Chapitre 3 – Zootopie

J'avançais d'un pas lent dans le couloir de l'académie. En face de moi, les cadets se pressaient les uns contre les autres, se bousculant sans ménagement pour être les premiers à connaître les résultats. Les plus grands essayaient de voir par dessus les plus petits. Et les plus petits résistaient de toutes leurs forces pour apercevoir les listes accrochées en hauteur sur le mur. Le tout dans une sorte de manège chaotique emplie des cris de protestations et des exclamations de surprise des mammifères.

Je restais plantée là, laissant l'angoisse m'envahir. Et si je n'étais pas la major de promo ? Et si j'avais perdu contre Ramsay ? Je devrais alors dire devant tous les cadets que je ne suis qu'une lapine stupide, et je n'aurais pas fais aussi bien que tante Judy. Pire encore, et si je n'étais pas prise au poste central de Zootopie ? J'imaginais déjà le sourire goguenard du tigre et son air victorieux. Et la honte que j'allais ressentir de dire que je n'étais qu'une lapine décérébrée bonne qu'à planter des carottes dans sa campagne... Il fallait que j'avance, le résultat ne changera pas à présent, peu importe si je m'inquiète ou non, inutile d'attendre en rongeant mon frein éternellement.

Je parvenais à me frayer un chemin entre les jambes des cadets qui s'étaient calmés et qui formaient maintenant un cercle hermétique autour des listes. Ramsay était déjà là, immobile devant le classement, je n'arrivais pas à voir son visage. L'inquiétude grandissait en moi lorsque je me tournais vers Shepard, lui aussi avait réussi à passer le mur de recrues. Je le dévisageais dans l'espoir d'y voir un large sourire de crocs, qui m'aurait indiqué que c'était bon, tout allait bien. Mais il ne m'offrit qu'un rictus qui trahissait son inconfort et un regard fuyant. J'oubliais tout ce qu'il se passait autour de moi, n'entendant plus que les battements de mon cœur. J'avais l'impression que le temps tournait au ralentit, comme si mes membres étaient engourdis et que le silence tombait sur ce couloir. Je contournais le tigre qui me cachait la liste pour aller à ses côtés et voir enfin le premier nom qu'il y avait tout en haut de cette feuille.

Mes oreilles tombaient mollement dans mon dos, ce n'était pas un nom que je voyais, mais deux...Peter Ramsay et Elise Hopps.

"Ex æquo..." Soufflais-je d'une voix faible. Je regardais cette feuille de papier accrochée au mur. Cette toute petite feuille, minuscule, futile, insignifiante ! Cette feuille venait de briser tous mes espoirs d'être la major de promo. C'était un rêve d'enfant qui mourrait, et je le sentais s'effacer lentement en moi puis s'évanouir. Je levais les yeux vers le tigre pour voir sa réaction. Sa mâchoire pendait légèrement dans le vide et son regard me faisait comprendre qu'il ressentait la même chose que moi. Il baissait la tête vers moi, et, pour la première fois depuis six mois, je n'y voyais aucune animosité, juste de la déception.

"Du coup, qui a gagné le pari ?" Demanda une des recrues.

"Bah ouai on fait comment pour savoir qui a gagné ? Et nos paris à nous aussi ?"

"Bah ils ne sont pas major de promo, il ne peut y en avoir qu'un, alors ils ont tous les deux gagnés."

"Ou tous les deux perdus."

Je ne les écoutais plus et sorti de ce cercle pour rejoindre mes amis qui avaient déjà vu leur place dans le classement, je n'y avais pas prêté attention lorsque j'étais devant la liste, trop dégoûtée pour penser à autres chose qu'à ma déception.

"Félicitation ma petite Elise !" Me congratula Carrie en me frottant énergiquement le sommet de la tête entre les deux oreilles. "T'es arrivé première au final !"

"Je ne sais pas si on peut vraiment dire ça..." Répondis-je en levant les épaules. "Et vous, quelle est votre place dans le classement ? Bonne j'espère !" Je forçais un sourire. J'aurais été la pire des amies si je ne m'étais pas souciée de leurs places à eux.

"Tu vas pas le croire !" s'exclama Alice d'une voix enjouée. "Léna, Carrie et moi nous sommes les troisième, quatrième et cinquième dans le classement, juste en dessous de Peter et toi, il n'y a pas de deuxième place comme vous êtes tout les deux premiers."

"Et moi je suis juste derrière, le sixième du classement." Ajouta Shepard.

"Mais c'est super ça !" J'espérais que ma voix ne sonnait pas faux.

Les cadets avaient fini par tous voir leur place dans le classement, cependant ce dernier s'arrêtait à trente sept places. Trois recrues n'avaient donc pas réussi leur cycle. Je ne savais pas si c'était beaucoup ou pas. Mais j'avais de la peine pour eux. Je restais aux côtés de mes amis tandis que la Major Friedkin venait à la rencontre des cadets, un calepin dans les pattes, sa casquette toujours visée sur la tête, même à l'intérieur du bâtiment. Un sourire satisfait étirait ses lèvres.

"Les cadets, je suis fière de vous ! Vous avez travaillé dur pendant ces six mois à l'académie et vous voilà récompensés, vous êtes de vrais policiers à présent. Je suis désolé pour les trois d'entre vous qui n'ont pas réussi leur cycle, mais vos notes étaient trop insuffisantes, et il aurait été dangereux pour vous comme pour les citoyens de vous envoyer sur le terrain dans ces conditions. Vous pourrez cependant retenter votre chance l'année prochaine, en espérant que vous réussissiez si c'est ce que vous comptez faire. Pour tous les autres, il est temps de choisir votre poste de polices, les premiers du classements choisissent en premier, et les derniers en dernier. Vous savez comment les choses se passent."

La Major se dirigea vers les listes, tous les cadets s'écartèrent pour la laisser passer. Le couloir était emplie des voix des recrues qui se demandaient dans quel poste de police ils aimeraient travailler. Demandant à leurs amis où est-ce qu'ils pensaient être affectés, souhaitant rester ensemble.

"Je sais que le poste de police central ne prend jamais beaucoup de cadets." Dis-je à mes amis en me retournant vers eux. "Je ne pense pas qu'il y aura assez de place pour nous cinq là-bas."

"C'est vrai Elise, mais nous resterons quand même en contact une fois qu'on sera à la capitale. On se serrera les coudes dans cette grande ville." Me répondit Léna avec un sourire, ses paroles me réchauffaient le cœur.

"Vous le savez sans doute." Reprit la Major. "Mais depuis sept ans notre pays est régit par la loi martiale, et la police collabore avec l'armée pour assurée la sécurité de Zootopie et de tout le territoire. Cet état d'exception nous offre un meilleur soutient contre les attaques des reptiles à l'intérieur du pays et un meilleur matériel, les deux institutions ayant partiellement fusionnées. Cette année, l'armée a décidé de prendre huit recrues pour la brigade d'intervention spéciale. Vous ferez parti de la police mais serez dirigés par l'armée, vous devrez suivre une formation de deux mois et aurez accès au matériel militaire. Le reste de la promotion sera repartit dans les différents postes de police de Zootopie. Et je sais déjà quelle question vous brûle les lèvres, le poste principal de Savannah Central m'a informé qu'il ne prendrait que trois recrues cette année."

Les conversations redoublèrent d'intensité.

"On aura pas les places au poste central, mais on peut toujours rejoindre la brigade spéciale" disait un des cadets.

"Ouais mais c'est plus dangereux, on est en première ligne." Répondit un autre.

"Vous en pensez quoi vous ?" Demandai Léna. "Les places au poste central coûtent chère."

"Je me verrais bien rejoindre la brigade spéciale moi, ça pourrait être amusant." Dit Carrie en se tapotant le menton. "On pourrait y aller tous les cinq en plus, vu qu'il y a huit places."

"Je ne sais pas trop..." Répondis-je. "Même si la brigade spéciale fait partie de la police, c'est un corps de l'armée déguisé, je me suis engagée dans l'espoir de rejoindre le poste de police central, je n'ai pas envie de faire partie de l'armée."

"Moi je suis partante, Carrie." Lança Alice pour remonter le moral de la tigresse, qui essayait difficilement de ne pas avoir une mine maussade suite à ma réponse. "On n'en n'a pas fini avec les cours, mais la brigade offre de possibilités intéressantes, j'ai bien envie de devenir un sniper."

"Quoi on peut devenir sniper avec la brigade spéciale ?" S'exclama précipitamment Léna. "J'en suis ! On signe où ?"

"Et toi Shepard ? Qu'est ce que tu fais ?" Demanda Carrie au canidé aux yeux gris.

"La brigade spéciale peut être amenée à aller au front, c'est déjà arrivé par le passé, et je n'ai pas trop envie d'y aller moi. Si toutes les trois vous rejoignez la brigade, faites bien attention à vous." Dit-il une lueur inquiète dans les yeux. "Quant à moi, je viendrais avec toi Elise, je ne vais pas te laisser aller toute seule au poste central, tu auras besoin d'un coéquipier qui connait déjà la ville."

Un large sourire illumina mon visage, et celui-ci n'était ni forcé, ni crispé. C'était un sourire sincère. J'étais heureuse de savoir que Shepard viendrait avec moi à Zootopie. J'avais bien fais de m'entraîner avec lui pendant ces cinq mois, il était devenu un excellent ami. Et pendant les entraînements je me suis rendu compte qu'il avait déjà beaucoup de potentiel, il manquait juste de confiance en lui. Savoir que je continuerais de le voir tous les jours me faisait chaud au cœur, j'aimais passer du temps avec lui, il avait toujours quelque chose d'intéressant à dire et il me faisait rire lorsqu'il ne comprenait pas le second degré.

Par contre, savoir que je ne verrais plus Carrie, Léna et Alice chaque jours m'attristais. Je m'étais beaucoup attachée à elles pendant ces six mois, elles étaient toutes d'excellentes amies elles aussi, leur énergie et leur humour me manqueront au quotidien. Mais je ferais tout pour leur parler et les voir le plus souvent possible.

"Moh c'est trop mignon !" s'exclama Carrie en faisant la moue. "T'es adorable Shepard à te soucier de nous toutes !" Elle se retourna vers moi et me fit un clin d'œil remplie de sous-entendu. "Occupe toi bien de Mister Fluffy Butt au poste principal" Me chuchota t-elle.

Je tournais la tête pour ne pas que les autres ne me voient rougir, tandis que Shepard protestait.

"J'ai entendu !" s'écria t-il, les oreilles rabattu vers l'arrière, une mine gêné sur le visage. "Et...Et c'est quoi ce surnom que vous m'avez donné ! Et c'est normal de se soucier de ses amies."

Carrie éclata de rire et prit les joues du chien entre ses pattes et s'amusa a tirer dessus dans tous les sens alors qu'il se plaignait de ce traitement. Mais les mots qui sortaient de sa bouche étaient incompréhensibles, ce qui arracha un nouveau rire à la tigresse. Le regard blasé de Shepard trahissait son habitude face à ce comportement. Il n'essayait même plus d'empêcher Carrie de lui tirer les joues comme il le faisait au début. Maintenant il restait juste là, les bras ballants, à attendre qu'elle ait fini pour pouvoir se masser ses joues endoloris après avoir été malmenées de la sorte.

"Ah...je vais regretter de ne plus pouvoir faire ça..." Lui susurra t-elle.

"Peter ! Elise !" Appela la Major. "Vous êtes arrivés les premiers au concours, vous choisissez donc votre affectation en premier."

"En parlant de ça Major Friedkin." Dis Ramsay en s'avançant vers l'ourse polaire. "Pourquoi est ce que l'on est tous les deux premiers, il n'y a pas de major de promo dans ce cas là."

La Major soupira.

"Vous êtes tous les deux premiers parce que vous avez tous les deux obtenus la même moyenne dans toutes les matières, impossible de vous départager, on n'avait jamais vu ça à l'académie. Le corps enseignant et moi-même avons donc décidé de vous donner la première place ex æquo, il aurait été injuste pour l'un de vous deux de ne pas être premier."

"Mais du coup, aucun de nous n'est le major de promo ?" Demandais-je en les rejoignant tous les deux.

"Techniquement, le major de promo est celui qui est arriver premier à un concours, vous êtes tous les deux arriver en premier, nous avons consulté la haute administration, ils étaient favorable à cette solution. Vous n'avez plus qu'à partager ce titre, nous ne pouvons faire autrement."

Je voulais protester, dire que c'était injuste, que l'on devait changer ça. Qu'ils nous fassent repasser des épreuves pour nous départager. Mais il était trop tard pour changer le résultat du classement à présent. Surtout si les résultats avaient déjà été validés par la haute administration de la police.

"Et pour le pari ?" Demanda un des cadets à un autre.

Ah ! Ce maudit pari, ils n'avaient que ça en tête ou quoi ? J'avais envie de leur sauter dessus, leur mettre une gifle et leur dire tout ce que je pensais de ce pari à présent. Ce pari a plus été une source d'anxiété à mes yeux pendant ces six mois qu'une source de détermination. J'avais eu peur à plusieurs reprises de le perdre et d'être rabaissée devant tous les cadets. Et au fond de moi je le savais, si j'étais déterminée à le gagner, c'était surtout pour humilier Ramsay, ce n'était pas un comportement noble. Alors je ne voulais plus entendre parler de ce pari, qui n'était qu'un jeu pour eux, et une torture pour moi. Si je revoyais Livèrn à Zootopie, je vais lui en toucher deux mots, lui et ces idées stupides !

Je me retenais de hurler toute ma frustration. Il fallait que je me calme, du calme Elise...tu t'énerves et ce n'est pas le moment...oublie tout ça. C'est comme si tu étais major de promo au final, la Major Friedkin te l'a confirmé. Donc en fin de compte, tu as fais honneur à ton nom, papa et maman seront fiers de toi, tu vas aller à Zootopie, et tu vas pouvoir poursuivre le rêve de tata Judy.

Ramsay baissa a nouveau les yeux vers moi, toujours sans la moindre trace de colère, c'était surprenant, je n'étais jamais arrivé à l'imaginé autrement qu'avec un regard noir ou supérieur. Maintenant, ses yeux verts étaient juste fatigués. Il était dans le même état que moi au final, dégoûté de ne pas pouvoir dire "Je suis le major de ma promotion à l'académie de police" maintenant nous devions rajouter "ex æquo" dans ce titre.

"On annule le pari ?" lâcha t-il d'une voix lasse.

"A part si tu veux qu'on se dise mutuellement qu'on est des idiots..." Répondis-je sur un ton plus ironique.

"Je préfère éviter."

J'avais l'impression de découvrir une nouvelle personne, ce pari avait dû être encore plus anxiogène pour lui que pour moi. Ça aurait pu expliquer son comportement. S'il avait perdu contre moi, il aurait été humilié, non seulement par le pari, mais aussi et surtout pour avoir perdu face à une lapine. Je me souvenais de la discussion que j'avais eu avec Shepard il y a longtemps. Les mâles se traitent de faibles entre eux s'ils perdent contre un mammifère plus petit, encore plus si c'est une femelle. Quelle mentalité stupide...

La major toussa pour ramener notre attention sur elle.

"Alors ? Peter ? Elise ? Quelle affectation souhaitez vous ?"

"Le poste central." Répondis-je à l'unisson avec Ramsay. Je relevais la tête brusquement, les yeux écarquillés. Pourquoi il n'avait pas demandé à rejoindre la brigade spéciale ? Il allait devenir mon collègue à Zootopie maintenant. Oh nan...j'allais le voir tous les jours ? Ce n'était pas une perspective réjouissante. J'avais oublié que Ramsay pouvait préférer le poste central plutôt que l'armée.

"Bien, c'est noté. Alors ensuite la troisième recrue est..." Elle regarda sur la liste et appela Carrie, tandis que je revenais vers les trois autres.

"Peter a l'air moins agressif maintenant..." Me confia Shepard en se penchant vers moi, nous fixions tous les deux le tigre.

"Il va devenir notre collègue au poste central, j'espère bien qu'il sera moins agressif, attendons de voir si ça va durer." Je me retournais vers lui pour fixer ses yeux gris. "Je suis contente d'y aller avec toi, je vais enfin voir de mes yeux la ville dont tu m'as tant parlé." Il me donna un grand sourire tout en crocs, lui aussi était heureux de rejoindre le poste central.

"Oui, c'est grâce à toi si j'en suis là, je te remercie. Sans ton aide, je n'aurais peut être pas réussi ce concours."

"Je te l'ai déjà dis Shepard, tu te sous estime trop. Tu avais largement le potentiel pour réussir ce concours, peut être même que tu serais arriver à cette place même sans mon aide." Je levais mon pouce en l'air et je continuais avec un grand sourire peint sur les lèvres. "Nous commençons notre travail de policier dans deux semaines, je serais heureuse de te retrouver à Zootopie."

Il me regarda étonné, puis me rendit mon sourire.

"Oui ! Je suis sûr que l'on va faire une bonne équipe à la capitale !"

La major appelait tour à tour les recrues selon leur place dans le classement, Carrie, Léna et Alice avaient choisi de rejoindre la brigade spéciale et Shepard prenait la troisième et dernière place au poste central. Le cadet qui passait après lui poussa un soupir de désespoir, pensant que Shepard aurait pu choisir la brigade aussi et qu'il aurait eu la place au poste central. Les cinq dernières places pour la brigade partirent tout aussi rapidement que celles pour le poste central et il ne restait plus que les places pour les postes de Rainforest, Tundratown, Sahara Square, Oasis Bay et l'Outback Island. Le quartier de la nuit ayant son propre commissariat composé uniquement de policiers qui étaient des mammifères nocturnes. Et le quartier de Little Rodentia quant à lui n'en possédais pas. Je me penchais vers Shepard.

"Les Docks n'ont pas de commissariat non plus ?"

"Nan." Me dit-il a voix basse, le couloirs étant très silencieux pendant l'affectation des places. "Le commissariat a été fermé là-bas, c'était trop dangereux pour les policiers. Il y a eu quelques attaques de gangs pendant les patrouilles et si je me souviens bien trois policiers sont morts en essayant d'intercepter des membres de la mafia. Crois moi, on ne plaisante pas avec la mafia de Zootopie, ces types sont des dingues. J'ai entendu dire que le parrain de la mafia plongeait ses ennemies dans un bain d'azote liquide pour les congeler. Maintenant c'est des patrouilles de l'armée qui font des rondes dans le quartier, et ils sont très bien équipés, personnes n'oseraient s'en prendre à eux."

"Je ne sais pas si je trouve ça rassurant ou pas, plus tu me parles de cette endroit et plus je me demande comment tu as fais pour y survivre. Et en plus ton caractère est très différent de celui d'un mammifère qui aurait grandit là-bas."

"Je n'ai pas toujours été comme ça tu sais." Me dit-il avec un léger sourire.

"Ah oui ?" Il hochait la tête de haut en bas.

"Et tous les mammifères qui vivent aux Docks ne sont pas des criminels et des tueurs, la très grande majorité sont des citoyens normaux, c'est juste qu'on ne retient que la partie plus sordide. Tu peux te rendre dans les Docks si tu veux, tu n'y seras pas importunée, mais évite juste de le faire la nuit." Il s'arrêta et réfléchis quelques instants. "Tu devrais peut être aussi éviter d'aller dans la zone portuaire du quartier. Le sang des poissons qu'on pêche dans le lac coule à flot dans les rigoles, je ne pense pas que tu ai envie de voir ça." Il prit à nouveau une pause et rajouta "Et maintenant que j'y pense, évite le quartier rouge, je ne crois pas que tu ai envie de te retrouver au milieu des prostitués." Je prenais une mine dépitée m'attendant à toujours plus d'avertissements et d'endroits où il ne fallait pas que je me rende. "Mais à part ça tu peux te rendre dans les docks hein, le quartier à son charme." Conclu t-il d'une voix joyeuse.

"Oui, j'en suis certaine..." Répondis-je, un sourire hésitant collé sur le visage.

Nous attendions en silence que chaque cadets choisissent son affectations à Zootopie, même si, au fur et à mesure, il y avait de moins en moins de choix. Après avoir écrit le dernier nom de la liste sur son calepin et le poste qui lui était affecté, la Major se retourna vers nous.

"Je vais sans doute me répéter, cadets. Mais je suis très fière de vous. La remise de vos plaques se déroulera dans trois jours, vos familles ont été prévenues et invitées pour l'événement. Un uniforme de police vous attend dans vos dortoirs, je sais que vous allez vous empresser de les essayer. Ce sont les tenues que vous devrez mettre pour la remise des diplômes, je compte sur vous pour bien vous tenir. J'ai l'impression de parler à des enfants de cinq ans quand je dis ça mais je vous connais, et vous savez vous montrer intenable quand vous vous y mettez." Dit-elle sur un ton léger, ce qui fit rire l'assemblée. "Je vous dis cela car nous avons été prévenu que le maire de la ville de Zootopie, monsieur Waldhirsh sera présent. Et bien entendu une équipe de journaliste de ZNN sera là aussi pour couvrir l'événement. Vous avez donc intérêt à afficher un comportement exemplaire et faire honneur à notre académie."

Le silence qui régnait dans le couloir depuis plusieurs minutes laissait maintenant place à un brouhaha. La nouvelle de la venue du maire ainsi que celle de l'équipe de ZNN ne laissait personne indifférent. Les cadets étant tous excités à l'idée de passer à la télévision, et encore plus en sachant qu'ils seraient filmé en train de se faire décorer par le maire de la ville. Les réflexions enthousiastes fusaient de toutes les bouches, "on va devenir des stars !" se disaient certains, "J'ai toujours voulu passer à la télé !" s'exclamaient d'autres.

"Les pauvres, s'ils savaient." Commenta Shepard. "Lorsque la ZNN vient faire un reportage sur la remise des plaques à l'académie, il n'est jamais très suivit."

"Ils vont être déçu." Répondis-je avant de me retourner vers eux, la mine surexcitée. "Hey ! Allons essayer nos nouveaux uniformes ! J'ai envie de voir à quoi on ressemblera avec !"

"Je me demandais combien de temps tu allais pouvoir te retenir avant de foncer l'enfiler." Ria Carrie.

"Vous êtes en quartier libre jusqu'à Jeudi" Nous informa la major. "Vous pouvez faire ce que vous voulez d'ici la remise des diplômes, mais n'abîmez pas vos nouveaux uniformes !"

On aurait dit qu'elle réprimandait une bande d'enfants, j'avais presque envie de lui répondre "Oui maman !". Je me précipitais vers nos dortoirs, et, devant le manque de zèle de mes amis, je les tirais par la patte pour qu'ils avancent plus vite. Arriver dans le couloir qui menait à nos chambres, je poussais Shepard vers le dortoir des garçons en lui disant de vite mettre son uniforme. Je voulais voir à quoi il ressemblerait avec. Je poussais ensuite mes trois autres amies à l'intérieur de notre chambre, ce qui était difficile vu leur taille. A peine passer le pas de la porte, je sautais sur un des lits, cherchant des yeux où se trouvait mon uniforme. Carrie, Léna et Alice me regardait avec un mélange d'amusement et d'inquiétude. J'étais hystérique.

"Du calme, du calme, Elise. Il est là ton uniforme." Dit Léna en me tendant l'habit bleu.

Je prenais l'uniforme et tendais mes bras pour l'admirer. Je l'avais enfin, cet uniforme bleu, et j'allais le porter au poste central de Zootopie.

"C'est ton rêve de gosse qui se réalise." Commenta Alice qui semblait capable de lire dans mes pensées. "Tu as fini par arriver première de la promotion, tu es devenu policière, et tu vas rejoindre le poste central de la capital. Tu as tout réussi Elise."

Je souriais.

"Non, je n'ai pas encore réalisé tous mes rêves."

"Et quels sont les autres rêves ?" Me demanda Carrie, curieuse, qui avait déjà enfilé sa chemise bleue.

"Faire de ce monde un monde meilleur."

Les trois jours d'attente jusqu'à la remise des diplômes et des plaques passèrent plus rapidement que je ne l'aurais imaginé, et cela, même avec mon excitation grandissante. C'était enfin le grand jour, le jour pour lequel je m'étais entraînée depuis que j'étais une enfant. J'étais tellement heureuse, je me sentais si légère. Mais pour le moment j'attendais, assise sur un banc. Les autres étaient déjà à l'arrière de l'académie, c'est là-bas que se déroulais la remise des plaques et diplômes. Une grande estrade avait été construite et des centaines de chaises installées devant pour l'occasion.

"Elise !" appelait une voix derrière moi que je reconnus aussitôt.

"Papa ! Maman !" m'exclamais-je en me retournant et courant vers eux.

Je sautais dans les bras de mon père, un grand lapin mince mais dont le corps témoignait d'une vie de fermier exigeante et physique. Son pelage gris et ses yeux bleus avaient perdu de leur éclat au fil des ans. Mais il avait gagné une carrure plus imposante et une mâchoire plus carré. C'était un lapin travailleur et déterminé, toujours occupé, il ne se reposait presque jamais. Il était soit dans les champs, soit en train de réparer le tracteur, ou alors il faisait l'inventaire de tous les produits agricole, ou il lui arrivait aussi de donner un coup de main aux autres lapins de la ville. La pointe de ses oreilles virait au noir, c'était une caractéristique récurrente chez les Hopps, pour moi aussi c'était le cas. Il avait mis sa chemise blanche aujourd'hui, la chemise qu'il mettait toujours pour les événements importants. Même avec cette simple chemise je le trouvais magnifique.

Je me retournais pour embrasser ma mère, une hase au pelage brun et aux yeux verts toujours aussi brillants, de nombreuses années la séparait de mon père. Les affres du temps la laisseront tranquille encore un moment. Elle aussi avait sortit sa tenue des grandes occasions, une robe turquoise qu'elle affectionnait énormément. C'était un cadeau de papa. Ma mère était un peu plus ronde que mon père, elle travaillait avec lui à la ferme mais s'occupait de tous les aspects financiers. Elle ne faisait ce travail qu'a mi-temps au début, elle devait s'occuper de mes frères et sœurs et moi quand nous étions jeunes. Une activité des plus chronophage et épuisante, je pouvais témoigner, je lui en ai fais voir de toutes les couleurs. Maintenant que nous avons grandis, elle peut s'adonner pleinement à son travail. Faire le calcul de leurs recettes, acheter ce dont à besoin la ferme et établir des plans pour savoir s'ils vont pouvoir investir dans de nouvelles machines agricole.

"Oh ma chérie tu nous as tellement manquée." Me dit ma mère en me prenant dans ses bras.

"Ta mère et moi on est tellement fiers de toi. Tu es arrivé première au concours, comme ta tante !" Dit mon père enchanté. "Je savais que tu pouvais y arriver Ellie."

"Merci papa. Enfin...je ne suis pas vraiment la première, je suis ex æquo avec un autre cadet de la promotion."

"Tu te dévalorises ma chérie." Me consola t-il en passant sa patte entre mes deux oreilles, comme il le faisait quand j'étais petite. "Ce n'est pas parce qu'il a fait aussi bien que toi que ça enlève du mérite à ce que tu as accompli."

"Ton père a raison, ton camarade aussi est arrivé premier, mais toi, tu démontres à nouveau qu'un lapin peut réussir là où on ne l'y attend pas Ellie. Ne te torture pas l'esprit avec ça à présent. Tu es une battante, ne l'oublie jamais. D'accord ?" J'acquiesçais.

"Si on rejoignait plutôt le lieu de la cérémonie ?" Proposa mon père.

J'acquiesçais de nouveau puis je les prenais tous les deux dans mes bras.

"Vous m'avez manqué aussi." Leur dis-je.

Je me sentais plus heureuse, ils avaient vraiment un don pour me réconforter. Je guidais mes parents jusqu'à l'estrade de l'autre côté de l'académie. Et j'en profitais pour leur faire une rapide visite du site pendant que nous passions à l'intérieur du bâtiment. Et leur expliquais tout ce que j'ai fais pendant ces six mois. Je leur demandais aussi comment les choses se passaient à Bunnyburrow, comment allait la famille. Sans grande surprise, rien n'avait changé depuis mon départ. Bunnyburrow était une tranquille ville de campagne dans laquelle il ne se passait jamais rien. Quant à mes frères et sœurs, ils me passaient le bonjour. Ma mère n'a eu que trois portées dans sa vie, et 36 enfants, ce qui était incroyablement bas pour une hase. Mes grands parents paternels, eux, ont eu 276 enfants par exemple. Mais ce n'était pas un choix, elle ne peut plus faire d'enfant à cause de soucis de santé. Mais je sais qu'elle aurait aimé en avoir plus, même si elle ne nous l'a jamais dit, nous les lapins on aime avoir une famille nombreuses.

En six mois par contre, il s'était passé beaucoup de chose au sein de ma famille et ma mère se faisait un plaisir de toutes me les énumérer. Cela faisait tellement longtemps que l'on ne s'était pas parlé comme ça, je n'allais pas m'en plaindre.

"Eric s'est trouvé une copine." Me racontait-elle. "Puis il a rompu. Enfin, tu le sais, nous nous y attendions. Ensuite il s'en est retrouvé une autre, et c'est elle qui l'a quitté, et maintenant il est à nouveau en couple et cette fois-ci il nous assure que «c'est la bonne !»."

Je levais les yeux en l'air en écoutant ma mère, un sourire sur les lèvres, je ne comptais plus depuis longtemps le nombre de partenaire que mon frère aîné avait eu. Tout le monde dans la famille avait arrêté le compte d'ailleurs.

"Jerry a obtenu son diplôme de logistique animalière (ce sont les ingénieurs qui pensent les villes de manières à ce que tous les mammifères, peut importe leur taille ou leur poids, puissent vivre et se déplacer sans problème) et il a été embauché dès la sortie de son école." Continua mon père. "Il est parti à Endea, c'est une ville en plein développement apparemment, et il est très bien payé."

"Oui !" confirma ma mère. "Comme on pouvait s'y attendre, le salaire des ingénieurs est incroyable, il aura une bonne situation, je suis contente pour lui."

Je fis une grimace, les ingénieurs étaient bien payés, mais les policiers, ce n'était pas la même chose. Je savais que ma tante vivait dans un appartement miteux à ses débuts. Je me sentais un peu ridicule face à Jerry. Ma mère perçu mon trouble et se rattrapa immédiatement.

"Oh mais Elise ! Ce n'est pas l'argent qui compte, du moment que vous faites le métier qui vous plait et que vous pouvez en vivre, cela nous conviens."

"Vous n'avez pas grandis dans le luxe, alors on est content quand l'un de vous s'en sors bien."

"On a pas eu à se plaindre de notre enfance vous savez. Elle était plutôt géniale même." Mes parents culpabilisaient énormément de ne pas avoir pu nous offrir tout ce que l'on désirait quand nous étions enfants mes frères et sœurs et moi. Ils n'avaient pas beaucoup d'argent à l'époque. La ferme ne marchait pas bien et ils devaient payer les soins médicaux de ma mère.

"On a de la chance de vous avoir ton père et moi." Dit ma mère en me souriant. "Au fait, j'ai essayé de te prévenir mais le réseau passe terriblement mal par ici, vous êtes presque coupé du monde. Machao s'est mariée, elle est tombée enceinte et elle a accouchée."

Tout se passe toujours très vite chez les lagomorphes. Ma mère continuait de me raconter les nouvelles pendant notre visite. Ils ont achetés un nouveau tracteur, bien plus moderne que le précédent. Mon père s'efforçait toujours de réparer l'ancien, mais cette fois-ci il était mort pour de bon. Heureusement, ils ont pu le remplacer très rapidement, les finances le permettant.

Depuis ce matin, les cadets venaient accueillir leurs parents et famille et plusieurs petits groupes étaient dispersés dans toute l'académie, attendant le début des festivités. L'équipe de journalistes de ZNN était déjà arrivé, il y avait trois caméras et une présentatrice. Il faisait plusieurs plans de l'académie et des cadets pour leur reportage. Une ambiance très agréable régnait donc, mais un détail me chiffonnait. C'était le nombre très élevé de militaires présents dans l'académie. Normalement il devait y en avoir quelque uns, puisque le maire de Zootopie faisait le déplacement pour la remise des insignes. Mais là il y en avait plusieurs dizaines. Et ils étaient tous lourdement armés. Pourquoi un tel dispositif avait été établit ? Ils avaient peur d'une attaque terroriste ? Des reptiles ne pourraient pas aller si loin dans le pays tout de même. Je ne relevais pas ce détail à mes parents qui ne semblait pas l'avoir remarqué, inutile de les inquiéter avec ma paranoïa.

Une fois arrivé de l'autre côté du bâtiment, je présentais mes amis à mes parents, et inversement. J'étais heureuse de leur faire découvrir ces personnes de confiance. Je rencontrais aussi les parents de Carrie, Léna et Alice. Cependant je remarquais que Shepard restait en retrait par rapport à nous, il était tout seul.

"Tu es magnifique dans cet uniforme Shepard." Lui dis-je en m'approchant de lui. La chemise bleu lui allait très bien, et l'écusson, la chaîne en or, et la cravate lui donnait de la prestance. "Ta famille n'a pas pu venir ?"

"Oh, euh merci ! Toi aussi tu es très belle avec ton uniforme. Et nan, mes parents sont occupés à cause de leur travail." Répondit-il sur un ton détaché.

"C'est dommage qu'ils n'aient pas pu venir, surtout que tu as eu une bonne place dans le classement. Enfin, ils doivent quand même être très fiers de toi !" Concluais-je avec un grand sourire.

Il me regarda quelques instant sans rien dire, puis me rendit mon sourire et me fit "oui" de la tête.

Pendant ce temps là, la major Friedkin accueillait le maire Waldhirsh, c'était un grand cerf en costume, il dégageait beaucoup de prestance. Il avait été élu il y a trois ans si je me souvenais bien. Il était assez populaire, son caractère calme inspirait la confiance. Je savais qu'il avait été élu pour ses discours rassembleurs, les tensions entre proies et prédateurs ne s'étant jamais vraiment calmées depuis l'affaire Bellwether. Enfin, c'est ce que m'a raconté Shepard, moi je n'avais aucune idée de ce qu'il se passait à Zootopie avant de le rencontrer. Ce qui importe à Bunnyburrow c'est de savoir si les récoltes de l'année seront bonnes, le reste n'est pas des plus important.

"C'est un plaisir de vous accueillir dans notre académie Monsieur Waldhirsh. Les cadets sont vraiment honorés de votre présence, d'autant plus que cette promotion est très méritante, ils ont tous travaillé dur. Et nous avons même pour la première fois dans l'académie, deux majors de promotion, ils sont arrivés ex æquo au concours." Expliquait la major.

"Le plaisir est partagé major." Répondit le maire avec un sourire. "Je suis enchanté d'être ici, il est important de venir voir ceux qui assureront la sécurité dans notre ville après tout. Qu'ils sachent que leur travail et leurs efforts sont appréciés à leur juste valeur."

"Oui, cela créer des liens, c'est certains. Ils sont impatients de prendre du service, ils sont préparés pour ça. Ils auront juste besoin de se roder sur le terrain, mais je sais qu'ils y arriveront."

"Je vous fais confiance, les élèves qui sortent de cette académie font toujours d'excellents policiers. Et surtout, ils vont avoir du boulot dès leurs premiers jours, le peuple ne se sent plus en sécurité depuis quelques temps, et à juste titre." Dit le maire d'une voix un peu moins enjouée.

"Les attaques se multiplient au sud du pays de ce que j'ai pu lire dans les rapports." Exposa la major, l'air sombre.

Monsieur Waldhirsh prit une pause et regarda autour d'eux, s'assurant qu personnes ne pouvaient les entendre.

"C'est de pire en pire." Confia t-il. "La majorité des reptiles sont appréhendés avant de passer à l'acte, mais certains réussissent quand même leurs attaques. Pour le moment cela fait plusieurs mois qu'il n'y a rien eu, mais il y a une sentiment de peur latent dans l'atmosphère. Ce qui m'irrite le plus, c'est que le gouvernement ne me donne des informations sur l'avancée de la guerre qu'au compte goutte, j'en sais à peine plus que la population. Les batailles font rage au front, et même si on a réussi à prendre leur capitale, de plus en plus de leurs soldats passent nos frontières et attaquent la notre. L'attentat d'il y a dix ans reste le plus meurtrier et est gravé dans les mémoires. Mais je ne crains sans cesse qu'un autre, bien pire encore, ne se produise."

"Vous êtes dans une position délicate, tout le monde attend de vous que vous soyez le mâle de la situation. Je ne vous envie pas, ce doit être pesant comme poste."

"Je savais dans quoi je m'engageais quand je me suis lancé dans la campagne pour ce poste, je fais de mon mieux. C'est vrai que ce travail est source de nombreuses nuits sans sommeil, qu'il apporte beaucoup de responsabilités et de pressions, mais il faut que quelqu'un le fasse."

"Vous êtes brave Waldhirsh, continuez ainsi." Lui sourit la Major.

Tout deux se dirigeaient vers l'estrade lorsque le téléphone de la major se mit à sonner.

"Excusez moi." Dit-elle à l'attention du maire, qui lui fit un signe de tête pour lui signaler qu'il n'y avait aucun problème. "Ici la Major Friedkin, que puis-je pour vous ?" Elle prit une pause pour écouter ce que disait son interlocuteur. "Comment ? Mais pourquoi vous ne nous avez pas prévenu plus tôt...Oui c'était une mesure de sécurité mais tout de même..." Elle prenait un air contrarié. "C'est pour ça que vous avez déployé tout un régiment armée dans l'académie ? Je me disais bien que c'était excessif pour une simple remise des diplômes...D'accord...oui j'ai compris. C'est noté." Et elle raccrocha.

"Un problème ?" Demanda le maire.

"Pas vraiment, mais si vous voulez des informations sur l'avancée de la guerre, c'est le bon jour. Nous avons un invités surprise et il arrive pour la remise des insignes."

La cérémonie d'ouverture venait de commencer. Tous les cadets étaient en rangs devant l'estrade et les familles se trouvaient derrière, assises sur les chaises mises à disposition. J'avais fière allure dans mon uniforme de cérémonie. Une chemise bleu cobalt avec l'écusson de la police de Zootopie sur le bras gauche au niveau de l'épaule. Une corde dorée passait par dessus cette même épaule et venait s'accrocher au dessus de ma poitrine. Le tout agrémenté d'une cravate. Shepard nous avait appris comment les nouer à moi et à Carrie, Léna et Alice. Nous n'en avions jamais portée jusqu'à aujourd'hui. Je tenais mon képi bleu sous le bras comme tous les autres cadets. Le maire avait entamé son discours et la remise des insignes allait bientôt commencer. Mon cœur battait à 100 à l'heure, j'avais le trac de monter sur cette estrade la première et de passer à la télévision. J'étais presque contente d'être arrivé ex æquo avec Ramsay, je ne serais pas seule devant tout le monde. J'ai dis presque, j'aurais quand même préféré avoir l'exclusivité du titre de major de promo. Je tournais la tête vers Shepard, il était encore plus anxieux que moi, ça se voyait sur son visage et à sa manière de respirer. Le même sourire béat étirait nos lèvres, ils fallait que l'on se calme, on avait l'air parfaitement ridicule. Par toutes les carottes je n'arriverais pas à me détendre, j'étais à la limite de l'hystérie.

"Ça va aller." me souffla Shepard. "On va réussir à se calmer. Enfin j'espère."

Lui aussi avait remarqué que j'étais dans tous mes états, tout le monde devait le voir en ce moment.

"Il faut juste respirer calmement hein ? C'est ce qu'on dit toujours quand quelqu'un est stressé." Je chuchotais pour être sûr que lui seul m'entende.

"Actuellement, j'ai l'impression que je vais m'évanouir." Me confia t-il avec un léger rire.

"Il y en a pas un pour rattraper l'autre ici." Ricana Carrie.

Et zut, tous ceux autour de nous devaient nous avoir entendu. Je levais les yeux et je pouvais voir sur le visage de mes camarades que c'était effectivement le cas. Certains riaient et d'autres étaient aussi angoissés que nous et se retenaient juste de trembler des genoux. Je regardais sur ma gauche pour observer Ramsay, et je le voyais...sourire ? Ce tigre était donc capable de sourire, incroyable. Je pense que cette journée était une bonne journée pour tout le monde malgré tout.

Le discours de monsieur Waldhirsh allait vers sa fin lorsque je remarquais une certaine agitation parmi les militaires qui se déplaçaient autour de nous, changeaient de position, comme pour sécuriser toute la zone. Le maire venait de finir son discours et regarda droit devant lui pour voir celui à qui toute l'assemblée tournait le dos.

"Et c'est sur ces mots que je vais laisser la place à celui qui est venu exceptionnellement pour cette remise des insignes. Notre président, Monsieur Wollef !" Appela le cervidé en tendant la main vers le fond de l'assemblée.

Toutes les personnes présentes se retournèrent dans un même geste, même les cadets qui jusqu'à maintenant avaient adoptés une posture exemplaire comme l'avais demandé la Major rompirent les rangs. Une rumeur de plus en plus forte s'éleva et la journaliste de ZNN qui animait la retransmission en direct de la cérémonie passa rapidement au delà de sa surprise pour crier à ses trois cameraman de filmer le loup qui venait de faire une entrée des plus remarquées. Je ne l'avais jamais vue en vrai, comme sans doute presque tout le monde ici. C'était un immense loup noir avec d'énormes yeux jaunes, il était impressionnant. C'était donc lui qui dirigeait le pays depuis treize ans. Qu'est ce qu'il faisait là ? Un président n'était jamais venu à une remise des diplômes de police. J'étais encore plus nerveuse qu'auparavant en le voyant. Il s'avançait jusqu'à l'estrade sous les commentaires véhéments de la journaliste de ZNN qui jouait visiblement sa carrière sur ce coup là. Il saluait la foule au passage qui le lui rendait bien. Il contourna la masse de cadets qui reprenait forme sous les ordres de la major Friedkin qui avait perdu sa bonne humeur. Le président était suivit d'une Louve blanche en tailleur bleu, sans doute sa secrétaire. Ou sa femme, je n'étais pas au courant de la situation conjugale du président. Tous les suivaient des yeux, ne les lâchant à aucun moment jusqu'à leur monté sur l'estrade. Monsieur Waldhirsh laissa sa place devant le micro à Monsieur Wollef après une pognée de main.

"Mes chers concitoyens, je suis très heureux de me trouver ici parmi vous pour cette cérémonie de remise des insignes. Si je suis ici aujourd'hui, c'est pour rencontrer notre nouvelle génération de policiers qui prendront bientôt leur service dans notre belle capitale qu'est Zootopie. Il est important de mettre en lumière les efforts de ces jeunes qui travailleront pour assurer notre sécurité." Déclara t-il d'une voix grave mais douce. "Je suis au courant que vous avez déjà eu droit à un discours alors je vais vous en épargné un deuxième, je pense que cela ne gênera personne." Lâcha t-il sur un ton léger. Je n'aurais jamais pensé que le plus haut représentant de l'état soit aussi agréable pendant ses prises de parole. "Je serais donc bref, n'ayant moi-même que peu de temps de disponible."

La Major Friedkin s'avança à ses côtés, un boite dans les bras. Monsieur Wollef tourna la tête vers elle et lui fit un signe de tête.

"Nous allons donc commencer ce pour quoi nous sommes tous réunis aujourd'hui, la remise des diplômes et des insignes de nos futurs policiers." Mon cœur battait à tout rompre. " J'appelle donc pour la première fois de l'histoire de l'académie, non pas le major, mais les majors de cette promotion : Elise Hopps et Peter Ramsay !"

Les applaudissements s'élevaient de la foule. C'était le moment, le grand moment. Je m'avançais derrière Ramsay jusqu'à l'estrade, montais les marches et restais bien droite en regardant la foule qui se trouvait devant moi. Je cherchais à tout prix à être le plus impassible possible. J'espérais y arriver sinon le résultat devait être ridicule. Ramsay quant à lui, réussissait parfaitement à rester calme, je ne sais pas comment il faisait mais j'aurais donné beaucoup pour le savoir et être dans le même état que lui.

"Cette année est un peu spéciale car en plus d'avoir deux majors de promotion, nous avons aussi la nièce de notre défunte héroïne, Judy Hopps. C'est la deuxième lapine à rentrer au poste central de Zootopie, et tout comme sa tante, elle est arrivée première de son concours. Je pense que c'est un signe que les Hopps ont un don pour le métier."

Si notre famille a un don pour le métier, c'est formidable, dommage que je sois la seule a vouloir devenir policière, pensais-je avec amertume. Parmi tous mes frères et sœurs, mes centaines d'oncles et de tantes et mes milliers de cousins et de cousines, j'étais la seule qui avait voulu suivre la voie de Tata Judy. Et même si les autres étaient émerveillés par ce qu'elle avait accomplit, elle passait plus pour une exception que pour une norme au final. Une lapine est devenu policière ? C'est bien, mais ça ne veut pas dire que tous les lapins peuvent le faire. Voilà ce que les gens pensent. D'autant plus que la fin brutale qu'elle a connu a refroidit toute la famille quant au métier de policier. Je crois même que certains de mes oncles et tantes ont dû interdire à leurs enfants d'entrer à l'école de police.

Mais je suis là moi ! Je suis encore une exception ! Je démontre à nouveau qu'un lapin peut s'en sortir là où on ne l'y attend pas ! Maintenant, j'espère que tous mes congénères vont prendre conscience de ça. Les lapins peuvent devenir des flics ! Nous pouvons devenir des policiers ! Ce n'est pas un travail réservé aux plus grands des mammifères.

"Nous nous souviendrons de Judy Hopps comme de la policière qui a sauvé notre pays du complot fomenté par Dawn Bellwether. Et pour ses actions contre les discriminations et le racisme qui ont gangrenés notre société pendant des années après cet incident. Elle est devenu un symbole de progrès, d'avancée sociale, inspirant à nouveau la jeune génération."

Je serrais les poings et les desserrais. Oui, tata Judy avait marqué les esprits, c'était indéniable. Visiblement plus que moi je ne marquais ma propre époque. Le président continua les éloges sur ma tante pendant quelques minutes avant de faire prendre à son discours une toute autre tournure, des plus agressives.

"Sa disparition a été un choc terrible, ainsi que celle de tous nos autres concitoyens. Mais cette attaque aussi odieuse que méprisable, qui nous a touché en plein cœur en ce jour de décembre, ne restera pas impuni. Nous gagnerons cette guerre déclenchée par notre ennemi, qui nous a causé beaucoup trop de mal depuis des siècles. Nous vengerons nos morts, et construirons un monde meilleur en leur mémoire."

Il reçut un tonnerre d'applaudissement de la part du public, je les imitais, même si j'étais un peu moins emballée qu'eux suite à son discours. Monsieur Wollef était un orateur qui savait exalter les foules. Le président s'approcha alors de moi, un badge doré dans les mains. Je me retournais alors précipitamment vers lui et bombais le torse.

Il accrocha l'insigne au dessus de ma poitrine et je passais ma patte dessus, j'effleurais du bout de mes doigts cette plaque métallique, les lettres qui formaient le mot "police" et l'étoile juste en dessous, elle étincelait au soleil. Je l'avais enfin, mon insigne ! Je la serrais contre moi, comme si javais peur qu'on me la reprenne. Ça y était, j'étais une policière maintenant. Toutes ces années d'entrainement, toutes ces nuits à rêver de ce moment, du moment ou je pourrais patrouiller dans les rues de la capitale. J'avais réussi. J'étais devenu la personne que je voulais devenir. Mon extase pour ma plaque n'échappa pas au président qui eut un léger rire.

"Félicitation Lieutenant Hopps. Je vous souhaite le meilleur dans ces temps troublés. Puissiez vous être une aussi bonne policière que votre tante."

Toute la magie qui m'entourait s'arrêta brusquement, ces mots venaient de me ramener à la réalité. Je perdais mon sourire émerveillé que je troquais pour un sourire forcé. C'était mon moment, et même à cet instant on me comparais encore à ma tante.

"Mer...Merci monsieur !" Articulais-je difficilement.

Il me prit sous son bras et me fit signe de regarder le photographe qui se trouvait devant nous.

"Faites un sourire pour la postérité Hopps." Je m'exécutais mais mon visage trahissait mon inconfort.

Il se recula et la louve vînt m'apporter mon diplôme, enroulé avec une ficelle dorée, ils ne faisaient pas les choses à moitié à l'académie. Tandis que je serrais mon diplôme dans mes pattes, le président Wollef reprenait la parole.

"Maintenant je vous prie de bien vouloir m'excuser, mais je vais devoir vous quitter. Mes responsabilités m'appellent et j'ai un conseil à présider dans la région voisine."

Il quitta l'estrade en saluant la foule, et reparti d'un pas décidé sous les applaudissements du public. Son discours m'avait laissé un arrière goût amer en bouche. Je levais la tête vers Ramsay, voulant observer son visage, et sa réaction. Il restait impassible mais avait perdu son sourire... Je regardais mes camarades en rang devant moi, certains avaient l'air déçu. Ils pensaient se faire décorer par le président comme moi. Je ne savais pas où me mettre après ce traitement de faveur. J'attendais donc que Ramsay soit décoré par le maire et reçoive son diplôme pour descendre en même temps que lui.

Pendant ce temps, dans la limousine du président...

"Vous avez fais une arrivée remarquée, l'audimat de ZNN a quintuplé quelques minutes après, et maintenant les "experts" en politique analyses votre discours qu'ils jugent digne et émouvant. Je relève plusieurs réactions positives sur les réseaux sociaux." La louve blanche levait la tête de la tablette qu'elle tenait entre les pattes. "Ça en valait la peine semble t-il" Disait-elle d'un ton détaché.

"Evidemment Caroline !" S'exclama joyeusement Wollef. "Je n'allais pas rater cette occasion de gagner quelques points dans les sondages. Je ne vais pas rester président éternellement si je suis impopulaire. Tu te rend comptes ? Une Hopps, encore une, rien de mieux pour jouer sur la corde sensible et la nostalgie du peuple. On a bien fait d'augmenter ses notes à cette petite."

"Oui, cela nous a permis de créer cette initiative qui aura plusieurs effets bénéfiques, vous en sortez plus apprécié, cela risque de créer des vocations chez les jeunes, et actuellement nous ne pouvons pas dire non à plus d'agents de sécurités et de militaires. Il faut continuer d'entretenir ce sentiment d'unité national. Cependant vous avez négligé certains points Warren."

"Lesquels ?"

"Le maire de Zootopie avait prévue cette visite depuis longtemps, sans doute pour les mêmes raisons que vous, il n'a pas apprécié votre arrivée surprise. Vous lui avez volé la vedette. Ensuite vous auriez dû rester pour toute la cérémonie, les cadets étaient déçus de ne pas être décorés par vous. Ce n'est pas comme ça que vous allez réussir à créer un lien de confiance entre eux et le gouvernement."

"Certes, certes. Enfin Waldhirsh s'en remettra et les cadets comprendront qu'un président a des devoirs, peu de temps, etc..." Répondit-il en balayant l'air de sa main pour changer de sujet.

Caroline le regardait d'un air blasé, puis roula des yeux.

"Si vous le dites Warren. Nous arrivons dans une heure pour le conseil régional, vous devrez rassurer les élus locaux et la population quand aux percées des reptiles à travers nos frontières et la sécurité de la population. Ils demandent aussi à ce que des détachements de l'armée soient affectés à leurs villes."

"Quelle bande d'idiots." Grogna le loup en se couvrant les yeux avec sa patte. "Ils sont à l'extrême nord du pays et Vivarhys à l'extrême sud. Ce sont les mieux protégés de tout le territoire. Quel intérêt les reptiles auraient à les attaquer ? Et surtout comment pourraient-ils parcourir tout le pays sans se faire repérer et abattre ? Et leur donner des détachements d'infanterie ? Ils rêvent ! On manque déjà de soldats au front, on doit utiliser des drones pour nos percées."

"Les arguments logiques ne marchent pas contre un peuple apeuré. Les réfugiés de nos villes méridionales sont partis dans les villes du Nord, le plus loin possible du front, transmettant leur peur aux autres. D'ailleurs, Zootopie perd de la population, tout le sud du pays en fait. Les flux migratoires ne sont pas énormes mais ils ne s'arrêtent jamais. Tant que le problèmes de la sécurité ne sera pas résolu on sera confronté à ce phénomène."

Le président s'accouda contre sa portière et regarda par la fenêtre, semblant en plein réflexion.

"Et ce serait quoi la solution ? Construire un mur à la frontière pour empêcher les reptiles de passer ? Cette situation m'exaspère, et les attaques des soldats Vivarhyens sont tellement inutiles et suicidaire que ça en devient pathétique." Il prit une grande inspiration pour se calmer puis reprit la conversation. "Où en est la situation à Vivarhys ?" Demanda t-il.

"Nos armées stagnent, les reptiles ont organisés la résistance et ont assiégés leur capitale. Nos soldats sont coincés à l'intérieur, le ravitaillement est impossible, et ils ont reçu pour ordre de tenir le plus longtemps possible."

"Nos armées sont en déroutes et moi je dois aller rassurer des idiots apeurés qui ne devraient avoir rien à craindre. Les gens sont cons Caroline !" s'emporta t-il.

"Vous ne pouvez pas vous permettre de les ignorer, vous êtes restez au pouvoir bien trop longtemps, le peuple ne tolère cet excès que parce qu'il a confiance en vous pour gagner cette guerre. Si vous perdez cette confiance, il y aura des révoltes. Et à terme votre destitution." Tenta de le calmer Caroline.

Wollef s'affaissa dans le fond de son siège.

"L'inconstance du peuple m'impressionnera toujours tu sais ? Je hais la politique." Se lamenta t-il.

"Ça fais treize ans que vous êtes au pouvoir, c'est un peu tard pour vous plaindre."

"Tu n'es pas très douée pour réconforter les gens tu sais..."

Cette cérémonie, n'était pas comme je l'avais imaginé...

Mes parents me sautèrent au cou après que tous les cadets aient reçu leur insigne et diplôme.

"Oh ma petite chérie est une star !" s'exclama ma mère en me serrant contre elle. "Elle est passé à la télé et a fait une photo avec le président. Je suis sûr que toute la famille a vu ça."

"Maman arrête, tu vas m'étouffer." Elle me libéra de son étreinte et s'excusa avec un sourire confus. Je tournais la tête vers Shepard qui était toujours seul pendant que les autres étaient avec leur famille. "Je vais voir un ami, je reviens tout de suite." Leur dis-je.

"Dis moi April, tu penses que c'est son petit ami ?" Demanda mon père à ma mère quand je fus assez loin pour ne pas entendre.

"Son petit ami ?" S'exclama ma mère. "Mais c'est un chien, Alan !"

Mon père roula des yeux.

"Oh ma chérie, je sais qu'on vient de la campagne mais là tu joue le parfait stéréotype du lapin cul-terreux étroit d'esprit et spéciste."

"Nan nan, je n'ai aucun problème mon cher, je suis juste surprise. Je ne pensais pas qu'elle préférait les prédateurs, c'est tout." Se justifia t-elle. "Elle ressemble énormément à ta sœur pour le coup."

"Laisse Judy en dehors de ça." Ria t-il.

"Sacrée cérémonie, pas vrai Elise ?" Me dit Shepard en me voyant arrivé. "J'étais tellement anxieux quand j'ai vu arrivé le président. C'est différent de le voir en vraie qu'à la télévision."

"Ouais, enfin, je ne m'attendais pas vraiment à ça..."

"Qu'est ce que tu veux dire ?"

J'allais lui répondre mais une voix grave et irritante parla avant moi.

"Je suppose que tu es fière maintenant Hopps." Dit Ramsay en grinçant des dents, il était arrivé derrière moi sans que je ne le remarque. "Te faire décorer par le président en personne, prendre une photo avec lui, et avoir tout un discours de sa part sur toi. Ça doit être plaisant non ?"

Je me retournais lentement vers le tigre, bouillonnant intérieurement. La seule raison pour laquelle je ne lui sautais pas au visage à cet instant pour lui arracher les yeux c'était parce que je savais que je ne faisais pas la poids contre lui.

"Oh oui Ramsay..." Lui susurrais-je . "C'était très plaisant." Je savourais son expression à cet instant. "Tu as du te sentir tellement inexistant sur cette scène tout à l'heure. On ne parlait pas du tout de toi. Le seul moment où ton nom est apparu c'était lorsque l'on t'a appelé."

Il contractais ses bras dans un mouvement retenu. Shepard était affolé et s'apprêtait à mettre sa main devant ma bouche pour me faire taire. Il savait bien que Ramsay pouvait me faire très mal en n'utilisant qu'un seul doigt.

"Tu sais maintenant ce que j'ai ressentis pauvre con !" Explosais-je. "A quel moment ton cerveau atrophié en manque d'oxygène a eu l'impression que c'était moi la vedette ! Que c'était moi dont le président parlait ! Mais t'es vraiment le dernier des abrutis ! Le seul moment où il a parlé de moi c'était pour m'appeler, comme pour toi ! Il n'a fait que parler de ma tante ! Encore et encore ! Moi aussi j'étais inexistante sur cette estrade à ce moment là ! Même pour la photo, ce n'était pas moi qu'on cherchait à voir, c'était ma tante qu'on voyait en moi. Il s'est juste servis de moi, voilà ce qu'il à fait ! Même à ma remise des diplôme on parle plus de ma tante que de moi ! Je pensais que tu t'étais calmé Ramsay mais t'es toujours aussi con ! Dégage de là, je veux plus te voir. Bordel ! J'espère qu'un train t'écrasera à Zootopie, je ne vais pas supporter de voir ta gueule tous les jours plus longtemps. Trouve quelque chose d'autre à foutre de ta vie que de venir me faire chier ! Je...JE TE HAIS !"

Lorsque ma fureur retombait Shepard et Ramsay restaient sans voix. Le premier parce qu'il était abasourdis, je ne m'étais jamais emporté comme ça devant lui. Et le second parce qu'il se retenait de me hurler dessus encore plus fort que je ne l'avais fais. Je le voyais à son visage qui se tordait en grimaces rageuses.

"Partons." Dis-je à l'attention de Shepard qui me suivit aussitôt.

"Et bien, tu ... t'es lâché cette fois-ci." Sa voix était incertaine, il ne savait pas comment réagir à ce moment là. "Est-ce que ça va ?"

"Ça fait du bien de pouvoir lui dire tout ce que je pensais de lui depuis six mois. Toi qui pensais qu'il avait changer. Il est resté le même. Un abruti de tigre, qu'il se fasse percuter par un camion, tiens."

"Oulah oulah, laisse les moyens de transports en dehors de ça un moment d'accord ? Il faut que tu te calme, je comprend que Peter t'énerves mais ce n'est pas sain pour toi d'avoir de telles pensées."

Je respirais un grand coup. Il avait raison, il fallait que je me calme maintenant.

"Il va devenir notre collègue à Zootopie Elise, il va bien falloir que vous fassiez la paix a un moment ou un autre. Vous ne pourrez pas entretenir cette rancœur entre vous, c'est impossible dans le métier que l'on fait."

"Ce qui m'énerve le plus actuellement, c'est que je sais pertinemment que tu as raison." Soufflais-je en me retournant vers lui, une mine déjà plus enjouée sur le visage. "Je considérerais une armistice entre nous en fonction de son comportement là-bas. C'est lui qui me marche sur les pieds, je n'ai pas à aller m'excuser auprès de lui. C'est lui qui devra faire le premier pas."

"C'est vrai, mais du moment que tu acceptes d'être neutre envers lui, c'est suffisant. C'est tout ce qu'il faut, on n'a pas à devenir les meilleurs amis du monde."

"Et bien, je ne sais pas comment tu as fais mais tu es devenu très diplomate dis moi."

"J'ai beaucoup appris pendant ces six mois hehe !"

"Ellie !" M'appelais mon père. "On a plusieurs heures de route à faire, et j'aimerais bien rentrer avant la nuit, ça te dérange si on part bientôt ?"

Je me retournais vers mes parents puis à nouveau vers mon ami canin.

"Bon, je crois qu'il est temps pour moi de te quitter, on se revoit la semaine prochaine à Zootopie ? On reste en contact d'ici là hein ? Tu vas t'en sortir pour rentrer à la capitale depuis l'académie ? Tu veux qu'on t'emmène quelque part ? Tu pourrais même venir chez moi ça ne nous dérangera pas." Je bombardais Shepard de question, je n'avais plus envie de partir de l'académie après tout le temps que j'y avais passé.

"Ne t'en fais pas pour moi, je vais me débrouiller. Et on a tous échangés nos numéros de téléphones et créer une conversation groupée, donc ne t'inquiète pas, on va rester en contact. Je te retrouverais la semaine prochaine à Zootopie comme convenu."

"Bien, oui, bien." Je ne savais pas comment quitter Shepard à présent, peut être qu'un simple au revoir ferait l'affaire, je me tourmente pour pas grand chose. Je pris mon ami dans mes bras. "Au revoir Shepard."

"Oh elle a vraiment trouvé un copain." Disait mon père d'une voix mielleuse, en faisant une moue enfantine. "Notre petite grandi trop vite."

"Tu as toujours été le plus fleur bleue de nous deux Alan." Riait ma mère devant sa réaction.

Je desserrais mon étreinte et laissais respirer de nouveaux le pauvre berger australien. Je fis deux pas en arrière et le quittait avec un sourire avant de me retourner pour aller dire au revoir à mes trois autres amies qui eurent le droit au même traitement. Nous les lapins ont est très émotifs.

"On se reverra dans deux mois Elise." Me dit Carrie en posant sa patte sur ma tête pour me réconforter.

"Je sais mais c'est long, vous allez me manquer."

"Shepard et toi vous allez nous manquer, mais on se parlera par téléphone dès qu'on le pourra, ne t'en fais pas." Rajouta Alice.

"Rentre bien chez toi Elise, on se retrouve à Zootopie." Conclut Léna.

Je rejoignais ensuite mes parents et nous partîmes de l'académie. Je la regardais s'éloigner au travers de la fenêtre de notre voiture et je disais au revoir à ces forêts et montagnes dans lesquelles je m'étais tant entraînée avec Shepard. Ça allait me manquer.