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Chapitre 4 :
Après une journée de marche, l'euphorie de Don et Charlie s'était estompée sous l'effet de la fatigue. Après avoir passé leurs premières heures de randonnées à plaisanter de bon cœur, les deux frères marchaient en silence. Leurs conversations se résumaient désormais en quelques mots, par-ci, par-là. Le sommet était en vue. Encore une heure d'efforts et ils seront arrivés. Arrivant au pied d'une pente raide, Don ralentit son pas afin de laisser son frère passé devant. La pente était aussi étroite si bien qu'il était impossible que deux personnes l'escaladent en étant côte à côte.
«Passes devant Charlie. Je n'aime pas te voir derrière. »
Charlie roula des yeux mais fit tout de même ce que son frère lui demandait : « Tu sais, Don, je n'ai plus dix ans. Je suis parfaitement capable de prendre soin de moi.»
Don perçut la tonalité bourrue de son petit frère et se rendait bien compte qu'il lui tapait sur les nerfs mais il était tout de même décidé à le faire passer devant.
« Je sais mais je préfère quand même te voir devant. Si jamais tu tombes, je veux pouvoir… »
« Don ! » Charlie n'essaya plus de cacher son agacement devant la surprotection de son grand frère. Depuis leur départ, ce matin, Don surveillait sans cesse où il mettait les pieds. Son regard était permanent et ses mises en garde fréquentes. Pour ne pas entrer dans une dispute, Charlie n'avait rien dit mais les limites de sa patience étaient largement dépassées. « Je jure, si tu n'arrêtes pas de jouer les mères poules, je…je… ! »
« Tu quoi ? » Demanda Don en faisant un écart pour que Charlie passe.
« Je…Je ne sais pas encore ce que je ferai mais il vaudra mieux pour toi que tu ne sois pas là lorsque je le saurai ! »
« N'empêche que tu m'obéis quand même ! »
Réprimant un soupir frustré devant la note de triomphe dans la voix de Don, Charlie gravit la pente d'un pas déterminé en prenant soin de ne pas se retourner pour ne pas en plus voir son sourire. Mais dans sa précipitation, il dérapa et un petit rocher pointu dégringola la pente pour atterrir, dans un rebond, sur le front de Don. En entendant le cri de douleur de ce dernier, Charlie se retourna et vit son grand frère se masser le crâne. Il hurla son nom en redescendant rapidement vers lui.
« Donnie ! Oh mon dieu ! Je suis vraiment désolé ! Je ne l'ai pas fait exprès. Mon pied a dérapé et… »
- « Ça va Charlie, c'est juste une bosse, » apaisa Don en se massant toujours la temple.
Charlie voulut tout de même vérifier, sachant très bien que son frère minimisait toujours la gravité de ses blessures. Don soupira mais le laissa faire. Sa temple droite était rouge et recouverte de fines éraflures. Une grosse bosse commençait à faire son apparition.
« C'est pas joli à voir, » commenta Charlie en passant délicatement ses doigts autour de la blessure. « C'est superficiel mais il faut quand même désinfecter. J'ai un antiseptique dans mon sac. »
« Non, ça ira. Je ne saigne même pas. »
« Peu importe. Il faut désinfecter Tu as de vilaines éraflures. » insista Charlie en enlevant son sac à dos. Il remarqua une grosse pierre et donna l'ordre à son frère de s'y asseoir.
Don leva ses mains en signe de démission et suivit l'ordre de son frère. « Toi aussi tu joues les mères poules. »
« Peut-être mais contrairement à toi je suis une mère poule à mi-temps. Je ne suis pas constamment derrière ton dos. »
- « C'est parce que contrairement à toi…Aïe ! » Don adressa un regard désapprobateur vers son frère qui venait de poser sans ménagement une compresse piquante sur son front. « Ça te tuerais d'être plus doux ?! »
« Fais pas ta chochotte. Et puis je te signale que si tu étais resté devant, tu ne ressemblerais pas à Elephant Man en ce moment. »
- « Excuses-moi de ne pas avoir pensé que mon frère voulait attenter à ma vie ! »
« Tout de suite les grands mots ! Je t'ai dit que je ne l'ai pas fait exprès !»
« Ouais, c'est toujours ce que les coupables disent lorsqu'ils ont ratés leurs coups, » grogna Don. « Aië !»
« Excuse-moi. »
Don n'en était pas sûr mais il pourrait jurer que le contact de Charlie devenait plus doux pour ne pas lui causer plus de douleur. Il risqua un regard sur son visage et y lut la culpabilité.
« Ça va, Charlie, je suis juste en train de te taquiner. Je sais bien que tu ne l'as pas fait exprès. »
« Tout de même, tu as une sacré bosse. Tu dois avoir mal ?»
Face à cette semi-question, semi-constatation, Don rentra aussitôt dans son mode « gros dur » et grimaça : « Nah ! Tu sais, on m'a tiré dessus, drogué, frappé, et on m'a même poignardé une fois, ce n'était pas très profond mais quand même, alors une bosse comme celle-là, ce n'est vraiment rien du tout. »
Charlie pâlit à la liste des mésaventures de son frère. « Tu vois, je crois que je suis comme papa. Pour ma tranquillité d'esprit, il y a certains aspects de ton travail que je préfère ignorer. » Il tamponna encore un peu la bosse avec la compresse puis libéra Don. « Voilà, j'ai enlevé toutes les saletés. Surtout, tu me le dis si tu commences à avoir mal à la tête, même si tu as eu pire. »
« Oui maman. »
Charlie eut un petit rire bêbête et poinçonna l'épaule de son frère. Il rangea la petite trousse de secours et enfila son sac à dos en regardant la pente devant eux.
« Bien, Don, si tu es prêt, allons-y. Passes devant.»
« Non, c'est toi qui passes devant. »
« Non c'est toi !
« Ce que tu peux être têtu !»
« Parce que toi tu ne l'es pas peut-être ! »
« Je ne bougerais pas tant que tu ne seras pas passé devant !»
« Pareil pour moi !»
Exaspéré, Don mit ses poings sur les hanches : « Bien, alors dis-moi comment on fait ?! »
NUMB3RS
Alan et Tommy profitaient du soleil de l'après-midi pour pêcher dans le port, sur le vieux ponton en bois, parmi d'autres pêcheurs. Alan n'était pas très rassuré. Il se demandait si le ponton était suffisamment solide pour supporter le poids d'autant de personnes. Leur pêche était infructueuse. Ils étaient là depuis deux heures et les deux frères n'avaient réussi à pêcher jusqu'ici que deux malheureux esturgeons, et c'étaient des petits. A cette allure là, il valait mieux ne pas avoir beaucoup d'appétit ce soir au dîner.
« Tu vois, Alan, le plus grand regret de ma vie est de ne pas avoir d'enfants. Betty aussi. Lorsque je vois la façon dont elle se comporte avec tes garçons, je me dis qu'elle aurait fait une mère merveilleuse.»
L'expression triste de Tommy peina Alan. Ce dernier pensa qu'il avait énormément de chance d'avoir Don et Charlie. Il n'imaginait pas sa vie sans enfants. C'était un cadeau de la vie dont son frère et Betty avaient été privés. Peu de temps après leur mariage, une grave maladie avait rendue Betty stérile. Les médecins lui avaient dit qu'elle devait abandonner tout espoir de maternité. Ils ne s'étaient pas trompés. Tommy et Betty s'étaient alors tournés vers l'adoption mais les procédures sans fin et surtout très coûteuses avaient aussi annihilés l'espoir d'avoir un enfant un jour.
«Si j'avais eu la chance d'avoir des enfants, j'aurais voulu qu'ils ressemblent à Donnie et Charlie. Toi et Margaret, vous vous en êtes bien sorti avec eux. Ce sont des hommes fabuleux.»
Alan eut une petite pincée au cœur. « Merci, mais ça n'a pas toujours été facile. Nous avons fait beaucoup d'erreurs Margaret et moi. Mes enfants étaient les premiers à en souffrir. Donnie en particulier. J'aurais dû être plus présent pour lui.»
« Ne te fais pas de reproches, Alan. J'imagine qu'avoir un génie pour fils n'est facile pour personne et que ça a dû être un défi de tous les instants mais vous l'avez relevé à merveille. Donnie est un garçon intelligent. Il a toujours compris les besoins de son frère.»
« Je sais qu'il a toujours compris mais, encore aujourd'hui, j'ai mal pour lui. »
« Nous faisons tous des erreurs que nous regrettons. Tu n'es pas le premier et tu n'es pas le dernier à qui ça arrive. Aujourd'hui, Donnie et Charlie sont inséparables. C'est tout ce qui compte. » Oncle Tommy tira sur sa canne à pêche, croyant avoir une touche mais ce n'était qu'une fausse alerte. Il soupira et reposa la canne. « Au fait, ils seraient peut-être temps qu'ils fassent de toi un grand-père ! »
Alan se mit à sourire de toutes ses dents. « Je vais t'avouer un secret Tommy. Je pense que ça arrivera plus tôt que tu ne le penses. »
- «Un bébé est en route et tu ne me l'a pas dit ?! » S'exclama Tommy en ignorant les protestations des autres pêcheurs qui lui faisaient signe de crier moins forts pour ne pas faire peur aux poissons. Déjà qu'ils se faisaient rare.
« J'aimerais bien mais non, il n'y a aucun bébé pour le moment. Ce que je veux dire c'est que Charlie et Amita sont désormais à un stade très avancé dans leur relation. Amita a une clé de la maison et j'ai rencontré ses parents. Ils ont même donnés leur bénédiction. Je sais bien que la bénédiction des parents ne compte plus de nos jours mais c'était très important pour Amita que ses parents acceptent son fiancé. Et je dois dire que ça me soulage de savoir qu'ils apprécient mon fils. Ils étaient réticents au début parce que nous ne sommes pas indiens mais ils ont tout de même fini par accepter Charlie. »
« Encore heureux qu'ils l'aient accepté ! Sinon je serais allé leur dire deux mots, moi, aux Ramanujan ! »
« Tout ça pour te dire, qu'à mon avis, je ne dois plus attendre très longtemps avant d'être enfin grand-père. Et le plus beau dans tout cela, c'est que Donnie emprunte le même chemin. Il parait qu'il a dit à Robin qu'il était prêt à aller plus loin. »
« Où ça ? »
« Dans leur relation, pardi ! Il parait aussi que Robin a remis une épingle à cheveux dans l'un des tiroirs de la commode se trouvant dans la chambre de Don. »
« Qu'est-ce que ça veut dire ? »
« Je ne sais pas mais il parait que c'est bon signe.»
« Ils sont compliqués les jeunes de nos jours. Dans notre temps, c'était plus simple. Tiens, regarde moi et Betty. Nous n'y sommes pas allés par quatre chemins. Je la voulais, elle me voulait, elle a dit oui et on a conclu. »
« Tu as toujours été un grand romantique, Tommy, » observa ironiquement Alan en mettant un autre hameçon au bout de sa ligne. « La première fois que j'ai vu Margaret, j'ai tout de suite su que je voulais passer ma vie avec elle. »
« Si je me souviens bien, vous vous êtes rencontrés au travail. »
« Oui, en allant déjeuner. Je travaillais sur un projet de chantier à proximité du cabinet d'avocat où elle travaillait. Et le midi, nous allions manger à la même cafétéria. Elle déjeunait tous les jours avec ses collègues mais un jour elle était seule. Ce jour-là, je n'ai pas laissé filer ma chance et je me suis assis à sa table. Je suis plutôt du genre timide avec les femmes mais je sentais que je pouvais être à l'aise avec elle. Je me suis présenté et je lui ai dit que j'étais amoureux d'elle et que je voulais qu'elle soit la mère de mes enfants. »
« Tu es pire que moi ! Moi, au moins, la première fois que j'ai abordé Betty, j'avais une rose à la main et nous étions sur une piste de danse. Il avait fallu pas moins de trois rendez-vous galants avant que je lui dise qu'elle était l'amour de ma vie.»
« Même aujourd'hui, je me demande comment j'ai pu être aussi direct. Jamais je n'avais fait ça et jamais je ne me serais douté que j'en étais capable ! J'étais certain qu'elle allait me gifler et me traiter de cinglé mais au lieu de cela, tu sais ce qu'elle a dit ? »
« Non, » répondit Tommy alors pourtant qu'il connaissait déjà l'histoire par cœur.
« Elle m'a regardé droit dans les yeux et m'a avoué qu'elle se demandait quand j'allais enfin trouver le courage de venir lui parler. Elle m'avait aussi remarqué mais elle attendait que je fasse le premier pas. Je ne l'ai jamais su mais je pense que ce n'était pas anodin si elle déjeunait seule ce jour-là. Six mois plus tard, nous étions mariés et nous attendions Don. Et cinq ans plus tard, Charlie complétait la famille.
Tommy regarda son frère et s'aperçut que ses yeux brillaient. « Elle te manque énormément. »
La gorge douloureuse, Alan acquiesça de la tête en s'efforçant de ne pas laisser couler ses larmes. « Terriblement. Heureusement que j'ai mes garçons. Sans eux, je ne sais pas si j'aurais survécu à sa mort. »
Oncle Tommy remonta sa ligne et tapota l'épaule d'Alan en signe de réconfort. « Il commence à se faire tard, rentrons. » Il regarda leur seau. Deux poissons seulement. Il soupira de dégoût et rejeta les poissons dans l'eau. « J'ai comme l'impression que nous allons rendre visite au poissonnier. »
NUMB3RS
Après avoir finit de planter la tente et installer leur petit campement, Don s'accorda une pause et grimpa sur un rocher afin d'avoir un peu plus de hauteur pour mieux apprécier la vue. L'endroit n'avait pas changé. Toujours autant exposé au vent du Nord mais toujours aussi beau. Le Mont offrait une magnifique vue sur l'océan au Nord, d'où le vent, à une petite dizaine de kilomètres à vol d'oiseau et une superbe vue sur le sommet des énormes sapins dans le contrebas, donnant l'impression d'être sur un grand tapis vert foncé. Tous les étés, lorsqu'il était enfant, puis adolescent, son père et son oncle l'emmenait avec Charlie campé ici. Cela faisait presque deux décennies maintenant et pourtant Don avait l'impression que c'était hier. Des souvenirs de ces périodes lui revinrent en mémoire. Il les laissa l'emporter mais il fut vite rattraper par le cri paniqué de son frère.
« Don ! Au secours ! Don ! »
Alarmé, Don sauta de son rocher et courut en direction de son frère qui était resté auprès de la tente.
« Quoi ?! Qu'est-ce qu'il y a ?! » Demanda-t-il en cherchant autour de lui la raison de la panique de Charlie.
D'un doigt tremblant, Charlie désigna l'entrée de la tente. « Là ! Oh mon dieu, Donnie, je crois que je vais m'évanouir. S'il te plaît, fais quelque chose. »
Don s'approcha de la tente et vit ce qui faisait peur à son frère. Un serpent était en train de se faufiler dans un sac de couchage.
« Calmes-toi, Charlie, c'est juste un python royal. »
« Quoi ?! Comment ça C'EST JUSTE un python royal ?! Et en plus il est dans MON sac de couchage !»
« Ce n'est qu'un bébé. Il mesure à peine un mètre. Il cherche simplement la chaleur en se mettant sous les couvertures.»
Don entra dans la tente et retira doucement le serpent du sac de couchage.
« Fais attention, Don ! » Déjà loin de la tente, Charlie se recula encore plus.
Don sortit de la tente et brandit le serpent en direction de son frère. «Il n'est pas venimeux, Charlie. Approches-toi. Viens voir comme il est beau. »
« Jamais de la vie ! Jamais je ne m'approcherais de cette créature immonde. Tues-la ! »
« Non mais t'es malade ! Je ne vais pas le tuer ! Regarde-le comme il est mignon.»
« Comment peux-tu qualifier cette chose immonde de « mignon » ?! »
Charlie recula encore en voyant son frère s'avançait vers lui, le serpent dans ses mains. « Ah non, ne t'approches pas ! »
Don s'arrêta en remarquant que la phobie de Charlie était plus que sérieuse. « Tu n'as vraiment rien à craindre, Charlie. Ce serpent est aussi inoffensif qu'un chaton. Au vu de son comportement, je suis prêt à parier qu'il est domestiqué. Il devait appartenir à ces gens idiots qui achètent des animaux sauvages sur un coup de tête et les lâchent ensuite dans la nature lorsqu'ils grandissent et se rendent compte qu'ils ne peuvent plus les garder. C'est une honte. On devrait les enfermer ces gens-là.»
Don secoua la tête en s'éloignant du campement pour relâcher le serpent. « Ce genre de serpent vit en Afrique. Il ne trouvera jamais la chaleur qu'il lui faut ici. Il ne survivra pas longtemps. »
« Il ne va pas revenir ? »
- « Avec le boucan que tu as fait, il n'est pas prêt de revenir s'aventurer par ici. Il a eu aussi peur que toi. Dis-donc, je croyais que tu n'avais plus besoin de moi ?»
Essayant de reprendre un peu de dignité, Charlie revint vers la tente, la tête haute. «C'était une circonstance exceptionnelle. Ça ne compte pas. »
« Ne bouges plus, Charlie ! »
Charlie resta gelé sur place, un pied en suspend. « Qu'est-ce qu'il y a ?! »
- « Ne fait aucun geste brusque. »
« Mais qu'est-ce qu'il y a ?! Tu me fais peur, Don. »
N'osant pas faire le moindre petit mouvement et essayant tant bien que mal de garder son équilibre, Charlie observa dans la crainte Don s'approchait avec prudence.
« Il y a un serpent juste sous ton pied. Ne bouge surtout pas.»
Les cheveux de Charlie se hérissèrent et un frisson glacial parcourut tout son corps. Paniquant de plus belle et oubliant le peu de sang froid qu'il avait réussi à contrôler, il se mit à hurler et partit en courant dans la direction opposée de son frère.
Don éclata de rire en voyant Charlie s'éloigner aussi vite. Il ne l'avait jamais vu courir aussi vite. Sa première pensée était de lui crier de courir encore plus vite pour ne pas que le serpent le rattrape mais il se culpabilisa tout de même de sa mauvaise plaisanterie.
« Reviens Charlie ! C'est une blague ! Je te promets qu'il n'y a plus de serpent ! »
NUMB3RS
Lorsque Alan et oncle Tommy rentrèrent à la maison, après un arrêt chez le poissonnier, tante Betty écoutait les informations à la télévision. Les deux frères déposèrent leur attirail de pêche sur la table et s'approchèrent. A l'écran, un reporter, en direct d'Orlando en Floride, faisait un compte rendu des dégâts occasionné par le passage de l'ouragan Cristobal. A l'arrière plan, les maisons détruites, les poteaux électriques couchés et les arbres déracinés témoignaient de la violence de l'ouragan.
L'ouragan Cristobal a frappé Orlando cette nuit, à onze heures, heure locale. Son œil est large de quarante kilomètres et ses vents ont atteints les 280 km/h ! Au large, des vagues de 11 mètres ont pu être observées. C'est l'ouragan le plus meurtrier que la Floride ait jamais connu. A l'heure où je vous parle, le bilan indicatif des victimes fait part de plus de trois cents personnes décédées, la plupart noyée sous les trompes d'eau. Il y aurait au moins plus de deux milles personnes sinistrées. Ces dernières sont en ce moment hébergées dans des centres et foyers d'accueil mis en place dans les villes et Etats voisins. C'est un bilan évidemment très lourd mais qui aurait pu être beaucoup plus important si les pouvoirs publics n'avaient pas procédés à une évacuation toute la journée d'hier. Mais malheureusement, tout le monde n'a pas pu être évacué à temps.
Tante Betty haleta en portant sa main à sa bouche : « C'est horrible. Ces pauvres gens ont tout perdu. Pourquoi la nature est-elle aussi cruelle ? »
N'ayant pas de réponse satisfaisante à offrir, Alan et oncle Tommy gardèrent le silence et retournèrent leur attention sur le reporter qui peinait à rester dans le champ de la caméra à cause des bourrasques de vent qui étaient encore très fortes.
C'est la désolation ici. Orlando est une petite ville. Elle n'est pas préparée à faire face à un ouragan d'une telle ampleur. Les forces de police sont dépassées par l'événement et des pillards profitent de cette désorganisation.
- « Il faut toujours que des imbéciles profitent du malheur des autres ! » Grommela oncle Tommy, écœuré.
Les services de secours des villes voisines arrivent en renfort. Ils devraient être ici en fin de matinée.
Le reporter s'arrêta de parler un instant pour écouter par le biais de son oreillette la question posée par le présentateur du journal télévisé.
Non, l'ouragan ne perd pas en intensité. Bien au contraire, il ne fait que se renforcer et se dirige vers le Nord. Selon les météorologues, il devrait toucher les côtes de la Caroline du Sud dans la nuit. Toute la côte Est des Etats-Unis est en état d'alerte maximale.
- « Vous pensez que l'on doit s'inquiéter ? » Demanda Alan en pensant à ses garçons là-haut dans la montagne.
Tante Betty et oncle Tommy ne surent pas quoi répondre. Ils n'avaient jamais vu d'ouragan dans le Maine mais cet ouragan Cristobal ne cessait de contredire toutes les prévisions. Tante Betty repensa au vieux Grissom et à ce qu'il lui avait dit.
- « L'autre jour, chez Rosie, le vieux Grissom disait qu'un ouragan allait s'abattre sur Cap Clare. Je sais qu'il n'a pas toute sa tête mais d'après ce qu'ils disent aux informations, je me pose des questions. »
« Le vieux Grissom est un fou. Nous ne devons pas accorder trop de crédit à ce qu'il raconte, » bougonna Tommy en posant une main sur l'épaule de son frère. « Alan, pour le moment, je ne pense pas qu'il y ait lieu de s'inquiéter. Nous allons surveiller la météo et s'il s'avère que l'ouragan s'approche de nous, alors nous avertirons Donnie et Charlie pour qu'ils reviennent. »
Alan regarda pensivement la fenêtre qui donnait sur le Mont Chester. Après un petit instant de réflexion, il acquiesça : « Tu as raison. Pour l'instant, rien ne nous dit que nous sommes effectivement menacés. Mais si c'est le cas, j'espère qu'ils auront assez de signal pour que nous puissions les joindre. »
A suivre
