle de classe puis l'école, rejoignant le petit restaurant où il travaillait le soir tout en restant conscient du moindre pic d'énergie magique au sein de la ville.

Car même en dehors de l'académie, et précisément parce que ce n'était pas en son sein, le groupe de Raynare était susceptible de se dévoiler et d'agir.


Deux semaines plus tard.

Le crépuscule comme chaque jour à Kuoh illuminait la ville d'une douce lueur. Le soleil jaune-orangé descendait petit à petit et l'atmosphère se nuançait, prenant des tons exotiques. Issei appréciait beaucoup cette ambiance. En dépit du fait qu'il fréquentait les deux garçons les plus pervers du Japon et qu'il était lui-même un garçon dont la lubricité n'était plus à démontrer, il restait une part de romantique en son for intérieur qui n'avait jamais disparu malgré l'installation turbulente de l'adolescence. Quand bien même n'y faisait-il pas spécialement attention pour éviter de déprimer, Hyōdō Issei était un jeune garçon assez solitaire. Il n'avait pas beaucoup d'amis, pour ne pas dire aucun s'il mettait à part ses deux compagnons de toujours, et sa seule compagnie féminine cohérente ne s'en tenait qu'à sa camarade de classe Kiriyū Aika, avec qui il entretenait des rapports plutôt cordiaux sans pour autant que ces derniers ne soient des rapports d'amitié. Pour supporter cette solitude, qui finissait par lui peser indépendamment de son état d'esprit, Issei avait pris l'habitude de se ressourcer au sortant des cours en observant depuis un lieu relativement isolé le coucher du soleil.

Marchant distraitement sur le chemin du retour, les mains dans les poches et se remémorant les détails de la journée, Issei bifurqua sur un chemin qu'il n'avait pas pour habitude de prendre, étant donné le détour qu'il était forcé de faire en l'empruntant. Il avait toutefois récemment trouvé un emplacement qui lui permettait d'observer à sa guise le ciel et de faire une pause sans trop être dérangé. L'emplacement en lui-même n'avait rien de bien spécial, puisqu'il ne s'agissait que d'un simple pont qui traversait une avenue menant à la périphérie de la ville. Cependant, l'avenue étant très peu utilisée le soir, l'endroit offrait une atmosphère assez calme et un espace suffisamment panoramique pour inciter Issei à s'y poser. Ce qu'il fit, par ailleurs, en allant s'accouder à la rambarde dès lors qu'il parvint au centre de l'édifice. De manière épisodique, et tandis qu'il observa le soleil et le ciel orangé, quelques voitures passèrent en contrebas sans pour autant que cela ne le dérange particulièrement.

Quelque chose retint néanmoins son attention et aiguisa sa curiosité. Pour un néophyte, le crépuscule aurait semblé plus qu'ordinaire en cette soirée de mai… Mais pour un habitué tel que lui, qui observait régulièrement l'astre à cette heure particulière du jour, quelque chose dans l'apparence du soleil et dans la lumière qu'il émettait semblait vraiment étrange. Sans savoir s'il divaguait dans ses impressions, le soleil lui apparut plus gros et plus luisant, et le ciel plus nuancé. Les rayons, chauds et lumineux, se reflétaient sur les arbres, teintant les feuillages verdoyants du printemps d'un dégradé estival et coloré. C'était à croire que la déesse du soleil, Amaterasu, venait d'émerger de son éternel sommeil et qu'elle pétillait d'énergie.

- Haa… Je suis lessivé… souffla le garçon de fatigue, prenant davantage appui sur la rambarde du pont.

Nonchalant, il ferma momentanément les yeux, profitant de l'atmosphère paisible et oubliant les nombreux tracas du quotidien et les questions qui venaient s'y ajouter. Au moins méritait-il ce temps de répit, après la longue période de cours et avant de rentrer chez lui. Ses parents l'accueilleraient, comme chaque jour, et ses deux amis Motohama et Matsuda finiraient par l'appeler pour passer la soirée ensemble. C'était d'autant plus probable que Motohama avait mis la main sur l'intégrale en DVD de « Kaben Rider Pinky », série d'aventure érotique où l'idole de vidéo pour adulte Momozono Momo jouait le rôle principal, Pinkī la magical girl.

L'image de Pinkī-chan lui apparut à l'esprit, et l'apparence émoustillante et partiellement dénudée de Momozono Momo occupant ses pensées, Issei ne parvint pas à s'empêcher de soupirer dans une déception certaine. Il était certes content de la sortie de cette nouvelle saison, mais force était de constater qu'il en demeurait frustré. Allait-il être réduit toute sa vie à regarder des films et séries d'idoles AV sans jamais ne connaître une seule fille ? Si le concept ne semblait pas particulièrement brusquer ses deux camarades pervers, il ne pouvait en revanche pas s'accommoder de cette solitude relative. Et une pensée s'établit alors clairement dans sa tête au moment même, alors qu'il fixa sans volonté véritable la rue en contrebas.

- A ce rythme-là, ma jeunesse va défiler et je vais rester comme ça… Sans ne toucher aucune paire de sein... Je voudrais une petite-amie…

Aussitôt qu'il formula verbalement son désir intime, Issei secoua la tête de droite à gauche, comme pour essayer de s'émanciper de la distraction mentale que ses pensées lubriques venaient de provoquer. Il soupira de nouveau, se penchant misérablement sur la rambarde, et se lamenta intérieurement sur son sort.

- Arrête de rêver, Hyōdō Issei… se dit-il avec désillusion. « C'est pas comme si ça pouvait arriver. »

Effectivement, ce n'est pas comme si ça allait arriver. En tout cas, ce n'était pas faute d'essayer de trouver une fille qui voulait bien de lui. Jusque-là, la prospection s'était avérée inefficace. Et l'une des raisons à cette situation se trouvait être la présence irritante de Kiba Yūto, cet horripilant rival qui concentrait sans même essayer l'attention de la gente féminine.

Comme il se redressa et qu'il s'en retourna en direction de son quartier d'habitation, Issei n'avait absolument pas idée de ce qui allait lui arriver ce soir.

- Ano… Êtes-vous Hyōdō Issei-kun de l'Académie de Kuoh ? J-Je voudrais lui parler…

Quand il se retourna à l'entente d'une voix féminine au timbre aussi cristallin, Issei resta dès lors sans voix devant l'éblouissante beauté de son interlocutrice inattendue. Elle était légèrement plus petite que lui et possédait une stature plutôt fine. Son expression guillerette était incroyablement belle, ses grands yeux violet évoquant deux magnifiques diamants d'Afrique d'une pureté sans égale.

C'était un évènement qu'un garçon aussi ordinaire que lui serait prompt à considérer comme un miracle miséricordieux accordé par un ange.

Et ce, sans même douter de l'ironie intrinsèque d'un tel postulat.


Jusqu'à maintenant, Tōjō Koneko avait trouvé sa tâche ennuyeuse, presque rédhibitoire tant le caractère d'Issei était à l'opposé de ce qu'elle appréciait et de ce qu'elle était. Il était incroyablement pervers et n'avait vraisemblablement rien qui jouait en sa faveur pour qu'il lui paraisse intéressant. Ces dernières semaines à le suivre et à observer minutieusement son comportement, à défaut d'avoir autre chose à faire sur le moment, avait dans tous les cas conforté Koneko sur son point de vue concernant la personnalité répulsive du garçon. En revanche, l'intérêt du garçon en tant que candidat potentiel à réincarner au sein de la pairie de Rias se renforçait chaque jour de plus en plus. Si elle l'avait vaguement flairé grâce à son odorat de Nekoshō, elle l'avait bel et bien confirmé les jours suivants : le Sacred Gear d'Issei sentait bel et bien le dragon. Ce n'était d'ailleurs pas spécialement pour lui plaire, étant donné qu'elle détestait les pervers et que l'idée qu'un arriviste aussi inutile rejoigne la pairie l'ennuyait au plus haut point.

Relativement lasse, Koneko avait alors poursuivie sa tâche, dans la continuité des jours qui défilaient les uns après les autres et du soleil qui se levait et se couchait. Située plus loin sur l'avenue, elle avait suivie Hyōdō Issei comme elle le faisait chaque soir depuis ces dernières semaines. Telle était la mission que Rias lui avait confié, aussi l'accomplissait-elle, respectant le contrat qui lui incombait sans déroger à sa posture volontairement laconique. Elle pensait que la soirée actuelle serait comme toutes les autres… mais il n'en fut rien. Car aujourd'hui, un étrange sentiment de tension fluctuait dans l'air.

Quelque chose semblait avoir changé dans l'atmosphère et générait une sensation de malaise dont il était difficile de s'émanciper. C'était comme un soupçon incertain mais persistant. Faisant dans un premier temps preuve de recul et restant imperturbable dans sa contemplation, Koneko fronça finalement les sourcils dès lors que la situation évolua.

Car elle eut la vision claire, et qu'elle ne manqua pas de repérer l'intruse dès lors qu'elle approcha d'Issei.

Cette dernière n'avait aucune aura – ce qui provoqua d'ailleurs la surprise et l'étonnement de Koneko – et il n'y avait aucun doute sur le fait que sans son odorat, la Nekoshō ne l'aurait jamais remarqué : son odeur. Elle connaissait cette odeur et la reconnaîtrait entre mille. C'était une empreinte olfactive indescriptible dans la mesure où elle n'évoquait aucun élément du vivant… toutefois, c'était une sensation de pureté qui en émanait, comme la fraicheur de l'air au mouvement d'une brise de printemps.

Or, c'était un lègue culturel pour les Yōkai que d'être capable de reconnaître cette odeur.

L'odeur des anges.


Issei resta figé et silencieux alors qu'il observa la silhouette de la jeune fille qui venait de l'aborder. L'ayant observé de bas et haut dès lors qu'elle avait manifesté sa présence, il était remonté de ses jolie jambes jusqu'à ses grands yeux mauves sans même comprendre pourquoi une fille qu'il ne connaissait pas l'abordait dans la rue. Muette et attentive, elle se tint humblement à quelques mètres de lui dans une posture aussi digne qu'innocente, les jambes serrées et droites et son sac docilement tenu contre ses genoux. Sans pouvoir contenir son air béat, Issei contempla littéralement l'opportune dont l'apparence n'avait rien à envier aux plus jolies filles de l'académie de Kuoh.

« Son uniforme ne semble pas être celui de l'académie… De quelle école vient-elle ? » pensa-t-il distraitement en appréciant l'uniforme de la jeune fille. La peau de lait de ses fines jambes était partiellement dissimulée sous une jupe noire, tandis qu'elle portait un blazer rouge par-dessus une chemise blanche, dont elle avait nouée le col avec un élégant nœud papillon rouge. Couplé à sa grâce naturelle, le gracieux mélange du rouge et du noir qui plaisait tant au japonais accentua la beauté déjà prononcé de la jeune fille, sa longue et soyeuse chevelure noire comme la nuit luisant dans un reflet onyx sous le crépuscule et retombant en une frange charmante sur son front ses deux yeux mauves pétillant de tendresse et d'innocence. « Qu'est-ce qu'elle est belle… » Issei se perdit dans ses pensées, oubliant presque jusqu'au fait qu'il se tenait là, devant elle.

- A-Ano…

Comme pour le ramener à la raison, la jeune fille tenta malgré une introversion évidente de récupérer son attention consciente. Aussitôt, Issei sortit de ses pensées.

- Heu… Est-ce que je peux faire quelque chose pour toi… ? hésita-t-il dès lors à demander, se sentant presque humble en compagnie d'une fille aussi jolie et polie.

Les pommettes rougissantes, le visage légèrement penché en contrebas, la jeune fille lui adressait un regard d'une manière qu'aucune fille ne l'avait jamais regardé. L'atmosphère particulière et subtile détenait comme une saveur unique, et l'unicité de cette situation semblait comme le posséder, comme s'il était forcé à adopter un état qui ne lui était pas naturel, un état transcendant et minutieux.

« E-Eto… » La jeune fille sembla presque sautiller en recevant sa question et en formulant une hésitation coquette à répondre. Au même instant, le vent commença à se lever, comme pour amorcer une attente vivace et ténue.

- Hyōdō-kun, as-tu une petite-amie en ce moment… ?

- P-Pas vraiment… répondit-il bêtement avant de se corriger. « Je veux dire, non, je n'en ai pas… »

Son interlocutrice sembla se réjouir de sa réponse, les deux joyaux qu'étaient ses yeux se remplissant de tendresse et luisant de joie.

- Dieu merci, souffla-t-elle avec soulagement, portant une main à son cœur dans un grand sourire. Quand elle vit le questionnement dans les yeux hagards d'Issei, elle s'avança alors d'un pas tandis que ses joues déjà roses d'émotion s'assombrirent davantage. « Hyōdō-kun… E-Est-ce que tu voudrais bien sortir avec moi… ? »

Le cœur d'Issei rata un battement.

Bouche bée, ne croyant pas à ce qu'il venait d'entendre, celui qui désespérait de rencontrer un jour une fille fixa dubitativement celle qui venait de transpercer littéralement par sa simple déclaration sa désespérance et sa dépression d'un soir.

- Que… Qu'est-ce que tu viens de dire… ?

- J-Je suis amoureuse de toi depuis… depuis longtemps, Hyōdō-kun. Je t'ai toujours observé… Et je ne peux plus attendre… Hyōdō-kun, s'il-te-plait, sors avec moi !

Elle le regard alors, quelque seconde, dans un silence si religieux qu'Issei perçut sans mal les battements tumultueux de son propre cœur. C'était à croire que ce dernier, par son tumulte, désirait s'échapper de sa poitrine. Cette sensation avait l'air d'être mutuelle, à en juger l'expression émue de son interlocutrice.

« Sérieusement… ? S-Sérieusement !? »

Complètement surpris et bouleversé par la déclaration de la jeune fille, il ne sembla dans un premier temps pas réaliser l'ampleur de la situation. Puis, soudain, l'information parvint à destination de sa conscience.

« Ce n'est pas une blague !? C'est réel !? »

Innocent humain qu'il était.

Car jamais il ne remarqua la lueur sombre qui transparut subrepticement au sein des yeux de la jeune fille.


Quelques heures plus tard.

Rias croisa les bras et se réinstalla dans son siège tout en étant plongée dans ses pensées. Le soleil était depuis longtemps couché et la clarté du jour avait laissé place à une nuit particulièrement obscure malgré l'arrivée prochaine du solstice d'été. Cette obscurité bien accueillie par la Gremory lui offrait un répit physique auquel elle ne dirait pas non, indépendamment de son attrait pour la vie diurne terrestre. A quelques mètres devant, Akeno s'occupa de poser devant Yūto et Koneko deux tasses d'un thé qu'elle venait de préparer puis vint à son tour s'asseoir en face de ses deux cadets au sein de leur pairie. Malgré le calme qui invitait à la sérénité, les expressions de chacun des membres du club d'occultisme semblaient soucieuses et concentrées. De tous les quatre, c'était toutefois bien l'expression d'Akeno qui restait la plus inexpressive et insondable sa froideur évidente suscitait même chez Rias une certaine inquiétude. Elle n'aimait pas spécialement voir celle qu'elle considérait comme une sœur dans un tel état.

La situation et l'atmosphère au sein de la pièce du club s'était figée de la sorte depuis la révélation troublante de Koneko. Par précaution et à fin de clarifier les propos de sa tour, Rias décida tout de même de rompre le silence et de relancer la discussion.

- Koneko, es-tu vraiment certaine de ce que tu as vu et senti ?

- Hai, répondit la concernée. « Certaine. C'est l'odeur des anges. Akeno-senpai a la même. »

Comme si c'était même possible, l'expression d'Akeno se fit encore plus sombre et opaque à la déclaration de sa cadette. Ne répondant rien à la mention de son prénom, la jeune fille se contenta de fixer sans ciller la surface de la table basse et sa tasse de thé fumante. Soupirant imperceptiblement, Rias se pencha sur son bureau pour s'y accouder et entrelaçant ses doigts, posa son menton sur ses mains.

- C'est vraiment problématique… souffla-t-elle d'un ton bas, laissant percevoir par son timbre à ses camarades l'inconfort dans lequel elle se trouvait.

Préoccupé par l'état d'Akeno et de l'ambiance à peine plus reluisante qui régnait dans la pièce, Yūto était en premier lieu resté muet, préférant ne pas intervenir car jugeant qu'une intervention de sa part était inutile. Toutefois, il se sentait de plus en plus concerné par la situation au fur et à mesure que l'état de son aînée s'assombrissait. En outre, quelque chose n'allait pas dans l'explication de Koneko.

- Il y a quelque chose que je ne comprends décidément pas. Comment est-ce possible que nous ne l'ayons jamais senti ? Peut-on camoufler son aura magique au point de l'effacer complètement ?

- Je ne sais pas… répondit distraitement Rias, le regard dans le vague. « J'ignorais aussi que c'était possible. Mais si Koneko est certaine que c'est une ange, alors c'est que ça doit être possible… »

A la mention de son prénom, Koneko releva la tête et se sentit le besoin de confirmer à nouveau son observation.

- J'en suis sûre, dit-elle sur son ton laconique habituel. « Mon odorat ne peut pas me tromper. »

Rias fronça les sourcils tandis que Yūto reporta son attention sur sa tasse dans le silence.

- Une telle technologie est inédite… souffla bassement la Gremory, plus à elle-même que pour ses camarades. « Je ne vois qu'une seule faction qui serait capable d'invention de cette nature. Grigori et ses anges déchus. »

Dans une réaction compulsive, les poings d'Akeno se serrèrent presque imperceptiblement jusqu'à blanchir sous la pression. La tension qui émana d'elle fut remarquée sans mal par ses trois camarades malgré le fait que l'expression de son visage restait dissimulée sous sa frange. En dépit de ses réactions, Akeno resta silencieuse.

Sans trop se soucier de la nature des pensées d'Akeno, Rias se reconcentra sur ses propres pensées. La présence d'une ange déchue auprès d'Issei était très inquiétante, en premier lieu parce que cela venait directement déranger ses plans concernant la réincarnation du lycéen. Elle ne savait pas pour quelle raisons les anges déchus approchaient Hyōdō Issei, mais quel que puisse être l'explication, ça ne pouvait en aucun cas être une bonne raison.

Au-delà du seul problème concernant Issei se posait ensuite un problème de sécurité. L'ange déchue qui avait approché Issei était passée inaperçue jusqu'à sa découverte fortuite par Koneko, ce qui signifiait dans l'absolu que d'autres anges déchus pouvaient se trouver sur le territoire de Kuoh. Par conséquent, son groupe et le groupe de Sōna étaient potentiellement en danger.

« Il faut que j'en parle à Sōna au plus vite… » se dit-elle calmement, avant d'observer les membres de sa pairie plongés dans leurs songes devant elle. « Les Grigoris savent pertinemment qu'ils n'ont aucun droit d'envoyer leurs agents sur Kuoh. S'ils le font, c'est qu'ils préparent quelque chose. » Il restait à savoir quoi. Répliquer immédiatement à la présence des anges déchus était une mauvaise idée – en premier lieu parce que leur présence ne constituait pas un motif politique suffisamment solide pour les attaquer. Son manque actuel d'informations rendait de toute façon impossible toute intervention, puisqu'elle ne savait ni combien ils étaient ni où ils se trouvaient, ni même si elle avait le niveau pour les attaquer.

Prudence était mère de sûreté.

Ce fut sur cette pensée que Rias prit sa décision.

- Pour l'instant, nous allons nous contenter de surveiller de loin.

Ses trois camarades l'observèrent, recevant chacun sa déclaration d'une manière différente. Koneko et Yūto semblèrent accepter sa décision sans grands accrocs, tandis qu'Akeno fut plus mitigée… mais étant donné son passé douloureux, sa réaction n'étonna guère Rias. Pour autant, aucun d'eux n'osa la contester.

- On continue donc comme avant. Yūto, tu continues à surveiller Issei durant la journée. Koneko, tu continueras à le prendre en filature le soir. En ce qui concerne l'ange déchue, restez loin d'elle et contentez-vous de l'observer. Nous allons enquêter sur elle petit à petit. Akeno, tu viendras avec moi demain. On ira voir Sōna et Tsubaki pour s'organiser sur la marche à suivre des prochains jours.

Akeno acquiesça lentement.

Par la suite, les membres de la pairie se séparèrent, les deux cadets s'en allant remplir plusieurs des contrats qui leur incombaient.

Lorsqu'elle se retrouva seule au sein du bureau du club, Rias s'en retourna vers la fenêtre et fixa le ciel étoilé.

Une autre question, qu'elle avait gardée pour elle, tournait dans son esprit sans aucun relâche.

« … Les anges déchus sont-ils les seuls à être capables de dissimuler leurs auras ? »

Même si l'idée semblait tirée par les cheveux, l'image d'un homme aux cheveux blonds et aux yeux bleus resta omniprésente dans son esprit.


Le lendemain.

- Bonjour Uzumaki-san !

Naruto releva la tête dès lors qu'il entendit son nom. Son regard se posa sur deux jeunes femmes qui semblaient approcher la trentaine et qui l'observaient depuis l'entrée du bureau des professeurs. Elles portaient toutes les deux des tenues relativement formelles d'enseignantes qui se résumaient au port de jupes longues foncées et de chemises blanches épousant leurs silhouettes. Leurs longues jambes fines étaient couvertes de collants foncés qui cachaient pudiquement leurs peaux claires, tandis qu'elles portaient également d'élégantes chaussures à talons. Dans l'absolu, Naruto ne pouvait pas nier que ses collègues de travail étaient plutôt pas mal.

- Bonjour à vous mesdames, répondit-il gentiment dans un clin d'œil amical tandis qu'elles se regardèrent mutuellement à sa réponse et rigolèrent entre elles très légèrement.

Naruto les observa quelques secondes alors qu'elles entrèrent et s'installèrent à leur place en discutant de choses et d'autres, puis il en revint à ses affaires. Triant ses documents, il profita du temps libre qu'il avait devant lui pour se sortir du sommeil. Il était parti tôt ce matin et la journée n'avait pas encore commencée. Cette journée serait légère, puisqu'il n'avait à donner cours que durant la première partie de la journée. Il allait pouvoir se concentrer sur la surveillance de Hyōdō Issei sans se soucier des regards indiscrets des groupes de Rias Gremory et Sōna Sitri.

Rangeant ses dossiers et finissant pour de bon les préparatifs pédagogiques pour la matinée, Naruto se leva. Il salua du regard ses deux collègues féminines et sortit calmement de la pièce. Fermant la porte derrière lui, il s'enfonça dans les couloirs du bâtiment en direction de la cafétéria, dans le but d'aller se servir un café tant qu'il disposait encore du temps pour le faire. Il croisa quelques élèves bien matinaux sur son passage, qui le saluèrent très poliment, et finit par atteindre l'entrée de la cafétéria. Approchant d'une des machines sans attendre, il s'occupa durant les prochaines minutes de remplir sa tasse tout en attendant les bras croisés. Ignorant la présence de quelques étudiants installés à divers endroits au sein du réfectoire, il récupéra ensuite sa tasse et s'éloigna de l'endroit.

Pour les prochaines minutes, sirotant distraitement sa boisson chaude, Naruto déambula sur le campus sans véritablement se diriger quelque part. Sans même vraiment s'en rendre compte, passant à côté de quelques élèves qui allaient dans le sens inverse, Naruto approcha de l'entrée de l'académie en arrivant par l'aile droite. Comme il était bientôt l'heure de commencer les cours, le passage des étudiants s'amplifiait à niveau du portail.

Ce fut sans doute grâce à cela que sa couverture ne sauta pas à l'instant.

Pris par une intense sueur froide et violemment saisi par l'adrénaline, Naruto s'éloigna dans un réflexe fulgurant du portail de l'académie et se cacha derrière l'angle du mur du bâtiment principal, dix mètres derrière lui, en l'espace d'une seconde. Les yeux grands ouverts, sans ciller, il fixa dans la surprise la plus totale l'entrée du campus.

« Qu'est-ce qu'elle fait ici !? » s'écria-t-il intérieurement dans un état d'incrédulité sans pareil.

Car Raynare se tenait là, portant un uniforme d'écolière japonaise et accompagnée de Hyōdō Issei et de ses deux camarades.

Une question le saisit aussitôt que la surprise laissa place à la réflexion.

« Attends… Comment se fait-il que je n'ai pas senti sa présence ? »

Et plus encore que son manque d'attention, Naruto se rendit compte que l'ange déchue qu'il cherchait depuis plusieurs semaines n'avait littéralement aucune aura. Il relia aussitôt les connexions logiques, et le désarroi laissa place à l'agacement. Azazel avait omis de lui dire qu'il avait donné ce genre d'appareil au groupe de Raynare. Et si ce n'était pas le cas… Alors les failles au sein de sa faction étaient encore plus grosses qu'ils le pensaient.


- N-Nani !?

- Pourquoi !?

Issei se sentit jubiler dès lors qu'il fut confronté aux réactions de ses deux amis. L'expression estomaquée de Motohama, dont le regard était insondable sous le verre de ses lunettes, avait commencé à le titiller. Mais l'expression horrifiée de Matsuda, dont la bouché était littéralement béante d'horreur, acheva de le rendre hilare. Car il avait approché fièrement le portail de l'école accompagné de sa plus récente connaissance et première petite-amie. Se tenant fidèlement sur sa droite, entre lui et le muret de l'académie, le sourire de la jeune fille était radieux et sa démarche semblait synchronisée avec la sienne si bien qu'il fut aisé pour quiconque de deviner quelle était la nature de leur relation.

Figés, ni Matsuda ni Motohama n'osèrent faire un geste, mais Issei sut évidemment quelle était la nature de leurs pensées à cet instant, alors qu'ils l'observaient dans l'attente. La situation était trop parfaite pour qu'il ne laisse s'échapper l'occasion : s'arrêtant avec sa partenaire devant les deux garçons, il s'avança d'un pas en présentant la jeune fille de la main.

- Voici Amano Yūma-chan, déclara-t-il d'un ton enjoué.

Il ne cherchait même pas à dissimuler sa vantardise. Se retournant en direction de celle qui répondait au nom d'Amano Yūma, son ton se fit plus doux et respectueux.

- Ce sont mes amis, Motohama Takurō et Matsuda Yasuaki.

Regardant son nouveau petit-ami avec attention, Yūma acquiesça à sa présentation puis se tourna vers ses deux camarades.

- Ravie de vous rencontrer, Motohama-kun, Matsuda-kun, leur dit-elle dans un grand sourire.

Il fut sans dire que les deux concernés restèrent muets et figés, sans comprendre ce qui était en train de se dérouler juste devant leurs yeux. Dès lors, atteignant le summum de sa jubilation du moment, Issei s'approcha d'eux et posa la main sur l'épaule de Matsuda tout en agitant l'index devant ses yeux.

- J'oubliais. Yūma-chan est ma petite amie.

Ayant presque chantonné sa dernière information, Issei n'attendit même pas la réaction de ses amis, trop ravi de son effet pour en constater l'efficacité. Il se retourna aussitôt vers Yūma et l'invita d'un mouvement de main à reprendre la marche vers le portail du campus.

- Allons-y, Yūma-chan !

- Hai !

Passant devant ses deux amis, il décida de leur dire une dernière chose avant de les revoir en cours plus tard dans la matinée. « Je vous souhaite d'être heureux dans vos vies, les gars. » Il s'éloigna avec sa copine sans attendre, mais ne put s'empêcher de ricaner à l'entente de leurs geignements ponctués d'accusations de trahison.


Rias haussa les sourcils alors qu'elle observait, située à l'une des fenêtres ouvertes du dernier étage du campus, l'apparence de celle qui s'était présentée comme Amano Yūma. Son apparence était bel et bien celle d'une ange déchue. Ses yeux mauves semblables à ceux d'Akeno et ses longs cheveux noirs comme la nuit étaient sans équivoque. Voilà donc à quoi ressemblait l'ange déchue qui avait infiltrée sa ville et qui avait maintenant l'audace de se présenter au sein même de son académie. Ceci étant, cette prétendue Amano Yūma n'avait pas l'air si impressionnante que ça. Mais Rias était loin d'être une personne qui se fiait aux apparences tant qu'elle ignorait quel était le nombre de paires d'ailes de cette ange déchue, elle resterait en retrait.

Ce qui était sûr et certain néanmoins, c'était qu'elle n'était pas une Cadre ni une ange déchue connue, auquel cas Akeno l'aurait reconnue. C'était déjà une information importante qui situait cette ange entre une ou trois paires d'ailes, tout au plus. Il restait maintenant à savoir combien d'agents des Grigoris se trouvaient en ville, où avaient-ils établi leur repère et quels étaient les motifs de leurs présence. Si la première question restait pour l'instant sans réponse, Rias avait sa petite idée sur les deux suivantes. Le fait que cette ange tourne autour de Hyōdō Issei n'était pas anodin, et ce n'était d'ailleurs pas pour lui plaire.

Mais alors qu'elle était concentrée sur l'avancée d'Issei et de Yuma, un mouvement subtile à quelques mètres de là attrapa son regard et détourna son attention. Ce qu'elle vit suscita l'étonnement et la plongea dans une certaine forme de confusion. « Uzumaki-sensei ? Que fait-il là ? » En contrebas, Uzumaki Naruto était en train de se dissimuler des étudiants présents à l'entrée en utilisant l'angle du bâtiment. Et tout comme elle, il fixait Hyōdō Issei et l'ange déchue, d'un air particulièrement méfiant en ce qui le concernait. Mais pourquoi ? Pourquoi les observait-il ? Et pourquoi se cachait-il ? Rias fut sans réponse. Peut-être que l'uniforme de cette Amano Yūma interrogeait son professeur d'anglais ? Non, ça ne tenait pas debout. Si c'était ça, ça n'expliquait pas pourquoi il se cachait de la sorte…

Et le soupçon basé sur son instinct, qu'elle avait consciemment refoulé pour éviter de se disperser dans ses objectifs, refit surface avec force.

Avant même qu'elle ne puisse poursuivre son raisonnement, son regard croisa celui de l'homme blond, mais aussitôt le contact s'établit entre eux qu'il se brisa. En effet, sans même attendre une seule seconde, l'Uzumaki lui tourna le dos et disparut derrière l'angle du bâtiment, repartant sans doute d'où il était arrivé.


La sonnerie musicale signifiant la fin des cours retentit à travers les couloirs et les salles de l'académie. Ayant déjà commencé à ranger ses affaires dans son sac, Rias jeta un coup d'œil à la pendule qui était situé sur le mur et qui surplombait le tableau. Il était désormais quatorze heures, ce qui signifiait pour elle la fin des cours pour aujourd'hui. Adressant un regard à Akeno, qui le lui rendit d'un hochement de tête et d'un regard impliqué, Rias se leva et quitta tranquillement leur salle de classe, laissant derrière elle sa reine, toujours affairée à ranger son sac. Se dirigeant vers l'escalier de l'aile A, soit vers l'extrémité sud du bâtiment principal de l'académie, Rias descendit au premier étage, en direction de l'administration. Plutôt que de se rendre au bureau du conseil étudiant, comme on aurait pu le penser en la voyant arriver au premier étage depuis l'aile A, Rias s'arrêta devant la porte entrouverte du bureau des professeurs.

Inspirant un bon coup, Rias posa sa main sur la porte et la poussa alors, calmement, et observa depuis l'espace élargi l'intérieur de la salle. Quelque enseignant semblaient concentrés sur leurs tâches administratives et ne l'avaient par conséquent pas remarquée. Toutefois, il ne fallait qu'un seul balayage du regard pour que la Gremory se rende compte que la seule personne qu'elle était venue voir n'était actuellement pas présente. Fronçant les sourcils, Rias toqua alors à la porte pour annoncer sa présence aux enseignants présents. Certains d'entre eux levèrent les yeux et la reconnurent, puis firent signent silencieusement à l'une d'entre eux, au plus proche de la porte, de l'accueillir. La concernée se retourna dès lors.

Rias la reconnut comme étant la professeure principale de la 2-B, Ichizen Naomi. C'était accessoirement, aussi, sa professeure de mathématique.

- Ah, Rias-san, prononça Naomi en reconnaissant son élève. « Que puis-je faire pour toi ? »

- Bonjour Ichizen-sensei, prononça tout d'abord Rias avec politesse tout en entrant dans la salle et en s'avançant. « Hmm… Excusez-moi du dérangement. Je souhaiterais simplement voir Nar-… Uzumaki-sensei. »

Rias eut un petit sourire gêné devant la maladresse qu'elle venait de commettre. Il était impoli d'appeler son professeur par son prénom. Au Japon, la pratique était particulièrement mal vue voire sanctionnée, et la Gremory avait une réputation à tenir concernant ses bonnes manières. Naomi, qui l'observait curieusement tout en étant assise à son bureau, se contenta simplement d'émettre un petit rire.

- Ne t'embête pas avec les manières, Rias-san. Je sais bien qu'Uzumaki-sensei préfère qu'on se réfère à lui par son prénom. Pour te répondre, comme tu le vois, il est absent.

Rias plissa légèrement les yeux à cette réponse simple. « Mais il était là ce matin. Je l'ai vu devant l'entrée… » pensa-t-elle avec suspicion. Tout ceci n'était pas anodin.

- Hmm… Je sais que c'est indiscret, mais avez-vous une idée d'où il pourrait être, Ichizen-sensei ? C'est… pour une urgence, à vrai dire.

L'enseignante en mathématique l'observa quelques secondes d'un air perplexe, le sourcil droit haussé.

- Pour te répondre, aucune idée. Il est parti en début d'après-midi pour la même raison que toi.

- La même raison ? demanda Rias sans bien comprendre l'insinuation.

- La même raison, répéta Ichizen en clignant de l'œil puis en s'accoudant du bras gauche sur son bureau. « Il n'a rien dit à part qu'il avait une urgence et qu'il devait partir au plus vite. J'espère que cette explication te suffit, parce que je n'en sais pas plus. Par ailleurs, même si j'en savais plus, tu sais bien que ce serait inapproprié de parler de la vie privée d'un enseignant à un élève. »

- Ah, hm… oui, acquiesça Rias.

- Si c'est vraiment urgent, tu peux me parler de ton problème. Mais si ça ne l'est pas, il te suffit de repasser demain, non ?

- Bien sûr. Je vous remercie, Ichizen-sensei.

Rias ne laissa rien transparaître de ses émotions, mais la révélation de sa professeur de mathématiques venait de la plonger dans un état de perplexité et de confusion assez important. S'inclinant brièvement devant Naomi, elle sortit promptement de la salle et referma la porte derrière elle. Regardant dans le vague, elle laissa le silence s'emparer du couloir de l'administration.

L'absence de Naruto ne pouvait pas être de l'ordre de la coïncidence, surtout qu'il disparaissait le jour même du transfert d'Amano Yūma au sein de l'académie. C'était à croire que les deux étaient connectés, d'une manière ou d'une autre. Trop de choses correspondaient à ses soupçons, et pourtant, elle n'avait aucune preuve.

Et si Naruto était un ange déchu, lui aussi ?

« Non, peu probable. D'ailleurs, Koneko l'aurait senti. Et puis il a une aura magique, et une odeur humaine. »

Décidément, c'était un casse-tête. Pourquoi avait-elle l'impression d'être si proche de mettre le doigt sur la solution de l'énigme ?

Son instinct lui jouait-elle des tours ?

Rien n'était moins sûr…


Quelques heures plus tard.

Pour une raison qu'il ignorait, Naruto avait toujours eu un talent naturel pour la discrétion et l'infiltration. Depuis plus longtemps qu'il s'en rappelait, même lorsqu'il marchait à peine, son don pour la discrétion avait subjugué le reste de ses capacités, à en surprendre même les plus méfiants et attentifs des gardes de la maison des Phenex. Et Lucifer seul savait à quel point les militaires de la marche sous l'égide des marquis de la maison Phenex étaient suspicieux et zélés lorsqu'il s'agissait de surveiller les zones qui leurs étaient assignées. Quand la nuit tombait, et que l'obscurité régnait, les facultés de Naruto s'amplifiaient à leur summum. Tel une ombre insaisissable, il se mouvait, ne faisant qu'un avec les éléments et les décors, s'effaçant artificiellement de la vue et des autres sens, dissuadant les yeux de ses cibles de se concentrer sur lui et épousant harmonieusement le silence comme l'inertie. Il était tel un ninja.

Cette nuit ne fut en aucun cas différente, aussi se déplaça-t-il tel une ombre dans le noir. Depuis plusieurs heures, et avant même que le soleil n'ait amorcé sa descente, il se déplaçait de la sorte à travers la ville de Kuoh. S'il avait traversé le centre-ville de Kuoh, cela faisait un certain temps qu'il se retrouvait à bifurquer et manœuvrer au sein de la périphérie, plus résidentielle et moins soumises aux activités humaines. Il ne faisait pas tout ceci pour rien : il pouvait apercevoir un peu plus loin, à quelques dizaines de mètres, la silhouette de Raynare qui marchait le long de la rue. L'impatience et la curiosité le saisissait cela faisait plusieurs semaines qu'il attendait qu'elle ou un de ses acolytes ne se présentent et il souhaitait maintenant savoir de quoi il en retournait. Restant précautionneux, Naruto se contenta de la suivre de très loin et de se maintenir à une distance qui lui permettait de la surveiller sans qu'à un seul moment cette dernière ne puisse soupçonner qu'elle était sous filature.

Indépendamment de l'efficacité de sa filature, Raynare était d'une prudence à toute épreuve. Depuis son départ de l'académie en milieu d'après-midi, elle avait fait au moins deux fois le tour de la ville à pied comme pour confondre d'éventuels espions. Peut-être supposait-elle que Rias enverrait l'un des membres de sa pairie la suivre. Mais c'était peu probable, dans la mesure où elle était camouflée par son dispositif inattendu. Elle n'aurait pas pris la peine de l'utiliser à l'académie si elle s'attendait à ce que les démons de Kuoh la suivent aussitôt. Ces dispositions d'anti-espionnage étaient donc pour d'autres suiveurs potentiels. Peut-être que cette manœuvre lui était destinée, mais ce n'était pas un bain de foule dense qui lui ferait perdre la trace de l'ange déchue, quand bien même rendait-elle son aura parfaitement indétectable.

Il l'avait donc suivie à travers la ville, jusqu'à arriver en périphérie ouest de la ville. L'ouest de la ville était la zone la moins fréquentée de Kuoh. Les environs étaient principalement constitués des anciennes zones agricoles de la préfecture et avaient été progressivement délaissé dès le commencement de la période du « Baburu keiki », la bulle spéculative japonaise, jusqu'à aujourd'hui. Désormais, la région était un agrégat de dépôts agricoles, de jachères et de vieux bâtiments. Ce qu'avait toutefois remarqué Naruto dès lors qu'il avait pénétré sur le territoire de la périphérie ouest de Kuoh, c'était que la zone n'avait rien à envier au site de la vieille Eglise de Kuoh.

Les vieux temples bouddhistes et shintos étaient légions dans la zone. Parfois réduits à de simples autels au carrefour d'une route champêtre, il en résultait une surabondance dans l'atmosphère ambiante d'énergie divine. Suffisamment pour rendre confus le pistage d'un ange, et largement assez pour le cacher de quiconque pour peu qu'il créchait au sein même d'un cabanon faisant office de temple. Or, ce genre de cabanons pullulait dans les alentours, et ce n'était pas pour mentionner les vrais temples, certes moins nombreux mais en nombre plus que suffisant pour établir un repère sans se soucier d'être trouvé.

A un certain moment, Raynare s'arrêta, intriguant Naruto. Elle semblait visiblement être arrivée à destination, puisqu'elle bifurqua sur la droite et déploya son élégante paire d'ailes noires tout en traversant la porte d'entrée de l'enceinte d'un temple. Pour ce qu'il constatait, jamais Naruto ne se serait douté qu'il existait une cachette à cet emplacement de la ville. Si c'était là l'œuvre de Raynare, elle était plus maline qu'il ne l'avait présumé.

Pourtant, quelque chose ne collait pas. Il fallait qu'il en ait le cœur net. S'accroupissant, Naruto inspira calmement et harmonisa les battements de son cœur. Il ferma les yeux et se concentra, essayant de lisser au maximum son aura pour ce qu'il prévoyait de faire. Quand il sentit qu'il avait atteint avec succès son objectif, il se redressa adroitement et s'approcha d'un pas léger et parfaitement inaudible de l'enceinte. Se sachant indétectable, Naruto observa le sommet de l'enceinte, haute d'environ trois mètres. Une barrière d'arbres et de bambous s'élevait encore plus haut juste derrière, dissimulant efficacement toute activité de l'extérieur. Il regarda par la suite son bracelet de camouflage. Ce dispositif lui permettait de réduire son aura au niveau de celle d'un être humain de moyenne faible grâce à cela, il pouvait par la suite, en se concentrant, supprimer totalement son aura à la manière de Raynare. Puis, fixant le sommet de l'enceinte, bondit agilement.

Calculant son saut, il passa entre la masse d'arbres et de bambous et atterrit silencieusement dans un fourré en contrebas, au sein duquel il s'allongea.

Le périmètre de la cour du temple s'étendait sur un peu plus d'un hectare de surface et une enceinte en bois composait le centre du site. Le bâtiment lui-même, un vieux temple traditionnel en bois et sur pilotis, semblait être encore en état, mais son apparence poussiéreuse et négligée soulignait sa situation d'abandon. Comme la plupart des bâtiments du quartier, la propriété devait certainement être utilisée comme un squat. Naruto analysa la zone durant encore plusieurs secondes, mais son attention revint bien vite sur Raynare, qui se dirigeait devant la vieille bâtisse en bois. Que faisait-elle ici, seule qui plus était, il se le demandait. Pour l'instant, le mystère subsistait, aussi resta-t-il patient… jusqu'à ce que Raynare atteigne le ponton de la bâtisse et qu'un second individu ouvre grand la porte coulissante du temple.

Dès lors, Naruto passa d'un état d'attente à un état de surprise, tandis qu'il sentit ses yeux s'écarquiller.

Car devant Raynare, et venant à peine de sortir du temple, se trouvait un ange déchu dont les paires d'ailes déployées se comptaient au nombre de quatre.

Aussitôt, Naruto plissa les yeux dans la méfiance et la gravité.

Nul autre qu'un membre de l'Encadrement des Grigoris ne pouvait disposer d'un tel nombre d'ailes.


Raynare déglutit inconfortablement. Les opérations venaient d'être lancées le jour même, selon le plan qui avait été convenu. Elle était loin d'être sûre que c'était une bonne idée, dans la mesure où les deux héritières des soixante-douze piliers de l'Enfer, qui régissaient la ville, se trouvaient à proximité. Ceci étant, Raynare comptait sur la fiabilité des bracelets suppresseurs dont elle avait réussi à se procurer plusieurs exemplaires. Ces derniers avaient démontré de leur efficacité, puisqu'elle avait pu se rendre sans conséquence au sein même de l'académie où se trouvaient non seulement les deux diablesses héritières mais également son objectif.

Hyōdō Issei, détenteur d'un Sacred Gear qu'elle soupçonnait être l'un des nombreux artefacts draconiques répondant au nom de « Twice Critical », était son objectif de mission. Les Twice Critical n'étaient pas des Sacred Gear spécialement impressionnants, dans la mesure où leur seule particularité était de multiplier par deux le pouvoir de leurs porteurs durant un laps de temps somme toute assez restreint. Quant à Hyōdō Issei lui-même, Raynare le trouvait affligeant. C'était selon elle rien de plus qu'un vulgaire pervers vivant en dehors des réalités de la vie et du monde. Il avait certes bon fond, mais c'était bien là tout ce qu'elle lui trouvait de mélioratif du reste, il ne suscitait que son mépris, et c'était bien parce qu'elle respectait le cadre de la mission que lui avait confié Azazel qu'elle supportait d'être en sa présence, de près comme de loin. Toutefois, elle n'arrivait pas du tout à comprendre pourquoi Azazel lui avait confié une tâche aussi inutile qu'enquêter sur Hyōdō Issei.

La mise en application du plan allait néanmoins accélérer les évènements. Les nouveaux ordres étaient quant à eux beaucoup plus intéressants. Elle devait maintenant faire son rapport. Et si elle devait être honnête, c'était là la tâche la plus compliquée de la mission du jour, compte tenu de la personne à qui elle devait faire rapport.

Il était grand. Bien plus grand qu'elle, puisqu'il dépassait très largement les un mètre quatre-vingt. Habillé d'un costard noir coiffé d'une rose noir, l'homme avait sur ses épaules posées un long haori brun qu'il utilisait en guise de cape. Un chapeau de paille conique, un sugegasa, dissimulait légèrement son visage. Ses cheveux longs noirs étaient striés de longues mèches dorées évoquant les cheveux d'Azazel et d'un certain nombre d'autres déchus. Ses yeux étaient noirs. L'expression du visage de l'ange déchu, impassible, transparaissait de dureté dans chacun de ses traits, son visage long et carré étant presque figé par la tension.

Mais ce qui intimida le plus Raynare fut les quatre imposantes paires d'ailes qui s'étendaient et se repliaient en arc de cercle dans son dos, lui donnant une prestance impérieuse. En présence de cet homme, Raynare se sentit presque étouffer. Il se contentait de se tenir là, dans l'absolu sans se soucier outre mesure de sa présence, et la regardant comme si elle n'était que quantité négligeable. Il pouvait la tuer, là, d'un revers de la main… Et l'idée la terrifiait. Les hommes anges déchus, pour la plupart d'entre eux, ne respectaient rien pas même leurs homologues féminins. Et ce déchu-là, Raynare avait appris à s'en méfier.

Car elle faisait face à Adatron, sous-Cadre du bureau politique central. Soutien politique de Kokabiel et de Ramiel, il était l'un des commissaires politique de l'organisation les plus zélés. En plus de faire partie d'une branche politique opposée à l'administration centrale de Shemhazai, Adatron était connu pour son impartialité et son jusqu'auboutisme. C'était un homme très dangereux, et Raynare ne ferait pas l'erreur de se le mettre à dos par mégarde. S'agenouillant devant son supérieur, Raynare inclina la tête et fixa les pieds de l'homme.

- Adatron-sama, je viens faire mon rapport.

Le susnommé la fixa sans répondre.

- Parle, ordonna-t-il finalement.

- Le plan s'est déroulé sans accrocs. J'ai pu approcher la cible sans que les démons n'aient conscience de ma présence. Les bracelets sont fonctionnels.

Adatron continua de la regarder sans ciller, son manque évident d'expressivité dénotant sans aucun mal de son inhumanité. Raynare déglutit à nouveau, craignant le silence de l'homme tout comme ses paroles. Une goutte de sueur perla le long de son front, mais elle attendit sagement qu'il réagisse. Il semblait être plongé dans une réflexion.

- As-tu été suivie ?

La question soudaine d'Adatron la prit plusieurs secondes d'indécision.

- Non, Adatron-sama. J'ai bien fais attention de brouiller les pistes derrière moi. Votre position n'est pas compromise.

Une fois de plus, le déchu resta silencieux. Raynare serra les dents. Elle n'aimait pas cette angoisse constante. Etant la protégée d'Azazel, elle n'avait jamais été confrontée aux représentants de la branche militariste de l'administration. Désormais, elle savait pourquoi ces derniers étaient aussi craints parmi la majorité des anges déchus. Ils étaient imprévisibles en plus d'être violent, ce qui tendait à rendre leur réaction, si non aléatoire, difficilement appréhendables. Il fallait calculer chacun de ses mots en leur présence pour éviter de susciter chez eux la violence ou la colère. Ou les deux. Car la mort n'était jamais loin.

- Nous allons poursuivre comme prévu. Tu tueras le garçon ce samedi. Occupe-toi de l'attirer dans un endroit isolé et finis-en rapidement. Nous passerons à la seconde phase du plan par la suite.

Raynare ne prononça dans un premier temps rien et se contenta de fixer le sol d'un air impassible. « Désolé, Hyōdō Issei. » pensa-t-elle dès lors que l'ordre lui fut donné. « Ce n'est pas personnel. Ce sont les ordres. » Elle ne comprenait pas pourquoi il était nécessaire de tuer le porteur d'un Twice Critical, aussi horripilant pouvait-il être, mais les ordres étaient les ordres. En outre, la seconde phase allait lui profiter personnellement, alors elle n'était pas prête de se plaindre.

Si elle pouvait être utile avec Azazel, elle accomplirait son devoir son aucun état d'âme.

- Selon vos ordres, Adatron-sama.

Mais quelque chose se passa alors.

Adatron mobilisa instantanément une masse énorme de pouvoir à en choquer littéralement Raynare et se tourna sur sa droite. Tendant la main, il invoqua une immense lance de lumière qu'il lança en un même mouvement sur l'enceinte du temple. Les yeux écarquillés dans une surprise qui laissa rapidement place à l'effroi, Raynare observa la moitié de l'hectare de terrain être pulvérisée dans une dévastation sans pareille… Et les cinquante-mètres derrière avec. Le souffle coupé, elle se tourna lentement vers son supérieur, qui fixait nonchalamment et dans la même position qu'auparavant les résultats de son tir dévastateur.

- Me serais-je mépris… ? Hm, peu importe, murmura-t-il laconiquement en baissant le bras.

Il se retourna ensuite vers Raynare, qui fut saisit d'une sueur froide.

- Retourne dans ton groupe. Et poursuis le plan.

- H-Hai, Adatron-sama…

Sans attendre ni même se retourner pour savoir s'il la regardait encore, Raynare s'envola, filant aussitôt en direction de la vieille église de Kuoh, où son équipe l'attendait.

Elle préférait ne plus être exposée à un tel niveau de pouvoir.

Moins de temps elle passerait en compagnie du sous-Cadre, mieux ce serait.


La lance n'était pas passée loin.

Enfoncé tête la première dans un buisson dense à plus de deux-cent mètres de là où il se trouvait auparavant, Naruto s'occupa de sortir lentement du feuillage. La déflagration avait carbonisé une partie de ses vêtements, et l'énergie divine avait laissé une marque visible de brûlure sur son épaule droite. Le mouvement s'était avéré risqué, mais le fait d'utiliser l'explosion du tir d'Adatron à la fois comme tremplin et camouflage pour un saut lui avait permis non seulement de s'échapper mais également de couvrir sa retraite en effaçant les preuves de sa présence. Un son semblable à un grésillement attira toutefois l'attention de Naruto sur son poignet droit.

Le bracelet suppresseur que lui avait donné Azazel semblait avoir été touché par des débris de la lance de lumière. Il grésillait et émettait de petites étincelles.

- … Merde, il ne manquait plus que ça… souffla-t-il avec agacement.

Ce n'était pas de bon augure. Toutefois, les quelques secondes qui suivirent lui permirent de s'assurer que le dispositif, en dépit du dégât, camouflait encore son aura magique. « Bon… Il marche encore. » Le tout était de savoir pour combien de temps. Et c'était à supposer que le bracelet lui soit dans les prochains jours d'une quelconque utilité. Car la présence de ce sous-Cadre posait un vrai problème. En premier lieu, cela faisait encourir un danger immense pour la ville. Si un tel individu venait à déployer son pouvoir au milieu de la zone urbaine, la destruction serait sans équivalent. Et c'était une option qui n'était pas envisageable.

L'alternative n'était pas plus enviable, puisqu'elle consistait à l'appréhender hors de la ville, pour concentrer les destructions hors des zones de populations humaines et loin des deux héritières. Dans tous les cas, il s'agissait de destructions, et de massives à cela, car il doutait que cet ange déchu quitterait gentiment la région, indépendamment des sommations et des accords diplomatiques. S'il était là, sans même l'aval d'Azazel, alors il était là pour rester.

- Bon sang, quelle merde… Qu'est-ce que t'as foutu Azazel, pour qu'on en arrive là… ?

Naruto soupira. Ce n'était pas le moment de s'apitoyer. Il fallait déjà qu'il quitte les lieux : Il était hors de question de retomber sur ce sous-Cadre pour l'instant. Il devait réfléchir à une solution et, à défaut d'en trouver une, préparer un plan pour abattre ce gêneur dangereux. Par ailleurs, il devait trouver un moyen de prévenir Rias et Sōna des évènements sans révéler sa couverture.

Et la tâche ne s'annonçait en aucun cas aisée.


Le lendemain.

La sonnerie musicale signifiant la fin de cette heure de cours venait de retentir, et de nouveau, Rias n'avait pas attendu Akeno pour s'éclipser de la salle. Chacune d'entre elles avaient une tâche spécifique à accomplir pour la fin de la journée. En ce qui concernait Rias, la sienne était déjà choisie, puisqu'elle emprunta l'escalier de l'aile A et descendit de nouveau au premier étage du bâtiment principal de l'académie. Concentrée tout en marchant, elle approcha de la porte ouverte du bureau des professeurs dans lequel elle soupçonnait déjà la présence de Naruto, puisqu'elle avait au préalable détecté son aura. S'il s'était à nouveau éclipsé de l'école, elle aurait même été prompt à le suivre où qu'il aille, au restaurant de rāmen qu'il tenait le soir comme ailleurs. Il fallait qu'elle lui parle, qu'elle enquête. Cela ne coûtait rien sinon un peu de temps, et la confusion ambiante faisait qu'elle en avait une certaine quantité. Traversant le couloir, elle arriva devant le pas de la porte.

Rias aperçut Naruto assis sans surprise à sa place au fond de la salle, au bout du long bureau de travail des professeurs, qui le cachait de moitié et où il écrivait des notes dans un cahier. Le hasard faisait qu'il était seul au sein de la pièce, tous les autres enseignants étant en cours ou en pause à la cafétéria. Silencieuse durant quelques secondes, Rias se décida de toquer à la porte pour signaler sa présence. Naruto leva aussitôt la tête et l'accueillit par un petit sourire de nature amicale.

- Bonjour Rias, comment vas-tu ?

Rias entrouvrit imperceptiblement la bouche avec l'intention de répondre, mais se ravisa tout aussi vite alors que son regard plongea dans celui de son professeur d'anglais.

- B-Bonjour Naruto-sensei, répondit-elle doucement.

- Je t'en prie, viens, entre, lui intima gentiment Naruto d'un mouvement de la main.

Mécaniquement, Rias accepta sa proposition et entra dans la pièce. Elle vint se tenir devant lui alors qu'il se tourna vers elle en faisant pivoter le siège de bureau sur lequel il était assis.

- Dis-moi, lui adressa alors l'Uzumaki.

Rias s'étonnait encore de l'aisance avec laquelle elle avait pu créer du lien avec cet homme. Elle se questionnait encore sur le quand et le comment, mais toujours était-il que le constat était là : dans une certaine mesure, ils n'avaient aucun mal à discuter l'un avec l'autre. Et pourtant, à part le fait qu'il travaillait le soir et qu'il était son professeur, elle ne connaissait rien de lui. Et elle était toujours plus suspecte de ses origines. Malgré le fait que se tenant là, devant elle, il ne ressemblait à rien de plus qu'un simple homme de nature humaine. Son aura magique ni ne fluctuait ni s'effaçait. Elle était normale, banale au possible même.

Mais comment amorcer même un semblant d'enquête ? Par où commencer et quel genre de question de poser ? Dès lors qu'elle fut face à sa propre initiative, les mots comme la voix lui manquèrent.

- Hm, Naruto-sensei… Je me demandais juste pourquoi vous étiez absent, hier…

Rias se retint de froncer les sourcils et força un sourire qu'elle soupçonne être plus maladroit qu'autre chose.

- Hein ? Ah, oui, répondit-il dans un petit rire. « J'ai eu une urgence et j'ai été forcé de m'absenter pour la journée. »

Sa réponse avait été bancale, mais c'était tout ce qu'il pouvait dire. Même si elle cherchait à le cacher derrière un sourire, il apparut évident aux yeux de Naruto que leur échange de regard impromptu de la veille avait relancé les germes du soupçon dans l'esprit de Rias. Même si son identité finirait à terme par être découverte du fait de l'étonnante perspicacité des deux héritières, la perdre maintenant n'était pas une option s'il voulait mettre à nu les plans des anges déchus présents en ville.

Le fait de repenser au sous-Cadre d'hier le rendit aussitôt soucieux, à raison de plus que Rias se trouvait juste devant lui. Et que c'était sur elle et ses camarades que le danger planait. Mais comment appréhender la situation, il l'ignorait.

- Naruto-sensei, puis-je vous poser une question ?

Rias s'était décidée. Tourner autour du sujet ne rimait à rien. Si elle voulait avoir des réponses, elle devait commencer à poser les bonnes questions. Et elle sentait que sur celle qu'elle voulait absolument poser, elle obtiendrait une réponse.

- Quelle est votre lien avec Hyōdō Issei ? Je vous ai vu l'observer, hier.

Le regard qu'elle échangea avec lui à l'instant fut lourd de sens, mais elle maintint une façade déterminée à savoir. Ils restèrent ainsi plusieurs seconde, jusqu'à ce qu'il se repositionne sur son siège.

- Et bien, à vrai dire, Issei-…

Tout à coup, la sonnerie retentit, surprenant Rias et la faisant sursauter. Elle avait été tellement accrochée aux lèvres de son interlocuteur qu'elle en avait oublié la situation. Quand elle recentra son attention sur Naruto, ce dernier s'était tu. « Non, je veux savoir, il allait parler, il ne peut pas se… »

- Rias ? Je pense qu'il est temps que tu retournes en cours.

- Mais Naruto-sensei, je souhaite simplement…

- Rias, ça peut attendre. On en parlera une autre fois.

Evidemment, la Gremory ne sembla pas l'entendre de cette manière, à en juger son expression frustrée et ses sourcils froncés dans l'agacement. Mais son rappel à l'ordre en tant qu'enseignant la dissuada de répondre. Frustrée, elle s'inclina simplement et s'en retourna vers la sortie sans dire un seul mot, comme pour témoigner de son mécontentement. Mais avant qu'elle ne quitte la pièce, Naruto l'arrêta.

- Rias, attends une seconde.

Lorsqu'elle se retourna, Rias croisa le regard sérieux de son professeur qui s'était levé.

- Désolé, je risque d'être absent jusqu'à la semaine prochaine, donc je peux au moins te répondre sur ça. Je ne connais pas Issei personnellement, mais j'ai déjà eu l'occasion de le rencontrer dans le passé. Pour tout te dire, je suis juste un peu inquiet.

- Inquiet… de quoi ?

Si Naruto voulait la mettre en garde par suggestion, il n'aurait pas d'autre occasion. Et au diable les soupçons de Rias.

- Issei est un garçon influençable et je me sens un peu responsable de lui. En ce qui me concerne, je me méfierais d'une fille qui me propose quelque chose samedi alors que je la connais à peine. Pour ce que j'en sais, elle pourrait me jouer un tour. C'est pour ça que je l'observais… hier.

Si les regards qu'ils s'étaient échangés juste avant étaient lourd de sens, celui qu'ils échangèrent au moment même était d'un sérieux à toute épreuve.

Sans ne rien dire, Rias se retourna et sortit silencieusement du bureau. Contre toute attente, elle s'arrêta au pas de la porte.

- Bonne journée, Naruto-sensei.

Puis elle disparut dans le couloir, le son de ses pas sur le lino s'éloignant petit à petit jusqu'à s'effacer entièrement.

Naruto retomba dans son siège en soupirant. Maintenant, il était sûr que sa couverture était compromise. « J'espère que je n'ai pas fait d'erreur… Il ne reste plus qu'à savoir ce que compte faire Rias de cette information. »

La sécurité d'Issei restait capitale, et il était impératif que Ddraig ne tombe pas entre de mauvaises mains.


Le jour suivant.

Comme Naruto l'avait dit, il était absent et les classes dont il s'occupait avaient été dispensées de cours d'anglais. Mais tandis qu'elle fixa les pièces restantes de son jeu de pièce démoniaques, qu'elle avait déployées sur un plateau d'échec posé sur son bureau, Rias se rendit compte que ce n'était pas le pire et loin de là. Ses soupçons sur les liens de Naruto avec le surnaturel étaient justes maintenant, elle en était persuadée. Koneko venait de lui faire son rapport sur sa filature d'Issei et lui avait révélé qu'Amano Yūma lui avait proposé de sortir samedi en amoureux. C'était loin d'être une coïncidence, ce qui signifiait qu'Uzumaki Naruto était au courant.

Rias croisa le regard d'Akeno, qui l'observa attentivement depuis l'un des canapés de la salle du club. Elles se comprirent toutes les deux, elles n'étaient pas dupes. Koneko et Yūto quant à eux avaient l'air pensif. Si leur professeur d'anglais lui avait révélé cet élément, c'était qu'il avait un intérêt dans l'histoire, et si un ange déchu approchait Issei de façon aussi fortuite, alors Rias et Akeno en avait déduit une seule chose.

Amano Yūma comptait tuer Issei au cours de la journée de samedi.

Or, un Twice Critical ne pouvait en aucun cas préoccuper autant d'acteurs du surnaturel et les rassembler au même endroit. Cela voulait donc dire que le Sacred Gear n'était pas un Twice Critical mais un artefact de nature draconique bien plus unique. Et Rias n'en voyait qu'un seul qui pousseraient les Grigoris à s'inviter sur le territoire des démons.

Rias se risqua à sourire avec jubilation.

- Bien, prononça-t-elle avec légèreté.

Les membres de sa pairie se tournèrent dans sa direction et constatèrent son sourire.

- Alors, votre prémonition, Rias-buchō… hésita Koneko.

- Elle est juste, n'est-ce pas ? demanda Akeno en poursuivant pour sa cadette.

Rias acquiesça fixant ses pièces démoniaque d'un air ludique et les déplaçant de case en case.

- Oui. J'ai bien fais de garder un œil sur lui, finalement, répondit-elle à la lueur de la bougie qui éclairait le bureau d'une pénombre aussi vacillante que vive.

- Qu'allons-nous faire ? demanda ensuite Akeno.

- Nous allons rester à l'écart. Mais nous serons en état d'alerte, tout du moins. Le reste dépendra de la situation.

Si l'ange déchu éliminait Issei, les Grigoris lui feraient une faveur insoupçonnée.

Car non seulement, elle serait épargnée de l'approche d'Issei, à laquelle elle rechignait depuis un certain temps… Mais en plus, elle se présenterait en sauveuse et rendrait le garçon redevable de sa réincarnation. C'était une opportunité qu'une démone ne pouvait ignorer, à moins de faire honte à toute son espèce.

- Que fait-on en ce qui concerne Uzumaki Naruto ?

La question que venait subitement de poser Yūto attira l'attention de ses trois semblable. L'incertitude remplaça la confiance, et le doute transparut au sein du regard de Rias. Croisant les bras et se penchant sur son bureau, elle se tritura l'esprit pour trouver une solution. Mais c'était bien plus compliqué que la situation d'Issei. Il s'était impliqué sans se découvrir et était l'objet d'un véritable paradoxe.

- Je ne sais pas… avoua-t-elle finalement dans un petit soupir. « Cet homme me rend complètement confuse. Je ne sais pas quoi penser de lui. »

- Mais il est lié aux anges déchus, se risqua à dire Yūto.

S'il était lié aux anges déchus, il n'était pas forcément de leur côté, mais ce fut bel et bien l'insinuation de Yūto par sa déclaration.

- Naruto-sensei n'est pas méchant. Je le sais.

Yūto émit un petit rire gêné à la réponse de Koneko. Cette dernière ne s'impliquait jamais entièrement, mais quand elle le faisait, elle prenait position pour ne pas s'en défaire. Le regard de Rias s'adoucit à la déclaration de sa petite cadette, aussi s'accouda-t-elle à son bureau en souriant.

- … Koneko a raison, déclara-t-elle sereinement. « Naruto-sensei n'est pas notre ennemi. Je ne sais pas où il se situe par rapport à tout ça, mais ce n'est pas notre ennemi. »

- Cela étant dit, Yūto-kun a raison, intervint Akeno d'un ton plus pragmatique. « Quelque chose doit être fait par rapport à Naruto-sensei. Si c'est un être humain sensible au surnaturel, cela ferait de lui quelqu'un de semblable à Kiyome. Et quoiqu'il en soit, nous devons quand même savoir d'où il vient et pourquoi il est ici. »

Rias ne pouvait pas s'opposer à cette réflexion.

- Et puis quelque chose me dit que Naruto-sensei n'est pas un être humain, continua Akeno. « Même si l'odorat de Koneko nous indique le contraire. »

- Possible, mais de toute façon Naruto-sensei n'est pas notre priorité, pour l'instant, la coupa alors Rias. « Il faudra que nous nous penchions sur son cas, c'est vrai. Mais pour l'instant, nous devons nous concentrer sur Issei. S'il se fait tuer samedi, il faut absolument que nous soyons prêts pour le réincarner. Il est hors de question que l'occasion m'échappe. »

Et la réunion stratégique pour la journée de samedi et la réincarnation de Hyōdō Issei comme démon de la maison Gremory commença dès lors.


Trois jours plus tard.

Le salon était particulièrement silencieux, en cette matinée de fin de semaine. Ponctué par les discrets et réguliers cliquetis de la pendule murale qui siégeait en hauteur, le silence régnait en maître et donnait à l'ambiance une dualité bien étrange entre sentiment de repos et de tension. L'écho lointain d'un moteur de voiture s'entendait sporadiquement à l'extérieur et pimentait ce silence matinal, détendant l'atmosphère par un son extérieur rassurant et s'imposant tel une berceuse. Les rayons du soleil éclairaient non sans mal le parquet de la pièce alors que l'air matinal encore léger et frais commençait déjà à se réchauffer. En voyant le ciel bleu, presque dénué de nuage, cette journée de samedi s'annonçait ensoleillée et estivale. Si ce n'était pas pour les circonstances inquiétantes actuelles, Naruto aurait pu penser que ce temps presque estival était propice pour sortir se promener en amoureux et profiter du soleil.

Fixant la tasse de rāmen fumante posée sur la table basse juste devant lui, Naruto s'enfonça dans le canapé sur lequel il était assis dans l'attente depuis plusieurs minutes. Jugeant qu'il avait suffisamment attendu, il saisit la tasse encore chaude et retira définitivement le support cartonné qui couvrait la tasse pour en retenir la chaleur. Finalement, il prit les baguettes chinoises qui reposaient sur la table basse et commença à manger silencieusement les nouilles immergées dans le bouillon fumant.

Depuis trois jours, les journées se ressemblaient sans que cela ne soit véritablement surprenant. Il se réveillait le matin et délimitait un périmètre de surveillance sur la moitié de la ville, qu'il parcourait jusque tard dans la nuit, en faisant particulièrement attention au moindre mouvement en provenance de l'endroit où il avait fait la rencontre du dénommé Adatron. La présence de cet ange déchu était décidément une mauvaise tournure à la situation mais il était pour l'instant risqué d'intervenir, dans la mesure où il manquait de beaucoup d'information. Pour commencer, le fait que ce sous-Cadre soit présent pouvait laisser supposer qu'il n'était le seul ange déchu de cette puissance présent sur la ville, et qu'un affrontement risquait de vraiment dégénérer au point de devenir ingérable. Et la dernière chose que Naruto voulait voir arriver à Kuoh était un combat susceptible de détruire la ville. Il ne pouvait donc décemment pas prendre le risque de commencer quelque chose sans être assuré d'en maîtriser le déroulement.

Par ailleurs, au-delà des simples éléments d'ordre tactique, il lui manquait également les éléments sur le fond de cette histoire. Le comment était une chose, le pourquoi en était une autre. Et s'il était assez facile pour lui de comprendre que le groupe de Raynare semblait agir sous une certaine contrainte, il ignorait toutefois complètement pourquoi Adatron se trouvait à Kuoh.

Azazel ne semblait pas être au fait de sa présence dans la ville, ou alors ce dernier le lui avait caché, même si Naruto en doutait. « Il faudrait que je prévienne Azazel… » pensa-t-il alors tout en continuant de manger distraitement ses rāmens au miso. « Mais c'est impossible… La belle affaire. » Le fait était qu'Azazel était injoignable. Il n'avait aucun moyen technique, qu'il soit magique ou technologique, pour le contacter, et se déplacer pour aller le chercher était irréaliste et irréalisable, dans la mesure où, dans un premier temps, sa position était inconnue et que le chercher prendrait bien évidemment trop de temps. Dans un second temps, fusse le cas contraire, s'absenter pour aller voir le Gouverneur Général des Anges Déchus exposerait la ville de Kuoh et le groupe de Rias à un danger immense, puisqu'il ne serait pas présent pour appréhender toute situation de catastrophe, à commencer par une attaque d'Adatron… Il en était donc réduit à l'attente et la surveillance.

Le reste incombait à Rias et sa pairie, et au crédit qu'elle avait accordé à son avertissement à peine caché. Si elle l'avait écouté, alors elle avait passé ces derniers jours à surveiller Issei et à élaborer une approche pour éventuellement réincarner le porteur de l'Empereur Dragon Gallois. Le cas échéant, il était clair pour Naruto que le sort de Hyōdō Issei s'annonçait sombre. Naruto espérait qu'ils n'en arriveraient pas là.

Dans tous les cas, il allait très bientôt savoir si Rias avait choisi de l'écouter, ou pas.

Terminant sa tasse de rāmen, l'ancien héritier des Phenex posa le récipient en plastique sur la table basse et se leva.

Le moment était venu de partir.


Le centre-ville de Kuoh était un lieu plein de vie, et c'était particulièrement vrai pour la place marchande qui délimitait l'entrée du centre-ville. Le carrefour qui la composait était un point du trafic routier de la ville très fréquenté tandis que le square carré en son centre servait de lieu de rencontre pour les groupes et les couples qui souhaitaient se réunir. C'était ici qu'Issei attendait Yūma depuis maintenant quelques minutes. A sa droite, à quelques mètres, les taxis s'arrêtaient périodiquement pour déposer des gens le long d'un arrêt et repartaient alors, laissant la voie libre aux bus qui stationnaient à intervalle réguliers. Entre le bruit des klaxons et les discussions des passants, Issei distinguait assez facilement le bruissement des feuilles des arbres du square aux passages de la brise et le piaillement des oiseaux. Plus loin, de l'autre côté de la rue, des groupes de gens réunis et éparpillés discutaient gaiement et se retrouvaient devant l'entrée du centre commercial de Kuoh, tandis que des annonceurs commerciaux distribuaient avec zèle et énergie des tracts d'enseigne vantant divers types de produits sur les angles des avenues. Le grand complexe semblait dominer par sa taille l'ensemble des bâtiments du quartier. Dans l'ensemble, l'ambiance locale animée, le ciel bleu dénué de nuage et l'air chaud laissait présager une journée estivale et joyeuse. Pour un rencart, et malgré le trac qui mettait à l'épreuve les battements du cœur d'Issei, il n'existait pas meilleur jour…

Yūma allait bientôt arriver. Pendant quelques instants, Issei se demanda s'il ne risquait pas de se faire poser un lapin par la jeune fille. Après tout, il ne la connaissait pas encore très bien, et ce rencart pouvait très bien être un tour qu'elle lui avait joué pour quelconque raison. Dans la mesure où il était connu pour être un incorrigible pervers, les probabilités étaient là. Toutefois, les quelques jours qu'il avait passé avec elle et la nature aimable de leur relation tendait à contredire les éventualités d'un tel risque, aussi chassa-t-il ses inquiétudes en secouant sa tête. Il s'était préparé à la perfection toute la matinée, s'était lavé et relavé, avait pris du temps pour se coiffer et portait même des vêtements neufs. En clair, il avait tout fait pour ne pas apparaître négligeant pour son tout premier rencard. Il devait avoir plus confiance en lui. Il était certes connu pour être un pervers, mais Yūma était nouvelle à l'académie de Kuoh et n'avait pas été influencée par l'avis des filles du lycée et des rumeurs infâmes qui circulaient sur lui.

Poussant un soupir pour évacuer la tension naissante, il se reconcentra sur son environnement.

- C'est bientôt l'heure… marmonna-t-il en regardant nerveusement l'imposante horloge de style victorien qui siégeait à l'angle de la place et qui s'élevait au-dessus des arbres. « Peut-être que je suis venu trop en avance… ? » souffla-t-il ensuite en se frottant l'arrière du crâne.

Il n'avait pas pour habitude d'être ponctuel, mais là encore, il n'avait pas pour habitude de sortir avec une fille le samedi, aussi regarda-t-il à nouveau l'horloge pour s'assurer qu'il ne s'était pas mépris. Elle indiquait bien dix heures moins le quart. Il était donc bel et bien à l'heure… Il soupira à nouveau, de soulagement cette fois, et ferma les yeux quelques secondes. Il devait juste relâcher la pression. Tout allait bien se passer.

- Monsieur, je vous en prie, tenez.

Tout à coup, Issei rouvrit les yeux et se tourna sur sa droite en haussant les sourcils. Une jeune femme qui se tenait là venait de l'interpeler et le sortir de ses pensées. Issei la regarda quelques secondes sans savoir quoi dire et observa bêtement sa tenue. Il n'avait jamais vu quelqu'un porter de tels vêtements, puisque ces derniers ressemblaient à un déguisement plus que tout autre chose. Son extravagant haut rouge était muni de petites ailes de chauve-souris et d'épaulettes noires semblables… C'était une bien étrange façon de s'habiller… Et de se coiffer également, puisqu'Issei se rendit bien vite compte que les cheveux bruns de la jeune femme avaient une coupe assortie à ses étranges vêtements. Et c'était sans parler de sa mini-jupe blanche, au coupage et aux plis tout aussi curieux. Après quelques secondes d'observation, le Hyōdō se rendit vite compte que la jeune femme le fixait également et lui tendait depuis lors un prospectus.

- Tenez, je vous en prie, répéta-t-elle gentiment.

- Ah heu, merci, mais… répondit Issei avec gêne en saisissant le dépliant.

Cependant, avant même qu'il ne puisse lui demander de quoi il s'agissait et de rendre le papier en signifiant qu'il n'en voulait pas, la jeune femme s'était déjà éloignée et traversait le passage piéton pour quitter la zone.

- Mince, elle m'a fait prendre le dépliant, au final…

Il la regarda s'éloigner tout en se demandant qui elle était, puis regarda le dépliant qu'elle lui avait donné. C'était le tract le plus étrange qu'un annonceur ne lui avait jamais donné. Etait-ce même une annonce de produit pour commencer ? Il se posa réellement la question en constatant qu'aucune offre ne semblait figurer sur le papier. Seulement un étrange dessin circulaire lui évoquant une sorte de sceau du genre occulte tel qu'il avait pu en voir dans certains anime d'inspiration occidentale, et sur lequel figuraient des écritures semblables à des runes germaniques, ou quelque chose dans le genre. Et deux encadrés stylisés en japonais sur les entêtes, décorés de deux femmes nues et de motifs de roses.

- Tous vos souhaits pourront être exaucés… ? prononça-t-il distraitement, lisant ce qui était écrit sur ces encadrés. « Qu'est-ce que c'est… ? Une publicité pour voyant ? Ce serait à moitié lugubre si ce n'était pas une fille qui m'avait donné ça… » ajouta-t-il un peu moqueur.

Pendant un moment, Issei se demanda ce qu'il devait faire du dépliant. Habituellement, il se débarrassait des prospectus qu'on lui donnait dans la rue car ça ne l'intéressait pas… Mais pour une étrange raison, ou peut-être était-ce le fait qu'il ne voyait pas de poubelles à proximité, il ne jeta pas le papier.

- Issei-kun !

A l'entente soudaine de la voix de Yūma, il plia le prospectus et le mit discrètement dans sa poche. Il se retourna alors et aperçut alors Yūma, qui traversait un passage piéton et qui l'approchait d'un pas vif. Il l'accueillit alors tout sourire tandis qu'elle vint se tenir devant lui d'un air radieux.

- Bonjour, Yūma-chan ! s'exclama alors Issei.

- Excuse-moi, Issei-kun ! J'espère que je ne t'ai pas trop fait attendre ! lui répondit-elle d'une voix claire, si claire que les battements de cœur d'Issei s'accélèrent sous l'émotion.

Elle était venue. Ses efforts et ses espoirs n'avaient pas été vains.

- Ne t'en fais pas, je viens juste d'arriver également, dit-il ensuite sur un ton qui se voulut rassurant et chaleureux.

Intérieurement, il poussa un cri excité et jubilatoire. « J'ai toujours voulu dire ça ! » pensa-t-il avec excitation. Il se sentit à l'instant tellement chanceux mais également tellement navré pour Motohama et Matsuda. Ces deux-là ne savaient pas ce que ça faisait d'être lui à l'instant même… « De qui je me moque ? Je vais tellement me vanter devant eux lundi matin ! » jubila-t-il intérieurement ensuite.

- Je suis rassurée. J'avais peur d'arriver en retard, prononça calmement Yūma.

Observant la magnifique lycéenne et écoutant sa voix mélodieuse, Issei se retint de sautiller de joie. Il peina toutefois à dissimuler l'admiration luisant dans ses yeux alors qu'il contempla l'incroyable beauté de sa petite-amie. Yūma était vraiment jolie, au point qu'il était difficile pour lui de se sentir à la hauteur. Il s'était contenté de venir habillé de manière conventionnelle et ne portait qu'une veste par-dessus un t-shirt sombre, un pantalon et une paire de chaussure somme toute assez normale. En comparaison, Yūma était resplendissante. Elle portait une jolie robe noire par-dessus laquelle elle avait enfilé une coquette et petite chemise violette. Ses belles jambes lisses et blanches étaient complètement révélée, si bien qu'il ne put s'empêcher de déglutir à leur vue. La vue était presque trop intense, lui qui n'avait jamais eu de copine.

- Allons-y, Issei-kun ! s'exclama alors Yūma avec joie.

- H-Hai !

C'était le nouveau meilleur jour de sa vie.


Rias ouvrit les yeux et sa vue tomba sur la salle du club d'occultisme de l'académie de Kuoh. Les pièces démoniaques de son jeu personnel étaient posées sur son bureau, auquel elle était assise. Devant elle, Akeno, Yūto et Koneko étaient installés sur les canapés du club prenaient silencieusement le thé, savourant le silence de cette matinée de fin de semaine. Rias se réinstalla sur son siège et soupira l'espace d'un instant. Elle saisit par la suite la tasse de thé qui se trouvait à côté de ses pièces démoniaques restantes et sirota une gorgée du thé qu'Akeno lui avait préparé quelques minutes auparavant. Son mouvement attira l'attention de sa pairie.

- Alors, du nouveau ? demanda calmement Akeno.

Bien que sereine, le souci transparut dans le ton de la jeune fille. Face à elle, Yūto et Koneko restèrent silencieux et attendirent une réponse de leur maîtresse. Rias les regarda quelques secondes puis leur adressa un sourire rassurant tout en acquiesçant à la reine de sa pairie.

- Oui, il est bientôt l'heure de bouger, répondit-elle alors. « Bat-chan vient de transmettre notre dépliant à Issei. »

- Il ne l'a pas jeté ?

Rias répondit à la seconde question d'Akeno par un hochement de tête négatif, tandis que cette dernière et leurs deux cadets soufflèrent de soulagement. La journée commençait et était partie pour durer. De longues minutes passèrent alors, ponctuées de quelques brèves discussions entre Akeno, Yūto et Koneko. De temps en temps, Akeno se levait et retournait faire du thé dans le coin de la pièce, où se trouvait posée sur un meuble la théière et les ustensiles nécessaire. Sortant quelques biscuits du placard et les répartissant sur un plateau, elle faisait le tour de la pièce pour docilement en distribuer aux membres du club d'occultisme et revenait ensuite s'asseoir.

Cette sensation d'attente, Rias ne l'appréciait pas. Par sa révélation et par le déroulement des évènements, Naruto lui avait un peu forcé la main, dans la mesure où elle avait jusque-là hésité à recruter Issei au sein de sa pairie, mais maintenant qu'elle s'était décidée, il était plus simple pour eux que le plan se déroule sans accroc. Il fallait juste patienter un peu. Ce serait terminé bien assez tôt.

- Bon… Il est temps.

A l'entente de la voix de leur maîtresse et en la voyant se lever, les membres de la pairie de Rias en firent de même.

- Nous allons commencer à nous positionner, prononça la Gremory. « Mieux vaut que ce soit fait, pour éviter tout retournement de situation inconvenant. Issei a notre sceau d'invocation en sa possession, mais on ne sait jamais. »

- Hai, s'exclamèrent conjointement ses trois subordonnés.

Issei était en possession du sceau d'invocation des Gremory, comme Rias venait de le souligner, et c'était rassurant dans la mesure où elle pouvait donc apparaître presque instantanément à ses côtés, le sceau agissant comme une balise de repérage pour ouvrir un portail d'invocation. Mais ce n'était pas assez rassurant, en ce sens qu'elle n'avait pas Issei en visuel, et qu'il pouvait arriver n'importe quoi sans qu'elle ne puisse rien y faire. Si Issei mourrait définitivement avant qu'elle n'apparaisse ou si son corps était intégralement détruit, elle n'aurait rien à réincarner et il en était hors de question. Rias préférait être entièrement prête et parée à toute éventualité.

Arborant un sourire sûr de soi, elle contourna son bureau et se mit à marcher en direction de la porte.

- Parfait. Allons récupérer notre nouveau pion.


- Viens, Issei-kun ! lança joyeusement Yūma en saisissant le poignet d'Issei et en l'attirant à travers la foule.

Issei n'eut même pas le temps de lui répondre qu'il se retrouva vigoureusement entraîné à travers l'épaisse foule de l'artère piétonne principale du quartier marchand de Kuoh. Tout autour de lui, les rues étaient bondées et les enseignes pleines de clients. Toutes les terrasses des cafés et des restaurants semblaient également complètes, et la vie battait littéralement son plein en cette fin de matinée de samedi. Ce n'était pas souvent qu'Issei avait l'occasion de se rendre dans le centre-ville, c'était donc toujours très impressionnant de voir autant de monde au même endroit. Quand on savait que Kuoh n'était pas une grande ville, il était facile d'imaginer que son activité n'était pas particulièrement élevée, mais en vérité Kuoh était décidément une ville très vivante. Et la journée du samedi le confirmait plus que jamais.

Yūma semblait véritablement aux anges, à en juger le rayonnant sourire affiché sur son beau visage. Ses yeux brillaient d'un mélange d'excitation, d'impatience et de joie alors qu'elle observait les vitrines des magasins. Depuis presque deux heures, ils vaquaient à travers le quartier et faisaient les boutiques tout en discutant gaiment de tout et rien.

- Ooh… souffla tout à coup Yūma dans l'admiration, alors qu'elle fixait une robe d'été beige et bleu présentée en vitrine. « Quelle robe magnifique… »

Fidèle et attentif aux intérêts de sa petite-amie, Issei s'approcha pour contempla curieusement la robe en question. Posée sur un mannequin aux formes féminines pulpeuses, force était de constater que Yūma avait raison. Avec la pose du mannequin et le joli chapeau d'été à fleur assorti, la robe était, faute d'un meilleur mot, magnifique.

- Dis, dis, Issei-kun, tu penses qu'elle m'irait ? demanda alors Yūma d'une voix éminemment mignonne.

La façon dont la jeune fille lui posa la question fit presque tourner de l'œil au Hyōdō, ses yeux violets pétillant de curiosité alors qu'elle était innocemment penchée dans sa direction, révélant inconsciemment son délicieux décolleté et la naissance de ses seins blancs et charnus. « E-Eroi… » pensa-t-il dans un premier temps, avant de se corriger. « Enfin, K-Kawaii… »

- Issei-kun ? continua Yūma en penchant curieusement la tête sur le côté.

Issei revint à la réalité et recentra bien vite son attention sur l'expression inquisitrice de la jeune fille, même s'il peina à réguler le rythme effréné de son cœur.

- Heu… Je pense que ça t'irait vraiment bien, Yūma-chan… Pourquoi ne pas aller l'essayer ? proposa-t-il alors.

- Ooh ! Quelle bonne idée, faisons ça, Issei-kun !

Soupirant de soulagement en réalisation que Yūma ne s'était rendu compte de rien, Issei se retrouva de nouveau attiré par la jeune fille à l'intérieur du magasin… Et il ne le regretta à aucun moment. Se rendant en rayon pour saisirent la même robe et le même chapeau d'été que ceux présents en vitrine, Yūma fila vers les cabines d'essayage. « Ah… L'expérience d'attendre sa petite-amie à l'extérieur d'une cabine d'essayage… J'en avais entendu parlé… C'est génial… ! » pensa Issei en pleurant intérieurement des larmes d'émotion. « Matsuda et Motohama vont tellement rager quand je vais leur raconter cette journée… Ils vont même mourir de rage ! » Le Hyōdō jubilait déjà.

Brusquement, le rideau de la cabine fut tiré, sortant Issei de ses songes.

- Tadaa !

Issei fut silencieux.

Yūma se tenait là, devant lui, portant la même robe que celle de la vitrine, et… le spectacle était trop intense. Les motifs de fleurs bleus parcourant le fond beige de la robe, la délicatesse de ladite robe qui épousait avec perfection la svelte silhouette de Yūma, l'élégant chapeau d'été décoré du ruban bleu… L'éblouissant final laissa le garçon bouche bée.

- I-Issei-kun… ? Dis quelque chose…

Puis Issei se réveilla tout à coup. Les limiteurs venaient d'être brisés.

- Yahoo ! Yūma-chan, t'es la plus sexy de toutes, YEAH ! s'écria-t-il tout à coup avant de lever le poing en l'air et de sautiller comme un enfant.

La seule réaction visible de la jeune fille fut de rougir. Serrant la robe de la main à niveau des cuisses et baissant timidement les yeux, elle marmonna quelque chose de presque inaudible. « Mou… Issei-kun no ecchi... » Sa réaction timide évoqua à Issei quelque chose de très sensuel, et son regard en biais brillant de pudeur exprima une subtilité qui impressionna le garçon autant qu'il le calma.

- P-Pardon, Yūma-chan… Je n'aurais pas dû… Hahaha… poursuivit Issei en laissant s'échapper un petit rire gêné.

- … Non, c'est bon, ça m'a fait plaisir, révéla-t-elle alors. « D'ailleurs, ta réaction m'a convaincu. Je vais prendre cette robe ! Merci, Issei-kun. »

- Y-Yūma-chan…

Décidément, Yūma était incroyable.

Lui adressant un grand sourire, Yūma s'enferma à nouveau dans la cabine pour retirer la robe qu'elle venait d'essayer. Quand elle ressortit, elle avait remis sa robe noire. Ils se dirigèrent ensuite au comptoir, où Yūma confia à la vendeuse sa robe et son chapeau. Après quelques politesses, cette dernière rangea les achats de la jeune et jolie lycéenne dans un petit sac en papier et les encaissa.

Yūma la remercia aussitôt et saisit sans attendre le poignet d'Issei. Sous la surprise du garçon, elle l'attira de nouveau à pas rapide à l'extérieur du magasin.

- Allons manger, Issei-kun ! s'exclama-t-elle jovialement.

- D'accord… acquiesça-t-il distraitement.

Il allait bientôt être midi, après tout, donc ce n'était pas plus mal de commencer à chercher un endroit où aller déjeuner. Ce qu'ils finirent alors par faire. Entretemps, à nouveau attiré par la jeune fille à travers l'avenue piétonne, Issei regarda la main de sa petite-amie. L'espace de quelques secondes, il s'étonna de sa force. Car pour l'entraîner lui, avec tant de vigueur, et même s'il ne résistait pas au mouvement, le constat lui fut très clair.

Yūma était forte. Vraiment forte.


Se tenir à distance suffisante pour ne pas que sa présence soit détectée et observer cette ange déchue tourner autour de son futur pion s'avéra fort compliqué, tant les instinct de diablesse de Rias tendirent à lui dicter de plonger sur l'opportune et de la pulvériser. Cette Amano Yūma était d'une audace insupportable. Jamais encore un seul ange ou ange déchu n'était venu la provoquer directement en paradant sous son nez… et en jouant une telle comédie. « Mais qu'est-ce qu'elle fait… ? » se demanda Rias tout du long, alors qu'elle vit la déchue se comporter comme une véritable petite collégienne japonaise en fleur. Elle était assurément bonne actrice, et si ce n'était pas pour le fait que Rias était au courant de sa nature, elle n'aurait sans doute jamais deviné que cette femme à l'apparence mignonne et coquette était en vérité l'une de ses pires ennemies naturelles. C'était pour le moins irritant. C'était même plus qu'irritant…

Pour autant, l'irritation tout relative de Rias ne lui coûterait pas la mission. Elle n'avait jamais été une démone impulsive et n'allait pas perdre son calme pour une scène aussi triviale… Surtout quand le déroulement de ce rendez-vous suivait les prérogatives de son plan. C'était sans oublier le fait que la présence d'un ange déchu annonçait la présence d'autres anges déchus. Sa pairie quadrillait la zone à cet effet. Koneko et Yūto étaient respectivement situés à l'est et l'ouest du centre-ville. Akeno, quant à elle, s'était postée au nord de l'avenue marchande et surveillait toute incursion susceptible de venir de l'Eglise en effet, Rias appréhendait l'intervention d'autres anges déchus, et elle ne pouvait en aucun cas prendre le risque de laisser s'échapper Issei à cause de la présence d'éventuels intrus susceptibles de la gêner pendant qu'elle réincarnait le corps encore chaud du porteur du Boosted Gear.

Maintenant, il suffisait simplement d'attendre que la journée ne s'écoule. A cette distance, elle était parée à toute éventualité. Quels que soient les plans que cette Yūma avaient conçus, Rias allait les déjouer les uns après les autres si c'était nécessaire. Car ce garçon et le Sacred Gear unique qu'il possédait lui revenaient de droit.


Quelques heures plus tard.

Manger dans un fast-food n'aurait pas été la première idée d'Issei si on lui avait demandé où il aurait pensé amener sa petite-amie à l'occasion d'un déjeuner. Et pourtant, c'était bien au McDonald du centre-ville de Kuoh que lui et Yūma étaient allés manger. Pour une étrange raison, la jeune fille avait joyeusement insisté pour y aller et il avait accepté dans la foulée, ne trouvant absolument aucune raison de son côté pour refuser. En vérité, ce n'était pas si surprenant. Depuis plusieurs années, les fast-foods américains étaient très populaires chez les jeunes japonais et le hamburger était devenu un plat particulièrement tendance. Montant au premier étage, ils avaient trouvé de la place dans un coin confortable et s'étaient installés sur une banquette près de la fenêtre après avoir pris commande. Ils avaient ensuite passé un peu plus d'une heure à discuter tout en mangeant à leurs rythmes et en observant distraitement la foule s'amincir au fil du temps sur l'avenue en contrebas.

La journée était bien entamée et le soleil avait atteint son zénith il y avait déjà plusieurs heures. Avec l'avancée de la journée, la masse des visiteurs du samedi s'était amoindrie et les environs étaient désormais plus calmes. Les nombreuses enseignes mais aussi les cafés et restaurants étaient par conséquent moins surchargés. Une fois sortis du McDonald, Issei et Yūma étaient à nouveau repartis se promener, cette fois dans les alentours du centre-commercial, et ils avaient passé une petite heure à faire les boutiques, à essayer divers vêtements et à contempler une multitude d'autres produits et accessoires. Quelle drôle d'expérience ce fut. Issei était souvent venu ici, mais rarement – pour ne pas dire jamais – y acheter des vêtements. En ce qui le concernait, il était systématiquement venu au centre commercial de Kuoh pour consulter les sorties des eroges ou des animes qu'il suivait. Il avait donc réprimé ses instincts lors des rares moments où il était passé avec Yūma devant un magasin spécialisé – accessoirement ceux qu'il fréquentait.

C'était pour la bonne cause.

- Comment trouves-tu ton cocktail, Issei-kun ? demanda tout à coup Yūma.

- Hm ? Oh, c'est pas mal. Et toi, comment c'est ?

- C'est très bon !

Yūma le regarda quelques secondes puis lui adressa un petit sourire. Elle reprit alors la dégustation du parfait qu'elle était depuis quelques minutes en train de manger. Après tant d'activité, et alors que la journée était sur le point de finir, les deux lycéens s'étaient accordés une petite pause. Maintenant que la plupart des cafés et des restaurants étaient moins bondés, il avait été facile de trouver une place en intérieur, dans un café donnant directement sur l'avenue. Issei regarda Yūma à son tour, dans la fascination en la voyant piocher avec élégance de petites bouchées de son parfait avec sa cuillère. L'élastique à cheveux rose qu'il lui avait offert se trouvait à son poignet et apposait comme une cerise sur le gâteau à son côté mignon…

Et puis, décidément, ses seins étaient fabuleux. Peu importait les mouvements qu'elle faisait et peu importait l'angle avec lequel Issei les observait, ces derniers étaient envoutant. L'égérie qu'était Amano Yūma n'avait de cesse de l'ensorceler sur tous les points à chaque fois qu'il posait les yeux sur elle. Evidemment, dès lors qu'il commença à regarder Yūma avec lubricité, il lui fut compliqué de réprimer un rougissement et de s'arrêter de regarder.

- Issei-kun ?

Issei sursauta dès lors qu'il vit que Yūma avait remarqué ses regards indiscrets. Il eut comme seul réflexe de se braquer et d'aspirer son cocktail comme un forcené, mais sa tentative de noyer le poisson parut bien misérable dès lors qu'il avala de travers. S'étouffant sous l'impulsion, il se mit à tousser, provoquant à la fois la surprise et l'inquiétude chez sa partenaire, qui s'empressa de saisir un mouchoir et de lui tendre.

- Issei-kun ! Tu vas bien ?

Visiblement, et comme Issei le constata à la maladresse de cet évènement, il lui restait encore beaucoup à apprendre pour se comporter correctement et être à l'aise auprès des filles.


Une heure plus tard.

Le soleil amorçait sa descente dans le ciel et le jour s'assombrissait. Le crépuscule naissant délivrait déjà sur la ville l'emblématique halo orangé qui fascinait si souvent Issei le soir. Aujourd'hui, plutôt que de passer ce temps seul, il le passait là, avec Yūma. Ils avaient quittés le centre-ville depuis peu et s'étaient mis à se promener, tranquillement, dans le silence. Les alentours étaient presque déserts, laissant à la nature le droit de réinvestir les lieux, comme on l'entendait au souffle du vent, au bruissement des feuillus et au piaillement des oiseaux. Yūma marchait docilement à ses côtés, et comme lui, ses jolis yeux violets étaient baissés en direction de ses pieds, qu'elle fixait. Il ne pouvait pas le lui reprocher. Il était lui-même timide, et dans ce moment de convivialité authentique, il ne savait pas à quoi dire… Et à supposer qu'il sache, il n'osait pas rompre ce silence reposant qui lui inspirait autant d'intimité. Car ce moment se révéla unique.

Ils continuèrent à marcher, sans véritable direction, le long des rues de la ville, jusqu'à finalement passer par le parc qui séparait le centre-ville de Kuoh des quartiers résidentiels plus au sud. Issei était déjà de nombreuses fois passé par ce parc, mais aujourd'hui tout lui parut plus beau, plus coloré, plus vrai que nature. Le ciel et les nuages étaient des panels intenses de rouge et de jaune, les arbres semblaient encore plus vert, l'eau qui clapotait au sein de la fontaine du parc délivrait un ensemble de son harmonieux et enchanteurs, l'air semblait plus pure tandis que son corps semblait comme virevolter. L'humble présence de Yūma à ses côtés était libératrice, et il était presque sûr qu'elle n'avait pas conscience de l'impact qu'elle avait sur lui. Le crépuscule avait toujours été un moment de mélancolie et de solitude pour lui. C'était sous ce soleil rouge et orange qu'il réfléchissait sur sa situation et qu'il prenait conscience qu'il lui manquait toujours quelque chose… Mais il avait beau chercher maintenant, devant le reflet lumineux de cette fontaine qui luisait sous l'astre du crépuscule, il n'arrivait plus à trouver ce qui lui faisait défaut.

Tel un ange, Yūma était venue le délester magiquement de ses fardeaux.

- C'était une belle journée, n'est-ce pas… ? souffla soudainement la jeune fille d'une voix claire.

- Oui, on s'est vraiment bien amusé, Yūma-chan.

Même sa voix était belle et attirante. C'était à se demander pourquoi il méritait le cœur d'une fille aussi parfaite. L'observant du coin de l'œil quelques secondes puis revenant au sol devant lui, il laissa l'audace de la gratitude parler pour lui. « Je ne peux pas laisser passer ma chance. Je dois lui montrer de quoi je suis capable. » pensa-t-il alors, avant de saisir la main de Yūma qui pendait presque contre la sienne. Le petit « Oh ! » surpris de Yūma résonna à ses oreilles comme une mélodie, alors que rougissant, elle écarta ses doigts de sa paume pour lui permettre de mieux saisir sa main. C'était chaud. C'était chaud, doux, rassurant… Mais également impressionnant, passionnant et intense. « Elle… Elle ne m'a pas repoussé, elle m'a accepté ! » Si son émoi était déjà grand, l'état dans lequel il fut plongé à cet instant le bouleversa comme jamais. La tambourinade effrénée dans laquelle fut entraîné son cœur le laissa rouge d'émotion et presque à court de souffle.

Leurs pas ralentirent, et ils approchèrent d'un pas humble la fontaine du parc dont les eaux luisaient de mille feux.

Tout à coup, et sans même qu'il ne le voit venir, Yūma se défie de son emprise. « Hein ? » Le visage baissé et les yeux dissimulés sous sa frange, il ne décerna de l'expression de la jeune fille qu'un vague sourire. Elle resta ainsi quelques secondes, muette.

- Yūma…-chan ? questionna-t-il alors.

Ne lui répondant pas, toujours souriante, cette dernière s'avança coquettement de quelques pas pour finalement se retourner dans sa direction. Elle le regarda alors, ses yeux grands ouverts et avec un sourire qu'il fut difficile d'interpréter pour le lycéen.

- Dis Issei-kun… commença doucement Yūma avant de s'avancer de quelques pas dans sa direction, pour finir légèrement penchée en avant, devant lui. « Pour commémorer notre premier rendez-vous, accepterais-tu de me faire une faveur ? »

Issei la regarda, fasciné et attentif. « Est-ce qu'on y est ? Est-ce que c'est ça… ? » osa-t-il penser. « Est-ce qu'on va s'embrasser ? » A la fascination succéda un mélange confus et crépitant d'appréhension et d'espoir. Yūma et lui allaient-il s'embrasser ? Son premier baiser… Maintenant, il avait presque peur de se méprendre. Ou pire, de ne pas être à la hauteur et de se révéler décevant.

- B-Bien sûr, Yūma-chan… Que souhaites-tu ?

Yūma Amano resta silencieuse. Le piaillement des oiseaux sembla s'arrêter comme par magie. L'écoulement de l'eau se fit plus discret. Le bruissement des feuilles fut plus diffus. Puis un sourire se tissa sur les lèvres de la jeune fille, et ouvrant ses yeux jusqu'alors un temps fermé, elle le regarda.

Mais ce regard… Ce regard gela Issei au plus profond de son être.

- Dis, Hyōdō Issei… Voudrais-tu mourir pour moi ?

Le cœur d'Issei rata un battement, s'il se trouva un battement à l'instant même pour commencer.


L'air se fit plus froid, plus lourd, et le vent cessa sous la pression succincte de l'intention de tuer qui parvint à Rias. Fermant les yeux et croisant les bras, Rias appuya son dos contre la paroi du bâtiment sur lequel elle se trouvait depuis plusieurs minutes. Le moment était arrivé, ce point de non-retour qui concrétiserait un progrès conséquent pour la formation de sa pairie et pour son futur. Lorsqu'elle rouvrit les yeux, Rias eut juste le temps d'apercevoir Issei et Yūma se regarder dans les yeux avant qu'ils ne disparaissent complètement, camouflée sous ce que le Gremory devina sans mal être un bouclier anti-détection. Sa présence seule laissa présager de ce qui allait advenir en son sein.

« Je suis désolée, Issei. » s'excusa-t-elle mentalement. « Mais je ne peux pas faire autrement. »

Pour son salut, c'était nécessaire.


- Hein ?

Ce fut la seule réaction d'Issei à la question de sa partenaire. Il ne comprenait pas. Avait-il mal entendu… ?

- Je… J'ai mal entendu. Excuse-moi, Yūma-chan, pourrais-tu répéter ? demanda-t-il avant d'émettre un petit rire gêné qui n'arrangea en rien son malaise. « Je pense que j'ai un problème avec mes oreilles, ou un truc… » rajouta-t-il faussement amusé, tout en nettoyant son oreille gauche du doigt.

Yūma le regarda quelques secondes avant d'afficher un sourire lugubre. S'avançant à nouveau, elle entra sans pudeur dans l'espace vital d'Issei et se pencha contre lui. Si ça n'avait pas été pour sa précédente déclaration et la confusion qu'elle avait provoquée chez lui, Issei aurait pu s'en réjouir. Mais tout ne fut alors que doute, alors qu'elle se leva sur la pointe des pieds pour venir souffler à son oreille.

- Veux-tu mourir pour moi ?

Cette fois, sa demanda fut clair, et laissa Issei pantois et effrayé. Les yeux écarquillés dans la surprise, l'incompréhension et la peur, il fixa Yūma en cherchant à comprendre ce qui se passait. La lueur désespérée dans ses prunelles marron fit sourire cruellement Yūma, qui s'écarta d'un pas. Tout à coup, l'air se fit incroyablement lourd et froid, et pour un raison qu'il ignora, un sentiment irrationnel de terreur l'envahit alors que tremblements et frissons saisirent son corps de partout. Frigorifié, il fit un pas en arrière, songeant à fuir… Mais par un odieux maléfice, il manqua de force pour même faire un deuxième pas. L'idée de se retourner et de fuir sembla impossible.

Soudainement, la lumière fut remplacée par l'obscurité, et le ciel crépusculaire fut remplacé par quelque chose qu'il ne se risqua même pas à appeler nuit. C'était un ciel obscur, violet, strié de miasmes sombres tels qu'on les imaginerait circulant dans le ciel de l'Enfer. La chaleur laissa place au gel et la quiétude du parc fut chassée par l'horreur.

Il vit alors les plumes noires.

Sortant du dos de celle qu'il avait naïvement considérée comme étant son âme-sœur, deux grandes ailes d'ange sombres, couvertes de plumes noires comme la nuit.

Il se sentit alors si lourd qu'il perdit la force de se tenir sur ses jambes et fléchissant, il tomba en arrière.

- Y-Yūma… -chan ?

La susnommée émit un petit rire dédaigneux alors qu'elle regarda de haut le jeune garçon. Toujours debout, elle le dominait de sa carrure et le toisait d'un air qui mélange la peine et l'amusement. Elle le toisait comme s'il était un enfant.

- Je me suis bien amusée, vraiment, tellement que la journée s'est avérée plutôt courte… commença-t-elle d'un ton inspirant une profonde condescendance. « Jamais je ne pensais que je me serais un jour amusée autant avec un enfant. » continua-t-elle ensuite avant de regarder l'élastique à cheveux roses serré sur son poignet. « Je vais chérir les petits cadeaux que tu m'as offert, pour toujours. »

Issei ne comprenait pas. Il ne savait plus où donner de la tête. Qu'est-ce que tout cela voulait dire ? Etait-on en train de lui jouer un tour ? Pourquoi avait-il si peur ? Jamais il n'avait eu aussi peur, il était gelé, il se retenait à peine d'uriner de peur tant la tension dans ses muscles lui en faisait perdre le contrôle. Il avait le souffle court, comme s'il était atteint d'un semblant de crise d'asthme.

Mais surtout, pourquoi Yūma lui parlait-elle comme ça ? Pourquoi avait-elle des ailes noires dans son dos ? Et pourquoi le regardait-elle avec tant de froideur ?

Il ne comprenait plus rien, il était perdu.

- Y-Yūma-chan… Q-Qu'est-ce qui se passe ?

Sa partenaire posa alors son regard sur lui, une lueur meurtrière brillant en leur sein, avant de tendre la main et de faire apparaître ce qu'Issei reconnu être une lance, par sa forme menaçante. Pris de panique en saisissant pleinement l'ampleur de la catastrophe qu'il risquait de vivre, Issei chercha à se débattre et à fuir. « Cours… Cours… Bon sang, cours ! » hurla-t-il intérieurement. Surpassant la force qui frigorifiait ses os, il se redressa quelque peu, transcendé par son instinct de survie.

Mais l'ange déchue devant lui ne sembla pas même s'en soucier.

- Mon nom n'est pas Yūma, mais Raynare, répondit-elle avec dédain. « Maintenant, meurs, Issei. »

Issei n'eut pas même le temps de hurler, ou de la supplier de lui laisser la vie sauve, car la seconde d'après, Raynare planta sans une seule once d'hésitation sa lance de lumière dans son ventre. La lame passa au travers de son corps et sectionna sans mal l'ensemble des organes de son abdomen, déversant un flot de sang sur le sol du parc. Poussant un hurlement silencieux d'agonie et d'horreur, Issei fut traversé par une douleur atroce et maintenu par la présence de la lance au travers de son corps. En ayant assez, Raynare retira sa lance du corps du Hyōdō et le repoussa négligemment, le laissant tomber sur le dos. Dès lors, choqué, horrifié, Issei fixa l'horrible ciel strié de miasmes.

Ses lèvres bougèrent, dans le silence, dans une question qu'il ne parvint pas poser à travers son agonie, manque de souffle et de force. Paralysé par l'atroce souffrance de sentir le contenu de son abdomen et sa vie se répandre sur le sol, il n'eut même plus assez de force pour regarder dans la direction de celle qui venait visiblement de l'assassiner.

- « Pourquoi, Yūma-chan ? », c'est la question que tu te poses, pas vrai ? demanda Raynare sur ce ton qui vacillait toujours entre amusement et mépris. Finalement, le sourire de la déchue s'amincit, pour laisser place à l'amertume. « Ce monde est cruel, hélas. Les forts survivent, et les faibles disparaissent. C'est l'ordre naturel des choses. Et malheureusement pour toi, tu ne faisais pas partie du bon groupe, Issei. »

La conscience d'Issei commença à vaciller, alors que la douleur s'estompait relativement au fur et à mesure que son sang se vidait sur le sol. Ainsi entouré de cette imposante auréole sanglante, il faisait peine à voir, lui qui était si plein de vie et d'espoirs encore quelques minutes avant. Désormais, cette vie et ces espoirs coulaient lentement et imbibaient la terre.

Raynare le fixa quelques instants, le regard de plus en plus opaque à cette vue misérable.

- Si tu veux blâmer quelqu'un, blâme le dieu qui a placé en toi ce Sacred Gear.

Soupirant légèrement, Raynare déploya alors grand ses ailes et se retourna, faisant dos au garçon.

- Adieu, Issei.

Elle s'envola enfin, rompant le sortilège qui les enfermait jusqu'alors.

La nuit artificielle céda sa place au crépuscule, laissant le soleil rouge refléter à travers l'épaisse flaque de sang.

Allait-il mourir ? Etait-ce son sort parce qu'il était faible ? Issei peinait à le comprendre. Le sort. Le monde. Le concept de la vie, comme celui de la mort. Car il ne sentait plus rien ni ne percevait les couleurs. Il ne voyait plus que le rouge, celui du soleil, celui du ciel, celui du sang qui coulait sur sa main tendue et tremblante, et qui s'épandait sur le sol du parc. C'était sa vie, qui s'écoulait autour de lui et dans ses souvenirs.

Il ne discerna alors plus rien. Ni l'espace, ni le temps. L'ensemble de ses joies et de ses peines semblèrent défiler devant ses yeux, sans qu'il n'arrive à les saisir plus clairement que par de simples soupçons d'émotions… Et il resta là, étalé sur ce sol terreux, sans savoir s'il s'écoulait et s'était écoulé des secondes, des minutes ou des heures depuis le départ de Raynare… « Yūma-chan… » Il avait si mal. La douleur était insupportable. Celle de son cœur brisé. Celle de son corps éviscéré. « Maman… » Il crut sentir les larmes lui monter aux yeux, mais il n'était pas sûr. Peut-être que ce n'était pas le cas, ou alors peut-être pleurait-il déjà. Tout ce dont il était sûr, à cet instant, était ce sang rouge qui teintait sa main.

Mais le rouge même s'effaçait pour le gris, qui lui-même laissait place à l'obscurité.

Mais avant qu'il ne rende son dernier souffle, et pendant qu'il suffoquait à la mort et que sa vision se dévoyait dans le néant, le dépliant immergé dans son sang sur sa droite s'illumina dans une étincelle rougeoyante. La dernière chose qu'il vit fut cet incroyable reflet cramoisi, rouge comme son sang mais également comme la longue chevelure de Rias Gremory.

« A compté de ce jour, Hyōdō Issei, je te réincarne comme mon pion. Vis pour moi. »


Naruto observa de loin le rituel de réincarnation de Hyōdō Issei par Rias. Un imposant sceau lumineux était apparu sur le sol, dont l'épicentre était le corps presque mort du porteur de Ddraig. Debout devant lui, Rias exécutait plusieurs formules, alors que des particules magiques s'élevèrent dans l'air, évaporant jusqu'aux gouttes de sang prisent au sein du sortilège. Lentement, imbibés de l'aura magique de Rias, ses pièces démoniaques fusionnèrent avec le corps du garçon et modifièrent son aura magique comme son code génétique, le passant d'un représentant de l'espèce humaine à un représentant de l'espèce démoniaque. Son corps commença à se raffermir et sa structure osseuse gagna en densité. A l'achèvement du rituel, et malgré le trou béant qui ornait encore sa poitrine, son souffle reprit et l'écoulement du sang s'arrêta. Akeno, Yūto et Koneko apparurent aux côtés de leur maîtresse dès lors que cette dernière termina le rituel.

Naruto se retourna vers le nord de la ville, là où avait disparu Raynare et où étaient susceptibles de se trouver les autres anges déchus de son groupe, et ce sous-Cadre des Grigoris.

L'élimination d'Issei semblait être un préalable à leur plan. Maintenant qu'ils le pensaient mort, ils allaient passer à la phase numéro deux de leurs opérations sur l'enclave. Il restait à savoir de quoi il s'agissait.

« Adatron… et Raynare. » Un partisan des militaristes, et une protégée d'Azazel. Deux des héritières des soixante-douze piliers, sœurs cadettes de deux Satans. Le porteur de Ddraig.

- Je n'aime pas ce schéma…

Il y avait trop de personnalités au même endroit. C'était une poudrière.

Et une mèche venait d'être allumée.


J'espère que ce chapitre vous a plu.
Encore une fois, je le rappelle, n'hésitez pas à commenter. Dans la mesure où nous auteurs ne sommes pas rémunérés pour notre travail, votre témoignage et votre soutien est notre seule récompense.
A bientôt !