- « Jabal, j'ai besoin de ton aide... »

Le maître des lieux écarquilla les yeux et se rapprocha de l'assassin, toujours immobile.

- « Marie sainte mère de Dieu.. J'espère que tu as une raison plus que suffisante pour expliquer la présence de cette femme ici ! »

L'assassin fronça les sourcils et posa sa protégée sur le tapis qui était au sol :

- « Les nombreuses blessures et coups qu'elle porte sur elle devraient répondre à ta question non ? »

Jabal sourit, la bouche entre ouverte et resta figé dans cette position avant de froncer les sourcils et lever ses bras en l'air :

- « Pauvre fou !Et c'est donc la raison pour laquelle tu l'as emmené ici ? Ne crois tu pas que l'emmener dans un lieu secret comme celui-ci peut être dangereux pour notre ordre ? »

Altair releva la tête et plongea son regard noir dans les yeux bruns de son interlocuteur :

- « Parles-tu du même ordre pour lequel tu as juré et fais serment de protéger les innocents ? »

Jabal soupira et serra les poings :

- « Je parles du même ordre pour lequel j'ai juré de protéger la fraternité, et soigner une femme dont on ignore les réelles motivations ne fais pas parties de mes principes...»

- « ... aider tes frères ne semble pas non plus faire parties de tes principes. »

Le coupa Altair.

Cette phrase agit comme un coup de marteau sur la tête de Jabal, il se rapprocha aussitôt de l'assassin dans une démarche agressive pour se retrouver à quelques centimètres de sa figure. Il tendit le bras en direction de la jeune femme :

- « Qui te dis qu'elle ne fais pas partie des templiers ?! Crois tu réellement que je vais prendre le risque de la laisser ici ? »

Altair tendit le cou :

- « La laisser ici ne fais pas partie de mes intentions.. »

Jabal se recula d'un air étonné :

- « Tu ne comptes quand même pas la ramener à Masyaf ?! »

- « Fitna pourra la soigner.. »

Le maître des lieux éclata de rire, faisant serrer les poings de l'assassin.

Le sang d'Altair bouillait, il détestait que l'on se moque de lui. Il couru en direction de Jabal,qui peinait à reprendre son souffle, et le plaqua contre le mur.

Jabal, qui n'était plus apte à combattre, fut prit d'un sentiment de rage et de peur soudaine. Il savait qu'il ne pourrait en aucun cas se mesurer à la force et à la puissance d'Altair. Il serra le poignet de l'assassin qui le plaquait toujours contre le mur, et rapprocha son visage du sien :

- « Crois tu sincèrement que Malik va accueillir cette femme à bras ouvert ? »

L'assassin fronça les sourcils en relâchant doucement la pression qu'il effectuait de sa main droite sur le torse de Jabal :

- « Malik n'est pas maître de l'ordre . »

- « Peut être, mais c'est le membre le plus puissant du conseil. C'est d'ailleurs toi qui y a contribué.. »

Rétorqua le maître des lieux.

Altair repoussa Jabal contre le mur, lui décrochant un gémissement étouffé :

- « Peut m'importe, j'assumerai les conséquences de mes actes. Je ne suis pas lâche autant que tu ne puisse l'être ! Ton aide m'aurait pourtant été plus que précieuse... Mon frère. »

L'assassin lâcha violemment l'emprise qu'il avait sur Jabal en le regardant avec dégoût. Il se retourna et s'agenouilla afin de ramasser le corps de sa protégée, encore inconsciente.

De son coté, Jabal, toujours appuyé contre le mur d'un blanc assassin, fixait le sol. Le mot « lâche » qu'Altair avait employé avait fait renaître en lui de vieux démons qu'il s'était forcé d'oublier. Car en effet, il était lâche. Cela, Al Mualim lui en avait déjà fait la remarque, c'était d'ailleurs pour ça qu'il n'avait pas voulu faire partie du maître ordre. Sa lâcheté l'empêchait d'avancer constamment. Il releva son regard vers l'assassin qui avançait lentement vers la sortie en lui tournant le dos. Quelque chose avait changé chez lui, son orgueil semblait avoir totalement disparu. L'ancien Altair qu'il connaissait n'aurait jamais renoncé à sa fierté pour venir demander de l'aide. Peut être était-il temps de suivre son exemple ?... De sortir une fois pour toute du bureau des assassins dont il s'était fait prisonnier lui même ? La phrase qui suivit son questionnement sembla indiquer que oui :

- « Altair... »

L'assassin s'arrêta et tourna la tête.

- « Je vais t'aider... »

Altair hocha la tête avec un visage inexpressif.

Jabal resta sur place quelques secondes. Les mots qu'il avait prononcé lui avaient arraché la maigre partie de fierté qu'il lui restait. Il détestait se soumettre, en particulier devant un homme comme Altair. Il ne l'avait jamais apprécié, il le trouvait trop prétentieux pour agir comme un véritable assassin. Mais ses derniers actes lui avait prouvé qu'il était digne de porter ce titre.

Le maître des lieux se dirigea en soupirant vers la sortie où l'assassin l'attendait, déjà perché sur la vielle grille rouillée. Il escalada alors le mur à son tour .

Altair l'observait. Jabal avait beau être plus qu'irritant, il possédait une agilité d'une grande rareté. Il savait exactement où positionner ses mains et ses pieds pour grimper le plus efficacement possible. Le regard de l'assassin dévia sur la grande arche en pierre qui devenait de plus en plus sombre.

- « Allons, qu'attends-tu ? »

Jabal était déjà au pied du bâtiment et attendait l'assassin. Altair entama donc sa descente, il utilisa une corde, assez large, qui pendait du haut du toit. Celle-ci avait certainement du se décrocher du toit voisin. L'assassin enroula ses pieds autour de celle-ci et se laissa glisser en portant la jeune femme de son bras gauche, tandis que sa main droite tenait fermement l'assemblage de fils afin de ralentir la vitesse de sa chute. L'opération eut été certainement plus simple en inversant le rôle de chaque bras, mais le doigt qu'il lui manquait à la main gauche l'empêchait d'utiliser celle ci pour soutenir de lourdes charges. Il retomba pieds joints après quelques secondes, face à Jabal qui l'attendait les bras croisé dans une demi pénombre.

Ils commencèrent à marcher ensemble dans une ruelle sombre, désertée, où les seuls passants qu'ils croisaient étaient des chats sauvages qui déambulaient en quête de nourriture.

- « En quoi as-tu besoin de mon aide ? »

Dis Jabal en tournant sa tête en direction de l'assassin qui continuait d'avancer.

- « Tu connais certainement la ville d'Acre mieux que quiconque. J'aimerai donc que tu m'aide à traverser la porte principale sans me faire repérer. »

- « Si tu avais seulement besoin d'un renseignement tu aurais pu simplement me le demander... »

Altair fronça les sourcils et regarda Jabal.

- « C'est plus compliqué que ça... »

Les deux hommes s'arrêtèrent. Ils ne se trouvaient plus qu'à une centaine de mètres de la grande arche. Ils avaient profité d'un coin formé par un carrefour entre plusieurs habitations pour observer l'arche en pierre. Six gardes étaient placés, dos à la ville, sous l'entrée et surveillaient les alentours.

- « Tu as un plan ? »

Dis Jabal en fixant les gardes. Altair soupira et passa sa main droite derrière son cou, en passant par sa capuche d'assassin. Il ne répondit pas. Il n'avait effectivement pas eut le temps de planifier quoi que ce soit. Jabal se mit à rire et dit d'un ton sarcastique :

- « Comment ça ? Le grand Altair, le plus valeureux des assassins n'a même pas mis en place une stratégie pour quitter la petite ville d'Acre ?Quelle ironie ! »

L'assassin plissa les yeux et le dévisagea :

- « Il faut bien que tu sois utile à quelque chose, non ? »

Jabal secoua la tête en ricanant :

- « Très bien.. Réfléchissons... »

Le maître du bureau des assassins regarda le sol avant de reprendre en fronçant les sourcils :

- « Qui donc peut traverser de nuit sans se faire repérer des gardes ? »

Altair ouvrit la main droite et observa son gant, déchiré par la corde qu'il avait utilisé. Un mince filet de sang coulait de la plaie et tombait, goutte à goutte sur le sol poussiéreux. Il releva la tête :

- « Les érudits, les filles de joies, les ivrognes... »

- « Exactement! »

Le coupa Jabal en claquant du doigt.

- « Il ne te reste désormais plus qu'à te faire passer pour un ivrogne, et porter ta... Mystérieuse protégée en tant que fille de joie. (Il regarda la tenue et les armes de l'assassin) Et il faudra bien évidement ôter... Tout ça... »

Suite à sa proposition Altair sursauta et écarquilla les yeux :

- « Il est hors de question que je quitte cette ville sans mon équipement ! »

- « Tu le récupéreras plus tard ! Pourquoi insistes-tu continuellement pour compliquer chaque action ?! »

S'énerva Jabal. L'assassin appuya son index droit, encore taché du sang de la jeune femme, sur le torse de son interlocuteur :

- « J'aurais très bien pu trouver ce misérable plan seul ! J'ai réquisitionné ton aide afin qu'elle me soit utile non ? »

Le maître du bureau des assassins, excédé, ouvrit grand les bras et hurla :

- « Bon très bien ! Comme mon plan, si misérable soit-il, ne semble pas suffire au plus grand des assassins, j'ai dans l'espoir qu'il saura en trouver un autre qui semblera... »

Altair le coupa en levant sa main gauche, et sourit pendant quelques secondes :

- « En effet... Il nous faut un autre plan... (il regarda la longue tunique noir poussiéreuse de Jabal) Et il est déjà tout trouvé... »

Quelques minutes plus tard...

Jabal était debout, seul, dans la rue désormais totalement sombre. Son long manteau noir avait laissé place à sa fine chemise blanche et au pantalon marron qu'il avait l'habitude de porter sous son uniforme. De la terre avait été étalée sur son visage et ses membres. Excepté sur ses bras, qui avaient pour mission de soutenir la jeune femme blessée, dont les anciens vêtements sales et tachés de sang avaient étés recouverts de sa tunique noire, raccourcie, pour donner l'illusion d'une robe. Le visage de la femme, contrairement à lui, avait été lavé et du sang avait été étalé sur ses lèvres en guise de rouge à lèvres. L'assassin quant à lui, revenait de son escapade, une bouteille vide à la main, la même que celle de l'ivrogne qu'il avait rencontré plus tôt.

- « Tu en as trouvé une ? »

Altair leva bien haut sa bouteille en guise de réponse, et continua d'avancer sur le sol poussiéreux. Il tendit la bouteille à Jabal qui l'attrapa violemment :

- « Je n'arrive pas à croire que je suis entrain de faire ça... »

Se lamenta-t-il.

- « Cesse de te plaindre. Es-tu prêt ? »

L'homme acquiesça. Et se mit à avancer calmement vers la grande arche, il n'était désormais plus qu'à une trentaine de mètres, quand celui-ci se mit à se déplacer en zigzagant. Les long cris rauque qu'il effectuait attirèrent l'attention des gardes, qui se rapprochèrent avec méfiance.

L'assassin, qui observait la scène, se préparait à agir.

- « Arretes toi. Immédiatement ! »

Hurla un garde en direction de l'ivrogne et de la fille de joie qui étaient désormais sous l'arche. Jabal obéit et se lança dans une conversation inaudible accompagnée de grands mouvements. Un autre garde se rapprocha et empoigna violemment l'ivrogne par l'épaule :

- « Écoute moi bien espèce de sale... »

La main qui serra son avant bras, l'empêcha de terminer sa phrase.

- « Laissez mon ami, je vais me charger de remettre cet homme dans le droit chemin... »

Le garde enleva la main de l'assassin d'un coup violent et s'approcha de son visage :

- « Et depuis quand les érudits se mêlent t-ils de nos affaires... »

Altair profita de sa menace pour l'observer, l'homme qui se tenait devant lui était asse petit, il portait le même uniforme que les autres, mais sa posture et son allure fière témoignaient d'un rang supérieur aux autres soldats. Quand à sa barbe imposante, elle ne faisait qu'appuyer sa thèse. Ce garde avait l'air jeune, il devait donc continuellement prouver sa supériorité aux autres soldats plus âgés qui l'entouraient. L'assassin sourit :

- « Vous savez... Perdes vobis stuporem dentium si non solveris. »

Le garde resta perplexe et observa l'assassin qui arborait toujours son grand sourire. Altair avait vu juste. Le soldat, afin d'impressionner ses hommes hocha de la tête sérieusement et relâcha violemment l'ivrogne. Il poussa ensuite l'assassin vers la sortie :

- « Et que je ne te revois plus dans les parages. »

Altair serra les poings et parti en direction d'une petite parcelle isolée où 4 chevaux étaient attachés. Jabal, qui avait cessé de se déplacer en zigzaguant , le rejoint quelques secondes plus tard.

- « Tu vas perdre tes dents si tu ne le lâche pas... Original... »

Jacassa Jabal en reposant la jeune femme dans les bras de l'assassin.

- « Derien... »

Le murmure d'Altair échappa au maître du bureau des assassins qui tentait désespérément d'effacer les traces de terre sur son visage.

- « Il est inutile d'effacer ces traces. Il te faudra tout de même repasser l'arche. (Il regarda la tunique noire dont avait été vêtue sa protégée) D'ailleurs, si tu veux récupérer ton uniforme... »

Jabal refusa la proposition d'un geste de la main :

- « Je ne crains que ma place ne soit plus ici. Je comptes me rendre à Jérusalem, quelques amis pourront certainement m'héberger pendant quelques nuits. D'ailleurs, si nous pouvions faire un brin de chemin ensemble... »

L'assassin regarda les chevaux :

- « Ce serait avec plaisir, cependant je dois me hâter. Et Zohhor ne risque pas d'apprécier ta présence à ses cotés. »

- « Zohhor... Cette maudite bestiole tient encore sur ses 4 pattes ! »

Jabal suivi le regard d'Altair. Devant lui se dressait le fier étalon noir à la tache blanche qu'était Zohhor. Il s'agissait certainement du cheval le plus rapide de tout le continent, ses exploits avaient d'ailleurs étés remarqués à de nombreuses reprises. Celui-ci était en la possession d'Altair depuis sa naissance, une jument sauvage lui fut offerte par Al Mualim pour le récompenser lors d'une de ces premières missions. Cette jument s'avérant gestante, l'assassin décida de la relâcher après que celle-ci aie mis bas. Cependant Zohhor avait toujours détesté Jabal. Pourquoi ? Seul dieu semblait le savoir... Sa seule tentative de gentillesse avec l'animal s'était soldée d'un bras cassé.

La main qui fit pression sur son épaule le tira de ses songes.

- « Il est grand temps pour moi de partir, merci mon ami... »

Jabal serra la main de l'assassin :

- « C'est moi qui te remercie. »

Altair sourit et parti en direction de Zohhor, qui effectuait de larges mouvement de tête en direction de son maître. L'assassin empoigna sa crinière et se hissa rapidement à califourchon sur le dos de l'animal, plaçant la jeune femme à l'horizontal sur ses genoux, la tête contre son torse.

- « Les portes de Masyaf te resteront toujours ouvertes. »

Jabal acquiesça et ouvrit la voie de sa main droite. Zohhor, qui avait compris le geste, souffla des naseaux et se déplaça lentement, dans un semi-trot gracieux, vers un chemin de terre dégagé.

Altair, épuisé, passa sa main droite sur ses yeux. Il regarda la jeune femme un instant : elle parassait plus appaisée, son teint bleu redevenait rose peu à peu. Mais elle n'était pas tirée d'affaires pour autant. Celle-ci semblait avoir été blessée au niveau du bassin, le sang qui coulait abondament de la plaie s'étalait sur le pantalon blanc de l'assassin.

Zohhor s'arrêta, secoua la tête et frappa le sol de sa longue patte noire. Altair fronça les sourcils et regarda le paysage sombre derrière lui. Ils venaient de quitter la ville, et, comme à son habitude, Zohhor demandait la permission pour accéler le mouvement. L'assassin saisit les reines et donna un coup de bassin vers l'avant. Zohhor, à son grand mécontentement, obéit et continua de se déplacer en trottant. Altair ne pouvait pas se permettre d'aller plus vite, la jeune femme, inerte, était déja assez difficile à maintenir en place avec les secousses du deplacement de l'étalon.

Le bruit des sabots du cheval contre le sol terreux formait une douce mélodie dans le calme de la nuit noire. Emporté par cette berceuse, Altair ferma doucement les yeux et sombra dans un semi-sommeil.

Le hurlement d'un aigle le fit se réveiller en sursaut, il replaça aussitôt la jeune femme qui avait légerement glissée de la selle mouillée de sang.

L'assassin releva la tête et plissa les yeux : le sol devenait de plus en plus caillouteux.

Il ne restait donc que quelques minutes avant d'arriver jusqu'aux portes de Masyaf.

Altair replaça sa capuche et serra la jeune femme contre son torse. Son regard descendit alors jusqu'aux yeux clos de sa protégée :

- « Mais qui es-tu ?... »

Murmura t-il.

Zohhor hénissa, ils venaient d'entrer dans la ville.