4.

Entre silencieux reproches pour son imminent départ après seulement trois semaines au domaine, et gratitude pour le savoir à nouveau aux environs des coordonnées où Alguérande avait disparu, tous ceux du château l'avaient laissé se rendre à un QG Militaire où un Pirate n'avait théoriquement rien à faire !

De fait, sans aucun de ses habituels symboles, Albator s'était présenté au bureau du général de la Flotte terrestre.

Et à peine installé dans le coin salon, le grand brun balafré avait abordé les sujets fâcheux.

- Tu as parlé de l'Alliance Royale, c'est donc arrivé, Joal ?

- Oui. Plus de réunion éphémère d'une ou plusieurs bandes. Plus de partages de territoires. Ce sont les Reines et Rois qui ont scellé un accord qui semble solide au possible vu qu'il dure depuis un bon moment mais que les Pirates ne nous en font la démonstration que depuis quelques mois. Ce sont de véritables armadas qui se déchaînent en de nombreux points de l'Union Galactique, mettant à rude épreuves les cuirassés de guerre de toutes les Flottes de défense.

- Donc toutes les rumeurs n'en sont pas, il s'agit bien de la froide vérité, grogna Albator en allant se servir une autre tasse de café. Que cherche l'Alliance Royale ? Elle ne peut quand même pas renverser tous les gouvernements en place, qu'il s'agisse de régions libres ou de dictatures !

Joal Hurmonde eut un léger haussement des épaules.

- Quelle importance ? Leurs buts, toujours les mêmes : déstabiliser, apeurer, conquérir, rapiner, accroître leur pouvoir. Bien que là, les armadas défassent des Flottes entières, assoient leur mainmise sur la région et la contrôlent avant de poursuivre. Et en chemin, elles forgent des accords supplémentaires avec les Souverains qu'elles rencontrent, rien ne semble plus les diviser. Bref, le cauchemar de tous les Etats-Majors !

- Ca me rappelle très désagréablement les Carsinoés ! rugit Albator en martelant les accoudoirs de ses poings.

- Sauf que les Carsinoés avaient moins besoin d'armadas de cuirassés vu leur puissance psychique pour asservir les esprits.

Albator eut un ricanement.

- On voit que ce n'est pas ton cuirassé et ses clones qui ont fait face aux bâtiments Carsinoés, grinça-t-il en se levant pour faire les cent pas.

Debout devant la baie vitrée, il se retourna, enfournant les mains dans les poches de sa longue veste noire.

- Quelle soit Carsinoés, Pirates, ou autres, une armada est une armada ! Je doute que celle-ci déroge à l'habitude de tous nos ennemis de s'adjoindre au moins un allié surnaturel !

- Désolé, mais moi je ne peux raisonner que de façon naturelle, rétorqua un peu sèchement Joal Hurmonde. J'ai déjà bien assez à faire avec les armadas bien concrètes de ces Souverains. Mais l'ennemi que je redoute le plus c'est le Fantôme. Je suppose que tu as également entendu parler de lui ?

- Oui, avant que ne cite son nom hier après-midi dans mes serres.

Le grand brun balafré se croisa alors les bras, s'adossant à la paroi de verre.

- Il est depuis plus de vingt ans à la tête de la bande la plus puissante, en matière de feu plus qu'en nombre, des quadrants où se trouvait le Pharaon, rien d'étonnant à ce que ce soit sur ce dernier qu'il ait fondu ! Son cuirassé, le Mégalodon, a néanmoins plutôt la forme antique et fragile d'un voilier, mais il est à lui seul bien plus redoutable que l'Arcadia et le Deathbird réunis ! Et pour ajouter un peu d'aura kitsch à sa sinistre réputation, son capitaine se fait appeler le Fantôme puisque personne ne l'a jamais vu, juste une silhouette sanguinaire, encapuchonnée et masquée, récita Albator. J'ai été complet ?

- Toujours à la pointe du renseignement, toi ! Heureusement que tu es plutôt de notre côté !

Joal Hurmonde ne put s'empêcher d'avoir une mimique moqueuse.

- Aucune velléité de disjoncter, d'humeur de conquête et de destruction ? s'enquit-il.

- Pas que je sache, rétorqua le grand brun balafré qui n'avait nullement envie de rire à la boutade. Mais ne me pousse pas trop dans mes retranchements ou ne me tente pas trop, je n'ai perdu aucun de mes réflexes !

- Comme si je n'étais pas parfaitement au courant…

- … et c'est pour cela que tu me recrutes officieusement, ajouta Albator. Quels sont mes ordres, Joal ?

- Promène-toi, atomise tout ce que tu pourras. Observe aussi afin de me fournir un max de renseignements sur ce qui se passe pour que je puisse faire suivre les infos aux Flottes de défense du coin. Elles sont relativement faibles et les Flottes des zones voisines ne peuvent envoyer des destroyers à l'aveuglette !

Le regard de glace de Joal Hurmonde étincela.

- Et si tu croises le Fantôme, montre-lui qui est le vrai Roi de la mer d'étoiles, offre-moi son scalp en cadeau !

- Avec plaisir.

Et quelque part, avoir une mission, un but, et les coudées franches, rasséréna un peu le capitaine de l'Arcadia.