Hello!
Et voilà le chapitre quatre, où j'explore un peu plus en détail la famille Malefoy. J'espère que ma vision des choses vous emballera :)
Je n'ai pas grand chose de plus à ajouter, alors, bonne lecture!
Chapitre quatre : Et le temps coule
Ginny écrivit frénétiquement dans son carnet. Elle en avait déjà rempli deux.
« Attendez, vous pouvez répéter s'il vous plait ? »
Lucius haussa un sourcil, se redressa sur sa chaise et répéta lentement sa dernière phrase.
La jeune femme s'était attendu, après les « critiques » qu'elle avait osé émettre, que les Malefoy l'accueilleraient en lui signifiant qu'elle était désormais dispensée de revenir. Pourtant, elle avait été surprise de voir Lucius se plier à l'exercice avec politesse et précision, énumérant certains souvenirs d'enfance, parlant de son père, de ses impressions personnelles.
Face à ce brusque changement, elle avait proposé que les séances soient individuelles désormais, pour garantir une certaine « intimité » à son interlocuteur. De ce fait, Ginny avait été installée dans la bibliothèque adjacente au grand salon vert de l'entrée. C'était une pièce impressionnante, de par ses proportions mais aussi à cause des trop nombreux ouvrages, pièces d'art et tapisseries qui l'ornaient. Les meubles étaient sombres, richement ouvragés mais les grandes fenêtres anciennes illuminaient le tout, donnant à l'ensemble un sentiment de magnificence, d'érudition et de sérénité. Autant le salon émeraude était pompeux à son goût, autant ici, on pénétrait plus chez les Malefoy. C'était une pièce plus intime, réservée aux habituées, où des objets personnels côtoyaient des énormes volumes académiques réputés.
Elle se sentait plus à l'aise ici. Et la famille Malefoy aussi, elle le sentait.
Elle griffonna à la hâte les dernières bribes de la conversation. Après Lucius, ce fut au tour de Narcissa.
Sous sa plume, elle entrevoyait enfin des visages humains, des pensées, des émotions et des conflits. Elle les sentait vivre, douter, pleurer ou rire.
Elle comprit que Lucius était un enfant unique, embrigadé dès le plus jeune âge dans des aspirations grandioses par un père austère, exigeant et sévère. Lorsqu'il racontait ses punitions, d'un air détaché, Ginny frissonnait devant ce qui ressemblait plus à du sadisme qu'à de l'éducation. L'homme qui se tenait assis bien droit devant elle, sous ses airs hautains, avait été un enfant endurci, conditionné et brimé sous des constantes remontrances ou remarques. Son père n'avait pas élevé un fils, mais un descendant de la famille Malefoy et cette phrase prenait tout son sens lorsque Lucius parlait des cours particuliers, des exercices de maintien et de bonne conduite, et des visites chez les grands de ce monde dès le plus jeune âge.
Baignant dans cette atmosphère étouffante, il avait été abreuvé de préceptes de pureté et de supériorité jusqu'à ce qu'ils en empreignent chaque fibre de son corps.
Lucius Malefoy était le pur produit d'une éducation rigide, obscurantiste et ignorante, qui avait fait de lui un homme méprisant, ne jurant que par le pouvoir et ne reculant devant rien pour l'obtenir, puisqu'il lui revenait de droit.
Aurait-il pu devenir quelqu'un d'autre ? Ginny en doutait. Un caractère doux ou plus sage aurait sans doute pu influencer son devenir-et encore, elle n'était pas sûre qu'il ait subsisté après tant d'années de sévérité, de pouvoir et de richesse-. Mais Lucius Malefoy n'était pas un enfant sage, c'était un enfant qui aimait l'emprise qu'il avait sur les autres et jubilait lorsque les adultes le saluaient en lui témoignant du respect.
A cause de cela, de son éducation et de sa famille, cela lui avait semblé naturel de rejoindre Voldemort. Après tout, au début, cet être immonde n'était qu'un orateur doué, qui pouvait prétendre rallier à lui quiconque admettait la supériorité su sang pur sorcier sur les autres. Et à l'époque, beaucoup de sorciers l'accueillirent à bras ouverts, impressionnés par son savoir, sa puissance, mais aussi son charisme et son élocution mesurée et charmeuse.
S'était-il réellement rendu compte de la monstruosité de Voldemort ? Ginny en doutait. Comme Regulus et sa famille, les sorciers au sang pur ne voyaient en lui que leur porte-parole, promesse d'un futur radieux où ils auraient la place qu'ils méritaient de droit, c'est-à-dire au sommet de la pyramide de pouvoir. Pourquoi alors n'avait-il pas essayé de quitter le seigneur des Ténèbres quand celui-ci leur avait prouvé sa cruauté et sa folie? Eh bien la réponse était simple et compliqué à la fois. Lucius était un être lâche, calculateur et ambitieux, qui aimait trop le pouvoir et l'influence qui en découlait. Alors pour le conserver, il avait été prêt à tout, même à accomplir de basses besognes répugnantes ou s'avilir en appelant Voldemort « Maître ».
L'ironie de la chose, c'est que malgré sa façon d'en parler comme s'il ne regrettait rien, Ginny pouvait sentir qu'il n'était pas sincère. C'était étrange et ambigu. Lucius Malefoy reconnaissait et regrettait de ne pas avoir été un homme bon, et pourtant il savait pertinemment qu'avoir agi autrement serait allé à l'encontre même de sa nature profonde.
Pour Narcissa, cela avait été différent. Petite dernière d'une fratrie de trois sœurs, elle avait montré très tôt un caractère timide et réservé, qui faisait d'elle une personne naturellement soumise et discrète. De plus, au lieu d'avoir le physique typique de la famille Black, Narcissa avait hérité des traits de sa mère, une Selwyn. Son visage fin et ses longs cheveux blonds juraient avec les chevelures sombres et les traits marqués de ses sœurs et de son père. Celui-ci avait donc inconsciemment reporté son attention et ses espoirs sur ses deux sœurs ainées, Bellatrix et Andromeda, qui faisaient toutes deux preuves d'un caractère fort et affirmé.
Bellatrix avait cette espèce d'aura sauvage et inquiétante qui impressionnait du haut de sept ans et montrait déjà les prémices d'un caractère cruel et dominateur.
Andromeda était plus subtile mais tout aussi retorse, montrant une détermination sans faille et réussissant tout ce qu'elle entreprenait, sans se soucier des éventuelles conséquences.
Narcissa avait grandi entre l'affection étouffante d'une mère qui provoquait la jalousie dévastatrice de ses sœurs, et les remarques acerbes de son père, qui tout en la dénigrant sans cesse, attendait d'elle une parfaite discipline.
Mais tout avait changé lorsqu'Andromeda, à ses 21 ans, s'était entichée d'un moldu, avait quitté la famille et déshonoré son père. Alors âgée de 17 ans, Narcissa s'était soudainement vu affublée des attentes démesurées de ce dernier. Pour le rendre fier et ne pas déshonorer encore plus sa famille, elle avait alors accepté le mariage arrangé avec Lucius sans sourciller et s'était plus tard engagée auprès de Voldemort dans le même but. Sa vie était une longue succession de compromis et de résignations, destinés à rendre fier un père qui ne l'aimait pas.
Quant à Draco… Etant donné la soudaine avalanche de confessions de la part de ses parents, Ginny n'avait eu que peu de temps à lui consacrer ces trois dernières semaines. Ils venaient de terminer leur deuxième séance seuls dans la bibliothèque et elle ne savait que penser.
Il y avait d'abord cette attitude étrange qu'il avait de lui parler en plantant son regard dans le sien. Comme s'il se confiait à elle, plutôt qu'à une journaliste.
Puis il avait décrit une enfance insouciante, adoré par une mère aimante et protectrice, servi par des elfes de maison empressés, baigné dans le luxe le plus grandiose. Et soumis aux attentes et aux exigences constantes d'un père strict et qui attendait beaucoup de lui.
Il était évident qu'il l'admirait énormément et souhaitait de tout cœur le rendre fier, l'impressionner même. Alors il avait imité son père. Ce que son père voulait, Draco le voulait aussi. Ce que son père pensait, Draco le pensait aussi.
Et Ginny n'arrivait pas à voir autre chose dans ces pitoyables tentatives, qu'un garçon réclamant de l'amour de la part d'un père incapable de lui montrer son affection.
Au fur et à mesure, elle découvrait un garçon intelligent, curieux d'apprendre et désireux de plaire. Un petit garçon auquel son père avait interdit très tôt de câliner sa mère, pour l'endurcir. Un petit garçon dont les manifestations magiques involontaires étaient qualifiées d' « insuffisantes » et de « faibles ». Un petit garçon qui avait été peiné d'être privé d'un camarade parce que celui-ci n'était pas d'une lignée suffisamment importante pour être digne d'attention.
Ginny entrevoyait en Draco un subtil mélange entre les deux caractères diamétralement opposé de ses parents. Il aimait le luxe et être respecté, mais se révélait être d'un caractère très doux en privé, surtout avec sa mère. En bref, c'était un garçon gentil mais gâté pourri dont on avait bourré le crâne avec des idées surannées de supériorité depuis sa plus tendre enfance.
L'adulte était-il si différent du petit garçon ?
En sortant cette fois-ci de chez les Malefoy, Ginny leur offrit un léger sourire. Un autre mois s'était écoulé depuis qu'elle leur avait demandé de s'ouvrir et elle en avait beaucoup plus appris sur eux. Leur personnalité auparavant floue et nimbée de préjugés, étant en réalité complexe et douloureuse. Cela n'excusait en rien leurs actes passés, mais désormais Ginny entrevoyait plus en eux que de simples mangemorts. Autant certains parmi ces derniers pouvaient s'avérer de véritables brutes sanguinaires, aimait le sang et les crimes –Greyback, Bellatrix et tant d'autres- autant les Malefoy ressemblaient étrangement plus à des victimes prises dans un engrenage vicieux et inextricable dont ils n'avaient la force de se sortir. Elle eut un sourire désabusé et se demanda ce que penseraient ses parents s'ils savaient que désormais, son avis quant au Malefoy était mitigé, nuancé. Elle frissonna en songeant qu'elle-même, quelques mois plus tôt, se serait giflée pour avoir une telle pensée. Elle jeta un dernier coup d'œil au manoir. Quelques mois plus tôt, elle aurait aussi juré qu'Harry était l'homme de sa vie et qu'elle vieillirait à ses côtés, alors ses certitudes pouvaient aller au diable.
Les temps changeaient, c'était indéniable.
Elle donna une friandise à Betsy, accompagné d'un clin d'œil. L'elfe était adorable et lui rappelait tant Dobby. Elle déglutit difficilement. Le problème avec les Malefoy, c'est que même en sachant ce qu'ils avaient vécus, ce qu'ils avaient subis, il était difficile de leur pardonner des choses qui l'avaient touché personnellement. La mort de de Dobby, l'emprisonnement de Luna, l'invasion de Pouldard, la mort de Dumbledore, son frère, tous les autres … Et le journal. En passant la grille, elle se demandait encore comment elle pourrait regarder Lucius dans les yeux quand il aborderait ce sujet. Comment pourrait-il justifier le fait de lui avoir causé tant de mal ? Comment pourrait-elle lui pardonner ? Elle baissa la tête.
Elle ne le pourrait tout simplement pas.
Elle jeta un dernier coup d'œil au manoir puis s'avança dans l'allée bordée de hauts massifs verdoyants. L'été touchait bientôt à sa fin.
De sa chambre, Draco regarda la fine silhouette s'éloigner vers la grille. Elle avait jeté un dernier regard en arrière. Il avait espéré que ce soit en pensant à lui.
Il s'affaissa dans l'énorme fauteuil aux pieds d'argent derrière lui et continua de fixer le ciel bleu éclatant par sa fenêtre.
Voir Ginny tous les jours était éprouvant. Exaltant, certes, mais éprouvant. Il était heureux de la voir, d'avoir une bonne excuse pour se tenir à ses côtés. Mais il ne pouvait s'empêcher de ressentir une profonde mélancolie s'emparer de lui lorsqu'il songeait au fait qu'elle était « obligée » d'être ici.
Pour elle, venir au manoir était une obligation, entendre leurs confessions un travail. Draco avait cru pouvoir s'en contenter, au début. Après tout, autrement, il n'aurait jamais eu de chance de la côtoyer. Mais désormais cette situation le pesait.
Ses parents s'ouvraient à elle, sans retenue. Leur enfance avait été passée au crible, chaque souvenir avait été évoqué, parfois commenté pour que Ginny puisse mieux appréhender les sentiments qui s'en dégageaient. Désormais, ils allaient devoir raconter une partie de leur vie que Draco ne connaissait que trop bien. Une partie de leur vie qui correspondait à leur participation au règne de terreur du Seigneur des Ténèbres, la première fois. Il n'avait jamais réellement su à quel point ils avaient été impliqués. Ce qu'ils avaient osé faire sous ses ordres.
Il frissonna en songeant à la réaction que pourrait avoir Ginny. Elle était restée stoïque et très professionnelle jusqu'à présent, ne faisant aucune remarque désobligeante et affichant un visage neutre. Mais qu'en serait-il lorsque ses parents ou lui-même parleraient des récents évènements ? De la bataille de Poudlard ?
De nouveau, une étrange sensation envahit son avant-bras. Comme si le dégoût s'emparait de sa chair comme une gangrène. Ses parents et lui avaient toujours porté de longues manches qui la cachait. Il n'avait même jamais vu celle de sa mère à cause de cela. Ginny venait toujours en robe de sorcier, dévoilant parfois ses bras, constellés de taches de rousseur, surtout au niveau de ses pâles épaules.
Ils étaient si différents. Il soupira. Elle était lumineuse, naturelle et lui était morose et froid. Et il était surtout un misérable lâche, dénué de tout courage et d'honneur. Pouvait-il seulement espérer qu'elle le pardonne ? Qu'elle l'accepte comme il était ?
Il avait tellement peur de sa réaction, de son jugement. Et pourtant il le désirait tellement à la fois. Il voulait que Ginny lui pardonne. Il fallait que Ginny lui pardonne. Qu'elle lui accorde un pardon salvateur, purificateur, qui l'aiderait à se regarder en face et à accepter l'immonde petit lâche qu'il voyait dans son reflet. Il avait fait de la jeune femme le symbole de sa quête de rédemption.
Il n'attendait rien d'autre d'elle.
Mais le ferait-elle seulement ?
Abattu, il se prit la tête dans les mains, les coudes sur les genoux, et laissa son angoisse et sa peine le prendre à la gorge et l'étouffer sous les sanglots.
De l'autre côté de la porte, en silence, Narcissa écouta son fils pleurer.
Voilà!
J'espère que ce chapitre vous a plu. La suite arrive très bientôt, étant donné que je suis enfin venue à bout de ce chapitre 6 si récalcitrant!
A bientôt :D
