Chapitre 4 : La cité d'un vampire.
Harry émergea de son sommeil vers une heure de l'après-midi. Le corps de Draco était étroitement serré contre le sien. Il regarda un moment son visage détendu et caressa sa joue. Le brun se releva lentement et sortit du lit. Cependant, une fois debout tout se mit à tourner autour de lui et il tomba au sol. Il se retint de justesse avec sa main alors que la chambre cessa de tanguer. Enfin il put se redresser mais une fois debout, une douleur inimaginable le prit au ventre. Il se courba un moment et attendit. Quand la douleur fut finie, il respira bruyamment.
Le brun ne fit aucun commentaire, ne pensa strictement à rien, il se rhabilla juste et sortit de la pièce à son tour. Harry descendit lentement les escaliers. Une fois dans le hall d'entrée, il remarqua de suite les épais volets de la porte vitrée puis l'homme au bar. Il y avait pas mal d'autres personnes qui déjeunaient et Harry comprit que ce n'était que des humains. Les vampires ne pouvaient être levé à cette heure ou du moins, pas très longtemps…
Harry se dirigea vers le bar et l'homme sourit.
- Tiens, un nouveau ! Je m'appelle Charlie, le serveur humain. Je ne travaille que la journée ! Qu'est-ce que je vous sers ?
Harry se mordit la lèvre. Il n'avait pas comprit ce que l'autre avait dit. Celui-ci, voyant son embarras, répéta sa phrase en anglais et Harry sourit.
- Euh… un café… s'il vous plait. Avec quelques croissants… Mettez-en une quinzaine ! Je voudrais aussi du sang. Une bouteille de sang.
L'homme le regarda bouche bée mais ne fit aucun commentaire. Il lui demanda d'aller patienter sur une des tables et le jeune homme obéit. Il revint avec un grand plateau et toute sa commande.
- Bon… appétit ! Si c'est possible !
Harry esquissa un sourire d'excuse et commença à manger ses croissants. Il les avala un à un, n'ayant pourtant pas du tout faim, il les termina tous. C'était comme s'il les mangeait sans qu'il ne soit stocké… Le brun toisa ensuite la bouteille de sang et l'ouvrit prudemment.
- Eh !
Harry sursauta et regarda un jeune homme qui s'était approché de lui. Il était plutôt mignon, anglais, blond aux yeux verts. Il s'assit juste devant lui et sourit.
- Tu veux vraiment boire ça !
Harry ne dit rien et se mordit les lèvres. Il finit par boire une gorgée avant de faire une grimace.
- Je m'appelle Dak. Oui je sais c'est peu commun, on me le dit tout le temps.
- Ecoute Dak. Je suis désolé mais… Je n'ai pas très envie de discuter.
Malgré le goût atroce, Harry reprit une autre gorgée alors que lentement il sentit son corps se réchauffer. L'épuisement tout comme ses cernes commencèrent lentement à disparaître. Il eut un petit sourire à cette nouvelle force qu'il ressentait. Il savait très bien qu'il ne fallait pas se reposer sur ses lauriers. Le ministère finira par les retrouver, il en était sûr. Malgré cela, Harry n'avait pas peur du ministère, loin de là. Il les affronterait très facilement s'il le voulait… Mais pas maintenant, il avait trop à perdre…
- Woaow ! C'est fou mais j'ai comme l'impression que ce sang te redonne des couleurs. Comment cela se fait-il ! Tu t'es fait vider de tout ton sang ?
Harry ne répondit pas. Il prit seulement la bouteille avec lui et se leva. Il vida d'un trait le café puis commença à partir. Malheureusement, Dak ne fut pas de cet avis. Il le retint par le bras. Le brun sourit légèrement et murmura :
- Si tu veux te relever demain tu ferais mieux de me lâcher.
- Ça va, je veux juste ton nom. Tu n'appartiens qu'au vampire c'est ça ! C'est pour ça que tu te décides à boire comme eux ?
- Mon vampire… déteste que l'on me touche. Il est assez possessif. Sentirait-il ton odeur sur moi que ce soir tu n'existerais plus !
Dak le lâcha immédiatement. Le barman s'approcha à ce moment là. Il toisa méchamment le jeune homme qui ne voulait laisser Harry quitter la pièce.
- Un problème, messieurs ?
- Non… fit Harry. Pas le moins du monde ! J'allais justement m'en aller. Je suis fatigué.
Le brun fit demi-tour et sorti de la pièce. Il remonta lentement jusqu'à sa chambre tout en se demandant s'il ne devenait pas fou. Il regarda une fois de plus la bouteille de sang. Devait-il la cacher à Draco, comme tout le reste ? Il doutait de pouvoir cacher ça à un vampire. Le blond n'était pas dupe, il finirait par la voir. Il fallait donc juste trouver une bonne excuse. Du moins jusqu'à la nuit prochaine, où il pensait pouvoir tout lui avouer.
Harry arriva dans sa chambre qu'il ouvrit délicatement. Ne voyant strictement rien il alluma un faisceau de lumière pour se diriger plus facilement. Il cacha la bouteille sous son lit avant de s'asseoir dessus. Il dévisagea longuement son amant le trouvant plus beau à chaque seconde. Harry avait vraiment du mal à rester stoïque face à lui. Plus qu'à un autre moment, il eut encore envie de pleurer.
- Ce n'est pas juste, murmura-t-il.
Maintenant qu'il venait de trouver l'âme sœur il devait le quitter. Il aurait tant voulu que cela se passe autrement. Il aurait tellement voulu le garder tout auprès de lui. Pourquoi… Pourquoi devait-il le quitter si vite ? Tout aurait été plus simple si Draco lui avait avoué le détester. Cela aurait été vu… comme un suicide, lui qui ne pouvait pas supporter de vivre sans lui ! Si Draco pouvait le détester… même juste un petit peu… il mourrait sans regretter…
Le brun finit par mettre fin à ses pensées et s'allonger près de lui. Il entoura sa taille de ses bras et posa sa tête sur son torse. Il était si froid… et lui était si chaud… Maintenant qu'il y pensait, beaucoup trop de choses les séparaient. Avait-il vraiment une chance de rester ensemble au bout du compte ? Il en doutait.
Deux jours s'écoulèrent et comme prévu Harry et Draco se préparèrent à partir au coucher du soleil. Harry avait réussi jusque là à cacher merveilleusement bien la bouteille qu'il avait rétrécie et mit dans sa poche. Malgré cela, le blond sentait cette odeur persistante sur le brun qui n'était pas la sienne mais n'avait fait aucun commentaire. Il ne voulait pas envenimer plus la chose. Le fait que l'aubergiste vampire n'avait pas voulu lui donner plus d'indication la première nuit l'avait déjà légèrement énervé. Prédire la mort de son amant sans date le laissait non seulement pantois mais bizarrement douteux. Parce qu'Harry avait fait la même prédiction… Pourquoi devait-il mourir incessamment ? Diable seul le sait… et d'autre peut-être mais sûrement pas Draco, ce qui le frisait un peu plus.
C'est donc sans faire aucun commentaire qu'il se réveilla cette deuxième nuit dans l'auberge. Il y avait encore cette odeur de sang inconnu, malheureusement son levé réveilla Harry et il ne put faire une inspection plus approfondie. Il lui sourit légèrement, sourire rendu par le brun qui l'embrassa avec tendresse. Cependant il ne chercha pas à aller plus loin et se leva. Il fit rouler ses muscles en s'étirant devant le regard plus qu'appréciateur du vampire qui eut une pulsion sadique. Il se leva à son tour et fit le tour du lit. Le brun se laissa prendre dans ses bras et s'enivra de son câlin.
- Je peux ? Murmura le blond.
- Ne demande pas, sers-toi, répondit Harry en comprenant immédiatement de quoi il voulait parler.
Draco sortit alors ses crocs qu'il planta dans son cou, se régalant de son jus. Il eut un reniflement d'énervement face à l'autre odeur qui commençait à l'énerver. Mais celle sucrée de son amant finit par reprendre le dessus. Harry le poussa légèrement sentant qu'il allait craquer et ce n'était vraiment pas le moment. Draco se retira et essuya le sang de ses lèvres. Il referma la plaie de son homme et s'excusa d'un murmure.
- Non, non. Ça va. C'est juste que… On va devoir transplaner et je vais avoir du mal si tu me prends toutes mes forces.
- Transplaner ? Pour aller où ?
Le brun lui fit un clin d'œil.
- C'est une surprise ! S'exclama-t-il en claquant des doigts.
Immédiatement des habits vinrent le revêtir. Draco eut un sourire malicieux et s'habilla à son tour, à vitesse vampire. Le brun eut un petit rire en sortant de la salle bientôt suivit par son amant qui lui prit la main.
- Attends ! S'exclama le blond en l'arrêtant brusquement.
- Qu'est-ce qu'il se passe ?
- Il y a des gens en bas ! Je crois qu'il s'agit de ton ministère !
- Et mince. Il ne manquait plus que ça !
- Tu peux très bien transplaner ici non ?
- Non, nous ne devons pas.
- Pourquoi ?
- Parce que le ministère arrivera à suivre notre trace.
- Comment ?
- Par magie. Ils sentiront mon essence et si dans les minutes qui suivent ils arrivent à transplaner exactement à l'endroit où nous étions, ils arriveront à nous suivre.
- Transplane à un endroit puis nous ferons un peu de course, et transplane à nouveau. Nous devrions pouvoir brouiller les pistes ainsi, ne penses-tu pas ?
- Je ne sais pas…
Le brun se mordit la lèvre et le regarda profondément.
- Je ne sais pas si j'en aurais la force.
Draco le regarda tout aussi intensément. C'est à peine si, à ce moment-là, ce qu'il y avait autour de lui existait. Le blond le sondait au plus profond de son âme, Harry le sentait, comme s'il pouvait la toucher du bout de ses longs doigts blancs. Ne pouvant le supporter plus longtemps, le brun baissa alors les yeux mais Draco ne l'entendit pas de cette oreille. Il glissa ses doigts sous son menton et la lui fait relever. Il l'embrassa chastement et Harry goûta à ce plaisir sans fin comme s'il lui avait fait l'amour, là, sur le palier de l'escalier. C'était d'une douceur telle que jamais il n'en trouvera autre part. Etait-ce cela, l'amour d'un vampire ? Il pouvait le voir à l'œil nu.
- Je vais nous sortir de ce pétrin, tu nous emmèneras là où nous devons être et puis nous discuterons, toi et moi, car je pense qu'il y a beaucoup de chose à dire. Des choses que tu as omises de me dire, par volonté…
- Excuse-moi… mais il fallait que je te protège…
- Contre quoi ?
- La tristesse… De toute ma vie, je n'ai eu que pour seule amie cette bonne vieille tristesse… Et puis je t'ai connu, et je t'ai aimé… il ne faut pas que tu l'as connaisses car parfois elle nous tue… Ce n'est pas la tristesse qui me tuera, elle a déjà essayé, elle n'y est pas parvenue mais elle va tenter avec toi, il faudra que tu te battes. Promet-moi que tu te battras. Promet-le moi.
- Lorsque tu me diras ce qui est censé me rendre triste.
« Bien que j'ai l'intime conviction que c'est de ta mort dont tu me parles. » Evita-t-il de rajouter. Il ne fallait pas envenimer la chose mais Draco n'était pas bête. Artie l'avait dit « ils meurent toujours » et Harry lui avait parlé de sa mort, beaucoup trop hâtivement pour que celle-ci soit aussi éloignée que prévue. Draco voulait tout savoir. Chaque jour qu'il avait passé avec ce merveilleux inconnu plus que compliqué, sa soif de savoir avait augmentée petit à petit, et maintenant il voulait tout savoir. Serait-ce possible que cette nuit soit la bonne ?
- Faisons ce que j'ai dit, murmura le blond en cessant de le dévisager.
Malgré les altercations d'Artie qui leur refusait l'accès, les membres du ministère commençait à grimper les marches. Draco attrapa Harry dans ses bras et lui dit de fermer les yeux, se boucher le nez et les oreilles avec les mains. Dès que se fut fait le brun ne vit rien de ce qui se passa après. Il ne sentit qu'à peine bouger le blond et pourtant celui-ci, en moins de temps qu'il ne faut pour le dire, dépassa la porte vitrée grande ouverte sous le nez des autres qui ne le virent pas (sauf les vampires dont Artie qui sourit malicieusement.) Le blond tourna dans la ruelle adjacente, vide et froide et posa Harry à terre. Celui-ci rouvrit les yeux et eut un haut le cœur.
- Mais… as-tu transplané ? demanda Harry légèrement étourdi.
Le blond rit.
- Non, j'ai couru. Les vampires ont… certains pouvoirs personnels donnés à leur « naissance ». Les miens tournent autour de la vitesse. Comme si déjà enfant on m'avait étiqueté l'homme le plus surchargé du monde. Est-ce que ça va ? Les effets devraient disparaître dans quelques instants.
Harry hocha avec difficulté la tête puis se redressa et regarda autour de lui.
- Où sommes-nous ?
- Tout près de l'auberge…
- Ce n'est pas assez, peux-tu nous emmené plus loin ?
- Pour moi il n'y a aucun problème. C'est pour toi que cela va en poser.
- Et pourquoi cela ?
- Parce que plus tu resteras dans cette phase de rapidité extrême, plus ton corps en subira les conséquences.
- Entre autre ?
- Des nausées, mal à la tête, mal au nez et aux yeux, engourdissement. Tu peux plus ou moins perdre la faculté de ton corps pendant un court laps de temps.
- Pourquoi rien n'est facile pour les humains ? Je rêverais d'être né vampire !
Draco fronça les sourcils et Harry se mordit la lèvre.
- C'est impossible.
- Non, je veux dire, de pouvoir être un vampire ! Que tu puisses me transformer !
Draco retrouva un visage calme et serein puis rit légèrement.
- Qui serait mon calice, alors ?
- C'est vrai… Tant pis, je prends le risque, conduis-nous dans un endroit plus éloigné et plus tranquille.
- A vos ordres.
D'instinct, Harry répéta les mêmes gestes qu'il y a plusieurs secondes auparavant et Draco les emmena beaucoup plus loin en beaucoup moins de temps. Il faisait tout pour que le brun ne subisse pas trop les effets secondaires. Le voir mal lui était insupportable, et pourtant Diable sait qu'il était mal ! Pourquoi ? Draco tardait de le savoir. Tout ce qu'il savait était qu'il le lui cachait par amour et cela lui plaisait tout autant que cela lui déplaisait. Il voulait pouvoir mettre un nom à la peur qui tressaillait son amant, et cette odeur qui n'était pas la sienne… D'où provenait-elle cette odeur ?
Il posa enfin le brun et celui-ci réussi à se stabiliser. Il ne tomba pas dans les pommes et ne perdit pas non plus l'usage de ses gestes ce qui était plutôt bon signe, du moins Draco s'en réjouit. Il caressa lentement sa tête posée contre son torse le temps que son cœur cesse de frapper si fort sa poitrine. Harry prit une grande respiration puis releva la tête et lui sourit.
- Merci. Murmura-t-il.
- Il n'y a pas de quoi… Est-ce que c'est assez loin ici ?
- Il y a intérêt, je ne crois pas supporter un troisième voyage. Sers-moi un peu plus fort s'il te plait.
Le blond obtempéra. Soudain, il se sentit tendre au maximum puis détendre. C'était à la fois étrange et exaltant. Il ouvrit les yeux et remarqua qu'ils n'étaient plus du tout au même endroit. Ils se trouvaient dans une grande forêt, dont la cime des arbres n'était pas visible et l'odeur abondait beaucoup plus que dans la petite forêt qui entourait son manoir. Vous souvenez-vous ? La grande, mais petite par rapport à celle là, forêt qui empêchait les histoires de cette histoire de se concrétiser… Sans trop savoir pourquoi, Draco crut reconnaître l'endroit. Il mit beaucoup de temps avant de faire le point et de mettre un nom à ses idées.
- Nous sommes dans les Pyrénées, n'est-ce pas ? Est-ce possible que tu puisses transplaner aussi loin ?
Son regard se posa sur le brun qui était livide. Il venait de dépenser une grande partie de sa magie et en plus une irrésistible envie de vomir le prit. Sans pouvoir se retenir, il s'écroula, dos au blond, et vomit tout ce qu'il avait avalé depuis deux jours. C'est-à-dire pas grand-chose à part des croissants. Draco, estomaqué, se pencha immédiatement sur son corps et caressa son dos avec douceur. Le brun essuya avec rage sa bouche alors que des larmes jaillirent à nouveau de ses yeux. Il se tenait le ventre avec tant d'affolement. Celui-ci le tirait affreusement C'était comme si on le brûlait de l'intérieur. Draco était inquiet. Que pouvait-il faire ? Il se sentait inutile, plus qu'inutile…
- Harry…
Le brun se mordit la lèvre jusqu'au sang puis soudain plus rien… Il respira bruyamment et murmura :
- C'est bon, c'est parti… c'est… parti…
Draco le releva lentement et le prit dans ses bras. Harry était blanc comme un linge, cela faisait presque peur. Il avait l'impression qu'on l'avait vidé de ses forces ou de… son sang. Alors que celui-ci voulut faire une remarque. Le brun se redressa brusquement et l'embrassa avec sauvagerie. Cela n'avait rien à voir avec les baisers de Draco, c'était beaucoup moins sauvage, beaucoup moins brusque mais c'était tout aussi intense. Draco savait pertinemment que l'autre fuyait la parole. Si jamais le blond parlait obligatoirement il lui demanderait pourquoi il avait eu cette réaction.
Malheureusement pour lui, Draco n'était pas patient, bien qu'il ait fait d'énormes efforts pour le brun… Il l'attrapa alors par le poignet et l'éloigna de ses lèvres. Ses lèvres si tentantes, si juteuses. Le regard vert évita le gris, cherchant par tous les moyens d'éviter la conversation.
- Il faut nous mettre en route. Nous ne serons réellement en sécurité que lorsque nous atteindrons…
- Le Conseil des Vampires. C'est bien là que tu nous emmènes ? Dans ma Cité…
- Oui… Viens.
Le brun commença à marcher tout en maîtrisant à la perfection ses tremblements. Le blond le suivit en le regardant faire.
- Il faut que je te parle de l'empreinte avant que nous rejoignions le repère du Conseil. Murmura-t-il.
- Dis-moi, répondit le brun sur le même ton.
- C'est… une sorte d'odeur indétectable pour les humains mais très forte pour les vampires quand elle est posée sur un humain. J'ai posé la mienne sur toi, cela veut dire que tu m'appartiens.
Le brun hocha la tête.
- Mais l'empreinte est à double tranchant, c'est pourquoi peu de vampires l'utilisent. Cela veut aussi dire que je serais prêt à donner ma vie pour toi. Que je serais prêt… à te sauver par n'importe quels moyens. Beaucoup de vampires seront surpris de sentir une empreinte sur un humain car rares sont ceux qui en tombent amoureux…
Le brun sourit légèrement avant de se crisper.
- Quand l'as-tu posé sur moi ?
- Pendant que tu dormais, dans le bateau quand nous traversions la Manche. Ecoute, Harry… cette empreinte te donne droit de vie ou de mort sur ma personne…
- Mais je ne veux pas de ta mort, s'exclama doucement Harry. Jamais… C'est tout le contraire, je veux que tu vives pour moi… Je te donnerais mille vies…
- Et moi, je te donnerais les miennes. Malheureusement… je ne peux pas, comprends-tu l'affreux dilemme qui me taraude ?
- Et moi donc ? Je suis tombé amoureux du Roi des vampires !
- Et moi d'un inconnu bien trop compliqué !
Harry assimila sans broncher. Son amie, la tristesse riait paisiblement sur son épaule en l'enfonçant un peu plus. Malheureusement pour elle, elle fut chassée d'un bras protecteur du blond.
- Mais je ne regrette rien… à part… ta… surprotection ?
- Tout aurait été plus simple si tu avais pu me détester, chuchota-t-il.
- Allons… Je crois que nous sommes en sécurité dès à présents pourquoi ne me dirais-tu pas tout ?
- Je t'aime… Je t'aime tellement que j'en meurs…
- Oui tu meurs, mais si c'est réellement le cas, je te suivrais !
- Tu ne peux pas… tu le sais, nous le savions depuis le début. Tu ne peux pas… tu dois continuer à vivre… C'est ainsi.
- Mais…
- Shhht. Ecoute.
Le brun se rapprocha du blond et l'arrêta. Au loin, on entendait un grand gong. Les boums se répétaient en enchaînements simples et lents. Harry serra un peu plus le corps froid et chercha des yeux l'endroit d'où la musique retentissait. Mais il ne pouvait la repérer, de plus il ne voyait pas plus loin que les alentours, là où la lumière de la lune les entourait.
- Qu'est-ce ? Chuchota-t-il.
- Ne t'inquiètes pas, ce ne sont que les gardes de la Cité.
- La Cité des vampires ?
- Bien sûr. Vois-tu une autre espèce se terrait au fond d'une grotte ?
- Les loups-garous.
- C'est vrai que cela aurait pu l'être.
Au loin, le tambour cessa puis une voix grosse et vulgaire s'éleva. Elle hurlait :
- Présentez-vous !
- Ne te sentent-ils pas ? Chuchota le brun dans ses bras.
- Il est facile d'imiter l'odeur, surtout pour des sorciers. Si Diable m'en fait grâce, s'exclama-t-il plus haut.
Harry comprit qu'il s'agissait d'un code entre eux et sourit. Heureux d'avoir été mis dans la confidence, il vit arriver deux vampires accroupis sur des branches hautes. Ceux-ci plissèrent les yeux puis sautèrent de l'arbre et atterrirent parfaitement debout comme si la distance entre la branche et le sol était moindre. Ils s'approchèrent du Roi et se penchèrent bien bas. Après la révérence ils repartirent sans un mot. Harry les regarda les yeux ronds.
- Ils sont… ?
- Juste des gardes. Ils viennent de nous donner la permission d'entrer… seulement si nous connaissons le chemin.
- Oui je sais. Les vampires ne souhaitent pas que des intrus entrent, il faut au moins une personne connaissant le chemin pour pénétrer leur Cité.
- Tu sais bien des choses…
- Je viens tous juste de l'apprendre.
Alors que les deux hommes recommençaient à marcher, le blond le dévisagea.
- Comment ?
- Par les gardes… Je t'ai dis, quand je suis devenu sorcier pur, j'ai eu le don de voir la vie des vampires à travers eux. Te souviens-tu, je t'ai énoncé un bref moment de la tienne.
- Oui c'est vrai… Tu les vois comme des visions non ?
- Un peu oui, sauf que je ne voie pas le futur mais le passé, les visions ne sont pas régulières. Je peux passer une semaine avec un vampire et ne rien voir ou deux secondes avec un autre et…
- … connaître sa vie par cœur…
Le brun hocha la tête.
- Ce n'est pas vraiment ce qu'on peut appeler de plus… exaltant. Voir la vie d'autrui… entièrement en plus… cela ne me réjouit pas, certain secret mérite d'être enterré au plus profond de nos âmes. De plus, sourit-il, j'ai la tête qui va exploser !
Draco le regarda avec anxiété. Si seulement il pouvait faire quoi que se soit. Bientôt ils atteignirent une grotte creusée en profondeur et Harry ne vit plus rien. Il tendit la main et fit apparaître une petite boule de lumière. Celle-ci était dérisoire face à celle plus belle qu'il aurait pu créer mais il lui était impossible de faire plus dans son état. Et puis cela suffisait à illuminer l'endroit plutôt vaste, au fond de la grotte il y avait deux embouchures et Draco prit immédiatement à droite. Sans hésiter, il suivit lentement mais sûrement le petit labyrinthe qui les mena à deux grandes portes noires.
Le blond toqua trois fois et soudain celles-ci glissèrent. Draco passa par l'embrasure suivit de très, très près par Harry qui ne le lâchait pas d'une semelle. L'endroit, à contrario de ce que le brun pensait, était illuminé et plaisant à regarder. Par delà les torches, les flammes rougeoyantes faisaient des formes sur les murs qui reflétaient du turquoise et du jaune. Le vert était aussi à la fête. Il devait y avoir deux ou trois vampires mais pas plus. La pièce était moyenne, sûrement un hall d'entré. C'est pourquoi Draco ne s'y attarda pas.
- Eteins ta lumière. Tu n'en auras pas besoin ici.
Le brun obéit et la petite boule de lumière disparut. Sous leur passage les vampires s'inclinèrent et regardèrent Harry avec la plus grande surprise. Comme lui avait prévenu le blond, il était énormément surpris de sentir l'empreinte de leur Roi sur lui mais ils ne cherchèrent pas à poser des questions et juste les suivirent du regard.
La pièce suivante était beaucoup, beaucoup plus vaste. Il y avait aussi plus de monde qui parlait et l'odeur de sang était plus présente. Harry se prit à aimer cette odeur, à la humer comme n'importe quel vampire. Il ne pouvait y échapper, l'odeur le rendait fou. Il se retint à grande peine de sortir sa bouteille et de la vider d'un trait. Mais il ne fallait pas, comment réagirait la petite centaine de vampires qui maintenant se taisait petit à petit, et surtout comment réagirait Draco juste à sa droite ?
Le brun se tassa pour se faire tout petit quand, comme un seul homme, tous les vampires s'inclinèrent. Puis les discussions reprirent comme si de rien n'était et Draco s'avança lentement. Il se pencha ensuite vers le brun et lui murmura :
- Nous allons monter dans notre chambre et tu m'expliqueras tout, d'accord ? Je crois avoir assez patienté comme cela !
- Oui, fit le brun. Il est temps… Mais tu dois me promettre que…
- Majesté ! S'exclama soudainement un homme.
Ce vampire était grand, blanc comme un linge, c'était ses yeux qui faisait le plus peur aussi noir que ses cheveux légèrement graisseux. Il possédait un nez crochu et son aspect le rendait plus que lugubre dans sa grande robe noire. Le blond se retourna lentement et saluant d'un geste simple de la tête alors que l'autre s'inclina face à lui. Draco intercepta alors un regard entre son amant et l'autre vampire et compris de suite que ce n'était pas la première fois qu'il le voyait, surtout que le brun blanchi à vu d'œil en le reconnaissant. Il se cacha légèrement derrière le blond, s'agrippant avec force au t-shirt du blond.
Celui-ci fit une petite moue et décida de ne pas montrer qu'il avait tout compris. Il montra alors Harry et dit :
- Severus Rogue, Grand Conseiller, je vous présente Harry Potter.
- Oui je sais. Nous avons déjà eu l'occasion de nous voir… à plusieurs reprises. Je vois que cette fois-ci tu as suivi mes ordres, jeune humain.
- Quels ordres ? Demanda le blond directement à son homme. Comment l'as-tu connu ?
- C'est… c'est lui qui est venu me délivrer de la geôle où j'étais prisonnier… Il m'a sauvé et m'a demandé de venir te voir, ce qu'il ne savait pas c'est que j'avais déjà décidé de te retrouver bien avant qu'il ne vienne me voir.
- Peu importe, l'important c'est que tu l'ais fait. Je dois te remercier d'avoir protégé et gardé le Dernier des Vampires. Je sais que tu as dû en souffrir mais tu n'as pas à t'inquiéter, cela sera bientôt terminé.
Le brun hocha la tête et tira sur le t-shirt du blond.
- Viens, je suis fatigué.
- Non, attends… Rogue, pourquoi lui avoir demandé de me garder ? Je suis bien assez grand pour le faire seul… et puis pourquoi ne pas m'avoir prévenu pour ce léger détail ! Avec toutes mes ennuies mortelles, cela fait bien longtemps que j'aurais pu mettre fin à mes jours !
- Voilà pourquoi le sorcier pur aurait dû te rejoindre directement après la mort de ton père, malheureusement il a eu un léger contretemps…
- Je suis au courant… Mais répondez-moi plutôt !
- Parce que c'est ainsi ! Le père ne dois rien dire au fils, jusqu'à sa mort, puis nous nous chargeons d'éduquer le fils jusqu'à ce qu'il soit père.
- Pardon ?
Harry se tassa brutalement face à la force du mot. Le pauvre blond se tourna vers son amant qui bredouilla quelques mots sans suite mélangé à des profondes excuses. Severus Rogue regarda la scène les yeux écarquillés. Le Grand Conseiller ne put s'empêcher de bredouiller :
- Tu ne lui as rien dit ?
- J'ai… j'ai…
- Harry, fit le blond avec force. Dis-moi ce que je ne sais pas.
- Je…
Le brun fuyait son regard, les yeux perdus dans le vide. Draco remonta alors son visage vers le sien et l'obligea à le regarder.
- Dis-moi.
- Je… Tenta le Grand Conseiller mais Harry l'arrêta.
- Je t'ai menti. Pas totalement mais quand même un petit peu. Si je te l'avais dis, tu n'auras jamais voulu, tu aurais mis ta vie en péril pour moi, et celle de tous les vampires. Comme pour l'empreinte… Et moi je ne voulais pas…
- Harry ! Dis-moi !
- Tu as été le Dernier des Vampires… Mais celui dont parle le Grand Conseiller Rogue… Celui qu'en ce moment je dois à tout prix protéger, c'est le nouveau Dernier des Vampires.
Draco ne comprit pas pour un sou. Il fit durement, sa patience ayant atteint ses limites.
- Qui est-ce ?
Le brun se dégagea de son emprise et posa le regard à terre.
- C'est…
Mais brusquement il se plia en deux, la douleur fut telle que cette fois-ci, fragilisé par la décharge d'énergie qu'il avait dû utiliser pour transplaner, il s'écroula, évanoui. Draco le rattrapa juste à temps et le secoua légèrement mais rien n'y fit, le jeune homme resta endormi.
Draco regarda le visage du brun qu'il caressait avec amour. Il se trouvait dans sa chambre et l'avait installé dans son gigantesque lit ovale rouge. C'était la chambre du Roi. Sans exagération, celle-ci était aussi grande que la salle de repos des autres vampires. Ceux-ci n'avaient pas le droit d'y pénétrer sauf certains quand il fallait nettoyer la chambre. Elle était essentiellement rouge or et verte argentée et se divisait en quatre partie. Anormalement, la douche se situait en plein milieu de la pièce (il y avait juste une baignoire en or), au fond à gauche il y avait un canapé devant un bon feu crépitant qui ne servait à rien car Draco ne le sentait pas. Et au fond à droite, le lit où le blond regardait le brun. Devant à gauche, il y avait l'entrée, et à droite une petite bibliothèque qui ne valait pas celle de son manoir mais qui lui faisait passer le temps quand il était ici.
On toqua à sa porte et Draco fronça les sourcils. Après que le jeune homme se soit effondré dans ses bras, il avait demandé à ne pas être dérangé. Mais on ne semblait pas vouloir l'écouter car cela faisait trois fois que l'on venait toquer à sa porte et Draco savait pertinemment de qui il s'agissait. Ce n'était autre que le Grand Conseiller Rogue. Il souhaitait lui parler de toute urgence. Mais le vampire avait d'autres préoccupations telles que le jeune homme fiévreux dans son lit. Cependant l'autre ne voulait le laisser tranquille car il toqua à nouveau. Cette fois-ci Draco alla ouvrir.
- Qu'y a-t-il !
- Majesté… Je suis désolé mais je dois vraiment vous mettre au courant ! Je profiterais de son état pour tout vous dire à sa place. C'est assez osé, je vous l'accorde mais le temps nous manque…
Le blond ouvrit la bouche mais la referma bien vite. Il regarda derrière lui le jeune homme mourant avec une telle tristesse que même Rogue eut une pointe de tristesse en lui.
- Si jamais… Tu me dis ce qu'il n'a pu faire lui-même…
Le Roi le regarda droit dans les yeux.
- … aurais-je une chance de le sauver ?
Le Grand conseiller soupira et hocha négativement la tête.
- Sa mort est inéluctable…
