Blaine avait libéré sa soirée de vendredi, prétextant qu'il ne se sentait pas bien et qu'il devait rester au lit. Son argument était d'ailleurs imparable et n'éveilla pas les soupçons de Kurt. Pour dire vrai, il avait passé la semaine aux côtés d'un petit ami qu'il ne pouvait même pas embrassé, à cause du stupide rhume qu'il avait attrapé. Cette situation l'avait d'ailleurs rendu quelque peu grognon. Il accepta néanmoins de sacrifier leur soirée de vendredi, pensant qu'un peu de repos le remettrait sur pieds.
Se tenant devant le Breadstix, lieu de leur rendez-vous, Blaine attendait dans un froid intense, maudissant intérieurement Sebastian. C'était lui qui avait prit cette initiative et en plus, il le faisait attendre. Etrangement, son amertume disparue immédiatement lorsqu'il le vit enfin arriver.
En fait, c'est lorsqu'il vit son sourire lumineux que le coeur de Blaine se désserra, affichant à son tour une mine réjouite qu'il perdu à la seconde où Sebastian ouvrit la bouche.
- Blaine, on s'est vu il y à peine une semaine. Etais tu si pressé de me retrouver pour arriver aussi tôt ?
Pour être honnête, il n'en était pas mieux de son côté. La semaine lui avait parut être une éternité, les secondes des minutes, les minutes des heures. Et même si c'était son dernier moment en compagnie de Blaine, Sebastian ne pouvait pas s'empêcher de trépigner d'impatience à la perspective de le retrouver.
Blaine leva les yeux au ciel, agaçé par la prétention et l'insolence dont faisait preuve son vis à vis.
- Je te ferais dire que c'est toi qui n'est pas ponctuel, lança t'il à l'attention de Sebastian qui lui rendit un sourire éclatant en guise de réponse.
- A ce sujet Sebastian, je ne suis pas sûr de pouvoir passer la soirée avec toi.
Le jeune Warbler arqua un sourcil incrédule.
- Un deal est un deal, Blaine.
- Je le sais, soupira t'il. Mais ce n'est pas ça que je remets en cause, juste que -
Il éternua avant même d'avoir fini sa phrase. Sebastian éclata de rire pendant que Blaine sentait le rouge lui monter jusqu'aux oreilles. Il enfouit son nez dans son écharpe, levant des yeux réprimendants en direction du Warbler.
Sa mine de chiot était adorable, et le fait qu'il soit souffrant le rendait encore plus attendrissant. Sebastian sentit un élan d'affection monter en lui. Il songea un instant à saisir la petite silhouette dans ses bras pour le réchauffer et le couper du froid. Néanmoins il rejeta très vite cette idée, refusant tout bonnement de se laisser aller à un quelconque débordement. Il en était hors de question, ce n'était pas son genre.
Il reprit son sourire de façade en guise de carapace, comme si Blaine aurait pu lire dans ses pensées. En haussant les épaules, le jeune homme déclara :
- Je crois que j'ai saisi. Pas de problème pour moi. Si tu es malade, je te ramène chez toi.
Blaine sentait le froid cogner contre ses joues et son corps assallit de frissons. Cette sensation lui rappela vaguement ce qu'il avait renssenti le soir des communiales, lorsqu'il s'était retrouvé seul face à Sebastian. Il n'y avait personne chez lui ce soir là, donc ce n'était pas ce qui le préoccupait le plus. Il pensait surtout à Kurt. A la réaction qu'il pourrait avoir en apprenant que Sebastian était allé chez lui, qu'importe les circonstances. Blaine était certain que cela déclancherait sa colère. La foudre ne tombait pas deux fois au même endroit disait on, mais celle de Kurt Hummel aurait pu nous surprendre. Non. Lui avoir délibérément menti, enfin, plus ou moins, c'était déjà trop. Il n'allait pas recommencer. Ils avaient toujours été honnêtes l'un envers l'autre et en temps normal, Blaine ne cachait jamais rien à son petit ami. Seulement, à chaques fois qu'il se retrouvait en face de Sebastian, il finissait par lui mentir. Et d'une certaine façon, c'était bafouer ses sentiments que de le retrouver derrière son dos.
Il soupira. Après tout, c'était la dernière fois qu'il verrait Sebastian. Et il refusait d'être encore plus malade. Hors de question. Il avait passé sa semaine à repousser Kurt lorsqu'il s'approchait trop près de lui, il n'allait pas en faire de même durant celle qui suivait. C'était insoutenable.
Alors, d'un signe de tête, l'adolescent acquieça, ne se gardant pas néanmoins de fusiller Sebastian du regard en voyant cet air victorieux se dessiner sur son visage.
- Parfait, murmura le grand brun.
A sa grande surprise, il n'y avait personne chez Blaine. Ce dernier ne s'attarda pas sur le sujet, lançant un vague "tu peux entrer, je suis seul ce soir" avant de s'engager dans les escaliers qui menaient à sa chambre. Alors, Sebastian ne releva pas plus que ça. Sa chambre était un peu viellote mais bien arrangée. La décoration était sobre, la pièce relativement spacieuse et agréable.
Il regarda Blaine se débarasser de sa veste puis faire de même avec son écharpe. Un soupir d'aise s'échappa de ses lèvres, ce qui fit sourire légèrement le plus grand des deux. Plus il apprenait à le connaître et plus il le trouvait mignon, attendrissant, à défaut de penser constament à quel point il le trouvait sexy. Sebastian ne fit pas attention à cette réfléxion, il choisit de ne pas s'en soucier et de la mettre de côté pour ce soir. Pas d'attachement, surtout pas maintenant alors qu'il s'apprêtrait à lui dire aurevoir pour de bon d'ici peu de temps.
Blaine s'assit sur son lit, priant Sebastian de faire de même. C'est tout de même méfiant qu'il le vit s'approcher, lentement, les mains enfoncer dans ses poches.
Ses yeux s'arrêtèrent sur le cadre posé au dessus de la commode. Il sentit un soudain goût amer poindre sur le bout de sa langue lorsqu'il reconnut la personne immortalisée sur le cliché.
- Si ce n'est pas mignon, il a même une photo de son petit ami encadrée dans sa chambre.
Le temps d'un battement de cil, Blaine crut désceller au son de la voix de Sebastian, une pointe de jalousie. Si ce sourire permanent n'était pas présent sur son visage, il aurait presque cru que le masque froid et inébranlable du jeune homme s'était envolé.
Un enième éternuement se fit entendre, et Blaine, agaçé, grimaça tant il se sentait brusquement fiévreux. Il croisa les bras contre son buste dans le but de réprimer de nouveaux frissons.
- C'est une photo qui provient d'une affiche de campagne, expliqua t'il simplement.
Sebastian haussa les épaules et se tourna enfin vers Blaine, qui semblait frigorifié et plus pâle que tout à l'heure. Il le pressa de poursuivre, d'un signe de la tête.
- Au départ j'enviais votre relation et j'enviais surtout Kurt, commença Sebastian, plus sérieux qu'il ne l'avait jamais été auparavant avec lui.
Blaine sourit faiblement, levant un sourcil contraint " - Oh allez, ne fais pas le modeste..." ce qui fit sourire également son vis à vis. Il marqua un temps.
- Mais maintenant, vraiment pas.
Tout deux se guettèrent, cherchant à déchiffrer ce qui se jouait dans l'esprit de l'autre. Un silence s'installa durant un temps qu'ils ne pouvaient estimer.
Ils étaient là, à soutenir le regard de l'autre, y trouvant de l'incompréhension dans celui de l'un, et de l'audace dans celui de l'autre.
Ce fut Blaine qui coupa le contact visuel, sursautant à cause d'un nouvel éternuement. Il soupira irrité, avant de tendre la main pour saisir la boite de mouchoirs posée sur sa table de chevet.
Sebastian le regardait faire, patientant avant que Blaine ne dise quelque chose. Son attente ne se fit pas longue puisque l'adolescent l'interroga :
- Pourquoi ?
Sebastian réfléchit un instant, se mordant distraitement la lèvre inférieure. Il ne savait pas si le fait de se montrer aussi vulnérable et honnête avec lui était une bonne idée. Jusque là, il avait parler sans trop réfléchir, partageant ses pensées telles qu'elles lui venaient. La facilité avec laquelle Blaine le faisait parler sans le vouloir l'horripilait au plus au point. Il n'avait pas sourit de ce sourire narquois depuis que leur conversation s'était engagée, pas une fois. Ce sourire, c'était son arme. Un atout de séduction mais aussi une armure de glace qu'il offrait à tout le monde, du plus parfait inconnu à ses propres proches. Et même à Blaine, tout du moins, durant un temps. Car depuis quelques jours déjà, à son contact, Sebastian se sentait faiblir, s'adoucire. Comme si l'innocence et la joie de vivre du jeune homme l'avait envahi lui aussi. Son sourire resplendissant et ses yeux de chiot avaient réussi à toucher son coeur, d'une façon ou d'une autre sans qu'il ne s'en rende vraiment compte.
Il fronça les sourcils, ennuyé. Ce qu'il ressentait ne lui plaisait pas, vraiment pas. Cette sensation d'être vulnérable, à la portée de ce petit hobbit aux yeux qui brillent et aux boucles impeccablement coiffées. C'était ridicule. Il était au dessus de tout ça, au dessus des sentiments, au dessus de l'affection, de l'attachement. Là, tout de suite, il se sentait totalement à fleur de peau. L'idée lui décrocha un sourire amer, se sentant presque proche d'Hummel qui vivait au pays des bisounours et de la guimauve à profusion. Il aurait été nu que çe n'aurait pas été pire. A vrai dire, c'était même plus facile pour lui que de se dévoiler. Il rencontrait des garçons, les séduisaient puis finissait par coucher avec eux avant de les jeter. C'était ça, sa vie. Une vie dénuée d'amour. Il préférait offrir son corps et jouir des plaisirs de la vie plutôt que de faire don de son coeur, et de le voir réduit en morceaux.
C'est un nouvel éternuement qui le tira de sa songerie.
Sebastian étudia Blaine, méfiant, se sentant soudainement mal à l'aise. Il jeta furtivement un regard dans le miroir qui se trouvait en face lui dans le but de se redonner contenance.
Arrêtes de te comporter comme une vierge éffarouchée.
Sebastian Smythe n'était pas Kurt Hummel. Sebastian n'était pas avide de sentiments ni un inconditionnel disciple de l'amour. Non. Sebastian était tout sauf ça et ce n'était pas un simple hobbit qui portait des noeuds papillons et des mocassins sans chaussettes qui allait le faire flancher, sûrement pas.
Il fit quelque pas pour finalement venir s'asseoir sur le rebord du lit, non loin de Blaine. Ses yeux bleus se perdirent dans l'intensité dorée, et choisi d'ignorer la boule anxieuse qui vint se loger dans son ventre au même instant.
Pourquoi ?
- Parce que je sais que je pourrai t'apporter mieux, assura t'il comme si c'était évident et que la question de Blaine relevait d'une absurdité sans nom. Parce que quand tu as une personne en face de toi qui court après tout ce qui bouge mais qui est prête à arrêter tout ça du jour au lendemain pour toi, c'est qu'elle en vaut la peine.
Pas un instant il ne perdit le court de son petit discours, il ne détourna pas le regard, ne sentit pas sa voix trembler, ne se perdit pas dans ses pensées. Il se devait d'être honnête pour une fois. Il voulait l'être puisqu'il ne pourrait plus lui faire part de tout ça après. Si Blaine n'avait été qu'un nom et une image, il était devenu un sourire et une joie de vivre désormais ancrée au plus profond de Sebastian. Le jeune homme se fichait royalement de ce que pouvait penser les autres de lui, il était si confiant et fier de sa personne qu'il n'accordait aucun crédit aux critiques. Seulement voilà, il voulait que Blaine ne garde pas cette image d'un garçon prétentieux et arrogant. Il voulait lui montrer qu'il était aussi autre chose, qu'il y avait plus que ça. Au fond, Sebastian espérait sans conviction que cette autre facette de lui fasse changer d'avis au jeune homme qui se trouvait en face de lui. Il espérait titiller secrètement sa curiosité.
Blaine haussa les sourcils, surpris par cette aveux. Il scruta le visage de Sebastian mais n'y decela aucune gêne, aucun malaise, aucun regret, juste de l'assurance. Une assurance qui ne relevait pas de l'arrogance, pour une fois. Il sentait simplement que l'adolescent était sûr de lui dans ce qu'il avait avançé.
L'ex Warbler baissa les yeux, un peu ébranlé parce qu'il venait d'entendre. Il ne comprenait pas, il ne savait pas s'il pouvait le croire ni l'impact que ces mots avaient eu sur lui. Il était troublé et à la fois touché. Peut être même légèrement gêné. Cependant, une question brûlait ses lèvres, une question qu'il voulait à tout prix lui poser pour avoir une certitude. C'est alors qu'il se lança.
- Mais je croyais que je t'attirais juste physiquement ? - Il leva un doigt accusateur devant son visage, - et ne crois pas que je me jete des fleurs en disant ça !
La remarque fit sourire Sebastian, sourire que Blaine lui rendit. Il ne pouvait pas réfléchir, il ne savait pas quoi faire ni dire, se sentant beaucoup trop malade et étrangement faible. Il fut saisit de nouveaux frissons qu'il chassa à l'aide de ses paumes glaçées.
- Tu crois vraiment que je te courrais après depuis tout ce temps, juste pour voir ta tête de chiot éperdu d'amour dans mon lit au réveil ? Sûrement pas, il faut aller chercher un peu plus loin que ça. Il pencha la tête dans le but de capter le regard de Blaine qui semblait au bord du malaise. Celui ci reporta son regard sur le Warbler, comme de nouveau enclin à écouter le discours que Sebastian lui tenait à coeur ouvert.
L'adolescent le détailla de toute sa taille et assura non sans fermeté, "Mais je ne m'attarderai pas dessus. Tu me plais et c'est déjà trop en dire."
