Chapitre 4
Rose - Mickey : C'est un extra-terrestre !
Mickey était terrifié. Quand Rose avait commencé à parler d'extra-terrestres, il ne l'avait pas prise au sérieux. Quand elle lui avait demandé son aide pour retrouver celui qu'elle croyait avoir rencontré, il avait évidemment accepté : d'une part, il ne pouvait rien lui refuser d'autre part, elle n'avait peur de rien, et bien que ce soit d'ordinaire une qualité qu'il appréciait, il s'inquiétait pour deux. C'était son rôle de petit ami de la protéger.
Il avait amèrement regretté sa bravoure lorsqu'il s'était fait avaler par une poubelle vivante.
Depuis, les événements s'étaient enchaînés, et il n'était pas certain que l'aventure soit totalement terminée. Tout ce qu'il voulait, c'était rentrer chez lui, se mettre devant la télé, avec une bière, sa petite amie, et un match de foot. Il quitta la cabine de police plus-grande-à-l'intérieur en courant, et s'effondra sur le trottoir, essayant de reprendre ses esprits. Rose le suivit, en pleine conversation téléphonique, comme si se faire kidnapper par des extra-terrestres arrivait tous les jours. Elle mit fin à la conversation et s'approcha de lui.
« Ça va ? Tu as mal quelque part ? » lui demanda-t-elle, soucieuse.
« Heu… heu… » balbutia-t-il en pointant du doigt vers le Docteur et son engin. Il savait qu'il était en train de passer pour un crétin et un trouillard, mais son cerveau refusait de former une phrase cohérente. Il entendit Rose et le Docteur qui discutaient, contents d'eux, comme s'ils avaient remporté une compétition sportive, et pas risqué leurs vies.
« …si vous veniez avec moi ? » entendit-il le Docteur proposer à Rose.
« Non ! » s'écria-t-il. « C'est un extra-terrestre ! C'est une chose ! » Il devait à tout prix la convaincre de ne pas le suivre. Rose était courageuse, voire téméraire, elle n'était pas faite pour vendre des vêtements dans une boutique et vivre dans une cité toute sa vie, et si elle partait, il la perdrait. Lui était casanier, et son salaire de mécanicien ne les mènerait pas loin, mais il l'aimait. Si seulement il arrivait à penser correctement, il se battrait pour elle.
« Il n'est pas invité, lui. Ça vous tente ? » insista le Docteur. Rose hésita, et le Docteur continua, tentateur : « Vous pourriez rester ici, passer votre vie à travailler et à dormir, manger, ou alors voyager ? Comme vous voulez. »
« C'est toujours aussi dangereux ? » demanda Rose.
« Oui, » répondit l'extra-terrestre en souriant.
Mickey s'accrocha aux jambes de Rose. Il n'avait toujours pas retrouvé sa voix, mais s'il ne pouvait pas exprimer son opinion, il pouvait tout de même la montrer.
« Nan, je dois rester, » dit Rose, et Mickey se sentit soulagé. Sa Rose était aventureuse, mais elle était aussi raisonnable et fidèle à ses amis. « Il faut que… il faut que je retrouve ma mère et puis… et puis quelqu'un doit rester pour s'occuper de ce gros bêta ! » finit-elle avec un rire nerveux. Le silence s'installa.
« Très bien » répondit stoïquement le Docteur. « À un de ces jours. » Puis il rentra dans son vaisseau, qui disparut dans un vent et un bruit infernal. Au loin, un chien se mit à aboyer.
« Allez viens, on s'en va, » dit Rose au bout d'un moment. « Viens, allez. »
Elle l'aida à se relever et ils se dirigèrent vers la cité Powell. Mickey se retourna vers l'endroit d'où avait disparu la cabine de police, heureux que tout soit terminé. Il vit Rose se retourner également. Elle regrettait. Ce n'était pas grave : elle avait fait le bon choix, ils étaient tous les deux et ils pourraient se remettre de l'aventure ensemble. Mickey se jura d'oublier un peu le foot et les potes et de passer plus de temps avec Rose. Il avait un peu d'argent de côté et elle venait de perdre son travail, peut-être pourraient-ils en profiter pour aller passer une semaine de vacances quelque part, tourner la page.
Le bruit de la machine du Docteur qui revenait le tira de ses pensées.
« J'oubliais, » dit celui-ci en apparaissant à nouveau à la porte. « Ce vaisseau spatial voyage aussi à travers le temps, bien sûr ! »
Rose sourit et Mickey sut que cette fois, il ne pourrait rien dire ni faire pour la retenir. Elle se tourna vers lui.
« Merci, » lui dit-elle.
« Merci pour quoi ? » demanda-t-il, confus.
« Pour rien justement, » répondit-elle en l'embrassant sur la joue. Puis elle courut vers le vaisseau du Docteur et disparut à l'intérieur.
Mickey resta planté là, au milieu de la rue, bien longtemps après que la machine se soit dématérialisée.
