Gambetta Overdrive – épisode 4: Un allié encombrant

Chapitre 1

Comme tous les matins, l'USS Mac-Mahon flottait dans l'espace en exhibant ses dents mécaniques aux premiers rayons du soleil; le sourire du vaisseau géant laissait deviner la perfidie du parti dont il était le siège. Comme d'habitude, les employés s'affairaient dans les couloirs, les forces de police testaient leurs fouets électriques sur des innocents, les diplomates complotaient contre la république et livraient des secrets d'Etat aux puissances étrangères. Le Leader Suprême Mac-Mahon, certain que la victoire était proche, faisait la grasse matinée.

Deux éléments cependant troublait la paix de la base monarchiste: de la bouche du vaisseau se dégageait une fumée épaisse, comme si un vaisseau s'y était écrasé, et dans un couloir de l'aile ouest du vaisseau, à peu près au milieu de la joue gauche du maréchal, deux républicains couraient à toute vitesse, comme si les fondements constitutionnels du régime en dépendaient. Et ils en dépendaient assurément.

Ralentissez, idiot ! lança l'un des deux à son compagnon

Ne me gênez pas dans ma mission, Ferry, vous nous avez déjà fait repérer, alors ne me créez plus de problème.

Sans votre jeu de mots stupide, je n'aurais jamais...

Ah oui ? Hé bien, nous demanderons à Léon la prochaine fois. Je suis sûr qu'il dira que c'est de votre faute.

Ferry eu un violent serrement au coeur, qui, s'ajoutant à son point de côté, l'immobilisa complètement. Il souhaitait éviter au maximum de décevoir Gambetta. Et il devait bien reconnaître qu'il avait une part de responsabilité dans ce qui s'était passé...

A plus le looser, je vais sauver Léon ! lança l'autre sans l'attendre.

Décidemment, Ferry n'aimait pas ce pirate. Tout chez Combes lui déplaisait: sa violence, sa stupidité, son humour... ainsi que sa détestable habitude d'appeler Gambetta par son prénom. Il lui semblait même qu'il le tutoyait. Pour se rassurer, il se disait que Gambetta ne s'était allié avec ce rustre que pour des raisons purement stratégiques et professionnelles. Ils n'avaient sûrement jamais été très proches. Il soupira puis lui dit:

Sauf que vous n'avez pas appris par coeur le plan du vaisseau comme je vous l'avais demandé, et que vous ne savez absolument pas où aller.

L'autre haussa les épaules et prit un couloir au hasard. Quelques instants plus tard, des bruits de blasters et d'explosions retentirent. Ferry ne s'inquiétait pas pour Combes. C'était un combattant exceptionnel – et de toute façon ce n'est pas comme s'il avait quelque chose à faire du sorte de cet idiot. Mais il doutait fortement que celui-ci parvienne à accomplir le plan. Aussi, après avoir récupéré son souffle, il prit le bon couloir – à l'exact opposé de celui qu'avait pris Combes – et s'enfonça vers le coeur du vaisseau en murmurant:

J'arrive, Léon !

Chapitre 2

Dans le cachot ultrasécurisé où on l'avait traîné à grands efforts, Gambetta était solidement menotté à la paroi derrière lui. Dans la confusion, sa chemise avait été arrachée, et la lumière des néons se reflétait si bien sur ses muscles huilés que son interlocuteur en était presque ébloui. En plissant légèrement les yeux, celui-ci lui sussura néanmoins, avec un fort accent allemand:

Parlez, mon cher, ou nous vous forcerons !

Jamais ! Les conservateurs ont pactisé avec l'ennemi. Je dois vous vaincre pour la France.

Nous nous attendions à ce vous disiez cela.

L'infâme Prussien claqua des doigts. On lui apporta une pile de livres et un chalumeau.

Parlez ! Ou je brûle toute cette pile de petits Lavisse !

Comme tous les républicains, Gambetta avait grandi avec ce génial manuel d'histoire. On y expliquait pourquoi les rois, les catholiques et les Allemands étaient responsables de tous les maux qu'avaient connus la France, et sans cette révélation judicieuse, Gambetta ne serait peut-être pas devenu un aussi bon républicain !

Sa mère avait commencé à le lui lire avant sa naissance; à deux semaines, il pouvait en réciter les trois premiers chapitres; à un mois, il le connaissait par coeur. Mais bon, après tout, ce n'était que son deuxième livre préféré après...

Et si tu résistes, je brûlerai aussi Le Tour de France par deux enfants !

Monstre ! ne put s'empêcher de crier Gambetta.

Les aventures des deux frères alsaciens avaient rythmées l'enfance de Gambetta. Il trouvait absolument intolérable qu'on fasse du mal à un tel chef d'oeuvre. En fait, il n'y avait rien de plus sacré pour lui, à part (dans l'ordre): 1- la France, 2- ses amis et 3- sa barbe.

Voyant qu'il avait touché une corde sensible, le perfide mangeur de choucroute lui murmura:

Tu sais, je peux faire pire... Je pourrais te lire des fanfictions... intéressantes sur les deux personnages principaux...

Le regard horrifié de Gambetta trahit son émotion intérieure. Il inspira profondément. Peu importe si son enfance était détruite, ce qui comptait c'était la France.

Chapitre 3

Combes était très fier de sa stratégie. Et comme les stratégies les meilleures sont toujours les plus simples, celle de Combes pouvait se résumer très rapidement: en avançant tout droit, il finirait bien par arriver là où il voulait aller.

Mais au détour d'un couloir, le pirate se retrouva encerclé. Il se battait avec acharnement et talent, et les ennemis s'effondraient tout autour de lui; mais ils étaient si nombreux qu'ils réussirent à percer son armure en scénarium: il tomba à genoux, et vit un des soldats le viser avec un pistolet pour l'exécuter.

Il entendit une détonation, mais vit qu'il n'avait rien. Et pour cause: celui qui avait tiré, c'était Ferry. Il s'occupa des derniers ennemis et releva le pirate, qui lui lança:

Tiens l'intello ! On s'est déjà perdu et on vient me demander de l'aide ?

Ferry soupira. Il s'était presque attendu à ce que Combes le remercie. L'ingrat poursuivit:

Dépêchez-vous, l'objectif est dans la pièce d'à côté. J'ai déjà interrogé les gardes sur le chemin.

Bien sûr ! Bien sûr, je le savais.

En fait, Ferry n'en n'avait aucune idée: la carte qu'il avait acheté au marché noir n'était pas une carte de l'USS Mac-Mahon, mais d'une vulgaire station-service nommée en son nom, et, évidemment, il ne s'en était rendu compte que sur place. Mais comme il n'avait aucune intention de mettre le pirate au courant de cette méprise, il le suivit sans discuter.

Comme ils passaient la porte, tous les deux avaient une même idée en tête: sauver Gambetta et se débarasser de leur acolyte gênant.