******* Chapitre 4 : VEILLÉES *******

Malheureusement le premier soir dans la maison familiale du Square Grimmaurd ne fut pas des meilleurs pour Eileen. Au lieu d'un long sommeil réparateur, elle eut à souffrir une nouvelle nuit de cauchemar telle qu'elle n'en avait plus connue depuis de nombreuses semaines. En effet, le rêve se déroula comme avant la rentrée balayant avec lui tout le trimestre et son lot d'améliorations successives. Son ange gardien avait disparu.

Sa chambre se trouvant bien éloignée de celle où dormaient ses parents dans l'immense maison, personne ne l'entendit crier lorsqu'elle se réveilla en pleine nuit. Seule Moon en sembla affectée, à moins que sa trop courte sortie de la veille fût la cause de son envie insistante de retourner dehors.

Après s'être levée lui ouvrir la fenêtre, Eileen revint en courant dans son lit pour y demeurer un très long moment assise à la lueur des flammes de la cheminée et tenter de comprendre ce qui avait pu se passer pour que le rêve change ainsi. Le rythme sourd des battements de l'horloge derrière le mur l'empêchait de bien se concentrer et sans s'en apercevoir véritablement elle finit par replonger dans le sommeil.

- Eh bien, on peut dire que tu as profité de ta nuit ! la taquina sans penser à mal sa mère en l'accueillant dans la cuisine le lendemain matin. Il est dix heures passées !

- Papa est déjà parti ? demanda Eileen dans un bâillement en se laissant tomber sur une chaise.

- Oui, et depuis un bon moment. Ta bestiole quant à elle est revenue juste avant son départ, et assez énervée je dois dire. Je lui ai proposé quelques morceaux de pomme mais elle est partie s'accrocher au lustre du salon sans demander son reste.

Tout en se servant des céréales et du jus de citrouille, Eileen expliqua que contrairement aux apparences, elle n'avait pas passé une si bonne nuit que ça. Que Moon avait dû s'y reprendre à deux fois avant de sortir, à coup sûr parce qu'il faisait trop froid dehors, et qu'elle l'avait par conséquent réveillée à une heure indue. C'était certainement la fatigue qui l'avait empêchée d'entendre son retour une fois qu'elle avait réussi à se rendormir.

- Je crois que je vais l'installer dans le grenier pour les jours à venir et laisser l'une des mansardes ouvertes pour ses allées et venues. Comme ça, elle ne réveillera pas Celia et Anna quand elles seront avec moi dans la chambre.

Une bouffée d'affolement la saisit soudain à la perspective de ce qui pourrait se produire lorsque ses deux cousines seraient là. Mais comme sa mère n'aborda pas le sujet, Eileen préféra ne pas parler des son cauchemar revenu et se convaincre que l'épisode de la nuit précédente n'était qu'un accident, une petite rechute provoquée uniquement par le changement d'environnement, moins familier. Tout rentrerait très vite dans l'ordre.

Mère et fille occupèrent le reste de leur matinée à arranger encore un peu les lieux afin de tromper l'impatience de voir arriver les autres membres de la famille. Harry Potter apparut par la grande cheminée du salon peu avant midi. Après avoir embrassé chaudement sa petite-fille et sa fille, il s'étonna de ne pas trouver son gendre.

- Dommage, fit-il en montrant le grand sac en papier qu'il avait apporté, Ellis va louper un repas typiquement asiatique. (Puis en leur souriant plus encore) J'ai pensé que ça ferait une bonne entrée en matière avant que Ginny ne rentre !

Ils prirent leur déjeuner dans le grand salon. Eileen, qui n'était sortie de table que peu de temps auparavant, mangea sa part du bout des dents. Harry la fit rire aux éclats lorsqu'il tenta d'envoyer un Wingardium Leviosa au vase qui trônait au milieu de la table avec l'une de ses baguettes chinoises.

- Eh, mais tu es là, toi ? s'exclama-t-il benoîtement lorsqu'il découvrit Moon accrochée au lustre juste au-dessus d'eux. Je dois dire que je suis ravi de sa compagnie dans mon bureau. Et chose qui n'est pas donnée à tous les occupants avec qui je partage les lieux, elle sait se faire très discrète.

- Seulement en plein jour, alors, objecta Lily.

Ils rirent encore et Harry reprit à l'intention d'Eileen :

- Je suis désolé que tu n'aies pas pu passer lui rendre visite plus souvent depuis la rentrée mais il y a tout un tas de formalités à remplir les premiers mois, je n'aurais jamais imaginé ça. Ce sera plus calme au deuxième trimestre, j'espère que tu viendras.

Les hôtes se succédèrent le soir et le lendemain et la grande maison assura bientôt sa véritable fonction de demeure familiale. Les plus attendus furent sans nul doute sa grand-mère Ginny ainsi que sa tante Chang'E, son oncle James et leurs deux filles. Ginny avait passé près de quatre mois en Chine, chez James et sa belle-famille, à découvrir le continent. Elle avait entre autres choses passé beaucoup de temps à étudier les us et coutumes des écoles de magie asiatiques et à nouer des relations avec elles en vue d'un rapprochement avec les écoles européennes. L'idée avait été initiée par Harry lorsque leur première petite fille, Celia, avait fait son entrée dans l'une d'elles, sept ans plus tôt.

Une partie de la famille de Chang'E avait été invitée à revenir avec Ginny pour découvrir à son tour la façon de vivre de ce côté du globe, sorcière ou non. Se trouvaient ainsi les parents de Chang'E, que tous avaient déjà rencontrés en diverses occasions, mais aussi son unique sœur et son mari, ainsi que leur bébé, âgé d'un peu moins d'un an. Comme sa tante, tous étaient moldus et allèrent de surprises en surprises tout au long de leur séjour. Pendant le dîner, Harry fit même remarquer qu'il y avait presque autant de moldus que de sorciers réunis sous ce toit et que c'était une chose inédite. Le regard noir que lança alors son père à son grand-père n'échappa pas à Eileen.

L'arrivée de l'oncle Albus et de la tante Alice donna encore lieu à des retrouvailles qui firent chaud aux cœurs. Puis les quelques jours qui les séparaient encore de Noël furent mis à profit pour les préparatifs de la fête. Certains s'affairèrent en cuisine pendant que les autres décoraient chaque recoin de la maison, sous les yeux ébahis de la belle-famille d'oncle James. Ginny organisa une grande sortie shopping sur le Chemin de Traverse et Eileen s'étonna un peu en voyant la sœur de Chang'E revenir avec un gros chat gris, qui s'avéra être un Fléreur mais songea qu'il n'y avait pas à s'inquiéter pour l'animal puisqu'il ne manifestait aucune crainte envers ses nouveaux maîtres.

Le jour du réveillon, Harry rentra avec un sapin si grand qu'ils durent s'y mettre à trois, ses fils et lui, pour réussir à l'extirper de la cheminée. L'arbre finissait tout juste d'être décoré lorsque les derniers invités, William et Andrew, firent une entrée remarquée, apparaissant ensemble dans l'âtre, coiffés chacun d'un bonnet péruvien multicolore.

Eileen avait toujours été plus proche de ses cousins que de ses cousines peut être à cause de leur éloignement géographique et culturel, ou parce que la différence d'âge se ressentait plus entre filles qu'avec les garçons. Ce fut encore le cas cette fois-ci, même s'il arriva que les jumeaux la délaissent en quelques occasions lorsqu'il y avait une sortie improvisée « entre grands ». Après s'en être un peu formalisée, Eileen se résolut à se faire discrète en proposant son aide aux adultes comme elle le pouvait.

Une personne se tenait plus encore en retrait de l'effervescence générale. Son père passait en effet la majeure partie de ses journées à son travail et lorsqu'il se joignait à eux, il affichait cet air distant qu'Eileen lui avait toujours connu en présence de la famille Potter. Elle n'avait jamais vraiment réfléchi aux causes réelles de cette attitude, l'ayant mise sur le compte de sa différence de statut entre sa belle-famille sorcière et lui, privé de ses pouvoirs magiques. À cela s'ajoutait sans doute les habituelles mises en boîte de son grand-père, qu'Eileen avait longtemps prises à la rigolade mais dont la teneur lui apparaissait un peu plus clairement maintenant qu'elle était plus âgée.
Elle avait d'ailleurs surpris une conversation entre ses parents durant laquelle sa mère tentait de relativiser les choses à sa manière, prétendant que la situation était normale et qu'elle serait certainement identique entre elle et sa mère à lui si ses parents étaient encore en vie.

Non, la véritable ombre au tableau, pour Eileen, fut que son « cauchemar d'avant » persistait la nuit. Elle s'estima pourtant heureuse, dans son malheur, que les pleurs du bébé de la sœur de Chang'E, dans la chambre mitoyenne à celle qu'elle partageait avec Celia et Anna, couvrit deux fois sur trois ses réveils nocturnes. Mais la situation n'en demeurait pas moins préoccupante si bien qu'elle chargea Moon de porter un message à Zoe pour lui en faire part.

Au matin de Noël, une montagne de cadeaux s'entassait sous le sapin. Il y eut encore beaucoup de joie et beaucoup de rires. Dans l'après-midi, alors que les adultes s'accordaient une petite sieste réparatrice, Willy et Andy prirent Eileen à part pour lui offrir un cadeau supplémentaire.

- Qu'est-ce que c'est ? demanda-t-elle en dépliant avec circonspection un vieux parchemin abîmé, vierge de toute inscription.

- La carte du Maraudeur, claironnèrent-ils en chœur.

Willy effleura ensuite le parchemin du bout de sa baguette tandis qu'Andy déclarait :

- Je jure solennellement que mes intentions sont mauvaises.

À ces paroles, des petits traits apparurent à la surface du parchemin pour former une sorte de quadrillage et les mots suivants se dessinèrent à l'encre verte dans la partie du haut :

Messieurs Lunard, Queudver, Patmol et Cornedrue
Spécialistes en assistance
Aux Maniganceurs de Mauvais Coups
Sont fiers de vous présenter
La Carte du Maraudeur

En examinant de plus près les dessins, Eileen ne tarda pas à comprendre qu'il s'agissait d'un plan de Poudlard, dépendances y comprises. Elle mit tout aussi peu de temps à s'apercevoir que des petits points surmontés d'un nom parsemaient les lieux, certains en mouvement.

- Ça alors ! fit-elle ébahie. Cette carte montre en temps réel où se trouvent tous les occupants du château !

- Ainsi que tous les passages secrets, ajouta Andy, une lueur espiègle traversant ses yeux verts.

- Mais qui sont Lunard, Queudver, Patmol et Cornedrue ?

- Étaient, corrigea Willy avant d'expliquer à Eileen l'histoire qu'il tenait directement de leur grand-père et de lui montrer comment désactiver la carte.

- Wouah, en resta-t-elle pantoise. Et pourquoi vous voulez me la donner ?

- Parce qu'elle ne nous sert plus à rien et que comme Celia et Anna étudient en Chine, elle te revient.

- Considère ça comme un héritage, conclurent-ils ensemble d'un ton faussement solennel.

- Mouais, minauda Eileen. Pour me passer le relais de vos retenues, oui ! Vous oubliez que je suis chez Serdaigle et non chez Gryffondor.

Elle leva alors le menton en exagérant bien sa mimique hautaine avant de suivre ses cousins dans leur éclat de rire.

Le reste du jour de Noël se déroula paisiblement. La neige tombait à gros flocons dehors et, à l'intérieur de la maison surchauffée, on s'adonna à différents jeux de société. James les initia ainsi au mah-jong version sorcier.

Pour la première fois des vacances, Ellis demeura la journée entière parmi eux. Il passa le plus clair de son temps installé dans l'un des fauteuils du salon à parcourir des journaux ou certains des livres qu'il avait reçus en cadeau et ne levait le nez pour participer aux conversations que lorsqu'on le sollicitait (ou l'aiguillonnait, quant il s'agissait de Harry).

- Qu'est-ce que tu lis ? vint lui demander Eileen en prenant place sur l'accoudoir de son fauteuil.

- Rien de très passionnant pour qui n'est pas féru de potions, répondit-il en refermant l'ouvrage. Il s'agit d'une toute nouvelle mise à jour d'un répertoire des substances animales et végétales que l'on peut trouver en Amérique Latine. Ce sont tes cousins qui me l'ont rapporté.

- Oh, fit-elle alors en observant le livre et en s'efforçant de trouver ça intéressant.

Il y avait sur la couverture une débauche de couleurs et de dessins qui formait un curieux patchwork de plantes et d'animaux bizarres au milieu desquels le nom de l'auteur – Luna Scamander - se détachait en lettres jaunes dorées d'un assez mauvais goût. La petite grimace que fit Eileen eut la faculté de faire sourire son père lorsqu'il ajouta qu'il l'avait pourtant prévenue.

Les jours qui suivirent les festivités s'étirèrent. Il y eut bien encore quelques sorties touristiques mais Eileen connaissait déjà tous ces lieux, moldus comme exclusivement sorciers, et commença à rechigner de devoir toujours accompagner les adultes alors que ses cousins en étaient dispensés.
L'idée de demander la permission à ses parents d'aller passer un jour ou deux à Oxford pour visiter Zoe lui traversa bien l'esprit mais comme les deux amies n'en avaient pas discuté au préalable et que le courrier qu'elle lui avait adressé restait à ce jour sans réponse, elle ne la mit pas à exécution. Elle se promit néanmoins d'évoquer la chose avec Zoe pour les vacances suivantes.

L'avant veille de la rentrée, n'y tenant plus, elle demanda à son père si elle pouvait passer la journée du lendemain avec lui, à son travail. Elle usa de toute sa conviction de petite fille pour ce faire, en promettant qu'elle se ferait la plus discrète possible et ne le dérangerait pas.

- C'est un peu comme les livres que je lis ici, trouva-t-il pourtant à objecter, tu risques surtout de t'ennuyer.

- Mais je pourrais voir comment tu travailles, ce sera plus concret pour moi maintenant que j'apprends la préparation des potions à Poudlard. Et puis je pourrais peut-être avancer mon devoir sur les ingrédients d'origine minérale par la même occasion.

Son père semblait séduit par l'idée mais ne l'accepta officiellement qu'au moment où Eileen ajouta qu'elle en avait surtout assez de passer ses journées entières dans l'agitation familiale.

- Bien. Dans ce cas, tiens-toi prête demain matin aux aurores.