Merci pour vos reviews !! ^^

***

Jack referma la porte derrière lui et s'assit à son bureau, la mine sombre. Des pensées contradictoires ne cessaient de tourner dans sa tête, l'empêchant de se concentrer sur quoique ce soit. Il avait besoin de se retrouver seul quelques instants et réfléchir à tout ça.

« Ça » étant, bien sûr, « Carter ».

Passés la joie et le soulagement immense de la savoir enfin revenue parmi eux, il avait été surpris de la voir annoncer, un grand sourire sur les lèvres, qu'elle allait refuser la demande en mariage de Shanahan ! Qu'est ce qui l'avait étonné le plus ? Son refus ou le sourire qu'elle lui avait lancé en le lui disant ? Son sang n'avait fait qu'un tour.

L'espace d'un instant, il avait cru qu'elle allait dire non à cet homme parce que… parce que… Stop ! Il ne devait pas penser à ça. C'était ridicule et surtout bien trop présomptueux. De plus, elle n'avait pas dit qu'elle quittait Shanahan mais juste qu'elle refusait sa demande en mariage… Peut-être était ce simplement trop tôt pour elle.

Raaahhh ! Si seulement il avait réfléchi un peu plus avant de parler et de lui demander stupidement « pourquoi ? » ! Il aurait simplement du chercher à savoir si elle avait bien pesé le pour et le contre avant de refuser et si son intention était définitive où juste due à la situation exceptionnelle qu'ils étaient tous en train de vivre… Au lieu de ça, il se trouvait dans l'incertitude totale, partagée entre l'espoir et l'agonie…

Depuis qu'il avait surpris Sam en train d'avouer son affection pour Shanahan à son père, Jack avait l'impression de vivre un véritable enfer. Au delà de la notion même de perte, le plus difficile pour lui était d'accepter qu'il n'avait ni le droit, ni les moyens d'empêcher cela. Tout ne dépendait plus de sa seule volonté comme cela avait été le cas depuis quelques années, mais au contraire de celle de Carter, qui visiblement avait décidé de passer à autre chose. Il regrettait à présent amèrement d'avoir repoussé la jeune femme lorsqu'elle avait semblé vouloir lui parler de ses sentiments, alors qu'il était possédé par les connaissances des Anciens. Jusqu'au bout, il avait senti que ce n'était pas nécessaire, qu'il allait survivre. Appelez ça « le sixième sens », si vous voulez…

Mais il avait eu tort. Il n'avait pas compris qu'elle était à bout, à cette époque-là. Que son refus de lui répondre ou d'avoir cette discussion était pour elle la preuve qu'elle ne devait plus rien attendre de lui.

Alors elle avait décidé de le reléguer au rang d'ami et de faire sa vie de son côté…

Et maintenant… Tout était devenu si difficile. Tout lui semblait si laborieux depuis qu'il avait compris qu'elle lui était à présent inaccessible. Rien ne semblait avoir changé pourtant en apparence. Toujours les mêmes sourires lumineux lorsqu'elle le voyait arriver près d'elle, toujours la même rougeur lorsqu'ils avaient une discussion quelque peu ambiguë. Cette constante complicité en était presque plus douloureuse… Mais tout était différent, cependant. Tout était différent parce que Sam en aimait un autre. Certes, elle ne voulait pas l'épouser pour le moment mais ses sentiments pour lui étaient bien là.

Le téléphone sonna, interrompant ses sombres pensées. Dans un soupir, il tendit le bras et décrocha.

- Oui ?
- Peter Shanahan demande à parler au Colonel Carter, Mon Général, mais personne ne répond dans ses quartiers.

Jack hésita quelques instants… Elle devait se trouver à l'infirmerie.

- Passez-le-moi.
- A vos ordres.
- … Allo ?
- Shanahan ? Bonsoir, O'Neill à l'appareil.
- … Ah… Bonsoir… J'aurais souhaité parler à Sam. Je sais qu'elle est revenue au SGC, je l'ai vue à la télévision.
- En effet. Elle est cependant en ce moment même indisponible mais je lui dirais que vous avez appelé.

Un silence se fit au bout du fil, puis Jack crut l'entendre soupirer.

- Très bien, je vous remercie, Général.

Tous deux raccrochèrent. O'Neill ne put empêcher un geste d'agacement et posa brutalement le stylo qu'il tenait dans sa main. Entendre la voix de ce type l'avait prodigieusement irrité. Comme il aurait aimé pouvoir l'envoyer balader, lui dire que Carter ne voulait plus le voir… soupira-t-il en s'affalant sur son siège.

***

Sam rangeait les vêtements qui n'avaient pas servi pendant son petit séjour en Antarctique, tandis qu'elle jetait, de temps en temps, un coup d'œil vers la pile de magazines qu'elle avait emportés avec elle et qui se trouvaient pour l'heure près de son oreiller. N'y pouvant plus, elle finit par laisser tomber les pulls qu'elle tenait dans ses bras et se dirigea vers le lit. Le cœur battant la chamade, elle fit glisser les quelques revues et prit celui qu'elle avait soigneusement caché.

« Un héros » relut-elle, tout en caressant du bout des doigts le visage volontaire de son supérieur, en couverture du magazine.

Elle ouvrit celui-ci et alla directement aux pages le concernant, tout en s'asseyant confortablement sur son lit pour savourer chaque minute de sa lecture. Elle prit avant cela, cependant, le temps de regarder les quelques photos qui illustraient l'article. Toutes le représentaient en uniforme en passant du treillis à l'habit officiel. Un sourire aux lèvres, elle tentait vainement et bêtement de choisir dans quelle tenue elle le préférait… Finalement, incapable de se décider, elle commença sa lecture.

Il y avait beaucoup de blabla pour pas grand chose, la vie de Jack O'Neill étant plutôt secrète, notamment lors de ses années chez les Blacks Ops. Cependant, elle en apprit beaucoup plus sur son enfance et sur son adolescence. Ils firent bien sûr allusion à son mariage, au décès accidentel de Charlie et à son divorce mais restèrent cependant assez vague à se sujet, préférant mettre l'accent sur son courage à surmonter ces épreuves que sur ces épreuves elles-mêmes.

Sam s'en réjouit aussitôt. Cet article était un véritable hymne au Général O'Neill. L'auteur savait juste qu'il avait sauvé la planète près d'une dizaine de fois au péril de sa vie et cela lui suffisait. Peu importait les circonstances. Cet homme était un héros.

Sam finit par refermer le magazine, quelque peu déçue cependant. Il n'y avait rien de vraiment nouveau pour elle… sauf peut-être qu'elle avait à présent des photos de lui ! songea-t-elle en riant doucement avant de réaliser ce qu'elle était en train de faire...

Comment en était-elle arrivée là ? Elle avait eu l'impression d'être passée à autre chose, avait rencontré un garçon merveilleux et en l'espace d'une semaine tout avait changé. Elle se retrouvait encore plus amoureuse de Jack qu'auparavant et le désirait plus que jamais.

Se refusant à songer à tout cela plus avant, elle posa le magazine et jeta un œil sur les autres où elle se trouvait en couverture. Un petit encart avec une photo d'O'Neill sur l'un d'entre eux, l'interpella. Elle l'ouvrit, tourna quelques pages et trouva l'article en question.

Son cœur fit un bon dans sa poitrine.

« Deux héros, célibataires, unis par des années de luttes… La loi de non-fraternisation est-elle responsable d'une injustice ?… »

A peine avait-elle lu ces quelques lignes que des coups frappés à la porte la sortirent de sa torpeur. Elle se leva machinalement et alla ouvrir.

Son cœur s'affola aussitôt… et son trouble ne passa pas inaperçu.

- Ca va, Carter ? … Vous avez l'air… bizarre.

Reprenant ses esprits, la jeune femme redressa vaillamment la tête.

- Tout va bien, juste un peu fatiguée, Mon Général.

A ces mots, Jack sembla hésiter.

- Je vais peut-être vous laisser alors…
- Non ! intervint-elle, peut-être un peu trop brusquement, ce qui les surprit tous les deux.

Terriblement gênée, elle finit cependant par lui sourire nerveusement.

- Vous vouliez me dire quelque chose, Mon Général ?
- … Euh oui… Je peux entrer ?
- Bien sûr, répondit-elle en s'effaçant tandis qu'il pénétrait dans ses quartiers et qu'elle refermait la porte derrière lui.

C'est à cet instant précis qu'elle se souvint du magazine Life posé en évidence sur son lit. Son sang ne faisant qu'un tour, elle se précipita le plus naturellement possible entre son supérieur et la revue afin de la lui cacher. Il ne sembla pas prêter attention à ce stratagème, ses yeux étant posés sur celui qu'elle tenait dans sa main. Avant même de réaliser quoique ce soit, elle le vit fondre sur elle, lui subtilisant le magazine et commençant à lire les premières lignes. Rouge de confusion, elle voulut le lui reprendre mais celui-ci esquiva « l'attaque » d'un geste vif.

- Je… je… balbutia-t-elle, incapable de prononcer plus d'une syllabe.

Il finit par redresser la tête, un étrange sourire sur les lèvres.

- Je ne pensais pas que ce genre d'article pouvait vous intéresser, Carter.
- … Je viens juste de tomber dessus par hasard, Mon Général…

Jack acquiesça, faisant mine de la croire. Il relut cependant le titre et finit par lui jeter un coup d'œil amusé.

- Et alors ?… Selon vous, la loi de non-fraternisation est-elle responsable d'une injustice ?

Sam, déjà écarlate, sentit ses joues s'empourprer davantage.

Comment pouvait-il aborder un sujet aussi tabou entre eux, comme si de rien n'était ? Il semblait prendre tout cela avec tellement de légèreté, ce qui, loin de la soulager, la plongeait dans une profonde détresse.

- … Il y a certainement des injustices, oui, répondit-elle donc avec prudence.

Pour seule réponse, Jack la regarda quelques instants, puis finit par acquiescer, tout humour ayant déserté son visage.

Encore une fois, elle venait de repousser toute possibilité de discussion concernant leur relation personnelle. Il avait voulu la tester. Bravo ! Beau résultat, songea-t-il amèrement.

Il lui tendit alors le magazine sans un mot mais ne croisa pas son regard lorsqu'elle le lui prit d'un geste hésitant. En effet, ses yeux venaient de se poser sur le lit.
Contournant la jeune femme qui se remettait à peine du brusque changement d'humeur de son supérieur, il finit par se pencher pour saisir la revue Life. Il ne comprenait plus rien. Il y avait une telle différence entre les gestes et les paroles de Carter. Elle semblait, selon ses dires, être d'une totale indifférence vis à vis de lui et pourtant elle lisait des articles sur sa vie et rougissait dès qu'il croisait son regard… Cette situation commençait sérieusement à l'agacer à défaut de le torturer.

- Je… J'ai pris ce magazine par mégarde… dit-elle derrière son dos.
- Mmmm, répondit-il seulement sans se retourner.

Il resta silencieux quelques instants, perdu dans ses pensées. Sam finit par s'inquiéter.

- … Avez-vous lu l'article de cette revue ?

Comme il ne répondait toujours pas, la jeune femme s'obligea à continuer :

- Il est très positif… Vous y êtes décrit comme…
- Un héros, je sais… Je l'ai lu. S'ils savaient tout ce que j'ai fait lorsque j'étais dans les Black Ops, je ne suis pas certain qu'ils utiliseraient un tel mot pour me qualifier... dit-il finalement, plus sombre que jamais.

Sam resta silencieuse, ne sachant trop quoi répondre à une telle affirmation. Elle ne savait pas exactement en quoi consistaient ses missions mais en avait une certaine idée : enlèvements, assassinats…
Elle préféra chasser tout cela de son esprit. Pour elle, il était celui qui lui avait sauvé la vie un nombre incalculable de fois, qui avait fait preuve d'une totale abnégation, d'un courage et d'une loyauté sans égal… En un mot…

- Vous êtes un héros, Mon Général. Que vous soyez ou non d'accord avec cela, c'est un fait.

Il se tourna doucement vers elle et croisa son regard sincère et d'un dévouement sans faille. Profondément ébranlé par cette touchante assurance, il finit par lui sourire. Elle avait confiance en lui, songea-t-il avec chaleur. Peu importe ce qu'elle lirait dans ces magazines. Tout ce qui pouvait être dit sur son passé ne pouvait effacer ces huit années à combattre côte à côte, à risquer leurs vies ensemble. Il n'aurait pas dû avoir peur lorsque Daniel avait tendu à Sam la revue à scandale qui étalait au grand jour la pire erreur de sa vie. Il n'aurait pas dû craindre que son opinion à son sujet ne change.

Revenant alors soudain à la réalité, il se rappela la raison de sa présence chez elle. D'un geste nerveux, il déposa le magazine sur le lit et se tourna vers elle.

- Shanahan a appelé lorsque vous étiez à l'infirmerie. Il aimerait que vous le rappeliez.

Surprise par ce changement brusque de sujet, Sam finit par acquiescer.

- Très bien… Merci…
- … Vous comptez toujours refuser sa proposition ? demanda-t-il au bout d'un instant de silence.
- … Oui.
- Et…

Jack s'interrompit. Comment aborder les raisons de ce refus sans être déplacé ? se demanda-t-il, plus nerveux que jamais.

- Et ? insista cependant la jeune femme, voulant visiblement qu'il aille au bout de sa pensée.
- … Et… Est-ce un refus… définitif ou temporaire ? finit-il par souffler, le cœur au bord de l'implosion.

Sam sembla hésiter, ne s'attendant certes pas à une question aussi personnelle et directe.

- … C'est définitif, Mon Général.

Elle avait dit cela sans le quitter des yeux, accrochant son regard, cherchant à lui faire passer un message, mais Jack n'y prit pas garde, trop désireux de masquer son trouble.

Il eut en effet toutes les peines du monde à ne pas hurler de joie en entendant prononcés ces mots. Il détourna aussitôt les yeux de peur qu'elle y lise ce qu'il avait tant de mal à cacher. Il acquiesça simplement, puis, enfonçant ses mains tremblantes dans les poches de son pantalon, Jack fit quelques pas dans la chambre et se rapprocha de la sortie.

- Je suis désolé, dit-il finalement.

Non, il ne l'était pas. Il le savait et elle le savait elle aussi, sans aucun doute.

- Merci…

Posant la main sur la poignée de la porte, il finit par se tourner vers elle. Elle ne semblait pas particulièrement malheureuse par cet échec, réalisa-t-il. Cela lui ôta définitivement l'horrible culpabilité qu'il ressentait d'être ainsi satisfait de la tournure que prenait l'histoire de son second avec Shanahan. Si elle le vivait bien, pourquoi se montrer faussement peiné ?

- Bonne soirée, Carter. A demain.
- Bonne soirée à vous aussi, Mon Général, lui répondit-elle tandis qu'il refermait la porte derrière lui.

… Encore profondément ébranlée par cette discussion pour le moins étrange, Sam finit par s'effondrer sur son lit, les mains tremblantes. Elle se força à respirer profondément afin de ralentir les battements désordonnés de son cœur, puis, préférant éviter de réfléchir plus avant sur ce qui venait de se passer, elle prit le combiné téléphonique et composa le numéro de Peter.

- Oui, lui répondit-il essoufflé après avoir couru jusqu'au téléphone.
- Bonsoir, c'est moi…
- Sam !! Enfin ! Je commençais à désespérer…

La jeune femme se força à rire mais le cœur n'y était pas.

- Il ne fallait pas t'inquiéter. Je t'avais dit que je serais indisponible pendant une petite semaine.
- … Je sais mais que veux-tu. Tu me manquais.

Elle aurait du lui dire à l'instant même que cela avait été réciproque mais la vérité étant hélas tout autre, elle garda le silence.

- As-tu réfléchi à ma proposition ? finit-il par demander au bout d'un instant.
- … Es-tu vraiment sûr de ne pas vouloir attendre qu'on se voit pour en parler ? Par téléphone, ce n'est…
- Sam, la coupa-t-il brusquement. J'ai besoin de savoir. L'incertitude est pire que tout…

Elle hésita quelques instants puis finit par soupirer. Elle détestait devoir faire cela par l'intermédiaire du téléphone, bien que ce soit plus facile pour elle dans ces conditions. Voir son visage décomposé aurait été trop difficile à supporter.

- Je suis désolée, Peter… Je ne peux pas t'épouser.

Un long silence accueillit cette réponse. Sam, un nœud au ventre, attendit patiemment qu'il puisse de nouveau parler.

- C'est à cause d'O'Neill ? demanda-t-il finalement à la stupéfaction de la jeune femme.
- … Que… Comment ? balbutia-t-elle incrédule. Pourquoi dis-tu cela ?
- Un pressentiment… Et puis quelques détails aussi… Le rapprochement qu'ont fait certains journalistes…

Sam tenta aussitôt de prendre la parole afin de lui conseiller de ne pas prendre en compte tout ce que disent les médias mais il la devança.

- Il n'y a pas que ça… Je vous ai vus à la télé tout à l'heure. Lorsque tu es descendue de l'hélicoptère… Tu ne m'as jamais souri comme ça, ni même regardé de cette façon… Je te connais, Sam. Je connais chaque expression de ton visage. Et ce que j'ai vu sur cette vidéo ne laissait aucun doute.

Terriblement mortifiée, la jeune femme fut incapable de prononcer le moindre son. Elle avala péniblement sa salive et tenta de retrouver son souffle.

- Il… Il n'y a rien entre lui et moi… finit-elle par murmurer.
- Je le sais. Mais une loi ne peut empêcher deux personnes de s'aimer.

Sam était glacée. Elle savait pourtant parfaitement qu'en l'appelant, elle mettrait un terme à leur relation mais c'était malgré tout très difficile. En refusant Pete, elle disait adieu à ses chances d'avoir une vie de couple stable et replongeait dans les méandres de la solitude et de la souffrance d'un amour impossible. Ça serait si simple de tout nier, maintenant. De lui dire qu'il se faisait des idées, que finalement, elle se sentait prête à sauter le pas avec lui… Mais elle ne pouvait s'y résoudre. Elle n'aurait pas été sincère, ni avec Peter, ni avec elle-même…

- Je suis désolée… murmura-t-elle simplement dans un sanglot.
- … Moi aussi… soupira-t-il, la voix tremblante. Bonne chance pour les jours à venir, Sam.

Et il raccrocha.

Incapable de se contenir plus longtemps, elle éclata en sanglot. Le cœur serré, un râle de désespoir s'échappant de ses lèvres, elle se laissa tomber sur son lit et enfouie son visage ruisselant dans l'oreiller.

Pourquoi n'avait-elle pas le droit d'avoir ce qu'elle voulait ? Pourquoi ne pouvait-elle être simplement heureuse ? Tout était si compliqué !

Ouvrant ses yeux noyés de larmes, son regard trouble tomba sur la photo de Jack.

Voilà ce qu'elle voulait. Voilà ce qu'elle désirait plus que tout au monde. Peu importait tout le reste, c'était de lui dont elle avait besoin.
Le cœur gonflé de ce désir violent de conquête, elle se redressa et essuya d'une main tremblante les larmes sur ses joues. La respiration haletante, les yeux toujours fixés sur le visage de son supérieur, elle sentit tout son corps se contracter. Jack se serait trouvé dans la pièce, elle lui aurait littéralement sauté dessus. Elle le voulait. Peu importaient les conséquences, peu importaient sa carrière, l'armée, le pays, la planète. Elle ne pourrait être heureuse qu'en étant avec lui.

Soudain fiévreuse, elle se leva précipitamment de son lit et, sans réfléchir davantage, sortit de sa chambre d'un pas nerveux. Elle devait savoir. Il fallait qu'elle sache maintenant.

Forte de cette décision, elle traversa les couloirs de la base dans un état second. Elle croisa bien quelques personnes mais ne leur prêta pas la moindre attention, toute ses forces étant dirigées vers un seul et unique but : arriver jusqu'au bureau du Général O'Neill.

Son excitation aurait pu diminuer au fur et à mesure des minutes qui s'écoulaient mais bien au contraire. Sa volonté seule l'animait. Elle finit par arriver à bon port et ne prit même pas la peine de frapper. Elle pénétra dans le bureau comme un ouragan et referma la porte derrière elle. Surpris, Jack redressa la tête et regarda avec incrédulité son second se retourner vers lui, les yeux brillants, les joues roses, visiblement bouleversée.

- … Carter ?… Ca ne va pas ? s'inquiéta-t-il aussitôt, sans même prendre la peine de lui faire remarquer qu'elle n'avait pas frappé.
- Répondez simplement à une question, balbutia-t-elle, tant sa nervosité lui faisait perdre tout contrôle sur elle-même.

Surprise, Jack finit par écarter les mains, l'incitant à poursuivre.

- Si je démissionnais, est-ce que cela changerait quelque chose entre nous ?

Abasourdi, O'Neill sentit son cœur cesser de battre et son sang se figer dans ses veines. Puis, aussi brusquement que son corps s'était pétrifié, tout se remit en branle, lui donnant l'impression suffocante qu'il allait exploser. Tout sauf son cerveau qui semblait pour l'heure incapable de marcher, aussi resta-t-il muet, la regardant simplement, les yeux exorbités.

Terriblement frustrée par ce silence, la jeune femme posa ses mains à plat sur le bureau et réitéra sa question :

- Si je démissionnais, est-ce que cela changerait quelque chose entre nous ?!

Cette fois-ci, Jack sortit enfin de sa torpeur.

- Carter… Jamais je ne vous laisserais démissionner…

Rendue furieuse par cette réponse, la jeune femme fronça les sourcils, agitant la main d'impatience.

- Je ne vous parle pas de ça ! Je vous ai posé une question ! Est-ce que cela changerait quelque chose ?

Comprenant alors où elle voulait en venir, il finit par lui sourire doucement.

- Bien sûr, répondit-il enfin, se demandant comment elle avait pu un seul instant en douter.

A ces mots, le corps de Sam se détendit complètement. Un son étrange s'échappa de ses lèvres, mi-soupir, mi-sanglot, et son visage s'illumina d'un sourire.

Enfin, elle savait. Pour la première fois depuis des années, son cœur ne saignait plus. Par ces deux mots, « Bien sûr », il venait de panser la plaie béante qu'il avait lui-même creusée, peu à peu, sans même qu'il en soit conscient.

Fermant les yeux quelques instants pour savourer pleinement la chaleur qui se répandait dans tout son corps, elle ne vit pas Jack se lever pour lui faire face. Elle sentit simplement une main chaude la frôler, hésitante, puis glisser sur sa joue fiévreuse dans une caresse tendre qui la fit frissonner.

Sam ouvrit alors les yeux et ancra son regard au sien, chaud, brillant… empli de certitude.

Mais l'alarme retentit soudain, les faisant sursauter tous deux d'un même mouvement. Aussitôt, le téléphone de Jack se mit à sonner et dans un soupir, il laissa retomber sa main sans pour autant quitter des yeux la jeune femme. Celle-ci baissa la tête, un sourire persistant cependant sur ses lèvres.

Jamais tranquille cinq minutes… songea O'Neill frustré d'être dérangé à un moment aussi crucial pour eux. Dans un grognement, il saisit le combiné téléphonique.

- Quoi ?! rugit-il agressif.

Sam, reprenant ses esprits, tenta de retrouver son calme. Apparemment, les nouvelles étaient mauvaises, songea-t-elle en regardant le visage soudain sévère de Jack.

- … J'arrive ! finit-il par lancer avant de raccrocher et de se tourner vers elle. Bra'tac vient de nous prévenir que les radars des vaisseaux Hat'ak avaient détecté l'arrivée imminente de nombreux vaisseaux Goa'ulds…
- … Alors ça commence, dit-elle simplement croisant son regard inquiet.

Jack et Sam se sourirent bravement puis ils se dirigèrent d'un même pas vers la porte et sortirent sans un mot. Ils devaient mettre à présent leurs sentiments de côté et se concentrer sur leur mission… Sauver la Terre.

A SUIVRE…