Chapitre 4 :

Rogue grogna presque en voyant Mme Pomfresh donner à Neville Londubat des potions qui servaient apparemment à le débarrasser des plaques de peau violette dont il avait réussi par un quelconque moyen à se recouvrir.

- Par Merlin, dans quoi s'est-il encore fourré ? Demanda Mme Pomfresh, fâchée et inquiète à la fois.

Avec précaution, Rogue posa Harry sur le lit.

- Londubat, allez chercher Granger et Weasley et ne dites à personne d'autre ce que vous avez vu ici, compris ? Demanda Rogue avec un regard menaçant qui fit acquiescer Neville avec peur avant qu'il ne coure vers la porte.

Dès que le garçon fut parti, Rogue expliqua ses suppositions à la médicomage qui commença à lui poser des questions auxquels il ne pouvait répondre ; mais il espérait bien que les deux élèves de Griffondor qu'il avait appelé le pourraient.

Bientôt, ces derniers arrivèrent en courant par la porte, légèrement à bout de souffle et l'air extrêmement inquiet.

- Harry ? Demanda Hermione d'une voix chancelante en voyant son ami pâle et inconscient. Que lui est-il arrivé ?

- L'un d'entre vous peut-il me parler des habitudes alimentaires récentes et du sommeil de Mr Potter ? Demanda Mme Pomfresh avec urgence en s'agitant autour du garçon.

- Eh bien, j'ai essayé de m'assurer qu'il dormait, mais j'ai commencé à penser il y a quelques temps qu'il avait trouvé un moyen de m'en empêcher. Je sais qu'il préférerait étudier que de dormir, l'informa Ron, apparemment dépassé. Et il ne vient pas non plus aux repas. Je sais que parfois il prend un peu de nourriture aux cuisines ou bien un de nous lui ramène quelque chose, mais c'est difficile de dire comment il mange exactement puisqu'il nous a en quelque sorte écarté. Que lui est-il arrivé ?

- Il semblerait qu'il soit allé trop loin. Sa santé est dans un état épouvantable. Il a des signes d'anémie et son taux de sucre dans le sang a affreusement chuté. Il a perdu beaucoup de poids depuis la dernière fois qu'il était ici et il était déjà sous-alimenté. Son corps montre des signes évident de fatigue et vu son état, il n'a pas du ingurgiter autre chose que de la caféine. Il n'utilisait plus que de l'énergie artificielle, et maintenant il en est à cours. Pourquoi est-ce que personne n'est venu me parler de ça ? Il est bien trop maigre et il n'y a qu'à le regarder pour savoir qu'il ne va pas bien ! Dit-elle d'un ton accusateur.

Hermione commença à pleurer silencieusement tandis que Ron sentit une vague de culpabilité l'envahir.

- Il n'avait pas cette allure là, je vous le jure ! Protesta-t-il.

- Il utilisait des charmes de dissimulation pour cacher son apparence, dit Rogue à l'infirmière. Ils se sont effacés quand il a perdu connaissance.

- Chaque fois qu'on a essayé de lui parler de ça, il s'énervait et nous rejetait encore plus. On a eu quelques disputes et on ne l'a simplement plus vu en dehors des cours, dit Ron avec des yeux vides sans même savoir à qui il parlait. Je ne pensais pas que c'était à ce point ! Je pensais qu'il mangeait et faisait des siestes quand il sortait. On a essayé mais il ne voulait pas écouter ce qu'on lui disait !

- Est-ce que ça va aller ? Demanda Hermione dans un demi-murmure.

Mme Pomfresh soupira.

- Eh bien, il montre des signes indiquant d'abord que la sensibilité de ses lymphocytes aux nitrogènes a diminué et également une diminution de la cytotoxicité.

En voyant les regards perdus qui lui répondirent, l'identité de ses interlocuteurs lui revint soudainement.

- Cela veut dire que les fonctions de son système immunitaire ont été compromises. Il semble également avoir développé une légère infection des voies respiratoires, ce qui est un effet commun du manque de sommeil…

- A cause de la diminution de l'activité des cellules tueuses naturelles ? Demanda Hermione.

Tout le monde lui lança un regard surpris.

- J'ai fait des recherches sur le manque de sommeil et le stress, expliqua-t-elle. J'ai lu que le stress pouvait jouer un rôle important dans les troubles de l'alimentation. Harry est tellement maigre et il n'a jamais l'air d'avoir faim, croyez-vous... Interrompit-elle nerveusement.

Heureusement, Mme Pomfresh secoua la tête.

- Je ne pense pas que ce soit le cas. Certaines personnes répondent au stress en mangeant d'avantage, d'autre en mangeant moins. Le stress peut supprimer les envies physiques de faim, alors il a probablement simplement été si stressé qu'il n'avait vraiment pas faim. Son absence de faim semble encore plus accentué qu'à la normal ; je suppose que ce doit être lié à la façon dont il a été élevé, non ?

- Sa famille avait l'habitude de l'affamer en guise de punition, dit Ron avec réluctance.

Il ne voulait pas trahir la confiance d'Harry, mais il voulait que Mme Pomfresh connaisse toute information qui pourrait l'aider à venir en aide à Harry.

- En seconde année, mes frères et moi avons du aller le chercher parce qu'ils l'avaient enfermés dans sa chambre et ils lui donnaient à peu près un bol de soupe par jour qu'il devait partager entre lui et sa chouette.

Rogue regarda Ron avec incrédulité. Il semblait qu'Harry était plus doué pour l'occlumencie qu'il ne l'avait pensé puisqu'il n'avait jamais vu un souvenir suggérant ce genre de chose. Il réalisa soudainement qu'il était possible alors qu'Harry ait eu des difficultés à empêcher Rogue d'accéder à certains souvenirs parce qu'il était déjà occupé à essayer d'en bloquer d'autres et n'avait pas encore appris à étendre ses barrières.

Mme Pomfresh acquiesça tristement.

- Je me demandais si ce n'était pas le cas, en effet.

La médicomage se retira dans son bureau après qu'ils ont entendu son nom être appelé par la cheminette. Les deux meilleurs amis d'Harry prirent place de chaque côté de son lit. Hermione prit sa main entre les siennes, les yeux rivés sur l'adolescent inconscient.

- Ce n'est pas juste, dit-elle d'une voix pleine d'émotion en caressant la main de Harry avec son pouce. Tout le monde a l'air de penser que Harry doit être un genre de sauveur, qu'il n'a pas besoin de quelqu'un comme nous tous. Bon sang, il a probablement encore plus besoin que nous d'une image parentale avec tout ce qu'il a traversé.

Elle chassa une larme rebelle et cligna des yeux pour en chasser d'autres.

- Oui, peu importe ce qu'il fait, il n'arrive jamais en à avoir. Il ferait n'importe quoi pour ça, mais ça n'a jamais l'air de suffire.

Rogue savait ce que cela faisait. Son père n'avait jamais été impressionné par lui, malgré tout les efforts que faisait Rogue pour l'impressionner. C'était une des nombreuses raisons pour lesquelles il détestait James Potter, qui avait l'amour inconditionnel de ses parents peu importe ce qu'il faisait. C'était simplement injuste. Qu'il ait autant de points communs avec le fils de son pire ennemi le dépassait.

- Il a ma famille, s'interposa Ron. Maman l'adore et Fred et George le considère déjà comme un petit frère...

- Ça ne suffit pas, interrompit Hermione avec un soupir. On lui a apprit à se sentir comme un intrus chez les Dursley, et ce serait presque impossible d'avoir l'impression d'appartenir à ta famille, Ron, même si vous l'aimez beaucoup. Je ne sais simplement pas quoi faire. On ne peut pas lui apporter ça nous même. Et s'il continuait comme ça ? On pourrait le perdre...

Mme Pomfresh sortit à la hâte de son bureau, l'air assez agacé.

- Lupin est dans le château, annonça-t-elle gravement.

- Quoi ? Vous ne pouvez pas le laisser s'approcher d'Harry, dit Ron énervé.

- Merci Mr Weasley, s'exclama l'infirmière avec sarcasme, je suis parfaitement consciente de ça. Je restreins dés maintenant les visites à Harry. Alors le temps est écoulé vous deux. Vous pourrez voir votre ami plus tard.

Les protestations d'Hermione et Ron n'eurent aucun effet contre les ordres de Mme Pomfresh.

Une fois que le couple fut dirigé vers la sortie, Rogue se tourna vers la femme qui était en train de refermer les rideaux autour de Harry.

- Pompom, tu sais qu'il sera assez difficile d'éloigner Lupin de Potter s'il veut vraiment voir le garçon. Ce n'est pas comme si tu pouvais fermer l'infirmerie à tous ceux qui sont blessés.

- Oui Severus, mais que veux-tu que je fasse ? Demanda Mme Pomfresh l'air agacé.

- Laisse-moi m'en occuper, dit rapidement Rogue avant de pouvoir changer d'avis.

- Tu veux ma permission de te battre avec Lupin ? Demanda Pompom, confuse.

- Non, tu es folle ! Dit Rogue, ahuri.

- Excuse-moi Severus, tu dois te rappeler que j'ai affaire à plusieurs adolescents victimes de bagarre et qui insistent en disant qu'ils peuvent "s'en occuper", dit-elle en signe de désapprobation.

Avant qu'elle n'ait pu avoir le temps de se lancer dans une tirade sur les gamins de nos jours, Rogue clarifia ce qu'il avait voulu dire au départ.

- Je voulais parler de Potter. Il peut rester dans les cachots jusqu'à ce qu'il récupère, dit-il avec autant de dignité que possible face au regard étonné de l'infirmière.

- Tu veux t'occuper de Harry ? Demanda-t-elle en le scrutant du regard, essayant de déterminer s'il avait été drogué ou s'il était sous l'emprise d'un enchantement.

- Il sera à l'abri de Lupin dans mes quartiers et au vu de sa situation actuelle, il serait mieux loin du regard des autres. Il ne serait pas bon que les gens apprennent que le garçon-qui-a-survécu a fait une dépression, raisonna-t-il esquivant un peu la question.

Mme Pomfresh le regarda avec méfiance.

- Il aura besoin qu'on s'occupe de lui. Il est malade et requiert de l'attention.

Rogue lui lança un regard noir.

- Pompom, tu penses que je pourrais négliger un enfant malade ? Crois-tu que j'ai l'intention de le jeter dans un placard à balais et de le laisser pendant une semaine sans surveillance ? En tant que maître des potions qualifié, je m'y connais assez en soin et je suis parfaitement capable de suivre toute instruction que tu pourrais me donner, et jamais je ne négligerais un enfant sous ma garde. Je te remercierais de te souvenir de ça la prochaine fois que tu insinues que je serais incapable de m'occuper de quelqu'un, dit-il durement.

Mme Pomfresh lui donna l'impression de débattre intérieurement sur le sujet, avant d'être interrompue quand la porte s'ouvrit pour révéler Remus Lupin.

- Je dois parler à Harry, dit-il froidement.

- Je n'autorise pas de visites à cette heure-ci, dit Mme Pomfresh.

- Je suis ce qui se rapproche le plus d'un tuteur pour lui et je dois lui parler, insista Lupin ; lançant des regards aux rideaux fermés autour du lit d'hôpital de Harry.

Il regarda Rogue, s'attendant à recevoir son soutien en se rappelant de la haine notoire qu'entretenait celui-ci contre le garçon, mais Rogue le fixa avec son regard le plus menaçant.

- Et je dis non. Il se repose et il a récemment vécu une épreuve très difficile...

- Harry se montre égoïste et il dramatise certainement, coupa Remus énervé. Nous sommes en guerre et il est en position de sauver ou détruire des vies. Il pense vivre une épreuve difficile ? Pourquoi ne demande-t-il pas à Sirius ce que c'est que de passer un moment difficile ? Ou à Cédric Diggory ? Ou à ses parents qui sont morts pour lui ? Plus de gens vont mourir s'il ne fait pas quelque chose pour l'arrêter, et il s'en fiche !

- C'est un enfant Remus, dit sévèrement Mme Pomfresh.

- Un garçon qui tue des gens avec son indifférence, grogna Remus. Il est le garçon-qui-a-survécu et que cela lui plaise ou non, les gens autour de lui vont finir par mourir s'il ne se reprend pas. Severus, tu es d'accord avec moi, pas vrai ?

- Tu me dégoûtes Lupin. Faire ça à un enfant ? Tu es méprisable, répondit sombrement Rogue.

Lupin le fixa férocement.

- Tu es simplement heureux qu'il ait tué Sirius, n'est-ce pas ? Tu as toujours détesté Sirius alors tu t'es finalement rangé du côté de Harry.

- Harry n'est qu'un enfant et ne peut pas être tenu responsable des événements de l'année dernière, imbécile. Tu veux en vouloir à quelqu'un ? Prend-t-en à Bellatrix Lestrange. A Voldemort. Ne t'en prend pas à un enfant qui est aussi dévasté par la perte de cet homme que tu l'es ! Répondit Severus.

- Harry est un gamin égoïste qui ne pense à personne d'autre que lui-même. S'il avait mis la moindre once d'effort et de pensée dans ses actions l'an dernier, Sirius serait encore en vie ! Hurla rageusement Remus.

- Dehors ! S'écria Mme Pomfresh, plus que furieuse.

- Je ne partirai pas sans avoir dit deux mots de ce que je pense à Harry !

- Allons parler de cela dans le couloir, dit dangereusement Mme Pomfresh, entraînant Remus par la porte.

Avant qu'elle ne l'ait fermé derrière elle pour s'occuper de Remus, elle se tourna vers Rogue et acquiesça d'un air entendu.

- Severus, fais ce dont nous étions en train de discuter. Tu peux utiliser la cheminette dans mon bureau et je t'enverrai plus d'instructions plus tard.

Dès que se fut refermée la porte, Rogue rassembla les flacons de potions près du lit de Harry et les enfouit dans sa poche. Glissant un bras sous les genoux de Harry et l'autre sous son dos, il souleva l'adolescent dans ses bras et le blottit contre sa poitrine. Tandis que les cris dans le couloir devenaient de plus en plus élevés, il se hâta vers la cheminée, maudissant intérieurement Lupin.

X

Quand Harry reprit conscience, la première chose qu'il remarqua fut à quel point il était à l'aise. Il ressentait une douleur creuse à l'estomac et chacune de ses respirations causaient une douleur vive à sa poitrine, mais le lit dans lequel il était allongé était chaud et doux. L'oreiller était d'une épaisseur parfaite et les draps caressaient doucement sa peau. Il sentit le poids rassurant d'une couverture sur lui et plutôt que de s'inquiéter de l'endroit où il était, il espéra simplement ne pas avoir à partir.

Il essaya de se souvenir de la date, priant pour que ce soit le week-end tout en sachant bien que non.

Mercredi, le jour flottait dans son esprit. Double cours de métamorphose : rien à rendre, pas de contrôle. Soin aux créatures magiques : rien à rendre, pas de contrôle. Potions : rien à rendre...

Les yeux d'Harry s'ouvrirent en grand et il se redressa dans le lit. Il ne se souvenait pas avoir révisé pour ce contrôle de potions !

Il venait à peine de commencer à remarquer comme son esprit était embrumé quand il sentit une main sur son épaule. Il sursauta de surprise quand il réalisa à qui appartenait la main.

- 'Fesseur Rogue ? Dit-il d'une voix pâteuse. J'ai raté l'cour d'potions ?

Rogue secoua la tête avec un froncement de sourcil.

- Non Potter. Vous n'allez pas faire de potions pendant un moment. Rendormez vous. Vous ne devriez pas être réveillé avec cette potion de sommeil dans votre syst...

- Il le faut, protesta Harry alors que ses yeux se refermaient et qu'il retombait en arrière. On a un contrôle sur le chapitre... euh... cinq-cents, six-mille, deux-cent trois, dit-il avec conviction, remarquant comme ça faisait drôle que tout autour de lui ait l'air... flou.

Rogue sembla au contraire plutôt amusé par cela, à la grande confusion de Harry.

- Nous n'avons pas encore vu ce chapitre, assura-t-il. Et ne vous inquiétez pas pour le devoir. Tout est fini pour le moment.

Soudain, un verre fut pressé contre les lèvres de Harry et une main douce se posa sur l'arrière de sa tête.

- Buvez un peu de ça... voilà Potter, bon travail.

Harry sourit en entendant cela et le verre disparut.

- Bon travail ? Demanda-t-il, sa joie le menant presque au bord des larmes. Merci, j'ai essayé tellement fort pendant toute l'année.

- Oui, et vous en avez fait plus qu'assez.

Les yeux de Harry se fermèrent lourdement et il se laissa poussé contre les oreillers.

- Puisque je m'en suis bien sorti, pourrais-tu m'emmenez loin des Dursley maintenant ? On peut vivre ensemble Rémy, et je serais très très très très très gentil, marmonna-t-il d'une voix ensommeillée.

- On en parlera quand tu te réveilleras, dit vaguement Rogue.

Harry acquiesça, épuisé.

- Pourrais-tu dire aux propriétaires de cet hôtel que je ne peux pas être kidnappé vendredi ? J'ai un devoir à rendre long de cinq millions de pied, marmonna-t-il.

Rogue remonta les couvertures sur le menton d'Harry.

- Je leur ferai savoir.

X

La seconde fois qu'Harry se réveilla, il fut parfaitement conscient de ce qui l'entourait, se demandant où diable il pouvait bien être. C'était une chambre d'une taille assez décente, et le lit sur lequel il était se trouvait être incroyablement confortable. Le décor lui rappelait plutôt les quartiers de Rogue, mais il ne pouvait pas être...

La porte s'ouvrit pour révéler Rogue entrant avec un plateau repas.

- Comment vous-sentez vous ? Demanda-t-il.

Harry regarda Rogue avec incrédulité tandis que celui-ci marchait vers lui.

- Potter, redressez-vous et répondez, ordonna-t-il, mais, étrangement, cela n'avait pas l'air intimidant du tout.

Harry se tortilla pour se mettre dans une position assise et Rogue réinstalla d'une main son oreiller derrière lui.

- Je vais... euh... que s'est-il passé ? Suis-je dans votre chambre ? Demanda-t-il avec incrédulité.

- Ma chambre d'ami, dit Rogue en posant le plateau sur les cuisses de Harry. En ce qui concerne ce qui est arrivé, vous vous êtes effondré sous le coup de l'épuisement, du manque de nourriture et d'une infection respiratoire, dans mon bureau.

- Pourquoi ne suis-je pas à l'infirmerie ? Demanda Harry, confus.

- A cause de plusieurs raisons dont Mme Pomfresh et moi avons discutées, il a été décidé qu'il serait mieux pour vous de rester ici pour le moment, dit vaguement Rogue et Harry savait qu'il valait mieux ne pas insister.

- Quel jour sommes-nous ? Demanda-t-il anxieux, cherchant en vain une horloge.

- Jeudi. Vous avez passé le mercredi entre le sommeil et le réveil, bien que je doute que vous vous souveniez vous être réveillé. Vous étiez plutôt à l'ouest.

Il sembla alors que seul un mot ait atteint Harry.

- Jeudi ! Je, j'avais un contrôle en potions hier et je dois rendre un devoir en enchantement aujourd'hui. Je ne crois même pas l'avoir terminé !

- Ne soyez pas ridicule Potter. Pour quelqu'un qui a passé autant de temps que vous dans l'infirmerie, vous semblez oublier que la maladie et les blessures sont des excuses légitimes pour rendre du travail en retard et rater un contrôle.

- Je vais prendre du retard, grogna Harry. Tout va s'accumuler et je ne pourrai pas rattraper ! Quelle heure est-il ? Demanda-t-il frénétiquement. J'ai encore le temps d'aller à certains cours, non ?

- Non Potter, vous ne pouvez pas, dit sèchement Rogue. Vous n'irez pas en cours pendant une semaine au moins, peut-être plus.

Les yeux d'Harry s'écarquillèrent d'horreur.

- Quoi ? Pourquoi ? Je me sens bien !

- Vous n'allez pas bien. Vous avez une infection des poumons, un système immunitaire déficient, votre insuffisance pondérale est affolante, et vous êtes épuisé. Je ne vous laisserais pas retomber dans ce comportement autodestructeur, donc, vous ne retournerez pas en classe jusqu'à ce que vous soyez débarrassé de cette idée absurde selon laquelle votre valeur est mesuré par vos notes.

Il tâcha de se calmer un peu puis continua.

- J'ai parlé à vos professeurs, et nous sommes tous d'accord pour dire que vous avez besoin de quelques jours de repos.

- Vous ne pouvez pas faire ça ! Protesta Harry.

Il déglutit alors avec difficulté.

- Est-ce que Remus sait que j'ai séché des cours ?

- Vous n'avez pas séché de cours, vous êtes malade ! S'exclama Rogue qui avait du mal à croire ce qu'il entendait. Et pour ce qui est de Remus Lupin, vous n'aurez pas a vous préoccuper de lui pendant un bon moment.

Harry le regarda avec une expression horrifiée.

- Vous l'avez tué ? Demanda-t-il en un demi-murmure.

- Quoi ? Non, bien sûr que non ! Quel genre de personne pensez-vous que je sois ?

Il s'arrêta pour verser la dose correcte d'une certaine potion médicinale.

- Il est simplement enchaîné dans les cachots jusqu'à ce qu'il ait retenu la leçon.

La mâchoire d'Harry en tomba.

Rogue eut un sourire en coin et lui tendit la potion.

- Calmez-vous Potter, c'était une blague.

Harry cligna des yeux, surpris.

- Vous savez plaisanter ? Demanda-t-il, confus.

Rogue le regarda l'air indigné, mais il ne pouvait s'empêcher d'être légèrement amusé.

- Buvez votre potion et prenez votre petit-déjeuner. Vous n'avez rien à faire du reste de la journée, alors il est inutile de vous hâter. Vous n'aurez accès à aucun matériel d'étude : livre de cours, devoirs, et il a été interdit à vos amis de vous parler de ce qu'ils apprenaient en classe, de tout devoir à rendre ou d'examen quand ils viendront vous voir.

- Me voir ? Demanda Harry avec incompréhension.

- Oui, vous resterez ici jusqu'à ce que je vous juge prêt à reprendre les cours, l'informa Rogue.

- Cela ne va-t-il pas être trop incommodant pour vous ? Et que faites vous de la potion sur laquelle vous travaillez ? Demanda Harry avant qu'un air de compréhension n'éclaire son visage. Oh, est-ce que c'est Dumbledore qui vous a demandé de me garder ?

Rogue haussa un sourcil.

- Personne ne peut me forcer à faire quoi que ce soit, Potter. Maintenant, mangez.

X

Quelques heures plus tard, Harry était dans le salon en train de faire les cent pas. Rogue était absent puisqu'il avait cours et Harry se retrouvait avec rien d'autre à faire que de ressasser frénétiquement les mêmes pensées dans sa tête. Il passa de la réaction de Remus face à la situation actuelle, à Ron et Hermione ; se demandant s'ils allaient vraiment venir le voir et, dans le cas ou ils le feraient, ce qu'ils se diraient ; avant de finir sur une image de lui-même passant une autre Soirée Famille totalement seul et laissé de côté. Il essaya de s'imaginer passer une semaine ainsi, mais l'idée en elle-même était bien trop décourageante et il opta plutôt pour se demander s'il n'y avait pas un quelconque moyen faire secrètement les contrôles et récupérer ses devoirs, mais il se rendit finalement à l'évidence pour accepter que cela ne marcherait pas puisque ses professeurs étaient apparemment tous de mèche avec cette idée insensée.

Il avait déjà écrit une longue lettre à Remus expliquant la situation et lui suppliant de le pardonner, mais comme elle se retrouva enfermée dans la chambre de Rogue, il n'eut aucun moyen de l'envoyer.

Quand finalement Rogue arriva par la cheminée, il fut surpris de trouver Harry en train d'astiquer les miroirs.

- Potter, vous êtes conscient que des elfes de maison lavent mes quartiers presque tous les jours, dit-il calmement en posant ses papiers sur la table.

- J'étais en train de devenir fou ! Je ne suis même pas autorisé à faire mes devoirs, que voulez-vous que je fasse d'autre? S'exclama-t-il en faisant de grands gestes de la main.

- Vous êtes un adolescent et au premier signe d'ennui vous décidez de laver des miroirs ? Demanda Rogue en haussant un sourcil.

Il indiqua d'une main la table basse où était posée une pile de livres sur le Quidditch.

- Pourquoi n'avez vous pas lu les livres que vos amis vont ont apportés hier ?

- Qui ça intéresse le Quidditch ? Demanda Harry avec colère en se tournant pour reprendre sa tâche.

- Qui ça intéresse de laver mes miroirs ? Le défia Rogue.

Harry lui adressa une mine renfrognée.

- Est-ce que vous faites pour vous amuser ? Continua Rogue.

- Non, c'est ce que je fais à la maison, grogna Harry.

- Je vois. Dans votre famille, vous lavez pour avoir de l'approbation, et avec Lupin, ce sont les notes, remarqua Rogue.

- Non, je n'aurais jamais l'approbation des Dursley, peu importe ce que je fais, grommela Harry.

- Pourquoi se donner tant de mal alors ?

- Oh je ne sais pas, et si c'était simplement pour pouvoir manger et ne pas être enfermé ? S'exclama Harry d'un ton sarcastique.

Rogue, pris au dépourvu, fronça les sourcils.

- C'est une façon écœurante de traiter un enfant.

- Je ne suis pas un enfant, dit Harry indigné. Mais ne comprenez-vous pas ? Si Remus me laissait vivre avec lui, je n'aurais plus jamais à les revoir !

- Oui, la seule chose que vous ayez à faire pour qu'il vous apprécie est de souffrir de maltraitance morale et d'être manipulé au point de devenir malade, dit sombrement Rogue.

Harry lui lança un regard noir.

- Il ne m'a ni manipulé ni maltraité mentalement !

- Il a abusé de votre solitude... Insista Rogue avec colère.

- ... je ne suis pas seul !

- ... et de votre besoin d'une figure parentale...

- ... je n'ai besoin de personne !

- ... et de votre envie désespérée de faire absolument tout ce qu'il faut pour expier vos pêchés inexistants...

- ... ils ne sont pas inexistants !

- ... simplement pour lui offrir quelqu'un à qui en vouloir et sur qui décharger sa colère !

- IL A RAISON DE M'EN VOULOIR ! Hurla Harry.

Il essuya rapidement quelques larmes traîtres avec le chiffon qu'il utilisait pour laver les miroirs, étalant accidentellement un peu du produit sur ses joues.

- C'était de ma faute, dit-il misérablement.

- Non ça ne l'était pas, dit Rogue.

- Si, dit-il, s'abaissant pour s'asseoir sur le tabouret sur lequel il était perché pour atteindre le miroir. Vous devriez le savoir. Je ne me suis pas entraîne à l'occlumencie. Je n'ai même pas essayé. J'ai été trop stupide pour comprendre comment vider mon satané esprit et je l'ai mené à la mort. Et j'aurais aussi pu faire tuer n'importe qui d'autre là-bas ! Pendant un moment, j'ai cru qu'Hermione était morte et Neville a été sous l'emprise du doloris et tellement de gens ont été blessés, tout ça à cause de moi ! Parce que je n'ai même pas essayé de comprendre cette stupide occlumencie, j'ai perdu le seul adulte pour lequel je comptais ne serait-ce qu'un peu, le seul qui ait jamais proposé de me retirer de chez les Dursley. Tous les autres m'ont laissé pourrir là-bas, mais Sirius voulait bien de moi ! Il voulait que je vive avec lui ! Et comment est-ce que je l'ai remercié ? Je l'ai fait tuer. Remus a bien raison de me haïr. Il ne me haïrait pas s'il n'avait pas de bonnes raisons.

A la grande horreur de Rogue, les larmes jaillirent des yeux de Harry. Le garçon sauta sur ses pieds et commença à marcher vers sa chambre, mais, pris d'une soudaine impulsion, Rogue s'avança et lui attrapa le bras pour l'arrêter.

Harry essaya de détourner la tête afin de cacher ses larmes, tout en essayant de libérer son bras.

- Arrêtez, je veux simplement être seul, s'écria-t-il.

- Il n'a aucune raison de vous haïr et vous ne pouvez pas vous sentir coupable de la mort de votre parrain. Vous essayiez de l'aider, pas de mettre sa vie en danger. Vous le savez Potter ! Insista Rogue avec colère, mais Harry se contenta d'enfoncer son visage dans le creux de son coude, essayant désespérément d'empêcher Rogue de le voir pleurer. Oh et puis mince, murmura Rogue avant d'attirer brusquement l'adolescent dans une étreinte.

Ses propres yeux s'écarquillèrent de surprise pour ce qu'il venait de faire quand Harry renifla.

Pendant un instant, ils restèrent tous deux immobiles, mal à l'aise. Rogue ne savait pas s'il devait le lâcher ou si cela ne ferait qu'empirer les choses et, pour la première fois, il ne trouva aucun moyen rapide de régler cette situation. Il était en territoire inconnu et il n'avait aucune idée de la façon de gérer ça.

Harry laissa échapper un son entre le rire et les larmes et passa avec hésitation ses bras autour de Rogue. Il essaya de se contrôler mais se retrouva bientôt à pleurer contre la poitrine de l'homme.

- Ce n'est pas de votre faute Potter, insista maladroitement Rogue, autorisant le garçon à le serrer contre lui. Vous ne pouviez rien y faire.

- Je ne voulais pas qu'il meure, sanglota doucement Harry, agrippant les robes de Rogue dans son dos comme s'il avait peur que l'homme ne le quitte s'il ne s'accrochait pas. Remus dit que c'est de ma faute.

- Ne soyez pas idiot, bien sûr que vous ne vouliez pas qu'il meure. Black n'aurait jamais pensé une telle chose. Lupin est un imbécile qui décharge injustement sa colère sur vous.

- Mais je n'ai que lui, gémit Harry.

- Bien sûr que non, dit doucement Rogue, resserrant de façon protectrice son emprise sur le garçon.

X

Bien que relâcher ses émotions ait été bénéfique pour l'âme d'Harry, cela n'avait pas arrangé son infection des voies respiratoires. Une fois que ses sanglots furent transformés en reniflements, qui eux même se transformèrent en une toux rauque, Rogue le força à s'asseoir sur le canapé, enroulé dans des couvertures, et coinça un thermomètre sous sa langue.

Harry regarda Rogue vérifier la température avec un froncement de sourcils.

- Vous avez de la fièvre. Vous allez vous reposer et vous abstenir de toute activité qui ne serait pas nécessaire. C'en est fini de cette histoire de nettoyage. Vous ne voulez pas que cela se transforme en rhumatisme articulaire aigu.

- Qu'est-ce que c'est ? Demanda Harry d'une voix fatiguée.

- Quelque chose que vous ne voulez pas avoir. Cela peut endommager vos organes, plus particulièrement votre cœur.

Les yeux d'Harry s'écarquillèrent.

- Et tout ça juste à cause du stress ? Demanda-t-il avec incrédulité.

- Eh bien, le stress et probablement une exposition à quelqu'un avec un rhume ou quelque chose comme ça. Le stress vous y a rendu vulnérable et c'est ce qui fait que vous avez plus de mal à le combattre, l'informa Rogue.

- Seulement à cause du stress ? Demanda Harry, sceptique.

- Oui. Je pourrais me lancer dans une explication sur la façon dont le corps répond au stress, mais je pense que votre intérêt en m'écoutant serait trop dangereux.

Harry ne put s'empêcher de rire, n'étant pas habitué au fait que Rogue sembla avoir un sens de l'humour en lui, enfoui quelque part.

- Contentons-nous de dire que oui, cela peut nuire à certaines fonctions immunitaires. Cela peut aussi retarder votre croissance et je suppose que ce n'est pas ce que vous voulez, surtout alors que vous êtes supposé bientôt subir une forte poussée de croissance.

Les yeux d'Harry s'écarquillèrent.

- Vous êtes sérieux ? Mais je suis déjà un des garçons les plus petits de mon année !

- Exactement, insista Rogue. Avec un régime correct et assez de nourriture, je pense sincèrement que vous grandirez rapidement, mais si vous continuez avec ce niveau de stress, vous resterez probablement à cette même taille.

Harry fronça les sourcils et se laissa aller contre les oreillers que Rogue avait installés pour lui.

- Bon, ça n'a pas d'importance de toute façon. Quand je retournerai chez les Dursley pour l'été, le régime et ce truc de quantité suffisante de nourriture ne marchera plus, alors je ne grandirai pas.

Rogue émit un léger son et se rendit à la cuisine pour demander que l'on apporte un peu de bouillon de poulet pour le garçon.