Note de l'auteur : bonsoir,

Un quatrième OS familier. Je l'ai à peine retouché, sauf à certains passages. Je l'avais écrit pour Danaëlle, fan de l'OTP Namitas. Héhé. Du coup, je lui dédie encore une fois.

Merci à Lectrice anonyme et à Music-stars pour leurs reviews !

Bonne lecture : ).


Aucun personnage de Square Enix, ni de Disney ne m'appartient, de même que les lieux.


Dessine-moi un cœur

(Vanitas(L)Naminé)

Naminé tressaillit. Sa peau frissonna sous l'influence d'un courant d'air glacial, ce qui la réveilla de son sommeil salvateur et la fit cligner des yeux. Qu'est-ce qui pouvait bien la tirer du néant, alors qu'elle s'y était résignée ? Le bleu azuré de ses yeux rencontra le noir d'encre d'un endroit que son être avait fini par reconnaître.

Elle se redressa sur son séant et regarda sans rien y comprendre le domaine des Ténèbres. Que faisait-elle ici ? N'était-elle pas censée être retournée en Kairi, s'y être fondue ? Son sang se gela dans ses veines alors qu'une évidence traçait son chemin dans son cerveau : peut-être que, du fait qu'elle fut née du cœur de Kairi, mais de l'âme et du corps de Sora aussi, sa nature spéciale l'avait conduite à être envoyée en ce lieu, tout en n'ayant aucune incidence sur la Princesse de Cœur et le Porteur de la Keyblade ? Oui, mais pourquoi dans les Ténèbres ? Était-ce le seul endroit qui l'acceptait ? Le Néant la trouvait-il trop indigeste pour l'avaler ? Était-ce parce qu'elle n'était même pas à proprement parler une véritable Simili ?

Naminé se mit à trembler et se mordit la lèvre inférieure. Elle ne ferait pas long feu ici ! La faiblesse invitait chacun de ses membres, même si elle désirait le cacher. Tout ce qu'elle savait faire, c'était toucher aux souvenirs. Du moins, ceux de Sora... Les autres, elle l'ignorait. Ses mains se crispèrent vers sa poitrine tandis qu'elle réfléchissait. Pour l'instant, elle ne discernait aucun danger... et normalement, les Sans-cœur ne s'approcheraient pas d'elle; ils en avaient peur.

La jeune Simili connaissait la magie, qui plus est. À ce propos... comment pouvait-elle utiliser cette dernière ? Ce n'était pas en maniant une Keyblade, ou même une arme, qu'elle pourrait les terrasser. Soudain, elle prit une décision : elle se releva, campa sur ses jambes avec fermeté. Un filet de sueur se forma sur ses tempes. Elle tendit une de ses mains en avant et se concentra. De longues secondes s'écoulèrent avant qu'elle ne mette sa paume à plat, puis qu'un carnet vierge y naisse après que des langues de lumière eurent jailli de la peau. Elle inspira avec lenteur et sentit sa dextre chauffer doucement. Un faible sourire fleurit sur ses lèvres alors qu'elle serrait l'objet familier et le portait vers le petit cahier. Non, cette faculté de créer lui était restée. Cela voulait dire qu'il s'agissait de son arme, même si elle pouvait paraître bien futile.

Un crayon et du papier... dont elle était la seule maîtresse. Pourrait-elle y dessiner sa porte de sortie ? Peut-être... mais pour aller où ensuite ? La main hésitante au-dessus de la feuille, la jeune Simili finit par l'abaisser. Elle cala son carnet sous le bras et fit quelques pas dans les Ténèbres. Elles l'oppressaient tellement qu'elle ne voyait rien. Au moins, les Sans-cœur ne la menaçaient pas. Par contre, elle devait faire attention où elle marchait, puisque le chemin avait l'air inégal. Gagnée par un sentiment de profonde solitude, Naminé continua ainsi pendant ce qui semblerait être des heures. La fatigue ne s'invitait pas encore, sauf celle de son esprit qui ne pouvait se permettre d'être prompt à l'abandon.

Soudain, la purée de poix s'éclaircit autour d'elle, comme si elle était tirée par des doigts invisibles. Elle déglutit et s'arrêta. Sur le qui-vive, elle aperçut des arches complexes au-dessus d'elle. Le sol à ses pieds paraissait plus poreux, aussi... Une salle ? Oui, des murs l'entouraient. Quelle était cette pièce et où pouvait-elle bien l'emmener ? Naminé ne put s'empêcher de se méfier. Avait-elle changé d'endroit sans s'en rendre compte et se retrouverait-elle dans un monde bordant le domaine des Ténèbres ? Ses yeux furetèrent partout, à la recherche d'un quelconque indice, qui refusa de se révéler même lorsqu'elle prit le risque de marcher jusqu'aux parois parfois noueuses, parfois lisses, de les tâtonner comme pour dénicher une sortie dérobée. Avec un soupir résigné, elle regarda son carnet et fit réapparaître son crayon. Peut-être que si elle recréait les détails de cette salle et qu'elle y ajoutait une porte, alors elle pourrait partir...

Consciencieusement, la jeune Simili s'occupa de cette tâche ardue en prenant soin d'être la plus fidèle possible. L'agilité de ses doigts finit par lui revenir comme avant, ce qui la rassura un peu. Puis au moins, là, personne ne la contraignait à quoi que ce soit. Une nouvelle liberté qui lui noua le cœur malgré tout, lorsqu'elle songea à ce qu'elle avait infligé à Sora. Même si ses bourreaux l'avaient poussée à ce genre d'acte, au début, elle en était presque ravie... Prendre la place de Kairi, être libérée de sa cage dorée... Elle n'avait pas marché, elle avait couru avec allégresse droit dans ce piège !

Elle serra les dents pendant qu'elle dessinait une des voûtes torturées de la salle. D'ailleurs, ce ne fut qu'à ce moment qu'elle remarqua que les trois autres se rejoignaient en un point central commun. Que de torts elle avait pu causer par le passé ! Même si par la suite, elle avait restauré la mémoire de Sora, réparé ses fautes et permis aux Porteurs de vaincre l'Organisation, Naminé cherchait encore à se faire pardonner et à prouver qu'elle pouvait être quelqu'un de bien.

À ces pensées, son crayon ripa un peu sur la page.

— Zut.

Elle sursauta ensuite. Qu'il était déroutant d'entendre le son de sa propre voix, alors que depuis son « réveil », elle n'avait pas lâché un mot ! Elle recommença à parcourir la salle, aux dimensions somme toute assez modestes, pour reproduire les moindres détails des murs, jusqu'à la plus infime fissure. De par son don, elle était capable de représenter n'importe quoi, or ici, cela lui paraissait plus que vital.

Enfin, lorsqu'elle esquissa la dernière aspérité du terrain, Naminé réfléchit. Une porte... où pouvait-elle la placer ? Étrangement, il semblait exclu qu'elle la dessine sur une paroi. Restait plus que le sol... Quelle forme devait revêtir sa sortie ? Soudain, les yeux de la Sorcière s'éclairèrent. Un Palier de l'Éveil, mais oui ! C'était une sorte de porte, après tout ! Et si jamais elle parvenait à en réaliser un, elle partirait du domaine des Ténèbres ! Naminé leva lentement le crayon et le tapota au milieu de la feuille. La zone ainsi touchée s'agrandit en déformant temporairement l'ensemble du croquis. La jeune Simili sourit puis se mit au travail. Elle ignorait ce que cela allait donner, mais sa fibre artistique mêlée à son talent de création s'agitait en elle, comme une flamme dansante.

Naminé perdit bientôt le fil des minutes alors que sa mine de graphite et d'argile – du moins, elle le supposait – glissait encore et encore, corrigeait les erreurs... Soudain, elle sentit une image la frapper comme si on lui avait appliqué un fer sur le front : un Palier yin et yang, puis la silhouette de deux adolescents... sa gorge s'assécha quand elle s'attarda sur les détails des visages. Ils étaient... Sora et Roxas. Non, une minute... il y avait quelque chose de différent. Un souvenir ancien remonta en elle et la fit suffoquer. Cette réminiscence-là ne lui appartenait pas. Elle l'avait vu dans le cœur de Sora, et étrangement... il n'en était pas le véritable propriétaire. Était-ce donc ce garçon aux cheveux noirs ? Son intuition lui souffla que ce n'était pas le cas. Un autre élément lui revint alors à l'esprit et l'obligea à poser le crayon et le carnet par terre, tandis que sa tête la lançait. Elle avait effleuré quelque chose en Sora... Un passé qui s'était réfugié en lui. Non ! Un cœur mutilé...

Naminé haleta et se plia en deux. Son corps physique souffrait, car il était issu de l'âme de Sora. Des images incohérentes défilèrent dans sa mémoire, puis s'assemblèrent en un puzzle tragique, qui la fit blêmir. Oui... elle savait à présent. Ventus, lui qui ressemblait tant à Roxas... enfin, c'était plutôt l'inverse. Quant au garçon... Vanitas. Son double ténébreux... Hébétée, la jeune Simili contempla de nouveau son dessin. Pourquoi avoir représenté leur Palier ? Fallait-il qu'elle les aide ? Elle déglutit et secoua la tête. Ce n'était pas son rôle, elle ne les connaissait pas, mais... Et si c'était son destin ? Son intuition choisit encore de faire des siennes : elle devait secourir non pas Ventus... mais Vanitas.

À cette pensée, elle s'affola. Un être issu des Ténèbres les plus noires, incapable de compassion ? Il la briserait sans remords ! Sauf que si elle voulait sortir d'ici... elle n'avait sans doute pas d'option alternative. Elle remarqua alors qu'il ne manquait plus qu'un détail sur le croquis : le joyau en forme d'œil sur la Keyblade de Vanitas. Après cela, le Palier apparaîtrait et... advienne que pourra. Naminé posa la pointe à la blancheur trompeuse de son crayon sur le papier, esquissa la pupille féline sur l'iris sans frémir... et le sol prit vie sous ses jambes. Elle se releva vivement pour reculer, tandis qu'un grondement grave emplissait les lieux et semblait porter le terrain pour le faire bouger. Des filaments pâles et sombres jaillirent de toutes les directions et la jeune Simili dut placer le bras devant les yeux pour ne pas être aveuglée.

C'est alors que, doucement, la roche se métamorphosa et fondit pour prendre un aspect coloré et cristallin. Naminé sentit la différence quand elle fit quelques pas en arrière et que la musique de ces derniers lui parvint aux oreilles. Si elle avait eu un cœur, il aurait battu avec une violence redoutable. Globalement, la salle avait conservé son allure. Les quatre voûtes qui formaient le plafond toisaient désormais le Palier de l'Éveil qu'elle avait recréé. La jeune Sorcière prit conscience qu'en réalité, les murs entouraient ses bords, ce qui ne laissait aucune échappatoire. Le chemin qui l'avait conduite ici n'existait plus, de même que l'unique entrée.

Indécise, elle avança timidement jusqu'au milieu. Elle avait l'impression d'être sur un fil et qu'à tout moment, elle pouvait basculer. Ses yeux se tournèrent ensuite vers le côté pourpre et violet du vitrail, avec ces symboles étranges qui possédaient un peu la même forme que ceux des Sans-cœur... Elle se mordit la lèvre inférieure et contempla l'effigie de Vanitas. Il ressemblait tellement à Sora... sauf qu'il incarnait les Ténèbres... et c'était lui qu'elle devait sauver. Au contraire de beaucoup, Naminé ne les condamnait pas, néanmoins... elle les craignait. Oh, quel comble pour un Simili !

Elle s'accroupit avec maladresse, laissa le carnet à terre. Ses doigts fins se posèrent sur la joue de Vanitas, enfin celle de sa représentation. La fraîcheur du vitrail céda bien vite la place à une chaleur limite insupportable, ce qui la fit reculer de saisissement. Que se passait-il ? Ses yeux s'ouvrirent en grand lorsqu'elle vit des créatures violettes, aux iris pourpres comme le sang et sans pupille, se dégager du sol comme si elles s'y tapissaient. Effrayée, la jeune Simili les fixa. En reconstituant ce Palier, elle avait sans doute ramené du néant le double sombre de Ventus ! Quant à ce dernier, eh bien... elle l'avait peut-être réveillé en Sora, qui sait. Le Palier de l'Éveil symbolisait le cœur de tout être humain, ainsi que son âme, son esprit et son essence. Naminé avait toujours fait la distinction entre tous ces concepts... surtout qu'elle n'avait pas de cœur émotionnel, théoriquement. Elle possédait donc plus de recul.

En reconstituant ce lieu, que Ventus avait brisé pour ne pas que la X-Blade soit achevée, elle avait bel et bien sauvé le Porteur des Ténèbres... Où était-il ? Des coups sourds la sortirent de ses pensées, ainsi que ces créatures violettes qui la dévisagèrent avec intensité. Les murs de la salle explosèrent alors qu'un Dark-Side immense arrachait le plafond. Il posa ses yeux jaunes sur Naminé, qui serra les dents et s'éloigna jusqu'à l'extrémité du Palier. Contre des Sans-cœur, elle aurait pu utiliser la magie, mais là... il s'agissait d'un Dark-Side ! Finalement, son regard semblait exprimer qu'il avait compris ce qu'elle venait d'accomplir et qu'il voulait qu'elle en paye le prix ! Son torse se souleva, mit encore plus en valeur ce vide en forme de cœur qui y siégeait... et il plongea la main vers elle pour la saisir. La jeune Sorcière leva les bras en guise de protection ridicule et ferma les paupières.

Un sifflement, puis un bruit de chair tranchée la tirèrent de son hébétude. Le cri du Dark-Side se répercuta aux alentours, fit vibrer le vitrail du Palier de l'Éveil. Elle lâcha une longue expiration, plaqua ses poings contre sa poitrine, fixa son sauveur... qui lui tournait le dos. Son sang se glaça tout de même tandis qu'il pointait sa Keyblade vers le monstre et lui envoyait plusieurs salves noires d'une puissance inimaginable. Les créatures violettes semblèrent attendre un signal puisqu'après, elles se jetèrent voracement sur le Dark-Side, se nourrirent de son énergie négative alors que ce dernier croulait sous leur masse. De plus en plus nombreuses, elles eurent tôt fait de l'engloutir, toujours sous les yeux stupéfaits de Naminé, qui n'osait plus faire un geste.

Lentement, Vanitas se retourna vers elle. Ses iris ambrés la poignardèrent; les mots de celle-ci se retrouvèrent bloqués au fond de sa gorge. Non, elle avait eu tort : il ne ressemblait en aucun cas à Sora. Ses traits étaient moins enfantins, il possédait plus de muscles aussi au niveau du corps. Cette combinaison qu'il portait n'était pas sans lui rappeler celle de Néo-Riku. Décidément, encore un souvenir de ses crimes qui remontait à la surface ! L'Élu des Ténèbres fronça les sourcils et commença à s'approcher d'elle, mais il fut stoppé net par une secousse sous ses pieds. Naminé fixa le palier et vit avec horreur que ce dernier se fendillait sous leurs pieds !

Elle eut à peine le temps de souffler : il la saisit par le bras, la força à se relever et l'attira contre lui alors que le vitrail cédait pour de bon sous eux. Le domaine des Ténèbres comptait les engloutir à jamais dans ses profondeurs abyssales ! La mâchoire serrée, le Porteur sombre leva sa Keyblade et parvint à ouvrir un portail qui les aspira tous les deux. La jeune Sorcière se fit violence pour ne pas crier et s'accrocha à lui. Elle le sentit se raidir contre elle comme si cet acte était répréhensible... ou anormal envers lui. Une angoisse sourde siégea en son ventre. Avait-elle mal agi ?

Un sol sableux et rude les accueillit à l'arrivée. Vanitas eut tôt fait de se mettre sur le dos pour la réceptionner sans dommage. Cette attitude provoqua chez elle de la stupeur. Cela ne collait pas du tout au personnage ! A moins que cela put être une éventualité possible, malgré sa forte appartenance aux Ténèbres ?

— Maintenant, si tu pouvais t'ôter de moi, cela m'arrangerait.

La voix grave du Porteur sombre s'insinua en elle comme un courant électrique. Confuse, la jeune Simili se sépara de lui avec fébrilité. Elle sentait au plus profond de son être qu'elle commettrait une erreur abominable si elle fuyait. De toute manière, ses jambes seraient incapables de la soutenir pour le moment. Elle le regarda se lever avec nonchalance, épousseter sa combinaison. Ensuite, elle baissa les yeux et se concentra sur sa respiration. Elle s'aperçut, au bout d'un certain temps, que Vanitas l'observait... avec un sourire sarcastique. Elle ne put s'empêcher de répondre :

— Quoi ?

— Très amusant...

— Ah, c'est bien alors.

Au moment où cette phrase sortit de la bouche de la jeune Simili, elle regretta de l'avoir prononcée. Kingdom Hearts, mais qu'est-ce qu'il lui avait pris de dire une chose pareille ? D'ailleurs, il la fixa avec étonnement... avant qu'il ne s'esclaffe à gorge déployée. Ce rire déclencha un frisson en son être; elle ne sut interpréter la nature de celui-ci. La folie semblait assiéger Vanitas en cet instant. Lentement, elle se mit debout en serrant son carnet contre elle. Le crayon, elle l'avait renvoyé d'où il venait. Il finit par se calmer et plongea son regard dans celui de la jeune Sorcière, qui déglutit. L'ambre de ses iris parut se déployer pour mieux appréhender l'azur océan des siens. Elle ne s'aperçut pas qu'il avait désinvoqué la Keyblade lorsqu'il se rapprocha pour n'être qu'à quelques centimètres d'elle. Il leva le bras et, à sa plus grande surprise, ses doigts se glissèrent dans ses cheveux. Ensuite, ils effleurèrent la peau de sa joue.

— Si blanche, si pure...

Ils frôlèrent son menton et le soulevèrent, ce qui la poussa à réagir et à poser doucement sa main sur la sienne pour qu'il arrête. Vanitas eut un sourire, qu'elle ne put interpréter, mais qui fut assez... inquiétant. Il balaya d'une chiquenaude sa paume et lui saisit à nouveau le menton. Elle crut bon de lui demander :

— Que fais-tu ?

— Cela ne se voit pas ?

— Pas besoin d'être sarcastique.

— Je veux savoir qui tu es.

Naminé prit une longue inspiration. Elle ne tenait pas à ce qu'il l'apprenne, au fond, mais elle lui devait bien cette réponse. C'est d'une voix morne qu'elle lui dit :

— Un être qui n'est pas censé exister.

Sur ce, elle se libéra de son emprise et, pétrie par une tristesse un peu intrigante, elle lui tourna le dos et contempla l'environnement. Du sable à perte de vue, sauf là-bas, où un énorme édifice rocheux semblait crever un ciel rouge orangé. Sa gorge se noua tandis qu'elle reconnaissait la Nécropole des Keyblades, qu'elle avait pu apercevoir quand elle avait visionné les souvenirs de Ventus tout à l'heure. Elle sursauta lorsqu'elle sentit une paume se poser sur son épaule et l'obliger à se retourner.

— Alors nous sommes deux.

Vanitas chercha de nouveau son regard, ce qui mettait la Simili franchement mal à l'aise.

— Oui, mais tu possèdes un cœur.

— Il n'est pas complet. De toute façon, à quoi peut-il me servir si je ne ressens que de la haine ? ricana-t-il.

— Un cœur n'est pas gorgé que de colère ou de tristesse ! En plus, les Simili peuvent éprouver des sentiments divers sans en avoir un !

Elle amena la main devant la bouche en se rendant compte qu'elle en avait trop dit. les iris de l'Élu des Ténèbres s'assombrirent, à tel point que cela perça dans sa voix :

— Donc tu es une Simili...

— Je suis issue d'une personne. Je suis en quelque sorte une...

— Matérialisation de son âme. Sauf que j'ai l'impression que c'est plus compliqué pour toi...

— Mon humaine n'est pas morte, en effet. Je suis un Simili spécial, né de son cœur, mais aussi du corps et de l'âme de Sora.

Autant continuer à se dévoiler, maintenant qu'elle avait commencé. Contrairement à ce qu'elle avait pensé, Vanitas ne parut pas percuter quand elle prononça le nom du Porteur... comme s'il s'en fichait, en fait, tout en sachant qui il était. Elle tressaillit lorsque son pouce effleura sa joue plusieurs fois.

— Oui, tu sembles... comme un être de lumière...

— Je le suis, en quelque sorte. Kairi est une Princesse de Cœur, et Sora m'a prêté un peu de son côté lumineux.

— Et pourquoi ne serais-tu pas censée exister ?

La question désarçonna la jeune Simili, qui souffla :

— Eh bien, parmi mes semblables, je n'ai pas été acceptée. Ma nature diffère de la leur, alors je me dis que...

— Si tu ne passais pas ton temps à écouter les autres, tu vivrais bien mieux.

— Que je le fasse ou non, je reste seule, de toute façon.

Oui, c'était vrai; même Roxas ne l'avait pas suivie. Après tout, il s'agissait peut-être un signe. Il appartenait à Sora... à Ventus, en fait. L'évidence lui creva les yeux. Elle ajouta, en reculant encore :

— Pourquoi est-ce que tu ne me tues pas ? Je ne te suis plus d'aucune utilité, maintenant.

Le Porteur sombre la fixa sans rien dire, l'air indéchiffrable... jusqu'à ce que, d'un mouvement ample, il tendit une main vers elle, la paume tournée vers le ciel. Son instinct le poussait à pareille chose, de même que ce cœur qu'il croyait être gorgé de colère et de peine. Elle hoqueta de surprise. Leurs prunelles ne se quittèrent plus, tandis qu'il lui chuchotait :

— Rejoins-moi.

Interloquée, Naminé ressassa cette phrase dans sa tête plusieurs fois, avant de lui répondre sèchement :

— Ne compte pas sur moi pour ressusciter la X-Blade !

— Je n'en ai que faire de la X-Blade, siffla-t-il, l'air venimeux.

— Qu'est-ce que tu veux de moi, alors ?

— Te connaître. Être à peu près humain.

Devant l'ahurissement de la jeune Simili, il ajouta à voix basse :

— Lorsque j'errais dans les Ténèbres, sans forme consistante, j'ai entendu une entité m'appeler. Elle ne le faisait pas consciemment au début, puis elle a dessiné ce Palier. Elle a éveillé des souvenirs qui ne lui appartenaient pas. Cette entité, c'était toi. Ton don réside en eux, d'ailleurs. Enfin, tu as désiré m'aider...

Vanitas baissa la tête et lâcha :

— Tu es la première personne à avoir un tant soit peu de considération pour moi. Maître Xehanort ne m'utilisait que comme outil. De plus, ta blancheur m'attire comme un aimant, alors que la lumière me blesse d'habitude...

— Je ne suis pas pure, rétorqua Naminé.

— Je ne suis pas complètement mauvais. Nous sommes complémentaires, semblables dans nos différences. Je veux savoir ce que tout ceci donnera.

La jeune Simili resta silencieuse. Elle porta la main à sa poitrine en ressentant comme un petit pincement. Elle était sensible aux paroles de Vanitas, mais y cherchait une rouerie dont il n'y avait aucune trace. Elle secoua la tête, finit par lui avouer :

— Je ne te comprends pas...

— Personne n'en est capable, mais toi, si tu le veux bien, tu le pourrais.

— Ne fais pas cela parce que je t'ai redonné vie..., souffla-t-elle doucement.

— Je n'ai pas la noblesse de cœur de Ventus, gronda-t-il. Si je le fais, c'est par intérêt, et il réside dans le fait que je n'éprouve pas de colère envers toi, ni de mépris.

— Pourquoi ?

— Je l'ignore.

Naminé dut se contenter de cette réponse, même si un soupir agacé franchit ses lèvres.

— Nous n'avons nulle part où aller de toute façon, et personne ne visitera ce monde oublié pour l'instant. Nous aurons largement le temps pour nous connaître mieux, fit le Porteur sombre, toujours avec son rictus inquiétant.

Elle fut troublée par ses paroles; néanmoins, au lieu de le lui montrer, elle préféra lui sourire timidement. Elle s'aperçut alors qu'elle en avait envie, rien que pour voir sa réaction. Elle ne fut pas déçue : sa bouche s'étira un peu plus, signe que même si son expression restait sarcastique, la sincérité primait. Sans mot dire, la jeune Sorcière attrapa cette main tendue. Elles s'entrelacèrent tandis que la chaleur de leurs paumes se répercutait dans leur corps.

Ensuite, elle pointa du doigt l'édifice rocheux au loin. Vanitas eut un air mystérieux... et tous deux se retrouvèrent en un clin d'œil dans le cimetière des Keyblades. Hébétée, elle se força à respirer lentement pour reprendre ses esprits. Il les avait téléportés au carrefour. L'immensité du lieu, ainsi que l'éclat terni par les siècles des armes qui épousaient le sol, déclencha une vague d'émotions en elle. Il se glissa derrière elle et lui souffla à l'oreille :

— Ici reposent les Keyblades des maîtres de la Keyblade qui se sont affrontés lors de la guerre. Elles représentent...

— … leur tombe, oui.

— Imagine toute la puissance perdue, à cause de toutes ces Keyblades abandonnées par leur Porteur originel.

— On dirait que tu parles comme Xemnas. Enfin... Xehanort, soupira-t-elle, en s'écartant de lui.

Vanitas eut un petit rire amusé.

— Certes. Néanmoins, je sais que si elles n'ont pas disparu, c'est qu'elles sommeillent le temps que d'autres Élus les trouvent.

— Comment peux-tu en être certain ?

Il invoqua alors sa Keyblade, la tendit devant lui pour lui montrer :

— Comme je suis la moitié sombre de Ventus, sa Keyblade aurait pu me revenir aussi. Or, j'ai rejeté complètement cette possibilité. De plus, cette Keyblade m'appelait...

Naminé leva un sourcil.

— J'ignore à qui elle appartenait jadis, mais c'était un servant des Ténèbres, un vrai, pas comme Maître Xehanort, qui était corrompu par ses idées de pouvoir, cracha-t-il avec mépris.

Elle ne le contredit pas. Au fond d'elle, elle ne pouvait être que d'accord, même si elle n'avait pu l'entrapercevoir que chez le Simili du maître, Xemnas. Quoiqu'à ce sujet, elle avait des doutes. Parfois, lorsque il venait à Oblivion pour savoir si elle était bien traitée en s'entretenant avec Marluxia, elle avait l'impression qu'il y avait une autre présence en lui... De plus, physiquement, maintenant qu'elle y pensait, Xemnas lui rappelait...

Le Porteur sombre la sortit de ses interrogations mentales en ajoutant :

— Même lors de ma destruction, elle m'a accompagné. Et toi...

Il fit disparaître son arme, s'approcha d'elle et lui caressa de nouveau la joue. Cette fois, elle ne se rétracta pas.

— Toi, tu nous as ramené tous les deux.

— Quel est son nom ? souffla la jeune Sorcière, fascinée par l'éclat de ses yeux ambrés.

— Clavis Vacuum. Enfin... À l'origine, elle s'appelait "Engrenages du Vide", mais j'ai désiré qu'elle... évolue.

Il se tut ensuite, puis fixa le carnet qu'elle laissait balloter contre la hanche. Sa main descendit pour l'attraper sans s'attirer une quelconque protestation. Il contempla le seul et unique croquis qu'elle avait fait, le frôla du bout des doigts. D'une voix rauque, il lui demanda :

— Dessine-moi un cœur.

Elle en fut stupéfaite.

— Pourquoi ?

— Pour consolider ton existence avec la mienne, pour lier nos destins, lui fit-il gravement. Oh, d'ailleurs, à ce propos... comment t'appelles-tu ?

La jeune Simili leva la tête et lui souffla en un murmure :

— Naminé.

— Son des vagues... Hmmm... J'aurais préféré qu'il veuille dire "Vagues de lumière", mais... soit.

Le crayon blanc apparut dans sa paume droite; Vanitas s'en aperçut, lui prit doucement le poignet après avoir rabattu l'esquisse du Palier pour découvrir une nouvelle page vierge du carnet, puis lui fit poser la mine dessus. La main de la jeune Sorcière tremblait. Il se replaça derrière elle et lui chuchota à l'oreille, toujours en maintenant son bras :

— Dessine-moi un cœur, Naminé. Un cœur pour toi, pour qu'il batte en résonance avec le mien.

— Cela ne te va pas du tout d'être aussi...

— Romantique ? Je ne le suis pas, ricana-t-il.

Naminé le crut sans problème. Elle ferma les yeux puis se rendit compte de sa situation, de ce qu'elle s'apprêtait à faire. Toutefois, elle balaya toutes ses pensées négatives d'un revers de crayon. Les Ténèbres l'avaient recueillie pour qu'elle trouve sa voie seule, sans être piégée à jamais dans le corps de son humaine originelle. À elle de saisir cette chance ou non, même si pour cela, elle devenait la compagne d'un être issu des Ténèbres les plus profondes.

Sans plus hésiter, sa main mena sa vie. Vanitas sourit et sembla même la guider dans son geste. Au fur et à mesure de l'ébauche, une chaleur sinuait en la poitrine de Naminé tout en lui faisant un peu mal. De toute manière, lorsqu'un cœur naissait, ce n'était jamais sans douleur. Au moins, il lui appartiendrait. Elle ignorait qu'elle était capable de cela jadis; désormais elle le mettait en œuvre, tout comme elle esquisserait son avenir grâce à sa nature spéciale de Simili. C'était une manière de l'accepter, après tout. De plus, elle permettait à un être d'avoir une seconde chance, lui aussi. De leur rencontre jaillirait bien plus qu'un dessin, Naminé en était certaine.

Au même instant, dans le ciel, une étoile apparut entre deux autres et sa lumière se propagea dans le velours intersidéral. Un monde nouveau venait-il d'émerger ? Peut-être, ou peut-être pas. Personne ne chercha vraiment à le savoir et tous préférèrent plutôt y voir un signe d'espoir : celui qu'un jour, Ténèbres et Lumière s'uniraient pour coexister sans se détruire.