Chapitre 18: La vie continue

Centre rééducation, appartement de Tony et de Danny

Gibbs profitait toujours de ses vacances. Il passait chaque jour pour prendre des nouvelles de Tony, passer un peu de temps avec lui et rebâtir quelque chose de solide entre eux. Parfois tout se passait bien, d'autres fois Tony semblait plongé dans des souvenirs douloureux et refusait de lui parler. Gibbs faisait preuve d'une étonnante patience. Il ne voulait en aucun cas brusquer son amoureux et risquer de le perdre à nouveau.

Jeudi midi

J'ai faim. J'aimerais bien manger un vrai hamburger, ça fait tellement longtemps.

C'est la première fois que tu manifestes le désir de manger, commenta Gibbs. Danny, ça te tente aussi?

Oui, c'est vrai que ça fait un bail.

Alors en route, je vous invite.

Gibbs conduisit un peu moins rapidement qu'à son habitude. Inutile de causer un mal au cœur à ses passagers juste avant le repas. Ils optèrent pour un restaurant où l'on passait la commande au comptoir.

Dites-moi ce que vous désirez manger et allez vous asseoir.

Trio numéro 2, répondit Tony.

Le 8 pour moi.

Ce sont des croquettes de poulet, je croyais tu voulais manger un hamburger, lui fit remarquer Tony.

J'ai changé d'avis.

Pas de problème, allez-vous asseoir à côté.

Tony et Danny se dirigèrent vers une table près de la fenêtre. Avant de prendre place, Danny jeta un petit regard gêné à Tony.

Je vais…

Vas-y, prends ton temps. Il y a quelques personnes devant Gibbs.

Lorsque Danny disparut dans le couloir, Tony retourna voir son amoureux dans la file d'attente.

Tu as oublié quelque chose, Tony? Un dessert?

Non. Ça, c'est à la crémerie du coin. Tu veux bien prendre la même chose que moi pour Danny?

Mais, ce n'est pas ce qu'il a demandé!

Je sais. Mais c'est parce qu'il ne se sent pas à l'aise pour manger un hamburger ici. Les croquettes au moins, il peut les prendre avec sa main gauche.

Tu penses que ça le gêne de manger devant moi?

Un peu, mais il y a aussi toutes les autres personnes autour. Ils vont le regarder.

OK! Prends la banquette qui se trouve dans le fond comme ça, on sera tranquille. Au fait, où est-il?

Il avait un coup de fil à donner, mentit Tony.

Danny arriva à la table presque en même temps que Gibbs. Il échangea avec Tony un petit sourire triste, signifiant «ça n'a pas marché». Après tout ce temps passé ensemble, ils arrivaient maintenant à lire les pensées de l'autre, sans échanger une parole.

Tony s'installa dans le coin et laissa sa jambe étendue sur la banquette. Danny prit place en face de lui et Gibbs se mit à côté de Danny, lui servant d'écran face au regard des autres. Gibbs déposa devant chacun, son plat.

Mais, protesta Danny.

Je sais que ce n'est pas ce que tu m'as demandé, Danny. Mais avec moi, tu n'as pas à te sentir mal à l'aise. Je fais un peu partie de la famille de Tony. Il passa son bras autour des épaules de Danny. Montre-moi ta main, s'il te plaît.

Tony demeura bouche-bée devant les paroles et le geste de son amant. Il avait peut-être appris sa leçon. Évidemment, on ne pouvait pas se fier à une seule fois pour décider de l'avenir d'une vie, mais leur relation progressait dans la bonne direction.

Tu n'as pas à continuellement tirer sur ta manche de chandail pour la cacher.

J'ai eu les doigts fracturés et les os se sont mal ressoudés. Ils vont demeurer crochus en plus de la mobilité de la main qui est réduite, expliqua Danny en montrant sa main, les yeux brillants. Je manque de coordination et de force.

C'est bien, petit, commenta Gibbs en prenant la main dans la sienne. Tu n'as pas à avoir honte de ta main, elle est unique. Maintenant, je vais couper ta portion en deux, ce sera plus facile à manipuler. Et si quelqu'un s'avise de faire une seule remarque, il aura besoin de son dentiste pour identifier son cadavre.

Merci, Gibbs!

Tony regarda son amoureux en souriant avec amour. La douceur des gestes que Gibbs avait envers Danny, il avait l'habitude de la réserver seulement aux enfants d'habitude. Le voir agir de cette façon le combla de bonheur. Il n'était pas encore prêt à tout effacer, il avait beaucoup trop souffert pour ça mais il ne mettait pas une croix définitive sur leur avenir commun. La vie leur offrait une seconde chance et pour que tout fonctionne comme il faut cette fois-ci, les bases se devaient d'être solides. Il n'était pas encore prêt à reprendre la vie commune. Personne n'accorde de troisième chance…

Le même soir

Danny avait pris le chemin de la chambre d'Éliza, une petite histoire s'imposait. Tony et Gibbs se reposaient sur le divan, côte à côte.

Jay, je ne t'ai pas remercié pour ce que tu as fait pour Danny ce midi.

Tu n'as pas à me remercier. Tes yeux l'ont fait pour toi. Pour la première fois depuis mon retour dans ta vie, j'ai pu lire de l'amour dans ton regard. Je respecte l'amitié qu'il y a entre Danny et toi. Don m'a beaucoup fait réfléchir à propos de mes agissements passés.

Je ne croyais pas que c'était aussi difficile de rebâtir une confiance. Par moment tout va bien, je ne t'en veux plus puis, sans que je sache pourquoi, l'instant d'après j'ai envie que tu ne sois plus dans ma vie.

Tout ça est normal Tony. À chaque mariage, j'ai vécu à peu près la même chose. Il faut dire que les causes du divorce étaient toujours les mêmes.

Tu ne m'en as jamais parlé.

Disons seulement que ce n'est pas donné à tout le monde d'être fidèle.

C'est pour ça que tu as réagi de la sorte en me voyant avec Danny? Tu croyais vraiment que je voulais te tromper?

J'y ai cru, c'est vrai. Mais maintenant, je sais que tu ne ferais jamais un tel geste. Tu vas bien Tony? Tu es très pâle. As-tu besoin d'un médecin ou bien d'autre chose?

Ça va, ce n'est rien. Un peu de tiraillement dans mon genou. Ne t'inquiète pas, mentit Tony.

Danny arriva sur ces entrefaites avec une petite Éliza en pleurs dans les bras.

Quelle histoire lui as-tu racontée pour la mettre dans un état pareil?

Je n'ai rien fait. On a un grave problème et le médecin de garde n'est pas disponible. J'ai pensé que vous pourriez peut-être nous aider.

Pourquoi as-tu besoin d'un médecin? C'est pour ta main ou ton ventre?

Ce n'est pas pour moi! C'est pour Anouk.

Qui est Anouk ? questionna Gibbs en prenant la petite fille des bras de Danny.

C'est ma poupée. Elle s'est fait très mal et je ne veux pas qu'on la jette. C'est ma maman qui me l'a donnée.

Gibbs regarda la poupée avec attention.

Je vois. Tu sais que chez les marines, on doit apprendre à coudre. Je pourrais opérer Anouk, mais je vais avoir besoin de ton aide. C'est une opération qui demande beaucoup de minutie. Il ne faut pas que tu pleures durant l'intervention.

D'accord, répondit Éliza en séchant ses larmes. On peut l'opérer tout de suite? Je ne dors jamais sans elle.

Le temps de trouver tout ce qu'il faut. On a besoin de fil et d'une aiguille. Tony?

Toujours être paré à toute éventualité, je sais. C'est dans la salle-de-bains. Sers-toi!

Gibbs revint rapidement avec les ''outils chirurgicaux''en main. Il demanda à Tony d'enfiler le fil, n'ayant pas ses lunettes avec lui.

Il faut d'abord l'endormir, comme ça, elle n'aura pas mal. Il fit semblant de lui faire une injection. Maintenant, infirmière, vous allez lui tenir les jambes et lui parler doucement pendant que je m'occupe de recoudre son bras.

Est-ce qu'elle va devoir porter un pansement?

Oui, mais seulement durant quelques jours. Ensuite, elle sera en pleine forme.

Elle devra faire de la rééducation?

Je ne crois pas, la blessure est assez superficielle. Par contre, elle aura une jolie cicatrice. Voilà, c'est terminé. Il ne reste plus qu'à la réveiller.

Merci Jethro, et la petite fille, tout heureuse, sauta dans les bras de Gibbs. Merci Danny. Merci Tony. Allez Anouk, il est temps d'aller dormir, il est déjà très tard.

Je te raccompagne à ta chambre. Veux-tu embarquer sur mon dos?

Oh, oui!

Attends Éliza, je vais t'aider à grimper sur le dos de Danny.

Pendant leur absence, Gibbs se retrouva plongé dans ses souvenirs. Éliza lui rappelait tellement Kelly par moments…la même joie de vivre, l'envie de rire communicative… Tony le regarda avec attention, se doutant un peu de ce qui causait ce calme soudain chez son amoureux. À chacun ses secrets.

Danny revint quelques minutes plus tard, il semblait un peu souffrant. Il s'installa sur le divan le plus confortablement possible, son bras droit replié sur son ventre et sa main gauche supportant sa tête.

Je vais vous laisser vous reposer. À quelle heure Don doit-il arriver demain?

Vers 18h00.

Je vais passer le prendre à l'aéroport.

Merci!

Que diriez-vous de manger ici? Danny et moi on pourrait vous montrer nos talents de cuisinier.

C'est une bonne idée. Danny, tu es d'accord?

Oui.

Alors, à demain.

Je te raccompagne jusqu'à ta voiture.

À son retour, Tony constata que Danny s'était assoupi sur le divan. Il ne semblait pas en grande forme. Dommage, Tony aurait bien aimé discuter un peu avec lui. Il n'avait pas réussi à dire à Gibbs qu'il l'avait trompé lui aussi, comme toutes ses ex-femmes. Pour une fois qu'il éprouvait le besoin de se confier, son ami ne paraissait pas en état de l'écouter.

Danny! Lève-toi, tu seras mieux dans ton lit.

Mmmmm…

Allez, je veux bien t'aider à te déshabiller mais avec ma jambe, tu dois faire le trajet jusqu'à la chambre.

OK.

Tony aida Danny du mieux qu'il le put. Fatigué lui aussi par sa journée et sa conversation avec Gibbs, il en profita pour s'allonger auprès de Danny. Ils sombrèrent tous les deux rapidement dans le sommeil.

Cette nuit-là, le sommeil de Danny fut peuplé de rêves étranges. Il marmonna en dormant et bougea beaucoup. Son corps dégageait plus de chaleur qu'à l'habitude. Tony le réveilla vers 2 heures du matin.

Pourquoi me réveilles-tu?

Je suis allé te chercher des pilules. Avale ça.

— …

Allons, c'est pour la fièvre. Veux-tu être en forme pour voir Don où veux-tu passer le week-end couché?

J'ai froid.

Avale ça et ensuite je vais te réchauffer.

Danny s'exécuta en silence, moyen le plus rapide pour retrouver la chaleur du corps de Tony et à cet instant, il en avait bien besoin. Il se sentait trembler de l'intérieur. Il voulait seulement dormir dans la chaleur des bras de Tony, puisque ceux de Don n'étaient pas disponibles.

Au matin, Danny n'allait pas beaucoup mieux. La journée débuta avec un gros mal de tête, des frissons et un nez qui coulait à profusion, comme un érable au printemps. La kiné allégea les exercices de Danny afin qu'il puisse retourner se reposer. Il s'étendit sur le divan en attendant le retour de son ami. Ils devaient passer à l'épicerie acheter ce qu'il fallait pour réaliser leur souper: crème de champignons, salade César, lasagnes et gâteau au chocolat. Pour le dessert, ils avaient prévu de faire un saut à la pâtisserie. Inutile de se mettre davantage de pression.

Tony entra sans bruit dans l'appartement. Comme Danny dormait, il en profita pour prendre une douche. Une fois habillé, il s'approcha de Danny. Celui-ci avait le nez rougi à force de se moucher.

Danny! Si tu veux, tu me fais la liste et j'irai faire les achats tout seul.

Hé, super héros, tu vas avoir besoin de moi pour porter les sacs. Ce n'est pas génial avec des béquilles.

Avec une main non plus.

Je sais, c'est pour ça que je voulais prendre un sac à dos. Ce sera plus facile.

Beau garçon et intelligent en plus. Allez Fraisinette, en route!

Les courses furent rapidement terminées. Gibbs ne se présenta pas au centre de la journée afin de les laisser faire leurs exercices, leurs courses, un brin de ménage et aussi préparer le repas tranquillement. Il connaissait assez bien Tony pour savoir à quel point c'était important pour lui de lui prouver qu'il pouvait accomplir des choses par lui-même, sans l'aide de son amoureux. Si tout se passait bien, la situation allait peut-être lui redonner un peu de confiance en lui.

Une fois les courses terminées, Danny et Tony s'installèrent pour le repas du midi. Danny se contenta d'un demi-bol de soupe. Tony, lui, l'accompagna d'un volumineux sandwich.

Dès qu'on aura mis les lasagnes au four, tu files dans ton lit.

OK, répondit Danny, en s'emparant d'un mouchoir.

Aucune protestation ? Je vais faire une croix sur le calendrier, se moqua Tony. Ça ne doit pas être évident de se moucher avec une seule main.

Tu veux essayer?

Ça va aller! Je vais me contenter de faire marcher mes béquilles jusqu'à la cuisine.

Les deux amis s'occupèrent activement de remettre un peu d'ordre dans l'appartement. Ensuite, Tony prépara la sauce pour les lasagnes pendant que Danny s'occupait de faire la crème de champignons. Comme il trouvait que c'était trop long de tout couper avec sa main gauche, il essaya de faire travailler la droite. Après tout, ce n'était pas trop difficile de couper un champignon. Tout se passa bien jusqu'au moment ou il commença à couper l'oignon. Il perdit le contrôle de sa main et le couteau pénétra profondément dans sa main gauche.

Aïe, s'écria Danny.

Chapitre 19: La vie continue, suite


Centre rééducation, appartement de Tony et de Danny

À son cri, Tony se retourna pour voir ce qui se passait. Le sang coulait déjà abondamment de la blessure de Danny. Tony s'empara rapidement d'une serviette et enroula la main blessée à l'intérieur.

Ça m'a l'air assez profond. On va devoir passer à l'infirmerie. Tu vas sûrement avoir besoin de points de suture. Dommage que Gibbs ne soit pas là, il aurait pu te réparer ça comme il l'a fait avec Anouk.

Très drôle.

Je disais ça pour te faire penser à autre chose. Allez, en route.

Pense plutôt à fermer le gaz avant que la sauce ne brûle ou que l'on mette le feu au bâtiment.

À vos ordres.

Danny eut droit à six points de suture et à une dose d'antidouleur. Ils retournèrent ensuite à l'appartement. Tony aida Danny à s'installer sur le divan, puis il déposa une couverture sur lui. Après, il retourna à la cuisine terminer seul les préparatifs du repas. Il nettoya rapidement la vaisselle et demanda à Danny de venir s'allonger avec lui dans la chambre. Ils leur restaient assez de temps pour s'octroyer un moment de repos avant l'arrivée de leur amoureux.

La sieste ne fut pas de tout repos puisque Danny devait sans cesse se moucher et comme il n'arrivait pas à tenir seul un mouchoir, il avait besoin des mains de son ami. Sa température demeurait encore un peu élevée. Un peu avant six heures, ils se levèrent pour se préparer. Tony prit une douche à l'aide du banc se trouvant dans la baignoire, impossible pour lui de se tenir debout sous la douche et encore moins de se relever pour sortir du bain. Quant à Danny, il se lava du mieux qu'il le put avec sa main droite mais le savon lui glissa de la main à plusieurs reprises. Tony avait enveloppé sa main gauche dans un sac en plastique afin de préserver le bandage de l'eau.

Danny, as-tu terminé? Je peux entrer?

Oui, il ne me reste plus qu'à m'habiller et à me raser.

Je vais t'aider à t'habiller. D'ailleurs, tu devrais mettre ton pyjama. Inutile de te battre avec ta ceinture à chaque fois que tu voudras aller aux toilettes. Comme ça, tu seras un peu plus indépendant.

OK.

Et je t'interdis de toucher au rasoir, je ne veux pas avoir ta mort sur la conscience. Gibbs et Don ne me le pardonneraient jamais.

Je ne vais quand même pas accueillir Don dans cet état?

Tu vas prendre place sur le comptoir et te laisser faire. Je te rase complètement?

Jamais de la vie! Je tiens à garder mon look de mauvais garçon. Je rase ma moustache et ma barbichette avec une lame spéciale pour conserver l'effet ''barbe de deux jours'' et le reste avec une lame ordinaire.

Don se rase toujours avant de venir te voir. Tu n'as pas envie de lui faire une surprise et de le recevoir avec une peau totalement lisse?

Et s'il n'aime pas ça?

Alors dans ce cas-là, dans deux jours il n'y paraîtra plus.

Je ne discute jamais avec un homme armé d'un rasoir, surtout s'il le pose sur ma gorge. Alors fais comme tu veux, je te fais confiance.

Tony s'exécuta rapidement. Le temps filait très vite et les invités passeraient bientôt le seuil de la porte.

Voilà, j'ai terminé! Est-ce que c'est Mac qui t'oblige à porter une courte barbe?

Non, pourquoi ferait-il ça?

Pour éviter que l'un de ses agents ne se fasse demander sa carte d'identité afin de prouver qu'il a l'âge de passer en arrivant sur une scène de crime…ou à l'entrée d'un bar. Tu es certain d'avoir l'âge pour porter une arme?

Arrête de me charrier!

Avant, tu pouvais à la limite passer pour mon petit frère mais là, on va croire que je fais du baby-sitting.

Avant que Danny ne puisse répliquer, on frappa à la porte d'entrée.

Sauvé par le gong ! s'écria Tony en s'emparant de ses béquilles afin d'aller ouvrir.

Tu ne perds rien pour attendre!

Tony ouvrit rapidement la porte. Il échangea un baiser avec Gibbs et une poignée de mains avec Don.

Enfin, vous voilà. Don, je suis vraiment heureux de te voir. Je te remets la boîte de mouchoirs. C'est maintenant à toi qu'incombe la responsabilité de t'occuper du nez de ton amoureux.

Je ne suis pas certain de comprendre.

Passons à la cuisine, je vais tout vous expliquer. Danny va nous rejoindre dans quelques minutes, il n'est pas encore prêt.

Tony, je voulais apporter une bouteille de vin mais comme j'imagine que vous ne pouvez pas en boire avec les médicaments, j'ai opté pour de la bière sans alcool.

Merci Jethro, c'est gentil.

Comme je ne voulais pas rester en reste, j'ai apporté une boite de chocolats. Comme tu dois reprendre du poids, tu n'as aucun quota à respecter.

Tony profita de l'absence de Danny pour relater les différents événements de la journée. Ils passèrent tous les quatre une agréable soirée. Danny eut droit à quelques moqueries sur son nouveau look, mais rien de bien méchant. La soirée se déroula trop rapidement au goût de tous dans une atmosphère de franche camaraderie.

Il était un peu plus de 22heures lorsque Gibbs et Don quittèrent l'appartement après avoir fait la vaisselle.

— Tout s'est bien passé, je suis content. Désolé de ne pas avoir pu t'aider davantage.

Tu n'as pas à être désolé, Dan.

Tony alla dans la chambre et se mit en pyjama. Ils se couchèrent tous les deux et, bien que fatigués, ils n'arrivèrent pas à s'endormir.

Tony, raconte-moi à ton tour le lieu le plus inhabituel où toi et Gibbs avez fait l'amour.

Ok. On enquêtait sur un meurtre, une paire de jambes de femme avait été retrouvées sur un terrain militaire. Toutes les preuves me désignaient comme meurtrier. Si bien que je me suis retrouvé enfermé dans une cellule du FBI. Gibbs est venu me voir avec une pizza entre deux interrogatoires de personnes qui auraient pu vouloir se venger de moi. Là, j'ai pété un câble. Il m'a fait m'approcher de lui. Il a passé ses mains entre les barreaux et m'a donné une tape derrière la tête puis, il m'a embrassé. Il n'y avait personne d'autre dans les cellules voisines alors, il m'a attiré un peu plus vers lui en me plaquant contre les barreaux de ma cellule. Il a posé ses mains sur mon dos au niveau de mes hanches et les a glissées sous ma chemise. Ses mains parcouraient mon dos et me faisaient un bien fou, toute la tension que j'avais accumulé a commencé à retomber.

Il a ensuite déboutonné mon pantalon et l'a fait glisser jusqu'à mes chevilles. Je ne portais rien en-dessous. Il s'est agenouillé et, avec délicatesse, a commencé à me masturber avant de prendre mon sexe dans sa bouche. Entre les barreaux, ce n'était pas vraiment évident. Je crois que c'est la première fois où j'ai senti l'excitation monter aussi vite en moi.

Et là, il y a eu le bruit typique d'ouverture de la porte principale qui conduit aux cellules. Gibbs s'est relevé et moi j'ai remonté rapidement mon pantalon, le bruit de cette porte ayant eu l'effet d'une douche froide sur moi.

Le temps de visite de Gibbs était fini et il a dû se résoudre à partir.

Quelques heures plus tard, j'étais libre. L'équipe avait découvert à qui appartenaient les jambes, une jeune femme morte dans un accident de voiture. Le reste de son corps était dans la chambre froide d'un ancien légiste qui avait une dent contre moi. On pensait que c'était lui le coupable. Alors qu'on était tous dans l'open Space pour fêter ma libération, à part Abby et son assistant, Gibbs feuilletait le rapport qui avait conduit le légiste à sa perte et il a reconnu l'assistant d'Abby sur l'une des photos. On s'est tous précipités au labo, Abby était assise et Jumbo ligoté. Le labo était vraiment dans un sale état. Gibbs a ramené Abby chez elle, pendant que je me suis proposé pour nettoyer son labo. McGee et Ziva voulaient m'aider mais j'ai refusé en prétextant que j'avais besoin de me retrouver un peu seul.

Quand trois quarts d'heure plus tard Jay est revenu, j'avais quasiment fini de tout nettoyer. Il a ri en me voyant avec mes gants en caoutchouc rose, les manches de ma chemise relevées et à moitié déboutonnées

Flash-back

Gibbs revenait de conduire Abby chez elle, il avait ensuite repris la direction du NCIS. Il était descendu directement au labo où il trouva Tony avec des gants en caoutchouc rose et les manches relevées, ce qui le fit rire.

Déjà revenu?

Oui.

Gibbs dévora des yeux son amant, sa chemise était légèrement ouverte laissant apparaître le haut de son torse musclé et bronzé. Il s'approcha de lui et lui retira ses gants, avant de l'embrasser délicatement sur les lèvres. Tony ouvrit légèrement sa bouche cherchant la langue de son homme.

Les mains posées sur les hanches de l'italien, Gibbs poussa Tony jusqu'au bureau d'Abby et le plaqua sur celui-ci.

— Proutttttttttttt

Tony éclata de rire et attrapa l'hippo sur lequel il s'était allongé. Gibbs lui enleva des mains et l'hippo fit un vol plané.

Abby ne va pas être contente.

Elle ne le saura pas.

Les baisers reprirent et les caresses commencèrent.

Gibbs déboutonna le reste de la chemise de Tony, dévoilant entièrement son torse où il déposa des baisers papillon, passant plus de temps sur les zones qu'il savait particulièrement érogènes. Ses mains tracèrent un chemin le long des flancs de Tony jusqu'à sa taille.

Là, Gibbs défit avec habileté la ceinture et la braguette de son pantalon. Tony souleva son bassin et permit ainsi à Gibbs de faire glisser le pantalon jusqu'à ses chevilles. Jay lui ôta ses chaussures et son pantalon. Une fois Tony nu, il le contempla quelques secondes avant de se déshabiller lui aussi entièrement. Tony se délecta du spectacle, son Jay faisant un strip-tease rien que pour lui.

Gibbs se plaça ensuite entre les jambes de son homme, érection contre érection, faisant monter encore plus la tension sexuelle entre les deux partenaires.

Je n'en peux plus, viens.

Gibbs ne se le fit pas dire deux fois et, sans trop de ménagement, le pénétra. Tony retint tant bien que mal un gémissement de douleur.

Ça va?

Oui... Continue, t'arrête pas.

Gibbs débuta alors des va-et-vient lents et profonds et la douleur fit bientôt place au plaisir. Des gémissements de plaisir remplirent le bureau de la jeune scientifique. Et augmentèrent quand Gibbs prit dans sa main la virilité de l'autre homme.

Quelques minutes plus tard, les deux hommes étaient au septième ciel et se laissèrent emporter par le plaisir le plus primaire.

Fin du flash-back

Vous l'avez fait dans l'agence!

Oui et pas qu'une fois, il y a eu les vestiaires, les douches, l'ascenseur, la morgue…

La morgue ? Alors là, c'est complètement glauque !

Tony rigola.

Pas si glauque que ça, crois-moi. Et il y a eu aussi le bureau de la directrice, quand Gibbs a dû la remplacer. Mais dis-moi, toi et Don, vous n'avez jamais fait l'amour sur votre lieu de travail?

Ça, c'est une autre histoire. Maintenant, j'ai besoin de dormir.

Repose-toi bien !

Le même soir dans la chambre d'hôtel

J'ai trouvé la soirée très sympathique. C'est Tony qui a dû tout se taper, car Danny ne cuisine pas.

Et moi je croyais que c'était Danny qui avait tout fait parce que Tony opte toujours pour des plats à emporter…

Ils leur ont peut-être fait suivre des cours de cuisine, rigola Don. Je les imagine très bien avec un tablier à fleurs comme celui de ma mère.

Gibbs sourit à cette remarque. Il semblait plus détendu. Le fait de voir enfin Tony sourire et partager avec lui un moment agréable lui avait fait un bien immense.

Don, j'aimerais te poser une question.

Vas-y!

Je me demandais…

Gibbs porta sa tasse de café à ses lèvres en cherchant ses mots. Voyant son embarras, Don tenta de le mettre à l'aise.

Tu n'as pas à être gêné avec moi, Gibbs. Tu peux me poser toutes les questions que tu veux, aussi indiscrètes soient-elles.

Danny et toi, côté sexe… Il laissa sa phrase en suspens, n'osant pas verbaliser la fin de sa question.

La question qui tue! Danny n'est pas encore prêt pour ça. Ni psychologiquement, ni physiquement. Je crois qu'il me cache des choses sur son état de guérison. Physique, je veux dire.

Comment ça ?

Je le connais par cœur. Mais parfois, sa façon de se tenir, sa démarche, sa lenteur et sa voix le trahissent. Même au téléphone, je sais lorsqu'il ne va pas bien.

Je croyais que ses blessures étaient toutes guéries.

C'est ce qu'il prétend. Mais j'ai confiance en lui et je sais que lorsqu'il se sentira prêt, il m'en parlera. Là… enfin… il y a eu beaucoup de dommages. Je sais qu'il ressent encore de la douleur et aussi dans sa tête. Depuis l'agression, il n'a eu qu'une seule érection et elle n'a pas duré longtemps. Le temps arrange les choses, je dois seulement me montrer patient. Et avec Tony? J'imagine que si tu me poses la question c'est parce que ça ne va pas fort.

Notre rupture n'a pas aidé. Je n'ai pas encore totalement retrouvé sa confiance. Malgré les années et tous les bons moments partagés ensemble, on est aussi maladroits que deux adolescents à leur premier rendez-vous. À part quelques baisers ou des effleurements de mains, il n'y a plus rien entre nous.

Un vrai marine! Tu veux sauter les étapes et aller trop vite.

Mais enfin, ça fait six ans qu'on est ensemble. Je peux comprendre pour Danny, qu'il ait un blocage suite à la… Désolé. Mais pour Tony, je ne comprends pas…

Il a besoin de réconfort et de temps…

Qu'est-ce que tu ne me dis pas?

Tony t'aime, c'est le plus important. Danny et Tony vont se reconstruire, chacun à leur rythme. Ils ont encore des choses à vivre ensemble et des choses à vivre seuls. Par la suite, ils nous reviendront, mais jamais comme avant. Et ça, tu dois l'accepter.

Comment puis-je accepter quelque chose que je ne comprends pas?

Tony s'en veut énormément. Danny n'avait aucune expérience comme agent d'infiltration, pas Tony. Il devait veiller sur lui et il prend la mission pour un échec. Mais au moins, grâce à eux, ces trois sociopathes ne tueront plus personne. Si la ville est encore un plus sûre ce soir, c'est aussi grâce à eux. Pour le reste, ça va prendre du temps.

Pourquoi est-ce que j'ai l'impression que l'on ne parle jamais de la même chose? Qu'est-ce que tu sais et que j'ignore encore?

La patience, Gibbs, c'est comme la sagesse. Ça vient avec les années, mais pour les marines, c'est parfois plus long…

Je croirais entendre Ducky.

Alors, c'est que moi aussi j'ai grandi dans cette aventure…

Samedi 9h05, au centre

Depuis plus de deux heures, Danny ne cessait de harceler Tony afin qu'il le remplace dans l'équipe de basketball. Finalement, Tony ne put résister à son regard implorant et toujours vitreux. Durant la nuit, sa fièvre avait beaucoup diminué mais sa main demeurait encore trop sensible pour manipuler un ballon. De toute façon, Don ne lui aurait jamais permis de prendre le risque de faire éclater ses points.

Je vais chercher Élisa et on te rejoint au gymnase.

Fais ça vite, sinon tu vas rater le début de la partie.

Don et Gibbs prenaient déjà place dans les estrades lorsque Danny, Élisa et Anouk arrivèrent. Gibbs semblait soucieux.

Bonjour ! Quelque chose ne va pas Gibbs? Le café est mauvais?

Je cherche Tony. Pourquoi n'est-il pas là? Tu lui as refilé ton virus et il est encore couché?

Non, je garde ça pour moi. Je n'ai pas envie de jouer les garde-malades. Tonyva venir nous rejoindre sous peu.

Don lui caressa doucement la joue en signe de bonjour.

Tu as l'air d'aller mieux qu'hier. Comment va ta main?

Laquelle?

La gauche!

J'ai mal lorsque je bouge la paume, mais les doigts, ça va.

Alors, fais un effort pour rester tranquille.

C'est mal me connaître!

J'ai bien cru que tu voudrais quand même participer à la partie pour ne pas laisser tomber l'équipe.

À ce moment-là, Alexandre arriva sur le terrain. Il portait un chandail d'arbitre, signe que c'était lui qui prendrait les décisions importantes pour la partie.

Suite à un petit accident survenu hier à l'un des membres de l'équipe des rouges, mais rien de grave je vous rassure, Danny est présent dans les estrades pour encourager son équipe mais ne pourra pas jouer. Je tiens à remercier Tony qui a bien voulu le remplacer au pied-levé, sans vouloir faire de mauvais jeu de mots. Alors, bonne chance Tony et bonne chance aux deux équipes.

Certains joueurs, blessés aux jambes ou au dos, se déplaçaient en chaise roulante, tout comme Tony. D'autres portaient des prothèses aux jambes ou aux bras. Les joueurs des deux équipes se donnaient à fond. La partie était des plus serrée, lorsque le ballon pénétrait à l'intérieur du panier d'un côté du terrain, la réplique ne tardait pas à venir de l'autre bout.

Le premier sentiment de surprise passée, Gibbs se retrouva bientôt assis sur le bord de sa chaise à crier ses encouragements à son amoureux et à toute son équipe. Pour une fois, Tony semblait dans son élément, heureux d'avoir un ballon entre les mains. Un vrai joueur d'équipe, il n'hésitait pas à passer le ballon à un joueur plus près du panier que lui. Son regard pétillait comme celui des autres enfants. Le temps d'une partie, il n'y avait plus de rois, plus de douleur et plus de culpabilité. Grâce à Tony, son équipe remporta finalement la partie.

Le visage en sueur, Tony rayonnait comme jamais. Gibbs se leva pour l'applaudir chaleureusement, la fierté se lisant sur son visage. Son Tony venait de faire gagner l'équipe des rouges. Il quitta les estrades afin de serrer Tony dans ses bras pour le féliciter.

Wow! Tu n'as rien perdu de ton lancer. Tu as tout simplement été génial.

Tu sais ce que l'on dit dans ces cas-là? C'est une victoire d'équipe.

Je sais, mais tu es le seul que je regardais. Que dirais-tu si on sortait tous les quatre pour célébrer ta victoire?

Oui, mais après une bonne douche!

Danny posa sa main sur l'épaule de Tony.

Je t'ai demandé de me remplacer, pas de me faire virer de l'équipe! Je plaisante, tu as été super! Bravo!

Après la douche de Tony, les quatre amis prirent la direction d'un restaurant. Parfois, la vie accordait de bons moments, le temps d'une pause, avant de dresser de nouvelles épreuves sur la route de la guérison...