IV

Ascension Day

Note de l'auteur : Tout d'abord, je vais un peu raconter ma vie. Pour résumer rapidement, j'ai enfin trouvé un nouvel emploi et je vais commencer à travailler très bientôt. Ce qui est une très bonne nouvelle pour moi, signifie moins de lecture pour vous mes loulous. À partir de maintenant, mes publications vont vraiment s'espacer (un peu comme ces derniers temps, puisque j'étais occupée à courir aux entretiens, etc.), mais je vais faire en sorte de vous pondre quelque chose à lire au moins une fois par semaine. En ce qui concerne ce chapitre, maintenant que David est au cœur du mouvement, il faut que je l'intègre aux intrigues de la série tout en créant de nouvelles histoires autour de lui. Je me sers donc volontiers de scènes de la série, que je modifie pour coller à ma fic. Dans ce chapitre, vous l'aurez compris au titre, l'intrigue se passe durant l'épisode 4 : « The Future » qui est un de mes préférés. Beaucoup de moments forts. J'espère que vous aimerez l'idée qui commence à germer doucement et tout ce qui se met en place en arrière-plan. Ah, et en bonus, je tenais à ce que quelqu'un accepte ENFIN de boire le thé avec Cal, car le pauvre bébé se prend des vents par tout le monde dans la série.

Bonne lecture !


C'était une très belle journée. David apprécia l'herbe verte, le soleil sur sa peau, la nourriture étonnamment délicieuse malgré l'absence totale de viande ou de poisson. Les enfants couraient partout, les gens conversaient en petits groupes. Puis, une femme prit la parole et s'adressa à l'assemblée. Felicia, comprit David. Sa peau couleur chocolat, ses cheveux noirs frisés, ses vêtements colorés et les breloques autour de son cou lui donnaient un air avenant, chaleureux. On avait envie de lui faire confiance de prime abord. Un homme se tenait à côté d'elle. William, son mari, dit-elle. Elle parla de Steve, le fondateur du mouvement, et montra les paumes de ses mains qui portaient les cicatrices de brûlures graves, en prétendant s'être blessée en agrippant l'échelle. Elle parla de message, mais le peintre perdit vite le fil de son discours, fasciné de voir tous ces visages tournés vers elle, captivés par ce qu'elle disait.

Il vit alors un autre membre s'approcher. Un homme noir au crâne rasé, plutôt bien bâti, que David n'avait pas encore rencontré. Il rejoignit le groupe et écouta à son tour. Quelque chose chez lui titilla la curiosité du blond. Mais soudainement, tout le monde applaudit, brisant sa concentration. Tout le monde sauf ce type, et David ne put s'empêcher de l'approcher subrepticement. Seulement, il s'éloigna avant qu'il ait pu lui parler et se dirigea avec les autres vers le réfectoire pour prendre un bon déjeuner. Il décida de le suivre.

Dans la file d'attente, il se glissa derrière lui et surprit une conversation avec un adepte que David avait déjà aperçu en train d'embrasser Sarah. Son mari probablement. Il expliqua à l'homme ce qu'était un « possible », les nouveaux arrivants, comme lui. Il échangea ensuite quelques mots avec Mary qui portait une belle couronne de fleurs sur sa tête, à l'image de la plupart des autres femmes, et alla s'asseoir. David lui emboîta le pas et demanda s'il pouvait s'installer avec eux, ce qu'ils acceptèrent volontiers. Il fit alors la connaissance d'Eddie et Sam.

Après le repas, Eddie, qui était bien le mari de Sarah et un 6R, resta dans la salle et David proposa à Sam de faire un tour. L'homme l'intriguait. Il venait d'arriver lui aussi, mais n'irradiait pas de la ferveur et de la dévotion qu'il avait constatées chez les autres.

« Ça fait du bien de rencontrer enfin une personne aussi sceptique que moi. Comment es-tu arrivé là exactement ? »

« C'est une longue histoire. Ma fille est malade et je cherchais du soutien, j'imagine. C'est un peu étouffant à la maison. Ma femme ne gère pas bien la situation, mais refuse d'en discuter, elle se renferme et il n'y a qu'ici que je trouve une oreille attentive. »

L'histoire de l'homme toucha immédiatement David, alors que le visage de Leonie s'imposait dans son esprit.

« C'est déroutant, n'est-ce pas ? Cette manière, qu'ils ont, de simplement écouter. J'ai connu Cal à Berlin, lors de son voyage. En quelques heures, il m'a mieux compris que mon meilleur ami qui était pourtant présent quand ma vie a basculé en enfer. »

« Que s'est-il passé ? »

« Ma fille est morte et ma femme m'a quitté. »

David savait qu'en résumant les événements ainsi, il se posait en victime, mais il n'en avait rien à faire.

« Je suis désolé, » répondit le détective sous couverture Abe Gaines, alias Sam, qui ne savait pas quoi dire d'autre.

Abe décida de se rapprocher de David. Il était le candidat idéal pour constater comment le mouvement s'y prenait pour transformer de parfaits inconnus en croyants.

Plus tard dans l'après-midi, ils se rassemblèrent de nouveau, et Mary prit place devant tout le monde. Felicia, Bill et Cal étaient à ses côtés, mais elle semblait tout de même nerveuse. Elle commença alors à parler, à raconter que son père la vendait à ses amis depuis qu'elle avait onze ans. Et malgré la peau foncée de Sam, David aurait juré qu'il devint tout à coup très pâle. L'histoire de la jeune femme était atroce à entendre, mais le peintre eut vraiment l'impression que son nouveau camarade le prenait personnellement. Quelque chose lui échappait certainement, car il n'avait pas vu une seule fois ces deux-là en contact depuis son arrivée.

Mary termina péniblement son témoignage, puis Bill s'approcha d'elle, murmura à son oreille, puis posa doucement une main juste en dessous de sa gorge, avant de se mettre à chanter une prière, un refrain que tout le monde reprit en cœur. Cal lui lança ensuite un regard et David sut que c'était son tour. Il avait promis et allait tenir son engagement. Mais soudainement, cela lui parut insurmontable.

Percevant l'hésitation dans le regard du peintre, les muscles tendus de son cou, les tressautements compulsifs de sa pomme d'Adam et ses deux poings serrés, Cal marcha vers lui et tendit simplement sa main. Il se trouvait à contre-jour et durant un instant sa tête cacha le soleil à David, les rayons lumineux formant une auréole incandescente autour de son visage. Un léger sourire ornait ses lèvres, comme un encouragement. Alors, David glissa lentement sa paume moite sur celle du leader et referma ses doigts sur son poignet. Le pouls limpide s'affola sous la pulpe de son pouce, comme si un courant électrique passait entre eux par ce simple contact. Le geste lui sembla familier, puis il se souvint de cet après-midi dans ce bar berlinois. Les yeux de Cal étaient d'un bleu pur et David s'y perdit le temps d'une seconde, avant de le laisser le guider. Puis, il se retourna et fit face à l'assemblée silencieuse. Le brun lâcha sa main pour se décaler sur le côté et un grand vide l'envahit. Il jeta un rapide coup d'œil à Bill et Felicia. Le couple le mettait mal à l'aise, maintenant qu'il les voyait de près. Quelque chose chez ces gens semblait profondément faux, peut-être dans leur posture, David n'aurait su dire.

Il prit une longue inspiration et souffla par la bouche en agitant ses bras, comme il l'avait vu faire aux séances de méditation, pour évacuer physiquement son angoisse. Puis il raconta son histoire, sans omettre aucun détail cette fois. Cal connaissait la vérité, et sous son regard il fut incapable de mentir. Mary était une victime. Trop jeune, trop faible, pour se défendre. En l'écoutant, on ne pouvait que vouloir l'aider. Mais lui ? Qu'allaient-ils tous penser de lui ? David se demanda à quel moment exactement leur avis était devenu important. Il ne connaissait même pas tous ces visages qui le fixaient et l'écoutaient patiemment, sans l'interrompre ni se peindre d'horreur. Il remarqua que certains pleuraient en silence, comme s'ils partageaient sa peine, mais c'était tout. Pas de cri, pas de doigt accusateur pointé sur lui, pas d'yeux fuyants ni de grimace réprobatrice. Cela n'allégea pas sa culpabilité, mais pour la première fois, il put la faire peser un peu sur d'autres épaules que les siennes.

Quand il eut fini de parler, il craignit soudainement que Bill entame de nouveau son refrain. Il ne voulait pas que l'homme le touche, de quelque manière que ce soit. Est-ce qu'il le sentit ou décida tout simplement qu'il était temps de passer à autre chose, David ne le saurait jamais, mais après un instant de silence, Cal l'invita à rejoindre les autres sous les applaudissements discrets et les paroles d'encouragement.

La nuit était tombée et David se sentait épuisé par cette journée. Mais il voulait s'entretenir avec Cal avant de rentrer dans son bungalow. Il le trouva seul, assis sur une bûche devant un feu de camp, scrutant les étoiles. Il s'arrêta un moment pour l'observer et c'est ce qu'il lui valut de ne pas être vu quand Bill et Felicia sortirent de l'ombre. David se dissimula derrière un arbre et écouta ce qui se disait, sans trop savoir pourquoi.

« Le ciel est plus haut ici qu'à San Diego, » dit Cal, sans les regarder.

Cette réflexion n'avait aucun sens pour David, mais le ton de la voix sonnait presque comme une insulte et non une simple constatation.

« Je n'aime pas la façon dont tu regardes ce ciel, » répondit Felicia, comme s'ils parlaient en réalité de toute autre chose et se comprenaient parfaitement.

« J'avais le sentiment que ça allait arriver, » soupira Cal, en les affrontant.

David ne savait pas ce qui allait arriver exactement, mais la discussion promettait d'être houleuse. Il préféra donc rester où il était, au cas où les choses dégénéraient.

« Tu commences à avoir les chevilles qui enflent, mon fils, » lui reprocha la femme, avec condescendance.

À ses côtés, son mari restait silencieux, mais David savait que ça ne durerait pas.

« Je ne suis pas ton fils, » la rembarra le brun, en se levant.

Ce qui fut dit ensuite resta incompréhensible pour David, qui ne savait absolument pas ce qui se passait dans les coulisses de la communauté. Mais il fut question d'une guerre de pouvoir. Visiblement, le couple n'appréciait pas que Cal soit en charge et en parlait comme si son ami s'était imposé sans leur permission.

« Le mouvement a déjà un leader, » argumenta Felicia.

Mais David l'entendit à peine, car la réponse de Cal le frappa de plein fouet.

« Un leader qui est mourant. »

Le peintre s'obligea à rester concentré. C'était important, il fallait qu'il sache. Cal avait juré qu'il ne lui mentirait jamais, mais il l'avait fait, et pas qu'un peu. Leur mouvement était une complète escroquerie. Le soi-disant fondateur qui détenait toutes les réponses se mourait quelque part. David comprit, en écoutant la suite, que Cal tentait désespérément de sauver les meubles, alors que les deux autres attendaient passivement qu'un miracle se produise. Le ton monta, les paroles échangées étaient pleines de sarcasme et de rancœur. Le brun n'appréciait pas qu'on lui demande « gentiment » de se pousser sur le côté pour ne pas gêner les grandes personnes.

« Donc… je suis en train d'écrire les trois derniers barreaux, » avoua Cal.

David savait de quoi il s'agissait cette fois. On lui avait expliqué que le docteur Meyer s'était retiré au Pérou pour accomplir cette tâche, même s'il ne comprenait pas vraiment de quoi il s'agissait. Cela signifiait donc que son ami allait faire le travail à la place de son mentor et prétendre ensuite que c'était l'œuvre de Steve. Il allait mentir à tout le monde, comme il le faisait déjà. David tenta d'apaiser sa respiration, en sentant la colère monter en lui. Il ne devait surtout pas se faire prendre, comprit-il à ce moment-là. Il ne savait pas de quoi ces gens étaient capables pour s'assurer de son silence, mais n'avait franchement aucune envie de le découvrir. Il se calma et reprit le fil de la conversation.

Cal parlait du mouvement avec une émotion dans la voix qui serra la gorge de David. Des trois, il vit alors que le brun était le seul à vouloir le bonheur de toutes ces personnes, quand bien même c'était pour de mauvaises raisons qu'il ne saisissait pas encore très bien. Il jeta ensuite à la figure du couple des accusations auxquelles David s'attendait depuis le début. À savoir qu'ils se payaient une vie de rêve aux frais du mouvement, alors qu'ils vivaient tous dans des bungalows au confort rustique… y compris Cal, réalisa-t-il. Son ami n'empochait pas les chèques pour s'offrir une maison à San Diego. Il restait parmi ses semblables, ses fidèles. David se demanda si la démarche était stratégique ou sincère, puis remarqua qu'il s'en fichait. Ce qui comptait, c'était que le Meyerisme allait droit dans le mur avec les deux autres à sa tête et que seul Cal paraissait vouloir stopper le train avant qu'il ne déraille pour de bon.

La discussion dériva alors brusquement vers un autre sujet sur lequel David ne savait rien également. Il fut question de deux femmes, Alison Kemp et Miranda Frank, dont il n'avait jamais entendu parler. Ils parlèrent de la première comme d'une menace et la deuxième aurait visiblement dû se trouver dans un hôpital duquel elle était sortie, ce qui n'enchantait pas Bill et Felicia. Cal ne répondit rien, leur lança simplement un étrange regard, puis s'éloigna dans la direction de David.

Le peintre lutta pour ne pas céder à la panique et se mettre bêtement à courir. Il s'accroupit lentement dans un petit buisson au pied de l'arbre et pria en son for intérieur. Les pas de Cal se rapprochèrent, suivis de ceux, encore lointains, d'Felicia et Bill. Il n'osa plus respirer, parfaitement immobile dans l'obscurité, son regard braqué au sol, comme s'il pouvait disparaître. Une branche craqua tout près de sa cachette, puis plus rien, sauf les crépitements du feu et le couple encore à bonne distance. Un instant après, il entendit une fermeture éclair, puis un bruit qu'il reconnut sans peine. Se sentant observé, il trouva la force de relever les yeux pour croiser ceux de Cal qui semblaient bleu-marine, presque noirs, dans l'ombre, alors qu'il se soulageait contre un arbre à moins d'un mètre de lui. Il savait qu'il était là et avait choisi cette diversion pour le lui faire comprendre. David n'aurait pu l'expliquer, mais Cal savait. Peut-être l'avait-il vu approcher du feu un peu plus tôt, peut-être avait-il un foutu sixième sens à la con, peu importe. Ce qui était primordial, en revanche, c'était que Cal voulait qu'il entende cette conversation. Sinon, il aurait évité le sujet ou proposé d'aller ailleurs. Le blond détourna le regard, jusqu'à ce que le leader rajuste sa tenue et s'éloigne pour rejoindre les deux autres. Seulement alors, il relâcha l'air comprimé dans ses poumons. Il hésita ensuite à leur emboîter le pas durant une fraction de seconde, avant de se relever. Sa décision était déjà prise.

Il les suivit à bonne distance, vers une des modestes demeures du camp, réalisa-t-il au bon d'un moment. Ils entrèrent tous les trois dans la maison et David fit le tour, avant de trouver une fenêtre par laquelle les observer sans être vu. Il n'entendit rien cette fois, mais il y avait une femme brune blottie dans une couverture sur un canapé. Felicia avait dit qu'Alison Kemp rôdait dans les parages, il en déduisit donc que ce ne pouvait être que Miranda Frank. Même s'il ne pouvait pas savoir ce qui se disait, la femme semblait en bonne santé, Cal plus détendu, et le couple, qui était resté en retrait, affichait clairement son mécontentement. Le blond n'eut pas vraiment le temps de se poser des questions. Rapidement, ils ressortirent en laissant la brune se reposer et il revint silencieusement vers l'avant du bungalow, avant de se dissimuler de nouveau.

« Voilà pourquoi Steve m'a nommé responsable, » dit-il, les yeux levés vers le ciel nocturne, avant de se retourner vers les deux autres. « Vous le connaissez depuis plus longtemps, mais j'ai le don. Vous pouvez inspirer les fidèles, mais vous n'avez pas ce que j'ai. » Sa voix vibrait dans l'air du soir comme les cordes d'une contrebasse. Profonde, gutturale et pleine d'assurance. « Je peux marcher dans ces putains de rues et faire que les gens croient. Donc… j'écrirai les trois derniers barreaux et ils diront que je suis le fils élu. Je vous informerai quand j'aurais terminé. Peut-être que vous reviendrez alors. »

Ils encaissèrent en silence.

« Tu n'auras jamais Silas de ton côté, » répliqua Felicia.

David avait entendu parler de l'homme en question. Un autre 10R, un shaman qu'après certains, stationné au Pérou et qui s'occupait, entre autres, des retraites spirituelles des membres qui gravissaient un nouvel échelon. Quelqu'un d'important et d'influent. La conversation se termina sur une impasse, aucun ne voulait céder du terrain à l'autre. Ils retournèrent alors à l'intérieur, et quelques minutes après, le couple ressortit accompagné de la jeune femme. Cal resta sur le seuil, alors qu'ils l'emmenaient jusqu'à leur voiture stationnée un peu plus loin. Les portières claquèrent, le moteur presque silencieux de la voiture électrique démarra et le véhicule s'éloigna dans la nuit.

Il y eut un long moment de calme, durant lequel David n'osa pas bouger. Ce qui était parfaitement stupide, il en avait conscience, puisque Cal savait qu'il était là. Il jeta un regard dans sa direction, sans le voir, comme s'il devinait où il se trouvait, puis il se mit en route. L'invitation était suffisamment explicite pour David qui suivit le mouvement. Il marcha quelques pas derrière lui, comme si personne ne devait les voir ensemble à cet instant précis. Ils s'enfoncèrent dans la forêt, jusqu'à un bungalow totalement isolé des autres. Le leader entra sans un regard en arrière et laissa la porte ouverte derrière lui.

David n'était encore jamais entré chez Cal. L'intérieur était à peine plus sophistiqué que le sien. On voyait juste, çà et là, des preuves que l'occupant n'était pas ici provisoirement et quelques éléments de confort supplémentaires. Les lieux étaient clairement habités, imprégnés de la présence de leur occupant. Il n'y avait pas de hall, on arrivait directement dans un petit salon où un œil immense, taillé dans du bois, bouffait tout un pan de mur au-dessus d'une cheminée. Le mobilier était plus pratique qu'esthétique, réduit à son minimum. Un sofa, deux fauteuils assortis recouverts de plaids et de simples coussins chacun dans un coin, une petite table entre les deux, un guéridon, un tapis au sol. Le tout se déclinait dans des tons clairs, blancs ou pastel, contrastant avec les murs en bois foncé. Un accès entrouvert menait à une modeste salle de bain, une autre porte, munie d'une barre de traction, conduisait à sa chambre. Au-dessus du canapé, une grande photo était encadrée. Certainement Steven Meyer, se dit-il. Là s'arrêtait la décoration, le reste n'était qu'accessoire. Des lampes, des plantes vertes, rien d'extravagant. Le coin-cuisine, qui était ouvert, mais minuscule, ne contenait rien de plus que le strict minimum. Ici vivait un homme qui haïssait le luxe et les gens qui s'y rapportaient. Cette impression n'était pas feinte par le propriétaire des lieux.

« Thé ? » Demanda Cal, brisant le silence, en allant vers la kitchenette.

David hocha simplement la tête, alors que le brun ne le regardait pas. Mais il dut prendre son absence de réponse pour un oui, puisqu'il mit en marche la bouilloire. Les deux hommes s'observèrent sans un mot, Cal appuyé sur sa cuisinière, David debout au milieu du salon. Le blond pensait exprimer la colère qui l'avait précédemment envahi. Mais celle-ci avait complètement disparu. À la place, son cerveau calculait déjà toutes les possibilités que lui donnait son nouveau statut. Car il ne fallait pas être un génie pour comprendre que personne, même les amis proches de Cal, n'était au courant de ce qu'il avait entendu ce soir-là.

Les feuilles séchées devaient être issues de l'agriculture biologique, comme tout ce qu'ils mangeaient ici, car une odeur délicieuse s'éleva dans la pièce quand le brun versa l'eau chaude dans la théière. Puis, il la mit sur un plateau avec deux tasses, deux cuillères et du sucre, avant de poser le tout sur la table basse en passant près du blond. Ensuite, il s'assit dans un des fauteuils et attendit. David l'imita, ne sachant pas trop quoi faire d'autre. Le leader les servit, toujours muet, puis but une gorgée, avant de se détendre. Il souhaitait qu'il prenne l'initiative et vienne à lui, comprit David. Il voulait demander pourquoi. Mais pourquoi quoi ? Pourquoi lui ? Pourquoi maintenant ? Pourquoi tous ces mensonges ? Il ne savait pas vraiment. Alors il se tut et chercha la main de Cal par-dessus la table. Il la lui donna, serrant ses doigts autour de son poignet dans un geste qui était en train de devenir un rituel, une prise sur la réalité, un point d'ancrage. Je suis avec toi, disait cette poigne ferme. Je suis avec toi, il ne t'arrivera rien.