Part 4
Infection Plus Six ans
« Puis-je avoir un chien ? »
Jack vit Sam tenter de cacher l'expression d'exaspération sur son visage, même si elle restait soigneusement concentrée sur l'écran de l'ordinateur devant elle. Elle l'avait prévenu que la demande était devenue un rituel quotidien et qu'aucune explication au fait que les animaux de compagnie n'étaient pas autorisés dans la base n'empêchait Jade de demander. Elle avait espéré qu'il réussirait, peut-être, à la raisonner.
« Bien sûr, » répondit-il, la hissant sur ses genoux et passant un bras autour d'elle. Il se risqua un coup d'œil vers Sam qui avait levé la tête de l'écran et lui jetait un regard noir. « Mais pas tout de suite, » ajouta-t-il rapidement.
La petite forme perdit de son entrain devant ses yeux, ses épaules s'affaissant et son éclatant et bref sourire se transformant en une moue.
Il la tira plus près pour que sa tête soit sous son menton et enveloppa ses bras autour d'elle en une étreinte d'ours. Dieu qu'elle avait grandi depuis la dernière fois qu'il l'avait vue ! Au moins cinq centimètres, s'il jugeait correctement. Mais ce n'était pas que sa taille ; elle semblait tellement plus âgée maintenant, pas même une petite fille, davantage un adulte miniature. Ce qui, considérant la façon dont elle passait ses journées, et avec qui, n'était pas une surprise.
« Cassie a dit que c'était une règle sur Terre – que tous les enfants devaient avoir un chien, » contra-t-elle au creux de son torse.
« Ca l'était, mon cœur. Mais plus maintenant. Beaucoup de règles ont changé et, malheureusement, c'est l'une d'elles. »
Il ne regarda pas Sam cette fois. Il n'en avait pas besoin. Il pouvait sentir ses regrets. Il pouvait le sentir car c'était ce qu'il ressentait chaque fois qu'il voyait sa fille. Les choses qu'elle ne connaîtrait jamais, le genre de vie qu'elle n'aurait jamais – pleine de trucs d'enfants, comme les chiens, les glaces et les visites au zoo. Regrets parce qu'il savait qu'elle n'aurait jamais de futur qui ne serait pas morne, au mieux. Regrets parce qu'il n'avait rien de mieux à lui offrir que cela.
Finalement, il regarda Sam. Elle l'observait. Dans l'éclat de l'ordinateur, il pouvait voir les larmes dans ses yeux. Elle les chassa rapidement en les clignant et les baissa sur le clavier. Il ne put empêcher la boule de se former dans sa gorge. Il ressentait la même chose quand il voyait Jade et Sam ensemble. Son cœur voulait éclater à la fois de joie et de tristesse.
« Est-ce que tu dois repartir, Papa ? »
Jack l'installa plus confortablement sur ses genoux et écarta ses cheveux blonds de ses yeux. En cela, au moins, il n'aurait pas à la décevoir.
« Non. Cette fois, nous allons tous vivre ensemble. Je n'ai plus à aller nulle part. Je peux rester avec vous deux. »
« Et Daniel. »
« Et Daniel, » ajouta Jack avec un sourire. La seule façon de faire venir Daniel à Peterson avec Sam et Jade avait été de s'assurer qu'il avait un endroit où rester. Ce qui voulait dire que Daniel était maintenant leur invité permanent. Non pas que c'était tellement différent de ce que cela avait été pendant les cinq dernières années.
« Où est Daniel ? » demanda Sam, levant la tête. « C'est presque l'heure du couvre-feu. »
« Il a dit qu'il voulait aller dehors et prendre un peu d'air frais, » lui dit Jack. Une légère expression de dégoût passa sur le visage de Sam.
« Comme s'il y en avait beaucoup, » marmonna-t-elle. Elle vérifia sa montre. « Jamais je n'arriverai à terminer ces calculs avant que le courant ne soit coupé pour la nuit. Il va falloir que ça attende jusqu'à demain. »
Jack hocha la tête.
« Ne t'inquiète pas pour ça. Je n'en ai pas besoin tout de suite. »
Sam grimaça à l'écran.
« Tout ce qu'il m'aurait fallu c'est un réacteur à naquadah. Mais ils les ont tous réquisitionnés pour les vaisseaux. Si nous pouvions mettre la main sur juste un peu de naquadah… ou même un peu de naquadria… Je pourrais probablement arranger quelque chose qui alimenterait la Porte. Mais essayer d'en récupérer du réseau électrique existant… avec ces énormes interruptions qu'il y a maintenant… je ne sais pas, Jack. Ca ne sera peut-être pas possible. »
« Tu trouveras. J'ai confiance. »
Sam poussa un long soupir de lassitude et s'adossa à sa chaise. Jack n'avait pas remarqué jusqu'à maintenant à quel point elle semblait fatiguée. Et maigre aussi. Les provisions à Holloman étaient en train de s'amenuiser. Non pas que Peterson était beaucoup mieux loti.
« Au moins le Conseil écoute enfin. Je pensais que tu avais quasiment renoncé à les convaincre de réutiliser la Porte des étoiles. »
« Oui. Va comprendre, hein ? »
Elle lui jeta un regard étrange, mais il réussit à détourner ses yeux avant que ceux de Sam ne les rencontrent.
« Je suppose que ça devenait assez évident qu'il y avait bien trop de monde à transporter pour faire l'aller-retour avec seulement six vaisseaux, » ajouta-t-il précipitamment.
Jade s'écarta de son éteinte et le regarda avec excitation.
« Est-ce que nous allons y aller dans l'un des vaisseaux de Maman, comme Cassie et Oncle Mark ? »
Une autre occasion de regarder Sam. Seulement, cette fois, son regard n'était pas dirigé vers lui. D'après le jeu de sa mâchoire, il pouvait voir qu'elle n'allait pas modifier sa position d'un poil. Dieu qu'elle pouvait être têtue. Quand elle était ainsi, c'était comme d'avoir affaire à deux Jacob Carter – sans Selmak pour tempérer leur disposition.
Il détestait se disputer avec Sam. Rien ne le rongeait davantage qu'être en désaccord avec elle. C'était pourquoi il évitait cela. Non pas qu'ils s'étaient tellement disputés de toute façon. Ou qu'ils avaient eu le temps de le faire. Mais le sujet de l'évacuation était devenu un sujet délicat à l'instant où la première liste avait été formée. Il voulait qu'elle et Jade soient sur le vaisseau. Elle avait refusé.
Le fait était qu'elle refusait pour elle-même ; pour Jade, elle avait été d'accord. Elle avait voulu l'envoyer avec Daniel, Cassie, Mark et sa famille, que Jack avait réussis à faire mettre sur la liste. Mais elle refusait de partir, peu importait combien de fois ils en avaient discuté.
« Tu as besoin de moi, si tu veux un jour arriver à ouvrir cette fichue Porte des étoiles, » lui avait-elle dit. Ce qui était probablement vrai. Mais il n'aimait pas l'idée qu'elle reste derrière. Il voulait qu'elle soit hors d'ici… en route vers une jolie planète verte où il y avait de la nourriture et de l'air frais, et pas ce terrain de mort et de pourriture qui ne cessait de s'étendre et transformait la Terre en une planète vouée à la mort.
Mais elle était inflexible. Elle ne reculait pas d'un pouce. Peu importait avec quelle fougue il avait argumenté, supplié ou menacé. Elle avait eu cette même fichue mâchoire serrée qu'elle avait maintenant et ce regard glacial qui signifiait qu'elle était fâchée contre lui pour, ne serait-ce que, oser suggérer une telle idée.
La Porte, cependant n'était qu'une raison. L'autre, il en était sûr, était qu'elle ne voulait tout simplement pas le laisser derrière. Elle ne l'avait jamais dit en face, mais il le savait. Juste comme il aurait préféré mourir sur le vaisseau d'Apophis plutôt que de la laisser coincée derrière ce champ de force, il savait qu'elle ne le laisserait jamais sur une planète où en partir dépendait d'une poignée de vaisseaux faisant l'aller-retour ou d'alimenter un vortex intergalactique qui n'avait pas été activé depuis près de sept ans. Même si cela signifiait envoyer leur fille avec une famille faite de bric et de broc et prendre le risque de ne plus jamais la revoir.
Alors il avait capitulé. Pas avec joie. Pas même de bonne grâce, il devait l'avouer. Il était encore fâché avec elle qu'elle ne parte pas. Mais ils s'étaient mis d'accord de ne plus en discuter. Et à la fin, ils avaient décidé de garder Jade avec eux. Et Daniel aussi. Qui, lorsqu'il avait découvert qu'ils restaient, avait également refusé de partir. Jack avait jeté ses mains en l'air de frustration. Pourquoi diable se donnait-il la peine de travailler si dur pour les faire sortir de la planète s'ils voulaient tous rester ? Au moins Cassie, Mark et sa famille seraient à bord du Prométhée quand ce dernier partirait avec son chargement de réfugiés. Et il savait que Sam en était reconnaissante.
« Nope. Nous ne partons pas sur un vaisseau. » Il tenta de lui sourire. Il savait qu'elle avait entendu leur dispute quelques jours plus tôt. C'était difficile de ne pas tout entendre dans ces minuscules quartiers. Pourtant, c'était mieux que la mer de tentes qui recouvraient en grande partie la base. Même si avoir Daniel avec eux rendait l'intimité presque inexistante. Il soupçonnait à moitié que c'était pour cette raison qu'il avait disparu pour une « promenade », même si c'était presque l'heure du couvre-feu – pour que, tous les trois, ils puissent avoir un peu de temps seuls. Vraiment.
« Alors nous allons passer la Porte des étoiles ? »
Il pouvait voir l'excitation dans ses yeux. Ils étaient bruns comme les siens, mais la forme et la capacité à vous faire fondre étaient ceux de Sam. Elle ressemblait à cet instant à Sam quand elle avait réussi à mettre la main sur un nouveau bidule. Ou du moins comme elle avait l'habitude de l'être. Les seules fois où il voyait ses yeux briller étaient comme ils étaient un peu plus tôt. Remplis de larmes. Et parce qu'elle était Sam, même ces fois-là étaient rares.
« Et comment ! » Il se plaqua un sourire sur le visage, heureux que les enfants de cinq ans ne puissent faire la différence entre les vrais sourires et les faux. Il vit son sourire lui être rendu.
« Super ! » s'exclama-t-elle.
Cela tira un petit rire de Sam, et Jack leva la tête et saisit à nouveau ses yeux. Au moins elle ne paraissait plus aussi mélancolique. Son sourire n'atteignait pas encore ses yeux, mais ils étaient chaleureux et affectueux. Elle lui avait dit combien Jade était comme lui, ce qu'il trouvait étrange, car chaque fois qu'il regardait leur fille, tout ce qu'il voyait était Sam. En tout cas, elle avait sans aucun doute hérité le cerveau de Sam et non le sien. Et suivre sa mère toute la journée dans les hangars de construction depuis qu'elle était assez grande pour marcher y avait contribué aussi. Rajoutez par-dessus tout cela l'éducation donnée par Daniel et, ouais, elle serait à des années lumière de lui avant qu'il ne le sache. Si elle ne l'était pas déjà. Il lui fit de nouveau un grand sourire. Cette fois pour de vrai.
« C'est l'heure d'aller au lit, » annonça Sam, éteignant son ordinateur. « Nous avons quinze minutes jusqu'à ce qu'ils coupent l'électricité. Brosse tes dents et va au lit. » L'enfant descendit tant bien que mal des genoux de Jack et disparut docilement dans la salle de bain. « Daniel devrait être de retour, » dit-elle à voix basse à Jack. « Ce n'est pas une bonne idée d'être dehors si près du couvre-feu. Ici, ce n'est pas Holloman. Ce n'est pas sûr. »
Avant qu'il ne puisse demander pourquoi, la porte s'ouvrit et Daniel entra. Il jeta un bref coup d'œil sur eux deux, presque comme s'il évaluait une menace, pensa Jack. Apparemment tout semblait en sécurité ; Jack le vit se détendre et sourire.
« Daniel – Dieu merci. Nous étions inquiets, » lui dit Sam.
« Elle était inquiète, » corrigea Jack. « Je n'ai jamais douté une seule fois de votre capacité à trouver votre chemin de retour. »
L'expression de Sam s'assombrit. Elle lui faisait la tête et il n'avait pas la moindre idée du pourquoi.
« Quoi ? » demanda-t-il en haussant les épaules.
Il vit Daniel et Sam avoir une sorte d'échange silencieux. Quelque chose se passait. Quelque chose dont il ne semblait pas faire partie. Et maintenant qu'il y pensait, ce n'était pas la première fois. Depuis qu'il était arrivé ce matin, il s'était senti… eh bien, il ne s'était pas senti à sa place. Comme un intrus.
« Est-ce que vous voudriez me dire ce que diable j'ai dit ? »
Daniel se rapprocha en hâte, échangeant un autre regard appuyé avec Sam.
« Baissez la voix, Jack. Il y a des choses que Jade n'a pas besoin d'entendre. »
Pour une raison ou une autre, l'admonition de Daniel le fit tiquer. C'était complètement irrationnel. Daniel était son ami. Il avait été avec lui depuis Abydos, à travers l'enfer de Ba'al jusqu'à l'Antarctique. Il avait fait du troc pour obtenir des rations supplémentaires pour Sam quand elle était enceinte ; il avait mis au monde Jade ; il s'en était occupé depuis l'instant où elle était née. Il avait été là pour elle – pour eux – tout le temps où Jack ne le pouvait pas.
Et c'était peut-être là le problème.
Quelque chose de vert et visqueux s'éveilla dans la poitrine de Jack. Il pouvait sentir la bile au fond de sa gorge. Les choses qu'il n'avait jamais crues possible, auxquelles il n'aurait même jamais songées, jaillirent dans son esprit. Des choses qui le rendirent malade.
« Qui diable êtes-vous pour dire ce que Jade a besoin ou n'a pas besoin d'entendre ? » cracha-t-il enfin. « Elle n'est pas votre enfant. Ce n'est pas votre famille. »
La douleur passa rapidement dans les yeux de Daniel. Bien. Laissons-le ressentir un peu de peine pour changer.
« Jack... » Sam était sur ses pieds maintenant, venant entre eux. Jack lui jeta un regard qui la figea nette.
« Okay... écoutez. Je pense que je comprends ce qui se passe. Jack... je comprends... » La voix de Daniel était calme. Jack lui lança un regard furieux. La blessure était partie ; à sa place, il y avait quelque chose qui ressemblait à de la pitié. La fureur en Jack explosa.
« Vous ne comprenez rien, Daniel, » répliqua-t-il sèchement. De l'autre côté de la porte, il pouvait entendre l'eau couler dans le lavabo. Il lui vint vaguement à l'esprit que s'il pouvait entendre Jade, elle pouvait les entendre aussi. A cet instant, cela ne le préoccupa pas particulièrement.
Daniel fit un pas en avant, ses mains devant lui... le même geste que Jack l'avait vu faire des centaines de fois en mission.
« En fait, je pense que si. » La voix de Daniel était calme, conciliante ; cela ne fit qu'irriter davantage Jack. Il n'était pas un putain de primitif alien qu'il fallait cajoler. « Et vous aussi, je pense, » poursuivit Daniel. « Vous savez que je ne pourrais jamais, jamais prendre votre place. Elle vous adore, Jack. Moi... » Il haussa les épaules, un demi-sourire contrit sur le visage. « Je suis juste Daniel. Mais vous – bon sang ! Elle ne vit que pour les fois où vous rentrez à la maison ! Ne... » Ses yeux ne quittèrent pas ceux de Jack. « N'allez pas douter ce que vous savez déjà être la vérité. Bien sûr, ça a été dur... dur pour vous... pour elle... pour nous tous. Mais ne lisez rien de travers ici, Jack. Vous – Sam – Jade – Vous êtes ma famille. Je ne vous trahirais jamais, de quelque manière que ce soit. Et je sais que vous le savez. »
Le temps sembla s'arrêter.
L'horrible jalousie s'évanouit.
Jack sentit la colère s'écouler comme si quelqu'un avait ouvert une vanne. Toutes les accusations sans preuve, l'amertume, la peur... parties. Il fut soudain reconnaissant de la faible lumière dans la pièce pour que personne ne puisse voir le rouge de la honte qu'il sentait monter sur son visage. Il était un idiot. Un stupide salopard. Il ne put rencontrer les yeux de Daniel ou de Sam ; à la place il regarda par terre.
« Oui. »
C'était le mieux qu'il pouvait faire. Il espérait que cala serait suffisant.
« Je suis prête. »
Jade avait émergé de la salle de bain et se tenait là dans son pyjama, les regardant tous les trois. D'après sa petite voix tremblante, il était sûr qu'elle avait tout entendu. Aucun d'eux ne semblait pouvoir bouger. A l'extérieur, une sirène hurla bruyamment : les cinq minutes d'avertissement avant que le courant ne soit coupé. Il ne sut comment, mais Jack réussit à reprendre le contrôle de ses muscles. Il ne pouvait toujours pas se résoudre à regarder Sam ou Daniel. A la place, il s'avança jusqu'à Jade et prit sa petite main humide.
C'est à peine s'il se sentait digne de faire cela.
« Viens, mon cœur, » murmura-t-il doucement. « Je vais te mettre au lit. »
OOOO
« Il y a des choses sur cet endroit que tu ne comprends pas. Je te l'ai dit – ce n'est pas comme à Holloman. C'est... dangereux. Et il y a déjà suffisamment de choses dont elle pourrait avoir peur. Ce n'est pas comme si elle avait besoin de plus. »
La voix de Sam lui vint dans l'obscurité de là où il savait qu'elle était adossée au montant du lit, et l'attendait. La petite fenêtre dans la pièce était de peu d'utilité. L'extérieur était si sombre que la pièce aurait aussi bien pu ne pas avoir de fenêtre, pour tout le bien que cela faisait. Il avait toujours l'impression d'être un moins que rien. Il n'avait aucun droit de s'en prendre à Daniel comme il l'avait fait. Il savait que Daniel ne lui en tiendrait pas rigueur, mais il savait aussi que Sam avait encore certaines choses non dites à l'esprit.
« Si tu parles du problème des gangs, je le sais déjà. » Il s'assit sur le lit avec lassitude. « Ce n'est pas juste ici. C'est partout. »
« Ca empire. Ils se fichent de ce qu'ils font... ou à qui ils le font. Maintenant que les résultats de la loterie ont été rendus publics, les gens paniquent. Ils ne croient pas que les vaisseaux vont revenir pour eux. Ils pensent que le Conseil ment. »
Jack ne dit rien. Le Conseil donnait le change en disant qu'il y aurait au moins une demi-douzaine de rotations tous les ans, maintenant que les vaisseaux étaient prêts. Il n'y avait pas cru non plus.
« Ils mentent, n'est-ce pas ? »
Il pouvait dire d'après sa voix qu'elle n'était pas vraiment surprise. Il ne pouvait pas lui dire oui, mais il ne lui dirait pas non non plus. Alors il resta silencieux. Elle comprit. Il pouvait le dire par le dégoût dans sa voix.
« Alors ils ont l'intention de simplement laisser le reste d'entre nous ici. »
« Nous sommes une ponction aux ressources. Toute personne qui ne peut pas avoir d'enfants ne vaut pas la peine d'être sauvée. C'est aussi simple que ça. C'est pourquoi les gens ayant le gène ATA sont sur ces premiers vaisseaux. La survie de la race humaine est sur leurs épaules. Le reste d'entre nous n'est pas indispensable. »
Même dans le noir, il put sentir sa colère. Son corps entier était tendu et il pouvait dire d'après sa respiration qu'elle bouillait de rage. Il avait dépassé ce stade il y a longtemps. Maintenant, ce n'était plus qu'un plan.
« Ils ne sont pas intéressés à ouvrir la Porte des étoiles, non plus, n'est-ce pas ? »
« Non. »
Il pouvait la sentir le regarder ; il imaginait le regard d'incrédulité qu'elle dirigeait sur lui.
« Alors que diable... »
« Parce que j'en ai rien à faire de ce qui les intéresse. Je vais ouvrir cette Porte des étoiles, même si c'est la dernière chose que je fais. Je me fiche que nous réussissons à faire passer dix personnes ou dix mille. Nous nous devons de leur donner une chance. Nous ne pouvons pas les laisser ici sur cette planète oubliée des dieux pour mourir. »
Il y eut un silence tendu. C'était à peu près ce à quoi il s'était attendu. Il savait qu'elle n'allait pas être heureuse qu'il ne lui ait pas dit plus tôt. Mais il avait eu ses raisons.
« Tu avais prévu ça depuis le début. » Sa voix était calme. D'un calme très contrôlé. Il souhaita soudain pouvoir voir son visage. Ou peut-être que non.
« Oui. »
Silence. Encore. Il ne savait pourquoi, c'était pire si elle était en colère contre lui.
« Tu ne m'en as pas parlé. » Ce n'était pas une question. Ce n'était même pas une accusation. Davantage l'affirmation d'un fait. Un fait qu'il ne pouvait contester. Même s'il aurait aimé pouvoir le faire, ne serait-ce que pour ne pas entendre la blessure dans sa voix.
« Non. Je ne t'en ai pas parlé. Mais crois-moi, Sam. J'avais mes raisons. C'était pour ta sécurité et celle de Jade. Si un seul mot sur ça était sorti, eh bien... il y a ceux dans le Conseil qui aurait été heureux de me clouer le bec une bonne fois pour toute. Et ils utiliseront n'importe quel moyen pour ce faire. Tous les voyous ne parcourent pas les allées de Peterson après la nuit, tu sais. »
« Tu ne peux pas faire ça tout seul. »
Juste comme il s'y était attendu. Il était prêt pour elle.
« Non. J'ai... des gens. Une petite force de frappe. Des gens qui pensent comme moi, si tu veux. »
« Tu as besoin de moi. »
Ouaip. Voilà la chute qu'il attendait.
« C'est vrai. J'ai besoin de ces calculs. »
Il pouvait l'entendre secouer la tête près de lui.
« Ce n'est pas ce que je voulais dire, et tu le sais. »
Eh bien, ça valait la peine d'essayer.
« Sam... » Mais elle le coupa.
« Ne me fais pas le coup du 'Sam', Jack. Tu as besoin de moi dans cette force de frappe parce que personne ne connaît le SGC comme nous deux. Et personne ne connaît ces systèmes mieux que moi. »
« Nous te ferons venir après. Après que la cible aura été sécurisée. »
Il l'entendit gronder de frustration. Oh, oui. Maintenant, il était vraiment content qu'il fasse noir. Il pouvait sentir des éclairs sortir de ses yeux et s'élancer vers lui, même sans les voir.
« Arrête d'essayer de me protéger. »
« Je ne... »
« C'est des conneries, Jack. Et tu le sais. Et je comprends la raison. Vraiment. Je ne veux pas non plus risquer de la laisser seule sans parents. Mais la vérité nue est que – si nous n'ouvrons pas cette Porte, c'est comme si nous étions morts. Toi. Moi. Jade. Alors, quelle différence ? Tu auras une bien meilleure chance de réussir si je viens avec vous, et tu le sais. »
Le tranchant de ses mots porta. Ils n'avaient jamais parlé de mourir auparavant. A propos de ce qui arriverait à Jade si... Ils avaient eu si peu de temps ensemble au cours des cinq dernières années – des moments volés chaque fois qu'il pouvait se rendre à Holloman – qu'ils avaient tenté de vivre pour les instants qu'ils avaient et de ne pas s'appesantir sur ce que le futur serait. Mais à présent, c'était une gifle pour eux. Ils ne pouvaient plus se cacher.
Et pourtant, il pensait qu'il devait tenter encore une fois.
« Tu pourrais embarquer sur ce vaisseau, » lui dit-il calmement. « Prendre Jade et Daniel avec toi et aller sur le Prométhée. Il y a encore le temps, et il y a encore de la place. Elle t'aura et un semblant de vie normale. Il y a un autre choix, Sam. »
D'après les sons à ses côtés, il pouvait dire qu'elle était encore plus agitée.
« Bon sang, Jack ! Ce n'est pas juste. Nous nous étions déjà mis d'accord sur ça. »
« Non... Nous étions d'accord que nous étions en désaccord. »
Il y eut un soupir dans l'obscurité. Un soupir à vous remuer l'âme.
« Alors je suppose que c'est toujours le cas. »
Jack se glissa dans le lit. Il se sentait vidé. A côté de lui, Sam se mit sous les couvertures. Il pouvait sentir la chaleur de son corps si près de lui, mais elle ne le toucha pas. Au cours de toutes ces années depuis cette première fois chez elle, ils n'avaient jamais passé une nuit sans être dans les bras de l'autre. Il avait l'impression d'avoir un trou béant sur son flanc. Il se sentit... seul.
OOOO
« Monsieur... nous avons reçu confirmation du Phénix que tous les passagers du continent australien sont à présent à bord. »
« Est-ce que c'était les derniers ? » demanda le Général Highmore, jetant un coup d'œil au technicien qui lui avait fait le rapport.
« Je pense que oui, monsieur. Notre liaison avec le Korliev est intermittente. Mais au dernier recensement, tous les vaisseaux ont signalés qu'ils étaient prêts à décoller, » répondit le technicien.
Highmore acquiesça. Jack souhaita de tout cœur pouvoir ôter le sourire suffisant du visage du salopard. Il était l'architecte de cette comédie d'évacuation. Lui et ses foutus potes du NID. Et c'était une imposture, jusqu'au moindre détail. Il avait fallu cinq années pour construire les vaisseaux. Cinq années quand il n'aurait fallu que deux... trois au maximum. Jack s'était battu pour chaque ressource, chaque bribe, tous les travailleurs qu'il pouvait obtenir pour Sam, mais chaque fois qu'il avait le dos tourné, cette saloperie de Highmore avait modifié ses ordres.
Il lui avait fallu un certain temps pour découvrir qui tirait les ficelles. Pour tous les discours de Highmore qui prétendaient sauver tout le monde, il n'avait en réalité été concerné que par les porteurs du gène ATA. Et encore, uniquement une partie de ceux-là : tout homme ou femme... ou en devenir... qui pourrait engendrer ou porter un enfant. Tout ceux qui s'étaient révélés être trop vieux, trop malades ou infertiles avaient été, d'une manière ou d'une autre, écartés de la liste des passagers de la première évacuation. A leur place, tout un groupe d'huiles bien placées – surtout celles qui avaient des liens étroits avec le NID – et leurs familles, aussi bien que quelques leaders de divers gouvernements furent ajoutés sous le prétexte que lorsque les vaisseaux arriveraient à P5X-244, ou « Nouvelle Terre » comme Highmore l'avait surnommée, ils auraient avec eux un gouvernement prêt à fonctionner.
Cela avait senti le « foutons le camp » à Jack, même alors. Puis il avait réellement vu les ordres ; des ordres qui n'étaient pas destinés à ses yeux parce qu'il était toujours le plus grand emmerdeur aux yeux des membres du Conseil et qu'ils savaient qu'il ferait une scène de tous les diables. Ce qu'il avait fait quand il avait découvert que les vaisseaux n'étaient destinés qu'à un aller simple.
Et ce fut alors que les menaces étaient arrivées. Le mémo anonyme était apparu sur son bureau – à quel point le monde était-il foutu quand des gens se tuaient tous les jours pour de la nourriture alors qu'il continuait à recevoir des mémos ? – Cassandra Fraiser : Refusée ; Mark Carter : Refusé. La femme de Mark et leurs deux enfants furent aussi listés... avec un « Refusé » en lettres rouges à côté de leurs noms. Et puis :
Dr. Daniel Jackson : Refusé ; Colonel Samantha Carter : Refusée. Jade Carter (mineure) : Refusée.
Cela avait fait se glacer le sang de Jack. Il n'était pas un saint ; il ne niait pas avoir usé de tous ses privilèges pour obtenir une place sur le Prométhée pour les gens auxquels Sam et lui tenaient le plus. Et puis il avait pratiquement vendu le reste de son âme pour sécuriser une place pour Daniel, Sam et Jade. Trois places qui étaient maintenant occupées par une femme et ses deux enfants avec qui Daniel s'était lié à Holloman.
Mais la menace avait marché. Il avait fermé sa gueule à propos de l'évacuation et pour la seconde fois en peu de temps, il avait prétendu suivre la ligne du Conseil. La liste finale d'évacuation était arrivée et Cassie y était dessus, ainsi que les autres. Ce qui était tout ce qu'il attendait. Après cela, il s'était mis au boulot.
Cela ne fut pas facile. Des mois à chercher avec précaution ceux qui ressentaient la même chose que lui, que baiser le reste de la planète parce qu'ils n'avaient pas le bon gène revenait à un massacre à grande échelle. Petit à petit, il avait rassemblé un petit commando : John Sheppard, qui aurait dû être sur un vaisseau d'évacuation, fut le premier à se porter volontaire ; Cameron Mitchell – l'un des pilotes descendus en Antarctique pendant la bataille contre Anubis ; Evan Lorne, qui aimait peindre, avait-il découvert, mais qui avait prouvé qu'il savait penser vite dans une situation de crise quand il y avait eu une révolte dans la base où il avait été affecté ; Patrick Bishop, Laura Cadman et Aiden Ford – tous la tête froide, intelligents et sur qui on pouvait compter. Et maintenant Carter.
Carter. Il s'était efforcé de penser à elle de cette façon pour la mission. Son brillant et compétent second. Elle ne pouvait pas être Sam pour le moment. Pas son amie. Pas sa maîtresse. Pas la femme qui, sous d'autres circonstances, il aurait épousé il y a de cela des années. Pas la mère de son enfant. Juste... Carter. C'était le seul moyen pour lui de gérer cela. La seule façon pour lui de se faire confiance pour gérer la situation.
Et maintenant, ils étaient prêts à partir. Carter avait fait ses calculs et les nouvelles avaient été meilleures qu'ils ne s'y étaient attendus. En présumant qu'ils soient capables de pénétrer et de tenir le SGC, et en présumant que la personne à eux dans la centrale électrique soit capable d'actionner les bonnes manettes, ils pourraient alimenter la Porte des étoiles deux fois par jour pendant presque deux mois. Bien sûr, y amener les gens... et les faire passer à travers... était deux choses complètement différentes. Il avait un plan pour ça aussi. Mais les choses importantes d'abord.
« Feu vert. Reprenez le compte à rebours, » dit la voix de Highmore. Jack risqua un coup d'œil en direction de Sam. Cela avait été un coup de génie de sa part de suggérer que le NORAD soit utilisé en tant que salle de contrôle pour la mission. Cela leur donnait à la fois accès à Cheyenne Mountain et les bonnes autorisations. Rien que de savoir que la Porte des étoiles n'était qu'à 28 étages au-dessous de lui, donna presque le tournis à Jack. Si cela avait le même effet sur Sam ou pas, il ne pouvait le dire. Elle était concentrée sur ce qu'elle avait à faire, écouteurs sur la tête, étudiant les données des six vaisseaux sur les moniteurs alors que le compte à rebours s'approchait de zéro. Supercherie ou pas, ces vaisseaux étaient ses bébés. Son design, modifié au mieux qu'ils pouvaient l'être, pour s'écarter du modèle du Prométhée. Elle avait conçu la moitié du système, et l'autre moitié... eh bien, Jack n'en comprenait pas le tiers, même quand elle s'embarquait dans ses longues explications à la Sam Carter. Quatre d'entre eux avaient des moteurs hyperespaces Asgard, cela au moins il le savait. Les deux autres, c'était Sam qui les avait créés. Dans les simulations, ils fonctionnaient. Dans quelques instants, ils sauraient si les simulations étaient correctes.
« Allumage moteur principal dans cinq, quatre, trois, deux, un... » rapporta le technicien. Les yeux de Jack étaient toujours sur Sam. Elle hochait la tête en écoutant dans ses écouteurs, le regard intense. C'était très probablement la plus heureuse qu'il l'avait vue depuis très longtemps, toutes choses considérées.
« Prométhée – moteurs principaux corrects, » annonça-t-elle, un petit sourire sur le visage. « Dédale – ok. Korliev – ok. » Elle termina la liste : Odyssée... Apollo... Phénix... tous corrects. « Nous sommes prêts pour le lancement, monsieur, » informa-t-elle Highmore.
Pendant un instant, Jack crut que Highmore allait faire un discours ou quelque chose du genre, mais le général sembla se reconsidérer et dit simplement :
« Lancez... et bonne chance. »
La formule favorite de George Hammond prit Jack par surprise. Il vit Sam grimacer aussi légèrement et juste un bref instant, elle regarda dans sa direction. Puis elle reporta son attention à ses écouteurs.
Il y avait une seule caméra. Sur l'écran, Jack vit le Prométhée commencer à s'élever du sol, soufflant les débris et la poussière dans toutes les directions et provoquant un tremblement violent de l'image à cause des vibrations. Il devait avouer que le Prométhée n'avait jamais été son vaisseau préféré. Trop de mauvaises choses lui étaient arrivées dans le passé, depuis le temps où il avait été volé par ces fichus francs-tireurs du NID à celui où il avait cru qu'il avait perdu Sam durant ces quatre jours pendant lesquels le vaisseau avait disparu. Et pourtant... c'était le prototype... celui à partir duquel tous les autres avaient été basés. Ca devait donc compter pour quelque chose.
Le Prométhée s'éleva lentement, donnant l'impression qu'il ne décollerait jamais de terre, tellement il était immense. Il était gauche et absolument laid, de l'avis de Jack. Il ne l'avait jamais dit à Sam. Bien sûr, elle n'avait pas grand-chose à voir avec la structure extérieure ; par contre ses entrailles étaient le fruit de son cerveau. Mais il ressemblait tout à fait à une grue anguleuse et obèse qui n'arrivait pas à décoller ses fesses de l'eau.
Mais il s'éleva alors. Et plus il montait, plus il commençait à ressemblait à quelque chose de capable de voler. La caméra fit un panoramique sur lui, zoomant lorsque le vaisseau atteignit les hautes altitudes, jusqu'à ce que la capacité du zoom soit dépassée. Après cela, il devint un point de plus en plus petit dans le ciel gris. Et puis il disparut.
Jack sentit des yeux sur lui. Il se tourna et vit Sam en train de l'observer. Il était le seul à savoir, à la façon dont ils brillaient, qu'ils étaient pleins de larmes. Elle pensait à Cassie et à Mark, il en était sûr. Il lui fit un petit signe de tête et un sourire. Au moins ils étaient en sécurité.
« Mon Général ! Le Korliev informe qu'un vaisseau non identifié vient de sortir de l'hyperespace. » Il y eut une pause. Jack sentit sa tension monter de quelques degrés. C'était une surprise. Il détestait les surprises. « Les tentatives de communication avec le vaisseau ont été infructueuses. »
« Est-ce un vaisseau-mère Goa'uld ? » demanda Highmore, la voix tendue. Le technicien relaya la question.
« Non, monsieur. La structure n'est pas dans notre banque de données. »
« Des Réplicateurs ? » demanda Jack. Si ces fichus crabes...
« Non, monsieur. Ce ne sont pas les Réplicateurs non plus. Le Dédale fait son rapport, monsieur... il dit que les marquages sur le vaisseau ressemblent au langage des Aschens. »
« Les Aschens ? » répéta Highmore, l'incrédulité perceptible dans son ton. « Ici ? »
« Ca ne correspond pas à leur manière de faire, » intervint Sam. « Ils préfèrent la furtivité à une attaque frontale. »
« Alors... quoi... ils sont là pour voir si nous sommes tous morts ? » demanda Jack. Sam haussa les épaules.
« Peut-être, monsieur. Ca fait quelques années. »
« Passez-moi le Colonel Pendergast, » ordonna Highmore. Le technicien appuya quelques touches et acquiesça au général.
« Colonel Pendergast... ici le Général Highmore. Je veux que ce vaisseau Aschen soit neutralisé. Me suis-je fait bien comprendre ? Descendez ce vaisseau maintenant. C'est un ordre. »
« Etes-vous cinglé ? » s'exclama Jack, s'avançant vers Highmore. « Ils ne peuvent pas s'en prendre aux Aschens ! Ils doivent se tirer de là en vitesse ! »
Sam aussi fut sur ses pieds.
« Monsieur – les boucliers du Prométhée sont au minimum ! Si les Aschens répondent aux tirs, le Prométhée ne résistera pas à plus de quelques salves ! »
« Ils n'auront pas à le faire, Colonel. De ce que je sais des Aschens, le combat n'est pas leur style. »
Jack vit les joues de Sam commencer à prendre des couleurs.
« Avec tout le respect, mon Général... nous ne connaissons quasiment rien des Aschens... et je pense qu'il est naïf de présumer, juste parce que nous n'avons jamais vu leurs vaisseaux de guerre, qu'ils n'en ont pas... ou ne savent pas s'en servir. »
« Je suis sûr que le Prométhée est plus que capable de les affronter, » répondit Highmore avec confiance.
« Oh pour l'amour du ciel... » L'exclamation frustrée de Jack fut coupée par le technicien.
« Mon Général... L'Odyssée informe que le Prométhée a ouvert le feu sur le vaisseau Aschen. » Il eut le silence. Tout le monde sembla retenir collectivement son souffle. « Les Aschens répliquent et tirent à leur tour... »
Jack pouvait dire que ce n'était pas une bonne nouvelle d'après la pâleur soudaine du technicien. Il déglutit et murmura, « Confirmez, Odyssée, » puis il hocha la tête distraitement. Il leva les yeux sur Highmore, le visage blanc comme un linge.
« Mon Général... le Colonel Emerson rapporte que les Aschen ont fait mouche sur le Prométhée. Le vaisseau est détruit... corps et biens. »
Jack vit Sam se laisser tomber brusquement, trouvant de justesse le siège. Elle était livide, les yeux vitreux.
Cassie... Mark... les enfants... merde, même Walter.
Jack déglutit. Il refoula l'envie pressante d'aller vers elle, de la réconforter. Et il crut qu'il allait être malade. Quelque chose de vil et amer monta dans sa gorge. Oh oui... maintenant il savait ce que c'était. La haine. Cette envie-là, il la laissa venir.
Il fut sur Highmore en un instant et le prit par la gorge.
« Stupide fils de pute ! » lui hurla-t-il en plein visage. « Salopard ! Vous ne pouviez pas simplement leur laisser faire le saut vers la sécurité, n'est-ce pas ? Il fallait que vous fassiez le mariole une dernière fois ! Prouver que nos couilles étaient plus grosses que les leurs ? Est-ce que vous savez ce que vous venez de faire ? Avez-vous une idée de ce qui vient de se passer ? Un sixième... un sixième !... du futur de l'humanité vient de partir en fumée ! Je vais... »
Une main retint son bras. A travers la fureur qui le possédait, il réussit à détourner les yeux du visage pourpre de Highmore. C'était Sam.
« Mon Général... non. Ne faites pas ça. » Sa voix était sinistrement calme. Cela parvint à franchir la tirade hurlante dans l'esprit de Jack jusqu'à une partie douée de raison. Mais il ne relâcha pas pour autant sa prise. La main sur son bras serra légèrement. « Jack... je t'en prie. »
Presque involontairement, Jack sentit sa main s'ouvrir. Highmore se mit à tousser et à crachoter. Son visage commençait à reprendre des couleurs plus normales. Il lança un regard furieux à Jack, qui n'avait aucun doute que le sentiment de haine qu'il ressentait pour cet homme était réciproque.
Sam tenait toujours son bras.
Il se retrouva vaguement à se demander pourquoi il n'était pas déjà aux arrêts et menotté. Attaquer un officier supérieur, même dans ce monde en décomposition, était toujours une grave offense. Il s'attendait à entendre les pistolets armés pointés sur lui à tout moment.
Sauf qu'il ne les entendit pas.
Finalement Highmore retrouva sa voix. Elle était râpeuse. Jack prit une certaine satisfaction sachant qu'il en était la cause.
« Mettez le Général O'Neill aux arrêts, » ordonna-t-il, frottant sa gorge là où Jack pouvait voir l'empreinte de sa propre main sur le cou de l'homme. Il sentit la prise de Sam s'affermir sur son bras.
Etrangement, personne dans la pièce ne bougea. Pas un technicien ni même un des gardes avec qui Highmore allait partout ne bougea d'un pouce. C'était comme s'ils avaient été tous figés. Excepté qu'ils ne l'étaient pas. Jack pouvait voir des coups d'œil échangés subrepticement entre eux. Il avait l'impression qu'il avait raté quelque chose. Quelque chose d'important.
« J'ai dit de mettre le Général O'Neill aux arrêts ! » répéta Highmore, d'une voix plus forte.
Et pourtant, personne ne bougea.
« Bon sang ! Est-ce que personne n'entend... » Highmore fut coupé par l'un des techniciens. Le gars qui était en communication avec l'Odyssée.
« Si, monsieur. Nous vous avons entendu. Et, non, monsieur. Nous refusons. » Le technicien fit un petit signe de tête et avant que Highmore ne puisse même protester, ses deux gardes étaient venus derrière lui et l'avaient saisi par les bras.
« Attendez... qu'est-ce que ça signifie ? » demanda-t-il. « Qu'est-ce que vous faites ? Lâchez-moi ! »
« A l'intérieur de sa veste, » dit l'un de ses gardes. Le technicien se leva et s'avança jusqu'à Highmore. Tendant le bras, il sortit de la poche du général un petit appareil. Jack vit que cela avait un air goa'uld. Mis à part cela, il n'avait aucune idée de ce que c'était.
Le technicien posa l'appareil sur la table et ils le fixèrent tous du regard.
Le choc des dernières secondes commençait à se dissiper.
« Oubliez ça ! » ordonna Jack. Si Highmore était hors de l'équation, quelle qu'en soit la raison, alors il commandait... « Nous avons cinq autres vaisseaux là-haut. Ordonnez-leur de sauter dans l'hyperespace maintenant... dites-leur de se tirer de là en vitesse ! »
Le technicien fit un petit hochement de tête à Jack et retourna à son poste, transmettant l'ordre. Pendant quelques longues secondes, personne ne dit un mot. Pas même Highmore. Ce qui était une chose intelligente à faire de sa part, pensa Jack. Il se serait retrouvé avec son poing sur le visage s'il avait, ne serait-ce que, émit un pépiement.
Le technicien se mit à hocher la tête comme quelque chose, visiblement, se faisait entendre dans ses écouteurs. Il appuya alors quelques touches et écouta encore. Au bout d'un moment, un sourire tendu apparut. Il ôta son casque et leva les yeux sur eux.
« Mon Général... les cinq vaisseaux restants ont annoncé qu'ils avaient activé les moteurs hyperespaces et l'appareil de traçage orbital informe qu'ils viennent, tous les cinq, d'entrer dans l'hyperespace. Ils sont partis. »
Jack acquiesça sombrement. Au moins, ils avaient évité un désastre pire.
« Et le vaisseau Aschen ? » demanda Sam.
« Il est toujours en orbite, Madame. Il n'a poursuivi aucun des autres vaisseaux. »
Ils s'occuperaient des Aschens dans un instant. L'appareil qu'ils avaient pris sur Highmore était sur la table.
« Qu'est-ce que c'est que ce truc ? » demanda-t-il, le montrant du doigt.
La prise de Sam sur le bras de Jack se relâcha comme elle s'en approchait pour le prendre en main. Il y eut une petite décharge d'ozone lorsque l'appareil chatoya brièvement, puis disparut.
« Que... ? » marmonna-t-il. Sam passa la main dans l'espace que l'appareil occupait précédemment.
« C'est une sorte de téléporteur, » dit-elle. « C'est forcément ça. »
Jack se tourna brusquement vers Highmore. L'envie pressante de lui faire mal revint en lui. Les balles étaient trop difficiles à trouver. Il sortit son couteau.
« Qui êtes-vous ? Un putain d'espion Aschen ? Est-ce que ce truc était censé leur dire où vous étiez pour qu'ils puissent vous téléporter sur leur vaisseau ? »
Highmore se débattit, mais les gardes le tenaient trop fermement. Ses yeux fixaient le couteau de Jack avec circonspection, mais il ne sembla pas avoir peur.
« Je ne le pense pas, monsieur, » intervint Sam. « C'était une sorte d'appareil goa'uld. La technologie Aschen dépasse de loin celle des Goa'ulds. Je doute fortement qu'ils utiliseraient quelque chose d'aussi primitif. »
« Alors... vous dites quoi... qu'il est un Goa'uld ? » cracha Jack. Il n'avait pas eu de Goa'uld sous la main depuis très longtemps. Ce serait un changement agréable.
« Je ne suis pas un fichu Goa'uld, » ricana Highmore.
« Le Général Highmore est très lié au NID, monsieur, » dit le technicien. « Il y a un groupe d'entre nous qui a gardé un œil sur certains membres du Conseil pendant pas mal de temps. Tout comme vous, nous avons soupçonné depuis le début qu'ils avaient leur propre plan. Et leur propre moyen de quitter la planète, une fois que les vaisseaux d'évacuation seraient partis. »
« Le vaisseau d'Osiris, » dit Sam brusquement. Elle regarda Jack comme si tout semblait soudain prendre sens. Jack souhaita que ce soit le cas. « Sarah... l'amie de Daniel, » expliqua Sam. « Elle a dit que le vaisseau était masqué et en orbite. Ils ont dû découvrir l'appareil qui permettait de monter à bord. »
Jack pouvait dire, d'après l'expression suffisante sur le visage de Highmore, que Sam était tombé dans le mille. Il remua le couteau plus près du visage du général. L'expression suffisante disparut.
« Okay... mais pourquoi maintenant ? Pourquoi attendre jusqu'à l'évacuation ? Pourquoi ne sont-ils pas simplement partis quand ils en avaient l'occasion ? »
Highmore renifla avec mépris.
« Pensez ce que vous voulez, O'Neill... mais nous voulons vraiment que la race humaine survive. »
« Ouais. J'en suis sûr. C'est pourquoi quatre-vingt dix-huit pour cent d'entre nous vont rester pourrir ici. »
« Vous auriez pu être dans ce vaisseau, O'Neill. Vous avez le gène. C'est votre propre faute si vous avez décidé de rester. Bien que je sais que vous aviez vos raisons. »
Les yeux de Highmore s'égarèrent très brièvement vers Sam. Jack ne put se retenir. Il pressa le tranchant du couteau contre la gorge de Highmore et une fine ligne de sang apparut.
« Fils de... »
Les sirènes noyèrent les mots de Jack. Quelques secondes plus tard, une vibration troublante se propagea à travers la salle. Les sièges cliquetèrent. Les lumières clignotèrent. Les stylos tombèrent par terre en roulant des tables.
« Carter ? »
Sam fut au pupitre de commande en un instant. Avant qu'elle ne puisse faire son rapport, un second tremblement les secoua. Cette fois, ils se balancèrent là où ils se tenaient.
« Tremblement de terre ? » demanda Jack. Sam secoua la tête. Elle le regarda et la terreur sur son visage lui glaça les sangs.
« Non, monsieur. Bombardement aérien. C'est le vaisseau Aschen. Ils tirent sur la planète. Ils visent Peterson, monsieur... »
OOOO
Soit les Aschens visaient très mal, soit ils avaient été trop concentrés à toucher autant de zones fortement peuplées en même temps pour se soucier de la précision des frappes. Peterson avait été fortement touchée, mais pas entièrement détruite. Et puisqu'une personne ne pouvait pas faire un pas sans buter sur un réfugié n'importe où dans la base, les pertes avaient été élevées.
Jack savait qu'il devrait ressentir davantage qu'il ne ressentait pour ces morts. La ville de tentes fut la plus touchée. Ceux qui ne furent pas tués par l'impact des explosions furent brûlés vifs par le feu qui suivit et qui s'était propagé rapidement. Nul ne savait exactement combien de personnes vivaient réellement dans la ville de fortune, mais les estimations étaient qu'au moins dix milles personnes étaient mortes. Les baraques et les logements avaient également été endommagés, mais pas dans les mêmes proportions. Deux autres milliers avaient été perdus là.
Les nombres passaient sur Jack comme la pluie. Il n'y avait qu'un seul dont il se souciait. Okay... deux. Et Sam et lui les avaient trouvés tous les deux, vivants et bien portants, tentant d'aider ceux qui n'avaient pas eu autant de chance.
Le plaintif « Oh, mon Dieu ! » de Sam quand elle les avait enfin aperçus lui avait déchiré le cœur. Elle s'était ruée, avec lui tout près derrière. Le temps qu'il la rattrape, Sam était à genoux, ses bras enroulés autour de leur fille. Jack s'était laissé tomber au sol à côté d'elles et les avait serrées dans ses bras. Il pensait que son cœur allait jaillir de sa poitrine. Jade libéra un bras qu'elle avait autour du cou de Sam et l'enroula autour du sien, tirant leurs têtes tout près les uns des autres. C'était la première fois qu'il s'était permis de regarder dans les yeux de Sam depuis qu'ils avaient quitté Cheyenne Mountain. Ils n'avaient aucune idée de ce qu'ils trouveraient en arrivant là. Il n'avait pas voulu ajouter à sa peur en lui laissant voir la sienne. Et il ne savait pas s'il pourrait supporter la douleur qui s'était inscrite sur le visage de Sam. Maintenant, ses yeux brillaient de larmes de joie, mêlées de la douleur d'une presque perte. Ils en avaient été si près. Tellement près.
Beaucoup trop près. Jack tira toutes les deux plus près de lui. Le Prométhée. S'il avait insisté pour qu'ils partent... si Sam n'avait pas été si fichtrement entêtée... il les aurait perdues toutes les deux. Ils s'en étaient encore tirés d'un cheveu. Il ne voulait pas penser à combien il était autorisé avant que le destin ne fasse mouche. Il repoussa la pensée et embrassa les cheveux de Jade. Il serait simplement reconnaissant pour ce qu'il avait encore.
Daniel était là aussi, bien qu'il avait une mine affreuse. Pas à cause du bombardement, mais de ce qui avait suivi – en tentant d'aider ceux qui avaient perdu quelqu'un... ou tout le monde. Cela commençait déjà à saper ses forces, Jack pouvait le voir. Il avait une expression abasourdie.
« Nous devons partir d'ici, » leur dit Jack, en se levant et regardant autour de lui. Il semblait qu'il y avait un peu d'ordre dans l'aide apportée aux victimes. Tout n'était pas complètement plongé dans le chaos. Bien. Il pouvait revenir à ce qui était important.
Daniel le regarda en clignant des yeux.
« Jack... ces gens ont besoin d'aide. Nous ne pouvons pas les abandonner. »
« Si, nous le pouvons, Daniel. Vous n'êtes pas le seul sauveur ici, vous savez. D'autres reprendront le flambeau. Nous devons retourner à la montagne. »
Sam s'était levée et portait Jade.
« Tu vas y retourner et ouvrir la Porte des étoiles, » dit-elle. Jack acquiesça.
« Quoi ? Maintenant ? Et le commando... le... vous savez... le raid ? » demanda Daniel.
« Plus besoin. Plus maintenant. La montagne est à nous. Nous devons juste ouvrir cette fichue porte blindée anti-explosion qui bloque les ascenseurs. »
« Et remettre l'électricité, » ajouta Sam. Elle regarda autour d'elle. Elle ne lâcha pas Jade, mais elle avait rendossé son 'mode mission'. « Je ne sais pas quels dommages ces explosions ont pu causer au réseau électrique. Il nous faudra voir si nous avons, ne serait-ce que, assez de courant pour allumer les lumières. »
« Et ensuite quoi ? » demanda Daniel. « Vous ne pouvez pas juste... »
Jack se tourna vers Daniel.
« Juste quoi, Daniel ? Juste partir ? » répliqua-t-il sèchement. Il ne put se retenir. Il était sur les nerfs. Trop de choses étaient arrivées trop rapidement. Aussi fou que le monde était devenu, les dernières heures l'avaient vu changer d'axe encore une fois. Soudain les règles avaient complètement changé. Il avait du mal à suivre. Daniel n'aidait pas.
« Nous n'avons aucune intention de partir, Daniel, » intervint Sam, regardant l'un et l'autre. « Il nous faut juste voir si nous pouvons la faire fonctionner. Si nous le pouvons, nous commencerons à envoyer tous ces gens à travers la Porte... et autant que nous pourrons après cela jusqu'à ce que nous n'ayons plus d'électricité. C'était le plan depuis le début. »
Daniel sembla tourner et retourner cela dans sa tête. Ouais. Très bien. Peu importe. Jack n'était pas d'humeur à débattre ou à cajoler. Il aimait Daniel comme un frère, mais si le gars allait faire des histoires, alors il n'avait qu'à rester ici.
« Ecoutez, Daniel. Venez. Ne venez pas. Faites ce que vous voulez. Nous trois, nous allons retourner au SGC. Vous serez le bienvenu avec nous. Si vous ne voulez pas, alors... à la prochaine, ok ? »
« Jack... » dit Sam d'un ton d'avertissement, lui faisant ce regard qui disait « tu vas tout foutre en l'air, alors laisse-moi gérer ça ». Elle se tourna vers Daniel. « Il a raison, Daniel. Il n'y a rien que vous puissiez faire ici. Venez nous aider à ouvrir la Porte des étoiles. Vous ferez plus de bien en permettant aux gens de quitter la planète que vous ne ferez ici en soignant des coupures. »
Une petite partie de Jack fut soulagé de voir Daniel hocher la tête. En considérant ce qui était déjà arrivé aujourd'hui, cependant, ce ne fut pas assez pour qu'il s'en soucie vraiment.
« Très bien, » dit-il brusquement. « Allons-y, alors. Je pense qu'il y a suffisamment d'essence dans ce 4x4 pour nous ramener à Cheyenne. Sinon, il nous faudra marcher. Et c'est quelque chose que je préférerais ne pas avoir à faire, surtout après la tombée de la nuit. » Jack regarda sa montre. Ca allait être tout juste, même s'ils avaient effectivement assez d'essence. Et juste quand il pensait que la journée ne pouvait pas être pire.
Il regarda Sam. Elle était occupée à écarter les cheveux de Jade de son visage sale et lui sourire. C'était peut-être le simple geste de toute mère avec sa fille, et l'aspect tout à fait ordinaire de cela au milieu de ce cauchemar apocalyptique prit Jack par surprise. Une boule se forma dans sa gorge comme si quelqu'un y avait fourré son poing. Comment quelque chose pouvait-elle être à la fois si normal et si déplacé ?
Ils n'avaient peut-être pas de futur. Sam lui avait dit que Jade ne portait pas le gène ATA. Ce docteur écossais de la mission annulée de l'expédition vers Atlantis... Becker... Beckham... Beckett... Beckett avait découvert que le gène était récessif. Et étant donné que Sam ne l'avait pas, Jade ne pouvait pas l'avoir. Leur fille était la dernière de la lignée des Carter et des O'Neill. Cela en soit ne le gênait pas, pas autant que le fait que, même s'ils trouvaient un sanctuaire quelque part dans la galaxie, les dégâts étaient déjà faits. Jade ne connaîtrait jamais l'amour d'un enfant ou ne pourrait jamais tenir sa fille comme Sam la tenait. A la fin, Jade serait seule.
Et c'est cela qui brisait le cœur de Jack.
Excepté qu'il n'avait pas le temps de pleurer maintenant. Pas quand il y avait du travail à faire. Les Aschens ne seraient pas satisfaits tant que la dernière personne sur la surface de la Terre ne serait pas morte.
Aussi il devait quitter la surface de la Terre. Ils devaient quitter cet enfer. Et ils devaient le faire rapidement.
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Incursion temporelle N°9
Infection Moins Quatorze jours
« Vous ne me croyez toujours pas, n'est-ce pas ? Vous pensez que j'invente tout ça. »
« Ca ressemble à beaucoup de films catastrophes que j'ai vus. Tout ce dont nous avons besoin est un vaisseau alien qui fait exploser la Maison Blanche. »
« En fait, ils ont détruit le Capitole en premier, » répondit-elle calmement. « Ensuite la Maison Blanche. Et le Parlement. Et le Kremlin. Tous les principaux sièges de gouvernement furent frappés. »
« Par quoi ? »
« Par qui, » corrigea Jade machinalement. « Et c'était les Aschens. »
« Pourquoi les Aschens attaqueraient-ils la Terre s'ils nous avaient déjà effacés ? »
« Parce qu'ils ont découvert qu'ils n'avaient pas effacé tout le monde. Ceci n'était pas dans le but de s'approprier la planète et d'utiliser ses ressources comme ils l'ont fait avec les Voliens. C'était une question de vengeance. Quand le Colonel Carter leur a donné ces adresses de Porte, la première de la liste était un trou noir. Ils ont été un peu contrariés par ça. »
Barrett écrivit encore.
« Alors... que s'est-il passé ensuite ? »
« Comme je l'ai dit, avant même que les Aschens ne se montrent dans leurs vaisseaux, tout avait presque sombré dans le chaos. Les animaux ne se reproduisaient pas ; les plantes ne se reproduisaient pas. La nourriture devint rare. L'eau fut infectée. L'énergie, l'essence – tout était rationné. Les systèmes de communication fonctionnaient par intermittence. L'armée a essayé de garder les choses sous contrôle. Dans certains cas, ils ont essayé trop durement. Il y a eu des retours de bâtons. Une sorte de mentalité de groupe a émergé. Beaucoup de lois qui font une civilisation furent jetées par la fenêtre. C'était chacun pour soi.
Les seuls abris réels étaient les bases militaires ; ils avaient des stocks de nourriture et d'eau, un peu d'essence, des générateurs, le chauffage. Ils prirent autant de personnes qu'ils pouvaient accueillir sans compromettre la sécurité et le bien être de tous. Chaque centimètre carré de sol fut recouvert par toute sorte d'abris de fortune. Tentes. Appentis. Caisses. Même des boîtes dans certains cas. Les bases sont devenues des forteresses armées. Soit vous étiez dedans, soit vous étiez dehors. Et croyez-moi... vous n'auriez pas voulu être dehors.
Vers cette période, un plan était en place pour évacuer autant de personnes que possible hors de la planète. L'Air Force avait déjà le Prométhée et le Dédale ; les prochains en construction furent l'Odyssée, le Korliev et l'Apollo. Ils ont également construit un sixième : le Phénix. La moitié des systèmes ont été conçus à partir de la technologie Asgard ou Goa'uld. Ils étaient assez fantastiques si on considère les conditions dans lesquelles ils ont été construits. »
« Et tout cela a été fait sans l'aide des Asgard, dites-vous. »
Jade ne put s'empêcher un petit sourire.
« Oui. Nous, humains, pouvons être assez débrouillards quand il le faut. Ca aide aussi d'avoir l'un des meilleurs esprits de la planète à y travailler dessus. » Elle se permit un bref coup d'œil aux silhouettes qui l'observaient dans la pièce sombre de l'autre côté de la fenêtre d'observation.
Heureusement, Barrett ne remarqua pas.
« Pourquoi l'un de nos alliés ne nous a pas aidés ? Les Tok'ra... les Asgard ? »
Jade ne put se retenir. Elle renifla avec mépris.
« Je pense que vous avez eu une petite expérience avec Anubis. Avec notre attention fixée sur nos propres problèmes, il ne lui fallut pas longtemps pour défaire les autres Grands Maîtres et dominer la galaxie. Les Tok'ra furent quasiment exterminés. Il y en a quelques uns qui se cachent, mais pas beaucoup. »
« Quant aux Asgard... les Réplicateurs les ont presque anéantis. En mon temps, même si les humains survivent... ce n'est qu'une question de temps avant qu'ils soient défaits soit par les Réplicateurs soit réduits en esclavage par Anubis. Ca vaut à peine le coup de survivre. »
Elle n'avait pas voulu lâcher ce petit commentaire. Elle s'était promis qu'elle resterait impassible durant tout ceci... qu'elle ne révélerait pas ses propres sentiments. Mais la discussion l'avait emmenée sur des sujets inattendus ; des sujets pour lesquels elle n'était pas préparée. Il était temps de se ressaisir ; si elle donnait trop d'informations... eh bien, elle donnerait trop d'informations.
« Continuez, » lui dit Barrett. Il se remit à écrire. Elle changea de position sur son siège. Il lui semblait avoir passé une vie entière sur ce même siège. Avec toutes les technologies que le SGC possédait à ce moment-là, elle aurait pensé qu'ils avaient des fauteuils qui ne dataient pas des années 60.
« Quand les vaisseaux furent prêts, on commença l'évacuation. Les premiers sur les listes étaient ceux qui avaient le gène ATA. Du moins ce qui en restait. »
« Que leur est-il arrivé ? »
« Quand on découvrit la première fois que certaines personnes n'étaient pas affectées par l'arme, il y eut une tentative pour déterminer ce qui les rendait si uniques... ils furent rassemblés et 'encouragés' à subir des tests pour voir pourquoi ils étaient si spéciaux... et comment ce qui les rendait spécial pouvait être utilisé pour sauver le reste de la population. C'était un camp d'internement. Personne n'a jamais voulu l'appeler comme ça, mais ça l'était. Et en dépit de leurs efforts pour s'assurer que c'était bien entretenu, le simple fait était que, sans nourriture et des ressources limitées, les gens ont commencé à tomber malade. Etre capable d'avoir des enfants ne vous immunise pas aux maladies plus communes. Je pense qu'ils ont perdu environ quarante pour cent avant de se rendre compte que leur plan n'était pas une si bonne idée. Et ce nombre ne prenait pas en compte ceux qui avaient été attaqués à l'extérieur du camp. »
« Attaqués ? »
« Ecoutez... j'ai dit que ce n'était pas beau à voir. Et violent. Et ça a fait ressortir le pire chez les gens. Usez de votre imagination. Je suis sûre que vous pouvez deviner. »
Elle déglutit, trop de souvenirs de son enfance menaçaient son contrôle. Elle n'avait pas pensé qu'elle aurait à aller aussi loin.
« Mais vous avez pu en évacuer certains. » La voix de Barrett ramena son attention à la pièce.
« Ceux qui en furent jugés dignes – oui. A ce moment-là, d'autres forces étaient venues dans la cour pour jouer. Certains de vos amis du NID s'étaient fait un chemin vers le pouvoir, soit directement, soit indirectement. La liste des évacués fut élaguée à uniquement ceux qui seraient capable de propager la population humaine sur une autre planète. Toute autre personne fut laissée de côté. Ca laissait de la place pour d'autres gens du NID. Oh... et sans mentionner le fait qu'ils avaient leur propre moyen secret de quitter la Terre. »
« La Porte des étoiles. »
Elle secoua la tête.
« Non. Ils refusaient toujours d'ouvrir la Porte des étoiles. Ils ne voulaient pas que le reste d'entre nous quitte la planète... où que nous allions, nous serions une ponction aux ressources... une charge pour quiconque nous prendrait avec eux. Nous étions morts de toute façon, ils étaient donc heureux de nous laisser derrière. En fait, ils avaient un vaisseau... qu'un certain Goa'uld du nom d'Osiris avait laissé en en orbite, occulté. Ils ont découvert un moyen d'y monter à bord et ont attendu jusqu'à ce que les vaisseaux d'évacuation partent avant de prendre la poudre d'escampette eux-mêmes. Beaucoup d'entre eux sont partis, mais pas tous. »
« Alors... quand ont-ils ouvert la Porte des étoiles ? L'ont-ils fait ? »
« Oh, ils l'ont ouverte. Après l'attaque des Aschens et la fuite des dirigeants, ceux qui furent laissés derrière l'ouvrirent assez rapidement. Elle consommait beaucoup d'énergie – dont il ne restait pas beaucoup – mais ils la firent fonctionner. Ils évacuèrent les gens pendant près de deux mois. Ca n'a pas sauvé tout le monde – ce n'était pas possible. Mais c'était mieux que rien. »
« Et vous-même avez passé la Porte des étoiles ? »
Elle hocha la tête, déterminée à ne pas jeter un œil vers la salle d'observation.
« Mes parents et moi fûmes les derniers à passer la Porte. »
« Encore cette chance que vous semblez avoir, » commenta-t-il, d'un ton ironique.
La remarque la blessa au vif. Si seulement il savait.
« Ouais. Ca doit être irlandais, » rétorqua-t-elle avant de s'affaisser dans son fauteuil. Elle n'aurait pas dû le laisser l'atteindre ainsi, mais elle n'avait pu s'en empêcher. Ils commençaient à épuiser l'énergie nécessaire pour faire ces incursions. Le Commandeur commençait à devenir impatient.
Regardant le sourire soigneusement forgé de l'Agent Barrett, elle dut s'avouer qu'elle aussi commençait à devenir impatiente.
