Disclaimer: la plupart des personnages appartiennent à Masami Kurumada! Les italiens (sauf deux) sont de mon cru, pareil pour l'histoire! This is War est toujours une chanson de 30Seconds to Mars.

Note: merci pour les reviews, ça me fait chaud au coeur de voir que ma fic plaît ^o^ N'hésitez pas à commenter ce chapitre également ;) Bonne lecture!


Chapitre III: The liar, the honest

La maison de Rhadamanthe incarna le paradis sur terre pour Falco. Il y faisait une température agréable, le décor l'était tout autant, et les domestiques –parce qu'il y en avait- étaient aux petits soins pour lui.

L'Italien découvrit que beaucoup d'autres personnes logeaient là. Apparemment, c'était le point de chute de tous les résistants du réseau qui se trouvaient à cent kilomètres à la ronde.

On servit un bol de soupe à Falco, qu'il accueillit avec joie, car à cause des derniers évènements, il n'avait rien avalé depuis le matin. De plus, même si c'était l'été, il avait effectué une longue chevauchée sans être vêtu chaudement. Fatigué et refroidi, la soupe était tout ce qu'il y avait de mieux pour le remettre d'aplomb.

On lui montra ensuite sa chambre. Il allait devoir la partager avec deux personnes au minimum, dont Rhadamanthe en personne, mais il lui restait quand même un bon espace d'intimité, d'autant que la troisième personne n'était pas encore définie et que nul, actuellement, n'avait besoin d'un lit.

C'était une salle parquée, lumineuse grâce aux petites mais nombreuses fenêtres, dans laquelle trois lits de bois foncé étaient disposés à distance égale. Il y avait un placard sur tout le mur de la porte et des étagères entre les fenêtres.

Il emmena son sac à dos légèrement usé dans la pièce, le rangea dans une armoire, puis redescendit dans la « salle commune », un endroit confortable avec différents fauteuils, bien agrémentée de bibliothèques et de jeux de cartes et de plateaux, où les résistants se délassaient entre deux « missions ».

Ce fut là qu'il retrouva Rhadamanthe, la seule personne qu'il connaissait jusqu'à présent. L'Anglais était installé dans un rocking-chair et écrivait visiblement un rapport quant à son séjour de recrutement en Italie. Falco le fixa pendant un moment avant que le blond ne lève la tête et daigne fermer son stylo.

-Je peux faire quelque chose pour toi ? demanda-t-il.

-Heu… C'est à dire que je viens d'arriver dans une maison que je ne connais pas, je supposais qu'il y avait pas mal de choses que je me devais d'apprendre…

-Ha, oui. Le petit-déjeuner est à sept heures précises, dans la salle à manger, comme tous les repas. Le déjeuner est servi à midi pile et le dîner à dix-neuf heures. Pour ce qui est du reste de ton temps, il y a des salles d'entraînements au tir et au combat, ou simplement au sport pour garder la forme, au sous-sol. Sinon, il y a la bibliothèque, cette salle et le jardin pour te délasser. Si tu veux mon avis, tu devras attendre au minimum une semaine avant de recevoir le premier ordre de mission, alors tu auras bien le temps de t'imprégner des habitudes de ce foyer.

-Et… Concernant les Résistants ?

-Je vais t'en présenter quelques-uns… Il n'y a ici que des résistants de France, de Belgique, d'Allemagne, d'Autriche, d'Angleterre et d'Italie. Quelques-uns parlent ta langue.

-Je me débrouille en anglais… L'allemand, ce n'est même pas la peine d'en parler ! Quant au français, c'est à peine si je sais dire… « Bonjour », c'est bien cela ?

-C'est un bon début. Mais il va falloir que tu fasses mieux. Je te présenterai à un de mes amis. Il est belge, de la région de Mons… Certains ont un fort accent, mais, lui, quand il s'applique, il n'en a pas du tout. Tu apprendras rapidement. Pour le moment, tel que je le connais, il doit être en train de s'entraîner comme un dingue au tir. Il est déjà excellent, mais il cherche à m'égaler… Il remontera bientôt. Au fait, quelqu'un t'a montré la salle de bain, la salle à manger, et ce genre de choses nécessaires à ta survie ici ?

-Oui, heu, votre… Gouvernante ? m'a tout expliqué.

-Parfait. Ah, voilà Sylphide !

-Sylphide ?

-L'ami belge dont je te parlais. Sylphide est son nom de code.

Un jeune homme au cheveux très clairs, courts, et aux yeux pâles, arriva dans la pièce commune.

-Rhadamanthe ! Ca s'est bien passé ? Cinq jours sans aucune nouvelle, je m'inquiétais ! A vrai dire, on s'inquiétait tous.

-Il n'y avait pas de raison. Sylphide, je te présente Granchio, nouveau membre de Wyvern.

-Wyvern ? Qu'est-ce que c'est que ça ? s'enquit la nouvelle recrue.

-Le nom du réseau. Je pensais te l'avoir dit… rétorqua Rhadamanthe.

-Hé bien, non.

-Je m'en excuse platement. Granchio, voici Sylphide, mon plus vieil ami, et mon bras-droit.

-Eclaire-moi, Rhadamanthe… Tu es qui, dans le réseau, pour avoir un bras-droit ?

-A vrai dire… Je suis chef de l'aile franco-italienne.

-… Tu as encore beaucoup de choses importantes, comme ça, à m'avouer ?

-Non, je crois que c'est tout. Si ce n'est pas le cas, tu sauras tout en temps et en heure.

-Merci bien.

-Voilà, Sylphide, si tu pouvais lui apprendre les rudiments du français… Tu sais que je n'ai pas ta patience.

-Pas de problème. Tu me donnes combien de temps ? demanda le Belge.

-Pas plus d'une semaine.

-Je ferai de mon mieux.

-Je compte sur toi.

-Au fait, on a eu des nouvelles d'Alraune. Il a pêché quelqu'un, lui aussi. Du côté de Toulouse, si j'ai bien compris.

-Ca fait plaisir. Il t'a dit quand il arriverait ?

-Dans une ou deux heures.

-Très bien. Je te laisse Granchio !

-Allez, viens. dit Sylphide à l'adresse de Falco. On va à la bibliothèque jusqu'au dîner. Il y aura un deuxième service vers vingt-deux heures.

Ils marchèrent jusqu'à une porte fermée.

-C'est une idée ou bien…

-Tu entends de la musique, parfaitement… Ce doit être miss Pandore.

-Pandore ?

-Un pseudonyme. La seule femme active du réseau. Elle a le même grade que moi, cependant… Rhadamanthe ne lui fait pas vraiment confiance, parce que c'est une femme. Il faut dire qu'elle a toujours aimé presque le torturer lorsqu'ils étaient enfants, et même s'il ne l'avoue pas, c'est aussi parce qu'il a un peu peur d'elle.

-Première nouvelle, Rhadamanthe a peur de quelque chose… Et cette Pandore, c'est sa sœur ?

-Grand dieu, non ! répondit Sylphide en écarquillant les yeux. Pandore et Rhadamanthe, de la même famille ? Totalement improbable. Non, miss Pandore est allemande, Granchio. Comme Rhadamanthe ne l'inclue pas vraiment dans notre duo de dirigeants de l'aile franco-italienne, elle, elle prend surtout soin des blessés qui nous reviennent ou des résistants exténués. C'est pour eux qu'elle joue, d'ailleurs, lorsqu'elle n'est pas elle-même sur le terrain. La musique adoucit… Pour le moment, je crois qu'elle répète, nous pouvons la déranger.

-Etrange qu'un Anglais ait une Allemande pour seconde…

-Notre réseau n'est pas comme les autres, Granchio. Le nôtre veille à ce que les souffrances dues à la guerre soient allégées un maximum, et du mieux que nous le pouvons. Si nous n'en finissons pas avec la guerre, c'est la guerre qui en finira avec nous. Les autres se contentent de semer la zizanie et le bazar dans leur pays. Notre force est dans la diversité de nos membres.

Falco était sceptique… Mais il était vrai que même Rhadamanthe l'avait accueilli à bras ouverts, lui qui était italien, alors que le blond appartenait à une nation opposée.

Sylphide frappa à la porte. Les notes de musique se turent, et une voix douce mais impérieuse de femme les invita à entrer. Falco était curieux de rencontrer cette fameuse Pandore.

Le Belge ouvrit la porte, et l'ancien militaire le suivit à l'intérieur de la bibliothèque.

C'était une pièce basse de plafond, tapissée d'étagères remplies de livres en tous genres, bien éclairée et chaleureuse. Dans le fond de la pièce, près des fenêtres, se dressait une harpe majestueuse, à côté de laquelle une jeune femme était assise.

Elle portait une robe noire mais élégante, sa peau pâle offrait un contraste surprenant avec ses cheveux noirs auxquels se mêlaient quelques mèches violines. Elle se tenait droite et avait la tête haute. C'était sans doute la femme au maintien le plus fier que Falco ait jamais rencontrée.

-On ne te dérange pas ? demanda Sylphide avec politesse.

-Ai-je le droit de répondre « si » ? rétorqua-t-elle d'une voix un peu exaspérée.

-Pas vraiment, non. Nous avons besoin de la bibliothèque, sur ordre direct de Rhadamanthe. Ah, mais je te présente Granchio, il vient de nous rejoindre, c'est notre cher Blondinet qui l'a ramené.

-Enchanté. dit immédiatement Falco en s'inclinant légèrement –le « miss Pandore » qu'avait employé Sylphide ne lui ayant pas échappé.

-J'espère que je serai moi aussi enchantée de vous avoir rencontré. répondit-elle sur le ton de la conversation, alors que cette réponse sortait de l'ordinaire.

Falco regarda Sylphide, gêné. Celui-ci leva les yeux au ciel, comme pour dire « ne t'en fais pas, elle est toujours comme ça ! »

-Bon, hé bien, je vous laisse. annonça-t-elle en se relevant.

Elle lissa les plis de sa robe, puis se dirigea vers la porte. Arrivée à destination, Sylphide la retint un moment :

-Alraune va revenir avec un nouveau, dans environ une heure. Tu les accueilleras ? D'après ce que j'ai compris, la nouvelle recrue n'est pas au meilleur de sa forme.

-J'en prendrai soin. promit-elle.

Elle quitta la pièce et ferma la porte.

-Elle est toujours aussi… commença Falco.

-Glaciale ? Oui, toujours, à la première rencontre. Mais elle a un cœur d'or, et elle peut être sympathique, quand elle le veut. Tu verras. Sur ces belles paroles, au travail !

oOo

Falco se plongea donc à contrecœur dans les ouvrages de grammaire et de conjugaison, sous l'œil attentif de Sylphide. Apprendre le français en une semaine s'annonçait ardu …

Il commençait à s'endormir sur les manuels lorsque Sylphide se redressa tout d'un coup, tendant l'oreille.

-Qu'est-ce qu'il y a ? le questionna Falco.

-Je crois qu'ils sont arrivés…

Dehors, il faisait noir et la lune envoyait sa lumière blafarde sur le visage du Belge, lui donnant un air encore plus inquiet.

-Et qu'attend-on pour y aller ?

Sylphide le regarda, sourit et se leva sur le champ. C'est alors que Falco remarqua l'inquiétude qui rongeait son professeur. Il craignait sans doute que son ami soit amoché, lui aussi, étant donné la rumeur sur l'état du nouveau.

Il le suivit jusqu'au hall d'entrée. Deux personnes venaient d'y pénétrer. L'un, aux cheveux brun-roux, avait l'air relativement en forme. Il en soutenait un deuxième, à la plus longue crinière, qui paraissait dans les vapes.

Rhadamanthe aussi arriva, et il accueillit les nouveaux arrivants :

-Bon Dieu, que lui est-il arrivé, Alraune ?

-Pas d'inquiétude, chef. répondit l'interpellé. Il est exténué, et fatigué sur le plan moral. Ce qu'il a vécu ses derniers jours… Enfin, disons-le franchement, je l'ai empêché de sauter dans l'Ariège.

-Ha.

-Oui, donc au final, il s'en sort bien ! Il est très faible, mais il reprendra bientôt connaissance, je crois.

Il parlait d'une voix enjouée.

Falco remarqua alors le nombre de résistants qui avaient afflué dans la pièce d'entrée. Ils étaient au moins une dizaine.

-Heu… Rhadamanthe, reprit Alraune, il y aurait moyen de l'emmener se reposer dans une chambre ? Et de lui préparer à manger lorsqu'il se réveillera ?

-Oui. Granchio, montre-lui notre chambre, il occupera le lit du milieu.

-B… Bien !

Falco s'exécuta et bientôt, le jeune convalescent fut installé.

L'Italien, quant à lui, ne sut quoi faire, et resta assis, hébété, sur son propre lit.

Rhadamanthe, Alraune, Sylphide et Pandore étaient sortis chercher le repas, dans le cas de la jeune harpiste, et partis à la recherche de vêtements propres, dans le cas des hommes. Et ce fut précisément lorsque Falco était sur le point de s'endormir que la nouvelle recrue commença à remuer. L'Italien paniqua, mais l'autre jeune homme se redressa et demanda :

-Où suis-je ?

-Ne t'en fais pas, tu es en sécurité dans un repaire de résistants.

-On y est quand même arrivé alors ? Tant mieux.

-Tu te sens bien ?

-Ca peut aller…

-On va t'apporter des vêtements propres et à manger.

-Merci… Au fait, je m'appelle Gabriel.

-Moi, c'est Falco. répondit-il.

Bizarrement, il n'avait pas envie de mentir à ce Gabriel, car il avait été sincère immédiatement, lui.

Rhadamanthe n'avait cessé de répéter qu'ils devaient se faire confiance, mais il ne lui avait pas révélé son véritable nom. Ce qui au contraire était une marque de méfiance, bien qu'employée par précaution.

Alraune revint à ce moment-là, et sans doute Gabriel fut-il un peu rassuré de voir quelqu'un qu'il « connaissait » arriver.

-Ha, tu es revenu à toi ? Fort bien ! dit-il avec un grand sourire. Ton repas va arriver.

Falco détailla un peu plus le jeune Français. Il avait de longs cheveux, un visage fin mais dont le front portait la marque du tracas en son milieu, et ses yeux étaient mélancoliques, comme vides. L'Italien pouvait deviner la pâleur de sa peau malgré la pénombre.

Pandore les rejoignit à son tour, et Gabriel commença à manger. La chambre devenait trop petite pour accueillir Alraune, Pandore et Sylphide qui revint également, et il commençait à faire chaud, aussi Falco décida d'aller faire un tour dehors.

Il découvrit la terrasse de pierre bleue de la villa, et s'assit sur une chaise qui traînait.

Il rejeta la tête en arrière, ferma les yeux et poussa un petit soupir.

Il pensa à Sandro. Jamais le jeune officier n'en aurait cru ses oreilles s'il avait appris que l'Adjudant-chef Falco, si dévoué à l'armée et à ses hommes, avait rejoint la résistance. Falco ignorait quelle aurait été sa réaction. Et il songea que, si Sandro, et tous les autres, n'étaient pas morts, jamais il n'aurait eu besoin de trahir ses supérieurs belliqueux. S'ils avaient tous été en vie... Jamais il n'aurait ouvert les yeux, et il aurait laissé l'armée le manipuler pour le restant de sa vie.

Il rouvrit les yeux et il sursauta instantanément. Une silhouette, qu'il n'avait pas aperçue plus tôt, lui tournait le dos, à peine trois mètres devant lui. Il reconnut avec soulagement les cheveux hérissés de Rhadamanthe, et devina qu'il était lui aussi en quête d'un peu de fraîcheur.

-Rhadamanthe?

Le blond se retourna.

-Tu as fini par me remarquer. sourit-il. Qu'y a-t-il?

-Tout le monde a dit... Que Gabriel était épuisé sur le plan psychologique... Et qu'il avait vécu des choses dures ces derniers temps. Je n'oserais pas lui demander, alors... Toi, tu es au courant de quelque chose?

L'Anglais prit son temps pour répondre.

-C'est vrai que tu es en droit de le savoir. Ca t'évitera peut-être de le blesser sans t'en rendre compte. Gabriel a perdu sa famille. Il est français, il vivait et enseignait en France, mais sa famille habitait en Allemagne, car le père de Gabriel en était originaire. Or, sa famille est juive... Ils ont été déportés. Quand il l'a appris, Gabriel est allé en Allemagne dans le but de les chercher, mais ils avaient déjà quitté le pays. Il est alors retourné en France et comme l'a dit Alraune, il a tenté de se suicider.

Falco digéra l'information avec peine.

-Mais... Il n'est pas en sécurité ici, alors. On est en Italie... Si jamais il est recherché et qu'on le trouve ici, étant donné que l'Italie et l'Allemagne sont de mèche, ils ne vont en faire qu'une bouchée!

-Plus précisément, nous sommes à la frontière franco-italienne. Et de toute façon, il va falloir qu'il tire un trait sur son identité pour intégrer la résistance.

-La question est: a-t-il choisi d'en être? remarqua l'Italien avec une pointe de défi dans la voix.

-D'après ce que m'a dit Alraune, oui. S'il ne le veut pas, nous nous chargeront de le faire passer en territoire libre, c'est aussi notre travail. Au fait, Gabriel était professeur de Français dans une université de Toulouse. Il a certainement plus de pédagogie que Sylphide, s'il accepte c'est lui qui t'apprendra sa langue. En dehors de ça, vous serez "instruits" ensemble en ce qui concerne les généralités du réseau , vu que tu ne le précèdes que de quelques heures.

-Pas de problème.

-Je ne sais pas si, en tant que personne soi-disant morte, tu lui seras d'un grand secours pour qu'il se remette de ses émotions, mais en tout cas je compte sur toi pour lui changer les idées.

-Et comment suis-je censé réussir cet exploit? J'étais militaire, je te rappelle, pas psychologue.

-Et c'est justement parce que je sais cela que je te le demande. Tu as passé environ un an dans un camp sur le front, il y a dû y avoir des crises. Tes soldats ont dû perdre le moral plus d'une fois. Toi aussi, j'imagine. Il y a bien fallu que quelqu'un remonte le moral des troupes, non?

-Tu as raison sur toute la ligne. Sauf que ce n'était pas moi qui les tirait vers le haut. Moi, tout ce que je faisais, c'était limiter leurs souffrances physiques et leur fatigue, et rallonger leur espérance de vie. Celui qui remontait constamment le moral des soldats, c'était Sandro. Je n'ai jamais réussi à faire comme lui, ça me dépassait totalement. Je suis un soldat, Rhadamanthe. J'étais un soldat en charge d'hommes. Tout ce qui m'intéressait, c'était qu'ils soient en vie. Et les sauver, c'est tout ce que je pouvais essayer de faire. Je sais comment il faut parler à une personne qui va mourir parce qu'elle a été touchée à de nombreux endroits, je sais comment il faut la rassurer. Mais j'ignore comment il faut empêcher quelqu'un de penser à se donner la mort.

-C'est problématique, en effet. répondit seulement Rhadamanthe. Je vais te dire ce qu'il faudrait que tu fasses. Lui parler de tout, sauf de ta famille, de la perte de tes hommes, des camps de concentration ou de ce genre d'atrocités.

-Je ne promets pas que je serai utile.

-Je suis certain que tu peux le faire. Je vais aller le voir, lui parler. Je suppose que la chambre est un peu plus accessible, accompagne-moi.

-… D'accord…

Falco se releva et suivit Rhadamanthe à l'intérieur, puis dans leur chambre. Il n'y restait plus que Gabriel, qui avait terminé son repas, et Pandore, qui avait eu le présence d'esprit de ne pas laisser le jeune homme seul.

-Bonsoir. dit Rhadamanthe à l'attention du Français. Je suis le chef de l'aile franco-italienne du réseau. Tu te trouves à Giudecca.

« Première nouvelle » pensa Falco pour qui Giudecca était une île de la Lagune de Venise et pas une maison à la frontière.

-… Je sais, continua Rhadamanthe, que je parle sans aucune délicatesse, mais il va falloir que tu fasses un choix : es-tu prêt à rejoindre la résistance, ou préfères-tu que nous te fassions passer en pays libre pour que tu puisses y être en paix ? Réfléchis bien, si tu nous rejoins, tu devras effacer totalement ton identité et te trouver un nom de code pour que nul ne puisse faire le rapprochement entre Gabriel et le nouveau résistant.

-Ma décision est déjà prise : je veux vous rejoindre. Je ne supporterais pas de fuir, ce serait comme trahir la mémoire de… Enfin, bref, je choisis la première option. annonça-t-il, avec un regard déterminé mais une voix faible.

-Parfait. Appelle-moi donc Rhadamanthe. Derrière moi, il s'agit de Granchio et la jeune fille qui a pris soin de toi se nomme Pandore. Ce sont des noms de code, tout comme Giudecca l'est pour cette maison à la frontière franco-italienne. Je te demande donc de choisir le tien. Il peut s'agir de n'importe quoi, même d'un nom d'animal, si tu le désires… Bien que cela ne me paraisse pas… Vraiment raffiné.

-Tch ! grogna Falco.

Il se demanda alors ce qu'était « Rhadamanthe »… Mais il n'osa pas le demander, de peur de se faire passer pour un ignorant. Gabriel devait le savoir, c'était un professeur, après tout…

Ledit professeur réfléchit un instant puis se décida :

-Ce sera Camus. J'ai lu une de ses œuvres récemment et…

-Pas besoin de te justifier, ne t'inquiète pas. dit Rhadamanthe avec un sourire. Parfait, Camus. Granchio, tâche de t'en souvenir.

« Mais c'est qu'il me prend pour qui, lui ? » s'énerva intérieurement l'Italien.

-Et… En quoi consisteras… Notre travail ? demanda Gabriel d'une voix hésitante.

-Les missions seront très souvent différentes. répondit Rhadamanthe. Tout vous sera expliqué en temps voulu. Mais pour votre propre sécurité, je tiens à ce que vous vous entrainiez au tir et au combat rapproché. Quand tu auras pleinement récupéré, tu pourras y aller, Camus. En attendant, j'ai une faveur à te demander… Etant donné que nous serons appelés à manœuvrer en France, comme en Italie, ou même en Grande-Bretagne, mais plus rarement, il est impératif que vous maîtrisiez toutes ces langues. Tu parles français et apparemment anglais vu que tu me comprends à la perfection, mais sais-tu parler italien ?

-Oui… Enfin disons que je sais tenir une conversation basique. Cette faveur… Quelle est-elle ?

-Granchio parle couramment italien et anglais… Le français lui pose problème, et Sylphide, que tu as rencontré tout à l'heure et qui est Belge, n'est pas d'une grande pédagogie. Je me disais qu'en tant que professeur, tu pourrais lui enseigner les bases de ta langue.

-Pas de problème. Je ferai de mon mieux. Tu apprendras plus vite si tu t'exerces et si tu entends parler français tout autour de toi. dit Gabriel à l'adresse de Falco, en français, ce qu'il comprit à moitié.

-Excellent. Alors je pense que j'en ai terminé pour le moment. Demain, je vous donnerai plus d'informations pratiques que théoriques. Nous allons te laisser… Granchio, si tu as faim, il y a un deuxième service à cette heure-ci. L'occasion pour toi de rencontrer tes futurs collègues.

-J'ai compris, ma présence n'est plus souhaitée ici… soupira Falco, vexé de se voir ainsi congédier.

-Exactement, répliqua Rhadamanthe sans une once de tact. Pandore, s'il te plaît, tu l'accompagnes ?

-Oui. répondit la jeune femme d'une voix neutre.

Elle rejoignit Falco près de la porte. L'Italien la lui ouvrit avec galanterie, mais elle ne lui accorda qu'un rapide regard avant de la franchir, sans un merci.

« Un cœur d'or » avait dit Sylphide. Peut-être… Une grande timidité, aussi, ou bien une prétention sans égale ?

Falco se rendit compte qu'il n'avait pas l'habitude d'aller manger avec une femme… Ce n'était plus jamais arrivé depuis la dernière fois où il avait mangé chez lui avec sa mère et sa sœur. Alma ne prenait pas non plus ses repas en même temps que lui.

Alma… Rien qu'à évoquer ce nom en pensée, le militaire implacable sentait tous ses muscles se relâcher et sa fatigue diminuer peu à peu.

Après tout, Alma Conti était tout le contraire de Pandore, et vice versa. Aussi enjouée qu'elle était froide, aussi accueillante qu'elle était cassante, aussi hâlée qu'elle était pâle, aussi simple qu'elle était élégante… Peut-être n'y avait-il qu'en discrétion et en beauté qu'elles s'égalaient… Mais rien que parce qu'Alma lui avait souri avant même qu'ils ne se connaissent, il la préférait.

« Ho mon Dieu. »

Ca devenait grave. Si Gaetano apprenait que sa petite sœur était devenue le modèle féminin de Falco… Il raccourcirait considérablement son espérance de vie.

C'est alors que le Lieutenant pensa à son ami, au front. Il adressa rapidement une prière muette au premier saint venu, histoire de ne pas porter la poisse au médecin.

Ils arrivèrent enfin dans la salle à manger, une vaste pièce peinte de blanc occupée par une longue table et deux longs bancs de bois, où se trouvaient déjà quatre personnes, dont Alraune et Sylphide. Les deux autres avaient été vaguement aperçues par Falco dans le hall lors de l'arrivée de Gabriel, mais il ignorait encore leur identité.

L'un des deux avait un visage anguleux, des yeux gris surmontés d'épais sourcils broussailleux et des cheveux noirs lui tombant sur les épaules. Il paraissait musclé. L'autre semblait beaucoup plus désinvolte, il était aussi plus mince, ses cheveux plus courts et beaucoup plus sauvages. Il souriait en regardant Alraune s'empiffrer, mais il avait toutefois quelque chose d'inquiétant dans le regard. Sans doute la couleur de ses yeux, quelque part entre le rouge et le noir.

-Ha, miss Pandore ! la salua le deuxième en se levant du banc. Vous nous amenez une nouvelle recrue ?

-C'est celle de Rhadamanthe. déclina la jeune femme en allant s'asseoir à côté d'Alraune.

-Ha oui, tu dois être le fameux Granchio dont nous a parlé Sylphide ! comprit le résistant. Celui qui n'est pas très doué en français !

Alraune pouffa dans son assiette de pâtes, tandis que Sylphide, d'ordinaire si pâle, prenait une teinte cramoisie. Le costaud quant à lui leva les yeux au ciel et se leva pour accueillir Falco :

-Salut. Je suis Gordon. se présenta-t-il en italien mais avec un fort accent. Je suis polonais, directement sous les ordres de Rhadamanthe, Sylphide et Pandore. Je suis chargé de la gestion des armes de notre aile, que ce soit les armes volées ou les armes que l'on reçoit de Grande-Bretagne. L'autre gugusse que tu vois là, c'est Schmetterling, autrichien, il s'occupe des faux papiers pour les résistants et les réfugiés que nous transférons en pays neutre. Il n'en a pas l'air, mais il est doué, dans son genre.

-Ha. répondit Granchio qui digérait seulement le nom du deuxième résistant.

-Encore une chose : ne fais pas attention à toutes les imbécilités qu'ils peuvent raconter, lui et Alraune. lui conseilla Gordon.

-Merci bien !

-Hey ! intervint Schmetterling. Ca ne se fait pas de présenter les autres en leur présence !

Gordon soupira.

-Mais vas-y, assieds-toi ! invita-t-il Falco. Pousse-toi un peu, Alraune ! Et mange proprement, tu es en présence d'une dame.

-Mais j'suis affamé ! se justifia l'Allemand en relevant la tête de son assiette. Tu n'as pas idée de la distance que j'ai parcourue aujourd'hui avec… Tiens, vous savez quel est son nom, désormais ?

Il arrêta de manger, curieux.

-Il a choisi de s'appeler Camus. annonça Falco en s'asseyant à côté de Sylphide, en face de Pandore.

-Surprenant, pour un professeur de français… commenta Alraune avec ironie. J'espère qu'il se remettra vite. Ha, Granchio, ne sois pas gêné, sers-toi !

Il lui tendit un plat et Falco se servit, puis commença à manger avec beaucoup plus de retenue que l'Allemand.

-Au fait,… Heu … Pardon, c'est Granchio, ton nom, c'est bien cela ? l'apostropha Schmetterling.

-C'est exact, oui…

-Granchio, tu es bien italien ?

-Oui…

-Je pense qu'il devrait bien s'entendre avec Dante, dans ce cas, qu'en pensez-vous, les gars ?

-C'est probable… répondit Sylphide, avant d'expliquer: Dante est italien, comme toi… Il est de… Rome, je crois.

-Et où peut-on le trouver, ce Dante ? s'informa Falco, sacrément intéressé de faire connaissance avec un compatriote.

-Au pieu ! répondit Schmetterling d'un ton enjoué. Si tout va bien, il sera présent au petit-déjeuner de demain matin. Patiente un peu ! Ceci dit, je sais que cela fait plaisir de trouver un citoyen de sa patrie dans la résistance… Moi même, quand j'ai rencontré Sorrento pour la première fois, j'étais aux anges !

-Qui est-ce ? demanda Granchio.

-Un Autrichien, tout comme moi. Lui, il est responsable des communications avec le Quartier Général basé à Londres.

-Ha… Et combien de résistants me reste-t-il à rencontrer, exactement ?

Sylphide effectua un rapide calcul avant de répondre :

-Je dirais qu'il t'en reste cinq. Dont deux qui ne sont pas ici mais qui sont rattachés à cette aile. Ils reviendront probablement dans le courant de la semaine.

-Ah… Nous ne sommes pas beaucoup alors !

-Presque une quinzaine tout de même. lui signala Schmetterling.

Falco finit de manger en silence. Il demanda à Pandore :

-Tu crois que Rhadamanthe en a terminé avec Gabriel ?

-Il s'appelle Camus, c'est toi-même qui l'a dit. Tu peux toujours aller voir. Frappe et attends qu'on t'autorise à entrer.

-Cela va de soi… grogna l'Italien.

Il sortit de la salle à manger et se retrouva bientôt devant la porte de sa chambre. Il frappa doucement et la voix de Rhadamanthe lui répondit :

-Entre.

Il s'exécuta et trouva Gabriel, endormi dans son lit comme un bienheureux, et Rhadamanthe, qui lisait un livre sous la fenêtre, à la seule lumière de la lune. Ce dernier ne leva pas les yeux vers Falco, qui décida de ne pas le déranger et d'aller se coucher –ou plutôt, s'écrouler dans son lit et récupérer de cette journée chargée.

oOo

Falco fut réveillé par un claquement de porte. Il se redressa instantanément dans son lit et regarda immédiatement la pendule qui lui faisait face: 6h45. Le déjeuner était servi à sept heures précises, d'après Rhadamanthe… Ce qui ne lui laissait plus qu'un quart d'heure.

Mais l'ex-militaire avait l'habitude de devoir se préparer sur les chapeaux de roues.

Il bondit hors de la couverture et se rua vers l'armoire où il avait rangé son sac à dos, et découvrit avec bonheur que quelqu'un lui avait apporté autre chose que l'uniforme de Gaetano, la chemise de Sandro et les vêtements que Rhadamanthe lui avait trouvé à Turin la veille. Du linge propre…

Camus remua dans son lit, et finit par se relever à son tour. Il avait l'air d'aller beaucoup mieux, il tenait même debout.

-Bonjour ! le salua Falco –en français !- tout en s'habillant.

Camus lui répondit d'un signe de tête avant de l'imiter.

-Tu es sûr que tu ne ferais pas mieux de rester alité encore quelques temps ?

-Hors de question, ça n'a déjà que trop duré. En plus, je vais beaucoup mieux.

-Il ne faudra pas te plaindre si tu tombes encore dans les pommes…

-Ca n'arrivera pas. Je suis un résistant, désormais.

Falco le laissa sur ce ton-là et partit pour la salle à manger.

Elle était bien plus remplie que la veille. Pandore, fidèle au poste, occupait le bout de la table avec Rhadamanthe et Sylphide. A côté de la jeune fille s'étaient assis Alraune, Schmetterling et Gordon, tandis que de l'autre côté, trois personnes que l'Italien ne connaissait pas entamaient leur repas en discutant avec les autres.

Il reconnut tout de suite le fameux Dante. Encore jeune, à peine un adulte, il avait le teint hâlé des italiens, des cheveux châtains et courts, des yeux expressifs.

Granchio s'installa à côté de Gordon, en face de son compatriote, tout en lançant à l'assemblée :

-Bonjour à tous !

-Où est Camus ? demanda Rhadamanthe en se servant une tasse de thé. Il dort encore ? Tu l'as laissé seul ?

-Oui, merci Rhadamanthe, j'ai bien dormi. Camus arrive, pas de panique ! soupira Falco, sur la défensive.

-Il a raison. Me voilà. annonça le principal concerné en entrant dans la pièce.

Il alla s'asseoir à côté de Falco.

-Bon, les présentations ! commença ce dernier. Moi c'est Granchio !

-Moi, je suis Camus. continua l'autre en se servant de la chicorée.

-Je suis Misty, français. se présenta un blond, aux yeux bleus.

-Dante ! annonça le châtain avec un grand sourire en se levant pour serrer la main de Falco et de Camus. Romain.

-J'aurais juré que tu étais florentin ! dit Falco en saisissant la main tendue, un grand sourire aux lèvres.

-Je ne suis pas Dante Alighieri ! rétorqua le jeune homme, tout sourire lui aussi.

-Quelqu'un a-t-il saisi la référence ? s'enquit Schmetterling auprès de ses voisins.

-Dante Alighieri est un auteur florentin de la renaissance. expliqua Rhadamanthe tout en continuant à lire son journal.

-Merci bien…

-Et moi, je suis Sorrento. Enchanté. dit le petit dernier du banc à l'adresse des nouvelles recrues.

Le petit-déjeuner fut plein d'animation, surtout du côté de Falco et Dante, qui discutaient vivement dans leur langue maternelle à une vitesse affolante. Le dernier arrivé apprit donc que le Romain avait été le premier Italien de tout le réseau.

Après le repas, Falco flottait sur un petit nuage. Ca faisait tellement longtemps qu'il n'avait plus déjeuné dans la bonne humeur avec toute une bande joyeuse ainsi. A Turin, Gaetano s'inquiétait de son avenir, puisqu'il allait partir au front. Il gardait bonne figure, mais Falco savait qu'il avait peur. C'était le lot de chaque soldat, même lui, il avait eu peur quand on lui avait appris qu'il allait partir pour la France. Ce n'était donc pas une ambiance propice à la discussion détendue.

Avant cela, au refuge militaire, il déjeunait la plupart du temps seul dans son coin, en lisant les mémoires du colonel. Et il se demandait de quoi son avenir serait fait.

Et sur l'année qui venait de s'écouler… Les déjeuners pris en vitesse, avant de brandir son arme à nouveau pour intimider les Français…

Décidément, oui, la maison de Rhadamanthe était un havre de paix dans la vie macabre de Falco. Mais pour combien de temps encore ? Il était parfaitement conscient que les résistants de passage ici décompressaient entre deux missions, et que l'ambiance pendant ces dernières devait être totalement différente.

-Granchio, Camus ! les héla Rhadamanthe alors qu'ils quittaient la salle à manger. Je vous attends à la bibliothèque dans cinq minutes, pour vous informer sur ce qu'il vous reste à apprendre.

-On arrive ! dirent-ils à l'unisson.

L'Anglais partit dans la direction opposée tandis que les deux autres entraient dans la bibliothèque.

Camus s'intéressa directement aux innombrables ouvrages à disposition.

-Ha, au fait, Camus… Rhadamanthe… Tu sais ce que c'est ?

-… Notre patron, je dirais. répondit le Français.

-Oui, je sais… soupira Falco. Je veux dire… Où a-t-il été chercher ce nom ?

-Rhadamanthe est un personnage mythologique… Fils de Zeus, il a été nommé Juge des Enfers, aux côtés de son frère Minos et d'Eaque.

-Il ne se prend pas pour rien, le Blondinet… commenta Falco, ce qui lui valut un regard noir du Français.

-Le Blondinet est ton supérieur, Granchio. intervint Rhadamanthe avec flegme depuis la porte.

-Ho, tiens, Rhadamanthe… ! s'étonna Falco, rouge pivoine.

-Bon. Asseyez-vous, je vais commencer votre apprentissage…


Promis, il y aura plus d'action dans les chapitres suivants (ou pas?)

Réponse à ma review anonyme:

(déjà, je tiens à m'excuser, j'ai supprimé par erreur ta review et j'ai dû la reposter moi-même T-T)

Merci infiniment pour ta review :'D Je me voyais mal ajouter du yaoi, les personnages ont déjà assez de soucis comme ça... en plus, je ne voyais pas quel couple j'aurais pu y mettre: Masque de Mort x Camus ou Rhadamanthe, j'aime pas trop, alors j'ai opté pour une fic non-yaoi ^^ Ca me fait super plaisir que TIW soit émouvante, j'ai travaillé dur pour qu'elle le soit ^^