Chapitre 4

Il était tard quand Sam descendit au restaurant pour le petit déjeuner. Elle n'avait pas vraiment la gueule de bois, mais elle avait laissé Matt sortir du lit plus tôt et manger seul, préférant se donner quelques heures supplémentaires avant d'émerger dans la lumière du soleil de Floride.

Il faisait déjà chaud. Elle pouvait sentir la chaleur extérieure lutter contre les fenêtres climatisées, et pendant un bref instant elle regretta les montagnes du Colorado. Mais cette pensée fut rapidement écartée comme elle se dirigeait vers le restaurant pratiquement vide, ses pas aussi légers que son cœur.

La nuit dernière avait été géniale. Durant les quelques petites heures qu'elle avait passées avec O'Neill – Jack, comme elle pouvait maintenant l'appeler – elle avait l'impression que des années de malentendus et de ressentiments avaient été effacées. Après la scène sur la plage, elle avait appréhendé de le revoir. Mais quelque chose avait visiblement changé parce qu'il l'avait abordée en s'excusant, non pas avec ses lèvres, mais avec ses yeux, et elle lui avait pardonné instantanément. Ils avaient parlé, ri et s'étaient souvenus et il n'y avait pas eu cette tension qui avait toujours parasité leur relation. Pas de réserve, pas de flirt, juste une pure et honnête amitié. Cela avait été grisant ! Et elle ressentait encore les effets maintenant, comme elle donnait son numéro de chambre au réceptionniste et se dirigeait vers le buffet.

Elle avait l'impression que leur relation avait été régénérée. Les débris qui s'étaient accumulés durant toutes les années où ils avaient servi ensemble avaient été balayés, ne révélant rien sinon la base solide de leur respect mutuel et de leur amitié. Elle se sentait rajeunie, excitée et pas qu'un peu surprise. Elle n'avait pas réalisé que l'état déplorable de sa relation avec le colonel avait pesé si lourdement sur son cœur. Mais elle était ravie qu'ils aient atteint maintenant ce parfait état d'amitié libre de chaînes. Elle pouvait penser à lui maintenant sans ce sentiment de malaise qui avait terni son souvenir culpabilité et regret étaient des choses du passé. Peut-être pourrait-elle même le voir davantage ? L'inviter à rester quelque temps ? Peut-être même, accepter son offre d'aller pêcher à son chalet ? Après tout, il n'y avait rien de mal à ce que deux amis voyagent ensemble. Et puisque c'est tout ce qu'ils étaient, elle avait—

« Vous avez demandé ce petit déjeuner ? »

La voix à son côté la fit sursauter si violemment que les tranches fraîches de mangue glissèrent presque de son assiette sur le sol. Mais elle s'en moquait. Un grand sourire éclata sur son visage. « Monsieur ! »

Il roula des yeux. « Carter… »

« Désolée », corrigea-t-elle instantanément. « Je veux dire… Jack ». Son nom venait encore avec gêne, et elle était embarrassée de sentir une rougeur envahir son visage. Mince !

S'il le remarqua, il ne dit rien et retourna son attention sur la nourriture. « Avez-vous des beignets ? » demanda-t-il au garçon derrière le comptoir, et se dirigea à l'autre bout de la chaîne. Elle se retrouva à le suivre. Elle avait envie d'un Danish.

Choisissant la pâtisserie qui lui semblait la plus fraîche (il y avait des pommes dessus, au moins) elle jeta un furtif coup d'œil à O'Neill. Il avait encore quelque chose, elle devait l'admettre. Aussi platonique que soit leur relation à présent, elle ne pouvait nier que ce short, ce t-shirt défraîchi et les lunettes de soleil pendues à son cou lui donnaient indubitablement du sex-appeal. Elle sourit pour elle-même. Autrefois, avant Matt, elle ne se serait jamais permis d'avoir de telles pensées ! Mais maintenant, tout était différent.

Sentant son regard, il leva les yeux. « Quoi ? » Ses yeux sombres la transpercèrent, et envoyèrent tournoyer quelque chose en elle jusque dans ses orteils.

Elle déglutit difficilement. « Rien ».

« Oh-oh ». Il ne la crut pas, bien sûr. Il la connaissait tellement bien, même après leurs quatre années de brouille.

« J'étais juste-- » commença-t-elle, puis changea d'idée. « J'ai pris plaisir à notre discussion la nuit dernière. C'est tout ».

Acquiesçant doucement, il détourna les yeux. « Nous aurions dû le faire avant ».

« Oui. Nous aurions dû ».

Il s'attardait avec les pâtisseries, mais elle savait que son esprit était ailleurs. Un froncement atteignit son sourcil, et elle fut sur le point de faire un commentaire quand il parla. Son ton se voulait nonchalant. « Vous avez prévu quelque chose aujourd'hui ? »

Dans un éclair Sam se revit dans son labo, un réacteur à naqquada en pièces détachées sur le bureau et le colonel hésitant et gêné à la porte. Perturbée par ce souvenir, et le choc émotionnel que cela lui donna, il fallut un moment avant qu'elle ne puisse formuler une réponse.

Peut-être que ses souvenirs étaient au même endroit, car avant qu'elle ne puisse parler il se détourna et grommela, « Pas de problème. Je vais-- »

« Je n'en ai pas ».

Il s'arrêta, se retournant prudemment. « Pas de projet… ? »

« Je n'ai fait aucun projet pour aujourd'hui ». Et puis, dans l'esprit nouveau de leur relation platonique, elle ajouta, « Vous voulez faire quelque chose ? »

Il échoua à cacher sa surprise, ce qui fit sourire Sam. Son regard s'attarda sur elle, mesurant et évaluant. Alors, avec précaution, il dit, « Je voulais aller à la plage de Playa Linda. Laura dit que c'est très beau là-haut ». Il lança un regard significatif autour de lui à l'hôtel. « Pas de touristes ».

Son sourire s'élargit. « Ca me semble bien ».

Il l'étudia pendant un long moment, puis dit hardiment, « Vous voulez venir ? »

« Oui », dit-elle immédiatement. « J'adorerai ».

ooo

Drôle comme la vie se déroule, songea Jack, alors qu'il filait en direction de Playa Linda Beach avec Carter à ses côtés. Il y a deux jours, il pensait qu'elle était hors de sa vie pour de bon. Et maintenant elle était ici – ils étaient ici – pour passer la journée ensemble.

Il y a des années, quand tout était intense, compliqué et que son cœur se serrait, ceci aurait été son rêve. Combien de fois avait-il imaginé qu'un jour elle accepterait son invitation à pêcher ? Combien de fois avait-il imaginé cet instant, voyageant ensemble vers son chalet, en oubliant toutes les formalités liées à leurs grades ? Trop de fois.

Et combien ironique que, maintenant il vivait cet instant magique, cela signifiait tellement moins. Il n'avait aucun espoir de plus, aucun désir de plus – ceci n'était pas un prélude à quelque chose de plus grand. Ce n'était ni plus ni moins que ce qu'il paraissait deux anciens collègues – anciens amis, peut-être – passant du temps ensemble et tentant de reformer les liens que quatre années de négligence avaient rendus fragiles, sinon complètement rompus.

« Daniel a dit que vous avez encore votre maison dans le Colorado », dit Sam, interrompant ses pensées.

Il lui jeta un coup d'œil, mais ses yeux étaient fixés sur la route. « Oui », répondit-il. « Je crois que je n'aie pas pu me résoudre à la vendre ».

« Jamais je ne vous avais catalogué comme étant sentimental ».

L'apparence est ce qu'elle connaissait. « Je m'imaginai qu'un jour vous auriez besoin de moi pour venir sauver vos fesses, et que je pourrais avoir besoin d'un endroit où rester pendant que je faisais cela ».

Elle rit, puis redevint sérieuse. Du coin de l'œil, il la vit tourner son visage vers lui. « Vous savez, si jamais vous vouliez revenir… »

Il rit à son tour. « Je ne pense pas. Autant cela me manque… Je ne pourrais pas revenir. Vous ne pouvez jamais revenir ». C'était une leçon qu'il avait apprise de la vie il n'y avait jamais de retour possible.

« Oh ! » s'exclama brusquement Sam. « Vous devez aller par-là. C'est notre sortie ».

Il vit le panneau de sortie une fois dépassée et grommela un juron comme il essayait de s'engager sur la voie de sortie à temps. Mais un apprenti chauffeur choisit cet instant pour le doubler, bloquant son échappatoire. « Abruti-- »

« Trop tard », lui dit Sam, se tournant alors qu'elle les regardait dépasser le panneau de sortie.

« Vous étiez censée me guider, Carter », marmonna-t-il, se rangeant derrière un camion et de continuer jusqu'à la prochaine sortie.

« Hé », se plaignit-elle, « je vous ai dit que c'était la sortie 12. Pas ma faute si vous ne faites pas attention ».

« Vous me déconcentriez ».

« En discutant ? Jamais cela ne vous distrayait ».

« Ce n'est pas la discussion », lui dit-il, gardant ses yeux fixés sur la route. « C'est le short ». Bien qu'il ne regardât pas son visage, il pouvait imaginer son expression. Et cela le fit sourire.

« Mon short ? Qu'est-ce qui ne va pas avec ? »

« Rien. Rien du tout. Il est juste… court ». Il jeta un coup d'œil en réponse à son long silence. « Quoi ? »

Le visage de Sam était de marbre. Mais ses yeux étincelaient d'amusement. « Vous venez de rater la sortie ». Elle fit une pause pour enfoncer le clou. « Vous voulez que je conduise ? »

Il sourit, secoua la tête et retourna son attention sur la route. C'était bien, se dit-il. C'était facile. Un petit flirt innocent – Dieu, il pouvait même faire des remarques, bien qu'indirectement, sur ses longues jambes sans que cela soit gênant. Oui, c'était bien. La journée s'annonçait bien. Très, très bien. « Epicerie », annonça-t-il brusquement, son esprit changeant de direction. « Prenons quelques casse-croûtes sur le chemin ».

ooo

Il était passé midi le temps qu'ils se garent sur le petit parking à côté de la plage. Une ou deux autres voitures se partageaient les lieux, des cartons calés sur les pare-brises pour protéger l'intérieur de la chaleur torride du soleil.

« J'espère que vous avez apporté de la crème solaire, Carter », dit Jack comme il coupait le moteur. « Il fait chaud dehors ».

« Pas si chaud qu'à Abydos », remarqua-t-elle, souriante.

« Non », acquiesça-t-il. « Mais… plus humide ».

Sam regarda dehors au-delà de la plage vers l'océan bleu scintillant, les touffes d'herbes sur le sable des dunes en face d'eux ondulant sous la brise. « Laura avait raison », dit-elle, « c'est magnifique ».

« Oui », acquiesça Jack, ouvrant la portière et sortant sous une bouffée d'air chaud. « Venez, allons-y ».

Sam tira son petit sac à dos – maintenant presque rempli du déjeuner et d'eau – hors du coffre, pendant que Jack se penchait à côté d'elle et récupérait un grand étui noir, à l'allure professionnelle. Pendant un instant étrange, elle pensa que c'était un fusil. « Qu'est-ce que vous-- »

Son coup d'œil latéral lui apprit qu'il avait deviné ses pensées. « C'est un appareil photo, Carter ».

« Oh ! » un appareil photo ? « Depuis quand est-ce que vous-- »

« Depuis Laura ».

Laura. Bien sûr. « C'est sympa ». Sympa ? Quel mot fade ! « Je veux dire, c'est important de partager des intérêts ».

« C'est vrai », acquiesça-t-il, retournant son attention vers l'appareil photo. « En tout cas, c'est mieux que de pointer une arme sur tout ce que vous rencontrez. »

Sam hocha la tête, dégageant son chapeau de son sac et le plaça sur sa tête pour se protéger du soleil. « Ca doit être sympa », dit-elle, d'une voix plus nostalgique qu'elle ne s'y était attendue.

Il leva les yeux. « Quoi ? »

« La retraite ».

Il haussa les épaules, soulevant le lourd sac sur son épaule. « Ca a ses bons côtés ».

Elle se demanda brièvement si ceci était l'un de ces moments-là, mais elle écarta rapidement cette idée. Jack avait Laura. Comment l'avait-il décrite la nuit dernière ? 'La meilleure chose qui me soit arrivée '. Elle doutait que sa rencontre fortuite avec Jack comptât si haut dans sa vie. Mais une part perfide de son esprit chuchota, 'Ceci aurait pu être ta vie. Avec lui. Votre vie ensemble'.

Elle détourna les yeux, réalisant seulement alors qu'elle était en train de le dévisager. Elle ne voulait pas de cette vie. Pourquoi la voudrait-elle ? Elle avait fait son choix. Elle avait Matt. Et elle était heureuse.

« Venez, Carter », dit-il, soudain rappelant davantage O'Neill que Jack. « Avançons ».

C'était tout ce qu'elle put faire pour s'empêcher de se mettre au garde-à-vous et de crier, 'A vos ordres, monsieur', alors elle le suivit sur la promenade vers la plage. Mais elle ne pouvait empêcher le frisson de grandir en elle ensemble à nouveau. Elle n'avait jamais réalisé combien cela lui avait manqué.

Ou combien il lui avait manqué.

ooo

Le sable sec était chaud sous leurs pieds, et si mou qu'il était difficile de marcher. Mais la plage était magnifique, une grande étendue de sable blanc et de dunes herbeuses qui longeaient le bord de l'océan étincelant. Des oiseaux descendaient en piqué, plongeant dans la mer, leurs cris étaient la seule chose qui perturbait le fracas des vagues de l'Atlantique.

Par consentement mutuel, même si silencieux, ils descendirent jusqu'au littoral et Sam enleva ses sandales dès que le sable fut suffisamment froid pour pouvoir marcher pieds nus. Elle respira profondément, l'air chaud tempéré par la senteur salée de la mer. Elle se sentait satisfaite. Heureuse. Détendue.

Jetant un coup d'œil, elle regarda Jack marcher à côté d'elle. Il tenait une poignée de cailloux et s'arrêtait de temps en temps pour les faire ricocher sur les vagues. Il était bon à cela, et elle eut soudain l'image de lui debout à l'extérieur de son chalet, lançant les cailloux sur l'eau tranquille de son lac. Il doit être heureux là-bas, réalisa-t-elle, loin des exigences du devoir et de l'honneur. Juste lui, son lac sans poisson. Et Laura.

Elle soupira. Il semblait si différent de l'homme qu'elle avait connu. Ce n'était pas juste l'absence de son uniforme, bien que cela en fasse partie. Mais c'étaient les signes de commandement qui lui manquaient maintenant la distance qu'il maintenait avec son équipe, le comportement discrètement réservé, le vernis de professionnalisme qui faussait toutes ses actions et relations. Et elle réalisa que de tout le temps qu'elle l'avait connu il ne les avait jamais laissés tomber. Pas une fois. Pas même quand cela avait été juste eux. Cela lui fit se demander si elle l'avait jamais réellement connu.

« A quoi pensez-vous, Carter ? », dit-il, arrêtant son geste de lancer un autre caillou parfaitement choisi dans l'eau.

Elle sourit, observant ses orteils s'enfoncer dans le sable humide et froid alors que les vagues s'enroulaient autour de ses chevilles. « Je pensais que c'est agréable », dit-elle, éludant d'instinct ses pensées réelles – comme elle l'avait toujours fait avec lui. Il ne dit rien, et elle se demanda s'il avait remarqué la demi-vérité. Et puis elle se demanda pourquoi elle avait menti. Il n'y avait pas de raison de lui cacher quelque chose maintenant ils étaient amis, ni plus ni moins. L'obscurcissement de leurs sentiments avait fait assez de dégâts à leur amitié – tout sauf le détruire – et il était ridicule de continuer sur ce même chemin destructeur. Elle prit une profonde inspiration, et puis un grand risque, « En fait, ce n'est pas ce à quoi je pensais ».

Il s'arrêta, fronça les sourcils et commença à jouer avec les cailloux qui restaient dans sa main. « Non ? »

Sam se glissa un peu plus près. « Non pas que cela ne soit pas agréable », ajouta-t-elle. « Mais je trouvais que… vous sembliez différent ».

Un demi-sourire crispa ses lèvres. « Plus gris. Plus vieux-- »

« Non », protesta-t-elle. « Plus détendu. Moins le Colonel O'Neill ».

Il haussa les épaules en signe d'acquiescement et lança une autre pierre. « Bien. J'ai toujours détesté ce type ».

Wow. « Vraiment ? Pourquoi ? »

Un autre haussement d'épaules. « C'était un imbécile ».

« Je n'ai jamais pensé cela », dit-elle, s'accroupissant pour ramasser quelques cailloux pour elle-même. « Je l'ai toujours bien aimé ».

« Oh allez », réprimanda Jack, lançant vivement un autre caillou à travers les vagues. « Il était odieux, délibérément obtus, intolérant— »

« Courageux, loyal, malin, drôle— »

« Peut-être pensez-vous à l'autre O'Neil ? » suggéra-t-il. « Celui avec un seul 'L' ».

Elle éclata de rire, se leva et soupesa un galet dans sa main. Taille et forme parfaites. « J'ai oublié d'ajouter modeste ». Alors qu'elle parlait, elle lança le caillou avec un petit mouvement du poignet, l'envoyant sauter un, deux, trois, quatre fois avant de sombrer. Pas mal.

« Pas mal, Carter ».

Elle sourit. « Mark et moi faisions des compétitions quand nous vivions à Long Beach ».

« Compétitions ? Vous ? Je n'y crois pas ». Les mots furent prononcés avec une telle de note d'affection que Sam leva les yeux vers lui avec surprise. Visiblement il s'était surpris lui-même aussi, car il se détourna avec un froncement de sourcils et reprit la marche.

Au bout d'un moment elle le rattrapa. « Je pensais ce que j'ai dit », lui dit-elle, ne voulant pas perdre cette intimité inhabituelle. « Vous étiez un grand officier. J'ai tellement appris, et toujours je— je vous ai toujours admiré. Beaucoup ». Il y avait eu d'autres sentiments aussi, bien sûr. Mais maintenant, dans leur état actuel de glasnost, c'était mieux de ne pas les déranger.

Il ne répondit pas, et Sam se surprit à tendre le bras et toucher son bras. « Jack ? »

Il sursauta. Puis se figea, son regard fixé sur les doigts posés sur son bras. « Quoi ? »

Et soudain ils furent à nouveau de retour en arrière. Son cœur battait la chamade. La peau sous ses doigts sembla plus brûlante que le sable, et elle lutta pour les mots et le souffle. « Je— Vous m'avez manqué ».

Jack retira brutalement son bras, recula d'un pas et se retourna si bien qu'il faisait face à la plage. Pendant un instant elle pensa qu'il allait peut-être répondre, mais alors ses lèvres se serrèrent en une ligne intransigeante et il fit un signe de la tête vers les dunes de sable. « Je pense que je vais essayer de prendre quelques photos de là-bas ». Attendant à peine son accord, il passa à côté d'elle et se dirigea vers les dunes.

Peu sûre de ce qui s'était passé entre eux, Sam ne suivit pas. A la place, elle fixa l'eau bleue tentatrice. Une nage, décida-t-elle, était ce dont elle avait besoin. Elle avait laissé les choses devenir trop intenses et ressentit le besoin de se calmer. Mais c'était tout à fait normal, se raisonna-t-elle, que les choses entre eux soient tendues de temps en temps. Ils avaient une histoire longue, compliquée, en grande partie non dite. Et simplement parce que ces sentiments étaient du passé, n'empêchait pas les souvenirs de jeter une ombre inconfortable sur leur amitié renouvelée.

Mais c'est tout ce qu'ils étaient, des souvenirs. Douleurs fantômes d'une blessure depuis longtemps guérie. Aucun d'eux ne se sentait comme ils l'avaient fait par le passé ils n'étaient plus en danger. Ils avaient trouvé la sécurité dans l'amitié, et elle était déterminée à ce que cette fois cela dure. Cette amitié était trop importante pour la perdre à nouveau.

Il était trop important pour le perdre à nouveau.

ooo

// Merde,// gronda Jack silencieusement comme il remontait la plage vers les dunes. A quoi diable jouait-elle ? En parlant comme cela. A le toucher ! Et que diable faisait-il, se permettant de ressentir… quoi ? De l'affection ? Du désir ? Merde, il refusait de vivre à nouveau cet enfer. Il s'était remis d'elle et il avait l'intention de rester ainsi.

Cela avait été une mauvaise idée, de l'inviter. Il l'avait su dès qu'il l'avait suggéré, mais stupidement il avait pensé qu'il pouvait gérer cela. Cela avait toujours été son erreur. Il s'était trompé lui-même en pensant qu'ils étaient 'seulement amis', tout comme il s'était trompé lui-même autrefois en pensant qu'ils étaient 'seulement collègues'. Mais la vérité était… Il soupira et ralentit. Quelle était exactement la vérité ? Il avait passé quatre ans à haïr Carter – à oublier Carter – et en deux jours passés ensemble elle avait défait tout son travail. Et il réalisait combien elle lui avait manqué, et combien il la voulait à nouveau dans sa vie. Pas comme il l'avait voulue par le passé, bien sûr. Cela était hors de question elle était mariée. Mais il fut forcé de regarder en arrière sur les quatre dernières années avec un œil neuf. Et au lieu de la paix, il vit le vide. Elle lui avait manqué et il ne l'avait même pas su jusqu'à maintenant.

Il ralentit encore, se retourna et s'arrêta. Elle était toujours debout sur le rivage, fixant l'eau alors que le soleil faisait briller ses cheveux blonds. Et à cet instant il sut qu'il ne pourrait pas la laisser partir à nouveau. Il voulait pouvoir l'appeler, la voir, de se considérer faire partie de sa vie. Il avait passé quatre ans à la rejeter – se niant lui-même – et maintenant il se rendait compte que cela avait été pour rien.

Pour le meilleur ou pour le pire, Sam Carter était une part de lui. Profondément. Et il n'existait aucun moyen de l'en faire sortir. Aussi il ferait peut-être bien de commencer à apprendre à vivre avec elle, et avec lui-même, parce qu'il pensait ce qu'il disait quand il avait dit qu'il n'y avait pas de retour possible. Il refusait de retourner aux années glacées et solitaires de leur séparation. Quel qu'en soit le prix, il serait son ami. Il l'aurait dans sa vie. Pour de bon.

Et alors qu'il se retournait vers les dunes, ses pieds glissants dans le sable mou, il considéra que ceci devait signifier qu'il lui avait pardonné d'avoir brisé son cœur. C'était en quelque sorte un petit miracle.

ooo

Les couloirs du SGC étaient calmes. Il était tard et Daniel frotta ses yeux pour la centième fois comme il s'absorbait dans les documents devant lui. Il aurait dû rentrer chez lui il y a de cela des heures, mais la traduction lui échappait et il ne pouvait s'arrêtait d'y penser comme un chien avec une vieille chaussure. Ca devrait être simple. Ca semblait simple. S'il pouvait juste—

« Activation extérieure non autorisée ! Activation extérieure non autorisée ! »

Une poussée d'adrénaline accompagna ces mots et sa fatigue fut oubliée. Il fut sur ses pieds en un instant, se dirigeant vers la porte. Non pas qu'il le devait, mais les sept années qu'il avait passées en première ligne rendait cela difficile d'ignorer l'appel.

Avant qu'il n'atteigne la salle de contrôle, la Porte des étoiles était déjà activée et l'iris était solidement fermé. Avec Sam hors de la base, le Général Taylor était encore de service. Ce qui était inhabituel, si tard dans la journée. Mais même presqu'à minuit, son uniforme et ses cheveux blancs coupés ras étaient impeccablement mis.

« Une idée ? » demanda Daniel, brossant de façon embarrassée son uniforme froissé.

« Aucune », vint la réponse sèche. « Nous n'attendons personne ».

Daniel dirigea son regard vers la porte, juste à temps pour voir le miroitement familier à travers l'iris. Cela faisait longtemps depuis qu'il l'avait vu. Beaucoup d'années. Son estomac se resserra cela ne présageait rien de bon. « Thor », dit-il d'une voix basse comme le frêle alien gris apparaissait à travers l'iris fermé.

« Baissez les armes », ordonna Taylor aux troupes de la salle d'embarquement, et se dirigea vers l'escalier. Daniel était sur ses talons. « Docteur Jackson, je suis heureux que vous soyez ici. Je n'ai en fait jamais rencontré les Asgard ».

« Non », acquiesça Daniel, son esprit réfléchissant à la cause de cette visite inattendue. « Ils se sont occupés de leurs affaires depuis que nous avons vaincu Anubis. Général, je ne pense pas que la venue de Thor ici soit une bonne nouvelle ».

Taylor lui lança un regard sombre. « C'est ce que je craignais ».

Comme ils entraient dans la salle d'embarquement, Thor attendait patiemment sur la rampe, ses grands yeux observant toute la salle. Taylor resta en arrière alors qu'ils approchaient de la Porte, laissant Daniel prendre la direction. « Bonjour, Thor ».

« Docteur Jackson », vint une réponse chantante. « C'est bon de vous voir à nouveau ».

« Oui. Vous aussi ».

« J'aurais souhaité que ma visite sur votre planète soit dans de meilleures circonstances. Cependant, j'ai bien peur que le problème ne soit grave ».

Daniel échangea un coup d'œil inquiet avec Taylor. « Grave comment ? »

La tête de Thor se détourna à nouveau, scrutant la pièce. « Je suis ici pour le Major Carter. C'est elle avec qui je dois parler ».

Les mâchoires de Taylor se resserrèrent. « Le Colonel Carter n'est pas ici, » dit-il, en s'avançant. « Je suis le Général Taylor, le Commandant de cette base. Tout ce que vous avez à dire, vous pouvez me le dire. »

Les grands yeux de Thor clignèrent lentement. « Général Taylor, vous devez rappeler 'le Colonel' Carter immédiatement. Son destin en dépend ».

« Que voulez-vous dire ? »

« Elle seule pourra comprendre », fut la réponse énigmatique. « Mais vous devez vous dépêcher. Notre temps est limité ».

Taylor échangea un rapide coup d'œil avec Daniel, acquiesçant brièvement. « Faites-la revenir ».

Daniel quitta la pièce en courant, son cœur s'emballant sous un mélange d'adrénaline et d'effroi qui lui rappela trop efficacement les jours passés.

ooo