IV – Des gens qui vous veulent du mal.

Ce fut désagréable de se réveiller après avoir dévoré des gaufres au sirop et de succulentes viandes rôties dans mon dernier rêve. On eut droit à quelques biscuits pour le petit déjeuner, je partis ensuite nous procurer des fruits sauvages comestibles. J'expliquai à mon compagnon qu'on allait devoir chercher chacun de son côté des denrées alimentaires, il me confia son couteau et opina du menton. Bien sûr, on convint de revenir à notre campement avant le zénith.

Il a neigé, dans la nuit, nos draps en peau de bête ont été protégés par le sapin sous lequel on a dormit, mais la neige semble avoir bien mieux effacé nos empreintes que moi avec une branche. Trouver des baies en hiver revient à de la chance. Avoir la chance de tomber sur des nids d'oiseaux débordant d'œufs ou un terrier peuplé d'une myriade de mammifères relève à un coup de pouce bien appuyé du destin. Avec mon couteau, je creusai le sol près des arbres et coupai les racines les moins enfouies. Elles sont gelées, mais je les rentrai dans mes poches et les serrai fermement dans mes paumes pour les réchauffer. Elles ne doivent pas avoir beaucoup de goûts, mais les mâcher longuement suffira à extraire les sels minéraux puisés dans la terre. La viande sera plus difficile à prélever sur les bêtes entre les loups carnassiers et les biches craintives. L'un sera difficile à approcher et l'autre difficile à se détacher.

En marchant le long d'un petit court d'eau, j'entendis un gémissement plaintif. Celui-ci est humain. Je suivis les bruits jusqu'à leur source. Je trouvai un homme couché sur le sol, avec un piège à loup renfermé sur sa jambe droite. Il essayait de desserrer ses crocs métalliques en se mordant les lèvres, mais ses larges doigts le désavantage.

-Rah ! Saleté de piège !

-Eh, toi ! Attirai-je son attention dans ma direction. Les crocs du piège le font grimacé de douleur, mais ma présence le fait froncer des sourcils férocement. Il a tout l'air d'une bête sauvage prête à me sauter dessus si je la libère de son piège ou détourne les yeux des siens.

-Tu me veux quoi ?

-Je veux te libérer, évidemment.

-Ne m'approche pas !

Il sortit de sa veste un canif qu'il déplia, la lame est crasseuse. La moindre plaie qu'elle causerait serait directement infectée et pourrait être mortelle si nous ne pouvons la désinfectée rapidement. Je m'approchai à sept mètres de lui, rendant le moindre coup de lame impossible. Son extrémité me cibla, son regard acéré de fauve résolu à ne pas se laisser être dompté me défie de m'en approcher.

-Tu veux mourir d'une hémorragie ? Fixai-je le sang coulant le long de son pantalon en un filet continu. A ce rythme-là, tu mourras avant la tombée de la nuit si personne ne te trouve et tente de t'achever.

-Pourquoi tu me sauverais ?

-Un allié ne serait pas de trop, haussai-je des épaules.

-Qui te dit que j'en suis un ?

-J'aurais déjà repéré tes amis si tu m'aurais tendu un piège.

-Comme si je me serais fais des amis pouvant se laisser être aperçus ? Dressa-t-il un sourire provocateur de hyène. Il bougea sa jambe, ce qui ne fit pas éterniser cette expression décevante. Vouloir me narguer alors qu'il est en mauvaise position n'est en rien efficace.

-Tu vas t'en sortir seul ? M'assis-je sur un tapis de mousse pour le regarder.

Au lieu de me répondre, il se débattit à nouveau avec la mâchoire en métal mais la bête tient fermement à en faire son repas. Il ne s'en sortira pas seul mais ce grand blondinet qui veut jouer les fières fait rouler inutilement ses muscles pour démontrer sa dépendance à mon aide. Je m'apprêtai à repartir mais il tendit son bras armé devant moi.

-Tu pourrais m'aider à enclencher le mécanisme ?

-Avant ça, certifie-moi que tu n'es pas légué contre moi.

-Comment ça ?

-J'ai bien vus que les tributs veulent tous ma peau. Je te libère à la seule condition que tu affirmes ne pas être des leurs.

-Pourquoi vouloir m'aider ? Je pourrais être l'un d'eux.

-Comme ça si tu me mens je pourrais te tuer sans le moindre regret.

-J'irais pas loin avec une jambe blessé, mais grouille-toi de retirer ce foutu piège !

-Promet-le ! Je ne me laissai pas être soumise par sa voix autoritaire.

-D'acc', je te le promet ! Grouille-toi maintenant !

Je l'aidai à extirper sa jambe du piège et n'eus droit comme remerciement que des râlements.

-Tu as aussi le droit de me remercier.

-Tu l'aurais fais deux minutes plus tôt, je me serais même prosterné.

Il se releva et traîna avec sa jambe dégoulinant de sang dans la forêt. Laissant une traînée bordeaux derrière lui. Si les loups pêcheurs devenus carnivores trouvent sa piste ils s'en prendront aussi à moi. Nos deux survies sont en jeux. Je m'approchai de lui.

-Écoute... Je ne sais pas ton nom...

-Haymitch Abernathy, mais à ce que je vois je n'ai pas eus assez d'importance aux yeux de Jellena la sulfureuse rapace pour qu'elle retienne mon nom et me considère comme un ennemi potentiel. Ce qui m'est un grand déshonneur donc t'as intérêt à le retenir.

-Pour l'instant tu as beau jacasser et faire mine d'ignorer la douleur, tu pisses du sang par ta jambe et si des prédateurs te trouvent ils ne feront qu'une bouchée de toi et de ton ridicule couteau.

-Je n'ai pas besoin de ton aide, de toute manière. Tchao, la volatile.

-Attends un peu ! Le pris-je par le bras. Tu veux vraiment te débrouiller seul ?

-Je compte m'en sortir seul. Un seul gagnant, tu sais ce que ça veut dire ?

-Un gagnant qu'on devra amputé d'une jambe et auquel on devra greffer un cerv-...

Il s'écroula au sol avant que je n'achève ma phrase.

Quand il reprit connaissance, j'étais revenu au campement provisoire où mon compagnon avait ramené des framboises sauvages. Il n'en est pourtant pas la saison mais les organisateurs doivent avoir pitié de notre sort. La première réaction de Haymitch à son réveil fut de pousser un cri et de traîner ses jambes dans la neige pour reculer. Sa jambe droite lui fit comprendre qu'elle n'est pas encore pleinement rétablie, il dut la coucher et se mordre la lèvre inférieure en maugréant. Tout en ciblant mon camarade d'un regard meurtrier.

-Il t'arrive quoi, au juste ?

-Tu ne vois donc pas qui est face à toi ? Tu ne connais donc pas Samuel Lamperey ?!

-Lampe... rey ?

-Quelle idiote ! Éloigne-toi de lui !

Je regardai Samuel. S'il aurait voulu me faire du mal ou me tuer, il l'aurait déjà fait. J'étais sans arme, le bras droit incapable de manier une arme, la veille j'étais incapable de me défendre. Et quand j'ai dormis, il aurait put me planter son couteau dans le dos. Il n'a rien fait de tout ça après m'avoir sauvé des loups, nourris et protéger du froid. Haymitch doit être un parano qui doit craindre les autres tributs. Se sentant concerné par sa frayeur, Samuel attira mon attention et bougea ses doigts pour me faire comprendre qu'il va nous laisser seul. Le temps que j'explique la situation à Haymitch. Même après il continua de me prendre pour une folle.

-Tu ne t'en rends donc pas compte ? Il a tué à lui seul les trois tributs de la veille. Il a colonisé la Corne d'Abondance et s'est ensuite enfuis avec tout un tas de sacs.

-Mais il n'en a qu'un, lui montrais-je celui à notre disposition.

-Comme s'il allait trimballer sur le dos tout les autres ! Sombre crétine, il les a tous cachés et éparpillés. Les regrouper ensemble serait dangereux, il suffirait de tomber dessus pour prendre toutes ses ressources. Je suis persuadé qu'il en a caché tout autour de nous, peut-être même les a-t-il éparpillé dans toute cette forêt.

-Tu n'aurais pas de la fièvre ?

-Comment ça, de la fièvre ?

-Tu sais... avec le froid...

-C'est bon, compte pas sur moi pour te mener à la morgue et pleurer sur ta tombe quand tu auras regretter ton choix. Passe-moi juste quelque chose qui puisse servir de béquille, je me débrouillerai très bien pour la suite tout seul.

-Très bien...

Je lui trouvai une branche assez grande et robuste pour qu'il la passe sous son épaule et puisse reposer dessus le poids de son corps. Il boitilla en s'en allant au loin. Je le regardai faire sans bouger, pourquoi devrais-je m'inquiéter pour un mec qui se méfie autant des gens ? D'accord, on ne peut que craindre ses adversaires, mais Samuel... Si je certifie qu'il est une bonne personne et que Haymitch me considère comme telle, pourquoi pas mon compagnon ? Samuel revint et quand il me pointa l'ancienne place de Haymitch, je posai dans sa main des biscuits.